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Full text of "Journal asiatique"

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■\  r<s 


JOURNAL  ASIATIQUE 


DIXIÈME    SÉRIE 

TOME  VII 


u 


JOURNAL  ASIATIQUE 

OU 

RECUEIL  DE  MÉMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  À  L'HISTOIRE,  À  LA  PHILOSOPHIE,  AUX  LANGUES 

ET  À  LA  LITTÉRATURE    DES  PEUPLES  ORIENTAUX 

mioioi 

PAR  MU.  BARBIER  DE  UETHARD,  A.  BAHTH  ,  R.   BASSET 

CHAVANNES,    CURMONT -6ARNEAU,     HALévT,    BOUDAS,     MASPERO 

RUBBNS  DUVAL,    i,  SENART,  ETC. 

ET  PUBLIÉ  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE 


DIXIÈME  SÉRIE 
TOME  VII 


PARIS 

IMPRIMERIE    NATIONALE 

ERNEST  LEROUX,  ÉDITEUR 

RUB  BONIPABTE,  38 

MDCCCCVI 


JON^V 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

JANVIER-FÉVRIER   1906. 
UNE  AMULETTE 

JUDÉp-ARAMÉENNE, 

PAR 

M.  SCHWAB. 


De  Beyrouth,  îe  R.  P.  Ronzevalle,  professeur  à 
l'Université  française  de  Syrie,  a  bien  voulu  nous 
adresser  un  monument  des  plus  intéressants  pour 
Tarchéologie,  la  philologie  et  la  paléographie  sémi- 
tiques ,  imis  à  la  disposition  de  notre  correspondant 
par  le  P.  Giacinto  des  Franciscains  de  Terre-Sainte, 
secrétaire  actuel  du  délégué  de  Syrie  en  Europe. 

Voici  presque  textuellement  la  lettre  d  envoi  du 
R.  P.  Ronzevalle,  sauf  omission  de  quelques  lignes, 
trop  élogieuses  pour  le  destinataire  : 

,  ft  Monsieur,  je  npie  permets  de  vous  adresser  ci- 
inclus  la  copie,  aussi  exacte  que  possible,  d  un  cu- 
rieux n)onument  trouvé  dans  une  tombe  des  envi- 
rons d'Alep.  C'est  une  lamelle  d'argent,  enroulée 
dans  un  petit  tuyau  de  bronze,  et  portant,  au  re- 
poussé, plus  dé  87  lignes  d'écriture  hébraïque. 
«  Cette  amulette ,  -—  car  c'en  est  une ,  et  c'est  le 


157548 


6       .      ,  JASVIER-FÉVRIER  1906. 

mot  mênàc  par'lequd  commence  le  texte,  — ^  offre, 
si  je  ne  me  trompe,  un  intérêt  égal,  sinon  supé- 
rieur, à  tous  les  textes  magiques  publiés,  soit  dans 
les  Proceedings  ofthe  Society  of  biblical  Archœology^ , 
soit  dans  les  Mémoires  de  V Académie  des  Inscriptions 
et  Belles-- Lettres  (jSàvants!  étrangers^).  Il  s  agit  de  ré- 
soudre les,  petites  diilicultés  quçCDre  ce  texte,  évi- 
demment apparetïté  aux  autres ,  mai^  constituant  une 
catégorie  à  part,  encore  peu  connue  jusqulci.  .  . 
Le  texte  est  facile  à  déchiffrer,  malgré  les  fréquentes 
confusions  de  lettres  similaires ...» 

Un  autre  religieux  du  même  ordre,  le  P.  Jala- 
bert,  a  eu  lamabililé  de  tirer  deux  photographies  de 
cette  amulette,  Tune  de  face  et  l'autre  de  revers,  d'uqe 
telle  netteté  que  leur  reproduction  équivaudra  au 
texte  et  facilitera  la  lecture. 

Elle  intéresse  d'abord  l'archéologie ,  car  si  les  in- 
scriptions magiques  des  premiers  siècles  de  l'ère 
chrétienne  ne  sont  pas  rares  lorsqu'elles  sont  écrites 
dans  le  creux  de  coupes  en  terre  cuite,  on  a  fort  peu 
d'exemples  de  la  forme  adoptée  pour  la  présente 
amulette.  Elles  étaient  fréquentes  dans  l'antiquité 
grecque  et  romaine^,  mais  non  en  Orient.  Pour  la 
première  fois,  dans  ses  Étades  phéniciennes'^,  C.  Brus- 

^  Cahiers  d'ayril  1890  et  juin  1891. 

*  Vocabulaire  de  tangélologie ,  1"  série,  t.  X,  1897;  Supplément 
am  vocaJbmUûre,  dam  les  NoilceB  et  extrait»  des  mamuerkt,  t  XXXVI  • 
i899«in-4% 

'  Dejixionum  tabellae  atticae  (Corpas  inscriptionum  atticarum, 
Appendix):  Beriin,  18^7. 

*  n*  série  (P.  1904),  p.  9B-97.  Cfr  Cam^  nnéms  de  tAeadé- 


UNE  AMULÊTTKi  JDDÉO-À»AMÉENNE.  7 

ton  à  publia  tine  Tahèila  de^otiorth  '-.  punique ,  gravée 
surHirurauleiau  de  piomb  trouvé  il  y  a  quelques  ann 
nées  dans  une  des  nécropoles  do  Carthage.  Cette 
toWlo  esb  unie' «exédratioàrf:  adressée  k  Elathy  divi- 
nitjàjdu  nialheui»^ert  de  la  mort,  comme  V Allât haby- 
Ionienne  était  lai  déeissedôs'régiominférie^réd,  sem^ 
bUbleà  rMKÏat'^9  ArA!>e5^  •      :        ^     .      i     j 

••*  >Notre  teî^te^stndn  moim  mtéres^antpour  tahV 
gîlis^que^' H  .présente  un  curieux  assemblage  d'erx- 
presMonsoKaJ^aïques ,  suivies  de  citbtioriahébraïque*, 
énapruittées  à  te  Bible,  mais  déformées  <  corrompue^ 
comme  estropiées  à  plaisir,  par  lin e  bizarrerie  peut- 
être,  voulue  y  non  par  ignorance ,  mais  consciemment , 
dans  le.  but  de  dérouter  les  démons  et  d  obvier  à 
leurs  maléfices» 

En  outre,  cette  pièce  a  un  intérêt  paléographique; 
selon  la  juste  remarque  faîte  par  le  R.  P.  Rôn^e- 
valle,  on  trouve  dans  oé  textie,  souvent  prises  i  une 
pcÀjr  Tautre,  les  lettres  n,  n,  n,  le  ^  et  le  3,  le  i  et 
ie  •),  tt^op  souvent  1  et  s  et  môme  n  pour  fi  final. 
On  notera ,  à  la  fin  de  la  ligne  4  et  au  premier  mot 
de  la'  ligne  5 ,  la  forme  bizarre  H  p<^^r  n  et  n  :  la 
ligne  horizontale  coupe,  au  tiers  de  la  hauteur,  ie^ 
deux  hastès  verticales;  elle  rappelle  ainsi  Toriginé 
phénicienne  de  la  lettre,  devenue  H  en  grec  et  en 


mie  des  Inscriptions  et  Belles-lettres,  1899,  p.  173,  179,  186, 
307,  article  de  M.  Pli.  Berger;  ibid,,  p.  490-492,  article  de 
M.  Clermont-Ganneau ;  du  même.  Recueil  d'archéologie  orientale, 
III,  p.  3o4-3i9;  IV,  p.  87-97;  hiDZBARSM^  Ephemeris  fur  sémit. 
Epigraphik;  Répertoire  d'épigraphie  sémitique,  n°  18. 


8  JÂNVIER-FÉVRIER  1906. 

]  atin.  C'est  une  particidarité  déjà  notée  par  M.  Gier* 
mont-Ganneau  pour  Tépitaphe  de  Juda  ben  Try- 
phon^  en  Palestine. 

Il  en  résulte  qu'au  lieu  d'attribuer  notre  document 
au  vil*  siècle  de  l'ère  vulgaire,  comme  on  le  suppo- 
serait de  prime  abord,  il  faut  remonter  au  v*  siècle, 
peut-être  même  au  iv*  siècle.  Toutefois  le  langage 
adopté  n'entre  guère  en  ligne  de  compte;  car,  cela 
va  de  soi ,  les  formules  arcliaïques  employées  par  le 
scribe  étaient  usitées ,  en  ce  cas ,  de  préférence  aux 
formes  plus  modernes,  d'un  emploi  courant  et  vul- 
gaire ,  donc  impropres  aux  mystères. 

On  le  constate  également  pour  les  textes  analogues 
inscrits  sur  des  coupes  en  terre  cuite,  qui  depuis 
25  ans  commencent  a  anîver  de  la  Mésopotamie 
jusqu'en  France;  celles-ci  sont  ainsi  réparties  cbez 
nous  :  deux  au  Cabinet  des  Médailles  de  la  Biblio- 
thèque nationale;  sept  au  Louvre;  deux  au  Musée 
Lycklama  à  Cannes;  une  chez  un  numismate.  To- 
tal :  12^.  Mais  aucune  d'elles  n'atteint  l'intérêt  de 
notre  texte. 

Sous  le  bénéfice  de  ces  remarques,  essayons  de 
lire  et  de  traduire  notre  curieux  document,  qui  par 
le  fond  ressemble  aux  autres  fonnules  de  conjura- 
tion, sollicitant  les  bons  esprits  contre  les  mauvais. 

*   Procecdings  of  biblical  Archœology,  i884,  t.  VI,  p.  i  a 3- 128. 
^  Voir  Bapport  sur  les  inscriptions  héhraï(jues  en  France,  j).  ifi.4- 
181. 


!|0  |w  .  JlkMVIIER.F£VRIIËA  I90«l;     i/  ) 

'*      ^         *       *       * 

.    ::.'■:.;  •<:-  . .  nwD  p  navV.n3t:;D  p3  3o 

.  •Jn1nWl.1J^^^w'»p^1pw^  D3'»^y '»:n  32 
•    nwamo,]'»3>miT2'mo^iDpin  33 

■■•;   1.  ".:■:■•■    ;  î . ... . ^Kl»V. '^H^K  mN3[S  34 

..     '-.-;    .,^./.,  ....       .,,1{?n-0''''n^ 35 

i'^'  fragment  :  -rpn;  prih  TW:f  ^nK:'  • 
2*  fragment  I  i5Wn  pt?3D  WV" 

TR^PUCTION.  , 

1  Bonne  amulette^  dam  .laquelle  est  gravé  Ténoncé  sui- 

vant ;  . 

2  0  saint,  par  les  grands,  et  parmi  les  saints  son  nom 

honoré , 

3  Dieu  sublime ,  exalté ,  mon  secours ,  Ehyeh , 

4  Ahmah,    Ëhyeh,  Ahmab,  Hasdiah    (=  ma    grâce    est 

Dieu). 

5  11  estDieii  vivant,  venu  du  feu;  s*est  agenouillée  (bais- 

sée)   .       •.      . 

6  mon  on4)re,  et  comme  dans  les  ténèbres,  elle  a  pénétré. 

7  11  est  Jehoyab,  je  suis,  Jehovah,  Dieu   tout-puissant, 

que 

8  Dieu  Yâschi  (?) .......  Ehyeh ,  et  de 

(?  les  milliers  de  ciéux,  lé  vivairrt'. .  .et  roi  de). 

9  la  course  des  concurrents ,  cp^  par  ea  fureur 


UNE  AMULETTE  JUBÉO-ARAMÉENNE.         11 

10  a  fait  trembler  if(  terre. ainsi  que  ce  chef,  et  icebienlÀt^ 

11  tandis  que  lui  vivra  à  perpétuité,  d'une  génération   à 

Tautre,  certes.  .      >   ,       '    .      m  '        !» 

12  n  est  là  à  jamais ,  jusqu  ^u  Sud  et  en  face  (  Esl) ,         '  •■ 
i3  à  gaucbç  (Nord)  et  à  l'Ouest,  pour  saisir  ie.s  angles  , 
i4  de  la  terre.  Les  méchants  seront  rejetjé^,I,9ifi|d*eUj^;,itiA9!i 

1 5  sera .  rejetée  1  x)mbreii&e  et  le  souffle .  vit^ ,  inide  oui  fe- 

melle, 

1 6  d'Akmô  fille  d'Amarban ,  de  ses  deux  cent 

17  quarante-huit  membres ,  et  même  des  quatre 

18  cents,  y: compris  lés  entrailles;  Que  lé  cœur  d'un  bodime 

vii  ne  sepose^pas. ,..  i- -Ui.i  .,  ,    ":- :  i.-»;,! 

19  sur,  elle,  dans  sa  bouche;,  qu'elle  brille  hors  de  lui,  à 

Tooibrç .(éclat )  :    .  ,  .<  ...        =    ,,     | 

30  du  soleil,  pomme  }e  style  (rayon)  de  la  luneet.coinme 
les  planètes,  et  soit 

3  1-32    (?  par  ordre  de  Hafsiahj,  .....•• . 

23  Amen,  Amen,  Selah,  Alléluia. 

a 4  Dieu  des  séjours  (célestes),  au  nom  d'Ougrith  (démon), 
du  i 

25  maître  Mautita  (l'obscur),  et  par  le  règne  de  la  pâle  (U 

lune) 

26  .... . appi*opi*iée  à  la  ventte  de  Tépidémie  et  du  vide, 

27  \  l*as]()ecf  de  splendeur  (  puis ,  l  o  planètes  ) .  * 
2  8  Je  vous  conjure ,  tous ,  la  i^osée  et  le  froid ,                    * 

29  et  le  feu,  et  les  nuées,  soit  d  un  jour  àTâutre, 

30  soit  d'une  semaine  à  l'autre,  soît  d'une  aimée 

3i  à  Tautre,  soit  d'un  mois  à  l'autre.  J'impose  la  conjura- 
tion ,     :   ). 

3i  à  vous,  au  nom  de  sa  main  droite,  de  son  pouvoir,' dé 
la  force 


12  JANVIER-FEVRIER  1906. 

3S  de  sa  puissance,  pariJehovah,  Jehbvah,  Jehovah,  Je- 
hovah 

34  Sebaoth,  Dieu  dlsrael. ... 

35  ....  Dieu  de  la-  vie,  ie  saint. . .  ^ .     ' 

Premier  fragment  :   «  Eternel,  agis  (favorablement)  en 
vertu  dé  ton  noin.» 

Deuxième  fragment  :  «  . .  . .  smeiit  assujettis.  Mon  salut 


OBSERVATIONS. 

Ligne  i»  -^  Le  premier  mot,  le  terme  néo-hé- 
breu y"'Dp  «  amulette  » ,  est  rarement  ainsi  placé  en 
tête  du  texte.  -^ — Lé  troisième  mot  est^  ou  fautif  de 
la  lettre  initiale,  pour  mnn  «  scellé  »,  ou  dé  la  finale, 
pour  sirD  «  écrit  ».  —  Le  dernier  mot  suggère  la  ré- 
marque que,  le  plus  souvent,  mais  pas  toujours, 
le  1  angulé  dififère  du  "i  arrondi. 

Ligne  3.  —  Peut-être  '?N''n-)  «  Élévation  de  Dieu  » 
[Vocabulaire  d'angélologie,  p.  36o).  Pour  hmk,  voir 
ligne  7. 

Ligne  4.  —  Le  dernier  mot  nnt:?n\  moins  le*» 
initial ,  se  retrouve  sur  une  coupe  à  inscription  ma- 
gique du  British  Muséum  (Layard,  Nineveh,  etc., 
p.  SgS,  plnXXi;  Jos.Halévy,  dans  Chwolson ,  Cor. 
1ns.  Hebr.,  p.  1 15;  Proceedings,  S  B,  p.  i5  et  ly). 

Toutefois ,  M.  Max  Seligsohn  consulté  a  bien  voulu 
concourir  au  déchiffrement  de  ce  texte  et  nous  don- 
ner de .prjécieuses  indications.  —  S^lon  lui,  à  la  fin 
de  celte  ligne  Zi,  il  faut  certainement  lire  "^i^  n*», 


UNE  AMULETTE  JUDEO-ARAMEENNE.         13 

deux  noms deDieu;  ce sontdes  nom& propres,  norw 
est  probablement  un  nom  cabalistique,  coniposé 
d'après lesystème  de  la 'Gema^ria.: Quant  àia  lettreH 
à  la  fin  de  cette  ligne;  elle  jou«  le  mémei  rôl^  que 
le  K  à  la  fin  de  la  ligne  pr'écédente;  \  - 

Ligne  5.  M.  Seligsohn  est  d'avis  de  traduire  : 
«  Mon  Dieu,  il  est  avec  moi  »  (lisant  '»rïK) ,  «  par  suite 
de  son  feu  se  met  à  genouît  mon  image.  » 

,  Lignes  6  et  xb.  t^t-  J'pte.pour '»3'?û,  par  extension 
du.sensd'o/nère^,  signifie;  k  démons  de  ïpmbrç»Qu  du 
soir,  4ont  le  sens  est  p^icisQ  par  le  cp^texte.jians 
la  version  cbaldée^ne  du  Gaptiqu^e,  ,iu , ,  8  et  iv,  6{, 
Voir  Mor.  Grûnbaimi ,  Z^iUchrift  far  K^ilschrijifor^ 
schi^ng^,  t.  II,  p.  228.  Les,  3*  Qt  4'  mots  sont  em- 
pruntés au  verset  2  djii  psaume  xi  ;  «Pour  tireir  de 
Tobscurité  »,  c est-à-dire  en  embuscade,,  traîtreuse- 
ment, de  façon  diabolique.  M.  Seligsohn  lit  :  ^D^S, 
«mon  image». 

Ligne  7.  —  L'expression  n\iN  «je  suis»  est  la 
première  désignation  de  la  Divinité  dans  le  mono- 
théisme biblique,  telle  quelle  est  exprimée  dans 
l'Éxode  (iii,  i/i),  »lors  de,  la  révélation  mosaïque 
dans  le  buisson  jardent.  . 

Ligne  8.  —  Après  le  mot  hi<  «  Dieu  » ,  on  voit  un 
signe  bizarre  3  7  un  qviqsi  précvu*seur  de  TE  grec  ;  ou 
latin  I  jtourné  à  gauche..  Qn  trouve  ce.^gije  ainsi  fi- 
guré- 32  fqjs,  occupaoït  te»  miiieu  du.  cercle  d'une 


14  JANVIER.FEVRIBR  l»oe: 

eoupe  à  incantation  au  musée  du  Louvre,  et  for- 
mant au  loti^l  une  circonférence  inachevée.  Voir 
Proceedings ,  ihid. ,  p.  4 1  * — -.  Dans  cette  même  ligne, 
des  points:  remplacent,  ks  lettres  non  lues,  figurées 
par  un  sigle.  —  Après  ih  il  y  a  le  s^neastrologicfue 
de  la  pjanète  Vénus  9,  mais  un  peu  déformé. 

Ligne  9.  —  Le  premier  mot  V^'^^.  laissé  au  sih- 
gulier  après  le  nombre  mille,  n  est  peut-être  pas  une 
faute  de  grammaire,  selon  lusage  assez  fréquent  de 
kisser  subsister  le  singulier  après  les  nombres  cent 
ôtr  mille;  d ailleurs,  la  Bible  (Ecblésiaste,  ix,  11) 
remploie  àitisi ,  à  Tétat  abstrait.  - —  Le  dernier  mot 
de  cette  ligne  semble  de  prime  abord  être  une  alté- 
ration de  '»'»Spt5,  en  apposition  avec  le  mot  suivant  : 
«  des  extrémités  de  la  terre  »  (Isaïe,  xxvi ,  1 5  ;  Psaumes 
xtvm,  1 1);  mais  la  suite  rappelle,  quoicjuun  peu 
confusément ,  le  verset  dé  Jérémie  (x ,  1  o  )  : 

V^xn  c;ynn  iDSpD  D^iy  ^^D1 ... 

...  et  le  roi  de  l'Univers  ;  par  suite  de  son  irritation  la  terre 
tremble. 

Le  mot  précédent  D^nxiD^  se  retrouve  avec  la 
même  acception,  sauf  la  forme  du  singulier,  sur 
une  coujpe  riiagîque  du  British  Muséum  et  sur  une 
autre  du  musée  du  Louvre  [Proceedings ,  p.  20  et 

'Ligne  10.  —^  On  remarque  les  deux  variantes 
pn  !el  »nn  pour  rendre  le  démonstratif  ce,  appliqué 
à  des  indications  différentes  Tune  de  1  autre,  Tune 


UNE  ÂMULEirrE^FCDEO-'ARAMIEENNE.         » 

paursùn  ôtre^  J  autre  pour»  un  fait,  j —  La  fin  de  cette 
iigAe4emUec6mportep  la  moitié  dua  inpt^  oomplétp 
en  tètetidè  la  ligne;suivant6;  on  ne  saurait  toutefois 
dissitnuien^que  la  ibihiiùia  ^^nira  semble  empruntée 

à/rrw©3^;;.....v;   .•;•    ./.-n     •  ...i-  :■/    ■■.^■■.  ^:  i'-^-'i 

'  Lîgrle'i'i.  7-^Le  S^ipot.'se  compose  d'un  sigle ^ 
sùîVi  de  -îâ  let'tre  n  ;  en"  se  référant  au  contexte  il  est 
loisible 'd  y  lii^  lé  inot  nx:?  «à  jaimaïs». — -Dans  le 
mot  suivant  "TilD,  la  dernière  lettre "i  manque,  ainsi 
que  l^.lettjre-iK  du  idernier  mot  m  (sil  est  mis  pour 

Lignés' i3-i4l—^  Les  deux  derniers  mots ,  lî^ne 
i3,  joints  à  la  ligne  suivante,  constituent  deux  hé- 
mistiobes  d^  Jol^  (xxxvni,  i3),  par  allusion  aux 
(juatre  poi^ats  câjrdinavix  énoncés  précédemn^ent,     . 

Ligne  18'.  —-Dans  le  second  mot,  nu^»n,  la 
forme  chaldaïque  avec  z  est  plus  grammaticdement 
correcte  qp  à  la .  ligne  6.  —  L'idée  de  «  souffle  ^ital 
de  mâle  ou  de  femelle  »  se  retrouve  dans  deux  ooupes 
magiques  du  British  Muséum  (Proceedings ,  p.    ili 

Ligne  1 6.  —7  nrçiDpK  gérait  une  mauvaise  ortho- 
graphe (p  pour  d).  avec  redoublement  ou  tëgaie- 
mçnt  dela'sylJabp'JD,  dxjj}  terme  i^ité  dans  la  vei;- 
sîôn  chaldéenne  de  TËcclésiaste  (xi,  10).  On  ïe 
retrQUVf^dan&.4e§^  textes  similajures  sur  coupes  eiji  terre 
cuite.  4^  la  cqUççtipnDipulçifoy,  au  Musée  duLoUjVre 
{Proceedf.ngs ,  i^Qi.,  p.,  9  et  17^).  .  ,.  ,^. 


16  JANVIER-FÉVRIER  1Q06. 

Ligne  17.  —  La  mention  des  «  a  48  membres  »  ^ 
que  ron  supposait  jadis  constituer  lanàtomie  hu- 
maine, se  retrouve  sur  une  coupe  à  inscription  ma- 
gique du  Cabinet  des  médailles  et  antiques  de  la 
Bibliothèque  nationale  [Revue  des  études  juives, 
188a,  IV,  p.  i65).  Seulement,  lauteur  du  présent 
texte  pousse  le  compte  plus  loin ,  et  il  suppose  que 
ce  compte  atteint  le  chiflfre.4oo,  en  y  comprenant 
les  entrailles. 

Ligne  ig.  —  L  expression  n^D^  n^^y,  au  lieu 
d'être  un  complément  indirect  de  la  phrase  précé- 
dente, pourrait  être  une  apposition  :  «une  feuille 

au  bec  »  (Genèse ,  viii  1  1  )•    . 

Ligne  20.  —  Le  premier  mot  précédé  de  ^Xtl 
(dernier  de  la  ligne  19),  fait  songer  à  l'expression  die 
TEcclésiaste  (vu,  12)  nDDnn  bn  «  à  Tombre  de  la  sa- 
gesse ». 

Lignes  2  1-22.  —  Observations  pour  les  H,  déjà 
faites  ci-dessus ,  ligne  8 . 

Ligne  26. —  nn>w  =  n-):iK  (litt.  :  fente  =- nap:), 
nom  de  démon  femelle,  cité  par  le  Talmud  B.,  tr. 
Pesahim,  f.  1 1 1*,  et  le  ZoJiar,  IIÏ,  f.  1 1 4*.  Cî,  Vo- 
cabulaire d'aRCjélologie,  p.  i33.  Il  est  apparenté  au 
«Bar^Agro»  de  FÉvangile  (Saipt  Matthieu,  iv,  2  4). 

Lîgiie  2'5.  — ^XD>ni>:D-)D=(?)  ^«••ônD,  Mitaji-El 
ce  lang'e  frappeur'  »  ;  triais  si  f avârif-dêriiière  lettre  est 
un  Id,  on  y  verrait  volontiers  une  altération  de  KD^ûtD 


UNE  AMULETTE  JUDEO-ARAMEENNE.         17 

Matitha  «  lobscur  » ,  mot  d une  coupe  au  British  Mu- 
séum [Proceedings y  p.  i5  et  18). 

Ligne  26.  —  Le  premier  mot,  n'?3'?î>c,  est  peut- 
être  un  synonyme  du  précédent. 

Entre  les  lignes  27  et  -28  sont  figurées  10  pla- 
nètes, dont  les  trois  premières,  bien  plus  grosses  que 
les  autres,  sont  dessinées  probablement  pour  re- 
présenter le  soleil ,  la  lune  et  la  terre  presque  égaux, 
comme  on  les  supposait  avant  les  théories  astrono- 
miques de  Galilée. 


vu.  2 

laraiiinH  lAnoniui. 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     19 

UNE  VERSION  NOUVELLE 

DE 

LA  BRHATKATHÂ  DE  GUiyÂDHYA, 

PAR 

M.  FÉLIX  LACÔTE. 


I 

La  découverte  d'un  texte  anonyme,  jusqu'ici  in- 
connu ,  contenant  la  première  partie  d'une  troisième 
version  de  la  Brhatkathâ ,  tout  à  fait  différente  du 
Kathâsaritsâgara  de  Somadeva  et  de  la  Brhatkathâ- 
manjarï  de  Ksemendra,  jette  un  jour  nouveau  sur 
l'œuvre  de  Gunâdhya  et  permet  de  reprendre  par 
le  pied  les  questions  qui  la  concernent.  Je  me  pro- 
pose de  publier  prochainement  ce  texte ,  avec  une 
traduction ,  et  de  le  faire  précéder  d'une  étude  d'en- 
semble sur  l'origine  et  la  composition  de  la  Brhat- 
kathâ, les  rapports  des  trois  versions  entre  elles  et 
le  cycle  de  la  Brhatkathâ  dans  îa  littérature  in- 
dienne. 

La  célébrité  de  cet  ouvrage ,  attestée  tant  par  la 
difl'usion  de  la  légende  de  Gunâdhya  que  par  les 
emprunts  qu'y  ont  faits  le  théâtre  et  le  roman  et 
les  nombreuses  allusions  aux  aventures  de  ses  héros 


20  JANVIER-FEVRIER    1906. 

qu'on  trouve  dans  les  textes  les  plus  divers,  notam- 
ment dans  la  littérature  bouddhicjue,  en  rend  éton- 
nante et  fort  regrettable  la  disparition.  De  source 
moins  aristocratique  que  les  grandes  épopées,  de 
forme  moins  savante  que  les  kâvyas ,  la  Brhatkathâ 
devait  probablement  sa  renommée  à  une  heureuse 
association  de  folklore  naïf  et  de  raffinenient  litté- 
raire ,  aux  mêmes  qualités  qui  ont  fait  le  succès  du 
Kathâsaritsâgara  ;  festime  où  font  tenue  des  lettrés 
comme  Subandhu,  Ksemendra,  Somadeva,  nous 
garantit  qu  elle  n'était  pas  complètement  exempte  de 
rhétorique;  mais,  somme  toute,  il  semble  bien 
quelle  ait  eu  à  se  faire  pardonner  d'être  écrite  en 
langue  paiçâci ,  de  donner  trop  grande  place  à  Ku- 
vera  et  aux  Vidyâdharas,  dont  les  dévots  ne  pa- 
raissent pas  s'être  recrutés  dans  une  société  très 
aristocratique,  peut-être  aussi  de  manquer  de  dis- 
tinction en  admettant  trop  de  détails  de  mœurs 
populaires.  L'histoire  de  Gunâdhya  semble  inven- 
tée pour  l'excuser  d'avoir  employé  un  prâkrit;  je  ne 
serais  pas  étonné  que,  tout  en  l'admirant,  on  l'ait 
taxé  de  quelque  grossièreté  et  que  les  auteurs  qui 
ont  imité  la  Brhatkathâ  aient  voulu,  en  l'abrégeant, 
peut-être,  on  le  verra,  en  la  remaniant,  lui  rendre 
le  service  de  la  décrasser  de  sa  roture.  On  s'étonne 
moins  alors  que  Gunâdhya  soit  resté  un  grand  nom , 
mais  que  son  œuvre  ait  été  supplantée  par  des  re- 
maniements. 

Notre  nouveau  texte  montrera,  je  l'espère,  que 
je  n'avance  là  aucune  hypothèse  gratuite.  Le  pré- 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     21 

sent  article  ne  doit  être  regardé  que  comme  Tamorce 
d  une  étude  complète. 

II 

MANUSCRITS. 

L'existence  de  cette  nouvelle  version  est  connue 
depuis  1893,  année  où  Mahâmahopâdhyâya  Hara 
Prasàd  Shâstri  la  signalait^  dans  un  lot  de  vieux 
manuscrits  népalais  acquis  par  TAsiatic  Society  of 
Bengal.  Un  manuscrit  non  daté,  et  disait-il,  vrai- 
semblablement fort  ancien,  contenait  une  portion 
d'un  texte  inconnu ,  mais  qui  portait ,  au  colophon 
de  certains  sargas,  le  titre  significatif  de  Brhatkathâ- 
çlokasamgraha.  Il  ajoutait  que  cet  ouvrage  devait 
être  dune  étendue  considérable,  car  le  premier 
adhyàya  seul  renfermait  plus  de  4i,2  0o  çlokas  et  il 
évaluait  la  partie  contenue  dans  le  manuscrit  au 
dixième  du  total  ;  il  avait  lu  le  premier  sarga ,  qui 
traitait  du  roi  Gopàla  renonçant  au  monde  parce 
que  ses  sujets  Taccusent  injustement  de  parricide, 
et  abdiquant  en  faveur  de  son  frère  Pâlaka ,  malgré 
les  remontrances  des  brahmanes;  cette  histoire  ne 
se  trouve  ni  dans  Somadeva ,  ni  dans  Ksemendra.  A 
la  suite  de  ces  indications,  Hara  Prasâd  donnait  les 
colophons  des  26  sargas  contenus  dans  son  manu- 
scrit :  on  y  lisait  des  noms  propres  dont  plusieurs, 
contrairement  à  ce  qu'il  croyait,  se  retrouvent  dans 
le  Kathâsaritsàgara  et  dans  la  Brhatkathâmanjarï. 

'  J.Â.S.o/B.,  LXII(i893)J,n»  3. 


22  JANVIER-FÉVRIER   1906. 

En  1898,  M.  Sylvain  Lévi  rapportait  du  Népâi 
un  autre  manuscrit  du  Brhatkathâçlokasamgraha , 
non  daté ,  renfermant  les  sargas  1  à  1  o  du  premier 
adhyâya,  et  le  signalait  dans  un  rapport  à  l'Acadé- 
mie des  Inscriptions  et  Belles-lettres  ^ 

On  peut  espérer  que  la  fin  n'est  pas  irrémédia- 
blement perdue;  des  trouvailles  sont  encore  possibles 
au  Népal  :  la  Brhatkathà  y  fut  célèbre,  comme  le 
montre  Texistence  d'une  légende  locale  de  Gunâ- 
dhya  dans  le  Nepâlamàhâtmya  ^;  et  elle  y  a  été 
connue  sous  différentes  versions  :  tout  récemment 
ou  y  signalait  une  copie  ancienne  de  la  Brhatkathâ- 
manjari^. 

Les  deux  manuscrits  existants  ont  été  à  ma  dis- 
position; mais  c'est  sur  celui  de  M.  S.  Lévi  qu'a  été 
fondé  d'abord  mon  travail.  H  avait  bien  voulu  me  le 
confier,  quelque  temps  après  son  retour  du  Népal , 
et  je  ne  saurais  assez  lui  témoigner  ma  gratitude, 
tant  pour  le  long  crédit  qu'il  m'a  fait  que  pour  les  con- 
seils qu'il  n'a  cessé  de  me  prodiguer  avec  le  plus 
généreux  dévouement.  Je  n'avais  aucun  espoir  de 
pouvoir  utiliser  celui  de  l'Asiatic  Sociely  of  Bengal, 
lorsque,  récemment,  j'ai  obtenu  de  cette  société 
qu'elle  en  consentît  le  prêt  à  la  Bibliothèque  de 
l'Université  de  Paris.  Ma  publication  s'en  trouve  un 
peu  retardée,  mais  cet  inconvénient  sera  plus  que 
-compensé  par  l'amélioration  de  mon  texte.  Qu'il  me 

^  Comptes  rendus,  séance  du  27  janvier  1899. 
*  S.  LÉVI,  Le  Népal,  I ,  p.  ^87  et  suiv. 
^  Communication  de  M.  S.  Lévi. 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     23 

soit  permis  de  remercier  ici  TAsiatic  Society  of  Ben- 
gal  de  sa  générosité  et  de  reporter  tout  le  mérite  de 
cette  négociation  sur  M.  E.  Senart  et  M.  S.  Lévi , 
sans  Tentremise  desquels  elle  n*auraifc  sans  doute 
pas  abouti. 

AGE  DES  MANUSCRITS. 

Les  deux  manuscrits,  sur  feuilles  de  palmier, 
d'une  belle  écriture  ancienne ,  appartiennent  au  type 
bien  connu  des  manuscrits  népalais  du  \if  siècle.  Il 
serait  diflficile  d'affirmer,  daprès  le  seul  caractère 
paléographique,  lequel  est  le  plus  ancien.  Cepen- 
dant l'écriture  du  ms.  de  l'Asiatic  Society  of  Bengal 
semble  plus  archaïque. 

Elle  est  fort  nette,  rigoureusement  verticale  et 
ressemble  beaucouj)  en  somme  à  celle  du  ms.  de 
Cambridge  n°  1686  {Bendall,  Catalogue,  PI.  Il,  3), 
1 165  A.  D.;  pourtant  l'aspect  général  plus  carré  et 
le  trait  oblique,  de  gauche  à  droite,  finement  tracé , 
qui  orne  souvent ,  quoique  irrégulièrement ,  la  partie 
inférieure  des  hampes,  rappelleraient  un  peu  les 
manuscrits  bengalis  de  la  même  époque,  si  le  som- 
met des  lettres  ne  portait  le  crochet  qui  dénonce  la 
main  népalaise.  Je  n'y  relève  rien  qui  se  rapproche 
nettement  du  type  gupta ,  comme  le  dit  Hara  Prasâd. 
Les  caractères  ont  presque  tous  leurs  similaires  par- 
faits dans  les  mss.  de  Cambridge  n°*  1686;  1691, 
Q  et  1699,  1-2,  qui  sont  respectivement  de  1  i65, 
1  1 79  et  1 1 98  A.  D.  Mais  il  est  certain  que  quelques- 
uns  présentent  un  type  assez  archaïque  :  le  pha , 


24  JANVIER-FÉVRIER  1900. 

le  dha  dont  la  boucle  fait  un  angle  très  accusé  h 
gauche,  surtout  le  dlia  à  la  boucle  très  longue, 
étroite  avec  un  léger  renflement  à  la  base,  fort 
semblable  à  celui  du  ms.  de  Cambridge  n"  86() 
[Bûhler,  M.  Pal  T.  VI),  1008  A.D. ,  et  le  ça  qui 
se  confondrait  avec  le  sa,  si  la  partie  gauche  était 
toujours  jointe  à  la  hampe  par  un  trait  horizontal 
et  si  elle  ne  faisait  en  haut  un  petit  crochet  rentrant. 
En  dépit  de  ces  indires,  la  consen^ation  de  types 
archaïques  à  côté  d(>  types  ])lus  modernes  est  si 
fréquente  dans  les  manuscrits  du  Népal  que  je  ne 
saurais  suivre  Uara  Prasad  et  admettre  Thypothèse 
que  ce  manuscrit  est  antérieur  au  xii''  siècle  et  à 
Tépoque  même  où  écrivait  Somadeva. 

Le  manuscrit  de  M.  S.  Lévi ,  d  une  écriture 
qui  est  belle,  mais  un  peu  plus  fine  et  moins  régu- 
lière, ressemble  assez  au  ms.  de  Cambridge 
n"  1691  [Bendall,  Cat,  PI.  HT,  1);  c'est  un  bon 
spécimen  d'écriture  népalaise  du  type  du  xn"  siècle. 
Il  ne  présente  pas,  comme  l'autre,  de  traces  d'ar- 
chaïsme; au  contraire  il  a  certains  types  qui  se  rap- 
prochent des  modernes  :  le  tha  est  largement 
omert  par  le  haut;  le  dha,  le  ija,  le  11a  en  ligature 
[iika),  le  lia  en  ligature  {nca)  sous  sa  forme  la  plus 
fréquente,  le  ça  sont  pareils  aux  caractères  corres- 
pondants dans  le  ms.  du  Brit.  Mus.  n"  1/489  {Bûh- 
ler,  L  P.,  T.  VI),  1286  A.D. 

Sans  attribuer  à  ces  indices  une  valeur  décisive, 
il  serait  permis  d'accorder  au  manuscrit  de  Calcutta 
une  antériorité  d'au  moins  un  siècle.  Cela  ne  permet 


26  JANVIER-FEVRIER  1906. 

A  première  vue  on  juge  que  A  et  B  ont  été  copiés 
sur  le  même  archétype,  mais  B  avec  plus  de  soin. 

Il  faut  aller  plus  loin  et  dire  que  A  est  une  copie 
de  B.  Les  particularités  orthographiques  de  B,  la 
forme  quil  donne  à  certaines  lettres  (notamment 
^,  f  et  dh),  enfin  ses  malformations  accidentelles 
de  caractères  se  traduisent  dans  A  par  des  fautes 
dues  à  des  erreurs  de  lecture.  Quelques  exemples  : 

B  écrit  le  plus  souvent  par  fannsvâra  toute  na- 
sale devant  consonne;  soit  I,  ix,  3o  drcyamtam ; 
A  garde  lanusvâra  sur  -c^a-  tout  en  rétablissant 
un  groupe  -nia-  :  drçyainntam. 

B  écrit  quelquefois  1  anusvâra  par  un  trait  oblique 
muni  d  une  boucle  à  gauche ,  au-dessous  d  un  cercle 
(cf.  Bàhler,  /.  P.  T.  VI,  i5  x);  A  lit  un  visarga. 

Le  dh  de  B  ressemble  beapcoup  à  p  ou  j  (voir 
supra)  :  1, 1 ,  87  dharam  B,  puram  A;  en  revanche,  A 
croit  lire  dh  là  où  il  y  a  j  ;  I,  iv,  1  28  palâyitah  B,  /)a- 
Iddhitah  A. 

A  cause  du  petit  trait  oblique  qui  orne  souvent 
la  partie  inférieure  des  lettres ,  A  lit  un  jf  quelque- 
fois s  :  I,  ïv,  io4  jaciannâlha  B,  jasannâtha  A;  — 
quelquefois  m  :  I,  v,  34  bhujageçvara  B,  bhujameçvara 
A.  En  revanche  il  lui  arrive  de  lire  (j  là  où  il  y  a  5  : 
I,  v,  100  gatâsati  B,  gatàgati  A.  —  D  autres  fois, 
A  confond  ce  petit  trait  avec  un  a,  lorsqu'il  est  plus 
épais  que  d'habitude  ;  I,  iv,  i  25  rosa  B,  rasa  A. 

Le  V  dans  B  porte  souvent  un  petit  trait  oblique 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     27 

à  gauche  en  haut  de  la  boucle  ;  A  le  lit  dh  parce  que 
c'est  ainsi  qu  il  a  Thabitude  de  figurer  cette  lettre  : 
I,v,  1^7  vïnâh,  dhlnâA. 

Ces  erreurs,  qui  sont  fort  nombreuses,  peuvent 
s'expliquer  dans  fhypothèse  où  A  serait  la  copie  du 
même  archétype  que  B;  beaucoup  d'autres  ne  le 
peuvent  pas ,  car  elles  sont  dues  à  des  malformations 
purement  accidentelles  dans  B;  le  copiste  de  A  a 
fait  les  fautes  que  nous  pourrions  faire  nous-mêmes 
dans  ime  lecture  superficielle  de  B.  Quelques  exemples 
parmi  beaucoup  : 

B  dra  mal  formé,  A  a  :  I,  vni,  5  B  cancadrakta- ,  A  caiica 

ukta, 

B  tra  mal  formé,  A  <«  :  I,  v,  267  B  trastam,  A  tustam, 
B  ntra  mal  formé,  A  /im  ;  I,  v,  264  B  yantra,  Ayanu, 
B  no  mal  formé,  A  ma  :  I^  v,  282  B  nodyanam^  A  ma- 

dyanam, 

B  fiu  mal  formé,  AnçZi.'I,  v,  io4  B  venabhil).^A  veri^ibhih, 
B  casvi  mol  formé,  A  ramvi  :  I,  v,  2 10  B  nacamdyanti,  A 

naram  vidyantî. 

Deux  exemples  typiques  :  I,  iv,  126  B  dpftvây  A 
drsivâm;  or  dans  B  drstvd  est  placé  au-dessous  du 
mot  likhan  de  la  ligne  précédente;  le  virâma  de  n  se 
trouve  juste  au-dessus  de  IVî  de  drsivd;  ce  virâma 
étant  figuré  par  un  point  très  apparent  accompagné 
d'im  trait  peu  visible,  A  l'a  pris  pour  un  anusvâra  se 
rapportant  à  l'a.  —  Le  çloka  I,  vu,  26  est  suivi  dans 
A  d'un  çloka  évidemment  mal  placé;  le  sens  indique 
qu'il  faut  le  faire  remonter  de  deux  rangs  (ià);  or 
dans  B,  ce  çloka  2^,  d'abord  oublié  par  le  copiste. 


28  JANVIER-FEVRIER   1900. 

a  été  ajouté  par  lui  ou  un  reviseur  contemporain 
(récriture  est  la  même)  dans  la  marge,  et  il  est  suivi 
du  chiflre  2  ,  ce  qui  signifie  qu  il  est  à  intercaler  dans 
la  deuxième  ligne  de  la  page,  c est-à-dire  après  23; 
mais,  dans  le  texte,  le  signe  de  renvoi  a  été  placé 
par  inadvertance  dans  la  troisième  ligne,  après  le 
çloka  26;  A  reproduit  fidèlement  cette  erreur;  il  est 
difficile  de  trouver  un  meilleur  indice  que  A  est  une 
copie  de  B. 

S'il  en  fallait  un  surcroît  de  preuve ,  il  nous  serait 
fourni  par  la  présence  dans  B ,  à  partir  de  la  feuille  g 
(correspondant  à  A  1  1),  de  petits  traits  verticaux, 
d'ime  encre  très  ancienne,  au-dessus  et  au-dessous 
des  lignes,  qui  con^espondent  exactement  à  toutes 
les  fins  de  page  de  A;  le  copiste  de  A  marquait  ainsi , 
avant  de  tourner  sa  feuille  ou  d  en  prendre  une  nou- 
velle ,  le  point  de  son  modèle  où  il  en  restait. 

Après  ces  constatations,  ne  faut-il  pas  laisser  A 
complètement  de  côté,  sauf  pour  combler  les  la- 
cunes de  B,  dont  la  première  feuille  est  perdue, 
dont  quelques  autres  feuilles  sont  noircies ,  rongées , 
en  partie  illisibles.^  Ce  serait  imprudent.  Il  semble 
que  pour  les  feuilles  1-11^  (B  2-g)  et  à  partir  de  la 
feuille  5 G  environ,  le  scribe  ait  consulté,  quoique 
très  accessoirement,  un  second  modèle.  On  note 
quelques  divergences,  minimes  il  est  vrai,  et  qui 
peuvent  être,  à  la  rigueur,  des  conjectures  person- 
nelles  au    scribe   et  généralement  peu  heureuses, 

*  Voir  la  notel,  1,  29. 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     29 

dans  des  passages  corrompus ,  mais  qui  peuvent  aussi 
provenir  d  une  autre  source.  Je  me  suis  donc  décidé 
à  donner  toutes  les  leçons  de  A ,  aussi  bien  que  de 
B,  et  même,  mais  tout  à  fait  exceptionnellement,  à 
suivre  A  contre  B. 

Somme  toute,  le  texte  de  B  ne  serait  pas  encore 
excellent,  s'il  n avait  bénéficié  du  travail  d'au  moins 
deux  reviseurs.  Je  désigne  le  premier  par  B^.  Il  était 
en  possession  dun  bon  manuscrit,  car  il  a  corrigé 
beaucoup  d  erreurs  de  B'  dune  manière  très  heu- 
reuse; son  écriture  est  ancienne,  de  type  népalais,  à 
peu  près  pareille  à  celle  de  B  ^  ;  mais  cette  revision 
est  cependant  postérieure  à  la  copie  A,  car  A  coïn- 
cide avec  BS  non  avec  B^.  Le  ou  plutôt  les  seconds 
reviseurs  sont  plus  modernes;  je  ne  saurais  dire  s'ils 
avaient  devant  eux  d'autres  manuscrits  ou  si  ce  sont 
des  lecteurs  qui  ont  procédé  par  conjecture;  leurs 
corrections  m'ont  paru  sujettes  à  caution;  il  est  im- 
possible de  distinguer  toutes  les  mains;  il  est  visible 
que  le  manuscrit  a  beaucoup  servi. 

En  résumé  je  me  représente  ainsi  la  relation  de 
nos  diverses  sources  : 

Archétype  (en  écriture  gupta^) 


W- 


^  Pour  ne  pas  surcharger  cet  article ,  j'exposerai  ailleurs  pour- 
quoi j'estime  que  Tarchétype  de  B  était  da  type  gupta* 


30  JANVIER. FEVRIER   1900. 

III 

CONTENU  DU  BRHATKATHÂÇLOKASAMGRAHA. 

Le  sujet  du  poème ,  annoncé  au  début  du  A*  sarga , 
après  les  3  sargas  d'introduction,  est  Thistoire  de 
Naravâhanadatta ,  fils  d'Udayana,  empereur  des  Vi- 
dyàdharas.  C'est  en  somme  le  même  que  le  sujet 
principal  du  Kathàsaritsâgara  et  de  la  Brhatkathâ- 
mafijarî.  Mais  la  disposition  des  matières  et,  en 
grande  partie,  les  matières  mêmes  sont  tout  autres. 
Il  ne  s'agit  plus  ici  de  légères  différences  dans  Tordre 
des  livres,  comme  celles  qu'on  remarque  entre  le 
K.  S.  S  et  la  B.  K.  M.  qui,  en  dépit  de  leurs  diver- 
gences, laissent  aisément  transparaître  l'original 
commun.  Nous  avons  affaire  à  un  poème  com- 
plètement différent;  s'il  a  le  même  ancêtre  que  les 
deux  autres,  comme  il  me  parait  certain,  -sa  parenté 
avec  eux  ne  peut  s'exprimer  que  par  un  nombre 
considérable  de  degrés. 

Il  est  beaucoup  plus  long  :  si  toutes  les  parties 
ont  le  même  développement  que  celle  qui  nous  est 
restée,  l'évaluation  de  Hara  Prasad^  me  paraît  juste. 
Naravâbanadatta  annonce  qu'il  va  raconter  l'histoire 
de  ses  vingt-six  mariages  et  de  la  conquête  de  son 
empire;  or  nous  ne  possédons  guère  que  la  sixième 
partie  de  la  première  moitié  ;  le  total  ne  devait  pas 
comprendre  moins  de  5o,ooo  dokas. 

*  Voir  supra  p.  ai. 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     31 

li  est  beaucoup  plus  simple.  Autant  qu'on  peut 
fonder  un  jugement  d'ensemble  sur  un  court  frag- 
ment, il  ne  se  compose  pas  d'une  collection  de  contes 
variés.  Dans  le  K.  S.  S.  et  Ja  B.  K.  M. ,  l'histoire  prin- 
cipale n'est  qu'un  fil  ténu  —  souvent  négligeable, 
destiné  à  lier  tant  bien  que  mal  des  collections  dis- 
parates. Celles-ci  n'ont  le  plus  souvent  qu'im  rapport 
fort  lointain  avec  leur  cadre,  quelquefois  aucun  : 
«  Dis-nous  qui  te  fit  prendre  patience  quand  Mâna- 
savega  eut  enlevé  la  reine  Madanamaiicukâ,  et  com- 
ment il  fit  pour  te  distraire.  —  C'est  Gomukha; 
.  .  .il  me  raconta  l'histoire  suivante ^  v  Ci,  un  livre 
de  contes  qui  n'avaient  rien  à  faire  avec  le  sujet. 
C'est  d'une  manière  aussi  dénuée  d'artifice  que  sont 
introduits  le  Pancatantra,  la  Vetàlapancavimça- 
tikâ ,  etc .  .  .  Le  roman  de  Naravàhanadatta  est  noyé 
dans  des  flots  de  hors-d'œuvre;  Somadeva  a  bien 
choisi  son  titre  en  appelant  son  poème  un  «  océan  »  ; 
les  «  rivières  »  de  sources  les  plus  diverses  y  apportent 
leur  tribut,  mais  dans  cette  masse  prodigieuse  il 
ne  faut  pas  chercher  d'autre  unité  que  le  goût  et 
l'art  du  conteur. 

Tout  autre  est  le  Brhatkathâçlokasamgraha  :  le 
souci  de  l'ordre  et  de  la  composition  y  est  évident; 
le  sujet  y  est  exactement  limité;  sans  doute  les  héros 
y  écoutent  des  histoires,  mais  ce  sont  contes,  sinon 
brefs,  du  moins  étroitement  liés  à  l'action  et  mieux 
fondus  dans  le  récit.  On  ne  risque  guère  d'oublier 

»  K.  S.  S.,  XVII,  I,  6...  i6. 


32  JANVIER-FÉVRIER    1906. 

le  sujet  essentiel,  car  ce  sont  les  aventures  propres 
des  héros  qui  sont  le  plus  développées.  Défalquez  du 
K.  S.  S.  tous  les  hors-d'œuvre ,  y  compris  la  légende 
de  Gunâdhya  et  les  livres  II-III ,  qui  sont  une  manière 
d'Udayanacarita,  aisément  détachable,  il  restera  un 
squelette  qui,  assemblé  autrement  et  mieux,  plus 
complet  et  plus  cohérent,  est  le  bâti  de  notre  poème. 

Cela  ne  veut  pas  dire  que  tout  conte  accessoire  en 
soit  absent;  mais,  outre  quiis  sont  mieux  amenés, 
ils  ne  sont  pas  pris  de  toutes  mains;  on  aura  le 
plaisir  den  lire  d'originaux,  empreints  dune  forte 
saveur  populaire,  abondants  en  détails  de  vie  cou- 
rante. Au  risque  d'étendre  imprudemment  à  l'ouvrage 
entier  un  jugement  fondé  sur  une  si  faible  portion , 
je  dirai  que  ce  goût  pour  les  realia  me  paraît  être  la 
marque  distinctive  de  cette  Brhatkathà. 

Elle  a  une  forte  couleur  locale  ;  plus  que  le  K.  S.  S. 
et  la  B.  K.  M.,  elle  porte  la  marque  de  cette  région 
de  Kauçâmbi  et  du  Pratisthâna  où  la  tradition  fait 
vivre  Gunâdhya  :  Kauçâmbi,  ses  environs,  ses  jar- 
dins et  ses  fêtes  sont  familiers  à  l'auteur  :  non  content 
d'en  savoir  les  légendes ,  il  connaît  les  lieux  :  la  porte 
de  Bhadravati  *  ;  le  square  «  des-peaux-d'antilopes  »  et 
son  bassin  aménagé  pour  les  jeux  où,  sous  l'œil 
effaré  des  gardiens ,  le  jeune  Udayana  tombé  du  ciel 
joua  à  la  padmabhanjikâ^ ;  ce  «  Bois-des-serpents ,  qui 

^  I,  V,  324. 

2  I,  V,  i56.  —  Cf.  kâç.  ad  Pàiiini,  ii,  2 ,  17;  lu,  3,  109;  vi. 
2  ,  74  :  padniabhanjikâ  est  à  ajouter  à  la  série  uddâlakapiispabhan.' 
jikà,  çâlablianjikâ,  tâlablianjikâ  :  ce  sont  des  noms  de  jeux  chez  les 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     33 

ferait  honte  au  paradis  »,  où  se  dérouie  la  belle  yàtrà 
qui  donnera  à  Naravâhanadatta  adolescent  sa  pre- 
mière occasion  de  connaître  le  monde  et  les  ma- 
nières galantes;  l'auteur  note  les  distances  et  décrit 
l'itinéraire  :  la  grand'rue,  la  route,  la  Yamunâ qu'on 
traverse  en  bac,  le  temple,  la  forêt,  et^  sur  le  bord 
de  la  rivière,  les  bancs  de  sable  déserts  où  les  jeunes 
gens  cherchent,  pour  les  interpréter  malicieusement , 
les  traces  de  pas  laissés  par  les  coureurs  de  bonnes 
fortunes ^  Si  l'histoire  est  fantastique,  le  cadre  a 
quelque  réalité. 

La  langue  est  simple ,  généralement  tout  unie  et 
quelquefois  un  peu  plate,  mais  en  somme  de  très 
bonne  qualité,  maniée  par  un  auteur  qui  en  sait  les 
ressources;  il  a  peu  le  goût  des  artifices  et  ne  cherche 
pas  à  faire  montre  de  virtuosité;  de  temps  à  autre, 
il  se  permet  une  petite  description  im  peu  maniérée , 
juste  ce  qu'il  faut  pour  donner  à  l'œuvre  une  allure 
littéraire;  puis  vite  le  récit  reprend  :  «  Foin  de  l'oc- 
casion de  vous  faire  désirer  mon  histoire  !  Si  je  vou- 
lais achever  la  description ,  jamais  le  conte  ne  serait 
conté  2  !  » 

En  somme  l'ouvrage  est  estimable  et  se  lira  sans 
ennui.  Est-il  un  portrait  plus  fidèle  de  la  Brhatkathâ 

peuples  de  l'Est  [prâcàni  kridàyàm  P.  vi,  a  ,  74).  On  trouvera  dans 
le  Brhatkathâçlokasamgraha  un  assez  grand  nombre  de  mots  qui 
n*étaient  jusqu'ici  attestés  que  par  les  scholiastes  de  Pâniui  ou  hê 
leiicographes ,  et  plus  d'une  fois  on  notera  la  sûreté  d'information 
de  Pânini. 

^  I,  vm. 

*  I,  IV,  i5. . .   17. 


34  JANVIER. FEVRIER  1906. 

de  Gunâdhya  que  le  Kàthàsaritsâgara  et  la  Brhatka- 
thâmanjarî?  Je  m'expliquerai  ultérieurement  sur 
cette  question.  Mais  il  est  dès  maintenant  certain 
qu'il  devient  une  pièce  essentielle  dans  le  procès  de 
la  Brhatkathâ.  L'étude  de  sa  composition ,  comparée 
avec  celle  du  K.  S.  S.  et  de  la  B.  K.  M. ,  fera  appa- 
raître dans  ces  deux  versions  de  graves  étrangetés 
qui  en  décèlent  à  mes  yeux  Torigine  composite.  Je 
ne  m'inscris  pas  en  faux  contre  les  affirmations  de 
Somadeva  et  j'admets  ja  fidélité  dont  il  se  targue; 
mais  je  pense  qu'il  travaillait  sur  un  Gunâdhya  déjà 
transformé ,  quoique  encore  rédigé  en  paiçâcî ,  à  la 
fois  réduit  et  amplifié,  amputé  dune  grande  partie 
de  son  texte  primitif  et  augmenté  dune  masse  de 
hors-d'œuvre,  devenu  le  réceptacle  de  tout  ce  qu'on 
connaissait  de  contes  célèbres.  Les  mœurs  littéraires 
de  l'Inde  ne  s'opposent  nullement  à  ce  qu'on  ait  con- 
tinué d'inscrire  le  nom  de  Gunâdhya  sur  une  com* 
pilation  postérieure,  souvent  remaniée  peut-être, 
mais  dont  son  œuvre  formait  toujours  le  cadre. 

IV 

Je  donne  ci-dessouç  le  texte  et  la  traduction  du 
premier  sarga;  il  n'est  pas  le  meilleur,  mais  je  n'au- 
rais pu  en  donner  un  autre  qu'en  le  faisant  précé- 
der d'une  analyse  détaillée  qui  serait  sans  utilité,  en 
raison  de  la  publication  prochaine  de  l'ensemble. 
Sont  en  italique  toutes  les  syllabes  restituées  ou  cor- 
rigées par  conjecture. 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LÀ  BRHATKÂTHÂ.     35 
BRHATKATHÂÇLOKASAMGRAHA. 

I 

OUI  namo  Vighnântakâya   || 
mahàkhâtâ  mahâsâlà  pury  asly  Ujjayanîti  yâ   | 
mahâmbodhimahàçailamekhaleva  mahâmahï  ||  1 1| 
prâsâdâd  yatra  paçyantah  samtatâfi  haimarà/atân   | 
merukailàsakûtebhyah  sprhayanti  na  nâgaràh   II  2  II 
vedamaurvivipa^mâm  dhvanayah  pratimandiram  j 
yatra  samnipatanto  pi  na  bâdhante  parasparam  ||  3  II 
krtam  var^anayâ  tasyâ  yasyâm  satatam  âsate  j 
mabàkâiaprabhrtayàs  tyaktvâ  çivapuram  ganàl>  i  4  II 
tasyâm  àsin  Mabâseno  mahâsenah  ksitïçvarah   | 
yasya  devïsahasrâni  sodaça  çrïpater  iva  ||  5  II 
ciram  pâlayatas  tasya  prajâ^  çâstroktakârina^i  I 
Pàlako   Gopâlaç  ceti  sutau  jâtau  gunâmbudhï   ||  6  II 

La  première  feuille  étant  perdue^  B  commence  à    13,,. 

prâmçor. namah  A.  —  2.  prâsâdât  A.  —  santatânahai- 

marâjyatân  A.  —  3.  vipancândvaaayah  A.  —  4.  satanam 
A.  —  6.  kârinali  |  gopsdaç  A. 

1-4.  La  description  d'Ujjayinî   ressemble  assez  à   celle  qui  se 
trouve  dans  K,S.S,  VI,  i,  i35-i37. 

1.  Ujjayanï  :  cf.  Gan,  ia4,  43  ad  Pâiu  IV,  2,  127  et  206,  16 
cd  Pàn.  IV,  a,  8a  (Ujjayinî  Kâcikâ). 

Mahâ°  :  cf.  purîin . . .    sumahâçâlamekhalâ  B.   Gorr.  1 ,  5 ,  12 
(mahatîm  sâlamekhalàm  éd,  Bombay). 

2.  HaimarâjaUn  :  je  sous^eutends  kûtân. 

4.  iCrtam  varnanayâ  :  cf.  krtam  girà  (=  vamanayâ  Mali,)  Ra^h, 
XI.  4i.' 

3. 


36  ANVIER-FEVRIER  1906. 

brhaspatisa/naç  càsya  mantrî  Bharatarohakah   | 
Rohantakah  Surohaç  ca  tasyâstàm  tatsamao  sutau  II  7 1 
narendramantriputrânàm  caturvidyârthavedinâm   | 
prayogesu  ca  daksânàm  yânti  sma  divasàh  sukham 

11811" 
atha  gàm  pâlayâm  âsa  Gopâlah  pitrpâlitàm    | 
Pâlako  pi  yaviyastvâd  yauvarâjyam  apâlaya^  ||  9  II 
mantripu/rau  tu  mantrilvam  atha  bhûmir  naveçvarâ  | 
navamantrikrtâraksâ  jâyate  sma  punar  navâ  II  10  || 
gajarâjam  atho  râjâ  dânarâjivirâjitam  | 
adhisthâya  jagatsâram  nirjagâma  bahih  purah  II  1 1  tl 
taddarçanâçayâ  yâtam  anekam  nrkadambakam  | 
bibhyad  vyâdâd  gajàt  tasmâd  itaç  cetaç  ca  vidru- 

tam  II  12  \\ 

kanyakânyatamâ  tatra  gi  hyamânâtha  hastinà  j 
prâmfttprâkâratah    pràmçor    agamyâm    parikhàm 

agàtlIlSIl 
khâtapâtavyathâjâtasamjnânâ  sa  ksanam  tatah  | 
tatasthâ  hastiprsthasthain  sàbhâsata  rusa  nrpam  II  1 4  II 
avadhyam    avadhir  yas    tvain    pitaram    tasya   kim 

maya  | 
adhïtavedam     yo     hariti     bràhmanain     tasya     ke 

mrgâhiri5|| 

7.  samâç  A;  tatsamo  A.  —  9.  apâlayata  A.  —  10.  pu- 
tro  A.  —  13.  prâiiisu  A;  agît  A.  —  15.  veda  A. 

II.  Jagatsâram  :  je  conserve  cette  expression  bizarre  en  la  rap- 
portant à  gajarâjam  ;  mais  je  serais  plus  tente  d  y  voir  Tindication 
de  l'endroit  vers  lequel  se  dirige  le  roi. 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     37 

iti  kanyâvacah  çrutvâ  duhçravain  çvapacair  api  i 
cittesu  bhinnahrdayah  praviveça  niveçanam  ||  1 6  II 
adpravâhya  Juhkhena  dinaçesam  samâsamam  | 
janavâdopalambhâya  pradose  niryayau  grhât  II  1 7  II 
kâlakambalasamvîtah  sâsicarniâsiputrikah  | 
samantâgadasamnâhah  samcacàra  çanaih  ^anaih  ||  1 8  II 
atha  çuçrâva  kasmimç  cid  devatâyatane  dhvanim  | 
abhisârikayâ  sârdham  bhàsamânasya  kâminah  II  1 9  || 
hatam  mustibhir  âkàçam  tusânâm  kandanam  krtam  | 
maya  yena  tvayâ  sârdbam  baddhâ  prilir  abuddhi- 

nâ  II  2011 
iyam  etâvatï  velâ  khidyamânena  yâpitâ  j 
maya  tvam  tu  grhâd  eva  na  niryàsi  pativratâ  II  2 1  |i 
kaumârah  subhago  bhartà  yadi  nâma  tava  priyah  j 
khaiïkrtaih     kim     asmàbhir      vrtheva     kulaputra- 

kaih||22|| 

16.  çcapacer  A;  pariveça  A.  —   17.  vâhyacaduhkhena. 

—  18.  sanaih.  —  19.  kasmimddevatâ-  B*;  devatàyane  A. 

—  22.  khalîkrteh  A;  putraitrakaih  B. 

16.  Çvapacair  :  ia  construction  de  duhçravam  avec  un  instru- 
naental  n*a  rien  de  plus  extraordinaire  que  celle  de  dusprâpam; 
cf.  çrngam  çrïman  mahac  caiva  dusprâpam  çakunair  api  R,  Gorr, 
VI,  i5,  2i;  et  la  même  construction  avec  dustara-  (prâkrtaih) 
fl.  Gorr.  V,  86,  .5. 

18.  Samantâgadasamnâhah  :  ie  sens  adopté  est  le  plus  vraisem- 
blable; cependant  on  pourrait  songer  pour  agada  au  sens  de 
«simples»  en  se  référant  aux  détails  donnés  infra  I,  ix,  63  sq,,  sur 
les  simples  qui  doivent  faire  partie  de  l'équipement;  ce  sens  de 
agada  se  justifierait  par  Manu  VII,  218  :  visaghnair  agadaic 
(=ausadhaih  KulL)  câsya  sarvadravyâiii  yojayet. 

20.  Baddhâ  prïtir  :  cf.  na  babandha  ratim  kva  cit  jr.5.5. 1,  3 ,  29. 

22.  Khaiïkrtaih  :  cf.  kuttanyâ  prasahya  sa  khalîkrtah  K,S*S,  I, 
12  ,  106.  —  khalîkâra  ibidem  176,  infra  I,  11,  66  eiP.fF.  s.  u. 


38  JANVIER. FÉVRIER  1906. 

evamâdi  tatah  çrutvâ  sa  pragalbhàbhisârikâ  | 
vihadya  vitam  âha  sma  tvâdrçâ  hi  hatatrapàh  II  23  || 
na  nu  citCani  mayârâdhyam  tasyàpi  bhavatah  krte  | 
na  hi  bhàrtfn  aviçvàsya  ramante  kidatà  vîtaih  II  24 1| 
atha  nirmafoikam  bhadra  madhu  pâtum   manora- 

thah  I 
jahi  ghàtaya  vâtam  mepatim  nity^âpramâdinam  II  25  II 

atha  pâpâd  asi  trastah  sphutam  nâham  tava  priyâ  | 
na  nu  durvârarâgândhah  sutâm  yâti  Prajâpatih  II  26  II 
atha  vâiam  vicàrena  Gopâ/am  kim  na  paçyasi  | 
yena  râjyasukhândhena  prajâpâlah  pitâ  hatah  II  27  II 
suduhçravam  idam  çrutvâ  Gopâlo  duryacam  vacah  | 
gacchann  anyatra  çuçrâva  dhvanim  viprasya  jalpa- 

tah  II  28  II 
ayi  brâhmani  jâgam  nandini  krandate  çiçu^  | 
tvaritam  dayite  dehi  stanyam  kantho  'sya   ma  çu- 

sat  II  29  II 

23.  pralbhâbhisârikâ  A  prâgalbhâ-  B.  —  trayâh  A.  — 
24.  krto  B;  bhartftaviçvâsya  A.  —  25.  nirmâksakatn  A 
nirmâ.  .  B  [déchirure);  jahi.  .  .  trastah  lacune  dans  B  [dé- 
chirure); nitya-  A.  —  26.  pâpad  A.  —  27.  atha  .  . .  kin 
lacune  dans  B  [déchirure);  gopâla  A.  —  28.  prajâpâla.  .  . 
midam  lacune  dans  B  [déchirure);  golo  A;  gacchanta-  A;  su- 
cra va  B. . —  29.  ayibrâ.  .  .ndate  lacune  dans  B  [déchirure); 
jàgarthi  A;  çiçutadehistanyankanthosyamàsusat  (tadehi- 
stanya  sur  un  grattage;  les  3  premiers  caractères  grattés  impar- 

25.  Nityâpramâdinam  :  j*ai  hasardé  la  correction,  le  texte 
n'étant  donné  ici  que  par  A;  nitya-  pourrait  se  défendre  :  «(Il  est 
facile  de  le  tuer  car)  il  n*est  jamais  sur  ses  gardes.» 

25-26.  Atha=yadi  :  cf.  fl.  II,  6o,  3. 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     30 

iti  çrutvâ  giram  bhartur  vinidrâ  brâhmanï  sutani  | 
pitrghàtin  mriyasveti  nirdayam  nirabhartsayat  ||  30  II 
âh  pape  kim  asambaddham  pitrghâtinn  iti  tvayâ  | 
bàlo  yam  ukta  ity  enâm  brâhmanah  kupito  'bra- 

vit  II  31.11 
kim  âryaputra  putrena  yadâ  râjnàpitâ  hatah  | 
çrutismrtividety  etad  uvâca  brâhmanï  patim  II  32  || 
çnitvaîvamâdi  kauhnam  pravijrj'ânto/ipuram  nrpah  | 
anaya^  ksanadâçesam  asanimîlitalocanah  ||  33  II 
atha  gâdhândhakârâyâm  velâyàm  mantrinau  rahah  j 
aprcchat    ko    yam    asmâsu    pravâdah    kathyatàm 

iti  II  34  II 
tatas  tàv  ûcatU5  irastau  samtrâsam  nrpacoditau  | 
kaulïnahetuçrutaye  cittani  tavâvadhîyatâm  II  35  II 


faitement  paraissent  être  tvaritam)  A  çiçutedehistanyankan- 
thosyamâçusat  B;  en  haut  de  la  page,  B^  a  ajouté  des  carac- 
tères dont  les  2  premiers  sont  entiers,  tvari  (à  la  rigueur  tva- 
ma),  le  3'  affleure  une  déchirure  mais  se  lit  suffisamment,  tam; 
les  suivants  ont  disparu  dans  la  déchirure,  mais  il  reste  encore 
rextrême  bord  inférieur  de  3  caractères  dont  le  premier  parait 
être  da  ;  dans  le  texte  il  semble  y  avoir  un  signe  de  renvoi  après 
çiçu  et  après  stanya  (?  la  feuille  est  noircie);  A  semble  avoir 
hésité  entre  B\  évidemment  incomplet,  et  un  autre  modèle  ou  le 
pada,  peut-être  incorrect,  commençait  par  tvaritaip,  puis  s'être 
décidé  pour  B^  —  30.  mriyaçceti  A;  nirabhatsayat  A  nir- 
bhartsayat  B  nirarbhartsayat  B*.  —  32.  itismrti  A.  — 
33.  praviçyatihpuram;  anayata.  —  35.  ûcatutrastau. 


35*  Samtrâse  nrpacoditau  :  pour  la  construction,  cf.  Whitney, 
S.  G..  i3i*6. 


40  JANVIER-FEVRIER  1906. 

sugrhîtâbhidhânasya  Pradyotasya  pitus  tava  | 
âsann  avyabhicârïny  aristâny  astaumumûrsatah  li  36  il 
uddhârye  dhavaie  keçe  pramâdât  krsna  uddhfte  | 
uddhartâram  mahîpàlah  kartayâm  âsa  nâpitam  ||  37  il 
bhunjânena  ca  pâsâne  daçanâgrena  khandite  | 
kuiakramâgato  vrddhah  sùpakâro/^  pramâpitah  II  38  II 
prakrter  viparîtatvam  jânann  apy  evamâdibhih  | 
prabho  vidher  Yidhevatvâd  brâbmanân  apy  abâdha- 

ta  II  39  II 
bhartur  idrçi  vrttânte  mantri  tasyâvayoh  pila  | 
adrstabhartrvyasanah  pûrvam  evâgamad  divam  1 40  fl 
çrutamantrivinâças  tu  sa  râjâ  râjayaksmanâ  | 
guruçokasahâyena  sahasaivâbhyabhûyata  II  41  | 

36.  tavah.  —  38.  kâram. 

36.  Pradyota  désigne  Mahâsena;  de  même  injra  I,  n,  49;  dans 
le  K,S,S.  et  la  B.K.M.,  le  nom  de  Pradyota  est  réservé  aa  roi  da 
Magadha,  père  de  Padmâvatï. 

Sugrhîtâbhidhânasya  :  comme  sugrhîtauâman  ;  formuie  de  res- 
pect employée  le  plus  souvent  pour  mentionner  un  ancêtre  décédé; 
elle  implique  bénédiction  pour  le  mort  et  les  vivants.  V.  S.  Lévi, 
J.  As»,  1902 ,  1,  p.  100  sq.,  et  Ind,  Ant,  1904  (XXXUI) ,  p.  i63  sq. 

Aristâny  astau  :  je  traduis  huit  et  non  les  huit  car  je  n^ai  trouvé 
nulle  part  qu*ils  soient  réduits  à  ce  nombre. 

36  sq.  :  les  traits  de  férocité  attribués  à  Mahâsena,  et  ceox  qui 
seront  rapportés  infra  f ,  11 ,  justiOent  le  surnom  de  canda-  qa*il  porte 
sans  qu*on  nous  dise  pourquoi,  constamment  dans  le  K.S.S.  et 
souvent  dans  la  B,  K,  M.. 

37.  Kartayâm  âsa  :  inconnu  en  ce  sens  réservé  à  anu-  et  ava- 
kart-. 

39.  Viparîtatvam  =  viparitatâ  «le  fait  (pour  ses  sujets  prakrtch) 
de  lui  devenir  hostiles». 

41.  La  mort  de  Mahâsena  est  mentionnée,  K,S,S,  XVI,  1,  55- 
56  ;  B,  K.  M.  XVIII,  3o-3 1 ,  dans  le  récit  des  faits  qui  ont  précédé  la 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHA.     41 

tatas  tâte  divam  yâte  yâtukâme  ca  bhùpatau  | 
prajàsu  ca  viraktâsu  jâtau  svah  kimkriyâkulau  II  42  || 
prâptakâlam  idam  çreya  iti  huddhvà  prasâritam  | 
kaulînam  idam  avâbhyâm  saparyantesv  Âvantisu  ||  43  II 
krodhabâdhitabodhatvâd  bâdhamânam  nijàh   pra- 

jàhi 

bandhayâm     âsa     râjànam    râjaputrah    priyapra- 

jah  II  44  II 
çrnkhalàtan^acaranah    svalantràd   bhrairiçitah    pa- 

dât  I 
sukhasya  mahato   dadhyau   sa  râjendro   gajendra- 

vat  II  45  II 
cintàmusitanidratvâd  âhâravirahena  ca  | 
sa  ksapàh  ksapayan  ksinah  samvatsaraçatâyatâh  ||  46  II 
pu^enaivainavastho  pi  prajâpriyacikïrsunâ  | 
na  mukta   eva    muktaç   ca  yâvat  prânaih   priyair 

iti  II  47  II 
nidânam  idam  etasya  kaulînasya  vigarhitam  | 
itarad  vâdhunâ  devah  prabhurity  atha  bhûpatih  II  48  II 

42.  tâtreA.  —  43.  budhvâ.  —  45.  tatra;  bhraçitah  A. 
—  46.  ksayâh  A.  —  47.  putrainaivam  ;  cikïsunya  A. 

mort  d'Udayana,  sans  aucune  des  circonstances  rapportées  ici. 
Dans  K,S,S,  et  B.K.M.»  Angâravatï  meurt  avec  son  mari;  ici  elle 
reste  vivante,  comme  on  le  verra  infra  I,  m. 

46.  Dadhyau  î  Sur  le  génitif  avec  dhyâ-  cf.  Speijer,  5.5. ,  120  d, 
lai.  Le  génitif  se  trouve  avec  les  verbes  signifiant  désirer,  se  sou- 
venir de,  penser  à  [Pân,  If,  3,  82);  cette  construction  est  déve- 
loppée en  védique;  Speijer  doute  —  à  tort  d*après  le  présent 
exemple  —  qu'il  en  existe  en  classique  des  exemples  avec  d'autres 
verbes  que  smar-. 


42  JANVIER-FÉVRIER  1906. 

adhomukba^  ksanam  sthitvâ  talâbataniahltaiah  | 
drstvâ  ca  sâsram  âkàçam  anàtha  idam  abravït  II  49  II 
tuîyau   Çukrabrhaspatyor  yuvâm   muktvâ  suhrtta- 

ttiauj 
anapâyam  upâyam  kah  prayunjîtaitam  îdrçam  ||  50  || 
kim   tu    sa^^vavatâm   esa    çankâçûnyadhiyâm   kra- 

mahl 
drstâdrstabhayagrastacetasâm  na  tu  mâdrçâm  II  51  II 
tasmât  pâlayatam  bhadrau  Pàlakam  pâlakam  bhu- 

vab  I 
idam  tv  alîkakaulînam  açakto  'bam  upeksitum  ||  52  || 
tasyaivarn  bhâsamânasya  vridàdhomukhamantrinah  | 
kûjafi    prakâ^ayâm    âsa  ksînâm  tâmraçikbah  ksa- 

pâm  II  53  II 
atba  çuçruvire  vâcah  sûtamâgadhabandinâm  | 
yaçodhavalitânantadigantodbudbyatâm  iti  II  54  II 
dînadînani  tad  âkarnya  karnaradânam  apriyani  | 
pidhâya    pârthivah    karnàv    uttamângam    akampa- 

yat||55|| 
sa  càvocat  pratîbârim  nirvâryantâiii  amï  marna  | 
ksate  ksàrâvasekena  kim  pbalam  bbavatâm  ili  ||  56  || 
âsïc  câsyàtha  va  dhin  màm  evam.âtmâpavâdinam  | 
na  nu  praçasyaui  âtmânam  nâham  arhâmi   nindi- 

lum  II  57  II 

49.  mukha.  —  51.  satvavatâm.  —  52.  pâlayanam  A. — 
53.  kûjana  (jana  sur  un  grattage  A);  tâmraçicah  A.  — 
57.  ahâmi  A. 

53.  Tàmraçikhah  (mot  nouveau)  =«  tâmracikbin  attesté  unique- 
ment par  Jatâdhara. 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     4» 

niryantranavihâre  na  cirajîvini  râjani  | 
ràjaputrena  laditam  kenânyena  yathâ  maya  II  58  II 
samucchinnadurucchedabâhyâbhyantaravairinâ  | 
varnâframâh  svadharmebhyah  kim  va  vicaiitâ  ma- 
ya II  59  II* 
avantîvardhanasamo  nijâhâryagunâkarah  | 
putrah   pumnarakât   Iràlâ  kasyânyasya  yathâ   ma- 
rna ||  60 1| 
atlta  vàstâm  idam  sarvam  ekenaivâsmi  vardhitah  | 
Naravâhanadevena  jâmâtrâ  cakravartinâ  ||  61  II 
eka  eva  tu  me  nâsïd  gunah  so  'py  ayam  âgatah  | 
prasàdâTi  mantrivrsayor  yat  tapovanasevanam  ||  62  II 
iti  niskampasamkalpaç  codayâm  âsa  mantnnau  | 
sasimhftsanam  âstbânam  mandape  dîyatâm  iti  ||  63  II 
tayos  tu  gatayoh  keçàn  vâpayitvà  savalkalah  | 
kamandalusanâthaç  oa  bhûpâ/o  niryayau  grhàt  II  64  || 

58.  jïvina  A.  —  59.  varnnâsramâh  ;  kivâ  A.  —  62.  pra- 
sâdâta;  vrçayo.  —  64.  gatayo;  bhûpâlau. 

58.  Laditam  :  lad  Dhàtupâtha  I,  38i  iada  vilâse;  laditam  =  la- 
litam  Mahâvyutpatti. 

60.  Nijâhâryagunâkarah  :  la  platitude  et  la  composition  étrange 
de  cette  expression  me  suggèrent  des  doutes  sur  la  pureté  du  texte 
ou  sur  le  sens  que  je  me  suis  vu  contraint  d*adopter;  il  semble 
qu'il  y  ait  un  jeu  de  mots  sur  gnna. 

61.  La  seule  allusion  que  j*aie  jusqu'ici  rencontrée  à  ce  fait  se 
trouve  infra  I, ni,  107  :  Naravàhanadatta ,  le  cakravartin,  avec  ses 
femmes ,  salue  les  rsis  et  «  son  beau-père  »  qui ,  dans  la  circonstance , 
ne  peut  être  que  Pâlaka;  K,S.S.  et  B,K.M,  sont  muets  sur  ce 
point.  C'est  le  seul  passage  de  notre  texte  où  le  nom  du  cakravartin 
ioit  Naravâhana  (toujours  Naravâhanadatti ,  comme  dans  K,S,S*: 
les  deux  formes  alternent  dans  B.K,M.).  On  pourrait  à  la  rigueur 
adm«ttre  un  autre  sens:  fj'ai  été  gratifié...  par  Naravâhana 
(=^Ktiverft)  d^ati  gendre  qui  ett  eakrattrtiti  », 


44  JANVIER-FEVRIER  1906. 

visâdavipulâksena  vaksoniksiptapâninâ  { 
drçyaiïiâno*  varodhena  viveçàsthânamandapam  ||  65  || 
trâsamlânakapolena  drstah  prtliulacaksusâ  | 
Pâlakenâbravî^  iam  ca  sthita  eva  sthitosthitim  ||  66  || 
prasâdât  tàta  tâtasya  vatsarâjasya  ca  tvayâ  | 
buddheh  svasyâç  ca  çuddhâyâh  kini  nâma  na  pari- 

ksitam  II  67  II  ' 

ato  'nuçâsitârani  tvâm  anuçâsati  bâliçâh  | 
yena  loke  ta  ucyante  viyâtâh  pitrçiksakâh  ||  68  II 
etâvat  tu  maya  vâcyam  pitryam  simhâsanam  tvayâ  | 
Varnâf ramaparitrârtham  idam  adhyâsyatâm  iti  II  69  II 
tac  cdL\açyam  anustheyam  asmâkïnam  vacas  tvayâ  | 
mâdrçâm  hi  na  vâkyâni  vimrsanti  bhavâdrçâh  II  70  II 
itîdam  Pâlakah  çrutvà  sthitvâ   câdhomukhah  ksa- 

nam  | 
uttaram  cintayâni  âsa  nâ5âgrâhitalocanah  ||  71  II 

65.  pâninâ  A;  drçyamânevirodhena  A.  — ^  66.  caksu- 
sâh  A;  pâlakenâbravïtanca;  sthitam.  —  67.  prâsâdât  AB*  ; 
kînnâmena.  —  68.  lokena.  —  69.  etâvantu  A  etâvamtu  B' 
-valu  B*;  vâcyaA;  varnnâsrama.  —  70.  taccâvasyam  ;  nâçâ- 
grâhita. 

67.  Allusion  au  séjour  d'Udayana  (Vatsarâja)  prisonnier  à  la 
cour  de  Mahâsena  ;  Taventure  est  assez  connue. 

69.  Paritrâ  :  mot  nouveau ,  d'ailleurs  régulier. 

70.  Asmâkïnam  :  Pân.  enseigne  âsmâkîna-  (IV,  3,  i,  2);  idem 
Vopadeva,  7,  22. 

71.  Nàsâgrâhitalocanah  :  nâçâ-  pourrait  s*entendre  •  désespoir», 
mais  il  n'y  a  aucun  exemple  d*un  composa  analogue  avec  -âgrâhita-  ; 
la  correction  de  cà  en  sa  est  insignifiante;  outre  que  le  sens  obtenu 
va  bien  avec  le  contexte  (Pâlaka  est  adhomukhab),  Texpression  se 
retrouve  en  d'autres  passages  de  notre  texte ,  sous  la  forme  nâsâ-  ; 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     45 

krtakrtrimarosas  tu  râjâ  Pâlakam  abravît  I 
bhoh  simhâsanatn  âroha  kim  tavottaracintayâ  II  72  II 
kim  cottaraçatenâpi  t\rayâliam  sopapattînâ  | 
vegahprâvrsi  Çopasya  «araneneva  durdharah  II  73  II 
iti  dvijâtayah  çrutvâ  purobitapurahsarâh  | 
visâdagadgadagirah  prasrjyâçru  babbâsire  II  74  II 
Pâlakas  te  niyojyatvâd  âjnâin  ma  sma  vicâraya^  | 
tvanniyogân    niyoktârah    kasmâd  vayam    udâsma- 

he  II  75  II 
dhriyamâne  prajâpàle  jyestbabhrâtari  Pâlakah  | 
inrgendrâsanam    âroban    khatvârûdho   bhoven    na 
*nu  II  76  II 

72.  siiphâsanamahâroha  A.  —  73.  conasya.  —  74.  pu- 
rahsarà  A;  prasrjyâsni  B.  —  75.  âjnâ(  jnâtp  B)  mâsmavi- 
càrayata.  —  76.  jyesta  A;  àrohana. 

l'un  d'entre  eux  est  décisif  :  tûsnïmbhûtâ  ksaiiam  drstim  nâsâgre 
niçcaiâm  adhât  (I,  x,  120). 

73.  Vegah. .  .çonasya  :  cf.  çoua  ivottaramgah ,  Ragh,  VU,  56; 
laSone,  quelquefois  à  sec  pendant  la  sécheresse ,  roule  jusqu'à 
5o,ooo  mètres  cubes  à  la  seconde  pendant  la  saison  des  pluies. 

76.  Khatvârûdho  :  Ce  mot  n'était  pas  jusqu^ici  attesté  dans  les 
textes  ;  le  sens  que  lui  donnent  les  dictionnaire»  •  qui  se  conduit  in- 
congrûment »  est  trop  vague.  La  traduction  que  j'ai  adoptée  m*est 
inspirée  par  Patan/o/i  (ad  Pân,  II,  1,  26,  khatvâ  ksepe)  :  khatvâ- 
rûdho jâlmah  |  ksepa  ity  ucyate  kah  ksepo  nâma  adhîtya  snâtvâ 
gurubhir  anujnâtena  khatvârodhavyâ  |  ya  idânim  ito  'nyathâ  karoti 
sa  ucyate  khatvârûdho  yam  jâlmah  |  nâtivratavân  iti.  G*est  le  mau- 
vais élève  qui  trouve  toujours  qu'il  est  assez  tard  pour  quitter  le 
travail  et  aller  se  coucher,  le  contraire  de  l'élève  zélé  \f^  ce  sera 
l'homme  qui  ignore  les  castras  parce  qu'il  a  été  paresseux  dans  sa 
jeunesse;  ù  Pàlaka  montait  sur  le  trône,  on  le  traiterait  à  juste 
titre  de  khatvàrûdha;  il  pécherait,  non  par  ambition,  puisqu'il 
ne  tient  pas  au  pouvoir,  mais  par  ignorance.  Il   est  superflu  de 


46  JANVIERFÉVRIER  1906. 

râjyâgnim  âdadhad  vâpi  tvayi  varsaçatâyufî  | 
parivettâram  âtmânam  ayam  manyeta  ninditatn  II  77  H 
tasniàd  asmân  nivartasva  samkalpâd  atibhîsanât  | 
çokajâny  açruvârîni  bhavan^v  ânandajâni  nah  II  78  H 
baddhânjalir  athovâca  kimcinnamitakandharah  | 
alamvahpïdayitvâ  mâm  vacobhîr  iti  pârthivah  II  79  H 
mayàyam  abhyanujnâlo  raksane  ca  ksamah  ksiteh  | 
khatvârûdho  nabhavitâ  ninditah  çaddavedibhih  II  80  H 
asamarthe  ca  râjyâgne^  pâlane  patite  mayi  | 
parivettâpi  naivâyam  bhavisyati  narâdhipah  II  8 1  II 


77.  çanâyusi  A  çatôyusi  B.  —  78  .bhavatvâ-.  —  80.  ma- 
yâyamabhya-  sic  B  sur  grattaye  mayâmayabhyanujnâto  A. 
—  81.  râgne  A  râjyâgne  B. 

faire  remarquer  la  saveur  vulgaire  de  TexpreMioii  ;  le  fait  que 
Pânini  lui  consacre  un  sûtra  montre  combien  est  vivante  la  langue 
qu'il  enseigne. 

77.  Râjyâgnim  ici  et  8i  paraît  avoir  un  sens  purement  symbo- 
lique; cependant  il  peut  s'agir  aussi  du  feu  établi  dans  le  hdl, 
devant  le  palais,  où  le  roi,  par  la  main  du  purohita  accomplit  las 
rites  incombant  à  sa  fonction  et  destinés  à  assurer  le  succès  d'une 
campagne,  a  attirer  la  malecbance  sur  lennemi,  ete.  (cf.  ApasL 
II,  lo,  a5,  4,  7*1  Gant.  XI,  17). 

80.  Je  traduis  en  ponctuant  après  bhavitâ.  On  pourrait  traduire  : 
<  il  ne  sera  pas  blâmé  comme  étant  un  khatvàrâdha  par  les  çabda- 
vedins*;  mais,  outre  que  ce  serait  plat,  on  serait  embarrassé  pour 
donner  à  çabdavedibbih  un  sens  acceptable  (  à  moins  qu'on  y  veuille 
voir  «  les  gens  habiles  à  imposer  des  sobriquets  I  »  )  ;  çabdavidyâ  est 
la  grammaire ,  un  çabdavedin  doit  être  un  grammairien  ;  je  ne  crois 
pas  trcp  m  aventurer  en  donnant  ici  au  mot  un  sens  défavorable 
«ceux  qui  jugent  les  choses  d'après  la  lettre  des  castras»;  I,  vu,  76 
on  se  moquera  des  «sots  dont  Tesprit  est  prisonnier  de  la  lettre» 
(piistakavinyastagranthabaddhândhabuddhayah)  qui  ne  sont  que 
«de  la  fausse  monnaie  de  conseillers»  (kiitamantrinah). 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÀ.     47 

yac  câpi  pihitâh  karnâ  àkarnya  patiiadhvanim  | 
prajâbhis  tac  ca  na  mrsâ  maya  hî  nihatah  pitâ  II  82  || 
tad  idani  pâtakam  krtvâ  yusmatpîdâpraçântaye  | 
pràyaçcittam  vrajan  kartum  na  nivâryo  'smi  kena 

cit  II  83  II 
maya  càtyakladharmena  yal  prajânâm  krte  krtam  I 
tasya  pratyupakârâya  Pâlakah  pàlyatâm  ayam  ||  84  || 
itîdam  prakriïr  uktvâ  Pâlakam  punar  abravït  | 
Avantivardhanam  putram  matprîlyâ  pâlayeriti  II  85  II 
vilaksahasitam  krtvâ  Gopâlam  Pâlako  'bravît  | 
Avantivardhano  râjâ  râjan  kasmân  na  jâyatâm  II  86  II 
satsu  bhrâtrsu  bhûpâla  gunavatsv  api  bhûbhujah  || 
niksiptavantah  çrùyante  putresv  eva  gurum   dhu- 

ram||87ir  *  '  ' 

Gopâlas  tam  athovâca  bhavisyati  yuvâ  yadâ  | 
tvam  ca  vrddhas   tadâ  yuktam    gvayam  eva    kari- 

syasi  ||  88  II 
evam  niruttarâh  krtvâ  prakrtis  tàh  sapâlakâh  | 
sarvalîrthâmbiikalaçair  abhyasincat  sa  Pâlakam  ||  89  II 
âropya  cainâm  tvaritam  simhâsanam  udanmukhah  | 
nirjagâma  puràt  svasmâd  ekaràtrosito  yathâ  ||  90  II 

82.  nihitah  A;  pilâh.  —  84.  mayâcâtyakta  AB"  mayâ- 
tyakta  B\  —  85.  pâlayedibhih  A  pâlayediti  B  (c/*.!,  ii,  89, 
oà  les  mêmes  mots  sont  repris  avec  palayer  iti).  — 86.  vitaksa  A. 
—  87.  param  A.  —  89.  kalaçer  A;  asincansa  A.  —  90.  tva- 
ritali  B\ 

83.  Yu^matpîjâ  :  Il  8*agit ,  je  pense ,  des  conséquences  funestes 
qu'aurait  pour  le  peuple  la  présence  d*un  roi  criminel. 

84.  Atyaktadharmena . . .  krtam  ==  Texpiation  qu'il  s'impose  » 
conformément  aox  castras  (?). 


48  JANVlEll-FÉVRIEK  1900. 

atha   râjani  kànanâvrf^  puram    âspanditalokaloca- 

nâm  I 
nibhrtapasitàmayadhvanim  mrtakalpâm  praviveça 

PàlakahlIQlll 

Bbrhakathâyâm     çlokasamgrahe     prathamah    sar- 

gahiini    '  ■  •        ' 

i 

9 1 .  kànanâvrtte  ;  âspandita  AB"  aspandita  B^  ;  svasità  ;  dans 
B ,  avant  brhatkathâyâm ,  ^lne  main  postérieure  a  noté  un  renvoi 
et  ajouté  en  marge  10  caractères  qui  ont  été  ensuite  effacés  in- 
complètement, mais  restent  illisibles. 

91.  Vrte  :  v^  —  ;  la  correction  est  nécessaire  pour  rétablir  le 
mètre  (vaitâlîya). 


BRHATKATHAÇLOKASAMGRAHA. 


Oin!  Hommage  à  Celui  qui  détruit  les  obstacles! 

Livre  Premier. 
I 

PREMIER  CHAPITRE  DE  LUNTRODUCTION. 

(1-4)  Il  est  une  ville,  Ujjayanï,  ceinte  de  fossés 
immenses  comme  les  mers,  de  murailles  immenses 
comme  les  monts  qui  ceignent  la  Terre  immense. 
Là,  de  leur  terrasse   contemplant   les  chaînes  de 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÀ.     49 

clochetons  d'or  et  d'argent,  les  citadins  n'ont  pas  à 
envier  les  pics  du  Meru  et  du  Kailâsa.  Védas ,  cordes 
d*arcs  et  luths  s  entendent  dans  chaque  maison  et, 
par  leur  assemblage,  pourtant,  ne  se  font  pas  tort 
mutuellement.  Trêve  à  la  description  :  c  est  là  qu'en 
tout  temps,  à  la  suite  de  Mahàkâla,  siègent  les 
Ganas,  ayant  délaissé  la  ville  de  Çiva. 

(5-10)  C'est  dans  cette  ville  que  vécut  Mahâsena, 
puissant  roi  qui  avait  seize  mille  femmes,  comme 
l'Epoux  de  Çn.  Longtemps  il  gouverna  un  peuple 
obéissant  aux  lois  des  castras;  deux  fils  lui  étaient 
nés,  Gopâla  et  Pâlaka,  océans  de  vertus;  son 
ministre  Bharatarohaka,  pareil  à  Brhaspatî,  avait 
aussi  deux  (ils,  pareils  à  lui-même,  Rohantaka  et 
Suroha.  Le  roi,  le  ministre  et  leurs  enfants,  versés 
dans  la  quadruple  science  et  adroits  dans  la  pra- 
tique, coulèrent  des  jours  heureux.  Puis  Gopâla 
gouverna  la  terre  qu'avait  gouvernée  son  père;  Pâ- 
laka, étant  le  cadet,  prit  le  titre  de  prince  héritier, 
les  fils  du  ministre  les  fonctions  de  ministres;  et  le 
royaume,  pourvu  d'un  nouveau  maître,  gardé  par 
de  nouveaux  ministres,  sembla  renaître ,  rénové. 

(11-16)  Or  le  roi,  monté  sur  un  grand  éléphant, 
élite  des  êtres ,  sur  qui  brillaient  les  raies  du  mada , 
sortit  de  la  ville.  Pour  le  voir  était  accourue  une 
foule  nombreuse  ;  la  peur  de  cet  éléphant  sauvage 
la  fit  se  disperser  en  tous  sens.  Mais  il  y  eut  une 
jeune  fille  atteinte  par  lui;  de  la  haute  muraille  elle 
se  jeta  dans  le  fossé ,  inaccessible  à  l'animal ,  si  haut 
qu'il  fut;  à  la  suite  de  cette  chute  doidoureuse  la 


imKB»    BATIOBAI.X. 


50  JANVIER-FÉVRIER  1906. 

présence  d'esprit  lui  revint  sur-le-champ;  dressée 
sur  le  revers  du  fossé,  elle  cria  avec  rage  au  roi  sur 
le  dos  de  son  âiéphant  :  «  Toi  qui  as  tué  ton  père, 
tète  inviolable,  pour  combien  me  comptes-tuP  Pour 
qui  tue  un  savant  brahmane,  combien  comptent  les 
gazelles?»  Ces  paroles  de  la  jeune  fille,  blessantes 
même  pour  des  mangeurs-de-chiens ,  déchirèrent  le 
coeur  du  roi;  en  proie  à  ses  pensées  il  rentra  dans 
son  palais. 

(17-27)  Il  y  traîna  dans  le  chagrin  le  reste  du 
jour  aussi  lent  quune  année.  Pour  recueillir  les 
bruits  publics,  à  la  brune  il  sortit  de  chez  lui  :  un 
manteau  noir  autour  du  corps ,  avec  épée ,  bouclier 
et  poignard,  équipement  complet  sauf  la  massue, 
il  se  promena  à  petits  pas.  Or  il  entendit  en  certain 
sanctuaire  la  voix  dun  amant  causant  avec  une 
gourgandine  :  «J'ai  frappé  du  poing  le  vide,  battu 
de  la  balle,  quand  jai  mis  mon  plaisir  en  toi,  sot 
que  je  suis!  Voilà  une  grande  heure  que  je  passe  à 
me  tourmenter!  Mais  toi,  tu  ne  sors  seulement  pas 
de  chez  toi  — -  par  devoir  conjugal!  Voilà  un  mari 
chanceux!  Si  tu  Taimes,  qu'as-tu  besoin  de  nous, 
pour  nous  maltraiter?  On  dirait  que  ce  n  est  pas  la 
peine  d'être  fils  de  famille!  »  Il  continua  sur  ce  ton; 
alors  l'effrontée  éclata  de  rire  et  dit  au  galant  :  «  Les 
hommes  comme  toi,  vraiment,  ont  un  aplomb!  Ne 
devais-je  pas  me  prêter  à  sa  fantaisie,  dans  ton 
propre  intérêt?  Ce  n'est  pas  sans  avoir  donné  con- 
fiance aux  maris  que  les  infidèles  s'amusent  avec  les 
galants!  Après  tout,  mon  cher,  tu  veux  boire  le 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHA.     51 

miel  sans  mouches?  Tue  ou  fais  tuer  ce  mari  tou- 
jours assidu.  Tu  as  peur  du  crime?  Évidemment  tu 
ne  m'aimes  pas!  Vois  :  une  passion  invincible 
Tenivre  :  Prajàpati  possède  sa  fille;  sans  aller  plus 
loin,  ne  vois-tu  pas  Gopàla?  L'appétit  du  pouvoir 
l'enivrait  :  il  a  tué  son  père!  » 

(28-33)  Entendant  ces  mots  affreux,  si  blessants 
pour  ses  oreilles,  Gopàla  s'enfuit.  AUleurs  il  entendit 
un  prêtre  qui  parlait  :  «  Eh  femme!  Veilles-tu  sur 
l'enfant?  Le  petit  crie;  vite,  ma  chère,  donne-lui  le 
sein;  qu'il  n'ait  pas  le  gosier  sec!»  A  la  voix  du 
mari,  la  femme  éveillée  gourmanda  violemment 
son  fils  :  «Meurs  donc,  parricide!  — •  Ah,  mér 
chante!  A  quoi  rime  cela?  Tu  as  appelé  ce  petit 
parricide?  »,  dit  le  brahmane  avec  colère.  «  De  quoi 
sert  un  fils,  mon  ami?  Le  roi  a  tué  son  père,  et  il 
n'ignorait  ni  Livres  saints,  ni  Tradition!  »  Voilà 
quelle  fut  la  réplique  de  la  femme  !  Le  roi  recueillit 
d'autres  rumeurs  analogues,  puis  rentra  dans  son 
appartement  et  y  passa  le  reste  de  ia  nuit  sans  fer- 
mer l'œil. 

(34-48)  L'obscurité  était  encore  profonde  à 
l'heure  où  il  tint  un  conseil  secret  :  «  Que  signifient 
ces  mauvais  bruits  sur  mon  compte?  Expliquez-le 
moi»,  dit-il  à  ses  ministres.  Alors,  tous  deux,  jetés 
dans  l'angoisse ,  lui  dirent  avec  frayeur  :  «  Voici  la 
cause  de  ces  rumeurs.  Écoute  avec  attention.  Ton 
père  Pradyota  —  que  ce  soit  bénédiction  de  le  nom- 
mer! —  présentait  huit  symptômes  indiscutables  de 
mort  prochaine.  Son  barbier  devant  lui  arracher 


52  JANVIER-FEVRIER  1906. 

un  cheveu  blanc,  lui  en  arracha  un  noir  par  inad- 
vertance; il  le  fit  couper  en  morceaux.  En  mangeant 
il  broya  un  gravier  sous  la  dent  :  le  vieux  cuisinier, 
serviteur  héréditaire,  fut  mis  à  mort.  Bien  qu'il 
comprît  qu'il  s  aliénait  Tamour  de  son  peuple  par 
des  actes  de  ce  genre,  il  alla,  possédé  par  la  desti- 
née, jusqu'à  torturer  des  brahmanes.  Lors  de  ces  évé- 
nements, son  ministre,  notre  père,  venait  de  mon- 
ter au  ciel,  avant  d'avoir  vu  la  dénience  de  spn 
maître.  A  la  nouvelle  de  cette  mort,  le  rçi  fut  acca- 
blé d'un  tel  chagrin  que,  sur-le-champ,  il  tomba  en 
consomption.  Notre  père  parti  au  ciel,  le  roi  sur  le 
point  d'y  partir,  le  peuple  désafFectionné  du  trône ^ 
nous  nous  trouvâmes  bien  embarrassés  :  «  Ce  que 
commande  la  situation,  voilà  le  meilleur  parti  », 
pensâmes-nous ,  et  nous  répandîmes  le  bruit  suivant 
dans  le  pays  d'Avantï  et  les  environs  :  la  fureur 
avait  saisi  l'esprit  du  roi;  il  torturait  ses  propres 
sujets;  son  fds  l'a  fait  enchaîner,  par  amour  pour 
eux;  comme  un  grand  éléphant  qui  a  la  chaîne  au 
pied ,  déchu  de  sa  liberté ,  il  n'a  fait  que  rêver  à  son 
bonheur  passé;  l'ennui  lui  a  ôté  le  sommeil,  il  ne 
s'est  plus  nourri;  à  passer  les  nuits  il  s'est  consumé, 
car  elles  étaient  pour  lui  conmie  des  siècles;  mais 
son  fils,  en  dépit  de  cet  état,  par  désir  de  faire  plai- 
sir au  peuple,  ne  l'a  délivré  que  quand  la  mort  l'a 
eu  délivré  de  la  vie.  Voilà  le  fondement  de  ce  bruit. 
Faut-il  blâmer  ou  louer?  Maintenant  le  roi  en  est 
maître.  » 

(49-56)  Alors  Gopâla  demeura  un  instant  tête 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BRHATKATHÂ.     53 

baissée ,  frappa  ia  terre  du  pied ,  leva  vers  le  ciel  en 
pleurant  un  regard  de  détresse  et  dit  :  «  Vous 
égalez  Çukra  et  Brhaspati ;  hors  vous  deux,  excel- 
lents amis,  qui  donc  aurait  usé  d un  stratagème 
infaillible,  comme  celui-là?  Mais  cette  manière 
d'agir  est  le  fait  d'esprits  courageux,  exempts  de 
crainte,  non  celui  dames  dévorées  par  ia  peur  de  ce 
monde  et  de  l'autre,  comme  la  mienne.  Aussi  mes 
amis,  c'est  de  Pâlaka  que  vous  protégerez  désor- 
mais le  règne;  mais  pour  moi,  je  suis  incapable  de 
me  mettre  au-dessus  de  cette  calomnie.  »  Tandis 
qu'il  pariait  ainsi  et  que  ses  conseillers,  confus, 
étaient  tête  basse,  le  chant  du  coq  annonça  la  fin  de 
la  nuit ,  et  ils  entendirent  la  voix  des  hérauts ,  chan- 
teurs et  bardes  :  «  0  toi ,  dont  la  gloire  fait  blanchir  le 
bord  de  l'horizon  infini,  éveille-toi!  »  Triste,  triste, 
le  roi  trouva  ce  chant,  déchirant  pour  ses  oreilles, 
odieux;  il  se  boucha  les  oreilles,  secoua  la  tête  et 
aria  à  la  portière  :  «  Eloigne  ces  gens  !  A  quoi  bon 
jeter  du  sel  sur  ma  blessure?  » 

(57-62)  Puis  il  songea  :  «  Mais  baste!  Me  blâme- 
rai-je  ainsi?  Ne  sont-ce  pas  des  éloges,  non  des 
reproches  que  je  me  dois?  Sous  un  roi  effréné 
dans  ses  plaisirs,  et  dont  ia  vie  se  prolongeait,  quel 
autre  prince  s'est  privé  de  tout  amusement, 
comme  je  l'ai  fait  ?  J'ai  détruit  —  tâche  diJBBcile  — 
mes  ennemis  au  dedans  et  au  dehors;  ai-je détourné 
les  castes  de  leurs  devoirs?  Avantivardhana  possède 
en  lui-même  une  masse  de  ressources  qu'on  ne  sau- 
rait lui  ravir;  quel  autre  que  moi  a  un  pareil  fils. 


54  JANVIER-FEVRIER  H>0(V. 

pour  le  sauver  de  Tenfer?  Et  laissons  cda.  «Tai  été 
gratifié  d*un  bien  unique  :  j'ai  pour  gendre  le  prince 
Naravâhana ,  qui  est  cakravartin.  Un  seul  mârite  me 
manquait,  et  le  voici  venu,  grâce  à  mes  deux  excel- 
lents conseillers  :  la  vie  ascétique.  » 

(63-73)  Ferme  était  sa  résolution;  il  ordonna  à 
ses  conseillers  de  préparer  le  trône  et  une  audience 
solennelle  dans  le  hall.  Eux  partis,  il  se  fit  couper 
les  cheveux,  prit  la  robe  d*écorce  et  la  cruche  des 
ermites,  et  sortit  de  sa  demeure,  sous  les  yeux 
e£Parés  de  ses  femmes ,  qui  se  frappaient  la  poitrine. 
Quand  il  entra  dans  le  hall  d'audience,  Pâlaka, 
pâle  de  terreur,  le  regarda  en  ouvrant  de  grands 
yeux.  11  dit,  sans  s  asseoir,  à  Pâlaka  debout  :  «  Père, 
grâce  à  ton  père  et  au  roi  des  Vatsas,  ainsi  quala 
clarté  de  ta  propre  intelligence,  en  quelle  matière 
n  es-tu  pas  expert.^  Aussi  te  faire  la  leçon  à  toi  qui 
dois  la  faire,  cest  être  fou;  car,  dit  le  proverbe  : 
t  effronté  qui  en  remontre  à  son  père  ».  Je  n'ai  qu'un 
mot  à  dire  :  monte  sur  ce  trône  paternel  pour  pro- 
téger les  castes  et  les  ermitages.  Bon  gré ,  mal  gré ,  tu 
suivras  ma  parole  :  un  homme  comme  toi  ne  discute 
pas  avec  un  homme  comme  moi.  »  Pâlaka  resta  un 
moment  tête  basse,  méditant  une  réponse,  les  yeux 
fixés  sur  le  bout  de  son  nez.  Le  roi  feignit  la  colère  : 
«Allons,  dit-il,  monte  sur  le  trône!  A  quoi  bon 
méditer  une  réponse.»^  Même  avec  un  cent  de 
réponses  tu  ne  pourrais  pas  plus  retourner  ma 
volonté  qu'avec  le  pied  remonter  le  courant  du 
Çona  pendant  la  saison  des  pluies.  » 


UNE  VERSION  NOUVELLE  DE  LA  BÇHATKATHÂ.     55 

(74-84)  A  ces  mots,  le  chapelain  et  les  brah- 
manes, la  voix  tremblante  d'émotion,  lui  dirent  en 
pleurant  :  «Que  Pâlaka,  puisqu'il  est  ton  subor- 
donné, ne  critique  pas  ton  ordre!  Mais,  quand  tu 
commandes,  nous  à  qui  revient  le  commande- 
ment, comment  resterions-nous  indifférents?  Tu  es 
vivant,  tu  règnes  et  tu  es  le  frère  aîné;  si  Pâlaka 
montait âur  le  trône,  ce  serait  un  homme  qui  na 
jamais  appris  ses  leçons,  n est-il  pas  vrai?  S'il  allu- 
mait le  feu  royal ,  aurais-tu  cent  ans ,  qu  il  croirait 
encourir  le  même  reproche  que  le  cadet  marié 
avant  son  aîné.  Reviens  donc  sur  ce  projet»  trop 
cruel  1  Que  nos  larmes  de  doulem*  se  changent  en 
larmes  de  joie!  »  Le  roi  les  salua  et,  le  cou  un  peu 
penché  :  «Assez  me  broyer  le  cœur,  dit-il,  taisez- 
vous!  Autorisé  par  moi  et  capable  de  protéger  le 
royaume,  il  ne  sera  pas  Thomme  qui  na  jamais 
appris  ses  leçons,  quand  même  il  serait  blâmé  par 
les  grimauds.  Moi,  incapable  d'entretenir  le  feu 
royal,  puisque  je  suis  déchu,  il  n encourra  pas,  en 
devenant  roi ,  le  même  reproche  que  le  cadet  marié 
avant  laîné.  Que  mes  sujets  se  soient  bouché  les 
oreilles  en  entendant  le  mot  déchu,  ce  mot  nen  est 
pas  moins  juste,  car  j  ai  tué  mon  père.  Après  un  tel 
crime  commis,  quand,  pour  apaiser  votre  propre 
tourment,  je  m'en  vais  accomplir  une  expiation, 
personne  ne  m'en  doit  empêcher.  En  reconnais- 
sance de  ce  que  j'ai  fait,  fidèle  observateur  de  la  loi, 
pour  le  bien  de  mon  peuple ,  accordez  votre  faveur 
à  Pâlaka.  » 


56  JANVIER-FEVRIER   1^06'. 

(85-88)  Ayant  ainsi  parié  à  ses  sujets,  il  s'adressa 
de  nouveau  à  son  frère  :  «  Sur  mon  fils  Avantivar- 
dhana  veille  pour  Tamour  de  moi.  »  Avec  un  sou- 
rire confus  Pâlaka  lui  répondit  :  «Sire,  pourquoi 
Avantivardhana  ne  deviendrait-il  pas  roi?  Il  est  des 
rois,  ayant  pourtant  des  frères  capables,  qu'on  cite 
comme  ayant  confié  à  leur  fils  seul  le  lourd  fardeau 
du  pouvoir.  • —  Quand  il  sera  jeime  homme,  dit 
Gopâla,  et  toi  vieillard,  alors  de  ton  propre  gré  tu 
feras  ce  qui  sera  convenable.  » 

(88-91)  Ayant  ainsi  fermé  la  bouche  à  ses  sujets 
et  à  son  frère,  il  sacra  Pâlaka  avec  l'eau  de  vases 
emplis  à  tous  les  tîrthas;  puis,  l'ayant  fait  en  hâte 
monter  sur  le  trône ,  il  prit  le  Nord  et  sortit  de  sa 
ville  comme  un  passant  qui  n'y  aurait  logé  qu'une 
nuit.  Quand  il  eut  disparu  dans  la  forêt,  Pâlaka 
rentra  dans  la  ville  qui  semblait  une  mourante,, 
tant  vacillaient  les  regards  du  peuple,  tant  ses  sou- 
pirs étouffés  disaient  la  gravité  de  son  mal. 


LA  FEMME  DANS  ^ANTIQUITE.  57 


LA  FEMMp  DANS  VANTÏQUITÉ 

(SECONDE  PARTIE )f^', 


PAR 
M.  E.  REVILLOUT. 


Il  faiit  distinguer  devix  périodes  dan^  rhistoirç  de 
rbuin^nité  :  celle  où  les  mœurs  font  les.  lois  et  ceiïe 
où  les  lois  transforment  les  mœurs. 

Noms  en  arrivons  à  la  seconde»,  cdle  des  faiseurs 
de  codes,  quinaugura  en  Ghaldée  Hammourabi,  en 
Egypte  Ramsès  II,  Bocchoris  et  Amasîs^  en.  Grèce 
Lycurgue  et  Solpn ,  à  Rome  les  décemyirs.  Nous  ne 
parlons  pas  des  législateurs  essentiellement  religieux» 
comme  Nuina,  Moïse,  Sas^chis;  car  ceux-là  ét^aient 
s]Lirtout  des  traditionnalistes ,  s  inspirant  du  devoir 
et  non  du  pouvoir,      , 

^  Dans  mon  étude  sur  la  fimnie  dans  V antiquité  ^m,  pendant 
deuxans,  a  ^té  le.  sujet  démon  cours  de  droit  égyptien  à  TÉçoie 
du  Louvre ,  je  me  suis  servi  à  la  fois  des  représentations  figurées 
projetées  devant  mes  élèves ,  et  des  textes.  Ces  représentations  figu- 
rées ont  été  surtout  excessivement  abondantes  dans  la  première 
partie,  dont  je  remets,, à  cause  de  cela,  la  publication  à  plus  tard. 
Pour  la  seconde  partie,  où  dles  étaient  moins  nombreuses,  j^ai  dû 
nécessairement  les  faire  disparaître  pour  le  Journal  Asiatique^  et  me 
borner  à  un  exposé  beaucoup  plus  bref  des  textes.  Je  n*ai  pas 
renoncé  pourtant  k  la  publication  intégrale  de  la  première  partie. 
Si  je  ne  puis  la  faire ,  j'en  rédigerai  du  moins  un  résumé  conte- 
nant les  documents  écrits  et  analysant  très  sommairement  les 
autres. 


98  JANVIER-FEVRIER  1906. 

I 

LA  FEMME   EN   CHALDiÊE 

DEPUIS  HAHMOURABI. 

En  Chaldée ,  la  période  secondaire  du  droit  com- 
mence beaucoup  plus  tôt  qu'ailleurs.  Mais  encore 
faut-il  faire  ici  une  distinction;  et  cela  en  vertu 
du  vieil  axiome  de  droit  comparé  :  locus  régit  àctam. 
C'est  ce  qua  fort  bien  fait  voir  notre  illustre  maître 
Oppert,  dans  ses  documents  juridiques,  à  propos 
dés  contrats  remontant  au  roi  babylonien  Marduk- 
iddin-akhi,  c  est-à-dire  à  Tan  iioo  environ  avant 
nôtre  ère.  Ce  monarque,  en  eflFet,  avait  soumis  à  sa 
puissance,  au  moins  en  partie,  le  pays  d'Assur. 
Mais  il  en  conserva  soigneusement  les  coutumes  ju- 
ridiques, totalement  différentes  - —  nous  le  savons 
maintenant  avec  certitude  —  des  lois  en  vigueur 
dans  son  pays,  coutumes  juridiques  qui  reposaient 
alors  foncièrement,  non  pas  sur  la  propriété  indivi- 
duelle ,  comme  déjà  alors  à  Babylone ,  mais  sur  la 
propriété  collective  de  la  tribu  ^ —  tout  à  fait  ana- 
logue à  la  tribu  arabe.  Or  les  documents  de  cette 
époque  —  particulièrement  celui  d'Ada,  Tun  des 
plus  nets  dans  le  sens  juiidique  indiqué  plus  haut 
- —  nous  apprennent  expressément  que  Marduk- 
iddin-akhi  statuait  d'après  lés  lois  «  du  paysd'Assur  » , 
tout  en  se  servant  de  l'épha  du  roi  de  Babylone 
pour  étalon  des  mesures  agraires. 


LA  FBMME  DANS  LANTIQUITÉ.  59 

Eh  bieal  ce  que  faisait  encore  le  roi  babylonien 
Marduk-iddinr-akhi  iors  de  ses  conquêtes,  son  loin* 
tain  prédécesseur,  ie  roi  babylonien  Hammourabi,  le 
faisait  déjà  lors  des  siennes  dans  une  région  beau^ 
coup  plus  proche  de  sa  capitale  :  les  contrats  de 
Warka,  de  Larsham,  de  Shippara,  etc.,  nous  l'ont 
démontré. 

A  Warka,  à  Ur  en  Ghaldée  (la  patrie  d'Abraham, 
dont  la  race  conserva,  d'ailleurs,  avec  tant  de  ^in 
les  anciennes  habitudes  traditionnelles),  Hammou- 
rabi avait  eu  à  lutter  longtemps ,  avant  de  vaincre, 
avec  le  souv^ain  du  pays  nommé  Rimsin.  Celui-ci, 
dans  les  formules  remplaçant  chez  lui,  pour  les 
dates ,  les  magistratures  épony mes  de  TAssyrie ,  traitait 
Hammourabi,  qu'il  combattait,  «  d'ennemi  mauvais  » 
jusqu'au  moment  où  cette  qualification  lui  fut  donnée 
par  son  adversaire  vainqueur  (ainsi  que  mon  frère  et 
moi  nous  l'avons  démontré ,  après  Smith ,  dans  notre 
notice  sur  deux  contrats  du  règne  d'Hammourabi  et 
siu*  les  données  historiques  que  nous  fournissent  les 
contrats  de  ce  temps).  Or,  tant  dans  cette  brochure 
que  dans  le  supplément  babylonien  de  notre  livre 
sur  les  obligations  en  droit  égyptien  comparé  aux 
autres  droits  de  l'antiquité ,  nous  avons  établi  aussi 
que  le  droit  ne  différait  pas  à  ces  deux  périodes,  par- 
ticulièrement en  ce  qui  concerne  l'état  de  la  femme  : 
et  cependant  Hammourabi  venait  de  promulguer 
à  Babyione  un  code  très  dissemblable. 

La  même  remarque  s'applique  à  Larsham  et  à 
Shippara.  Dans  tous  ces  pays ,  bien  chaldéens  pour- 


60  JANVIER^FEVRIER  1^06. 

tant,  la  législation  continuait  sous  Hammourabi  à 
être,  oomme  auparavant,  très  favorable  àlafemmèf 
Celle i- ci  se  comportait,  je  l'ai  dit  dans  la  première 
partie  de  ce  travail,  «  avec  une  indépendance  bien 
égyptienne  »,  soit  comme  fille,  soit  comme  épouse, 
et  elle  jouissait  de  droits  égaux  à  ceux  de  ses  frères  et 
même  de  son  conjoint. 

Au  contraire,  dans  son  code^,  destiné  d'abord ^ 
uniquem^it  à  la  cité  de  Marduk,  au  pays  propre  de 
Babyloné,  bien  que  précédé  dune  préface  et  suivi 
d'un  épilogue  où  le  roi  se  vante  de  ses  conquêtes 
et  de  ses  travaux ,  tant  à  Shippara  qu'à  Warka ,  à 
Lârsham,  etc.,  Hammourabi  se  propose  surtout 
d'abaisser  la  femme  et  de  lui  enlever  la  plupart  dels 
prérogatives  qui  lui  avaient  été  jusque-là  conservées, 
au  moins  dans  la  majeure  partie  de  son  empire.:  La 
première  de  ces  réformes  consiste  à  établir  le  prin- 
cipe que  les  fils  seuls  et  non  les  filles  étaient  les  légi- 
times héritiers  du  père. 

On  n'alla  cependant  pas  jusqu'à  ôter  aux  femmes 
toute  participation  à  l'héritage  familial.  Non  !  le  mot 
participation  représente  assez  bien  la  racine  babylo-^ 
nienne  qui,  soit  sous  la  forme  verbale  saraka^  soit 

^ .  Je  n*ai  qak  peine  besoin  de  rappeler  que  ce  code ,  découvert 
par  M.  de  Morgan,  a  été  d'abord  public  par  le  P,  Scheil,  notre 
ancien  élève  et  très  cber  ami. 

^  11  faut  d'ailleurs  remarquer  que  les  lois  n  ont  jamais  d*effets 
rétroactifs ,  et  que ,  même  en  admettant  qu'à  une  époque  déterminée 
le  code  d'Hammourabi  dût  être  en  vigueur  dans  ses  nouvelles  con- 
quêtes, les  femmes  de  ces  contrées  n'avaient  pu  voir  modifier  d'un 
seul  coup  leur  statut  personnel. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  61 

SOUS  ia  forme  nominale  dérivée  «mfea,  apparentées 
à  i arabe  dsraka  {sàJSA) ,  consortem,  participemfacere, 
sert  à  désigner  et  à  limiter  ies  droits  de  la  femme 
dans  rhérédité  pertemelle. 

La  valeur  jm^idiqne  du  verbe  iaraka  a  été  signalée 
pour  la  première  fois  par  notre  illustre  maître  Op- 
pert  dans  ses  documents  juridiques,  p.  89-  et  1 02 ,  a 
propos  de  deux  contrats  archaïques  remontant  au 
roi  babylonien  Marduk-iddin-akhi  dont  nous  parlions 
tout  à  l'heure.  L'un  est  précisément  Tacte  d'Ada 
mentionné  précédemmentpar  nous, l'autre  le  caillou 
de  Michau.  Il  s'agit,  dans  les  deux  cas ,  de  la  formule 
relative  à  l'éviction  et  on  prévoit  celle  qui  résulte- 
rait, soit  d'une  ingérence  du  dieu ,  soit  d'une  ingérence 
du  roi. 

Nous  avons  longuement  indiqué,  dans  notre  Pré- 
cis da  droit  égyptien  ^  en  traitant  des  périodes  d'Apriès 
et  d'Amasis,  en  quoi  consistait,  dans  le  droit  com- 
paré antique,  l'intervention  sacrée  dans  les  alié- 
nations. Toutes  les  fois,  en  effet,  que  les  droits  de 
propriété  de  l'acquéreur  pouvaient  être  légitimement 
contestés ,  on  avait  rhabitude  de  faire  participer  une 
divinité  au  dominium ,  et  par  suite  aux  bénéfices ,  ce 
qui  les  rendait  inviolables.  Cela  se  faisait  en  Egypte 
par  la  formule  suten  ti  hotep  «  royal  don  d'ofifrande  ». 
En  Chaldée  on  avait  recours  à  l'action  appelée 
saraka  ^  dont  le  but  était  également  de  constater  la 
copropriété  du  dieu ,  devenu  ainsi  le  protecteur  du 

^  Oppert  a  traduit  iaraka,  employé  isolément,  par  vouer,  et 
qaand  il  est  suivi  de  ana  eli  «  à  un  dieu»,  par  donner  en  don. 


62  JANVIER'FÉVAIEE  1006. 

contractant.  C'est  pour  cda  que  fon  emploie,  dans 
les  contrats  de  Marduk-iddin-aklii,  les  adjurations  sa- 
crées les  plus  terribles  contre  ceux  qui  useraient  à 
Tavenir  d'un  pareil  procédé ,  aussi  bient  que  contre 
ceux  qui  revendiqueraient  au  nom  du  roi  ou  âm- 
planent  en  leur  propre  nom.  Mais  il  fiiut  noter  que 
dans  ces  deux  derniers  cas  les  expressions  employées 
sont  toutes  différentes,  parce  qu'il  ne  s'agirait  pas 
d'une  participation,  mais  d'ime  usucapion  portant 
sur  le  tout. 

Dans  le  code  d'Hammourabi  iaraku,  d'ailleurs 
très  fréquent,  n'a  que  deux  acceptions  :  tantôt  ii 
désigne  encore  la  participation  divine,  mais  ôelte 
fois  celle  dont  le  roi  bénéficie  dans  les  pouvoirs  ou 
les  droits  des  dieux ^;  tantôt,  pour  les  individus,  il 
s'applique  presque  exclusivement  à  la  femme. 

Une  fois  cependant,  dans  l'article  34«  la  forme  dé- 
rivée ei-sa-ra-ak ,  identique  à  la  8*  voix  verbale  des 
arabes ,  désigne  l'action  criminelle  du  préfet  ou  du 
juge  qui  s'associe  à  un  homme  puissant  pour  frau- 
der, en  faveur  de  ce  dernier,  un  officier  des  droits  ou 
de  la  solde  concédée  par  le  roi.  Le  préfet  est  dors 
puni  de  mort. 

Une  autre  fois,  dans  l'article  i65,  il  s'agit,  pour 

^  Nous  le  trouvons  avec  cette  acception  dans  les  colonnes  de 
répilogue  auxquelles  on  donne  le  n'xxiv  ou  xl  etle  n' xxv  ou 
XLi.  La  première  fois ,  il  s'agit  du  gonvernement  des  hommes  dont 
Bel  a  rendu  Hammourabi  participant  [iaraku)  et  que  Marduk 
lui  a  effectivement  donné  {i-din)\  la  seconde  fois,  de  la  rectitude 
(ou  la  justice  divine)  à  laqudie,  Samas  a  fait  également  parti- 
ciper (loroilca)  HammourabL 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  63 

saraka,  de  lassooiation  dans  certains  biens  fonciers 
que  ie  père  a  établie ,  pendant  sa  vie ,  par  écrit,  en 
faveur  d'un  de  ses  fiîss  et  c[ui  après  sa  mort  doit 
grossir  ia  part  (zit-ta)  de  celui-ci,  dans  le  partage 
avec  ses  frères  (partage  qui^  sans  cela,  doit  être 
toujours  égal). 

En  ce  qui  concerne  la  femme ,  ie  verbe  iaraka 
est  souvent  joint  au  nom  verbal  dérivé  ierikta. 
Dans  les  articles  1 78 ,  179,  180,  181,  18a,  i83, 
18/i,  rhypothèse  dun  père  donnant  ou  ne  don- 
nant pas  à  sa  fille  une  participation  dans  ses  biens 
pour  la  marier  est  toujours  exprimée  à  la  fois ,  avec 
ou  sans  négation,  par  le  verbe  iaraka  et  par  le 
substantif  ierikta.  On  sait  d  ailleurs  combien  sémi- 
tique est  cet  usage,  si  constant  en  hébreu,  et  consis- 
tant à  répéter  ainsi  sous  deux  formes  parallèles  une 
même  action. 

Ajoutous  d'ailleurs  que  le  verbe  seul  Saraka  peut 
servir  pour  exprimer  la  même  idée  de  contrat  en 
participation.  Par  exemple ,  il  s'agit,  dans  l'article  1 5o, 
d'un  mari  faisant,  pendant  sa  vie,  participer  (saraka) 
sa  femme  à  un  champ ,  un  verger,  ime  maison  ;  dans 
l'article  i65,  d'un  père  faisant,  également  pen- 
dant sa  vie,  participer  (^arafcu)  son  fils  à  des  biens 
du  même  genre.  On  n'emploie  pas  alors  le  mot  se- 
rikta  pour  désigner  le  contrat  [kanuku)  qu'il  rédige; 
car  ce  mot  ierikta  avait  pris  im  sens  absolument 
déterminé;  il  ne  votdait  dire  que  la  participation 
donnée  à  la  fille  en  mariage  dans  les  biens  de  son 
père  :  ce  que  le  P.  Scheil  traduit  par  «  trousseau  », 


64  JANVIER-FÉVRIER   1006.  / 

et  ce  que  Ton  devrait  plutôt  traduire  par  «dot». 
Nous  reviendrons  tout  à  l'heure  sur  cette  question 
demande  de  plus  amples  dévdoppementsw 

Ce  qu'il  est  bon  de  préciser  dès  maintjenant,  c  est 
que,  dans  lorigine,  lors  de  la  promulgation  du  code 
d'Hammourabi ,  Tidée  dont  on  partait ,  c  était  odle 
des  droits  —  bien  diminués,  il  est  vrai  —  mais 
enfin  des  droits  de  la  femme  dans  Théritage  patemd , 
et  non  celle  de  lutdité  ou  de  la  nécessité  d'un  apport 
pécuniaire  pour  lui  trouver  un  mari. 

Un  mari,  on  pouvait  lavoir  d'une  autre  manière^. 
Il  y  avait  encore  le  mariage  religieux  ne  faisant 
d'abord  primitivement  nul  état  des  biens  donnés 
ou  reçus ^  mais,  nous  Tavons  dit  dans  la  première 
partie  de  travail ,  nécessitant  cependant  une  tablette , 
un  kanaka ,  genre  d'actes  dont  nous  avons  donné  des 
exemples  et  sur  lesquels  nous  reviendrons. 

Ce  mariage  religieux ,  comparable  à  celui  que  nous 
avons  trouvé  en  Chaldée  et  en  Egypte,  bien  qu'il 
laissât  primitivement  à  la  femme  en  Chaldée  la 
complète  administration  de  ses  biens,  était  toujours 
licite  et  le  sera  encore  pendant  de  longs  siècles,  avec 
les  modifications  qu'entraînait,  pour  l'état  des  biens, 
le  nouveau  code.  Mais  il  se  trouvait  peu  à  peu 
supplanté  par  l'usage  des  inariages  civils. 

Ce  qu'exigeait  seulement  la  loi,  c'était  un  écrit. 
Le  contrat  [duppu,  kunuka,  ou  rikùfta)  devait  tou- 
jouirs  être  écrit,  du  temps  d'Hammourabi ,  pour 
constituer  un  mariage  légitime  ;  car,  d'après  l'ar- 
ticle 128,  que  les  rabbins  ont  textuellement  repro- 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  65 

(luit  plus  tard,  toule  femme  prise  sans  contrat 
[rikista,  ce  que  les  rabbins  traduisent  par  ketaba) 
n*était  pas  épouse.  Mais  des  femmes  libres  pou- 
vaient légitimement  épouser  certains  esclaves  vicdrii, 
en  se  faisant  faire  un  écrit  et,  au  besoin ,  reconnaître 
l'apport  de  leur  serikta,  qui  restait  à  elles,  en  de-» 
hors  de  leur  part  dans  les  bénéfices  des  esclaves  en 
question.  Le  contraire  n'était,  bien  entendu,  pas 
possible.  La  femme  esclave  ne  pouvait  être  pour 
rhomme  libre  qu'une  concubine  ou  la  représentante 
de  l'épouse  sans  enfant,  sans  aucun  droitpropre,  sice 
n'est  que,  quand  elle  était  mère,  elle  ne  pouvait  être 
vendue.  Quant  au  mariage  par  co^mptio ,  e'est-à-cUre 
par  achat  dune  femme  libre  pour  en  faire  une 
épouse,  ana  assati,  nous  ne  le  trouvons  jamais  en 
Chaldée,  mais  seulement  en  Assyrie  du  temps  des 
grandes  conquêtes  ninivites. 

Revenons-en  au  mariage  civil  le  plus  récemment 
employé  et  sur  lequel  s'étend  surtout  Hàmmourabi  ; 
c  est-à-dire  à  celui  pour  lequel  il  répète  sans  cesse  îa 
mention  du  serïkta  apporté  au  mari  avec  la  femme. 
Qu'est-ce  en  définitive  que  ce  seriktu  ? 

Pour  moi  ce  n'est  pas  autre  chose  que  la  quote- 
part  d'un  associé  dans  une  maison  commerciale. 

Le  commerce  était  alors  très  développé  et  très 
scientifiquement  développé  à  Babylone;  le  codé 
d'Hammourabi  le  démontre ,  aussi  bien  que  la  mul- 
titude des  documents  depuis  longtemps  étudiés  par 
mon  frère  et  par  moi.  Il  était  donc  naturel  de  voir 
la  femme,  qui  naguère  avait  dans  toute  la  Chaldée 


arUIMrRIR    lATIOSiLC. 


66  lANVIER.FRVRIER  I(r06j 

la  libre  disposition.de  ses*  biem>et  dé» droite «égoiuK 
à\'Ceii3i;^  de  :se$' frères,  *  réclamer  encore  et  aj^erter 
dans  son  idiénage*  une  pdrtie  dû  moin»;de  ce  qu!eUe 
avait  autrefdis  pour^àider  son  ^lapi  «dans  son  bégoce 
on «sesi' opérations»,  quelconques.'.  G 'éUi%r  tellement 
le»- «point  de  vue  de  tous ,  què^ .cette:  partidipajtîpn 
de  la  femme  ^ns  Une  riouvelie  imaison*était^  géné^ 
ralement  garantie  par  un»  autre  rapport  versée  par 
le  «fiancé  entre  ilesj  mains  dti»  père  v  garantie  dont  te 
caractère  est  d  ailleurs  nettement  spécifié  à  plusieuri 
rq)rise$;;  ;■  i  •»  '••  i.?  •••  -,  •.  .  -l'-ir.'  ■■-.u  ■  .;'•  :'  ^  .r 
'  »  Mais  ^^-^,et  c est  en  cela  îqU'Hammourabi  innovait 
grandement  -^  le  serikta ,  ]^tioipation*daf^â  les*  biens 
paternels  confiés  à.  la  femme  ^  n'était  oependant  jdas 
pleinement  à  elle.  Elle  n'avait  plus,  le  droit  d'en 'dis- 
poser. Si  elle  mourait  sans  enfants,  il  retouiTiait'  à 
ses  frères.  Elle  n'avait  plus  même  le  droit  de  l'admis 
mistrerv  Si  elle  se  trouvait  isolée,  on  devait  la  nourrir 
là-dessus  ;  mdis  ladministratioa  incombait  'à  •  ses 
frère»  (leS"  articles  i  71,  178  et  182*  sont  tout  à  fait 
formels  à  ce  point  de  vue).  Si  elle  a  des  enfants,  fe 
senktu  est  déjà  à  ses  enfant»  et  le  père  ou  les  'frèrfes 
ne  peuvent  plus  le  réclamer,  pas  plus  que ,  dans  anôun 
cas,  le  mari. 

-  Tout  ceci  est  foncièrement  différent  de  ce  qui 
existait  jusqu'alors  en  Ghaldée  ,  où  la  femme  possé- 
dait, aliénait  et  administrait  ses  biens  suivant  s$a 
fantaisie.  :    '. . 

Mais  ce  serikta,  cette  participation  en  jouissance 
aixx  biens  paternels,  si  limitée  dans  son  usage ^  était* 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  67 

elle  au  moins  égale,  comme  quantam,  à  ce  qu'elle 
était  autrefois? 

Non!  Certains  articles  (181  et  182)  Testiment  à 
un  tiers  de  part  d'enfant.  D'autres  en  laissent  le 
taux  à  fixer  par  les  héritiers  vrais  d'après  leur  for- 
tune :  et  dans  ce  dernier  cas  (art.  i84),  ce  sont  les 
frères,  devant  doter  et  marier  leur  sœur  si  le  père  ne 
Tapas  fait.  L'article  i83  avait  soin  de  spécifier,  d'ail- 
leurs, que  jamais  la  femme  n'aurait  rien  à  réclamer, 
en  dehors  de  ce  ierikta,  dans  les  biens  de  son  père. 

Les  seuls  cas  ou  le  législateur  paraît  un  peu  plus 
généreux,  c'est  : 

1°  S'il  s'agit  d'une  femme  ou  d'une  concubine 
libre  renvoyée  par  l'époux  ou  qUasi  époux  et  qui 
aura  consacré  sa  jeunesse  à  élever  ses  enfants ,  tant  à 
l'aide  de  son  serikta  qu'à  l'aide  de  biens  fonds  livrés 
à  cet  effet  par  le  père.  Quand  les  enfants  sont  élevés , 
elle  reçoit  une  part  d'enfant  dans  les  biens  en  ques- 
tion et  elle  peut  alors  seulement  se  marier  (art.  1 3 7)  ; 

2**  S'il  s'agit  d'une  kallat  ou  fiancée  qui  n'a  pu 
se  marier  parce  que  son  père  ne  lui  a  pas  donné 
de  serikta  :  elle  aura  alors,  pendant  sa  vieillesse,  en 
jouissance,  une  part  d'enfant,  qui  appartiendra  à  ses 
frères  (art.  180). 

3°  S'il  s'agit  d'une  zinnista  zikra  ou  femme  vouée, 
c'est-à-dire  d'une  sorte  de  vestale  ou  de  religieuse  assi- 
milée aux  sal-nin-an  ou  prêtresses,  et  parmi  les  hommes 
aux  nerse^a  ou  religieux,  voués  comme  elles  au  céli- 
bat perpétuel.  11  faut  bien  se  garder  de  confondre 
ces  zinnisia  zikra  avec  les  kadisat  ou  kadista  et  les 


68  JANVIER-FëVRIER  1905. 

femmes  de  Marduk  faisant  à  Babylone  métier  de  pro- 
stituées sacrées.  Le  rôle  des  kadisatf  qui  ont  été  im- 
portées juscjue  dans  le  temple  de  Jérusalem,  et,  tou- 
jours sous  le  même  nom,  jusqu'en  Egypte,  nous  est 
parfaitement  connu  ;  mais  il  n  a  de  commun  avec  la 
profession  des  femmes  vouées  ou  des  religieuses  que 
Tabsence  d'enfants  pouvant  être  réclamés.  On  ne 
donne ,  d'ailleurs ,  aux  kadistay  dans  le  cas  ou  un  serikta 
ne  leur  aurait  pas  été  fourni  par  le  père,  que  le  tiers 
d'une  part  d'enfant  en  jouissance,  tandis  que  les 
femmes  vouées  au  célibat  recevaient,  en  ce  cas,  éga- 
lement en  jouissance,  part  entière  (art.  180).  Notons, 
d'ailleurs,  que  les  prêtresses  sal-nin-an,  auxquelles  on 
les  assimile  dans  d'autres  passages,  comme  ici  on  les 
rapproche  des  fiancées  (/raî/aitt) ,  étaient  très  protégées 
contre  les  calomnies  mettant  en  cause  leur  pureté 
(art.  129,  voir aussiles articles  1 1  o,  1 78 ,  1 79 ,  1 80 . 
1 87,  192  et  1 98  pour  toute  cette  question). 

En  ce  qui  touche  le  seriktu  et  les  dispositions  assez 
compliquées  qui  le  règlent,  toujours  dans  l'esprit 
d'hostilité  contre  la  femme  que  nous  avons  décrit, 
on  peut  consulter  les  articles  187,  i38,  i42,  i43, 
1/19,  162,  i63,  i64,  167,  171,  172,  173,  174, 
176, 177,  178, 179,  180, 181,  182,  i83, i84  du 
code  d'Hammourabi.  On  y  admire  une  logique  in- 
flexible et  une  véritable  science  juridique ,  mises  au 
service  d'une  passion  misogyne  accentuée.  Il  en  est 
de  même  d'ailleurs  pour  tout  l'ensemble  de  Içi  légis- 
lation relative  à  la  femme  et  sur  laquelle  nous  aurons 
à  insister  plus  loin.  Pour  le  moment,  il  nous  faut 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  69 

compléter  ce  que  nous  avons  dit  sur  la  société  com- 
merciale qu'était  alors  le  mariage  et  parler,  en  consé- 
quence, des  apports  du  mari. 

Au  senktUf  ou  participation  de  la  femme  aux 
biens  du  père  fournis  pendant  Tunion  aux  conjoints 
et  ne  restant  dans  la  maison  du  mari  ou  même  dans 
la  possession  de  la  femme  que  s'il  y  a  des  enfants, 
répond  en  effet  le  tirhata,  ou  l'apport  que  le  futur 
mari ,  encore  fiancé ,  verse  dans  la  main  de  son  beau- 
père  en  garantie  et  en  équivalence  du  serihta. 

Qu'est-ce  que  le  tirhata?  Est-ce  une  dot,  comme 
le  P.  Scheil  l'a  prétendu?  Est-ce  un  ancien  prix 
d'achat  de  la  femme,  comme,  dans  l'Egypte  clas- 
sique, je  l'ai  dit  depuis  bien  longtemps,  le  shep  ou 
don  nuptial  :  on  l'a  prétendu  également.  On  a  dit 
aussi  (notamment  un  savant  professeur  de  la  Faculté 
de  droit  de  Paris)  que,  sans  être  un  prix  d'achat,  cet 
argent  confié  au  beau-père  restait  h  celui-ci.  Toutes 
ces  solutions  sont  également  inexactes. 

Evidemment  il  ne  s'agit  pas  d'une  dot,  puisque 
cette  dot  devait  être  constituée  par  les  parents  de  la 
fille.  On  pourrait  le  comparer,  ainsi  que  l'a  fait  à 
la  Société  asiatique  notre  savant  maître  Oppert, 
au  don  nuptial  égyptien.  Mais  l'origine  n'est  pas  la 
même.  Jamais  le  mariage  par  coemptio,  usité  en  As- 
syrie, comme  plus  tard  en  Egypte  et  à  Rome,  n'a 
existé  en  Chaldée  propre  :  et  l'union  servile  n'y  était 
point  considérée  comme  un  mariage.  Ajoutons  que 
le  tirhata  ne  restait  pas  entre  les  mains  du  beau-père , 
comme  l'a  d'ailleurs  très  bien  dit  Oppert. 


70  JANVIER. FÉVRIER  1906. 

Qu  est-ce  donc  encore  une  fois  que  le  tirhaiu? 

A  notre  avis ,  le  mot  tirhata  se  rattache  à  la  r3cine 

arabe  dakhara  {J^^)  signifiant  reposuit  in  faturi  tem- 
potismam.  Il  se  retrouve,  avec  ce  sens,  dang  plusieurs 
documents  anciennement  connus  et  utilisés  par  mon 
frère,  entre  autres  dans  un  contrat  de  location  de 
fan  17  de  Nabonid,  que  M.  Strassmaier  a  publié 
parmi  les  documents  de  ce  prince,  sous  le  n°  io3/0. 
La  signification  en  pareil  cas  convient  parfaitement 
aux  articles  du  code  d'Hammourabi  qui  sont  relatifs 
au  mariage. 

De  même  que  le  serikta  est  une  participation  aux 
biens  du  père  laissés  à  la  fille  en  dépôt,  pour  ainsi 
dire,  afin  de  subvenir  en  partie  à  la  société  conju- 
gale, dé  même  le  tirhata  est  aussi  un  dépôt  fait  en 
vue  de  l'avenir  par  le  mari  dans  ks  mêmes  conditions 
et  qui  constitue  désormais  im  fonds ,  intangible  éga- 
lement ,  parce  qu'il  garantit  le  seriktu  et  d'une  façon 
plus  générale  les  droits  de  la  femme  et  de  ses  hoirs. 
C'est  ainsi  qu'à  propos  de  la  répudiation  il  est  dit, 
dans  l'article  i38,  que,  si  quelqu'un  veut  fénvoyer 
une  femme  qui  ne  lui  a  pas  donné  d'enfant,  il  lui 
rendra  ou  donnera  [nadin)  tout  l'argent  de  son 
tirhata  (que  le  beau-père  lui  avait  remis  entre  les 
mains  après  le  mariage)  ainsi  que  le  serikta  qu'elle 
avait  apporté  dans  la  maison  de  son  père. 

Si  le  mariage  avait  eu  lieu  sans  tirhata  (ce  qui 
était  aussi  légitime  que  sans  serikta),  il  lui  donnera 
une  mine  d'argent  pour  la  répudiation  (art.  iSg). 


LA  FEMME  DANBL'îANTrQUITÉ.  ^1 

'  •>  A  propos  ' de  ià  mort*  de  la  femittév  il  ôst*  dit  (Jiie^di 
^elquurï  a'  i^ousé  une  feininequi  né  lui  a  pas 
donné  d'eîîfant  et  s»  le  beàu-père  lui  a^rerrdii  $u>m0> 
ment  dû  mariage:  son  tirhata;  ie  x^tié  réelainerà 
rien  ail  beau^èi^  sur  le ^iériik  (art;  1 6*3).  Si  fe 
béau-p'ère?  ne  lut  a  pas  rendu  alors  iè  ûrhata,  le  veuf 
te  déduira  sur  le  imfctii  e)t  rendra  le-  reste  au  beali- 
père  (art^'TÔA-)"-'  ■  •' ^S'- •  -■''  ■•-•■'' ^''.'.    -i  -•-.''•:  ''•<] 

A  propos  des  fiançailles  de  ces  kaUat  (dont  le  dode 
pafple  longuement  dans  les  articles  ii55vi  S6=et  i  8&, 
et  qui  étaient  déjà  msentiontiées'  par  le  caillou  'de 
Michau  [  documents  juridiques  ;  *  p;  ô8  J  J  aussi  bien 
que  par  le  contrat  ïf  'j^  de  Liverpoôli  etc.)'^  les^ar- 
tibles  1B9,  i5o  et  i6i  en  spécifient  fort  bien  leisicoii- 
ditions.  .  »     ts! 

Si  quelqu'un  a  fait  apporter  dans»  la<  maisoh  de 
son  futur  beau-père  imiifcfai  ou  a' donné  un  tirhàtu, 
et  si  ^isuiteii  refuse  d'épouser  la  fille;  lepère  dfe  cetle 
fille  gardera  tout  ce  qui  a  été  apporté.  Si;  c'est  le 
père  qui  alors  refuse,  il  est  obligé  de  payerledotible 
de  ce  qui  lui  a  été  apporté.  Si  c'est  un  ami  qui; par 
ses  calomnies; '  a  empêcfaé  le  mariage v* cet  efmi  tt^e 
pourra  de  plus  épouser  la  fille.  1    ;  .î       »  n 

loi'biblu  est  distingué  du  tirhaéai  Ce  mtot^'qtie  le 
Pi  Scheil  a  traduit  par  «  les  meubles  » ,  «©  rattache'  au 
verbe  babcdu  ^qu'on  retrouve  dans  la  préface  du  cdde  et 
daris  d'iautres  textes^  et  qui  signifie  k  apporter  »  comûife 
la  ratine  aid/a  dont:  il  'dérive  ^  Une  autre  transfor- 

'  *  Aboiile  éii  emplayee"  d'ams  la.  iàn^ûi^  vèrli»  àVec  rer  kpiss.'   '    •■ 


72  .      JANVIER.FÉVRIER   1906. 

mation  delà  racine  babala  existe  dans  le  mot  bMula 
signifiant  les  ^  produits  » ,  par  exemple  ce  dopt  un 
champ  nous  f^it  cadeau.  Par  ce  qui  précède,  on  voit 
qu  il  faut  traduire  biblu  tout  simplement  par  «  pré- 
sent», comme  la  dit  d ailleurs  M.  Harper.  Le  biblu 
est  mis  à  part  du  tirkata  qiiii  sepcible  avoir  précédé, 
fl  s  agit  sîms  doute  des  petits  cadeaux,  des  bibelots \, 
précédant  les  fiançailles  et  lapport  du  tirhatu. 

Il  nen  est  pas  de  même,  à  mon  avis,  d'un  autre 
versement  fait  par  le  mari  et  cjue  Ion  rencontre 
dans  le  code  spus  la  forme  nndannu.  Oppert .  a 
pensé  qu'il  s'agissait  d'un  apport  de  lepoux  après  le 
m|iriage,  apport  qu'il  a  comparé  aux  paraphernaux. 
Le  P.  Sçheil  le  traduit  par  «  don  » ,  et  je  crois  qu'il  a 
raison. 

Nadflnnu  vient  en  effet  du  verbe  nadanu  signifiant 
«  donner  nde  la  façon  la  plus  large  et  dont  les  dérivés 
se  retrouvent  en  hébreu  et  dans  toutes  les  langues 
sémitiques  avec  la  même  signification. 

Dans  l'espèce,  je  crois  que  nadanna  est  employé 
cpmnae  synonyme  de  tirhata.  Il  faut  remarquer  en 
effet  qu'au  lieu  d'accompagner  ce  mot,  comme  bïbbi, 
il  le  remplace. 

Dans  les  articles  170  et  suivants  il  est  question 
d'un  mari  qui  a  eu  à  la  fois  des  enfants  de  sa  femme 
et  d'une  servante.  Ce  père  peut  reconnaître  ou  ne 
pas  reconnaître  authentiquement  les  enfants  de  la 
servante.  S'il  les  reconaît  par  la  formule  «  vous  êtes 
mes  enfants  » ,  les  enfants  de  l'esclave  partageront  par 
égales  parts  avec  ceux  de  l'épouse.  S'il  n'en  est  pas 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  73 

ainsi ,  les  enfants  de  TAgar  ne  pourront  être  vendus  et 
seront  afiBranchis  ainsi  que  leur  mère,  mais  ils  ne  par- 
tageront pas  aveC'  ies  fils  légitimes.  Après  la  mort  de 
son  mari,  l'épouse  prendra  son  serikta  et  le  nudunnu 
(t  don  »  que  son  mari  lui  a  donné  [nadanu)  et  inscrit  sur 
tablette.  Elle  restera  dans  la  demeure  du  mari,  tant 
quelle  vivra,  en  gardant  le  serikta  et  le  nudunnu ^ 
mais  sans  pouvoir  les  aliéner.  Après  elle,  ils  sont  a 
ses  enfants. 

Si  son  mari  ne  lui  a  pas  donné  {nadanu)  de  don 
[nudunnu) i  elle  reprendra  son  seriktu  et  jouira  sur 
la  fortune  de  son  mari  d'une  part,  comme  un  fils;  Si 
elle  veut  sortir,  elle  laissera  à  ses  enfants  le  nudunnu, 
que  son  mari  lui  a  donné,  emportera  son  serikta  (it 
se  mariera  si  elle  veut. 

Il  me  semble  bien  clair  qu'ici  le  nudunnu  n'est  pas 
autre  chose  que  le  ^ir^to,  joint,  si  on  le  veut,  au 
bibla,  c'est-à-dire  désigne  tous  les  apports  faits  parle 
mari  à  ce  titre. 

Il  faut  noter  de  plus  que  si  nudunnu  se  rapporte  au 
tirhatu  dans  le  code  d'Hammourabi ,  il  en  est  venu 
dans  la  suite  à  se  substituer  au  seriktu,  autrement 
dit  à  traduire  la  dot  de  sa  femme.  C'est  d'ailleurs  à 
une  époque  où  il  n'est  plus  du  tout  question ,  pour  le 
mari,  de  tirhatu,  parce  que  toute  sa  fortime  reste 
pleinement  entre  ses  mains ,  sans  aucun  de  ces  fonds 
de  garantie  qui  avaient  été  autrefois  établis  en  vue  de 
l'union,  pour  la  fortune  de  l'autre  conjoint. 

Ce  nouveau  sens  de  nudunnu  «  dot  »  a  été  conservé 
par  les  juifs  dans   le  talmudique  et  le  rabbinique 


74  JANVrBB-FÉVBIER  i*06.  ^ 

après  la  fcaptivîté  de  Babylohe:  On  rfk  qli'àmiVrfrtto 
îèbdque  quelconque  pour  s'en  assurer.  Daiis  le  dlbâôn- 
nairechaldsiïque ,  talmudtqueet  rabbiniqufédeBuxilbrf 
on  lit,"  par  exemple  ;  KjJnJ  n^dooma 'r  dos'tnttliehris 
quant  niarito  nuptiàram  tempoté  affètt;  eetni  orfinSHis 
àhianientis  y  inonUtbas  et  preciosis  sp6nsàé\^éï  il  rétttbie 
ail  Talniud  et  à  Màïmonide.  *  *  .  '  '■  '  i  'î» 
Or  cette  signification  est  établie, 'àùmoiiid  àxïsêi 
bien,  par  les  contrats  en  cunéiformes  datés  de'NabOr 
chôdônosor  bu  de  ses  successeurs  bàbyloiiietts  et  per- 
sans,  comme  tnori  frère  et  moi  Favoris  prouté'dejiiiis 
longtemps  avec  im  lilxe  énorme  de  preuves; 'Au  fond!, 
c'est  une  transformation  très'  nattÉréUte  dtt  di^tt.  Du 
moment  qtie  l&tirhata  n  existait  plus-,  XéiénkiAriétimX. 
plus  de  raison  d'être  sous  cette  fôrtlie.  L'tiii"  était 
rél[jiii valent  et  la  gararitie  dé  faùtre;  nous  l*atons 
déjà  dît.  Donc  lun  demandait  lautré,  et  \€  seiikta 
sans  tirhata  perdait  son  caractère  séparé  et  indépen- 
dant dans  la  fortune  du  mari ,  à  laquelle  il  n^pp^t- 
tenait  pas,  pour  devenir  simplernerit  lui  &]f)^ofrt*  fait 
audit  mari  et  dotit  celui-ci  deVaît  rendi*e'tDomptë, 
non  plus  uniquement  à  là  fattille  de  lai  femme  ;^^si 
elle  n  avait  pas  d'enfant,  miais  à  là  femme  effl«-mêriie, 
et,  après  elle  seulement,  à  ses  hoirs.  C'était  tin  dbh 
[nudannu)  de  la  femme,  comme  autrefois  lé  tirhata 
était  un  don  [nudunna)  du  mari,  ou  plutôt  (car  miéti 
expression  est  ici  inexacte)  c'était  un»  don  fait  pdr 
les  parenti  de  la  fernme  en  vue  et  au  bénéfice  de 
celle-ci.  En  effet  le  ntuiunntt  était  livré  alors,  comme 
autrefois  le  serikta ,  pai*  lé  père ,  ou  à  défaut  du  pèi%. 


LA  FEMME  ÙANS  L'ANTIQUITÉ.  IfS 

par  les  frères  de  la  fiancée ,  ctvec  la  femme  eUe-mîêiïié', 
au  moment  des  épousailles.  '  •-  » 

Ce  n'était  plus  une  participation  àlTiéritàge,  d*étaït 
un  don,  je  le  repète,  et  par  la  la  femme  semblait 
perdt-é  quelque  chose  de  ce  iqui  lui  restait  de  ses 
droits  héréditaires.  Mais  cô  don'  était' fait  sàtis'eiiprtt 
de  retour,  et  par  là  elle  y  gagnait  en  définitive/ Lii 
femme  dotée  était  quelqu'un  bu  quelque  chose/EUe 
s'engageait  souvent  solidairement  avec  son  mari:  de 
nombreux  actes  le  prouvent.  Elle  avait  dôhc  reconduis 
im  peu  de  seé  anciens  droits  d'administration ,  voire 
même  d* aliénation.  Sa  ^fof  tune  ;  plus  liqliide ,  et  non 
itriniôbilîsée,  comme  Tâvàit  comprise  HammoUt^ , 
était  devenue  plus  personnelle  en  quelque  sorte. 

N'exagérons  rien  pourtant.  La  femme ,  qtd  c6ritihii'e 
à  n hériter  de  rien  en  dehors  de  sa  dot,  ne  jpossèdfe 
même  pas  alors  cette  dôt  éri  réalité,  piiisque son  mari 
Ta  reçue  àVec  elle-même  et  en  a  là  jouissance.     ■ 

Je  le  disais  déjà  dans  ihoti  volume  siir  La  pro- 
priété en  droit  égyptien  comparé  anoù  anirès  droits  de 
V  antiquité  y  Y*  ^  9^  »  *^^*  ^®^^  ^®  rattache  plutôt  à  Tidèe 
dune  femme  en  tutelle,  comme  le  fut  jplus  tard,  à 
Tépoque  classique ,  la  femme  athénienne ,  fenimé  que 
lé  père  ou  le  frère  dotait,  qui  était  sous  leur  autorité 
tàiit  qu'elle  n'était  pas  sous  ceiïë  d'un  mari,'  (q[ùi  y 
retombait  quand  elle  était  veuve,  qui  n'avait  droit 
(ju'à  des  aliments,  et  dont  la  dot  représentait  pour 
elle  l'équivalent  de  ses  aliiiients.' 

Beaucoup  de  tablettes  babyloniennes  de  là  période 
en  question  ne  s'expliquent  bien  que  par  cette  idée. 


76  JANVIERFÉYRIER   1906. 

qui  certainement  se  rapportait  dans  ce  pays  à  une 
couche  historique  du  droit,  à  on  état  d'organisation 
de  la  société ,  que  je  n'avais  osé  spécifier  lors  de  mon 
volume  cité  ci-dessus,  et  qui  me  paraissait  en  con- 
tradiction avec  les  plus  vieux  usages  de  la  Chaldée, 
mais  qui  maintenant  s'explique  très  bien  depuis  la 
découverte  du  code  d'Hammourabi. 

Ajoutons-le  d ailleurs,  les  droits  de  la  famille  sub^ 
sistaient  toujours  en  droit  civil  selon  les  principes 
d'Hammourabi.  Pour  en  neutraliser  les  effets  dans 
une  certaine  limite,  on  était  obligé  d  avoir  recours 
au  droit  religieux  par  des  adjurations  et  par  des  ana- 
thèmes  solennels,  appuyant  une  sorte  de  iioBrfKti 
comparable  à  celle  des  Grecs,  Ce  n'était  nullement 
le  testament  romain ,  pas  plus  en  Grèce  qu'en  Chaldée. 
L'héritier  du  sang  ne  pouvait  pas  être  dépouillé  ainsi 
de  son  titre  de  continuateur  de  la  personne.  Aussi 
voyons-nous  à  Babylone,  à  Tépoque  classique,  d'une 
part,  un  frère,  après  la  mort  de  son  frère,  rédiger  un 
acte  formel  pour  approuver  les  dispositions  prises 
par  le  défunt  en  faveur  de  sa  femme,  et  qu'avait  déjà 
prévues,  mais  à  titre  desimpie  viager,  Hammourabi 
dans  l'article  1 5o  de  son  code;  d'une  autre  part,  un 
procès  s'engager  entre  le  frère  héritier  naturel  et  les 
légataires  du  défunt,  c est-à-dire  sa  femme,  sa  fille 
et  son  gendre.  Les  juges  de  Nabonid  ratifièrent  plei- 
nement, dans  ce  dernier  cas,  la  Siadrfxrj,  ainsi  que  le 
faisaient,  en  général,  les  juges  d'Athènes,  quand  une 
StaOrfxri  était  attaquée  devant  eux  par  les  héritiers  du 
sang.  Le  droit  civil  validait  donc  ce  qui  n'avait  eu 


LA  FEMME  DANS  LANTIQUITÉ.  77 

d'abord  sa  force  qu  en  droit  religieux.  Les  juges  rem- 
plaçaient alors  les  dieux. 

Aussi  ne  faut-il  pas  nous  étonner  si ,  de  la  situation 
indécise  de  la  femme  en  Babylonie ,  avait  découlé  un 
résultat  inattendu. 

A  f  époque  classique  de  Thégémonie  babylonienne , 
elle  n'avait  pas,  comme  les  hommes,  une  succession 
légitime  bien  reconnue,  des  successeurs  de  sa  per- 
sonne qui  prenaient  légalement  la  suite  de  ses  droits, 
et  qu'on  ne  pouvait  écarter.  Aussi  le  droit  de  dis- 
poser de  sa  fortune,  droit  si  limité,  nous  l'avons 
prouvé  dans  un  autre  travail ,  pour  les  hommes  qui 
avaient  des  fils  ou  qui  avaient  des  frères,  fut-il,  au 
contraire,  laissé  à  la  femme  d'une  façon  beaucoup 
plus  large.  Elle  en  disposait,  reconnaissons-le,  par 
un  acte  entre  vifs,  comme  plus  tard  les  Egyptiens. 
Mais  cette  donation  entre  vifs ,  avec  réserve  d'usufruit , 
était  au  fond  l'équivalent  d'un  testament.  J'ai  publié 
plusieurs  documents  de  ce  genre ,  revêtus ,  il  est  vrai , 
d'anathèmes  terribles  pour  en  assurer  l'exécution. 

Dans  ceux  de  SimiUstar,  par  exemple,  la  mère, 
pour  enrichir  sa  fille,  à  laquelle  elle  transmet  ses 
biens  malgré  la  présence  d'un  fils,  usait  d'un  pou- 
voir qu'un  père  n'aurait  pas.  Souvent  aussi  on  voit 
une  mère  avantager  de  même  un  de  ses  fils. 

Notons  en  outre  que  d'après  le  droit  babylonien  de 
cette  époque,  comme  d'après  la  plupart  des  droits 
de  la  Grèce,  Isocrate  TaflBrme,  une  SiaOrfnff  ne  suflB- 
sait  pas,  quelles  que  fussent  les  imprécations  dont 
on  la  garnît,  pour  constituer  un  héritier  proprement 


78  JANVIER-FÉVRIER  1006. 

dit,  un  continuateur  de  la  personne.  D  fallait  que 
cet  héritier  entrât  d'abord  dans  la  famille  par  le 
moyen  d  une  adoption. 

..  L'adoption  est  dans  la  Chaldée  une  institution 
fort  ancienne ,  car  un  vieux  récit  légendaire,  un  oonte 
nation^  des  anciens  Accadiens,  reproduit  et  traduit 
(lans  les  bilingue^  du  palais  d'Assourbanipal ,  nous 
montre  déjà  un  enfant  trouvé  pris  en  adoption,  en 
état  de  fils ,  par  Thomme  charitable  qui  Tavait  recueilli 
dans  la  rue.. 

Dans  les  actes  de  Warka  que  noi»  avons  cités 
au  comencement  de  ce  travail,  il  ca  est  un  dans 
lequel  le  père  et  la  mère,  agissant  ensemble,  brisent 
par  une  abdication  les  liens  légaux  existant  entre 
eux  et  un  fils,  afin  qu'il  devienne  par  adoption  le  fils 
dun  autre.  Enfin  le  code  d'Hammourabi  lui-mênpie 
prévoyait  l'adoption  dans  les  articles  i85  à  igS,  en 
même  temps  dVilleurs  que  labdication  du  père  par 
le  fils  ou  du  fils  par  le  père. 

En  ce  qui  concerne  l'époque  classicpie,  nous  avons 
publié ,  mon  frère  et  moi ,  dans  les  Proceedings  de  la 
société  fondée  par  mon  vieil  ami  Birch ,  un  contrat 
venant  de  Shippara  qui  fait  partie  de  notice  collection 
personnelle  et  qui  est  relatif  aune  demande  en  adop- 
tion accueillie  par  les  magistrats  auxquels  cette  de- 
mande est  adressée.  C'est  le  seul  acte  d'adoption  pro- 
prement dit  que  Ion  possède  jusqu a  présent  dans  les 
tablettes  chaldéennes.  Mais  il  est  question  d'adoption 
dans  d'autres  documents  du  règne  de  Nabonid, 
particulièrement  dans  celui  qu'a  publié  M.  Pinches 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  79 

dans  la  (re,vae;  américaine  .appelée  ifeiraica.  XJn  fils 
émancipé,  et  flaarié  cj^puis  iprs  à  une  veuvç  y  solli- 
cil»i'avM:oïri$ation  4e  sfon  père  afin  d  adopter,  à  défaut 
daui. enfant  né  de,  lui,  le  fils  que  cette  veuve  avait 
engendré  durant'  sa  première  union.  Il,  indique  qu'il 
aui^asojin , dans . l'acte  (J adoption;  d assurer  ses . biens , 
ajcquis  pai*  lai  Qv^  proyejaant  du  père ,  -k  celui  qui ,  de 
ç^tte .  ipcianîèrç , .  deviendrait  sipi^  fils.  ^  I^C;  ,père;  ref^$e 
de,:vdu'  entrer/ un  étranger  dar^s! sa  famille  powen 
dev^r  le  jch^f , .  l'^iéritier  de .  son,  fils  aîjaé.  Il  lie,  les 
mains  ;  à  j  xjeiui-oi  par  un  acte  formel ,  dans  ?  lequel  il 
d^éqjare.ïpiie^  sil. procrée; rédlemept  des  enfants,  ces 
enfants  Jiériterpnjtdies biens  patrimoniaux  comme  des 
acquêts,  mais  que,  dans  le  cas  contraire,  s'il  n'a  p^s 
d'enfants  nés  de  lui-même ,  il  n'aura  le  droit  d'adopter 
|)ersôïine!,  sauf  son  itéré,  son  bréritier  dé  sang,  «le 
maître  de  sa  part  »,  selon  rexprésàion  nïêmedont  fl 
se  sert.  "     ■  ''  '  '  ,  .•    ^  ■  .  ^  - .  • 

Ainsi  la  puissance  paternelle  n  était  encore  a  cette 
époque  pas  nulle  en  Babylonie;  un  père  pouvait  lier 
les  mains  à  son  fils ,  même  émancipé ,  quand  celui-ci 
voulait  changer,  au  moyen  d'une  fiction  légale ,  1  ordre 
de  la  nature  en  fait  de  succession  et  de  continuation 
familiale.  Ce  n'était  point,  comme  à  Rome,  le  des- 
potisme d'un  maître  qu  on  accordait  au  cbef  de  fa- 
mille s^r  ses  enfants  comme  sur  ses  esclaves,  niais 
c'était  un  pouvoir  qui  ressemblait  beaucoup  à  l'auto- 
rité paternelle  telle  qu'elle  existç  aujourd'hui.  Dans 
le  code  d'Hammourabi,  cette  puissance  du  pater  fa- 
nUUçLs  étçdt  beaucoup  plus  développée , .  puisqu'elle 


80  JANVIER-FÉVRIER   1906. 

lai  permettait  non  seulement  de  modifier  la  trans- 
mission des  biens  en  avantageant  soit  sa  femme,  soit 
l'un  de  ses  fils,  mais  même  de  donner,  s'il  le  voulait, 
aux  enfants  de  l'esclave,  la  même  situation  et  la 
même  hérédité  qu'aux  enfants  Intimes. 

Le  père  babylonien  qui,  à  l'époque  secondaire,  a 
conservé  son  fils  dans  la  communauté  de  biens  fami- 
liale, lui  cherche  lui-même  une  femme  et  fait  la 
demande  pour  lui.  Un  des  actes  dont  M.  Strassmaier 
a  publié  le  texte  renferme  une  demande  de  ce  genre 
comparable  à  celle  que  nous  avons  citée  dans  la  pre- 
mière partie  de  ce  travail ,  après  l'avoir  publiée  dans 
notre  notice  sur  les  contrats  de  mariage  et  d'adop- 
tion : 

«  Nebonadinahi ,  fils  de  Belahi  erib ,  parle  ainsi  à 
Sungina ,  fils  de  Musallimu  : 

«  Ina  Essaggil  manaat,  la  vierge,  ta  fille,  donne-la 
«  en  mariage  à  Upallitsugula ,  mon  fils.  » 

Le  scribe  continue  en  ces  termes  : 

«  Sungina  (le  père  de  la  fille)  l'écouta  et  il  donna 
Ina  Essaggil  manaat,  la  vierge,  sa  fille,  à  Upallitsu- 
gula ,  son  fils.  » 

Après  cela  vient  l'indication  de  la  dot  livrée  au 
père  du  fiancé,  avec  la  jeune  fille,  par  le  père  de 
celle-ci,  dot  [nadnnnu)  dont  il  est  donné  reçu. 

Le  père  qui  avait  reçu  la  dot  de  sa  bru  en  répon- 
dait d'ailleurs,  comme  autrefois  le  mari  du  serïkta 
de  sa  femme ,  et  une  autre  tablette  nous  montre  bien 


LA  FEMME   DANS  L'ANTIQUITÉ.  81 

les  conséquences  possibles  de  cette  répondance,  alors 
qu'il  ny  avait  plus  de  tirhata.  En  eflet,  la  dot,  cette 
fois ,  consistait  en  une  somme  d'argent ,  et ,  comme  le 
père  de  famille  avait  voulu  céder  à  un  tiers  une  pro- 
priété patrimoniale  qui  était  entrée  pour  beaucoup 
dans  son  crédit  aux  yeux  de  celui  qui  lui  avait  versé 
cette  somme,  la  bini  réclama  :  et  elle  obtint  que  cette 
propriété,  malgré  lacté  formel  d'aliénation,  conti- 
nuerait à  constituer  son  gage  jusqu'au  jour  où,  après 
la  dissolution  de  l'union  conjugale,  on  lui  aurait 
rendu  en  entier  son  argent;  que  jusque-là  aucun 
possesseur  autre  ne  pourrait  y  mettre  la  main.  Cela 
ressemble  singulièrement  à  notre  hypothèque  légale; 
car  il  n'est  pas  dit  qu'avant  cela  il  y  ait  eu  conven- 
tion formelle  d'hypothèque  établie  au  profit  de  la 
femme  sur  cet  immeuble  de  famille;  on  tendrait 
donc  à  croire  que  quand  le  tirhata,  c'est-à-dire  le 
dépôt  spécial  fait  par  le  mari  en  équivalence  du  se- 
rikiade  la  femme,  avait  été  supprimé,  il  avait  élc 
remplacé  par  un  dfoit  abstrait,  par  une  hypothèque 
légale ,  s'étendant  cette  fois  sur  la  totalité  des  biens 
du  conjoint  en  question  ^ 

'  Sous  Nabuchodonosor  le  Grand  cl  sus  successeurs,  la  l'eumic 
chaidéenne  a  repris  à  peu  près  la  siluation  qu'elle  occupait  dans  la 
famille  deux  mille  ans  plus  lot,  au  moment  où  Hammourabi  fil 
son  code.  Cesl  Tégale,  l'associée,  la  compagne  fidèle  de  son  époux. 
Que  celui-ci  soit  un  commerçant  ou  un  fermier,  sa  femme,  nous 
l'avons  déjà  dit,  s'oblige  avec  lui,  le  plus  souvent  d'une  fa«,-on  so- 
lidaire, relativement  aux  conséquences  de  son  fermage  ou  de  son 
négoce.  Comme  en  France ,  le  régime  de  la  communauté  est  le  ré- 
gime matrimonial  le  plus  babiluel,  celui  qu'on  suppose,  à  défaut 
de  conventions  autres.  Aussi,  dans  les  ventes,  a-l-on  soin  de  faire 

VII.  6 

iHnilNCME    JlATIOSALC» 


82  JAiNVlEU-FEVRIER  1906. 

Nous  savons  d'ailleurs  par  la  requête  de  Bunani- 
tum  que ,  durant  le  mariage ,  la  femme  babylonienne, 

intervenir  la  femme,  soit  comme  co-vendeusc,  soit  au  moins  comme 
assistant  à  la  confection  de  lacté  et  lapprouvant  par  sa  présence. 
En  effet,  l'acheteur  ne  pouvait  pas  entrer  dans  1  étude  des  conven- 
tions matrimoniales  qui  avaient  pu  intervenir  dans  la  famille  de 
son  vendeur.  Mais  l'intervention  de  la  femme ,  sa  coopération  à  la 
vente,  ou,  pour  le  moins,  l'approbation  quelle  manifestait  en  as- 
sistant à  la  confection  de  cet  acte,  —  où  sa  présence  était  men- 
tionnée avec  soin ,  —  suffisait  pour  le  garantir  contre  toute  éven- 
tualité, 

Si  le  régime  matrimonial  était  celui  d'une  communauté  portant 
à  la  fois  sur  tous  les  biens  des  deux  époux ,  on  n'eût  point  admis 
en  droit  babylonien,  où  tout  était  basé  sur  la  bonne  foi,  que  la 
femme  vînt  invoquer  ses  droits  de  co-propriétaire  pour  attaquer 
ensuite  un  acte  auquel  elle  avait  participé. 

Si  le  régime  matrimonial  était,  au  contraire,  un  régime  dotal, 
et  si  la  femme  avait  acquis  des  droits  réels  sur  cet  immeuble,  soit 
en  garantie  de  sa  dot,  soit  en  échange  de  quelque  bien  faisant 
partie  de  cette  dot  (  car,  ainsi  que  nous  le  verrons  en  étudiant  par- 
ticulièrement les  régimes  matrimoniaux  dans  la  Chaldée,  toutes 
ces  hypotlièses  étaient  également  possibles] ,  le  consentement  formel 
de  lu  femme  donné  au  contrat  d*aliénation ,  lorsqu'il  se  faisait,  suf- 
fisait pour  valider  cette  aliénation. 

Le  droit  babylonien  admettait  bien  qu'on  vendit  par  mandat  sa 
cbose.  L'adhésion  à  l'acte  valait  un  mandat  formel. 

D'ailleurs  uiêmc  dans  le  droit  romain  de  la  dernière  ép(Mju<*, 
([uand  le  droit  des  gens  y  eut  introduit  l'hypothèque,  cette  insti- 
tution y  tut  admise  n>cc  les  principes  par  lesquels  les  Babyloniens 
Taxaient  réglée.  Tout  créancier  hypothécaire  qui  assistait  sans 
réclamation ,  sans  opposition ,  à  la  vente  faite  devant  lui ,  par  son 
débiteur,  du  bien  engagé,  était  censé  avoir  renoncé,  par  cela 
même,  à  son  hypothèque.  Il  n'était  nullement  nécessaire  que 
cette  renonciation  fût  indiquée  dans  l'acte  ou  même  qu'elle  fût 
formulée  d'une  manière  quelconque;  la  présence  du  créancier 
ne  contredisant  pas  suffisait.  C'était  par  excellence  le  cas  où  Ton 
appliquait  le  proverbe  i  «  Qui  ne  dit  rien  consent.  »  On  peut  même 
trouver  que  les  Romains  allèi*ent  trop  loin;  car,  par  excès  de  ron- 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  83 

quand  elle  croyait  sa  dot  en  danger,  avait  le  dix)it 
de  réclamer  et  d^obtenir  ainsi  des  garanties  réelles 
spéciales  pour  remplacer  Tancienne  garantie  du 
tirhata. 

Nous  rappellerons  également  un  acte  curieux  cité 
plus  dune  fois  par  nous,  le  procès-verbal  des  obser- 
vations faites  par  le  beau-père  d'Iddina  Marduk, 
dont  le  père  était  sur  le  point  de  faire  faillite,  au  su- 
jet de  la  dot  qu'il  n  avait  pas  versée  et  qu'il  ne  vou- 
lait  pas  verser  sans  garantie  réelle,  de  peur  qu'elle 
ne  fût  saisie  par  les  créanciers  du  failli,  comme 
faisant  partie  du  capital  de  la  famille.  Iddina  Marduk, 
que   son    père   avait  certainement  émancipé    dans 

fiance  clans  la  preuve  teslimoniale ,  ils  n'exigèrent  pas  la  mention 
pour  le  contrat  de  la  présence  du  créancier  ainsi  dépouillé  de  ses 
droits  réels  :  et  ce  dut  devenir  chez  eux  l'occasion  de  fraudes  fré- 
quentes ;  car,  ne  jouant  aucun  rôle  dans  l'acte  et  n'étant  pas  in- 
terpellé à  son  sujet,  le  créancier  pouvait  ne  prêter  aucune  attention 
à  cet  acte,  réduit  souvent  à  des  stipulations  ou  conventions  ver- 
bales. Sur  la  plupart  des  points ,  le  droit  babylonien  se  montre 
beaucoup  plus  savant , beaucoup  plus  juridique  à  proprement  parler, 
que  ne  le  fut  jamais  le  droit  romain. 

Ce  que  nous  avons  dit  déjà  sur  les  circonstances  dans  lesquelles 
se  trouvaient  les  Babyloniens  du  temps  de  Nabuchodonosor  nous  u 
fait  sentir  quelle  difficulté  leurs  jurisconsultes  devaient  rencontrer 
pour  établir  une  jurisprudence  un  peu  cohérente  en  ce  qui  tou- 
chait les  situations  relatives  du  chef  de  la  famille,  de  ses  frères  cl 
de  ses  enfants. 

L'égalité  entre  les  deux  sexes  continuait  à  être  un  peu  sacrifiée 
lorsque  les  droits  des  filles  se  trouvaient  en  conflit  avec  les  droits 
des  frères.  Mais  il  y  avait  remède  à  cela  dans  le  pouvoir  accordé 
au  père  de  fixer  la  dot  de  sa  fille  au  moment  où  il  la  donnait 
en  mariage  à  un  étranger.  Nous  avons  vu  aussi  le  jeu  des  quasi 
testaments  basés  sur  le  droit  religieux  et  qui  étaient  accordés 
même  aux  mères. 


84  JANVIERFEVRIER    1906. 

rintervalle,  affecta  des  esclaves  qui  lui  apparte- 
naient en  propre  et  le  reste  de  ce  quii  regardait 
comme  sa  fortune  particulière  en  garantie  spéciale 
de  cette  somme  d'argent  versée  par  son  beau-père  à 
cette  condition. 

Mais  il  est  temps  d'en  venir  maintenant  à  l'examen 
attentif  de  la  question  de  la  dot  à  l'époque  classique , 
dot  que  nous  avons  dit  s'appeler  alors  naàanna,  c'est- 
à-dire  du  nom  même  qui  servait  de  synonyme  à  rir- 
liait  dans  le  code  d'Hammourabi.  Cela  est  d'autant 
plus  urgent  que,  dans  les  derniers  exemples  cités  par 
nous  à  propos  de  la  situation  de  la  femme  ^  l'époque 
secondaire ,  il  est  sans  cesse  question  de  la  dot ,  c'est- 
à-dire  du  nadanna. 

Nous  avons  dit  que,  comme  autrefois  le  seriktu, 
le  nadannu  était  livré  au  mari  avec  la  femme. 

Un  très  bon  exemple  s'en  trouve  dans  le  n°  i  1 5 
de  Liverpool  daté  de  Nériglissar  et  portant  : 

«  Marduk-sar-uzur  donne  [itdin)  5  mines  d'ar- 
gent, plus  tant  d'esclaves  et  de  bêtes  de  somme,  avec 
[itti)  la  femme  Suma-ibrisa,  sa  fille,  comme  dot 
[ana  nadunnie)  à  Nebokanzir,  fils  de  Bel  balit.  Nebo- 
kanzir  reçoit  sa  dot  [nadiimma)  des  mains  de  Mar- 
duk-sar-uzur. » 

Je  pourrais  citer  un  grand  nombre  de  textes  ana- 
logues. 

Parfois  c'est  le  frère  qui  remplace  le  père. 

Il  en  est  ainsi  dans  le  n°  2  58  de  Nabonid  et  dans  le 
n^'jg  de  la  collection  de  Liverpool.  Dans  ce  derrjîer, 
Musallim  Marduk ,  fils  de  Nebosumaiskun ,  donne  une 


LA   FEMME   DANS   L'ANTIQUITE.  85 

propriété  foncière  en  dot  [nadunnaa)  de  la  femme 
Habaranatam,  fille  de  Nebosuma-iskun.  Mussalim 
Marduk  donne  cela  dans  la  satisfaction  de  son  cœm^ 
avec  la  femme  Habaranatum,  sa  sœm%  à  un  fils  de 
Marduk  Nazir  dont  le  nom  est  elTacé.  Dans  le  n°  990 
de  Nabonid  ce  sont  encore  les  frères  qui  dotent  leur 
sœur. 

Nous  avons  aussi  parlé  de  femmes  contribuant 
à  doter  leurs  filles  ou  leurs  petites  filles  :  les  n""  363 
et  368  de  Nabuchodonosor  en  fournissent  de  bons 
exemples. 

Parfois  la  dot  [nadunmi)  n  est  pas  payée  en  entier; 
il  y  a  un  reliquat.  Dans  le  n°  i3o  de  Cyinis,  la  dot 
est  en  partie  en  nature  d'immeubles ,  en  partie  dans 
la  caisse  du  père.  Le  n"  9*7  de  lâverpool  (ou  3/i8 
du  nouveau  numérotage)  renferme  aussi  un  reçu 
relatif  au  reliquat  de  la  dot  de  la  femme  Sukaitum. 
Il  en  est  de  même  du  n"  1821  du  Louvre,  égale- 
ment relatif  à  un  reliquat  de  dot. 

Parfois  il  ny  a  eu  quune  dictio  dotis.  Le  n"  2  1  4  de 
Cambyse  porte  ainsi  :  «  Sur  ce  que  Itti-marduk-baladu 
en  dot  [ana  nadunnie),  avec  sa  fille  Tasmitum,  à  Itti- 
nebo-baladu  avait  dit  [iqbuu),  tout  largent,  à  savoir 
10  mines,  5  esclaves,  un  mobilier  de  maison,  Itti 
nebo-baladu  n'a  pas  reçu  d'itti-marduk-baladu.  « 
Les  n°'  2  1 5 ,  2  1 6  et  2  1  y  sont  relatifs  au  règlement  de 
cette  aflaire. 

Il  est  aussi  question  d'une  dot  en  paroles  dans 
le  n°  i54  de  Liverpool  déjà  visé  plus  haut,  relatif 
il  une  garantie  donnée  pour  une  dot,  et  on  y  lit  : 


80  JANVIER-FÉVRIER    1900. 

(tZiria,  fils  de  Neboibni,  à  Iddina  Mardiik,  fils  de 
Bazaa,  a  dit  à  savoir  :  7  mines  d'argent,  3  esclaves 
et  la  jouissance  d'une  maison,  sans  compter  3  mines 
d'argent  qui  en  paroles  [ina  (jabba),  avec  la  femme 
Ina  Esiggai  ramat,  ma  fille,  en  dot  {nudanna)^  si  je 
te  remets,  les  créanciers  gagistes,  qui  se  sont  précipi- 
tés sur  Bazaa ,  ton  père ,  feront  être  cela  en  compte.  » 
Iddina  Marduk  répondit  qu'en  représentation  (feanm) 
de  la  dot  [nudnnnie]  en  question,  il  engage  [iknuuk] 
tels  ou  tels  biens  meubles  et  immeubles  et  qu'il 
confie  ces  choses  par  devant  la  femme  Esaggil 
ramat,  sa  femme. 

C'est,  on  le  voit,  l'équivalent  de  l'ancien  tirhata. 

Le  procès  de  Bunanitum ,  publié  d'abord  par  Pin- 
ches,  et  dont  j'ai  donné  une  traduction  rectifiée 
dans  mes  obligations, p.  358,  est  très  intéressant  à 
consulter  sur  l'emploi  des  fonds  dotaux.  J'y  reviens, 
bien  qu'y  ayant  déjà  fait  plus  haut  allusion.  Voici  la 
requête  de  Bunanitum  fille  d'Harizaia,  qui  parle 
ainsi  aux  juges  de  Nabonid,  roi  de  Babylone  : 

«  Binaddu  Natanu  m'a  prise  pour  femme  et  a  reçu 
ma  dot  [niidunna)  de  trois  mines  et  demie  d'argent.  11 
m'a  fait  engendrer  une  fille.  Moi  et  mon  mari  Bi- 
naddu Nataim  nous  fîmes  vente  et  achat  sur  l'ar- 
gent de  ma  dot  et  nous  achetâmes  l'un  et  l'autre,  en 
l'an  4  de  Nabonid ,  huit  perches  d'une  maison  bâtie 
sur  le  territoire  d'Ahougalla  dans  Borsippa,  pour  neuf 
mines  et  demie  d'argent,  que  nous  avons  eues  à  titre 
de  prêt  de  Tddina  Marduk,  fils  de  Bazai,  de  la  race 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITE.  87 

de  Nursin,  et  que  nous  donnâmes  sur  le  prix  de 
cette  maison.  Gomme  je  réclamais  sur  ma  dot  à 
Binaddu  Natanu,  mon  mari,  Binaddu  Natanu,  dans 
la  satisfaction  de  son  cœur,  fit  un  acte  scellé  sur  les 
huit  perches  formant  cette  propriété  qui  est  dans 
Borsippa  et  il  me  les  confia  pour  les  jours  futurs. 
Dans  mon  contrat  il  s'exprima  ainsi  :  Deux  mines  et 
demie  d'argent  que  Binaddu  Natanu  et  Bunanitum 
de  la  face  de  Iddina  Marduk  avaient  empruntées  et 
en  prix  de  cette  maison  avaient  données  ensemble , 
ils  les  payeront.  Il  scella  cette  tablette  et  y  écrivit 
ladjuration  des  grands  dieux.  Dans  Tannée  5  de 
Nabonid,  roi  deBabyione,  moi  et  Binaddu  Natanu, 
mon  mari,  nous  prîmes  Bînaddu-amara  à  Tétat  de 
fils,  nous  écrivîmes  la  tablette  de  son  adoption  et 
nous  assignâmes  deux  mines  dix  sekels  d  argent  et  la 
possession  d'une  maison,  en  dot  à  la  femme 
Nupta,  ma  fille.  Le  destin  emporta  mon  mari,  et 
par  la  suite  Akabi-ilu,  fils  de  mon  beau-père,  fit  des 
revendications  sur  la  maison  et  tout  ce  qui  était 
garanti  par  son  sceau  et  confié  à  moi ,  et  sur  Nebo- 
nurilani  que  nous  avons  acquis  pour  argent  de 
Nebo-ahi-iddin. 

«  En  votre  présence  j'ai  apporté  cela.  Faites  être 
son  jugement.  » 

Le  procès-verbal  du  jugement  est  ainsi  conçu  : 

«  Les  juges  écoutèrent  leurs  paroles.  Ils  se  firent 
lire  les  tablettes  et  les  obligations  que  la  femme  Bu- 
nanitum apportait  en  leur  présence;  et  ils  ne  mirent 


88  JANVIER-FKVRIER    1906. 

pas  en  possession  Akabi-îiu  sur  ia  maison  de  Bor- 
sippa  qui  avait  été  confiée,  pour  représenter  sa  dot,  à 
la  femme  Bunanitum  et  à  Binaddu-amara  d'après 
leurs  contrats. 

«En  conséquence  Iddina  Marduk  comparut  et 
reçut  deux  mines  et  demie,  son  argent  donné 
pour  prix  de  cette  maison ,  et  ensuite  Bunanitum 
reçut  trois  mines  et  demie  de  sa  dot  et  la  moitié 
quelle  possédait  sur  Nebo-nurilani.  Nupta  reçut 
aussi  selon  le  contrat  de  son  père.  » 

Nous  n'énumérerons  pas  ici  la  multitude  de 
documents  que  nous  avons  recueillis  sur  la  dot  ^ 
toujours  .traduite  par  le  mot  nudunnu,  Quil  me  suf- 
fise de  signaler  encore  :  le  n°  i65  de Nabonid relatif 
à  la  reprise  de  la  dot  sur  le  père  du  mari;  le  n**  3 69 
(le  Nabuchodonosor  sur  une  autre  dot  reprise  et 
transmise;  le  n"  i83  de  Cyrus  contenant  une 
demande  en  mariage  qui  n  est  pas  faite  par  le  père 
du  fiancé,  comme  celle  que  nous  avons  reproduite 
précédemment,  mais  par  le  futur  mari  lui-même. 
Celui-ci ,  après  le  consentement  du  père  de  la  jeune 
fille  et  la  fixation  de  la  dot,  s  engage  à  payer  six 
mines  d'argent  le  jour  où  il  abandonnerait  sa  femme 
ot  en  prendrait  une  autre.  La  répudiation  ici  prévue 
se  trouve  effectuée  dans  d'autres  actes  de  la  même 
période.  Je  citerai  aussi  les  n"  359-860,  datés  de 
Tan  lio  de  Nabuchodonosor  et  constatant  d'ailleurs 

*  LiVERp,  i5,  55,  42,  ^,  98,  162,  160;  N«ibonid,  70,  3 '18, 
387;  Nabuchodonosor,  869 ,  2^i5;  Cyrus,  l'n  ,  129.  i3o,  etc. 


LA   FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  89 

l'absence  d enfants  nés  de  1  union,  depuis  le  mariage 
qui  avait  eu  Heu  en  Tan  28;  enfin  ie  n**  1 13  deNa- 
bonid  relatif  au  contraire  à  un  mariage  qui  n'avait 
pas  été  stérile. 

Cette  tablette  est  rédigée  en  présence  d  un  magis- 
trat de  Tétat  civil,  le  scribe  de  la  ville  de  Shippara. 

La  vie  commune  va  cesser  entre  le  mari ,  d  une 
part,  et,  dune  autre  part,  sa  femme  et  son  fils.  Il  est 
convenu  que  le  mari  payera  désormais  à  titre  de 
pension  alimentaire ,  tant  à  sa  femme  qu  à  Tenfant 
qu'elle  gardera  avec  elle,  par  jour,  quatre  mesures 
qa  de  céréales ,  trois  mesures  ka  de  boisson  ;  par  an , 
un  epha  d'huile,  un  eplia  de  douceurs  (probable- 
ment de  miel  ou  de  confitures),  et  en  outre  quinze 
mines  pesant  (c'est-à-dire  environ  i5  livres)  de 
laine  pour  fabriquer  leurs  vêtements.  Désormais  l'au- 
torité soit  maritale,  soit  paternelle  lui  est  enlevée: 
a  il  n'ordonnera  plus  »  ni  itsibie ,  il  ne  pourra  plus 
effectuer  aucun  prélèvement,  c'est-à-dire  qu'il  ne 
pourra  plus  rien  enlever  ni  à  la  femme  ni  à  l'enfant 
de  ce  qui  sera  leur  pécide.  Ce  n'est  pas  un  divorce; 
car  il  n'y  aurait  pas  besoin  de  dire  qu'il  n'aurait  plus 
le  pouvoir  d'ordonner  à  qui  ne  serait  plus  sa  femme. 
C'est  la  séparation  de  corps,  motivée  certainement 
parles  fautes  du  mari,  sans  doute  par  sa  brutalité; 
cardans  ce  cas,  il  est  naturel  que  la  garde  de  l'en- 
fant soit  donnée  à  la  femme,  comme  on  le  fait 
encore  chez  nous  dans  de  semblables  circonstances  ; 
mais  l'union  conjugale  subsiste. 

H  ne  paraît  pas  en  avoir  été  de  même  dans  le 


90  JANVIER-FEVRIER   lOOft. 

n"  'iyS  de  Gambyse.  I^  femme,  épouse  de  Belbalit, 
scribe  de  Samas ,  qui  lui  envoya  le  dappu ,  assistée 
de  ses  trois  fds,  s'adresse  alors  à  son  mari  Belbalit, 
pour  fixer  ses  obligations  personnelles  à  dle-même, 
à  partir  de  ce  jour. 

Qu'était  d'abord  le  dappii  qu'elle  avait  reçu  de  son 
mari? 

Le  mot  dappa  a  des  acceptions  très  larges.  D'une 
façon  générale,  il  désigne  un  acte  authentique;  par 
exemple,  dans  l'article  i  yy  du  code  d'Hammourabi, 
l'arrêt  d'un  juge;  dans  l'artide  171,  l'arrêt  du  père 
dérogeant  à  l'hérédité  légale  en  faveur  de  son  épouse; 
dans  les  articles  1  78  et  179,  l'arrêt  du  père  permet- 
tant à  sa  fille  de  léguer,  contrairement  à  la  loi,  ce 
qu'elle  détient,  à  qui  elle  voudra  ;  dans  l'article  1 5 1 , 
l'acte  authentique  par  lequel  le  mari,  avant  le  ma- 
riage, protège  sa  femme  contre  les  créanciers  qu'il 
peut  avoir;  dans  les  articles  87  et  48,  le  titre  qui 
doit  être  brisé  ou  qui  ne  recevra  pas  ses  effets.  Dap- 
pu  a  donc  une  valeur  authentique  plus  accusée  que 
rikistu  (de  la  racine  hébraïque  rakas  «  lier  »)  signifiant 
une  obligation  ^  11  ne  se  confond  pas,  non  plus,  avec 
knnnuka^  venant  de  la  racine  hanaku  «  sceller  »^  dont 


'  Voir  les  articles  7,  47,  6a,  132,  iâ3,  ia8,  96^  du  code 
d'Hammourabi.  Conf,  Liverp,  38,  7;  61,  12;  95,  17;  98,  89  et 
•j  9  ;  Darius ,  1 65 ,  Cyrus  ,293,  etc. 

*  Voir  les  articles  5, 150,179, 182,183  du  code  d^Hammourabi. 
Conf.  LiYERP,  8,  20;  18,  3i;  29,  28;  6a,  39;  67,  4o;  69,  28; 
71,  39;  i36,  26;  et  pour  la  locution  kima  hanakisu  «seloQ  son 
contrat» ,  Livkrp,  87 ,  /|6 ;  175,  43. 

^  LiYKRP,  i5,  7;  42,  2i;  A2,  12;  87,  7;  55,   8;  61,    12;  98, 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  01 

on  retrouve  un  autre  dérivé  dans  hanihi  «  consigna- 
tion d'argent  ».  Kunnaha  est  proprement  un  scelle- 
ment un  document  scellé.  Il  peut  s'identifier  soit  avec 
un  rikistvL ,  une  obligation  ordinaire  ^  soit  avec  duppa, 
même  dans  le  sens  d'arrêt  du  juge^  ou  du  paterfa- 
milias^,  magistrat  dans  sa  famille. 

H  me  semble  certain  que  l'acte  authentique,  le 
duppUy  délivré  par  le  mari  à  sa  femme  et  qui  est 
l'occasion  du  document  actuel,  n'est  autre  que  le 
repadiwn. 

Continuons  l'étude  de  notre  tablette. 

La  femme  de  Belbalit ,  s'adressant  à  son  mari ,  le 
scribe  de  Shippara,  a  la  suite  de  ce  dappa,  lui  dit 
donc  :  «  Je  n'entrerai  pas  avec  mes  fils  dans  la  de- 
meure des  hommes.  J'habite  avec  mes  fils.  .  .  Ils 
grandiront...  jusqu'à  ce  qu'ils  demeurent  avec  les 
hommes.  »  Ensuite  il  est  dit  que  le  jour  où  cette 
femme  irait  dans  la  maison  des  hommes  pour  y 
entrer,  selon  l'écrit  de  l'acte  qui  est  à  la  face  de 
Belbalit,  scribe  de  Shippara,  elle  lui  remettrait  ses 
trois  enfants. 

Ceci  est  une  application  —  déjà  un  peu  lointaine 
—  du  code  d'Hammourabi. 

L'article  1 3  7  portait  :  «  Si  un  homme  se  dispose 
à  renvoyer  soit  une  concubine ,  qui  lui  a  donné  des 

2  et  17;  iSa,  16;  iS^,  i5;  i54;  1^;  157,  3.  Nabiichorlonosor, 
iibzyik,  etc. 

'  Art,  179.  182  .  i83. 

-  Art.  5  du  code. 

^  Art.  i5o  et  66. 


92  JANVIER-FEVRIER    1906. 

enfants,  soit  une  épouse  que  a  produit  des  fils,  il 
rendra  son  serihiu  à  cette  femme  et  lui  donnera  l'usu- 
fruit de  champ,  verger,  ou  autre  bien.  Elle  élèvera 
ses  fils.  Après  qu'elle  aura  élevé  ses  fils,  une  pai't 
lui  sera  donnée,  comme  à  un  fils,  de  toutes  les 
choses  qui  seront  k  ses  enfants,  et  elle  épousera 
répoux  de  son  choix.  » 

L'article  i38  ajoute  que,  s'il  s'agit  d'une  femme 
qui  n'a  pas  donné  d'enfant  a  son  mari ,  celui-ci  lui 
laissera  tout  l'argent  du  tirhata  ou  don  nuptial  offert 
par  lui ,  ainsi  que  le  serikin  ou  la  dot  qu'il  a  reçue 
de  la  maison  de  son  père ,  et  qu'il  pourra  ensuite  la 
renvoyer. 

Enfin ,  d'après  les  articles  i  Sg  et  i  /io ,  il  est  dit  que , 
s'il  n'y  avait  pas  de  tirhatu,  il  lui  payera  une  mine 
d'argent  pour  son  uzubba,  l'action  de  la  mettre 
dehors,  ou  le  repudiam,  quand  il  s'agit  delà  fille  d'un 
homme  libre  ;  et  seulement  un  tiers  de  mine ,  quand  il 
s'agit  de  la  fille  d'un  masenkak,  ce  que  M.  Koehler  a 
traduit  avec  raison  par  ministena/^,  c'est-à-dire,  d'après 
la  comparaison  des  articles  8,  i5,  i6,i4o,  lyS, 
176,  177,  198,  201,  20A,  208,  211,216,  219, 
2  2  2  du  code ,  d'un  homme  employé  a  l'administra- 
tion, comme  les  affranchis  ou  les  esclaves  publics 
des  Romains. 

Le  maJ^nfcafc  jouissait,  a  ce  titre,  d'une  situation 
intermédiaire  fort  curieuse.  Il  en  résulte  : 

1*"  Une  aggravation  de  peine  par  rapport  à 
l'homme  libre  si  on  lui  vole  ou  on  lui  détourne  ses 
bestiaux,  sa  barque,  son  esclave. 


LA  FEMME   DANS  L'ANTIQUITÉ.  93 

2°  Un  abaissement ,  au  contraire ,  dans  1  amende  ou 
les  tarifs,  sH  s'agit,  soit  d'un  divorce  dont  il  prend  la 
responsabilité ,  soit  des  violences  exercées  contre  lui- 
même  ,  contre  sa  fille ,  etc. ,  soit  des  soins  à  payer  au 
médecin.  Il  se  trouve  pour  ce  dernier  article  classé  à 
côté  de  l'esclave.  Dans  certains  cas  spécifiés,  un  homme 
libre  paye  i  o  sicles,  un  masenkak  5  sicles,  xm  esclave 
2  sicles.  Dans  d'autres  cas  moins  graves,  l'homme 
libre  paye  5  sicles,  le  masenkak  3  sicles,  l'esclave 
d'un  homme  libre  2  sicles.  En  revanche  on  coupe 
les  mains  au  médecin  qui  n'a  pas  réussi,  s'il  s'agit 
d'un  homme  libre;  s'il  s'agit  de  l'esclave  d'un  masen- 
kak, le  médecin  rend  esclave  pour  esclave. 

Une  remarque  encore  :  les  articles  i-yS  et  176 
permettent  à  un  esclave  actor  ou  vicarias  de  masen- 
kak d'épouser  la  fille  d'un  homme  libre  aussi  bien 
qu'à  un  esclave  du  palais.  La  situation  était  donc 
analogue  et  elle  s'explique  fort  bien  quand  on  se  rap- 
pelle ce  que  nous  avons  développé  longuement  dans 
notre  ouvrage  sur  «  la  créance  et  le  droit  commercial 
dans  l'antiquité.  »  En  somme  il  nous  paraît  probable 
que  le  masenkak  éttiit  un  tarbana,  c'est-à-dire,  nous 
l'avons  développé  longuement  dans  un  autre  travail 
spécial,  un  affranchi.  Les  affranchis  chaldéens  qui, 
comme  ceux  de  Rome,  pouvaient  être  réclamés  par 
leur  ancien  maître  pour  cause  d'ingratitude ,  occu- 
paient, par  conséquent,  une  place  intermédiaire 
entre  les  hommes  libres  et  les  esclaves.  Mais ,  comme 
les  masenkak  étaient  des  affranchis  publics,  on  ga- 


94  JANVIER-FÉVRIER   1900. 

rantissait  d'une  façon  spéciale  les  biens  qu  ils  étaient 
chargés,  d  administrer . 

Quant  à  leurs  propres  esclaves ,  associés  par  eux  à 
ladministration ,  ils  avaient  une  situation,  somme 
toute ,  bien  préférable  à  celle  des  esclaves  ordinaires. 

Mais  nous  voilà  bien  loin  de  la  question  du  di- 
vorce —  entraînés  que  nous  avons  été  par  i  article 
relatif  à  lamende  de  divorce  imposée  au  masenkak 
ou  à  sa  progéniture  mâle. 

Quant  aux  femmes,  bien  entendu,  elles  ne  pou- 
vaient envoyer  le  répudiant  h  leur  mari,  d'après  le 
code,  si  dur  pour  elles,  d'Hammourabi. 

La  législation  promulguée  par  lui  est ,  à  ce  point 
de  vue,  fort  curieuse. 

Voici  d'abord  les  articles  relatifs  au  désir  de  la 
femme  de  s'en  aller,'  qui  suivent  immédiatement 
ceux  relatifs  au  repadiamde  l'homme  que  nous  avons 
i^produits  plus  haut. 

Vrticle  ifn,  La  femme  demeurant  dans  la  mai- 
son d'un  homme  qui  dispose  sa  face  pour  sortir, 
produit  division,  ruine  la  maison,  laisse  son  maii, 
sera  citée  en  justice.  Si  le  mari  dit  :  «  Je  la  fais  sortir  » , 
il  lui  laissera  le  chemin  libre  et  ne  lui  donpera  rien 
pour  prix  de  son  renvoi.  Si  le  mari  dit  :  «  Je  ne  la  ren- 
voie pas  » ,  il  pourra  épouser  une  autre  femme ,  et  la 
première  restera  comme  servante  dans  la  maison  de 
son  mari. 

Article  i  /12.  Si  une  femme  hait  son  mari  et  dît  : 
«  Tu  ne  me  posséderas  pas  » ,  on  examine  son  affaire; 


LA  FEMME  DANS   LANTIQUITE.  95 

si  elle  est  ménagère,  sans  faute,  et  que  son  mari  sorte 
et  la  laisse,  cette  femme  nest  pas  coupable.  Elle 
prendra  son  ierihtu.  et  s  en  ira  dans  la  maison  de  son 
père. 

Article  i43.  Si  elle  n'est  pas  ménagère,  mais 
coureuse,  ruine  sa  maison  et  néglige  son  mari  on  la 
jettera  à  1  eau. 

Ainsi  le  divorce  qui  est  laissé  à  la  pleine  disposi- 
tion de  rhomme ,  sans  qu'il  soit  besoin  d'alléguer  au- 
cun motif,  n'est,  au  contraire,  point  licite  dans  ces 
conditions  pour  la  femme.  Le  juge  seul  peut  le  pro- 
noncer pour  les  fautes  graves  du  mari.  Mais  cette 
instance  est  bien  dangereuse ,  puisque ,  si  la  femme 
ne  réussit  pas  dans  son  procès,  elle  est,  ou  bien  ré- 
duite à  l'esclavage  dans  la  maison  même  de  son 
époux  remarié,  ou  bien  punie  de  mort,  alors  même 
qu'elle  n'est  point  du  tout  accusée  d'adultère. 

Il  va  sans  dire,  que  la  femme  qui  a  trompé  son 
mari  est  punie  de  mort ,  comme  d'ailleurs  son  com- 
plice, sauf  le  bon  plaisir  du  mari  pour  la  femme  et  du 
roi  pour  l'homme  (art.  129).  Le  fait  seul  d'avoir  été 
montrée  au  doigt  à  propos  d'un  autre  homme  est 
puni  pour  elle  seule,  tandis  qu'on  condamne  sévè- 
rement, nous  l'avons  vu,  celui  qui  a  montré  au 
doigt  une  prêtresse.  Cependant,  si  la  femme  inno- 
cente prête  serment ,  elle  peut  retourner  chez  elle 
(art.  i3i  et  i32). 

Les  articles  suivants  concernent  un  cas  dont  il 
fut  souvent  question  plus  tard  dans  le  jus  gentiam 


96  JANVIER-FEVRIER    1906. 

grec  ou  romain ,  celle  de  la  captivité  des  ingénues 
et  du  post  liminianit  avec  ses  effets  légaux. 

Art.  i33.  Si  un  homme  a  été  lait  captif  et  s'il 
y  a  de  quoi  manger  chez  lui ,  et  que  la  femme  sorte 
de  sa  maison  pour  entrer  dans  une  autre  maison  — 
parce  que  cette  femme  n  a  pas  gardé  son  corps  et 
est  entrée  dans  une  autre  maison  —  on  la  jettera  à 
feau. 

Art.  1 34.  Si  alors  il  ny  a  pas  de  quoi  manger  et 
qu  elle  sorte,  il  n  y  a  pas  de  faute. 

Art.  i35.  Si  dans  ce  dernier  cas  elle  a  enfanté 
des  enfants  dans  une  autre  maison,  et  si  le  mari 
revient  à  sa  ville,  la  femme  retournera  vers  son 
mari  et  les  enfants  suivront  le  père. 

Art.  i36.  Si  un  homme  a  abandonné  sa  ville  et 
s  est  enfui ,  et  si  sa  femme  est  entrée  dans  une  autre 
maison ,  sa  femme  ne  le  reprendra  pas  s'il  revient , 
el  restera  où  elle  est. 

Au  fond,  de  la  volonté  propre  de  la  femme  il 
n'est  nullement  question  dans  tout  ceci.  La  femme 
est  une  sorte  d'esclave  qu  on  peut  revendiquer  ou 
non. 

D'ailleurs,  on  ne  suppose  pas  plus  chez  elle  de 
sentiments  affectueux  cpie  de  volonté  agissante. 
A-t-elle  faim  ou  non  ?  Est-elle  délaissée  ou  violen- 
tée pai'  son  mari ,  alors  cpi'elle  est  pleinement  inno- 
cente et  dévouée  à  ses  devoirs  ?  tout  est  là.  Si  Ton 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITE.  97 

répond  dans  ces  deux  cas  par  rafiirmalive ,  on  Tex- 
cuse.  Dans  le  cas  contraire,  on  s'en  débarasse  de  la 
façon  la  plus  brutale. 

PourThomme,  on  est,  au  contraire,  plein  dm- 
dulgence.  Si  un  homme  a  connu  sa  fille ,  on  se  bornera 
aie  chasser  de  la  ville  (art.  1 54);  s'il  a  connu  la 
fiancée  de  son  fils ,  il  lui  donnera  une  demie  mine 
d'argent  et  tout  ce  qu'elle  a  apporté  de  la  maison  de 
son  père,  et  elle  pourra  épouser  qui  elle  voudra 
(art.  i56).  De  l'adidtère  dans  la  maison  conjugale, 
adultère  puni  de  mort  s'il  s'agit  d'une  femme ,  il  ne 
peut  être  question  pour  lui. 

Sa  femme  n'est  d'ailleurs  là  que  pour  avoir  des 
enfants  et  remplir  ses  devoirs  conjugaux.  Si  elle  est 
malade,  et  que  le  mari  veuille  en  épouser  une  autre , 
il  le  peut  ;  mais  il  ne  renverra  pas  sa  femme.  Elle 
restera  chez  lui  et  sera  nourrie  pendant  sa  vie 
(art  i48). 

Si  cependant  elle  veut  s'en  aller  dans  ces  condi- 
tions, on  lui  rendra  son  serïktu  (art.  lAg). 

Si  la  femme,  bien  portante,  n'a  pas  d'enfant,  et  si 
son  mari  veut  prendre  dans  sa  maison  une  concu- 
bine, il  le  peut  (art  i/i5). 

Si ,  pour  éviter  ce  résultat ,  la  femme  a  choisi  elle- 
même  une  servante  qu'elle  a  donnée  à  son  mari  pour 
en  avoir  des  enfants ,  comme  Sara  fit  pour  Abraham , 
ilne  pourra  pas  prendre  de  concubine.  Mais  si 
cette  servante ,  devenue  mère ,  rivah'se  avec  sa  maî- 
vn,  7 


XATtOXiLJI. 


98  JANVIEH-FEVRIER   1900. 

tresse,  on  la  marquera  et  on  la  comptera  parmi  les 
servantes ,  sans  pouvoir  pomtant  la  vendre  (art.  1 4  4 
et  1 46).  Si  cette  Agar  na  pas  d'enfant,  sa  maîtresse 
pouiTa  la  vendre  pour  argent  (art.  i  47). 

Nous  avons  déjà  dit  plus  haut  que  la  concubine, 
sagetim  (mot  qui  se  retrouve  dans  le  chaldaïque  de 
Daniel  sous  la  forme  sugela  ou  sugelet  et  qu  on  a 
alors  traduit  par  nxor),  était  assimilée  à  Tépouse 
[assata)  en  ce  qui  concernait  le  repadium,  si  Tune 
ou  lautre  était  mère  (art  iSy).  Il  en  est  sembla- 
blement  ou  à  peu  près  pour  la  fille  de  la  sage^- 
tim.  ou  la  fille  de  Tépouse.  L'ime  et  l'autre  doivent 
recevoir  un  ierikia  du  père  ou,  à  son  défaut,  des 
frères,  seriktu  (ormant  son  unique  part  dans  fhéri- 
dite  paternelle  (art.  i83-i84). 

Quant  aux  enfants  de  la  servante ,  ils  peuvent  de- 
venir héritiers,  même  quand  cette  servante  n'a  pas 
été  donnée  au  mari  par  sa  femme  dans  le  but  de  la 
remplacer.  L'article  170  décide,  en  effet,  que,  si  à 
quelqu'un ,  son  épouse  a  donné  des  enfants  et  aussi 
sa  servante,  et  si  le  père,  de  son  vivant,  a  dit  à  ces 
derniers  :  «  Vous  êtes  mes  enfants  »  et  les  a  comptés 
avec  ceux  de  l'épouse ,  ils  partageront  par  égale  part 
avec  eux;  s'il  n'a  pas  fait  cette  déclaration ,  les  enfants 
de  l'esclave  ne  partageront  pas,  mais  ne  pourront 
être  vendus. 

Ceci  rentrait  dans  la  puissance  du  pater  famitiu  ^ 
pouvant,  aussi  de  son  vivant,  donner  un  bien  à  sa 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  M 

femme,  à  sa  fiUe  ou  à  son  fils,  donation  qui,  pour  ce 
dernier,  n'empêche  pas  son  droit  de  partager  à  égales 
parts  avec  ses  frères,  dans  ce  qui  reste  de  Thérédité. 
Mais  ceci  prouve  aussi  que  l'union  charnelle  de 
l'homnie  marié  avec  sa  servante,  non  désignée  par 
sa  femme ,  était  licite  et  n'était  point  comprise  dans 
les  interdictions  relatives ,  en  certains  cas ,  à  la  con- 
cubine et  dont  nous  avons  parié  déjà. 

La  pauvre  épouse  était  donc  obligée  à  supporter 
bien  des  choses.  Elle  avait  beaucoup  de  devoirs  et  peu 
de  droits;  un  des  derniers  privilèges  quon  lui  laisse 
c'est  de  se  faire  garantir,  avant  le  mariage,  contre 
les  créanciers  du  mari  et  d'éviter  ainsi  d'être  livrée 
à  l'état  d'esclave  ou  de  nexa [sirt.  i5i).  Il  est  vrai 
que  si  elle  n'avait  pas  pris  cette  précaution ,  son  es- 
clavage temporaire  cessait,  comme  pour  tous  les 
ingénus,  au  bout  de  quatre  ans  :  ce  qui  a  fourni  plus 
tard  à  Moïse  l'idée  du  jubilé  septennal ,  et  à  Amasis 
celui  du  cens  quinquennal  et  de  ses  effets,  également 
rdktifs  à  la  libération  des  nexi. 

L'article  la-j  spécifie,  en  effet,  pour  le  père,  le 
droit  de  livrer  sa  femme,  son  fils  ou  sa  fille  pour 
une  dette  —  sujétion  dont  ils  sont  affranchis  la 
quatrième  année. 

Quant  à  l'esclave  qui  a  donné  des  enfants  au 
maître,  celui^i  est  obligé  de  la  racheter,  tandis 
que  les  esclaves  ordinaires  sont  aliénés  pour  toujours. 
Notons  que  l'usage  de  vendre  pour  un  temps,  en 
garantie  d'une  dette,  son  fils  ou  sa  fille,  a  subsisté 
à  Babylone  jusqu'à  l'époque  classique. 


100  JANVIER. FEVRIER   1906. 

Le  n°  70  de  Nabuchodonosor  concerne  ainsi  un 
fds  vendu  par  ses  parents  pour  prix  compensé. 

Le  contrat  1812  du  Louvre  est  un  acte  de  gage 
conçu  d'après  le  même  principe  : 

«  5  sekels  touchés  en  argent,  capital  de  Nebokinziru, 
fils  de  Nebokinabal ,  sur  la  femme  Ziraa ,  fille  de  Be- 
lahierib.  La  femme  Riniut-nana,  fille  de  la  femme 
Ziraa,  a  été  prise  en  gage  de  Nebokinziru.  Possesseur 
autre  sur  cette  femme  ne  mettra  pas  la  main.  La 
femme  Rimut-nana  habitera  en  présence  de  Nebo- 
kinziru à  titre  desclave,  jusqu'à  ce  que  Nebokinziru 
ait  reçu  son  argent.  La  femme  Ziraa  donnera  par  jour 
5  sahia  h  la  femme  Rimut-nana.  Elle  rendra  l'argent 
à  Nebokinziru,  tel  mois  de  telle  année  de  Nériglissar. 
L'argent  produira  par  mine  1  2  sekels  à  sa  charge.  » 

Ce  fait  de  confier  une  jeune  fille  à  un  homme  à 
titre  de  gage  paraît  peut-être  un  peu  dangereux. 
Mais  la  femme,  son  honneur  et  ses  goûts  com^p- 
taient  pour  si  peu  de  chose  sous  l'empire  du  code 
d'Hammourabi  que  la  mère,  agissant  ainsi  sous 
Nériglissar,  paraît  seulement  un  peu  trop  conserva- 
trice de  vieilles  coutumes  qui  tendaient  de  plus  en 
plus  à  s'adoucir. 

Déjà,  à  l'égyptienne,  des  contrats  de  mariage  du 
temps  prévoyaient  pour  les  interdire  le  mépris  de  la 
femme  ou,  l'adjonction  d'une  nouvelle  épouse. 

R  se  passait  alors  ce  qui  se  passa  quand,  du 
temps  des  comiques  de  seconde  période,  l'épiclère 
d'Athènes  était  devenue  une  héritière. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  101 

Mais  avant  den  arriver  à  ce  retour  aux  vieux 
usages  il  faudra  de  longs  siècles. 

En  effet,  à  partir  d'Hammourabi  et  longtemps 
encore,  dans  les  dififérents  pays,  tous  les  législateurs 
se  plaisent  à  qui  mieux  mieux  à  abaisser  la  femme. 

[La  suite  au  prochain  cahier.) 


NOTICE  SUR  DADtSÔ'  QATRAYA.  103 

NOTICE 

SUR   LA   VIE   ET  LES  OEUVRES 
DE  DADÎSÔ'  QATRAY4, 

PAR 

M""  ADDAI  SCHER, 

ARCHRVROUË    CHALDBEN    DR    SlîlRT. 


I 

Kbec^ésus  de  Nisibe  dans  son  Catalofine  des  Écri- 
vains syriens  ^  s'exprime  ainsi  :  i^\-ju.Mw=3  .b^Ajc»^-^ 

«  Dadîsô*  l*habile ,  annota  le  Paradis  des  Moines 
Occidentaux,  et  expliqua  (le  livre  de)  Tabbé  Isaïo; 
il  écrivit  un  livre  sur  la  vie  monastique,  des  traités 
sur  la  sanctification  de  la  cellule,  et  des  discours 
pathétiques  dé  consolation^;  il  composa  aussi  des 
lettres  et  des  questions  sur  la  paix  du  corps  et  de 
l'esprit.  M 

*  Apud  AssKMANï ,B.O,,  t.  TU,  pari,  ï,  p.  98-99. 
2  Discours  funèbres. 


104  JANVIER-FÉVRIER   1906. 

Assemani,  après  avoir  reproduit  le  passage  d'Ebed- 
jésus,  ajoute  en  note  :  «Dadjesu,  Abrahami  disci- 
pulus  et  in  praefectura  Cœnobii  Izlensis  successor, 
cujus  vitam  Thomas  Margensis  in  Hist.  monast. 
part.  I,  cap.  4,  describit  bis  verbis.  •  .  [suit  le  pas- 
sage de  Thomas  de  Marga^  et  Assemani  poursuit:] 
In  Epitome  Canonum  Sobensis ,  part,  vn ,  cap.  4 , 
post  undecim  Abrahami,  cujus  supra  facta  estmen- 
tio,  Régulas,  referuntur  tredecim  ejusdem  Dadjesu 
Canones,  quospro  laudati  cœnobii  regimine  condi- 
dit.  Titulus  :  i^S.2oaSk.=3^  .^^ojt»':v^  >\20':v  i^'oxn 
.•^jcn'vrDr^  ^-x-so-^  cnnVura  -^xjotv  :  i^raS  Canones 
Mar  Dadjesu  Abbatis  Cœnobii  Magni,  qaiMar  Abra- 
hamo  successit.  » 

Assemani,  ici,  comme  en  d'autres  endroits,  iden- 
tifie deux  écrivains  syriaques  du  même  nom  ^. 

Dadî§ô* ,  successeur  d'Abraham  dans  la  direction 
du  monastère  d'Izla ,  était  originaire  du  Bêth  Ara- 
mayê  ^  et  vivait  à  la  fin  du  vf  siècle  ;  il  devînt  supé- 
rieur du  grand  Couvent  en  Tan  899  des  Grecs  (588)*, 

^  Dans  BuDGE ,  The  Book  of  Governors  ^  t.  II ,  p.  4  a  et  suiv.  (  ch.  v  ). 

^  J*ai  déjà  redressé  cette  erreur  et  d*autres  dans  mon  ouvrage 
chaldéen  intitulé  :  Jardin  des  Ecrivains,  qui  est  sous  presse;  et  dans 
mon  opuscule  arabe  sur  l'Ecole  de  Nisibe  [Beyrouth,  igoS). 

^  Le  Livre  de  la  Chasteté,  n"  38.  Babai  le  Grand,  dans  la  vie  de 
Guiwarguis  martyr  (édition  Bedjan,  p.  424),  dit  que  ce  DadSSô' 
était  de  ia  contrée  de  Bétli  Darayê.  Mais  le  Béth  Darayé  était  une 
partie  du  pays  de  Béth  Aramayé. 

^  Date  fournie  par  le  livre  d'Ébedjésus  de  Nisibe  intitulé  :  Règles 
des  jugements  ecclésiastiques  (cf.  Labourt,  Le  Christianisme  dans 
l'empire  Perse,  p.  817  ).  D'après  le  même  livre  où  on  lit  :  8*  année  de 
llormizd,  la  date  coïnciderait  avec  le  8  janvier  58fi. 


NOTICE   SUR  DADlàÔ*  QATRAYA.  105 

Cette  même  année ,  au  mois  de  janvier,  il  composa 
les  canons  monastiques,  dont  parle  Assémani^  Il 
mourut  en  60 4*.  Sa  vie  a  été  écrite  par  son  suc- 
cesseur, Babai  le  Grand  ^.  Thomas  de  Marga^  et 
Isô^dnah  de  Bassorah^  nous  ont  transmis  une 
notice  sur  cet  auteur. 

Dadîsô*  Qatraya,  dont  les  ouvrages  sont  men- 
tionnés par  Ébedjésus  de  Nisibe ,  dans  le  passage  que 
nous  avons  cité,  vivait  environ  un  siècle  après 
Dadî§ô*  d'Izla.  Quelques  passages  de  son  Commentaire 
sur  le  livre  de  labbé  Isaïe  de  Scété,  ne  laissent 
aucun  doute  à  ce  sujet. 

1  °  Dans  le  Traité  XV,  chap.  v,  Dadîsô'  Qatraya  cite 
Barhadbsabba*Arbaya®,qui  vivait  au  commencement 

*  Ces  canons ,  avec  ceux  de  son  prédécesseur  Abraham ,  ont  été 
publiés  avec  une  traduction  latine  par  M.  Tabbé  Chabot  :  Regulae 
monasticae  ah  Abrahamo  et  Dadjesn  conditae, Rome ,  1 898. 

^  Date  fournie  par  une  compilation  historique  anonyme  (voir 
A.  ScHER ,  Catal.  des  manuscrits  etc, ,  conservés  dans  la  bibliothèque 
épiscopale  de  Séert ,  cod.  127].  Il  y  est  dit  que  Babai  le  Grand, 
successeur  de  DadiSô',  mourut  la  38'  année  du  roi  Chosroès  (  II  ) , 
après  avoir  dirigé  le  couvent  d*Izla  24  ans. 

^  P.  Bedjan,  Histoire  de  Mar  Jabalaha  etc.,  2*  éd.,  p.  424-/126. 

*  Hist,  Monast.,  liber  I,  cap.  5. 

*  Livre  de  la  Chasteté,  n°  38. 

^  Barhadbsabba  était  originaire  de  la  région  de  Bêth  'Arbayô , 
comme  Tindique  son  surnom  ;  il  était  disciple  de  Henana  d*Adia- 
bène ,  ainsi  qu*il  le  déclare  lui-même  dans  son  traité  sur  les  Écoles  ; 
il  a  été  consacré  ensuite  évéque  pour  Halwan ,  et  c'est  en  cette  qua- 
lité qu'il  assista  en  6o5  au  concile  de  Grégoire  (voir  ChabcT', 
Syndicon  Orient, ,  p.  479].  La  chronique  anonyme  publiée  par 
Guidi ,  mentionne  aussi  pendant  la  vacance  forcée  du  siège  patriar- 
cal de  Séleucie  (609-628),  Barhadbsabba  de  Halwan  comme  un 
écrivain  célèbre. 


106  JANVIER. FÉVRIER   1906. 

du  VII*  siècle.  «De  même,  dit-il,  BarhadbSabba,  le 
docteur,  dans  son  livre  des  Trésors,  dans  le  long  dis- 
cours qu'il  écrivit  sur  la  connaissance  de  Tâme,  après 
sa  sortie  (du  corps),  dit  beaucoup  de  choses  qu*îl 
prouve  par  des  témoignages  tirés  des  ss.  Livres  et 
des  Docteurs  de  l'Eglise .  .  .  i  i^*^  y*n^v^\^   A^ 

2"  Dans  le  Traite^  XIII,  le  même  Dadi§ô'  cite 
Babai  le  Grand  et  dit  :  «  Une  telle  multitude  d'hymnes 
et  d'antiennes  n'était  pas  en  usage  au  temps  des 
Pères  anciens  ;  il  est  prouvé  que  cet  usage  n'etistait 
pas  même  au  temps  de  nos  ss.  Pères  de  la  géné- 
ration précédente.  Ainsi  le  b.  Mar  Babai  le  Grand, 
supérieur  du  couvent  d'Ida,  qui  vivait  au  temps  du 
roi  Chosrau,  fils  d'Hormizd,  dans  le  livre  qu'il  com- 
posa pour  l'instruction  des  novices,  n'impose  pas  au 
frère  de  réciter  des  hymnes  dans  sa  cellule  dans  l'of- 
fice des  Gomplies.  »  i^Wio^.  Vordii^^  ^n  vÀm-rv 
i^V\m-.i.=3i^  »— soR   %   -1   \iam  i<lA  x^  ïni   no 


•Vvocn  ^2L«^  n^cn  Kf'K-^  *^nA^  ••t^je»*^\i3  ^obcat^ 
en   I    *n\-=3  i^ôcn-^  ô<n  :  t^-Av.^1^^  r^\jsn<\»\m^ 


NOTICE  SUR  DADtSÔ*  QATRAYA.  107 

Or  Babai  le  Grand ,  dont  parie  l'auteur  du  livre , 
fut  le  successeur  de  Dadl§ô*  dans  le  couvent  dl2^a^ 
qu'il  gouverna  depuis  la  mort  de  celui-ci ,  cVst-à 
dire  depuis  60 4  ,  jusqu'en  628^. 

3®  Dans  le  Traité  XV,  il  cite  encore  Babai  le 
scribe,  auteur  qui  vivait  au  vn*  siècle^.  «  L'heure  de 
la  mort  est  comme  la  vision  que  vit  au  moment 
de  sa  mort  un  des  vieillards  négligents,  que  men- 
tionne Mar  Babai  le  scribe ,  dans  son  livre  ^  :  Un  des 
Père»,  dit-il,  qui  était  un  peu  négligent,  vit  à  l'heuro 
de  sa  mort  les  démons  qui  s'emparaient  de  lui .  .  .  » 
r^SDjDo  ^sn  AM  t^vMn  t^ou»  ^t^\^  t^^oso  X^jco 

k"  Dans  le  même  Traité,  chap.  ix,  il  cite  aussi 
le  patriarche  iSô^yahb  III  d'Adiabène ,  qui  monta  sur 

*  Voir  Hist,  Monattica  de  Thomas  de  Marga,  lib.  I,  cap.  6,7, 
a8,  35;  Livre  de  la  Chasteté,  n"  Sg;  B.O.,  t.  III,  i"  partie,  p.  9/1  ; 
Cbaaot,  PÉeoU  de  Nisibe,  ton  Hiitoire,  etc. ,  p.  44 ,  45-d7. 

^  Voir  ci-dessus,  p.  106,  n.  2. 

^  Voir  ie  Livre  de  la  Chasteté,  n"  76,  et  la  compilation  historique 
anonyme  de  Séert. 

*  Le  titre  de  son  livre  était  :  De  distinctione  prteceptorum  (Ebkd 
JÉSUS  deNîsibë,  apud  Assemani,  B,0..  t.  lïï,  part,  i,  p.  188). 


108  JANVJER-FEVRIER  1906. 

le  trône  patriarcal  en  65o  et  mourut  en  660  ^  :  «  Voici , 
dit-il ,  queMar  Jsô  yahb  le  Catholicos ,  fils  de  Bastouh- 
mag ,  issu  d'une  famille  riche  et  illustre ,  homme  docte 
et  érudit,  porta  dès  sa  jeunesse  le  joug  du  mona- 
chisme.  Elu  patriarche,  pour  mettre  fin  à  la  lutte 
que  lui  livraient  les  envieux  2,  il  fut  obligé  de  prendre 
la  liberté  de  parler  de  ses  bonnes  œuvres,  de  se 
glorifier  devant  toute  la  foule  de  ces  deux  choses,  à 
savoir  :  du  sang  cjuHl  tirait  aux  frères ,  et  de  sa  foi 
orthodoxe  :  «  Deux  choses ,  disait-il  devant  tous ,  sont 
requises  de  celui  qui  est  élu  pour  gouverner  l'Église , 
c  est-à-dire  la  connaissance  parfaite  de  la  vérité  et  la 
pratique  de  la  vertu.  Or,  si  vous  voulez,  vous  pouvez 
vous  rendre  compte  de  1  étendue  de  mon  savoir,  par 
mon  livre  intitulé  :  Réfutation  des  opinioiw  (hérétiques); 
quant  au  témoignage  de  ma  conduite,  je  n'en  invoque- 
rai pas  d'autre  que  les  ventouses  par  lesquelles  je  tirais 
le  sang  des  frères ,  et  qu'on  peut  voir  encore  main- 
tenant dans  ma  ceUule  au  s.  couvent  de  Bêth-^Abê.  >» 

^  B.  0. ,  t.  in ,  part.  ï ,  p.  1 1 3  et  suiv. 

^  On  sait  qu'Isô*yahb  se  fit  élire  patriarche  par  ruse  (voir   Liher 
Tnrris,  *Amr  etSlîba;  textus,  éd.  Gismondi,  1896,  p.  56). 


NOTICE   SUR  DADÎSÔ*  QATRAYA.  109 

AjoJL^  i^jso^ira  .y^.yrxr%  cvA^  yy^\xy  \<nr:àyyL\^ 


..x^ 


A.ju^n..^^ô  ••  i^li^i^A  i^:=o-^  Vvscicn  .Yn  ^oxri'^v 


Tout  ce  que  nous  savons  de  la  vie  de  ce  Dadîsô^ 
Qatraya  nous  est  appris  par  un  passage  de  ses 
œuvres.  Il  était  originaire  du  Bêth  Qatar,  comme 
rindique  son  surnom.  11  embrassa  la  vie  monastique 
dans  le  couvent  de  Rabkennarê ,  ainsi  que  le  montre 
le  titre  de  son  ouvrage,  li  habita  également  dans  le 
couvent  de  R.  Sabôr  ^  et  dans  celui  des  Apôtres  : 

«  La  cause ,  dit-il  dans  l'introduction  du  traité  XIIl, 
qui  m'a  empêché  de  réaliser  votre  ordre  sublime, 
ô  moines  christophiles  et  mes  frères  en  N.-S. ,  Mar 
Zekaîsô^  et  Mar  lazîdost,  ce  n'est  pas,  à  Dieu  ne 
plaise!  la  négligence,  mais  mon  état  continu  d'infir- 

'  Peut-être  le  couvent  de  R.  Sabôr  et  celui  de  Rabkennarê  ne 
faisaient-ils  qu  un.  Les  deux  couvents  de  Rabkennarê  et  des  Apôtres 
paraissent  avoir  été  situés  dans  les  montagnes  du  Bétb  Houzayé; 
celui  de  R.  Sabôr  était  situé  aux  environs  de  la  ville  de  §oustar. 


110  JANVIER-FËVRIËR    1006. 

mité.  Quand  j'étais  au  s.  couvent  de  Kabkennaré , 
les  vénérables  et  charitables  moines,  Mar  Ahôb  et 
Mar  Âbkôi  m'ordonnèrent  de  leur  écrire  dans  un 
livre  l'explication  des  sens  contenus  dans  le  livre 
d'Isaïe  le  grand.  Par  obéissance  à  leurs  ordres,  j'ai 
expliqué  les  six  premiers  traités.  Ayant  été  ensuite 
gravement  malade,  je  n'ai  pu  expliquer  les  autres 
traités.  Étant  v  enu  chez  votre  révérence ,  au  s.  couvent 
des  BB.  Apôtres,  vous  m'avez  ordonné  d'accomplir 
ce  qui  avait  été  déjà  commencé.  Confondu  par  vos 
prières  amicales,  j'obéis  à  votre  ordre  sublime.  Et 
quand,  grâce  au  secours  de  vos  pures  prières,  j'eus 
encore  expliqué  sept  discours,  je  fus  empêché  pour 
la  deuxième  fois  d'accomplir  l'ouvrage,  à  cause  de  la 
maladie  et  d'autres  obstacles  qui  survinrent.  Main- 
tenant que  le  Seigneur  a  voulu  que  j'aie  un  peu  de 
répit,  je  me  propose  d'accomplir  avec  le  secours 
de  Notre-Seigneur  votre  commandement  avanta- 
geux. »  —  Dans  ce  même  traité  XIII,  il  dit  encore  : 
a  Et  même  quand  j'étais  (au  couvent  de  R.  Sabôr) ,  il 
se  trouvait  là  de  nombreux  frères ,  qui  accomplissaient 
les  règles ...» 

Aâ^  .i^cnHo^Q  rdrbi^a.rp'^  i^^\ijC731^  y^Vvo^cujso 
><;    y   t^  .n  ttfv  i?ao<\    \h   ta  «v^oos  9«\.^iC  *v  %  ^^ 


NOTICE   SUR  DADÎàÔ*  QATRAYA.  111 

^sp  yA  Vuxi^  %i<^wnv»>^,  i^mnoajs  ^^r^Vvt^-^ 

■V  \;r^73  ;Kli\.;ibii,a  cv>  ^.m  ^(vitÀ  é=30^  zn^vsot^o 

KÎjcKr^  1  >A  i^ôcnô  :»^j\.m  r^^^-rv  ^-rv  t^jccn 
^^^  '^  i^^iactA  ^CL-sOi^^^  V\  ^  n  \| Vk^  ?  A,  i>  \  n 
.  .  .•:*«ÔP^^  ciM^-sic^v^D  t^SVvom 
v^SaoOÀ.S3\  ViKiôs^  i^i£3\  ôcnca  «ssx^  aà  i^^cnci 
yi^JÂr<i  ^^mVx   ^^    Mm  V\-»v^  :  /no  ^  y.    ^-raS^ 

C'est  donc  dans  la  seconde  moitié  et  vers  la  fin 
du  vn*  siècle  qu  il  convient  de  placer  notre  auteur. 

Outre  les  données  précédentes  nous  pouvons  en- 
core ajouter  ceci:  d'après  un  passage  du  traité  XllI  de 
son  ouvrage,  il  aurait  vu  Rabban  Sabôr  /«sajy^   ajsl 


€r 


112  JANVIER-FEVRIER   1906. 

•7>'vmc3).  Et  dans  le  traité  XV,  chap.  ix ,  il  men- 
tionne Rabban  Khoudawi  et  Rabban  Sabôr  «  de 
sainte  mémoire  ».  (,^^oa-i\-^<i"^  t^'i*-vk^  »^^cn 

i<2l»^  rAsooiw).  Or,  KôMenab  de  Bassorah  nous 
apprend^  que  R.  Sabôr  était  contemporain  de 
R.  Khoudawi;  et  nous  savons  par  ailleurs  que  celui- 
ci  était  contemporain  du  patriarche  Georges  (66 1- 
68i)^,  et  mourut  sous  le  calife  Mo Wya  (662-680)^. 


II 

Le  seul  des  ouvrages  de  DadîSô^  Qatraya  qui  soit 
parvenu  jusqua  ce  jour  à  notre  connaissance  est  son 
Commentaire  sur  le  livre  de  TabbélsaiedeScété*.  Il 


^  Livre  de  la  Chasteté^  édit.  Bbdjan,  n°'  55,  79. 

*  Liber  Tarris,  ' Amr  et  Slîba ,  textus,  édit.  Gismoxdi,  p.  57. 
^  Compilation  historique  anT)nYme  de  Séert. 

*  [Isaîe  de  Scété  passe  pour  avoir  vécu  au  milieu  du  iv*  siècle. 
Le  texte  grec  de  ses  ouvrages  est  encore  inédit,  sauf  quelques 
fragments  publiés  par  Possinus  dans  son  Thésaurus  cuceticns  (Paris, 
1684),  et  reproduits  dans  la  Patrologia  Graeca  de  Migne,  t.  XL. 
Ces  fragments  sont  tirés  d*un  ouvrage  plus  considérable,  qui  paraît 
être  celui  que  Dadîsô'  Qatraya  a  commenté ,  et  dont  une  traduction 
latine  a  été  réimprimée  dans  le  même  volume  (Patr.  Gr.,  t  XL, 
col.  1  io5  et  suiv.j.  Les  homélies  ou  discours  [Orationes)  sont  au 
nombre  de  29.  Elles  sont  en  général  assez  courtes  et  occupent  en 
moyenne  une  ou  deux  pages,  quelquefois  moins.  En  voici  les  titres  ; 
nquelques  uns  peuvent  servir  d'éclaircissement  aux  titres  syriaques  : 

1.  Praecepta  adjratres  qui  cam  ipso  vivebant  (cf.  syr.,  tr.  VUI). 
—  2.  Démente  secundum  naturam  (syp.  IX),  —  3.  Ad  frcUres  ju- 
niores  institutio  (syr.  X).  —  4.  Quid  în  itinere  observandam  (syr. 


NOTICE   SUR  DADisÔ'  QATKAYA.  113 

est  conservé  dans  un  manuscrit  qui  se  trouve  dans 
notre  biblothèque  de  Séert;  ce  manuscrit  mesure 
1 7  centimètres  sur  12;  il  est  composé  de  2  2  cahiers 
de  10  feuillets;  un  dernier  cahier  manque.  Le  titre 
est  :  Explication  des  Traités^  du  livre  de  Vahhé  Isaïe, 
faite  par  Dadîsô^  Qatraya,  [moine)  du  couvent  de  Rab- 

XI].  —  5.  Quœ  observanda  sant  lis  qui  simul  in  fyacc  hahitarc 
cupiunt  (syr.  XII).  —  6.  Qui  honcstam  qaietem  cunplecti  volnnt  eos 
esse  curiosos  non  oportere ,  neqne  omissa  peccatorum  suorum  considc- 
ratione  tempus  in  rébus  inutilibus  consumere  (syr.  XIII ].  —  '].  De 
virtntibas  (syr.  XIII).  —  8.  B,  Isaiae  abbatis  apopktegmata.  —  9.  Ad 
cos  qui  mundo  rennntiarunt  (syr.  V).  —  10.  Ejusdem  curgumenti,  — 
11.  De  grano  sinapi,  —  12,  De  vino.  —  i3.  Ad  eos  qui  initiantur 
et  lendunt  ad  perfectionem.  —  i4.  B.  Isaiae  abbatis  luctus  et  lamen- 
tatio,  —  ib.  De  mundi  renantiatione,  —  16.  Ejusdem  argnmenû, 
—  17.  De  gaudio  animœ  Deo  servienti  [syr.  W),  —  18.  De  inju- 
riarum  oblivione,  —  19.  De  morbis  animi.  —  20,  De  hnmilitatr 
(syr.  IV).  —  ai.  De  pœnitentia  (syr.  XIV).  —  22.  De  operibus 
hominis  novi,  —  a  3.  De  perfectione.  —  2/1.  De  tranquillitate,  — 
25.  Ejusdem  ad  Petrum  abbatem  discipulum  suam  (syr.  VII).  — 
36.  B.  Isaiae  dicta,  quœ  Petras  abbas,  discipulus  ejus,  ex  illo  accepit 
etlibris  commendavit.  —  27.  In  illud  :  ii  Attende  tibi»,  —  28.  De 
malitiœ  ramis,  —  29.  Ejusdem  lamentationes. 

On  a  encore  publié  sous  le  nom  dlsaïe  de  Scélé,  et  en  latin 
seulement  :  Prœcepta  sive  consilia  LXVIII  posita  tironibus  in  mona- 
ckatu,    reproduits  dans   la    Patr.   lat,,    t.  CIII,  col.  4 2 7. 

II  semble  résulter  de  la  comparaison  de  ces  titres  avec  ceux  du 
commentaire  de  Dadîsô* ,  que  ce  dernier  lisait  les  œuvres  d'Isaîc 
dans  un  ordre  différent,  et  que  les  longs  développements  renfer- 
més dans  le  commentaire  du  XV*  Traité  doivent  contenir  Texpres- 
sien  de  la  théologie  nestorienne  au  tu'  siècle.  Un  ms.  syriaque  du 
firit  Mus.  (add.  12170),  daté  de  lan  6o4 ,  contient  les  œuvres 
d*Isaïe  dans  Tordre  suivi  par  Dadiso*.  Un  autre  ms.  (add.  17262] 
contient  des  fragments  d'un  commentaire  qui  parait  différent  de 
celui-ci  (J.-B.  Chabot.)]. 

^  KfÂzm^SO  signifie  proprement  Discours;  mais  il  semble 
préférable  de  traduire  ce  mot  par  Traité  pour  éviter  toute  équivoque. 

VII,  8 


•  ATM^ALK. 


114  JANVIER-FÉVRIER  1906. 

hèkhat^.  1r<l=lvd'•^  vdrakj^k-^  Kf*S..:»¥il3ô^  KfltixeA 

L'ouvrage  est  divisé  en  quinze  traités,  précédés 
d*un  avant-propos,  dans  lequel  hauteur  déclare  qu'il 
écrivit  cet  ouvrage  à  la  demande  de  Mar  Àhôb  et  de 
Mal"  Abkô§.  En  voici  l'analyse  sommaire  : 

Premier  Traita.  A.  Iniroduction.  /«n^-^  f^^^^^^i^ 
n^Abonjo  ii\±ryf^jsn'\)  divisée  en  deux  chapitres  : 

I.  Origine  et  vie  de  i  abbé  S«Isaïe  /M^i^so^ua  x^jêts 

II.  But  du  trâdté  ^oA*^  n^ma  JL^k^  ••^n^^  \^jêj\ 
1<lî75^^J^  r^?V:a3Ki>i^).  —  B.  Explicâtîôti  du  pre- 
mier traité /lilm^aa  r^Ksfair^a^'^  ca\»^  r^jâjnoa^, 

Ih  Traité.  Sur  les  œuvres  bonnes  et  par&ites 

IIP  Traître.  A.  Introduction  en  délix  cbiàpitrès  : 
I.  Comment  les  frères  doivent  saimer  les  uns  les 
autres.  j^^^jMMto^n  yi<LiAT^  ^^j^m^  v^^\  vÛJk»v^-^ 
\^"^w  T^xi^  «iraornaV  ii.  Comment  les  moines 
doîvetit  combattre  dans  les  pensées^  |fi<^î%*Mà\  ^a^ân 
t<!2^âtfti\  ;^-:\  V!:i6\^  ,\\-  y  —  B.  Explication. 

ÏV*  Traité.  De  rhumîmè  \  (K?  W  ^^^-^  Ai^) 

'  Le  tommièntàlire  est  divi^  tn  èeux  pM^s  i  A.  IhtrtMWlioii; 


NOTICE  StIR  D\DÎàÔ'  QATRAYA.  Il5 

V.  Explication  da  cinquième  traité  de  l'abbé  Isaïe  : 
Règles    ptnir    ceux    qui     séloignent    du    monde 

VI.  Explication  du  sixième  traité  de  Tabbé  Isaïe  : 
Sur  ce  qu'il  vit  et  apprit  des  vieillards  ^.V  \^  -n 

Vil.  Explication  du  septième  traité  de  l'abbé 
Isaïe,  qu'il  écrivit  pour  son  disciple  Pierre.  [VoA^ 
€fr\»so\ycK  t<fv!^V  A.  Introduction.  —  B.  Expli- 
cation de  ce  qui  est  obscur  dans  le  traité  ^i^cacu 

VIII.  Explication  du  huitième  traité  :  Conseils  de 
l'abbé  Ifiaïe  aux  fin^^es  qui  étaient  avec  lui  /K^ï^^Doa 
dûQCk»^  «..^oi  t<SÂi<l!i  r^K^^jcr^  11^=31^-^^. 

IX.  Explication  du  neuvième  traité  intitulé  : 
Touchant  l'intelligence  dans  son  état  natureL  /,\\^no 
nâjâb£3^  x^am\. 

X.  Explication  du  dixième  traité  intitulé  :  Règles 
pour  les  novices,  f  tcUâk^h  r<l  ,m  ."j^l-^  \,^ry> 

XI.  Explication  du  onzième  traité  intitulé  :  Tou- 
chant le  but  de  ceux  qui  habitent  les  cellules  ^  (  \\j*y^ 

Xn.  Explication  du  douzième   traité   intitule    : 

*  Division  :  A.  Introduction.  B.  Explication  de  ce  qui  est  obscur 
dans  le  traité. 

8. 


116  JANVIER-FÉVRIER  1906. 

Préceptes  fidèles  et  édification  de  ceux  qui  veulent 
habiter  ensemble  en  paix^  /«UJ'i— joclJ^  A  \^  *ia 

I^V.Mf  *1'gV    ^jJ&-=3^    «^.^<»':\    I^JjOJraCI    1^JL=F3L»03aO 

XIII.  Explication  du  treizième  traité  intitulé  : 
Touchant  ceux  qui  veulent  être  en  bonne  paix  ;qu  ils 
doivent  distinguer  ce  qui  est  utile  pour  leur  ame,  et 
ne  pas  passer  mal  leur  temps  et  dans  un  amer  escla- 
vage, ceux  cjui  sont  convaincus  que  ces  choses  ne  leur 
conviennent  pas  et  qui  se  repentent  de  leurs  péchés  ^. 

**Kf*"à\^  1^JJL=3  I^ÔOQlSoA    >i>\Tg\    w^^OQ    ■\\^*lo\ 

^xTbX^  •^^ô-ictxA  «."SÀro^   «^^âcnjtSim  ^^^âôaxki 

■    Tfc  vV  \  T^A'^  ^-kAo»  T^^oia^  «^^«cnVvaraAA 

XIV.  Explication  du  quatorzième  traité  intittdé  : 
Touchant  la  contrition,  au  sujet  de  laquelle  l'abbé 
Pierre  Finterrogea.  ox-At^l-jc^  i<f^a-=3L^^  ,\\^no 
t<?0^  i<i3r^.  —  A.  Apologie  adressée  aux  solli- 
citants. (rdV.^^Ar73  )^oA^  r^ô\:3  pA=n).  — 6. 
Introduction.  —  C.  Eclaircissement  de  ce  qui  est^ 
obscur  dans  le  traité. 

XV.  Explication  du  quinzième  traité  intitulé  : 
Touchant  la  joie  que  ressent  i  ame  qui  veut  servir 

*  Division  :  A.  Introduction.  B.  Explication  de  ce  qui  est  obscur 
dans  le  traité. 


NOTICE  SUR  DADÎàÔ'  QATRAYA.  117 

Dieu.  (i<V\"n^  ym  r^xAiA  rc^cK»-^  i<f^ô^\M  •^^«^^^'s 
r^osAi^A  oAn^Xifyxi).  —  A.  Introduction.  — 
B.   Explication  du  discours. 

Ce  traité  développe  longuement  la  question  de 
Tétat  des  âmes  après  la  mort;  il  est  subdivisé  en 
neuf  chapitres: 

I.  Jusqu'où  s*éleva,  selon  le  bienheureux  Athanase,  Tàme 
de  Tabbë  Antoine  et  les  autres  âmes  qu'il  vit?  y^L^xrs 

II.  Pourquoi  S.  Antoine,  au  moment,  de  l'ascension  de 
son  àme,  vit  de  nombreux  démons  qui  l'en  empêchaient, 
tandis  qu'au  moment  où  une  grande  foide  montait,  il  vit 
un  démon  seul  les  en  empêcher?  /^avrs  i<âao  .W^no^y 

III.  Pourquoi  un  seul  ange  garde  chacun  de  nous ,  ici  et 
après  notre  sortie  du  monde  jusqu'à  la  résurrection,  pour 
honorer  la  ressemblance  de  Dieu ,  et  pourquoi  dit-on  encore 
que  plusieurs  anges  nous  conduisent?  /\^Lx..20  JL^-^O'^v 

n.._v\,l  r^oA  ^<uA=3'  i^rdXso   ^30  am   ^u&  A^ 


U8  4ANVIEK.FKYHIER  U06. 

IV.  Pourquoi  rhpmme  est-il  oombattu  tantôt  par  un  seul 
démon,  tantôt  par  plusieurs  démons?  {r^v  m  A\^*73tv 

V.  Quelle  est  la  situation  des  âmes  des  pécheurs  après  la 
mort?  Sentent-elles,  souffrent-elles,  s'attristent-elles,  ou 
non?  ^^Vx—r»  r^  V  \j  v\^  r^Vv» ^  \  ^Rx  i^â^ai^^ 

YI.  Où  habitent  les  âmes  des  justes  après  la  mort?  Sen- 
tent-ellet,  glorifient-elles,  on  non?  /^H.,jit^  x^j^^yid^ 

Vn.  Les  âmes  des  justes ,  qui  sont  au  Paradis,  voient-elles 
N.-S.  par  une  manifestation  de  lumière,  et  glorifient-elles 
EHeu  pour  les  mystères  qui  leur  sont  révélés ,  ou  non  ?  f^^^r^^ 

■\.  y    i^oiL-li^A    ^vrajcjsoci    si^moi^  v^u\\p 

VIII.  Les  âmes  des  saints ,  qui  sont  en  Paradis ,  prient-elles , 
et  leurs  prières  aident-elles  ceux  qui  ont  recours  à  dles,  ou 
non?  ^:t<Jùû^'3V'\Sk3-^  vdx»^U3^  t^Vx^  ^Vm  «..^A 

IX.  Les  âmes  des  justes  jouissent-elles  ou  non  en  Paradis? 


N0gY«l4fcRS  ST  MÉLANGES.  U9 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SÉANCE  DU  12  JANVIER  1906. 

La  séaQçe  est  çmyerte  à  4  heures  et  depiie  sous  U  prési- 
sidence  de  M.  Barbiei\  ps  M^tnabd. 

Etaient  présent»  : 

MM.  Senarï,  vice-président;  Al  lotte  de  la  Fuye,  l*abbé 
BouRDAis,  BouvAT,  Cabra  DE  Vaux,  Tabbé  Chabot,  Dus- 
SAUD,  Rubens  Duval,  Faïtlovitch,  Farjekel,  Finot, 
Halévy,  Ismaël  Hamet,  Qémept  Hvart,  Leroux,  Sylvain 
LÉvi,  Magler,  Mangeaux-Demiau  ,  Mayer-Lambebt,  Mbrsibr  , 
Schwab, Speght,  Vinson,  membres;  Çha vannes,  secrétaire. 

hw  procèft-yerbaux  d^A  ^é<IQces  du  \0  Qpveinl)r9  e(  du 
8  décembre  igo5  sont  im  et  aidopté^. 

M.  Allottb  de  la  Fuif'E  est  nommé  membre  du  Conseil 
sons  réserve  de  la  ratification  de  TAssemblée  générale. 

M.  LE  Prwp^nt  annonce  que,  ^pri^  avoir  ponsulté  la 
commission  des  fonds ,  il  est  d'avis  d'accorder  3oo  francs  à 
la  fondation  de  Goeje  et  aoo  franos  à  V  Orientalische  Biblio- 
graphie; ces  deux  propositions  sont  açceptée3, 

M.  Al  LOTTE  DE  LA  Fuf  E  présente  un  mémoire  dont  il  est 
Tauteur  sur  les  Monnaies  de  VElymaîie  (Extrait  du  tome  VIH 
des  publications  de  la  Mission  Morgan). 

M.  HALBvy  ^xpose  quelle  méthode  ilft  suivie  daps  ses  re- 
cherches sur  les  alphabets  berbères;  iJ  poncjut  q^^ces  alpha- 
bets sont  dor^ine  phénicienne  etqnil  n'iP^t  ppini  nécessaire 
de  les  expliquer  par  \\n  alphabet  ^afaïtiqne  oij  désertiqne. 


U2  JANVIER-FÉVRIER   1906, 

Par  lb  MinistIësb  de  l*Instrugtion  publique 
ET  DBS  Beaux-Arts  : 

Bibliothèque  des  Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome. 
Fasc.  93  :  G.  (jOlin,  Le  Culte  d'Apollon  Pythien  à  Athènes^ 
—  Fasc,  94  :  G.  Colin  ,  Rome  et  la  Grèce  de  200  à  iiô  avant 
Jésus-Christ,  —  Paris,  1905 ;  in-8". 

Journal  ^   savants^  décembre    1905.    —  Paris,   1906; 

Archives  marocaines^  IV,  2-3;  V,  i.  —  Paris,  1906;  in-^*. 

Sylvain  Lévi.  Le  Népal,  étude  historique  d'un  royaume 
hindou,  t.  II.  —  Paris,  igoâ;  ini-8*. 

Revue  de  l'histoire  des  religions,  LII,  2,  —  Paris  1906; 
in-8\ 

J.  DE  Morgan.  Mission  scientifique  en  Perse,  III,  1  :  Études 
géologiques,  —  Paris,  igoS;  în-8*. 

Recueil  de  mémoires  orientaux.  Textes  et  traductions  pu- 
bliés par  les  professeurs  de  l'Ecole  spéciale  des  langues  orien- 
tales vivantes  à  l'occasion  du  XIV*  Congrès  internationid  des 
Orientalistes.  —  Paris ,  1 906  ;  in-8*. 

Musées  et  collections  archéologiques  de  l'Algérie  et  de  la  Tu- 
nisie. —  Musée  de  Tlemcen,  par  W.  Marçais,  —  Paris,  1906; 
in-folio. 

Bulletin  archéologique ,  1 906 ,  2  *  livr.  —  Paris ,  1 906  ;  in-8". 

Par  lb  Gouvernement  indien  : 

District  Gazetteers,  Statistics,  1901-1902  (Districts  de 
Chittagong,  Malda,  Dacca,  Mymensingh,  Bogra,  Faridpur, 
Backergunge ,  Pabna ,  Rajshahi ,  Rangpur,  Noakhali ,  Tippera, 
Dinajpur,  Japalguri,  Chittagong  Hifl  Tracts),  —  Calcutta, 
1905,  i5  vol.  in-8\ 

H.-R.  Nbvill.  Sitapur,  a  Gazetteer  (t.  XL  des  District 
Gazetteers  of  the  United  Provinces  of  Agra  and  Oudli  ).  — 
Allnhabad,  i9o5;  in-8% 

W.  Francis,  Anantapar  (Mudras  District  Gazetteers),  — 
Madras,  igof);  2  vol.  in-8\ 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  121 

Le  Maséon,  nouvelle  série,  VI,  3-4.  —  Lou vain ,  1906; 
m-8°. 

A  Commentary  on  the  Book  of  Joh ,  from  a  Hehrew  Manu- 
script  in  ihe  University  Library,  Cambridge,  translatée!  by  S. -A. 
HiRSH,  Ph.  d.  —  London,  igoS;  in-8°. 

Bulletin  de  Littérature  ecclésiastique ,  décembre  igoS.  — 
Paris,  1906;  in-8*. 

The  Indian  Antiquary,  october  1905.  —  Bo^ay,  1906; 
in-4". 

N.-N.  Pantousoff.  Matériaux  pour  l'étude  de  la  langue 
kozake-kirghize  (en  russe),  6*  fasc.  —  Kazan,  1903*,  in-8*. 

Zeitschijt  fàr  hehrœische  Bibliographie,  IX,  6.  —  Frank- 
furt  a.  M.,  1906;  in-8°. 

Par  la  Société  : 

Journal  asiatique,  septembre-octobre  1905.  —Paris  1906; 
in-8'. 

Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris,  XIII ,  6.  — 
Paris ,  1 906  ;  in-8*. 

The  GeographicalJournal ,  XXVI ,  6  ;  XXVII ,  1 .  —  London , 
1906-1906;  in-8°. 

The  Asiatic  and  Impérial  Quarterly  Review,  January  1906. 
—  London,  1906;  in-8% 

Journal  of  the  Straits  Branch  of  the  Royal  Asiatic  Society, 
n"  ào-iA,  —  Singapore,  1904-1905;  in-8°. 

Comité  de  conservation  des  monuments  de  l'art  arabe.  Exer- 
cice 1904,  fasc.  21.  —  Le  Caire,  1906;  in-8". 

La  Géographie,  XII,  6.  —  Paris,  1906;  gr.  in-8*. 

M AHÀMAHOPÀDHYÀYA  Hara  Prasad  Sastri.  A  Cutulogue  of 
Palm  Leaf  and  Selected  Paper  Mss.  belonging  to  the  Durbar 
Library,  Népal,  With  a  critical  introduction  by  Professor 
Cecil  Bendall.  —  Calcutta ,  1906;  in-8*. 

Revue  des  études  juives ,  n"  101.  —  Paris,  1906;  in-8*. 

Revue  biblique ,  ^Sinyier  1906.  —  Paris,  1906;  in-8*. 

Revue  africaine,  n"  258  269.  —  Alger,  1906;  in-8°. 


U2  JANVIER-FÉVRIER  lftQ6. 

Par  lb  Miifisiiu  de  lInstrugtion  PUBLiQim 
ET  DB6  Beaux-Arts  : 

Bibliothèque  des  Écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome. 
Fasc.  95  :  G.  Colin  ,  Le  Calle  d'Apollon  Pytkiem  à  Athènes^ 
—  Fasc.  94  :  G.  Colin  ,  Rome  et  la  Grèce  de  200  à  iM  avant 
Jésus-Christ.  —  Paris,  190^;  in-8'. 

Journal  dfis   savants^  décembre    igo5.    —  Paris,   1906; 

Archives  marocaines^  IV,  2-3;  V,  i.  —  Paris,  1906;  in-^*. 

Sylvain  Lbvi.  Le  Népal,  étude  historique  tun  royaume 
hindou,  t.  II.  —  Paris,  igoâ;  in-8*. 

Revue  de  l'histoire  des  religions,  LU,  2,  —  Pari*  1906; 
in-8-. 

J.  DE  Morgan.  Mission  scientifique  en  Perse,  m,  1  :  Études 
géologiques,  —  Paris,  1906;  în-8*. 

Recueil  de  mémoires  orientaux.  Textes  et  traductions  put- 
bliés  par  les  professeurs  de  l'Ecole  spéciale  des  langues  orien- 
tales vivantes  à  l'occasion  du  XIV*  Congrès  international  des 
Orientalistes.  —Paris,  1906;  in-8*. 

Musées  et  collections  archéologiques  de  l'Algérie  et  de  la  Tu- 
nisie. —  Musée  de  Tlemcen ,  par  W.  Marçais,  —  Paris ,  1 906  ; 
in-folio. 

Bulletin  archéologique ,  1906,  2* livr.  — Paris,  1906;  in-8^ 

Par  lb  GonvBRNBMBirr  indien  : 

District  Gazetteers,  Statistics,  1901-1902  (Districts  de 
Clnttagong,  Maida,Dacca,  Mymensingh ,  Bogra,  Faridpur, 
Backergunge,  Pabna ,  Rajshahi ,  Rangpur,  Noakhali ,  Tippera, 
Dinajpur,  Japalguri,  Chittagong  HiÛ  Tracts),  —  Calcutta, 
1905,  i5  vol.  in-8°. 

H.-R.  Nkvill.  Sitapur,  a  Gazetteer  (t.  XL  des  District 
Gazetteers  of  the  United  Provinces  of  Agra  and  Oudh  ),  — 
AHaliabad,  1906;  in-8*, 

W.  Fnwcis.  Anantapar  [Mvdras  District  Gazetteers),  — 
Madras,  ic^oï}\  2  vol.  in*8\ 


NOUVELLES  £T  MÉLANGES.  m 

Madrés  Dhtrkt  GrazêUeer*.  &flti$tiad  Appwdiaifof  Cnàda- 
pah  District.  —  Madras,  igoB;  in-8'. 

Kamal  bd-Din  Ahmad  and  Abdu  *l-Muqtadir.  Catalogue 
of  Arabie  and PersianManascripts  in  the  Lihrary  ofthe  Calcutta 
Madrassah,  With  an  Introduction  by  E.  Dbnison  Ross.  — 
Calcutta ,  1  goS  ;  în-8*. 

Arekaeologica}  Survey  rf  Wêsiem  India,  vol.  VIII.  —  The 
Sâmhammadim  Architectare  of  Ahmadahad ,  fstri,  II,  by  Jas. 
BviiGBf».  —  LoQdon ,  1  goS  ;  gr,  in4*. 

Par  la  Bibuotuèque  nationale  csiitiuix  db  Fi/)Iiibncb  : 

Bolktiino  deU^  puhblicazioni  italiane  ricevute  per  diritto  di 
sUimpa^  num,  60.  —  Firenie,  igo5;  in-8**. 

Par  l'Université  Saint-Joseph  ,  À  Beyrouth  : 
Al-Maçhiq,  VII,  aS,  a4.  —  Beyrouth,  1906;  în-8*. 

Par  l*Uiiitbrsité  Harvard,  X  Cambridge  (Massachusetts)  : 

The  liittle  ClayÇari  (Mrcchakatika) ^  a  hindu  Drania,  attri- 
buted  to  Ring  Shûdraka,  translated.  .  .  by  Arthur  William 
Rydbb,  Ph.  D.  —  Cambridge  (Massachusetts),  igoS;  in-8\ 


SEANCE  DU  9  FRVWER  1906. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie,  sous  Ja  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Etaient  présents  : 

MM.   Senart,  vice-président;  Allotte  de  la  Foye,  Bas- 

MADJIAN,  BOURDAIS,  BoUVAT,  CaBATOX  ,  J.-B.  ChABOT,  de 

Chabbngey,  Rubens  Duval,  Fargenel,  Finot,  Graffin, 
Gdimet,  Haliévy,  Ismaël  Hamet,  Victor  Henry,  Clé- 
ment HuART,  Labourt,  Manceaux-Demiai)  ,  Meillet,  Mer- 
siER,  Nau,  Revillout,  Schwab,  Specht,  Tamamchef,  Vin- 
son,  membres,  Ch aw aunes ^ .  secrétaire. 


124  JANVIER-FÉVRIER    1906. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  12  janvier  est  lu  et 
adopté. 

Est  reçu  membre  de  la  Société  : 

M.  Fevrbt  (André),  attaché  à  la  Bibliothèque  Nationale, 
8,  rue  Renault;  présenté  par  MM.  Moret  et  Schwab. 

M.  r.E  Président  donne  lecture  d*une  lettre  dans  laquelle 
M.  Gabriel  Ferrand  sollicite  une  subvention  pour  une  publi- 
cation relative  à  des  documents  arabico^malgaches  de  la  Bi- 
bliothèque Nationale.  Cette  demande  est  renvoyée  à  la  Com- 
mission des  fonds  qui  statuera. 

M.  GuiMET  présente  le  tome  XVII  des  Conférences  faites 
au  Musée  qui  porte  son  nom;  M.  Guimet  est  Tauteur  de 
toutes  les  conférences  contenues  dans  ce  volume. 

M.  Tabbé  Nau  présente  en  son  nom  un  article  extrait  de 
la  Revue  de  ï Orient  chrétien  et  intitulé  Le  Chapitre  sur  les 
saints  anachorètes  et  les  sources  de  la  vie  de  saint  Paul  de 
Thèhes,  —  M.  Nau  dépose  ensuite  sur  le  bureau  les  épreuves 
du  premier  fascicule  de  ï  Histoire  des  Patriarches  d'Alexandrie, 
publiée  par  le  D'  Evetts. 

M.  Sylvain  Lévi,  qui  était  inscrit  comme  devant  faire  une 
communication ,  s'est  excusé  par  letlre  de  ne  pouvoir  assister 
à  la  séance.  La  parole  est  donnée  à  M.  Tabbé  Chabot  qui 
propose  diverses  corrections  de  texte  élucidant  des  gloses  de 
Bar  Bahloul  et  du  Thésaurus  syriacus, 

M.  Rubens  Du  val  approuve  ces  restitutions. 

M.  DE  Charengey  signale  des  indices  de  parenté  entre 
r ancien  susien  des  Achéménides  et  divers  idiomes  caucasiques, 
notamment  le  géorgien. 

M.  Senart  propose  une  traduction  nouvelle  d  une  petite 
inscription  trouvée  près  Je  Kapilavastu  et  déjà  étudiée  par 
plusieurs  indianistes.  —  Ces  deux  communications  paraîtront 
dans  le  Journal, 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  125 


OUVftAGES  OFFERTS  X  LA  SOClÉïÉ. 

Par  les  autecrs  : 

Allotte  de  la  Fuyb.  Monnaies  de  VElymaîde.  —  Chartres , 
1906;  in-4*,  avec  adas. 

Sri  Kalinath  Murer ji.  Popular  Hinda  Astronomy,  — 
Calcutta,  1906;  in-16,  avec  atlas  in-^". 

M'hammed  Bel  Khodja.  Roznémé  Tounsié  ou  Annuaire  tu- 
nisien pour  Vannée  1323  de  Vliégire.  —  Paris,  1906;  in-8". 

A.  Wiedbmann.  Jacob  Kraal  (Extrait).  —  Paris,  1906; 
in-8-. 
—  Die  Anfànge  der  dramatischen  Poésie  im  allen  Àgypten 

(Extrait).  —  Genève,  1906;  in-S**. 

Comte  de  Charencet.  Epreuves  et  châtiments  de  Vautre  vie 
d'après  les  Mexicains  et  les  Boaddliistes.  —  Caen,  1905, 
in-8^ 

0.  Olufsen.  a  Vocabulary  of  the  Dialect  of  Bokhara.  — 
S.  1.,  1906;  gr.  in-8°. 

Ch.  Clermont  Ganneau.  Recueil  d'archéologie  orientale, 
VII,  8-12.  — Paris,  i9o5;  in-8^ 

K.-J.  Basmadjian.  Les  Ecritures  cunéiformes ^  chaldéennes  et 
assyriennes  (en  turc).  —  Constantinopie ,  i3i2  ;  in-16. 

F.  Nau.  Le  Chapitre  sur  les  saints  anachorètes  et  les  sources 
de  la  vie  de  saint  Paul  de  Thèbes  (Extrait).  —  Paris,  1906; 
in-8". 

Edouard  Chavannbs.  Fables  et  contes  de  Vlnde  extraits  du 
Tripitaka  chinois  (Extrait).  —  Paris,  1906;  in-S". 

Emile  GuiMET.  Conférences  faites  au  Musée  Guimet,  tome 
XVIL  -^  Paris,  1906,  in- 18. 

Par  les  Editeurs  : 

Revue  critique,  39* année,  n°  Sa.   —  Paris,  1906;  in-8°. 
—  4o'  année,  n*'  i-4..  —  Paris,  1906,  in-8''. 
The  Korea  Review,  V,  10.  —  Séoul,  1906;  in-8". 


126  JANVIER-FEVRIER   1906. 

i^o/j6i6/io7i,  janvier  1906  (parties  littéraire  et  technique). 

—  Paris,  1906;  in 8*. 

Victor  Chauvin.  Bibliographie  des  ouvrages  arabes,  IX.  — 
Liège  et  Leipzig,  1906  ;  in- 8*. 

7%tf  Journal  <f  ihe  Bombay  Brandi  of  tke  Royal  AsitUic  So- 
ciety, n**  LX.  —  Bombay,  1906;  in-8"* 

Kekti  Szemle,  VI,  2-3.  —  Budapest,  1906 ,  in-8'. 

Antoine  Dard.  Chet  les  ennemis  d'Israël, —  Paris,  1906; 
in-i8é 

Bbba-Ullah.  Lés  Préceptes  du  Bekaisme,  traduit  du  persan 
par  Hippolite  Dreyfus  et  Mirza  Habib-UUah  Qûraû.  •—*  Paris , 
1906;  in'8. 

Joseph  Darian  (Mgr.).  Grammaire  iyria^ae  (en  airabô).  — 
Beyrouth,  1906;  in-12. 

ThelniismAnii^aary,  November  and  December  (Part  I), 
1906.  —  Bombay,  i905;  ifi-4°* 

Revue  archéologique ,  nov.-déc.  1 906.  —  Paris ,  1 906  ;  in-S®. 

Par  la  Société  : 

Tijdschrift  voor  Indische  Taah»  Land-  en  Volkesikmnée, 
XLVllï,  a.  --  Batavia,  1906;  in*8'. 

iVot«fai« .  .tan  het  Batammasck  Genootxchâpy  XUU^  i-3. 

—  Balavîa,  1906;  in^\ 

TferilHmsdi  Wetbodt  (PëpaUm  Tjérbon)  van  1^  Jaar 
1768,  in  tekst  en  vertaling  uitgegeven  door  Dr.  G.-A»4. 
Hazcc  (Verhanddkigen.  . . .,  LV,  2).  --*«  Batavia^  1906; 
gr.  in  8'. 

71e  loamsd  rftke  Royal  Asiaiic  Sodêly  rf  Great  Brùain 
and  Irelandj  January  1906.  —  London,  1906^  iii*8°. 

Bulletin  de  littérature  ecclésiasticiue ,  janvier  1906.  —  Pa- 
ris, 1906;  in-S". 

Mitteilungen  der  Deutschen  Gesellschaft  jur  Naiar-  and  Vôl- 
kerhunde  Ostasiens,  X,  2.  —  Tokyo,  1906;  in-S®. 

The  American  Journal  of  Philology^  XXXVI,  4-  —  Balti- 
more, 1906;  in-8*. 


NOOVÊLLfcS  Et  MÉLANGES.  127 

American  Jiamfmi  of  Àrchétolo^,    Octob.  ând  Decemb. 
1 906.  —  Annual  Reporta ,  1  gôi*- 1 9a5.  -—  Norwoord  Masè .  ^ 
1905,  m*8'. 

The  Jfapm  Setiety,  Tfèïisactbns  and  Pfoceédiftgs,  VI,  3. 
—  Booklet,  12.  —  London,  1906;  in-8". 

The  Joamal  tif  the  Siam  S&cietj,  Il ,  h.  —  Bangkok ,  1 906  ; 
in-8«. 

La  Giofràfkie,  XIII,  1.  —  Paris,  1906,  in-8^ 

JokrnS,  mUiaiique ^  ïiov.-déc.  1906.  —  Paris,  i9o5;  in-8*. 

Zeitschrift  der  Deatschen  Morgenlàndischen  GrtseUschafi , 
LIX,  4..  —  Leipzig,  1905;  in-8%  —  Bibliotheksordnung  der 
D.  M.  G.  S.Ln,d.;  in.8\ 

The  Geo^a^hical  Journal ,  XX VII,  a,  —  London,  i9o5; 
in-8. 

The  American  Journal  of  Seniitic  Languages  and  Littéra- 
tures ^XS.11,  a.  — ^  Qitcago  and  New  York,  1906,  in-8". 

Par  le  Ministère  de  LlivsTRuctiON  PtJBLit)UE  Et  des  Bfe\tJX-ARts  : 

BiUioMque  de  lÉcole des  H<aut€s  Études  >  1 54*  fMc.  ^,  l  *  par- 
lie.  —  Les  Assemblées  du  clergé  de  France ,  par  L.  Serbat. — 
Paris ,  1 906  ;  in-S**. 

Ecole  pratique  des  Hautes  Etudes.  Annuaire  1906.  —  Paris, 
i9o5;  in-8\ 

Archives  marocaines ,  \ ^  2,  VI,  1-2. —  Paris,  1906;  iii-8"'. 

Biiiliothèque  des  Ecoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome 
Fasc.  96.  :  Ch.  Samanan  et  G.  Mollat.  La  Fiscalité  pontifi- 
cale en  France  au  xiv*  siècle,  —  Paris,  1906;  in-8°. 

Joamal  des  savants,  janvier  1906.  —  Paris,   1906,   in-4°. 

Par  le  Gouvernement  indien  : 

G.-A.  Bell.  Manual  of  Colloquial  Tibetan,  —  Calcutta , 
1905,  in-S*. 

The  Indian  Ai&ifBiaryy  December  1904,  Part  IL  -^  Bom- 
bay, 1904;  in-4*. 

E.  HULTZSGH.  Report  on  Sanskrit  Manascripls  in  Southern 
Indian,  û*  ïîî.  —  MlBidras,  i9o5;în-8*. 


128  JANVIER-FEVRIER   1906. 

J.-F.  Blumhabdt.  Catalogue  of  the  Library  of  the  India 
Office,  II,  IV.  —  London,  1906;  in-8°. 

List  of  Sanskrit,  Jaini  and  Hindi  Manascripts.  .  ,  in  Sanskrit 
Collège,  Benares,  daring  theyeav  190 U,  —  AUahabad,  1906; 
in-8'. 

H.-R.  Neyill.  District  Gazetteers  of  the  United  Provinces. 
Vol.  XLIII  iFyzahad,  —  Allahabad,  1905;  in-8' 

Madras  District  Gazetteers,  Statlstical  Appendis:  for  South 
Canara  District  and  for  Tinnevelly  District.  —  Madras ,  1905  ; 
2  vol.  in  8". 

Par  lb  Rritisu  Musbum  : 

ll.-R.  Hall.  Coptic  and  Greek  Texts  of  the  Christian  Pé- 
riode . .  in  the  British  Muséum,  One  handred  Plates,  — 
London,  i9o5;  in-fol. 

Par  L*l)>ii?KRsrrK  d'Upsal  : 
Sphina;,  IX,  4.  —  Upsid,  1906;  in-8". 

Par  la  Ribliothbca  Nazionale  Centrale  di  Firbnse  : 

Bollettino  délie  pubblicazioni  italiane  ricevutc  pcr  diritlo  di 
stampa,  num.  61.  —  Firenze,  1906;  in-8**. 

Par  l'Umvkrsitk  Saint-Joseph  à  Beyrouth  : 
Al-Machriq^  IX,  1-2.  Beyrouth,  1906;  in-8'. 


ANNEXE  AU  PROCES- VERBAL. 
(Séance  du  9  f<*vrier  1906.] 


1.  Sur  une  glosb  de  Bar  Bahloul  :  i^xdoi^- A^aoooi^. 

On  trouve  dans  le  Leadqae  de  Bar  Bahloul,  éd.  Du  val, 
col.  55 , 1.  1 5 ,  la  glose  suivante  : 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  129 

et  col.  76, 1.  8  : 

Ces  passages  ne  sont  évidemment  que  la  répétition  d'une 
même  ^ose,  mal  transcrite  dans lun  ou  Tautre  cas.  M.  Imm. 
Loew,  influencé  sans  doute  par  l'explication ,  avait  suggéré , 
comme  simple  conjecture ,  de  voir  dans  le  premier  cas  le  mot 
latin  exsaL  Cette  hypothèse  suppose  une  mauvaise  graphie 
à  cori'jger  en  ^^CLùty^r^;  cette  supposition  serait  assez  plau- 
sible paléographiquement  ;  mais  elle  se  helirte  à  plusieurs 
diflicultés  :  1®  L'emprunt  direct  d'un  mot  latin;  passé  en 
syriaque  (à  une  époque  ancienne)  sans  l'intermédiaire  du 
grec ,  est  un  fait  presque  sans  exemple  qui  ne  doit  pas  être 
admis  sans  des  preuves  solides;  2®  t^ScLûo^l^  ne  signifie 
pas  exsttl,  mais  exUium;  3"  la  seconde  glose  (qui  paraît  iden- 
tique à  la  première)  peut  difficilement  être  ramenée  à  la 
lecture  AgfA^M^;  tandis  qu'au  contraire,  dans  l'écriture 
jacobite  surtout  f'^uvoo)  peut  facilement  être  une  corruption 
de  U^o]  ;  enfin ,  4*  la  seconde  glose  est  vocalisée  :  ce  qui 
suppose  plus  d'attention  de  la  part  du  copiste,  et  lui  donne 
à  priori  plus  de  chances  d'être  la  leçon  correcte. 

Je  crois  avoir  retrouvé  le  texte  même  qui  a  servi  de  base 
au  lexicographe ,  dans  une  lettre  du  catholicos  Isô  yahb  III  ; 
il  en  résulte  :  i*  que  la  bonne  leçon  est  bien  r^ùùCkX^* 
2°  que  ce  mot  est  synonyme  d'exilium,  dans  le  passage  in- 
diqué; et  3°  que  le  lexicographe  ne  paraît  pas  avoir  compris 
l'étymologie  du  mot,  qui  n'est  autre  chose  que  le  nom 
même  de  la  ville  d'Egypte  Oasis ,  en  grec  >;  Ôaais  ou  ^  A^ijacris. 

Le  texte  auquel  je  fais  allusion  se  trouve  dans  la  dernière 
lettre  du  recueil  épistolaire  de  'Isô'yahb  '.  Elle  est  adressée 
au  clergé  et  aux  fidèles  de  l'Eglise  d'f^desse  (jtw'Hai^-^). 

On  y  lit  (p.  283,  1.  22)  :  rd— » ^orcf  orcf  A  -A . ■■aki 

*  R.  Du  VAL,  Isû*yahb  Liber  Epistularuni  [Corpus  Scr,  Chr.  Or., 
Script.  Syri,  ser.  II,  t.  LXIV,  p.  283  etsuiv,). 


draiMr.uiB  aATloaALKï 


130  JA>V1KR-FÉVR1KR    lyUH. 

Et  un  pea  plus  loin  (p.  a84,  L  4)  :  ^^-=^^  \jiX^<à^ 
.  t^-MuiL^^  r^\>xnf  ^  sSiàiM^  .^^^^%  i^ito^ttf^ 

Le  mot  K^iLfiooi^  est  en  syriaque  U  transcription  du 
grec  owtU  Si  on  ]ui  donne  ici  cette  signiGcation  «  on  n'ob- 
tient aucun  sens  satisfaisant ,  dans  ces  deux  passages  paral- 
lèles. Mais  si  on  lit  avec  Bar  Bahloul  r^iopoir^^  et  si  on  re- 
connaît là  le  nom  de  la  ville  d'Oasis,  qui  était  sous  les 
empereurs  byzantins  un  lieu  habituel  d*cûl"«  surtcmt  pour 
le  clergé  d'Egypte ,  on  obtient  un  sens  très  précb  et  très  clair, 
et  les  deux  passages  parallèles  sVipUquent  mutucdlement. 
|ja  traduction  servile  serait  la  sni vante  : 

Et  pro  Oasifamosa  in  Edrfsa  dilccta  n\<ini  rommirtavit  nMs 
Deits  exiHam  (  in  )  hcam  qaiefis 

/'ro  cnim  Soba  '  nostnt,  qaar  fit  if  nobis  Oasis  per  pkrrs 
mr/r.ccy,  m  Ktlrssa  rcstra  commntttfas  est  nabis  locms  tpii^iê.  .  . 

<  jue  le  patriarche  nesiorien  ait  pris  le  noA  d*Oasia  pour 
symboliser  Teiil,  cela  est  d'autant  moiifs  surprenant  que 
T^estofHis  lui-mémo  avait  été  eiilé  eif  cet  endroit. 

La  seule  difttcuUé  réelle  porte  non  sur  le  sens^  qui  paruil 
indubitable^  mais  sur  la  lecture  matérieUe.  On  Kt  en  effiEfi 

'  kSs^ax.  L*uuteui%  qui  a  employé  ><M'Slt1^  dans  te  iHre,  em- 
ploie irr  le  nom  grec  à  cause  de  la  consoimaiMT  entre  YisierW^ 

'  Le  tente  du  ms.  porte  l^^^ki^n  y^\caxM^f^  fCf'îîkll^, 

luais  le  sens  el  le  second  passage  paraissent  iadiquer  qu*il  y  a  eu 
transposition. 

^  Cf.  Zos.,  V,  i\;  D'uj,,  MI,  5;  Jlstin.,  9,  17,  26. 

^  ( '/e»t-à-chre  Nitilie  [hébr.  :  r017);  il  l'appelle  AwriiM»»  parc;» 
«ju'il  axait  l'-ti'  l'Icxr  à  rKrole  4e  rettc  rille. 


NOUVELLES  Et  MÈLAMOftS.  i^l 

f^^kfitfoh^  ar^i  Que  faire  des  lettres  01^?  On  peut  cunjdc- 
tiirôr  qnc  nous  avons  Jà  Tartide  grec  ^ ,  qui  aurait  été  tran- 
scrit cifw  ou  li^u  de  9^1  ou  bien  réunir  le  tout  en  un  seul 
mot  et  lire  l<lûfiôttfcW^.  Cette  dernière  forme  ne  s'écarte 
pas  beaucoup  des  différentes  orthographes  connues  du  nom 
d'Oasis.  Ori  le  trouve  écrit  «iûboi^  (ZiHIHah.,  éd.  Mai, 
Seripté  Vet,  N,  CoU»i  p.  332$  éd«  Land,  p.  100,  119); 
i^x»rdcir^  (liici.,  p.  1^4,  217);  «ouLûordor^  (Athana»«, 
EpUt.i  Ij  18).  Mais  y  quelle  que  soit  la  lecture  quon  pré- 
fère, il  semble  bors  de  doute  qu'on  doive  reconnaître  sous 
cette  graphie  le  nom  propre  Ai;a<T«. 

On  atira  reoiârqiië  que  ce  nom  est  appliqué  métaf^ri- 
quefifênt  k  )«  ViUe  de  Nisibe;  Or,  d'après  une  note  citée  dans 
le  Thesaaraê  syriacas,  col.  1670,  Nisibe  serait  appelée  à'nû 
nom  d'apparence  très  étrange  :  oôt^ofÀufioitmAy  N'y  aurait-îl 
pas  là  une  déformation  maladroite  de  éùtKÙàcoi^  ><n  ?  C'est 
une  simple  hypothèse  que  j'émets,  sans  y  attacher  plus  d'im- 
portance  é[tl'élle  ne  comporte. 

II.  KfXsACi^Vy.  [Thés,  syr,,  col.  4197). 

Ce  mot  signifie  vessie,  gr.  k^xtIis.  Parmi  tes  exemples 
cité*  sot»  €5«  nlot  dan*  le  Thësaarus  syr*  ^  on  lit  ?  «  //i  média 
€adà  siia  est  terra  mI  i^&tààj^  v4^VvMèA\se.  »  i.  e^  ^  ut  vesica 
if^ata. 

Cette  locution  stngulièie  n'est  poini  exacte*  La  phrase  est 
tirée  du  Cbmmentaire  de  Bar  Salîbî  sar  les  Evakgiles,  on  le 
cotitcctte  donné  un  sens  tout  différeht;  Voici  le  passage  en- 
tk»  ^  et  âa  traduction  mot  h  moi  : 

•  »^"^•H  t^vv^in  rr\  \  y^  '^\  \  ^^\^  •  \'^  •  ^\tnHfél 

^  Bar  Saîïhï,  Ccntm.  ifi  ktancfelia.  ctl.  Sedîafcek,  {Corfms  Scti 
Chr.  Or. .  Sriipl.   S\ii,   Scr.  Il,  t.  XCVIIÎ,  p.  99). 


o 


132  JANVIER-FÉVRIER    1906. 

Ils  disent  (les  Chaldéens,  en  pariant  des  astres)  quil  y  en  a 
sept  qui  vont  de  l'Occident  à  l'Orient,  et  douze  de  l Orient  à 
V Occident,  avec  le  corps  des  deux  qui  entoure,  comme  le  cercle 
d'aune  roue,  le  circuit  de  la  terre,  et  la  terre  se  trouve  au  milieu; 
comme  une  vessie  goiiflée ,  et  au  milieu  d'elle  (de  cette  vessie) 
un  grain  de  millet. 

Nous  avons  ainsi  une  explication  plausible  et  très  natu- 
relle. La  terre  occupe  le  centre  des  corps  célestes;  ceux-ci 
l'entourent  conmie  une  roue;  tout  cet  ensemble  peut  être 
comparé  à  une  vessie  gonflée  au  milieu  de  laquelle  se  trou- 
verait un  grain  de  millet  figurant  la  terre. 

J.-B,  Chabot. 


NOTE  SUR  L'INSCRIPTION  DE  PIPRAWA. 

Les  services  qu*a  rendus  M.  Fleet  et  Tautorité  quil 
s*est  acquise  en  matière  d'épigraphie  indienne  sont  trop 
connus  pour  que  rien  de  ce  qui  vient  de  lui  paraisse  négli- 
geable. Le  Journal*  Asiatique  de  Londres  nous  a  apporté 
récemment  (oct.  1906  et  janv.  190G)  deux  notes  qu*il  a 
consacrées  au  vase  de  Piprâwâ.  Avec  une  observation  très 
précieuse  et  tout  à  fait  décisive ,  elles  contiennent  des  inter- 
prétations et  des  commentaires  que  j'estime  moins  heureux. 
La  haute  compétence  de  M.  Fleet  risquerait  de  les  accrédi- 
ter. Je  croîs  .bien  faire  de  résumer  rapidement  qu^ffoes  uns 
de  mes  scrupules.  Je  n  entends  pas  (*ntrer  dans  une  discu^: 
sion  étendue  ;  je  voudi*ais  simplement  essayer  de  fournir  une 
petite  contribution  a  Tintelligence  de  ce  texte  eourt,  mais 
curieux. 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  133 

J*en  rappelle  d*abord  les  termes  : 

Sukitibliatinam  sabhaginikanam  saputadalanam  iyam  salilani- 
dhane  budhasa  bbagavate  sakiyanam. 

11  ne  semble  pas  que  la  lecture  laisse  place  à  aucun  doute 
grave.  Elle  avait,  pour  tout  l'essentiel,  été  d'abord  parfaite- 
ment établie.  Mais  M.  Fleet  a  eu  le  grand  mérite  de  démon- 
trer que  l'épigraphe  commence,  non  par  iyaik,  mais  par 
sukiti",  que  sakiyanam  en  est  le  dernier  mot.  Ceci  posé,  il  s'en 
déduit  des  conséquences  importantes. 

1*  Et  d'abord  si  sakiyanam  a  été  ainsi  soigrneusement 
séparé  des  génitifs  pluriels  qui  ouvrent  la  phrase,  c'est 
évidemment  de  propos  délibéré  et  pour  bien  marquer  que 
la  relation  grammaticale  n'est  pas  la  même  dans  les  deux 
cas.  Il  n'est  donc  pas  permis  de  prendre  sakiyanam  comme 
un  qualificatif  de  5iiAri<i6/m^inam.  * 

2**  Quant  k  la  fonction  du  génitif  initial,  elle  est  précisée 
par  d'abondantes  analogies.  Les  dédicaces  comparables  sont 
nombreuses,  notamment  dans  les  grottes  de  l'ouest.  Tou- 
jours, autant  qu'il  m'en  souvienne,  quand  l'objet  de  là 
donation  est  exprimé  et  qu'il  l'est  sans  addition  de  dànam  ou 
deyadharma,  le  génitif  par  où  elles  commencent  désigne  le 
donateur.  Pourquoi  en  serait-il  autrement* ici?  C'est  d'autant 
plus  improblable  que  les  épithètes  sabhaginika,  sapntadala, 
des  équivalents  ou  des  similaires ,  reparaissent  plus  fréquem- 
ment dans  les  formules  pour  associer  les  parents  dénommés 
au  mérite  delà  fondation  pieuse.  Ces  considérations  sont,  je 
pense,  péremptoires.  Mais,  même  a  priori,  ne  sèrait-on  pas 
fondé  à  s'étonner  que  —  comme  ce  serait  le  cas  si  l'interpré- 
tation de  M.  Fleet  était  exacte  —  on  eût ,  dans  une  urne  d^ 
là  dimension  ordinairement  affectée  à  des  reliques  indivi- 
duelles, prétendu  enfermer  les  restes  d'un  tel  nombre  de 
défunts  ?  que ,  les  honorant  d'une  inscription  funéraire ,  on 
les  eut  enveloppés  dans  un  commun  anonymat? 

y  L'expression  salilanidhana  est  d'ailleurs  incompatible 
avec   lidée  de  simples  restes  morUiaires.  Nous  retrouvons 


J34  JAWVIBH-FKVRiKIi    lilOÔ, 

hrîra  dans  inscription  àp  T«|^fa#|{â,  df|9|l  ripiisrip^ÛHi  do 
vase  de  Bimaran;  comme  ici  il  y  est  rapproché  da  nom 
de  bhagavat;  ici  comme  là  il  s'applique  à  des  «relicpes»  do 
Bouddha.  Le  mot  nidhâna  implique  une  Idée  de  trésor, 
de  dêpdt  précieux.  Assurément  éarîra  a  d*||^ort}  ^^dji  la 
langue  commune  le  sens  général  de  «  eorps  ».  Mm  jp  doute 
que ,  dans  la  Ungue  tKmddhique ,  il  fat  posnilile ,  MM  vçl  pç^t 
de  vue  des  idées ,  soit  nu  point  de  vue  de  TeiqpreMion ,  d^  jus- 
tifier par  dei  analogies  4uflSsante4  Temploî  supposé  de 
Sarîranidhâna  pour  désigner  dei  restes  oiOFtels  boq  non- 
sacrés  par  le  cuite,  Certainement  nous  «omm^f  en  présence 
d*nn  «dépôt  de  reliques  du  Bouddha  bienbenrau^  », 

i^  Reste  $akiyanam.  J'ai  dit  pourquoi  nou»  ne  le  pmvens 
construire  en  apposition  a  suHiihhaiintm  et  que  la  positûm 
même  des  termes  e^^clut  cette  hypothèse.  M*  V\^  a*est 
donné  beaucoup  de  peine  pour  présenter  le  mot  comme  « 
non  pas  sàkya»  ainsi  que  lavaient  tout  liatnrpilement 
entendu  ies  précédente  interprètes,  mais^i?^^;  U  ny 
aurait  en  eflet  nulle  impossibilité  formelle.  En  revanche,  s*il 
faut,  comme  je  viens  de  rétablir,  rattacher  le  génitif  ^a^oM 
bhagavaie  à  saliknidhm0»  fvakfya  employé  absolument  me 
présenterait  ii;i  aucun  sens  défini,  H  y  a  plus.  Faisoni  abs- 
traction de  cette  «diffîcnlté  et  des  observations  ^nt^rieurea; 
je  serais  bien  surpris  qu'aucun  philologue  tint  pour  admis- 
sible une  locution  bhayHvaliib  ù'akïya  pour  dire  hhag^vtHo 
JHâtayali,  SvakivQ  «  les  siens  »,  se  peiit  bien  employer,  fliomme 
équivalent  de  f>  parents  >• ,  dans  une  pbraie  où ,  comnie  dans  le 
vers  du  MBh«  cité  par  M-  Fleet ,  il  f  st  question  des  pafents 
du  sujet  :  svaktyân  nijfiyknuh  «ils  ont  tué  les  leurs»  ;  pe  n*est 
pas  une  raiion  pour  qu'il  soit  loisible  d'écrire  ffoidhasya  ive- 
kîye  pour  dire  «parents  du  Bouddha»,  pas  pli}<  qn'on  ne 
pourrait  en  français  dire  •  les  siens  di)  Bouddha  ».  Sakija  est 
bien  =  iàkya,  tout  simplement. 

r.a  fonction  de  ce  génitif  n'est  pas  plus  my&iéneiise  *. 

^  .raurais,  pour  rraiitres  raisons,  bien  d'autros  r^senos  à  frife 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  135 

Dans  ma  notice  iur  les  inscriptions  de  Karie  (Epigr.  Jnd^, 
VU ,  p.  5o  ),  J*ai  fait  allusion  à  Tusage  en  vertu  duquel  up 
génitif  pluriel  est  parfois  attaché  a  un  nom  d^homme  poiir 
définir  la  popidation ,  le  clan ,  la  seote  a  laquelle  il  appar- 
tenait. Il  serfiit  aisé  de  multiplier  les  exemples  (comm^ 
Bedsa ,  n'  3  ;  Kuda ,  n*  3  ;  Kaiie ,  n"  8^9 ,  dans  Cave  iempk^ 
Inscript,).  Il  en  est  de  même  ici,  et  sakiyanam  «des  Sâl^yasi, 
désigne  le  Bouddha  comme  un  rejeton  de  la  race  des 
Sâkyas.  La  mention  est  particulièrement  naturelle  en  une 
inscription  gravée  peut-ôtre  par  des  gens  de  sa  race,  en 
tous  cas  posée  en  une  région  voisine  de  Kapilavastu  et  où  le 
nom  de  Sâkya  était  en  honneur.  La  littérature  bouddhique 
du  Nord  a  généralisé  Tapi^cation  au  Bouddha  du  nom  de 
Sâky^muni  ;  c'est  donc  que  de  vieille  date  on  rappelait  volon- 
tiers r origine  ethnique  du  maître.  11  est  vrai  que ,  dans  les 
exemples  que  j^en  puis  alléguer,  le  gépitif  ainsi  employé  pré- 
cède le  nom;  mais  rien  ne  s'oppose  à  ce  que,  placé  après,  il 
remplisse  le  n^ème  rôle,  et  Ton  voit  as-ez  que,  dans  ce  cas 
p^rtipuUer,  le  déplacement  était  inévitable, 

5°  Une  seule  obscurité  demeure  ;  c'est  celle  qui  enveloppe 
le  mot  sukitibhatinarh.  Etant  établi  que  les  génitifs  du  com- 
mencement doivent  viser  le  ou  les  donateurs,  i^t  le  sens 
des épitjiètes  suivantes  ét^nt  parfaitement  limpide,  siMi 
doit-étre  un  nom  propre.  Sakitibhalinam  ne  se  peut  en- 
tendre que  t  Sukiti  et  ses  frères  ».  Si  on  a  pris  la  peine 
d'inscrire  ce  vase,  cest  que  l'on  prétendait  perpétuer 
le  souvenir  de  ceux  qui  avaient  eu  l'honneur  de  la  fonda- 
tion ;  il  serait  paradoxal  d'imaginer  que  Ton  ait  tenu  à  sign.Q- 
1er  des  soeurs,  des  fils,  des  fenimes  sans  mém^e  donner  un 
nom  auquel  ces  parentés  se  pussent  référer.  Qu*un  cerUiin 
doute  subsiste  sur  U  forme  étymologique  sujtîHi,  mkjii  <W 
toute  autre ,  il  importe  assez  peu  puisque ,  de  tonte  fliçQn ,  et 

sur  la  thèse  générale  de  M.  Fieet  qui  dans  le  nom  des  Sâkyas 
ne  veut  voir  qu'une  restitution  erronée  en  sanskrit  du  prâkrit 
sahiyn  pour  svalnya.  Mais  je  serais  i)ien  surpris  si  cette  conjerturr 
Taisait  beaucoup  d'adeptes,  et  je  m'en  tiens  à  mon  objet  immédiat. 


136  JANV1£H-FKVH1ËK  1906. 

comme  ii  arrive  d*ordioaire  pour  les  donateurs  non  princiers 
qae  nous  révèlent  les  inscriptions,  le  personnage,  quel 
qu'il  soit,  ne  nous  est  pas  connu  par  la  littérature,  Smiârti 
semble,  a  tout  prendre ,  la  restitution  la  plus  probable.  Ce  n*est 
pas  à  dire  que  Ton  le  puisse  prendre,  ainsi  que  le  proposa 
M.  Flect,  comme  un  appellatif  du  Bouddha  :  «rUliisIre». 
Indépendamment  des  raisons  préjudicielles  que  je  viens 
d'indiquer,  une  pareille  conjecture  serait  singuUèrement 
suspecte.  G)mment  supposer  qu'une  formule  consacrée 
comme  celle-ci  ait  aux  noms  et  aux  titres  connus  du  Boud- 
dha substitué  une  épithète  arbitrairement  choisie  et  d'ailleurs 
bien  peu  significative?  Comment  croire  que  les  auteurs 
du  don  se  seraient  désignés  eux-mêmes  en  des  termes  si 
imprécis,  si  peu  en  harmonie  avec  le  caractère  simple  et 
sobre  de  l'épigraphe  ? 

La  traduction  en  parait  en  somme  certaine  et  satisfai- 
sante : 

«  Ce  dépôt  de  reliques  du  bienheureux  Bouddha  [de  la 
race]  des  Sâkyas  est  [l'œuvre  pieuse]  de  Sukitî  et  de  ses 
frères ,  avec  leurs  sœurs ,  leurs  fds  et  leurs  fenunes.  » 

Dans  quelle  mesure  cette  fondation  se  ratt^iche  à  cette 
première  distribution  des  reliques  du  Bouddha  qu'atteste 
la  tradition ,  nous  n'avons  aucun  moyen  de  le  contrôler. 
Ce  qui  est  sur  c'est  que  notre  monument  n'a  rien  à  voir 
avec  la  légende  —  quelle  qu'en  puisse  être  la  valeur  histo- 
rique —  qui  relate  la  destruction  partielle  ou  totale  des 
Sâkyas. 

J'ajoute  que ,  autant  qu'il  m'est  permis  d'en  juger  par  les 
reproductions  qui  me  sont  accessibles,  je  ne  vois  aucune 
raison  solide  qui  assigne  à  cette  inscription  une  date  anté- 
rieure a  l'époque  d'Asoka. 

£.  Senart, 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  137 


LE  SENS   DU  MOT  HEBREU  ^DÇf . 

La  traduction  admise  presque  universellement  par  les 
lexicographes  et  les  traducteurs  modernes  de  l'Ancien  Testa- 
ment est  «  hauteur  dénudée  » .  On  dérive  le  mot  de  nstî^  «  être 
]isse,  chauve».  Cette  étymologie  est  exacte,  mais  ne  justifie 
nullement  l'idée  de  haatear.  Nous  croyons  que  la  significa- 
tion de  ^DC^  est  «un  chemin  battu,  une  piste».  En  admet- 
tant ce  sens,  tous  les  passages  où  se  trouve  le  mot  ^DC^ 
s'expliquent  sans  difficulté,  tandis  que  le  sens  de  «hauteur 
dénudée  »  se  heurte  parfois  à  une  véritable  impossibilité.  Les 
anciennes  versions  sont  dans  Tensemble  favorables  au  sens 
de  «chemin  battu».  Enfin  le  parallélisme  et  le  contexte  four- 
nissent en  faveur  de  ce  même  sens  des  probabilités  très 
fortes,  si  fortes  que  plusieurs  diront  certitude. 

Passons  eu  revue  les  neuf  passages  (  en  omettant  Job,  jaxui , 
2 1  :  texte  corrompu)  où  ^DC^  se  présente  : 

Is.,  XLi,  i8  : 

Je  creuserai  des  fleuves  le  long  des  pisteÈ 
et  des  sources  au  miheu  des  plaines; 

Je  changerai  ie  désert  en  iac, 

les  terres  desséchées  en  eaux  jaillissantes. 

LXX  :  èiri  t6ôv  ôpéaûv;  Pesh.:  )>a^;  Targum:  pl^i;  Valg.: 
in  supinis  collibus. 

Le  Prophète  décrit  le  retour  des  exilés  par  le  désert.  Dieu 
poussera  les  soins  affectueux  jusqu'à  transformer  le  désert 
aride  en  une  terre  abondante  en  eaux.  Les  images  sont  ex- 
trêmement hardies,  mais  il  est  injuste  de  prêter  au  poète 
la  métaphore  grotesque  de  fleuves  creusés  sur  des  mon'- 
tagnes  \ 

'  Au  verset  Is. ,  xxx ,  2  5 ,  je  lis  D^DI  sang,  au  lieu  de  Q^D  eau.  Cette 


138  JANVIER-FÉVRIER   1906. 

Le  ïargum  a  bien  vu  qu'il  s'agissait  de  chemins,  11  tra- 
duira toujours  par  ce  même  mot  KIHJ  {bslqî Nombres,  xxiii,  5)  qui 
sij^niûe  selon  les  cas  o chemin»  ou  o cours  (d'eau)»  (cf.  Jas- 
trow,  A  Dîctionary  of  the  Targamim.,  .  s.  k.  v.).  Le  sens 
de  «montagne»  est  d*autant  plus  inadmissible  que  le  dé- 
sert sera  miraculeusement  nivelé  pour  le  passage  des  exilés 
(XL,  34). 

Is. ,  XLix,  9  h'C  : 

Le  long  de  tous  leurs  chemins  (d^5*^t)  ils  pourront  paître, 
le  long  de  toutes  les  pistes  ils  auront  des  pâturages. 

LXX  :  <f«r9  rpi€ott;  Pesh.:  nua*.;  Vulg,  :  in  omnibus 
planis. 

Ici,  les  versions  sont  d'accord  pour  traduire  :  «chemin, 
chemin  battu,  piste.  »  Dans  ce  texte  et  dans  tous  les  suivants, 
sauf  Nombt^s,  xxiii,  3,  la  Peshitta  traduit  fort  bien  par^V^A* 
«  chemin ,  semita ». 

Le  parallélisme  avec  0^3*11  «chemins»  est  parfait.  Le 
sens  «  hauteur  dénudée»  est  insoutenable ,  car  i*le  désert  que 
doivent  traverser  les  exilés  pour  revenir  dans  la  Terre  pro- 
mise ne   consiste  ni  exclusivement  •  ni  principalement  en 


correction,  que  je  ne  trouve  nulle  part,  me  semble   impérieuse- 
ment exigée,  par  le  contexte  : 

Alors,  sur  toute  haute  montagne, 

(»t  sur  toute  colline  élevée, 

il  Y  oura  des  puisseaux,  des  «fleuves  de  sang»,. 

au  JQur  du  grand  ma£sacre , 

(juand  les  tours  tomberont. 

Lq  prophète  représente  les  collines  couronnées  de  tour»  fwti- 
fiées  :  i'fnnf^pii  jes  renverser»  at  )e  massacre  sera  tel  que  le  sang 
coulera  en  ruisseaux  sur  les  pentes.  Les  «fleuves  d'eau»  sont  donr 
à  rejeter. 

Au  Ps.  civ,  10,  les  fleuves  «  niarrlient  entre  les  monta<;nos», 
■coinmc  il  convient»  •.  -..•.. 


NOl)Vt:L.HîiS  ET  MÉLANGES.  J39 

hauteurs  (dénudées) ,  et  2"  les  pâturages  que  Dieu  prorpet  ne 
peuvent  pas  se  trouver  sur  des  collines  pelées. 

JÉR. ,  III ,  a  : 

Lève  les  yeux  vers. les  pistes  (du  déserl) 

et  vois  où  tu  ne  t'es  pas  accouplée. 
Tu  t'asseyais  le  long  des  chemins  pour  les  (guetter) , 

comme  ùâ\.  TArabe  dans  ie  désert, 

Israël  infidèle  est  comparée  ici  à  une  fi^mme  de  mauvaise 
vie  épiant  les  passants  près  des  grands  chemins,  dans  des 
endroits  écartés,  «comme  fait  l'Arabe  dans  le  désert».  Jé- 
rémie  semble  penser  à  l'épisode  de  Thamar  [Getu,  xxxviii, 
i4  sq.).  C'est  donc  bien  h  tort  qu'on  a  voulu  voir  ici  le  ta- 
bleau si  fréquent  de  l'idolâtrie ,  tel  qu'on  le  rencontre,  par 
exemple  au  v.  6  :  «As-tu  vu  ce  qu'a  fait  l'infidèle  Israël? 
E^e  est  allée  sur  toute  montagne  élevée  et  sous  tout  arbre 
vert,  et  là  elle  s'est  prostituée.»  Même  en  donnant  à  *Dt^  la 
signification  de  «hauteur  dénudée» ,  on  ne  peut  pas  y  voir 
facilement  les  collines  boisées  où  se  pratiquaient  les  cultes 
idolâtriques. 

LXX  :  eis  eiSeîav.  Ont-ils  songé  à  un  chemin  dtvit,  ou 
bien  ont-ils  lu  un  autre  mot,  par  exemple  :  D>*1tf>D  ?  Vuly.  : 
in  directum.  Remarquer  encore  ici  le  parallélisme  avec  che- 
min (D>3-n). 

JéR.,''iii,  21  : 

Une  clameur* se  fait  entendre  sur  les  pistes  (du  désert)  : 
ce  sont  les  pleurs  suppliants  des  enfants  dlsraêL 

Car  ils. avaipnt  perverti  leur  ijoic  (d^^t),  - 

ils  avaient  oublié  Jéhovab  leur  Dieu. 

Les  exilés  sont  représentés  comme  errants  (iv,  i)  dans  up 
désert  (m,  12,  22),  mais  invités  à  revenir  :  ils  sont  inôine 
déjà  en  route  (v.  23). 

Encore  le  parallélisme  avec  'ÎJ'IT  «chemin,  roinn, 

ïi\\  ont  lu  à  tort  Ç^PSfc*  -)($i}^é(ûVi 


140  JANVIER-FKVRIKR   1906. 

JÉR.  IV,  1 1  : 

Un  vent  brûlant  (souffle)  sur  les  pistes,  dans  le  désert, 
(sur)  ie  chemin  ('H^l)  <le  la  (ille  de  mon  peuple. 

Ce  vent  brûlant  représente  la  marche  rapide  des  armées 
(v.  7  sqq.)  se  dirigeant  par  le  désert  contre  Jérusalem  (cf. 
ijifra,  XII,  la). 

LXX  omettent;  Valg.  :  in  viis.  Le  Targain  prend  ici  ie 
mot  Nl^i^  bien  arbitrairement,  au  sens  de  cours  d*eau  :  h^* 
p>Dl  pirii  ^^1  «près  des  sources  des  cours  d'eau». 

Encore  le  parallélisme  avec  Ipl, 

JÉR.  VII,  29  : 

Coupe  ta  chevelure  vierge  et  jette-là  : 

entonne  sur  les  pistes  (du  désert)  (ta)  lamentation. 

C'est  le  seul  passage  où  il  ne  s'agisse  pas  expressément 
du  désert.  Mais  comme  dans  tous  les  autres  cas  ^DI2f  désigne 
frun  chemin  battu  dans  le  déseit»,  il  n'est  pas  téméraire 
d'admettre  qu'il  s*agit  é<>alement  ici  du  désert,  Israël,  comme 
une  femme  esclave  ,  coupera  sa  chevelure  et  sera  emn^enée 
captive  par  le  désert. 

LXX  ont  encore  lu  ici  D^rStT  =  ^eiXéœv.  Vnlg.  :  in  direc- 
tum. 

JÉR,  XII,  I  2  : 

Sur  toutes  les  pistes,  dans  le  désert,  arrivent  les  dévastateurs; 
oui ,  le  glaive  de  Jéhovab  dévore  le  pays  d'une  extrémité  à  l'autre  : 
aucun  vivant  n'est  sauvé. 

LXX  :  heK^oXijv  «  passage ,  défilé  »  ;  Valg,  :  omnes  vias. 

Il  s'agit,  comme  dans  iv,  1 1  (sapra),  des  armées  arrivant 
par  le  désert  pour  ravager  le  pays. 

JÉR.  XIV,  6  : 

Les  onagres  se  tiennent  immobiles  sur  les  pitiés  (du  désert), 
ils  aspirent  fair  comme  des  «  dragons  » , 
leurs  yeux  s'éteignent,  car  il  n'y  a  plus  d'herbe. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  I4l 

11  s'agit  encore  du  désert  ou  steppe  syrien  (v.  5  :  Dlfe^). 

LXX  :  vàiras  t  vallon  boisé  î  »  ;  Valg.  :  in  nipibus(î). 
Remarquer  Talll  té  ration  :  ^S5<^  D^St^. 
Lire  probablement  D>:>^ri.  Le  TM  (—  chacals)  donne  un 
sens  difficilement  justifiable. 

Nombres,  xxiii,  3  : 

et  (  Balaam  )  . .  .  partit  sur  un  chemin. 

LXX  :  eiSetav;  Pesh,  :  J^LBjk,  «  avec  sincérité  I  »  ;  Targum  : 
^l>n>  «  seul  »  ;  Vulg.  :  velociter. 

On  le  voit,  il  n'y  a  ici  aucun  accord  entre  les  versions. 

Les  modernes  font  monter  Balaam  sm^  une  hauteur  dénu- 
dée, parce  que,  dit-on  ingénieusement.  Dieu  s'y  révélait  de 
préférence.  Le  sens  est  beaucoup  plus  simple.  Balaam 
demande  a  s'écarter  afin  de  «  rencontrer  »  Dieu  dans  la  soli- 
tude. Et  pour  s'écarter,  il  fit  ce  que  tout  le  monde  aurait  fait 
à  sa  place,  il  s'engage  dans  un  chemin ,  il  se  met  en  route 
sur  une  des  pistes  battues  qui  sillonnent  le  désert  ou  le 
steppe.  Pour  la  construction,  comparer  l'emploi  analogue 
de  1]")T  Nombres,  xx,  17  :  «  nous  irons  (par)  la  grande  route  »; 
II  Rois,  m,  8;  /s./xxxv,  8  (si  le  texte  est  correct);  Jéi\, 
XVIII,  i5. 

En  résumé,  le  sens  «chemin  battu,  piste»  convient  par- 
faitement à  tous  les  passages.  Il  a  pour  lui  le  témoignage 
des  anciennes  versions  qui  ont  admis  ce  sens  ou  un  sens 
voisin  dans  la  plupart  des  cas  :  LXX:  2  (ou  4)  fois;  Pesh,  : 
7  fois;  Targum  :  'j  fois;  Vulg,:  3  (ou  4)  fois.  Le  mot  se 
trouve  A  fois  en  parallélisme  avec  Ipl  «chemin». 

Quant  à  l'étymologie ,  on  a  raison  de  rapprocher  ^92^  de 
nDtCf  «être  lisse»,  racine  qui  a  du  reste  iin  développement 
plus  considérable  en  araméen  qu'en  hébreu.  Le  ^9t^  est  un 
chemin  battu,  rendu  lisse  par  le  fréquent  passage  des 
antnaux  ou  des  hommes.  L'oiiglne  du  mot  r  ssemble  donc 
à  celle   de  notre  mot  fdste,  emprunté  de   l'italien  pista. 


142  JANVIER^FKVHIKK  PJ06. 

variatste  de  pestai  substantif  verbal  de  pislare,  pesiaret  «  pres- 
ser, piWr»  (Darmesteter)j  Cette  étymologie  est  confirmée 
par  l'emploi  de  Tadjectif  ^Dtf  en  aram<^en  dans  des  phrases 
comme  :  K^DC^  '♦snm  KnniK  »le  cbemin  des  justes  est 
lisse  (bien  aplani,  bien  battu)»,  Targam  :  Prov,,  xv^  19. 

L'origine  des  traductions  «  montagne ,  hauteur,  sommet 
dénudé  » ,  ne  serait- elle  pas  un  rapprochelnefît  âtèiitliî'èux 
quon  aura  fait  entre  ^^}^  et  nDt2fiJ"")n  «montagne  chauve •, 
dlsaïe  XIII,  2  ? 

Paul  Joùœi. 


Les  linguistes  qui  se  sont  occupes  spécialement  du  vieil 
idiome  dit  «  Médique  » ,  mais  auquel  conviendrait  mieux  sads 
doute  TappéUation  de  «  Néo-Susieti»,  semblent  aujottrd^hui 
asse^  d'accord  pcrur  le  rapprocher^  non  pas  des  dildeetes 
^taïques  ou  Ougro-Finnois ,  malgré  sa  structure  aggluti- 
nante ,  mais  bien  de  ceux  qui  se  parlent  danf  le  CàucMè  et 
que  Ton  désigne  parfois  sous  le  nom  de  »  DioscUriens  ». 

Âutamt  qu  il  est  permis  de  former  des  cofvjetftures  au  9tijet 
de  langues  encore  imparfaitement  étudiées,  nous  nous  ra»- 
gérions  volontiers  à  cette  manière  de  voir,  du  moins  jusquà 
noovel  ordre.  A  Texem^ide  de  M*  J.  Hdévy,  baa^  crains, 
retrcrciTer  entre  le  pétendu  Médique  et  les  psiters  da  Geo- 
emm  qnel^aes  pmnts  de  cicmtiKt  qoe  Fon  ftttriiniennt  diffîri- 
lement  soit  au  pur  hasard ,  soit  à  un  eriiprafit.  H  est  vrai  que 
nos  rechercher  ont  porté  à  pett  prè»  exclusivement  sur  la 
grammaire,  non  sur  lé  lexique.  Quoi  qo'il  en  mt,  voici  les 
ressétÉiblances  que  nous  croyons  pouvoir  fme  ressortir. 

Le  fduriei  du  Mèdè  (voir  Jides  Ofprrt,  Le  ptufle  et  Ut 
langue  âéi  Mèdes,  Paris,  1^79)  est  formé  géneralemeiit  par 
Fadjonction  d'un  p  oU  d'une  syllabe  pê  finale.  El.  :  t:=f  K=f 
^Knf  ^<*—  tclni  ncirvfftier*^  el  td^ip  tfdavsHefS»;  -^^  sak 
«  ftlnis  *,  et  êâkpe  t  fdii  #j  -  ^^  Madtt  #  k  Mède  * ,  €t  MAdapé  *  les 


NCJDVÊLLKS  ET  MELA?CGES.  Ii3 

Mëdfs».  Cep,  signe  de  piaraiisation,  se  reûcortlre  parfois 
même  dan»  le  yerbe;  es^  :  tiriki  ttti  disx^  et  tïtikiff^  yaû» 
dites  ».  Souvent,  toutefois,  il  se  ircfwré  intercalé,  ex.  :  çaktird 
«in  adlais»,  eiçaktipfa  «  tous  aUiez  ». 

Un  phénomèile  tout  sèÉnblabie  se  itianifeste  dans  les 
iangnes  du  Caucase ,  au  moîtis  dans  celles  du  groupe  loiéré-' 
thien.  G*est  la  désinence  hi  ou  ébi  qui  le  plus  souvent,  mai» 
non  tox^ours,  se  trouve  indice  de  pluralité  en  Géorgien;  ex.  : 
^^i>  mamà  *  père  <►,  et  ^i*"^^»  mamébi  «  pères»  ;  on^^rf  thawi 
«têtéf,  et  <w»g3Ïw  ihawéhi  ê iéiesii  ;  j^i^  hiho  «écre visse*,  «ît 
^#>V3^«  hihaébi  «écrévisses»  (voir  Brosset,  Éléments  de  là 
Utngae  géorgienne,  PkA»,  1887). 

La  ressemblance  serait  plus  étroite  enèore  entre  le  Mède 
et  eertains  idiomes,  du  reste  apparentés  de  près  au  Géorgien. 
C'est,  par  etemple,  la  sylinhe  finale pe  en  Laie,  eiphi  en 
Mlngféiien,  qm  marque  normalement  le  pluriel. 

D^kilportaiites  âtffîmtës  peuvent  également  étte  signalées 
entre  les  pronoms  de  ces  différents  parlers.  Ainsi  c'est ,  eii 
Mède,  r=:  llf  u  qui  indique  le  singulier  du  protiom  de  Ici 
première  personne.  Le  Géorgien,  de  son  côté,  emploie  let^ 
mm  èên  de  marquer  celte  personne  dans  le  verbe;  ex.  : 
g*(5i  uar  <« je  suis»,  et  ^tn  warth  «  nous  sommes «,  par  oppo^ 
sition  à  Mî  kkar  «  ttt  es  *,  et  b(^^  ors  «  il  est  ».  Sauvent,  d'aiUeursy 
ce  w  se  trouve  intercalé  ;  e\.  î^33"g3^<^3^  chewiqwareb  «J'aime  », 
à  côlé  de '^<jj|j*^D^  cheqwareh  «tu  aimes».  La  labiale  préfixée 
ou  intercalée  joue  le  même  rôle  en  Laze  ;  ex.  igieisch  «  battre  », 
ei  giebtschare  «je  bats»;  ehaschk  «travailler  à  la  bêche»,  et 
bchaschkare  «je  trav aillé  k  la  bêche  ». 

Quant  à  la  gutturale ,  son  rôle  dans  les  dialectes  ici  étu- 
diés, c'est  de  marquer  la  deuxième  personne  du  verbe,  et 
cela  tant  au  singulier  quau  pluriel.  Le  Mède,  par  exemple, 
dira rf/a  «j'écrivis»,  et  riliiki  «tu  écrivis».  Parfois  cette  syllabe 
ki  sera  intercalée,  ex.:  rilnkip  «vous  écrivîtes»,  à  côté  de 
ri/ttva^  «nous  écrivîmes». 

La  gtittar.*lé,  sort  préfixe^  soit  infixe,  rempdit  parf<Hs  le 
même  fô^e  chesi  les  Géoi^erts,  eomme  nous  l'avofis  vu  p€Fr 


144  JANVIEK-FEVRIER  1906. 

lexempie  de  khar  «lu  es»,  par  opposition  à  war  «je  cuis». 
On  peut  citer  également  celui  de  *§fl»g5snr>  mowal  «je  viens  i, 
à  côté  de  *>ï«nlj«^5çnr>  mokkooal  «  tu  viens  ». 

La  troisième  personne,  en  Géorgien  tout  comme  en  Mède, 
a  s  fmal  ou  intercalé  pour  caractéristique.  Le  dernier  de  ces 
idiomes ,  par  exemple ,  nous  offrira  d'une  part  rilu ,  riluva 
«j'écrivis» ,  rilaki  «  tu  écrivis  »,  et ,  de  Tautre ,  ri7a5  «  il  écrivit» , 
rilavas,  rilus  «ils  écrivirent»,  rilura  «j'écrivais»  eirilasra  «il 
écrivait».  De  m^me  en  Géorgien,  g^^-^^a^  walchoukeh  «je 
donne,  je  fais  présent  de»,  et  ^^-^j^^'»  atchoukehs  «il  donne, 
fait  présent  de»;  gogo»  wiqo  «je  serai»,  et  «g<nlj  iqos  «il  sera  ». 
Celle  sifflante  est,  sans  doute,  en  relation  directe  avec  le 
pronom  géorgien  «jt  es  ou  ol»  is  «  il,  celui  ». 

Terminons  en  signalant  une  dernière  coïncidence  et  qui 
vraisemblablement  ne  saurait  être  tenue  pour  purement  for- 
luitf,  c'est  celle  de  la  finale  di  ou  ii  marquant  Je  plus-que- 
parfait  en  Susien,  l'imparfait  en  Géorgien;  ex.  :  Médique 
lurnati  ou  turnata  «j'avais  su»,  du  radical  turna  «scire?,  et 
Géorgien '^3gj<^32ço  chewk'rewdi  «je  liais»,  à  comparer  avec 
'^«)2j<^52  cAewÂrVao;  «je  lie». 

Bien  que  limités  en  nombre,  ces  rapprochements  nous 
ont  paru  valoir  la  peine  d'être  signalés.  Nul  doute  qu'un 
examen  plus  approfondi  ne  nous  eût  permis  d'en  augmenter 
le  nombre. 

De  Charbngey. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Tbe  Naka*id  of  Jarir  and  al-Farazdak»  edited  by  Anthony 
Ashley  Bevan.  Vol. I  .part  i;  grand  in-d",  xxra-i56  p.  —  Leiden, 
laleE.-J.  Brill,  1905. 

Les  luttes  poétiques  de  Djérîr  et  de  Férazdaq  sont  con- 
nues de  toute  personne  tant  soit  peu  au  courant  du  dévelop- 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  145 

pement  de  la  littérature  arabe.  Le  regretté  William  Wright 
s'était  proposé  de  publier  les  Naqâîd,  et  en  i883  il  avait 
fait  insérer  dans  le  journal  de  la  Société  orientale  alle- 
mande un  avis  annonçant  son  intention  et  sollicitant  Ten- 
Yoi  d'informations  au  sujet  de  manuscrits  de  cet  ouvrage, 
déjà  signalé  dans  le  Fihrist,  Malheureusement  son  décès, 
survenu  en  1 889 ,  fit  avorter  ce  projet.  Les  copies  qu  il  avait 
faites  du  manuscrit  de  la  Bodléienne  et  de  celui  do  Spitta- 
bey,  qui  est  aujourd'hui  dans  la  Bibliothèque  de  Strasbourg, 
ont  été  remises  à  M.  Bevan,  de  Trinity  Collège  (Cambridge), 
qui  en  a  entrepns  la  publication.  Renonçant  toutefois  au 
plan  primitif  de  Wright,  qui  voulait  publier  à  la  fois  la  re- 
cension  de  Soukkarî ,  la  plus  longue ,  et  celle  d'Abou-'Obéïda, 
plus  abrégée,  et  profilant  d'un  manuscrit  récemment  acquis 
par  le  British  Muséum ,  il  s'est  donné  la  tâche  de  constiniire 
un  texte  basé  sur  la  copie  de  la  Bodléienne ,  qui  est  la  plus 
complète,  en  profitant  des  renseignements  et  éclaircisse- 
ments que  fournissent  les  deux  autres  ouvrages.  C'était  une 
œuvre  difficile ,  et  on  peut  dire  que  M.  Bevan  s'en  est  tiré  à 
la  satisfaction  du  public  savant. 

L'éditeur,  grâce  aux  textes  qu'il  nous  fait  connaître ,  a  pu 
fixer  quelques  dates  qui  ne  sont  pas  sans  importance.  Ainsi 
la  première  indication  de  ce  genre  qu'il  rencontre  est  une 
allusion  au  siège  de  la  Mecque  en  64  de  l'hégire  (683)  et 
aux  troubles  de  Baçra  peu  de  temps  après.  Aucune  mention 
n'étant  encore  faite  de  Férazdaq  dans  les  trente  premiers 
poèmes  du  recueil,  qui  paraissent  appartenir  à  la  première 
moitié  de  la  vie  de  Djérir,  l'éditeur  en  tire  avec  raison  la 
conclusion  que  le  fameux  échange  de  satires  entre  les  deux 
poètes  ne  peut  avoir  commencé  avant  la  mort  du  Khalife 
Yézid.  De  même  la  célèbre  anecdote  rapportée  par  VAghâni 
(xix,  6)  au  sujet  du  vœu  de  Férazdaq  de  ne  plus  composer 
de  satires  et  de  porter  des  chaînes,  comme  un  prisonnier, 
jusqu'à  ce  qu'il  eût  appris  le  Qoràn  par  cœur,  doit  être  re- 
portée, non  à  sa  jeunesse,  mais  au  début  de  son  âge  mûr, 
puisque,  d'après  son  propre  dire,  il  avait  dépensé  trente  ans 

vn.  10 

lurmiiriiIK    HATIOIALti 


146  JANVIEH-FÉVRIER  1906. 

d^  (m  vie  i  la  poursuite  de  sottises  (amâya  =  djahàla ,  p.  1 37, 

D'autres  dates  ont  encore  été  réunies  par  M.  Bevan 
(p.  XVIII )  Y  qui  fait  remarquer  une  pièce  de  vers  de  Féraxdaq 
consacrée  à  Téloge  du  Khalife  Hichâm,  dans  laquelle  le 
poète  s'attribue  Tàge  de  80  ans;  que  ce  soit  un  nombre  rond, 
comme  ie  veut i éditeur,  ou  que  le  poète,  suivant  lusage  des 
musulmans,  ait  compté  en  années  lunaires,  ce  qui  lui  ferait 
à  peu  près  deux  ans  et  demi  de  trop  d'après  notre  manière 
de  calculer,  il  ne  s'ensuit  pas  moins  que  Férazdaq  a  dû 
naître  vers  Tan  35  de  Tbégire  (6^5-6d6).  Les  Naqâïd  em- 
brassent une  période  d'une  quarantaine  d'années.  M.  Bevan 
a  établi  également  d'une  manière  indiscutable  que  Tédition 
du  divan  de  Djérir  publiée  au  Caire  en  1 3 1 3  de  l'hégire  a 
été  faite  en  grande  partie  d'après  le  manuscrit  des  Naqâïd 
de  Spitta-bey. 

En  dehors  des  remarques  philologiques ,  le  commentaire 
est  intéressant  par  les  renseignements  qu'il  fournit  sur 
les  journ^ef  ou  batailles  fameuses  des  Arabes,  par  exemple 
sur  celle  de  Qochâwa  (p.  16)  où  la  tribu  dp  Chéïbàn  vainquit 
celle  de  Témim ,  récit  plus  complet  et  plus  clair  que  celui 
d'Ibn-el-Athlr  (I,  446),  sur  l'histoire  d'Ël-^aufeitân ,  qui  se 
rattache  à  la  bataille  de  Dhoû-  Toloûl.i  (p*47);  sur  la  bataille 
de  Dhàt-Kahf  ou  de  Xikhfa  (p.  66)  où  les  Benoû-Yarbou* 
défirent  les  troupes  réglées  d'Ël-Moundhir  III ,  61s  de  Ma* 
es-Sémâ(et  non  d'En-No'piân ,  comme  le  dit  Ibn-el-Atbir); 
Ton  y  remarque  des  détails  sur  lu  ridâfa  à  la  cour  dç 
^ira;  sur  la  journée  d'Ël-:Marroùt  (p.  70)  et  celle  d"Acb- 
châch  ou  de  Sahrà-Feldj,  appelée  aussi  de  Ghablt,  où 
fut  fait  prisonnier  Bistâm  ben  Qaïs ,  de  la  tribu  de  Chéï- 
bàn (p.  76);  sur  la  fameuse  guerre  de  Dàhis  (p*  83)  et  sur 
la  mort  d'EzrZobéïr  (p.  80).  Nous  trouvons  aussi  (p.  ii3) 
un  récit  dp  la  journée  d"Obéïd-ailah  ben  Ziyâd  ben  Abiht, 
sous  le  règne  de  Yézid  I*^  où  l'on  remarque  ui^e  conversa- 
tion en  langue  persane  entre  MâhParwardin ,  chef  des 
quatre  cents  chevaliers  rencontrés  sur  ]a route*  et  cinq  cents 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  147 

oavaiien  des  Bénûû -Riyàb  de  Téoum  ;  «  Braver  gem ,  dit  \^ 
chef  perse,  qu  avez-YOus  à  ne  pa»  partir  ?9  -^  «  Ils  ne  nou^ 
laissent  pas  eombattre»  (le  ms.  de  Londres  »  m{jS kanêm), 
-7-  «Donne -leur  des  pendjagàn9,  cest^Mire  des  suives  de 
oinq  flèches  par  personne,  ainsi  que  l*e](plique  le  commen^ 
tateur;  ef.  aussi  le  glossaire  de  T^i");  ^  rapprocher  de 
fatteredjân  =  pendj  père  dans  le  Livre  de  la  Créaiion  ^t  de 
^histoires  t.  III,  p.  19^,  note  a;  et  en  effet  deux  mille 
flèches  furent  lancées  par  les  Perses. 

Page  5,  ligne  1  C&JU^  et  ligne  a  ^Uj^^l  sont  deux 
leçons  contradictoires;  il  fallait  choisir  Tune  ou  Tautre.  h^Li- 
sân-el-Arah ,  viii ,  1 70  donne  ce  mot  avec  un  ^ ,  mais  il  indique 
qu'on  le  rencontre  aussi  avec  un  ^  ;  une  annotation  dans  cet 
ordre  d'idées  n'aurait  pas  été  de  trop.Le  sens  n  est  pas  douteux  : 
«  Gratter  avec  ses  pattes  le  tas  de  sable  où  û  se  dresse ,  en 
parlant  du  coq;  se  gonfler,  en  parlant  de  la  grosse  couleuvre 
du  Yèmâma  houffâtk  (i£>\liL  1.  is  et  3  sont  des  fautes  dUfn- 
pression,  cf.  Lisàn,  II,  MS)  quand  elle  est  en  colère.  » 

Nous  nous  abstiendrons  d'apprécier  les  mérites  littéraires 
de  la  lutte  entre  Djérir  et  Férazdaq  ;  notre  jugement  sera 
mieux  assis  quand  nous  posséderons  Tœuvre  en  son  entier. 
Néanmoins ,  dès  à  présent ,  il  est  aisé  de  se  rendre  compte 
que  ces  vers  sont  intéressants  par  les  mots  rares  cju'on  y  ren- 
contre. Il  faut  faire  abstraction  de  la  grossièreté  de  ces  satires; 
Tatticisme  n'est  point  né  dans  les  sables  du  désert;  squs  la 
tente ,  l'injure  doit  être  violente  pour  porter. 

Cl.    HUART. 


Dmm  vom  Hbmmml  oMFALLMfis  UiiiEf  Qn^sfi  ia  sçifieii  morgen- 
lândisçheii  Yeniiia^ii  und  Hecenzioae^  voa  Prof,  Maxiauiiaa 
BiffîKEa  mit  8  TllfcdQi  Denkschriftep  der  Kaiserlichen  Akademie 
dor  Wiss(msç)|çitea  in  Wien ,  philosophisçh-historische  liasse , 
Baod  LL  Vienne ,  igoS,  in-4%  2^0  pages. 

La  légende  de  la  lettre  du  Christ  tombée  da  ciel  pour 
recommander  l'observance  du   dimanche  est  relativement 


148  JANVIER-FEVRIER  1906. 

moderne ,  elle  ne  remonte  pas  plus  haut  que  le  viii*  siècle  de 
notre  ère.  Cependant  celte  légende  acquit  promptement  un 
développement  inconnu  aux  anciens  livres  apocryphes,  juifs 
ou  chrétiens.  Elle  se  répandit  en  Occident  et  en  Orient  dans 
de  nombreuses  recensions,  qui  diffèrent  tellement  entre 
elles  qu'il  est  difficile  aujourd'hui  de  reconnaître  la  source 
primitive. 

M.  Bittner  a  étudié  cette  légende  pendant  de  longues  an- 
nées, et  il  vient  d'éditer  les  textes  grecs  et  orientaux  qu'il  a 
recherchés  et  recueillis  avec  un  soin  minutieux.  Sa  publica- 
tion jette  un  jour  nouveau  sur  le  processus  de  la  légende , 
mais  les  conclusions  qu'il  a  tirées  de  l'examen  des  textes  ne 
sont  pas,  nous  semble-t-il,  aussi  définitives  qu'il  le  croit. 
Les  obscurités  ne  disparaîtront  que  le  jour,  qui  n'est  peut- 
être  pas  proche,  où  l'on  aura  réussi  à  déterminer  à  quelle 
occasion,  dans  quel  lieu  et  à  quel  moment  s'est  formée  la 
légende.  C'est  là  le  point  essentiel,  que  M.  Bittner  n'a  pas 
élucidé,  et  sur  lequel  on  ne  peut  faire  actuellement  que  des 
hypothèses.  Le  grand  mérite  de  l'éditeur,  c'est  d'avoir  mis 
sous  les  yeux  des  historiens  de  l'Eglise  une  importante  col- 
lection de  textes  en  grande  partie  inédîis,  qu'il  a  publiés 
avec  une  exactitude  et  une  méthode  dignes  de  tous  éloges. 

Pour  faciliter  la  comparaison  des  nombreuses  recensions, 
l'éditeur  a  divisé  les  textes  en  trois  paragraphes  :  le  premier 
comprend  le  prologue  de  la  lettre;  le  second,  la  lettre  elle- 
même;  et  le  troisième,  l'épilogue.  Chaque  paragraphe  est 
subdivisé  en  numéros  de  correspondance ,  qui  permettent  de 
se  reporter  d'un  document  à  un  autre. 

Voici  le  processus  admis  par  M.  Bittner  :  la  légende  ne 
comprenait  d'abord  qu'une  seule  lettre  écrite  en  grec,  mais 
l'original  ne  s'est  pas  conservé  intégralement  dans  les  recen- 
sions grecques  qui  nous  sont  parvenues.  On  trouve  cet  ori- 
ginal mieux  reproduit  par  la  version  arménienne  et  la  ver- 
sion svriaque,  mais  ces  deux  versions  n'ont  pas  été  faites  sur 
le  même  manuscrit  grec.  Le  manuscrit  qui  a  servi  pour  la 
version  arménienne  était  plus  près  de  l'original  grec  que  le 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  149 

manuscrit  utilisé  par  le  traducteur  syriaque.  De  la  version 
arménienne  procèdent  les  différentes  recensions  arméniennes 
que  nous  possédons.  En  Syrie  s*est  ensuite  développée  la 
légende,  et  sur  le  terrain  syrien  est  née  la  recension  qui 
porte  le  titre  de  deuxième  lettre  et  quelquefois  de  troisième 
lettre.  Celte  nouvelle  recension  a  lait  fortune  en  Orient;  on 
la  retrouve  en  carschouni ,  en  arabe ,  en  éthiopien  ;  mais  elle 
n  a  pénétré  ni  en  Grèce  ni  en  Arménie. 

Ce  qui  rend  ce  processus  vraisemblable ,  c*est  que  le  lieu 
où  la  deuxième  lettre  tombe  du  ciel  est  différent  de  celui  où 
descend  la  première  lettre.  Celle-ci  est  suspendue  au-dessus 
de  l'ég^e  de  Saint-Pierre  à  Rome;  celle-là  est  gravée  sur 
une  pierre  qui  tombe  à  Jérusalem  ou  dans  les  environs  de 
cette  ville,  parfois  même  à  Constantinople.  Cependant  les 
recensions  et  versions  des  deux  lettres  sont  actuellement 
trop  mêlées  les  unes  dans  les  autres  pour  qu  on  puisse  établir 
entre  elles  une  ligne  de  démarcation  bien  nette. 

En  effet,  si  la  recension  de  la  deuxième  (ou  troisième) 
lettre  a  été  écrite  en  syriaque  et  ne  s'est  répandue  qu'en 
Orient,  à  l'exclusion  de  l'Occident ,  on  se  s'attendrait  pas  à 
la  trouver  mentionnée  dans  les  textes  grecs.  On  est  surpris 
de  lire  dans  a,  p.  1 1  :  Ôri  èvt<TloXii  /xou  y'  «ma  troisième 
lettre  » ,  voir  note  1 1  ;  malheureusement  ces  mots  suivent  une 
lacune  regrettable.  Dans  a^,  p.  22,  1.  5  :  oOx  othare  rffv 
"Sfpérrfv  èvioloXiiv,  ifv  èirét/JetXa  ^apàs  (*(iaç,  xai  ovh  èirt- 
(rleycrare.  Dans  le  groupe  |3,  où  la  lettre  tombe  à  Jérusalem, 
il  est  fait  mention  de  la  deuxième  lettre  qui  a  suivi  la  pre- 
mière, p.  27,  |S  et  (S^  :  xai  viàXiv  èiturloX'ifv  aléXXûû  tarpôç 
ècràs  TOUS  àvdpdyjrovs,  htÔTi  adis  èaleikoL  tyjv  ^apdnrjv  éir<- 
(/JoXijv  xai  oihe  oUtûjs  èfieravoijfTaTe  ovhè  èititrleùtTare.  De 
même,  p.  26,  jS*  (Bibl.  Bodieiana)  :  éalsiXa  jspàûra  Ttfv  tni- 

(rloXriv xai  isàXiv  ievrépav  èittaloXr^v  (rléXXeÊ)  ^pos 

vfiàs;  et  |S*  (Ambros.)  :  Ôri  'apeiyrrjv  xai  hevjépav  èitialoX'ilv 
^Tre/x^st  "opàç  vfias. 

D'autre  part,  si  la  recension  de  la  deuxième  lettre  est 
syriaque  et  ne  procède  pas  du  grec ,  comment  expliquer  les 


150  iANVlËRFÉVRIER  1906. 

heliënismes  t|u*on  y  constaté?  P«  106,  col.  ^i(i\  Cm  lit  «mI 
il|y»  qui  n'est  pas  syriaque  4  il  faudrait  Hk^>^  li^^m^;  ^  est 
là  traductioil  dti  grec  ris;  p^  107,  note  i4f  f»}g»^o^P\ 
p.  1 1  a ,  n"  6 ,  dans  a  et  S ,  ^àl;«fio*èi  II  "^^^m  est  une  cou- 
stniction  grecque  et  non  syriaque  =  ««i  hà  rr^  èïïî&1idiv^  rtfv 
êX^rif  dàiis  a^,  p.  aa  <  L  8. 

On  ne  devrait  pas  non  plus  rencontrer  des  iidlénismeà 
dans  les  versions  arabes  de  la  deuxième  lettre,  si  cet  YCtrsiotis 
procèdent  du  syriaque.  Or^  dans  y,  p.  196,  >^>i4|»)  est  la 
iranscription  de  1)  èirt&lbM  «  qui  ne  peut  venir  du  syriaque 
ni  du  eopte,  puisque  lusage  du  copte  avait  cessé  à  cette 
basse  époque,  coinp.  p.  196,  note  4  «  et  p.  a  1 7^  L  id  et  kiiv. 

Il  n*est  donc  pas  évident  que  là  première  lettre  sevde  ait 
été  bomposéë  en  grec«  et  que  là  deuxième  (ou  tréisième) 
lettre  ait  été  écrite  en  syriaque.  La  question  reste  encore  ou- 
verte. Cette  légende  tardif  e  mérite-t-elle  de  fixer  si  Ibhglemps 
Tattention  deû  criticpiés  ? 

M.  Dittneri  en  éditant  ces  documents,  a  montré  une  don- 
naissance  profonde  des  langues  dans  lesquelles  ils  sont  ré- 
digés. Il  s*est  révélé  comme  Un  phiicdogue  distingué  par  lefc 
notes  dans  lesquelles  il  signale  les  particularités  dialectaleè 
de  ces  textes  merdernes^  Oh  lui  saUra  gré  de  la  tifadnctioh 
alleiUande  qu*il  a  faite  de  quelques-unes  des  recensions  ou 
versions  les  plus  inipôrtantes ,  mais  le  savalit  qui  voudra  de 
nouveau  étudier  à  fond  la  légeiide,  devra  posséder  les  mêmes 
connaissances  linguistiques  que  Téditeur. 

En  appendice,  M.  Bitlner  a  ajduté  une  intéressante  Lettre 
hébraïque  sur  le  Sabbat,  composée  au  xtr  siècle  par  analogie 
de  la  légende  chrétienne.   ' 

R.D. 


Persian  H/storical  Texts.  Volume  IÎI.  Part  I  of  thfe  Tadhkirà- 
tu*l-Awliyà  [Meiïiôirs  of  the  Saints]  of  Muhatnmad  ibn  IbrâU^ 
Faridud-Din  'Attâr,  edited  in  the  original  Persiah ,  l^ith  Wèfftcé, 
Iridiceë  atid  Variants,  by  Reynold  A.  NiQlÉotS02f,  Mi  A.^  Lécturer 
in  Persian  in  the  University  of  Cambridge  4  and  toiHe  time  Fd- 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  151 

low  of  Triniiy  Geliege ,  with  a  critical  Introduction  by  Mmsi 
MuuAMMAD  B.  'ÀBt>u'L-WAiiuAB-i  QÂzWiifi.  Loiidon,  Luzao  add 
C°\  Leide,  Librairie  et  imprimerie  ci-devant  E.-J.  Brill,  1900, 
in-8",  66-357  P*gcs. 

Noilè  ne  reviendrioiis  pas  sui*  ce  qui  a  été  dit  ici  de  la  coi- 
ieciion  des  Pérsiàn  Historical  Teœts,  dont  il  serait  superflu 
de  faire  un  nouvel  éloge.  Bornons-noUs  à  constater^  une  fois  de 
plus,  i*heureux  choix  des  texteë  qui  la  composent  et  le  soin 
avec  lequel  ils  sont  édités. 

Le  Tèzkèrè'i  Ëvliyâ  ou  Mémorial  des  Maints  de  Ferîd  ed- 
Din  'Attar,  dont  Pavet  de  Courtéille  publiait  et  traduisait  ^  il 
y  a  dix-sept  ans ,  la  version  turque  conservée  dans  le  fameux 
manuscrit  ouïgour  dé  la  Bibliothèque  nationale ,  est  d*uhe 
importance  capitale  pour  qui  veut  comjprèndre  i*èsprit  dès 
Persans  ou  étudier  leur  littérature.  C'est  le  pltis  ancien  do- 
cument que  nous  possédiotis  sur  le  mysticisme  en  Perse; 
c'est  en  méUie  temps  Tun  des  plus  anciens  ouvragée  peï*sàhs 
en  prose  ;  il  a  de  grands  mérites  littéraires  et  attire  l'atten- 
tion des  philologues  par  de  curieuses  particularités  linguis- 
tiques. Sachons  donc  gré  à  M.  Nicholson  de  nous  en  avoir 
donné  une  édition  correcte  et  d'un  emploi  commode. 

Ce  premier  volume  comprend  quarante  biographies  de 
saints  musulmans,  de  DjaTar  As-Sàdik  à  Mansoûr  *Ammàr. 
Le  second  volume  comprendra,  avec  les  trente-deux  der 
nières  biographies,  le  supplément,  écrit  à  une  époque  an- 
cienne ,  que  l'on  trouve  dans  quelques  manuscrits  du  Tèzkèrè, 
Pout  établir  sbn  texte  «  M*  Nicholson  à  utilisé  six  manuscrits. 
Le  plus  inlportânt  de  tous ,  et  celui  qui  a  servi  de  base  à  cette 
publication,  est  conservé  à  Leide  (n"  îi8i  du  Legs  Wàrrie- 
rien,  ^9^9  du  catalogue  actuel);  de  date  àneiehne,  il  se 
fait  remarquer  par  sd  belle  exéeiltibn  et  la  pureté  de  son 
texte.  Viennent  efasuite  les  Uianuscrits  19,806  du  British  Mu- 
séum (Rieu,  h°  34Â)f  remontant  au  xiv*  siècle  et  d'une 
élégante  calligraphie;  678  de  Beiiin  (en  voir  la  description 
dans  Pertzsch,  Verzeichniss ,  p.  548),  ancien,  mais  défec- 
tueux; 1108  du  supplément  persan  de  la  Bibliothèque  na- 


152  JANVIER-FÉVRIEU   1906. 

tionale ,  qui  remonterait  à  la  fin  du  vu'  ou  au  commencement 
du  viii' siècle  de  riiégire ;  io5i  de  Tlndia  Office  (voir  le 
catalogue  de  M.  Ethé)  comprenant,  avec  son  supplément, 
un  total  de  97  biographies;  auxquels  on  peut  ajouter  un 
beau  manuscrit  copié  à  Constantinople  en  1809  de  Thégire 
par  'Abd  Ei-Hoseïn  Kermâni  pour  le  compte  de  M.  Browne. 
Toutes  les  variantes  de  ces  manuscrits  ont  été  relevées 
avec  le  plus  grand  soin;  elles  ne  tiennent  pas  moins  de 
5o  pages. 

M.  Nicholson  a  tenu  à  conserver  au  texte  sa  physionomie 
archaïcpe.  On  y  trouvera  donc  des  formes  telles  que  ji^^ 
pour  tf*>^,  ^U*>^et  ^b^^pour  ^^^et  ^^o<^,>^au  con- 
ditionnel passé  ;  osî  pour  jsî  À  la  deuxième  personne  du  plu- 
riel ;  (^  (  forme  dialectale  )  pour  ^^.  Moins  respectueux  des 
manuscrits,  les  éditeurs  précédents,  celui  de  Lahore  sur- 
tout, avaient  par  trop  modernisé  l'ouvrage  de  Ferid  ed-Dln 
*Attâr.  Trois  index  :  des  personnes,  des  lieux  et  des  tiibus, 
des  ouvrages  cités,  complètent  l'édition  du  savant  anglais. 

Lucien  Bouvat. 


W.  Caland  et  V.  Henry.  f/ÂGNis^roMA.  Description  complète  de  la 
forme  normale  du  Sacrifice  de  Soma  dans^le  culte  védique.  Tome 
premier.  —  Paris,  1906. 

En  1897,  dans  le  Grundriss  der  indo-arischen  Philologie 
(lil,  2  :  Ritaal-Litteratur;  Vedische  Opfer  und  Zauber,  p.  a4), 
M.  Hillebrandt,  après  avoir  signalé  son  étude  sur  le  sacrifice 
de  la  pleine  et  dé  la  nouvelle  lune  [Dos  altindische  Nea-und 
VoUmondsopfer,  Jena,  1880)  et  celle  de  Schwab  sur  le  sacri- 
fice animai  (Dos  altindische  Thieropfer,  Erlangen,  1886), 
ajoutait  :  «11  ne  manque  plus  qu'une  description  du  sacrifice 
de  Soma  et  nous  aurons  alors  un  aperçu  général  de  ce  qu  était 
le  sacrifice  védique.  » 

Ce  vœu  est  aujourd'hui  comblé,  du  moins  en  partie,  par 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  153 

la  publication  du  premier  volume  de  ïAgni§ioma  de  MM.  Ca- 
land  et  V.  Henry. 

Dans  les  cathédrales  immenses,  aux  jours  de  grande  fête, 
îors  d*un  office  solennel,  il  arrive  à  plus  d'un  fidèle  d'admirer 
la  pompe  et  Tordonnance  magnifique  des  cérémonies,  sans 
en  comprendre  ni  le  sens  ni  la  portée.  Il  ne  devait  pas  en 
être  autrement  du  sacrifice  de  soma  aux  yeux  des  anciens 
Indous  :  c'était  pour  eux  un  spectacle  à  peu  près  inintelli- 
gible. 11  est  même  douteux  que  Haug,  malgré  sa  science 
consommée ,  lorsqu'un  jour  il  fil  célébrer  à  ses  frais  un  service 
de  ce  genre,  en  ait  saisi  tous  les  éléments  et  tous  les  rites. 

Le  sacrifice  de  soma  était  en  effet  une  solennité  extra- 
ordinaire. Suivant  certaines  règles,  tardives  pour  la  plupart, 
on  devait  le  célébrer  au  retour  de  chaque  printemps.  Mais, 
en  fait,  il  n'y  avait  sans  doute  rien  d'absolument  fixe  dans 
cette  prescription,  et  c'était  plutôt  au  gré  et  suivant  le  bon 
vouloir  de  quelque  personnage  riche  et  puissant  qu'on  pro- 
cédait à  la  cérémonie. 

G*était  une  cérémonie  compliquée.  MM.  Hillebrandt  (iîi- 
iual-Litteratiir,  p.  i24-i34)  et  Oldenberg  [La  Religion  du 
Véda,  trad.  franc.,  Paris,  igoS,  p.  385-394)  en  ont  donné 
une  description  résumée  et  synthétique,  qu'il  ne  sera  pas 
inutile  de  relire  —  surtout  celle  de  M.  Hillebrandt  —  avant 
d'aborder  le  livre  de  MM.  Caland  et  Henry. 

L'agnistoma  était  un  ekâha,  cest-à-dire  un  sacrifice  d'un 
seul  jour,  car  les  trois  pressurages  de  soma  qui  en  constituaient 
les  opérations  essentielles  et  fondamentales  avaient  lieu  la 
même  journée,  le  matin,  à  midi  et  le  soir.  Mais  ce  jour 
solennel  était  précédé  d'une  série  de  cérémonies  qui  s'éten- 
daient sur  au  moins  quatre  journées,  employées  à  l'achat  du 
soma  et  à  ce  qu'on  pourrait  appeler  les  rites  introductifs  et 
préparatoires. 

Le  premier  volume  de  MM.  Caland  et  Henry  est  consacré 
à  la  description  de  ces  rites  et  à  celle  du  premier  pressurage. 
Le  lecteur  est  conduit  de  la  sorte  jusqu'aux  préliminaires  du 
pressurage  de  midi. 


154  JANVIER.FÉVRIER   1906. 

CW  M.  Calftnd  qui  s'est  chargé  de  k  dlMcriptioD  géné- 
rale des  opérations  liturgiques.  Il  Ta  fait  diaprés  rénsemfale 
des  ifauta-sûtras.  H  n*en  a  laissé  qa*nn  seul  dé  côlé,  le  Vai- 
khénésa-iranta'SÛtm ,  appartenant  au  Yajur-Yéda  nmr«  et  dont 
on  connaît  foft  peu  de  manuscrits. 

La  tâche  de  M.  V.  Henry  a  consisté  dans  la  tradactîon  des 
mantrns ,  c'est-à-dire  des  formules  et  des  stances  empnuitées 
aux  différents  Védas  et  dont  la  récitation  on  le  chant  accom- 
pagnent les  opérations  liturgiques.  Il  a  donné  en  outre  à  la 
rédaction  de  rouvrage  sa  forme  définitive. 

Cet  ouvrage,  comme  il  fallait  s'y  attendre,  est  hériitéde 
termes  techniques,  qui  trop  souvetit  résistent  à  une  traduction 
française  pi'écise.  Un  répertoire  de  ces  mots  a  été  |dacé  en 
tète  du  volume,  dont  il  facilitera  la  lecture,  non  ssnlonent 
aux  non  indianistes,  mais  aussi  à  plus  d'un  initié»  11  y  aurait 
quelques  remarques  n  faire  sur  l'économie  de  ce  glossaire. 
11  eût  été  possible  de  le  réduire  dans  une  certaine  mesitfe.  Il 
n'était  pas  très  utile ,  par  exemple,  d'y  insérer  le  mot  amft.  « 
tige  [de  soma],  puisque  ce  mot  est  rendu  partout,  si  je  ne 
me  trompe ,  ))ar  son  équivalent  iVançais  t  tige  ».  11  en  est  de 
même  de  dhûnya,  exprimé  pat*  le  français  ■  foyer  •  partout 
également  où  il  en  est  question ,  mais  dont  oïl  chercherait 
en  vain  la  signification  n  son  ordre  alphabétique. 

Ce  premier  volume  renferme  quatre  planches.  Trois 
d  entré  celles-ci  consistent  en  des  reproductions  d'ustensiles 
liturgiques,  accompagnées  de  brèves  notices  descriptives. 
(jCS  phototypics  complètent  ou  rectifient  de  la  plus  heureuse 
façon  les  trop  rares  documents  du  même  genre  dont  on  pou- 
vait disposer  jusqu'ici.  La  planche  IV  est  d'un  intérêt  jUxëè 
considérable  encore  :  c'est  un  plan  du  terrain  sacré  qui 
permet  de  se  rendre  compte  d'un  coup  d'œil  de  la  place 
occupée  par  les  autels  ou  les  foyers  et  par  les  divers  prêtres 
ou  officiants. 

Il  coUvieht  de  tne  borner  à  cette  description  sommaire  et 
tout  extérieure  du  livre  de  MM.  Caland  et  V.  Henry,  et  de 
laisser  à  de  plus  autorisés  que  moi  le  soin  de  l'étudier  «i| 


NOUVELLES  ET  MÉLAÎ^GÊS.  J65 

pbihi  de  rué  du  fofid.  Miiis  il  n'e^t  pas  dcmieiit  qti*on  tie  mb 
plaise  à  j>Monhaltré  dâtid  cet  oiirra^e,  eu  même  tempi 
qu*ùne  très  grande  daiié  datiê  reipolition ,  la  icience  et 
l'autorité  deê  deux  vëdlsânts  (|ui  Tout  ftigdé. 

A.  Ou^RlNOT. 


G.  Lb  Strangk.  The  Lands  of  tue  Eastern  Cauphate.  Meso- 

POTÀMIA»  PeESIA  and  CeNTRÀL  AsIA   FROM    THE  MoSLEM   CON- 

QUEST  TO  THE  TIME   OF   TiMVR.  Cambridge,  at  the  University 
Press,  igoS,  pet.  in-8'  de  vii-536  pages  avec  lo  cartes. 

Vôioi  la  contiiitiation  dé  la  iiéHe  d*ëttides  inaugurée  en 
1890  par  M.  Le  Strarige  àVec  sa  Pateitine  under  the  Mosléms, 
suivie  dix  anspltts  tard  de  Baghdâd  uhder  the  Abbaêide  Cali- 
phate.  Dans  sa  préface  Tauteur,  avec  une  modeétie  qui  nous 
semble  excessive ,  se  défend  d'avoir  voulu  écrire  autre  cliosc 
qti'nti  esitti,  qil'uti  aperça  de  la  géographie  historique  de  la 
Mésopotamie,  de  ia  Perse  et  d'ttrte  partie  de  l'Asie  centrale 
aux  premiers  siècles  de  là  domination  musulmane.  Jugeant 
qtie  nous  n*avons  paii  encore  une  base  asëez  solide  pour  trai- 
ter à  fond  de  pareilles  questions,  M.  Le  Strange  n'avait 
d'autre  intention  que  de  préparer  les  voies  aux  savants  futui^. 
En  dépit  deë  déclarations  du  savant  anglais,  nous  estimons 
que  son  livre,  fruit  d'un  travail  des  plus  considérables,  de- 
viendra le  vode-mecum  obligé  de  quiconque  abordera  l'étude 
de  la  géographie  des  provinces  orientales  du  khalifat  abbaside 
et  qtie,  quels  que  soient  lés  travaux  futurs  publiée  sur  le 
même  sujet,  on  le  constdterà  toujours  utilement. 

M.  Le  Strànge  a  composé  son  livre  d'après  des  sources  pu- 
rement musulmanes ,  ce  qui  a  dû  ehtrainer  quelques  erreurs 
dont  il  s'excuse  dès  le  début.  La  lotigite  liste  de  gëogfaphes 
et  d'historiens  qu'il  a  dû  dépouiller  va  d'Ibn  Rhourdadbeh 
(864)  à  Aboû'l-Ghâzî  (i6o4).  Il  a  renoncé,  pour  plus  de 
concision,  h  donner  la  traduction  intégrale  des  itinéraires, 
et  omis  la  géographie  historique  de  l'Arabie  ainsi   (pe  la 


156  JANVIER-FKVRIER   1906. 

description  des  deux  villes  saintes  au  temps  des  Abbasides. 
11  se  propose ,  du  reste,  d'aborder  plus  tard  ce  sujet. 

Le  premier  «bapitre  est  une  introduction  consacrée  surtout 
aux  sources  utilisées.  Ayant ,  dans  sa  Palestine  under  tke  Mos- 
lems,  longuement  parlé  des  géographes  arabes,  Tauteur  s'est 
borné,  cette  fois,  à  dire  sur  eux  Tessentiel.  Puis  viennent 
quatre  chapitres  consacrés  à  Tlrak.  La  Mésopotamie  est  dé- 
crite dans  les  chapitres  vi  et  vu.  Viennent  ensuite  le  cours 
supérieur  de  TEuphrate ,  le  pays  de  I\oum ,  1* Azerbeïdjan ,  le 
Guilan  et  les  provinces  du  Nord-Ouest,  le  Djibal  ou  Irak 
Adjemi,  le  Khouzistan,  le  Fars  (chapitres  xvii-xx),  le  Ker- 
man ,  le  grand  désert  de  Mekran ,  le  Seïstan ,  le  Kouhistan , 
Koumis,  le  Tabaristan  et  le  Gourgan.  Les  chapitres  xxvii 
à  XXX  sont  consacrés  au  Khorassan  ;  les  quatre  derniers  à  la 
région  de  TOxus ,  au  Kharezm ,  à  ]a  Sogdiane  et  aux  pro- 
vinces du  Jaxarte. 

Ce  volume ,  qui  est  un  résumé  fait  avec  autant  d'intelli- 
gence que  de  soin  des  données  géographiques  fournies  par 
les  auteurs  musulmans,  donne  des  détails  historiques  et 
archéologiques ,  les  divisions  politiques  et  administratives  et 
aussi  la  situation  économique  de  chaque  région  jusqu'à  la  fin 
du  XV*  siècle.  Tout  ce  qui  concerne  le  commerce,  l'agriculture 
ou  rindustrie  y  a  été  indiqué  d'une  manière  sommaire ,  mais 
exacte  et  suffisante.  Dix  cartes  et  un  index  complètent  cet 
utile  manuel. 

M.  Le  Strange  se  propose  de  publier,  dans  la  suite,  des 
monographies  consacrées,  l'une  à  l'Egypte  et  à  l'Arabie  sous 
les  Fatimites,  l'autre  à  l'Afrique  du  Nord  à  Tépoque  des 
khalifes  espagnols.  Ces  deux  ouvrages  formeront,  avec  ceux 
édiles  jusqu'ici,  une  véritable  encyclopédie  géographique 
des  pays  musulmans,  et  M.  le  Strange  aura,  de  la  sorte, 
bien  mérité  de  l'orientalisme. 

Lucien  Bouvat. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  157 

A.-W.  Ryder,  The  little  cliy  Cart  (MncCBAKATiKA).  A  hindu 
Drama  translated  from  ihe  original  sanskrit  and  prâkrits  into 
english  prose  and  verse.  [Harvard  Oriental  Séries,  vol.  IX.)  — 
Cambridge,  Massachusetts,  igoS. 

Grâce  à  Tinfatigable  activité  de  son  directeur,  M.  Ch.-R. 
Lanman,  la  Harvard  Oriental  Séries  est  arrivée  en  peu  de 
temps  à  son  neuvième  volume. 

Ce  volume  consiste  en  une  traduction ,  par  M.  A.-W.  Ryder, 
Instructor  in  Sanskrit  à  la  Harvard  University,  d'un  drame 
indou  bien  connu,  le  Mrcchakatika. 

L'édition  sur  laquelle  M.  Ryder  a  établi  sa  version  est  à  la 
fois  la  plus  récente  et  la  meilleure  :  c'est  celle  que  M.  K.-P. 
Parab  a  publiée  à  Bombay  en  1 900.  Le  texte  y  est  accompa- 
gné du  commentaire  de  Prthvîdhara. 

Cette  nouvelle  traduction  du  Mrcchakatika  est  précédée 
d'une  introduction  dans  laquelle  M.  Ryder  analyse  la  pièce, 
apprécie  la  valeur  littéraire  de  l'auteur  à  qui  elle  est  attri- 
buée, le  roi  Sûdraka,  et  donne  enfin  quelques  éclaircisse- 
ments sur  les  principes  qui  l'ont  guidé  dans  sa  tâcbe. 

11  admet  volontiers  qu'une  traduction  sous  forme  métrique 
ne  saurait  être  aussi  littérale  qu'une  version  en  prose.  Pour- 
tant il  n'a  pas  hésité  à  traduire  en  vers,  voire  même  en 
stances  rimées,  les  parties  versifiées  du  drame  indou.  C'était 
s'imposer  —  bien  gratuitement,  il  faut  l'avouer  —  un  sur- 
croit de  difficultés  auquel  il  a  vaillamment  fait  face.  Nul  ne 
se  refusera  sans  doute  à  reconnaître  la  puissante  harmonie  de 
vers  tels  que  ceux-ci  (p.  62)  : 

Those  men  are  fools,  it  seems  to  me, 

Who  trust  to  women  or  to  gold; 
For  gold  and  girls,  *t  is  plain  to  see. 

Are  false  as  virgin  snakes  and  cold. 

La  plupart  des  stances  sont  aussi  savamment  élégantes 
et  contribuent,  on  le  conçoit,  à  faire  de  la  traduction  de 
M.  Ryder  une  œuvre  d'un  très  grand  mérite  littéraire. 

Cette  qualité  d'ailleurs  n'est  pas  obtenue  au  détriment  de 


158  JANVIEfl-FÉVRIDR  lOOÙ, 

1  exactitude.  M.  Ryder  a  toajours  eu  le  souci  de  rester  fidMe  au 
texte,  et,  sauf  quelques  écarts,  on  peut  affirmer  qu*il  y  a 
réussi. 

En  résumé,  ce  volume  de  la  Harvard  Oriental  Séries,  sans 
offrir  au  lecteur  l'appareil  scientifique  qui  caractérise  certains 
volumes  précédents,  mais  qui  n'était  pas  de  mise  en  cette 
circonstance ,  n*en  sera  pas  moins  apprécié  et  tiendra  digne- 
ment sa  jdace  dans  la  collection. 

A.  GUBRINOT. 


NOUVELLES  BIBLIOGRAPHIQUES. 

Coumiencée  en  189  a ,  la  Uibliogrt^hie  des  ««vrajfei  «iwief 
ou  relatifs  aux  Arabes,  puUies  dans  l'Europe  chrétienne  de  18  iO 
à  1885  de  M.  Victor  Chauvik  en  est  maintc»mt  à  son  neu- 
vième fascicule ,  dont  voiei  le  sommaire  :  Pierre  Alphonse. 
—  Secundus.  —  Recueils  orientaux.  —  Tables  de  Henning 
et  de  Mardrus.  —  Contes  occidentaux.  ^^  Les  Maqàmet. 
Dans  ce  fascicule,  qui  ne  compte  pas  moins  de  i36  pages, 
nous  retrouvons  ,  au  même  degré ,  toutes  les  qualités  qui 
ont  assuré  le  succès  de  cette  excellente  publication. 

Le  Gibb  Mémorial  F  and,  auquel  noqs  avons  consacré 
quelques  lignes  dans  un  de  nos  précédents  comptes  rendus , 
a  déjii  publié  deux  volumes  de  textes  ou  de  traductiop^*  Le 
premier  est  une  édition ,  la  seconde,  du  Baber-Nameh»  ou 
mémoires  du  sultan  Baber,  reproduisant  en  fac-similé  un 
précieux  manuscrit  conservé  actuellement  à  Haîderabad  et 
qui,  de  Tavis  de  M"'  Bbvbridgb,  à  qui  nous  devons 
cette  édition ,  serait  le  meilleur  des  manuscrits  actuel- 
lement connus.  Une  longue  préface  et  deux  index,  Tun 
historique ,  l'autre  géographique ,  ouvrent  ce  beau  volume 
(The  BàbarNàma,  being  fhe  Autobiegraphy  of  ihe  Rmperor 
Bàbar  thefounder  ofihe  Moghol  Dynasty  in  India,  wriiten  in 
Chagatày  Turkish;  note  reprodaeêd  in  fac-simiU  jrom  t^  Ma- 
nascript  belonging  io  the  late  sir  Sâlar  Jang  of  Hmydaràbàd, 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       159 

and  edited  with  a  Préface  uni  Indexes  hy  Ana^ta  S.  6|iVi^- 
RiDGB.  Leyden,  E.-J.  Brill,  an4  London,  Bernard  Quaritoh, 
1906,  în-8°,  XX- 107  pages  et  38a  feuillets  de  texte).  Depuis 
i'iqfipreMion  de  ce  volume  M""  Beybjvipge  a  fait  paraître , 
dans  le  Journal  of  the  Royal  Asiatic  Society  (Oetober  igoô, 
p.  741*762,  et  January  1906,  p.  79-93),  une  étude  dé- 
taillée sur  ce  manuscrit.  Le  second  volume,  du  à  M.  Browoe, 
Féminent  professeur  de  Cambridge ,  est  la  traduction  abré- 
gée d  un  important  texte  historique  persan  du  commence- 
ment du  XIII*  siècle,  THistoire  du  Tabaristan  d'ibq  Isfendiar 
(An  abmged  Translation  ofthe  Hislory  of  Taharistdn  compiled 
about  A,  H.  613  (A,  D.  1216)  hy  Muhamnmd  h.  Al-Ifasan 
h,  Isfandiyàr,  based  on  the  India  Office  Ms.  compared  with  two 
Mss,  in  the  British  Muséum,  hy  Edward  G.  Brownb,  1906, 
xiVr356  pages).  D  autres  textes  arabes  et  persans,  publiés 
et  traduits  par  MM.  Browne,  Blochet,  Eilis,  Le  Strange  et 

Mare^oliouth ,  continueront  cette  série.        _  ^ 

"  Lucien  Bouvat. 


UN  ÉPITROPE  ROYAL  NABATÉEN    X  MILET. 

M.  Mordtmann  vient  de  faire  connaître  [Sitz.-her,  Akad. 
Berlin,  1906,  p.  260)  un  très  intéressant  fragment  d'in- 
scription bilingue,  nabatéenne  et  grecque,  découvert  d'une 
façon  bien  inattendue ...  à  Milet  1  11  le  lit  : 

î'ïjD'^niD  ND^DHN  ihpl 

n3]iD  m^2  KD^Dmnv  vn  ^y  nd-iid.? 

,    ?  ZoL^Çjq^m  dis)<^àç  ^cunX[é(k)s 

.,.,,,..,..  .avédïfxev  ^U  ^Qv[(ràp$t 

Jl  s'agirait  donc  en  somme  d'une  dédicace  faite  au  grand 
dieu  national  des  Nabatéens,  Dusarès,  identifié  ici  avec 
Zeus  (  au  lieu  de  Dionysos  ) ,  par  «...  klû ,  frère  du  roi ,  fils 
de  Taim(ù)  ?  pour  le  salut  du  roi  Obodas  (I"),  au  mois  de 
Tebet.  .  .  •.  La  Içictiire  et  le  commentaire  de  M.  Mordtmann 


160  JANVIER. FÉVRIER   1900. 

prêtent  à  plus  d'une  critique.  Je  me  bornerai  pour  l*instant 
à  l'essentiel .  Le  personnage,  à  mon  avis,  n'est  autre  chose 
que  le  premier  ministre;  c'est  ce  qu'indique  ce  titre  de 
«  frère  du  roi  »  qui,  ainsi  que  je  l'ai  démontré  jadis  à  propos 
du  C.  /.  5. ,  IT ,  n"  35 1  (  Rec.  d'Arch.  OrienL ,  1 , 6 1 ,  II ,  38o)  t'), 
revenait  de  droit  aux  épilropes  nabatéens ,  et  ne  répondait 
pas  à  une  parenté  réelle.  Peut-être  faut-il  lire  ^7[^]  ^*^  au  lieu 
de  1?p  ?  (cf.  l'erreur  évidente  VU  pour  "'^D  7^  =  virèp  <t«t>;- 
pioLs),  et,  parlant,  restituer  [2uAA]aro5  au  lieu  de  [Za€€]oLToSy 
restitution  de  M.  Mordtmann  qui,  de  toute  façon,  est  en 
désaccord  avec  la  leçon  nabatéenne.  Nous  aurions  affaire 
alors  à  un  personnage  vraiment  historique ,  le  fameux  Syl- 
iaeus,  épitrope  d'Obodas  II  (25-9  av.  J.-C;  cf.  les  passages 
bien  connus  de  Nicolas  de  Damas ,  Josèphe  et  Strabon).  Nous 
savons  que  ce  Syllaeus,  ennemi  acharné  d'Hérode,  avait  fait  le 
voyage  de  Rome  pour  plaider  sa  cause  devant  Auguste.  Il  a 
pu  parfaitement,  pour  une  raison  ou  pour  une  autre,  faire 
un  crochet,  toucher  à  Miiet  et  y  élever  un  monument  votif 
pour  le  succès  de  sa  mission  —  acte  de  piété  qui  ne  lui  réus- 
sit guère ,  car  fmalement  il  fut  condamné  à  mort  par  l'em- 
pereur. Après  la  mention  du  mou  de  Tebet  devait  venir  celle 
de  l'année  du  règne  du  roi.  Le  patronymique  peut  être  un 
théophore  quelconque  avec  D^D  pour  premier  élément.  Espé- 
rons qu*on  nous  donnera  prochainement  de  ce  texte  d'un  si 
rare  intérêt  une  copie  figurée  qui  nous  permeltra  peut-être 
d'en  pousser  plus  loin  la  restitution. 

Clermont-Ganneau. 

(')  «  *Onaicho«i ,  frère  de  Chouqaiial  reine  de  Nahatène,  fils  de. . .  ■ 
On  remarquera  qu'ici  aussi  le  titre  est  placé  avant  le  patronymique, 
ce  qui  indique  bien  qu'il  ne  s'agit  pas  d'une  parenté  réelle. 

^^^  La  confusion  paiéographique  de  t?  et  p  est  facile  dans  un  texte 
mal  conservé,  comme  l'est  celui-ci. 


Le  gérant  :  RuBENS    DuVAL. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

MARS-AVRIL   1906. 
LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ 

(SECONDE  PARTIE), 
PAR 

M.  E.  REVILLOUT. 

(  SUITE  ^.) 


II 

SOLON 
ET  SON  CONCEPT  DE  LA  SITUATION   DE  LA  FEMME. 

Parmi  ces  législateurs ,  au  point  de  vue  spécial  où 
nous  nous  plaçons ,  nous  ne  mentionnerons  que  pour 
mémoire  Sésostris  et  Bocchoris  qui  se  sont  surtout 
occupés  de  Tétat  des  biens.  Sous  Bocchoris  encore , 
Ja  femme  paraît  avoir  à  peu  près  la  même  situation 
que  sous  les  dynasties  amoniennes.  Nous  la  voyons 
acter  seule  dans  les  transmissions  de  propriété.  Il 
n  en  est  pas  de  même  sous  Amasis  qui ,  par  esprit 
de  réaction  contre  la  dynastie  éthiopienne,  s'inspira 
surtout  de  Bocchoris ,  en  ce  qui  touche  la  propriété , 
en  accentuant  encore  ses  réformes  dans  un  sens 
plus  révolutionnaire.  Mais,  nous  le  verrons,  en   ce 

*  Voir  le  numéro  de  janvier-février  1906,  p.  57-101. 

VII.  1 1 

iHraiHrBiK  iatiosalb. 


162  MARS-AVRIL   1906. 

qui  touche  la  femme,  il  alla  chercher  ailleurs  ses 
modèles.  Ce  roi,  proclamé  tel  par  suite  d'un  mou- 
vement national  contre  les  Hellènes,  trop  protégés  en 
Egypte  depuis  Psammétique,  était,  une  fois  arrivé 
au  trône,  «  devenu  fort  ami  des  Greos  »,  ainsi  que 
nous  la  dit  Hérodote. 

C  est  donc  par  la  Grèce  qu'il  nous  faut  com- 
mencer, ce  qu'indiquait  d  ailleurs  la  simple  chrono- 
logie, plaçant  Solon  avant  Âmasis^ 

Or,  depuis  Tinvasion  dorienne  si  brutale,  les 
vieilles  institutions  ioniennes  qu'a  chantées  Homère 
avaient  été  singulièrement  transformées.  C'était  l'âge 
de  fer  succédant  à  1  âge  d'or.  Certes  je  ne  veux  pas 
dire  que  tout  était  parfait  dans  l'antique  Hellade. 
Toutes  les  fois  que  la  guerre  intervenait,  par  exemple 
—  et  elle  était  fréquente,  —  la  femme  libre,  der^ 
nue  esclave,  éprouvait  pire  destin.  Mais,  à  l'état  de 
paix,  les  mœurs  étaient  douces  et  la  femme  très 
considérée. 

Dans  les  coutumes  légales,  nous  constatons  dès 
lors  une  pénétration  orientale  ou  chaldéenne.  Cela 
est  tout  naturel,  car  l'hégémonie  qui  se  fit  tout 
d'abord  le  plus  sentir  dans  cette  région  fat  d^orighie 
chaldéenne;  aussi  voyons-nous  les  Grecs  des  pé- 
riodes archaïques  revêtus  toujours  de  ces  longues 
robes  auxquelles  fait  encore  allusion  Thucydide,  et 

'  Voir  mon  Précis  da  droit  égyptien,  p.  di^-ÂaS.Lv  code^AiMi*^ 
sis,  promulgué  en  554,  est  à  peu  près  contempwtu  de  k  oMurt 
(le  Solon  arrivée  environ  cinq  ans  auparavant,  mais  le  code  de  Scdon 
est  bien  antérieur  (ôgS). 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  1Ô3 

quUs  n abandonnèrent  que  quand,  à  une  période 
secondaire,  à  Timitation  de  leurs  nouveaux  alliés, 
les  Egyptiens ,  ils  prirent  Tusage  de  se  dévêtir. 

De  même  trouvons-nous  dans  Homère ,  à  part  cer- 
taines exceptions  {Iliade,  IX,  i45,  XVI,  178-190) 
à  la  base  de  Tunion  matrimoniale,  1  argent,  spécifié, 
jusque  pour  les  dieux  —  cela  est  dit  dans  ¥Ody$$ée 
poui'  Vuicain  et  Vénus  (voir  aussi  Iliade  y  IX,  46, 
288)  —  soit  à  titre  de  don  nuptial  analogue  au 
tirhata,  soit  à  titre  de  dot,  comparable  au  ierikta 
ou  au  nadunnUf  et  que  la  famille  de  fépoux  était 
obligée  de  rendre  —  cela  est  prévu  par  Télémaque 
pour  sa  mère  —  en  cas  de  dissolution  du  mariage 
ou  dune  nouvelle  union,  absolument  comme  cela 
se  pratiquait,  tant  d'après  le  Code  de  Hammou- 
rabi^  que  siutout  d  après  celui  qui  était  pratiqué  sous 
Nabuohodonosor. 

Mais  combien  maîtresse  d  elle-même,  combien 
honorée  était  Tépouse,  la  Pénélope  que  l'immortel 
chantre  des  Grecs  a  si  bien  peinte,  et  les  autres 
femmes  de  la  même  période!  Quon  relise  dans 
Y  Odyssée  l'arrivée  d'Ulysse  chez  les  Phéniciens  et  sa 
réc^[^n  où  la  reine  tient  autant  de  place  que  le  roi^; 

^  Notons  d*aUieurfl  q«e  >  comme  cUos  ia  Gbaldée  àe  Uêmmonr^hi 
et  dans  TEgypte  de  la  XII"  dynastie ,  à  côté  de  Tépouse ,  en  Grèce 
aussi  bien  qu'à  Troie  (Athénée,  LXin)  les  concubines  esclaves  pou- 
vaient esisler.  Priain ,  Achille ,  Nestor  même  en  eurent. 

^  Ulysse  dit  alors  à  leur  fille  Nausicaa  :  «Que  las  dieux,  ea  v4M1s 
donnant  un  époux ,  répandent  entre  vous  et  lui  cette  tendresse  qui 
fait  le  bonheur  des  familles.  Il  nest  pas  de  bien  plus  graod  que 
celui  de  deux  époux  qui,  n'ayant  qu'une  même  pensée,  goaversent 


16'4  MARSAVRIL   1906. 

1  arrivée  de  Télémaque  dans  la  ville  de  Sparte  où  il  est 
accueilli  par  la  célèbre  Hélène;  Tapparition  de  Péné- 
lope dans  la  salle  où  les  prétendants  s'inclinent  devant 
elle,  etc.  Certes  la  femme  alors  est  libre.  De  cette 
liberté  elle  pouvait  sans  doute  abuser,  comme  la  belle 
Hélène  ou  comme  la  femme  d'Agamemnon,  dont  le 
veuvage  se  prolongeait  trop  à  son  avis.  Mais  cet  abus 
lui-même  prouve  le  droit  :  et  d'ailleurs  les  poètes  tra- 
giques, s  inspirant  des  mêmes  traditions  antiques  que 
le  vieil  aveugle,  nous  ont  aussi  peint  des  Ântigones 
et  d'autres  héroïnes  non  moins  aimables  et  non 
moins  courageuses. 

Tout  autre  et  bien  autrement  triste  est  le  spectade 
que  nous  offre  la  période  ayant  suivi  l'invasion  do- 
rienne. 

Il  y  a  des  choses  qu'on  ne  peut  exposer  en  détail 
publiquement.  Aussi  glisserai-je  légèrement  sur  la  ci- 
vilisation qui  se  substitua  à  celle  à  laquelle  apparte- 
nait Ménélas,  dans  sa  propre  patrie,  c est-à-dire  à 
Lacédémone  ou  Sparte,  quand  toute  lancienne  po- 
pulation fut  transformée  en  Ilotes,  et  quand,  après 
cela,  en  pleine  paix,  le  jeune  Spartiate  fut  autorisé, 
pour  s'exercer  aux  armes ,  à  traquer  et  à  tuer,  en  par- 
lie  de  chasse,  celui  qu'il  voulait  des  sujets  ou  plu- 
tôt des  esclaves  de  sa  race.  Le  droit  de  la  gtterre 
avait  purement  et  simplement  amené  avec  lui,  d'une 
façon  continue ,  le  droit  du  plus  fort.  Aussi  la  femme 
perdit-elle  toute  dignité ,  même  chez  les  vainqueurs. 

avec  sagesse  leur  maison  et  leur  famille.  »  L'Iliade  fait  tenir  à 
Achille  un  langage  très  analogue. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  165 

Le  ménage  ne  fut  quun  vain  mot  pour  des  familles 
dont  chaque  individu  vivait  à  part,  bien  qu'avec  une 
table  commune  soit  pour  les  hommes,  soit  pour  les 
femmes,  où  les  enfants  étaient  la  propriété  de  TEtat, 
qui  choisissait  et  élevait  les  plus  beaux  individus  en 
jetant  les  autres  dans  TEurotas,  et  oii  un  beau  gars 
pouvait  choisir,  pour  en  avoir  une  progéniture, 
même  ime  femme  mariée  dont  il  faisait  la  demande 
aux  magistrats.  Aussi  ne  faut-il  pas  nous  étonnor  si , 
à  Tépqque  romaine,  on  venait  encore  curieusement  à 
Sparte  pour  voir  lutter  des  femmes  entièrement 
nues,  ayant  laissé  toute  la  pudeur  de  leur  sexe. 

Tirons  le  voile  sur  ces  choses  et,  laissant  les  Do- 
riens  et  Lycurgue,  venons-en  à  ce  qui  restait  des 
Ioniens  eux-mêmes,  libres  encore,  c'est-à-dire  aux 
Athéniens  et  à  Solon. 

Solon  avait  longtemps  séjourné  en  Egypte.  Il  en 
avait  admiré  les  institutions  ;  et ,  pour  fétat  des  biens , 
il  imita  en  très  grande  partie  dans  son  code  celui  de 
Bocchoris,  en  le  développant  à  sa  manière. 

Mais,  en  ce  qui  concerne  la  femme,  il  fut  forte- 
ment scandalisé  par  la  grande  liberté  qu  on  lui  laissait 
encore  en  Egypte  :  ce  qui  s'expliquait  fort  bien  par 
suite  du  mouvement  général  qui  entraînait  dans  un 
sens  tout  opposé  les  gens  de  même  souche  que  lui. 
En  effet,  chez  les  différents  peuples  de  la  race  gréco- 
latine,  la  plupart  des  législateurs,  sinon  tous,  dans 
leurs  imaginations  si  diverses  d'ailleurs,  s'accordaient 
sur  un  point  :  celui  d'abaisser,  d'annihiler,  d'avilir 
la  femme  d'une  façon  quelconque,  mais  beaucoup 


166  MARS-AVRIL   1006. 

plus  bas  encore  que  ne  l'avait  fait  Hammourabi. 
Imbu  des  mêmes  idées,  Solon  avait  donc  enlevé  aux 
femmes  toute  part  d'hérédité  quand  elles  avaient  des 
frères;  et  quand  elles  n'en  avaient  pas,  il  en  avait  fait 
un  accessoire,  une  charge  de  l'hérédité.  Le  père  qui 
laissait  après  lui  des  fils  ne  pouvait  tester  sur  quoi 
que  ce  fût.  Ses  biens  appartenaient  en  entier  à  ses 
fils  à  l'instant  même  où  il  mourait,  comme  ils  lui 
avaient  appartenu  jusqu'à  ce  moment  à  lui-^méme.  S'il 
n'avait  point  de  (ils,  mais  seulement  une  fille ^ Solon 
lui  permettait  de  tester^  aussi  bien  que  s'il  n'avait 
pas  eu  d'enfants.  Seulement  il  était  obligé  de  ne  pas 
séparer  la  fille  de  l'héritage.  Il  devait  donner  l'une 
avec  l'autre.  Son  héritier  ne  pouvait  pas  ne  pas  être 
en  même  temps  son  gendre. 

Si  le  père  n'avait  pas  testé,  l'hérédité  allait  aux 
parents  les  plus  proches ,  mais  avec  la  fille.  Poiu*  en- 
trer en  possession  des  biens  auxquels  la  parenté  lui 
donnait  droit,  l'héritier  devait  s'adresser  aux  magis- 
trats qui ,  après  avoir  fait  demander  solennellement 
par  le  héraut  si  personne  ne  se  présentait  pour  invo- 
quer une  parenté  plus  proche ,  lui  donnait  le  droit 
de  posséder  à  la  fois  les  biens  et  la  fille. 

'  Pour  toutes  les  questions  relatives  à  rhërédité  non  testamen- 
taire dans  le  droit  de  Solon,  voir  ce  que  j'ai  dit  dans  mon  volume 
sur  la  «  propriété  »  p.  221  et  suiv.  On  distinguait  entre  la  branche 
paternité  et  la  branche  maternelle.  L'héritier  m  Aie  ou  l'épiclère 
était  pris  jusqu'au  degré  de  cousin  germain  dans  la  première,  ou, 
à  défaut  de  celle-ci,  dans  la  seconde,  en  donnant  même  la  pré- 
férence au  mâle  plus  éloigné  qu'une  femme  d*un  seul  degré. 
Ensuite  un  en  revenait  définitivement  à  la  première. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  167 

Cette  adjudication  n  était  que  provisoire.  Dès  le 
lendemain,  un  autre  pouvait  se  présenter;  un  procès 
s'engageait  alors ,  et  le  nouveau  venu,  s'il  l'emportait , 
prenait  à  la  fois  la  fille  et  le  bien.  Il  n  y  avait  pas 
d'ailleurs  de  limite  pour  ces  réclamations  successives, 
car  Solon  avait  établi,  de  la  manière  la  plus  for> 
melle,  que  le  possesseur  d*un  héritage  ainsi  adjugé 
par  le  magistrat  ^  et  de  l'orpheline,  attachée  comme 

*  Avant  d'adjuger  la  possession  à  un  héritier  prétendu ,  le  ma- 
gistrat faisait  demander  par  le  héraut  si ,  parmi  les  personnes  pré- 
sentes, ne  se  trouvait  pas  de  compétiteur;  et  après  cela  l'adjudication 
n'était  encore  que  provisoire ,  tous  ceux  qui  le  voulaient  pouvaient 
agir  contre  le  possesseur  de  l'héritage  et  le  revendiquer  sur  lui. 
Tel  qui  ne  s'était  pas  présenté  d'abord  ou  qui ,  présent ,  n'avait  rien 
dit  lors  de  Tappel  fait  par  le  héraut,  n'en  pouvait  pas  moins,  se 
ravisant,  faire  valoir  ses  droits  à  son  tour  après  des  semaines  ou 
des  mois.  A  défaut  d'actes  de  l'état  civil,  avec  cette  donnée  que  les 
témoignages  avaient  plus  de  force  probante  que  l'inscription  sur 
les  registres  soit  de  la  phratrie ,  soit  du  dème,  il  n'était  pas  toujours 
facile  d'établir  nettement  les  degrés  de  parenté  ;  et ,  quand  il  s'agis- 
sait d'une  succession  riche,  il  ne  manquait  pas  d'intrigants  qui  se 
forgeaient  une  généalogie,  appuyée  sur  des  témoignages  facilement 
prêtés  pour  un  bon  prix  ;  parfois  les  héritiers  sérieux  ne  venaient 
qu'en  dernière  ligne,  quand  la  malheureuse  épiclère,  adjugée  à  l'un 
puis  à  l'autre,  avait  passé  de  main  en  main.  Et  celui  qui  la  con- 
servait en  définitive ,  qu'était-il  souvent  ?  Un  viveur,  perdu  de  dé- 
bauches ,  qui ,  après  avoir  dissipé  avec  des  hétaïres  ses  biens  person- 
nels ,  s'était  souvenu  un  beau  jour  d'une  parenté  négligée  et  d'une 
épiclère  richement  pourvue.  Il  devait  avoir  l'usufruit  des  biens 
jusqu'à  ce  qu'un  enfant  né  de  l'épidère  fût  parvenu  à  l'âge 
d'homme  et  délivrât  ainsi  de  son  tyran  sa  mère ,  la  pauvre  victime. 
D'après  cela ,  une  loi  de  Solon ,  que  Plutarque  rapporte  en  s'en  in- 
dignant fort,  nous  paraît  être  le  complément  bien  calculé, 
presque  indispensable,  de  toute  celte  législation  contre  nature  sur 
les  épiclères.  Quand  cette  femme,  qui  soupirait  après  la  naissance 
d'un  enfant,  se  trouvait  frustrée  de  cette  espérance  par  l'homme 


168  MARS-AVRIL  1906. 

épiclère  à  cet  héritage,  resterait  toujours  exposé  aux 
revendications  des  tiers. 

On  ne  s  était  pas  occupé  le  moins  du  monde  de  la 
dignité,  de  la  pudeur^  des  sentiments  intimes,  répid- 

avide  qui  la  possédait ,  elle  pouvait  appeler  à  son  aide ,  sans  être 
accusée  d'adultère,  un  parent  quelconque.  L'important  était  que 
son  choix  ne  s'égarât  pas  hors  de  la  famille,  puisque  le  désir  de 
resserrer  le  plus  possible  les  liens  de  famille  avait  inspiré  toutes 
ces  lois  (comme  celles  qui  réglaient  le  lévirat  des  Hébreux  et  dont 
le  livre  de  Ruth  nous  a  conservé  un  bon  exemple). 

^  Selon  n'avait  d'ailleurs  pas  estimé  à  un  taux  élevé  la  pudeur 
de  la  femme.  L'homme  qui  violait  une  femme  libre  était  seulement 
condamné  à  une  amende  de  dix  drachmes,  tandis  que  cdui  qui  en 
abusait  sans  violence,  après  l'avoir  séduite,  avait  à  payer  le 
double  :  vingt  drachmes.  Hâtons-nous  de  dire  que  les  lois  de 
Dracon  sur  le  meurtre,  lois  plus  anciennes,  impliquaient  une 
sanction  tout  autre  pour  l'adultère  et  le  stnprmn.  Ces  lois ,  qui  res- 
taient en  vigueur  à  l'époque  de  Démosthène,  couvraient  d'une  excuse 
légitime  celui  qui ,  emporté  par  une  juste  colère ,  tuait  sur  le  fait 
le  coupable  surpris  avec  sa  femme,  avec  sa  fille,  avec  sa  sœur,  avec 
sa  mère ,  ou  même  avec  une  «raAAaxYf  d'une  certaine  catégorie.  De 
leur  côté ,  les  lois  religieuses  interdisaient  l'entrée  des  temples  aux 
femmes  adultères  et  donnaient  à  quiconque  les  y  trouvait  le  droit 
de  les  punir  corporellement ,  comme  ils  l'entendaient ,  la  mort  ex- 
ceptée. L'indulgence  de  Selon  n'en  est  que  plus  choquante,  et 
l'explication  que  l'orateur  Lysias  dans  son  plaidoyer  sur  le  meurtre 
d'Ëratosthènes  a  donnée  au  sujet  de  la  punition  plus  forte  pour  la 
séduction  que  pour  le  viol  montre  mieux  encore ,  s'il  est  possible , 
le  peu  de  cas  qu'on  faisait  de  la  femme  et  de  sa  pudeur.  Suivant 
lui ,  ie  viol  ^  peu  de  conséquence ,  puisque  la  femme  irritée  de  la 
violence  qu'elle  subit  n'en  appartient  pas  moins  à  son  mari ,  à  son 
x^ptos*y  tandis  que,  les  séducteurs,  en  corrompant  les  âmes  de  leurs 
maîtresses,  les  rendent  plus  attachées,  plus  domestiquées  à  eux 
qu'aux  maris,  etc.  Toutes  ces  considérations,  se  rapportant  exclu- 
sivement à  l'homme,  à  sa  maîtrise,  à  son  intérêt,  ne  sauraient 
d'ailleurs  expliquer  la  loi  de  Selon  comparée  à  celle  de  Dracon. 
L'explication  est  que  les  lois  de  Solon  résultiiient  d'un  nouvel  état 


LA   FEMME  DANS  L^ANTIQUITE.  169 

sîfs  ou  tendres,  de  la  pauvre  femme,  qui  passait  ainsi 
de  main  en  main. 

Peu  importait  d'ailleurs  qu'elle  eût  été  mariée  par 
le  père  lui-même  de  son  vivant,  si  le  père  avait  ou- 
blié, ou,  pour  une  raison  quelconque,  n'avait  pas 
voulu  instituer  son  gendre  héritier.  Dans  ce  cas, 
rhéritierdu  sang,  à  défaut  de  testament  formel,  in- 
voquait ses  droits  sur  les  biens  et  sur  la  femme,  Tar- 
rachant  ainsi  aux  bras  de  son  époux.  Et  n'allez  pas 
croire  que  c'était  là  un  cas  très  rare ,  une  de  ces  lé- 
gislations contraires  aux  mœurs,  et  qui  ne  s'ap- 
pliquent pas  en  pratique.  Au  contraire,  l'orateur 
Isée,  qui  lut,  dit -on,  l'un  des  principaux  maîtres 
de  Démosthène,  signale  expressément,  dans  un  de 
ses  plaidoyers,  la  grande  fréquence  de  ces  ruptures 
de  l'union  conjugale,  malgré  l'affection  la  plus  sin- 
cère et  la  plus  profonde  de  part  et  d'autre,  parce 
que  le  mari  n'était  pas  l'héritier  du  sang,  ni  l'héri- 
tier testamentaire  du  père  de  sa  femme. 

C'est  même  pour  cela  que  les  Athéniens  avaient 
contracté  l'habitude  d'épouser  toujours  leur  plus 
proche  parente ,  celle  qu'ils  auraient  pu  revendiquer 
d'après  la  loi  même  de  Solon,  si  leur  beau-père 
n'avait  pas  testé. 

Hs  allaient  même  très  loin  dans  ce  sens;  car  on 
avait  admis  qu'un  frère  pouvait  épouser  sa  sœur  de 
père  quand  elle  n'était  pas  en  même  temps  sa  sœur 

de  choses,  coïncidant  avec  un  changement  de  gouvernement,  et 
dans  lequel  la  femme  était  abaissée  autant  que  possible,  à  l'inverse 
de  ce  qui  existait  en  Egypte. 


170  MARS-AVRIL   1906. 

de  mère^.  Aussi  les  proches  parents,  pour  plus  de 
sûreté ,  se  faisaient-ils  encore  adopter  par  leur  beau- 
père  de  son  vivant.  Us  devenaient  ainsi  le  frère  de 
père  de  leur  femme;  et  nul  ne  pouvait  jamais  invo- 
quer une  parenté  plus  proche  que  celle-là, 

La  femme  était  d  ailleurs  toujours  dans  une  dé* 
pendance  absolue  d  après  les  lois  de  Solon. 

Soumise  d'abord  à  son  père,  elle  Tétait  ensuite  à 
ses  frères,  si  elle  n'était  point  encore  mariée,  à  son 
époux,  si  elle  Tétait. 

Ce  n  est  pas  tout.  Si  Torpheline  qui  n  avait  point 
de  frère,  et  qui  par  cela  même  était  attachée  à  ITié- 
ritage  de  son  père,  engendrait  un  (ils  dun  de  ceux 
qui  Tavaient  légitimement  possédée  avec  Théritage, 
ce  fils,  dès  qu'il  atteignait  Tâge  de  la  majorité  lé- 
gale, devenait  le  maître,  le  xvptoç^  le  propriétaire, 
Théritier  de  tout.  Jusque-là  les  maris  de  Tépiclère,  de 
la  femme  attachée  à  cet  héritage,  nen  avaient  joui 
que  pour  le  lui  passer  le  jour  où  il  deviendrait  un 
citoyen.  Ce  jour-là,  cette  femme,  sa  mère,  avait  en- 
core à  suivre  Théritage ,  car  elle  tombait  sous  la  puis- 
sance de  son  fds ,  qui  lui  mesarait  désormais  la  noor- 
ritare,  suivant  les  termes  mêmes  de  la  loi  de  Solon. 

*  Le  même  désir  qui  avait  fait  permettre  à  Athènes  le  mariage 
entre  frères  et  sœurs  consanguins ,  avait  rendu  extrêmement  fré- 
quents les  mariages  entre  oncle  et  nièce.  Cest  à  ce  point  qu*an 
orateur,  pour  montrer  Tâpreté  de  Tanimôsité  régnant  entre  deux 
frères ,  insiste  beaucoup  sur  ce  fait  que ,  le  plus  âgé  ayant  des  filles , 
il  n'y  avait  pas  eu  de  mariage  entre  une  de  ces  filles  et  leur  oncle. 
11  rappelle  complaisamment  combien  souvent  les  haines  de  famille 
s'étaient  apaisées  à  Toccasion  d'unions  semblables,  qui  étaient  de 
règle  pour  ainsi  dire. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  171 

H  ny  avait  donc  jamais  d  affranchissement  pos- 
sible pour  ia  femme  sous  cette  loi.  Fille,  sœur, 
épouse  ou  mère,  elle  ne  jouissait  jamais  d  aucun  des 
privilèges  de  la  condition  libre  ^ 

'  Dans  les  récits  de  Démosthène,  la  femme  est  entièrement 
passive.  De  ses  désirs ,  de  ses  affections ,  nul  ne  s'occupe.  En  effet , 
la  femme  à  Athènes  —  et  chez  ceux  des  Greci  qui  avaient  adopté 
un  droit  analogue  —  avait  toujours  un  rôle  complètement  effacé. 
On  n'admettait  pas  qu'elle  pût  manifester  par  elle-même  une  vo> 
lonté  efficace.  Il  fallait  qu'un  maître  l'eût  livrée  au  mari  pour  que 
son  union  fût  légitime  :  et  son  mari  devenait  son  maître ,  si  son 
père  ne  Tétait  plus.  C'est  pourquoi  on  voit  des  maris ,  jouant  le 
rôle  de  xipioSy  livrer  eux-mêmes  leur  femme  à  d'autres  comme 
épouse,  ou  la  leur  léguer  par  testament.  Un  banquier  d'Égine, 
Strimodore,  pour  mieux  s'attacher  un  serviteur  qui  était  en  même 
temps  son  mandataire  et  son  caissier,  lui  fit  épouser,  de  son  vivant, 
sa  propre  femme,  et,  après  que  celle-ci  fut  morte,  il  lui  fit  épou- 
ser sa  fille.  De  même,  pour  des  motifs  semblables,  plusieurs  ban- 
quiers d'Athènes  cédèrent  aussi  leurs  femmes  à  des  commis  qui 
faisaient  leurs  affaires,  tenaient  leurs  livres,  maniaient  leur  ar- 
gent et  qui  avaient  été  affranchis  par  eux  :  Socrate  à  Satyros ,  So- 
dés à  Timodéme ,  etc.  Le  célèbre  banquier  Pasion ,  père  d'Apol- 
lûdore ,  avait  disposé  testamentairement  de  sa  femme  au  profit  de 
son  ancien  caissier,  de  son  successeur  dans  sa  banque,  de  Taffran- 
chi  Phormion  pour  lequel  plaida  Démosthène.  Le  père  de  Démos- 
thène  lui-même  —  dans  l'intérêt,  non  point  de  sa  caisse,  puis- 
qu'il ne  possédait  pas  de  banque ,  mais  de  ses  enfants  en  tutelle  — 
légua  à  un  de  leurs  tuteurs  sa  femme ,  avec  une  bdle  dot ,  et  à  un 
des  autres  sa  fille. 

Ces  sortes  de  dispositions  entre  vifs  et  testamentaires  paraissaient 
toutes  naturelles.  Quelquefois  elles  étaient  dictées  par  une  intention 
bienveillante  pour  ia  femme  que  l'on  cédait  et  la  famille  de  cette 
femme.  Isée,  par  exemple,  raconte  comment  un  vieillard,  n'espé- 
rant plus  avoir  d'enfants  d'une  femme  qu'il  aimait  beaucoup ,  la  fit 
marier  à  un  autre  homme  afin  de  pouvoir  en  adopter  le  frère, 
qu'il  voulait  avoir  pour  héritier.  En  effet,  une  loi  de  Solon  annu- 
lait tous  les  testaments  faits  par  l'influence  d'une  femme. 

Il  avait  espéré  qu'en  éloignant  de  lui   celle  qu'il  avait   surtout 


172  MARS-AVRIL    1906. 

Si  c'était  une  femme  honnête,  elle  devait  rester 
renfermée  dans  un  gynécée,  dans  un  quartier  de 
la  rtïaison  fermé  à  tous  les  visiteurs.  Elle  ne  devait 
jamais  paraître  à  aucun  repas  où  se  trouvait  un 
homme,  quelque  ami  fût-il.  C'était  là,  disait-on,  le 
fait  des  courtisanes. 

Les  courtisanes  étaient  généralement  des  étran- 
gères, souvent  des  affranchies,  et  elles  avaient  pris, 
à  Athènes,  d'autant  plus  de  place  dans  la  vie  pu- 
blique, dans  la  vie  sociale  —  et  souvent  aussi  dans 
la  vie  privée  —  que  la  femme  honnête  en  avait 
moins. 

Ce  n'était  pas  là  sans  doute  ce  qu'avait  dû  vouloir 
le  sage  Solon.  Je  le  pense  du  moins,  quoique  des 
poésies  amoureuses,  d'un  genre  bien  léger,  aient  été 
mentionnées  ou  textuellement  citées  comme  de  ce 
grave  législateur  par  un  grand  nombre  d'auteurs 
classiques.  Suivant  Plu tarque,  Solon,  qui  d'ailleurs 
se  défiait  des  femmes  à  un  tel  degré  qu'il  annulait 
tous  les  testaments  ou  les  actes  faits  sous  leur  in- 
fluence ,  Solon ,  dis-je ,  interdit  qu'elles  fussent  dotées , 
comme  cela  se  pratiquait  aux  temps  homériques,  ou 

en  vue  lorsque,  par  affection,  il  en  choisissait  le  frère  pour  maître 
(le  ses  biens  après  sa  mort  et  pour  son  fils ,  il  pourrait  craindre  par 
là  qu'on  annulât  le  testament  fait  en  faveur  de  celui-ci.  Il  y  eut 
pourtant  procès  et  c'est  ainsi  qu'Isée  nous  a  conservé  cette  histoire. 
A  Athènes,  les  droits  du  mari  disposant  de  sa  femme  sans  la 
consulter,  et  même  ceux  du  père  rompant  sans  motif  Tunion  con- 
jugale de  sa  fille,  malgré  l'amour  des  deux  époux  l'un  pour  Tautre, 
choquaient  d'autant  moins  que  le  jeu  des  institutions  relatives 
aux  héritages  et  aux  épiclères  amenait  natarellement  des  résultats 
semblables  quand  le  père  s'était  abstenu. 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITE.  173 

qu  elles  eussent  un  trousseau  qui  comptât.  11  voulait 
que,  pour  être  complètement  à  la  merci  de  Thomme, 
1  épouse  qui  n'était  pas  livrée  à  Théritier  par-dessus 
rhiîritage  en  qualité  d'épiclère,  n  apportât  rien  à  son 
mari,  nen  reçût  rien  en  propriété,  ne  devînt  maî- 
tresse de  rien.  Craignant  qu  elle  n  allégeât  ce  joug ,  il 
se  défiait  avec  raison  des  dots. 

Ce  fut  en  effet  par  les  dots,  rétablies  bientôt  à 
Athènes  sous  finfluence  du  droit  des  gens  et  en  imi- 
tation des  mœurs  chaldéennes  de  la  période  clas- 
sique qui  se  répandaient  de  proche  en  proche,  ce 
fut  par  les  questions  d'intérêt  que  les  femmes ,  mal- 
gré les  lois ,  reprirent  comme  autrefois  une  certaine 
influence. 

Nous  aurons  à  revenir  bientôt  sur  toute  cette  ques- 
tion des  dots  et  sur  la  situation  relativement  plus 
favorable  et  le  franc  parler  que  Tépouse  richement 
dotée  finit  par  avoir  toujours  et  partout.  Peu  impor- 
tait d'ailleurs  que  la  dot  ne  dût  pas  lui  être  remise  à 
elle-même  en  cas  de  divorce,  quelle  dût  revenir  à  son 
père  ou  à  ses  frères.  Le  mari  n'en  avait  pas  moins  la 
crainte  d'être  alors  dépouillé  de  sommes  importantes 
qu'il  lui  faudrait  rendre  aussitôt  le  mariage  dissous. 
D'ailleurs,  une  fois  la  dot  admise  dans  les  coutumes, 
elle  fut  sauvegardée  à  Athènes,  comme  partout  où 
elle  exista,  par  un  ensemble  de  règles  spéciales.  Ceux 
qui  la  détenaient  indûment  devaient  en  payer  les 
intérêts  à  un  taux  élevé.  Ils  étaient  en  outre  exposés 
à  une  action  en  pension  alimentaire  et,  de  plus, 
comme   cela   se   faisait   en    Chaldée,   ils   devaient 


174  MARS-AVRIL   1006. 

donner  en  garantie  une  hypothèque  sur  leurs 
biens.  La  rondeur  de  lapport  dotal  —  son  im- 
portance proportionnelle  relativement  à  la  for- 
tune du  mari  —  était  donc  ce  qui  pouvait  le  mieux 
—  bien  que  d  une  manière  indirecte  —  relever  la 
dignité  de  la  femme.  Mais  la  plupart  des  dots  qu  on 
trouve  mentionnées  dans  les  plaidoyers  d'Isée,  de 
Lysias,  de  Démosthène,  sont  encore  très  faibles;  et 
la  fenune,  du  moins  d'ime  façon  générale,  parait 
rester  à  cette  époque  singulièrement  avilie.  D  fallait 
qu'elle  le  fut  bien ,  que  les  mœurs  publiques  fussent 
tombées  bien  bas,  pour  quon  pût  faire  licitement, 
sans  rougir,  rédiger  et  signer  en  (pialité  d'arbitres, 
accepter  en  qualité  d'intéressés ,  lire  en  public  devant 
cinq  cents  juges,  des  transactions  telles  que  celles 
qui  sont  rapportées  dans  le  procès  contre  Néréa, 
dans  laffaire  parallèle  de  Phano  et  dans  certains 
plaidoyers  de  Lysias. 

Nous  ne  saluions  citer  ici  le  texte  de  ces  transac- 
tions et  nous  renverrons  pour  les  deux  premières  à 
la  traduction  qu  en  a  donnée  M.  Dareste  dans  sa 
publication  des  plaidoyers  civils  de  Démosthène. 
Ce  que  nous  pouvons  dire  seulement,  cest  qaom 
disposait  de  la  femme,  sans  la  coosuiter,  axnme 
dun  animal,  comme  d'un  être  absolument  passif; 
que  le  père  ou  le  Kupios  ne  s  engageait  pas  seulement 
pour  des  mariages  proprement  dits;  et  qu  entre 
plusieurs  compétiteurs  on  tenait  compte  à  la  fois  des 
prétentions  rivales. 

Après  cda  ,  faut-il  s'étonner  de  voir  des  femmes 


LA  FEMME  DANS   L*ANTIQUITÉ.  175 

libres,  tombées  entre  les  mains  de  pirates  ou  d'en- 
nemis et  rachetées  par  des  Athéniens  —  au  lieu 
d'être  aussitôt  rendues  à  la  situation  de  femmes  libres 
par  leffet immédiat  d'un post-Uminiam ,  au  lieu  d'être , 
au  moins,  protégées  dans  leur  dignité  et  dans  leur 
vertu  —  rester  au  même  titre  que  des  esclaves  vérita- 
bles, en  la  possession  de  leurs  rédempteurs.  Jusqu'à 
ce  qu'elles  les  eussent  remboursés,  elles  n'avaient, 
par  rapport  aux  esclaves  véritables ,  d'autre  privilège 
que  celui  de  n'être  pas  mises  à  la  torture  pour 
prêter  témoignage,  même  par  la  volonté  de  ceux 
qui  les  possédaient.  £t  encore  un  client  de  l'orateur 
Lysias  trouve-t-il  que  cette  distinction  est  abusive  et 
déraisonnable.  En  effet,  si  les  Athéniens  avaient  eu 
le  moins  du  monde  le  respect  de  la  femme,  ils 
eussent  certainement  préféré  mettre  son  corps  à 
la  torture,  que  sa  pudeur  à  ia  merci  de  libérateurs 
prétendus. 

Au  point  de  vue  moral,  mille  fois  mieux  valait 
la  liberté ,  excessive  sans  doute ,  toujours  labsée  à  la 
femme  par  les  mœurs  en  Egypte,  que  cette  dépen- 
dance perpétuelle  qu'on  lui  imposait  à  Athènes.  Même 
quand,  par  suite  des  réformes  juridiques  qui  se  suc- 
cédèrent, aura  disparu  le  mariage  religieux  essentiel- 
lement monogame  que  nous  avons  décrit  dans  la 
première  partie  de  cette  étude ,  la  fenune  égyptienne, 
habituée  à  traiter  elle-même  ses  affaires ,  à  aller  chez 
le  notaire  y  débattre  ses  intérêts ,  acquerra  une  |)ré- 
voyance,  un  savoir-faire,  un  esprit  de  conduite  qui 
l'empêchera  d'être  victime  et  lui  fera  transformer 


176  MARS-AVRIL    J906. 

une  séduction  possible  en  une  union  solide  et  durable. 
La  science  des  contrats  fera  ainsi  pour  elle,  plus 
efficacement  encore  peut-être,  ce  que  les  coutumes 
et  les  lois  font  en  Angleterre  pour  les  jeunes  filles  qui , 
là  aussi,  peuvent  s  unir  en  mariage  —*•  et  par  consé- 
quent être  courtisées  —  sans  le  consentement,  ou 
même  Tavis ,  d'aucun  membre  de  la  famille. 

Nous  vous  montrerons  en  elfet  bientôt  comment 
les  Égyptiennes,  parle  simple  jeu  des  contrats,  par- 
viendront alors  à  abolir  en  fait  la  polygamie  existant 
en  droit  et  dont  les  familles  de  choachytes ,  etc. ,  — 
si  bien  connues  dans  leur  histoire  par  Tensembie 
de  leurs  papiers  —  ne  nous  ofiFrent  aucime  trace. 

A  Athènes,  au  contraire,  la  pluralité  des  épouses 
et  des  ménages,  permise  par  une  loi  du  peuple, 
suivant  le  témoignage  d'Athénée  et  d'Aulu-Grelle, 
était  non  moins  admise  en  fait,  par  les  mœurs, 
qu'en  droit,  par  la  législation.  Certains  détails  des 
plaidoyers  des  orateurs  de  la  grande  époque  nous 
en  donnent  la  preuve  évidente. 

Quand,  après  les  lois  d'Euclide,  les  Athéniens 
devinrent  le  plus  exigeants  sur  les  conditions  d'une 
filiation  légitime,  tout  ce  qu'ils  demandèrent  au 
père,  ce  fut  le  serment  que  le  fils,  présenté  par  lui 
à  la  phratrie,  était  né  d'une  Athénienne,  garantie 
telle  par  un  KÔpios,  Athénien  lui-même.  Nous  ne 
pouvons  pas  entrer  ici  dans  l'exposé  des  variations 
de  la  législation  sur  ce  sujet.  Mais  il  est  certain  que, 
pendant  tout  le  temps  où  Athènes  fut  organisée 
comme   une   cité   guerrière  ayant  des   aspirations 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  J77 

pour  la  conquête  —  c  est-à-dire  depuis  Soion  jus- 
qu'à Alexandre,  —  la  femme  y  tint  si  peu  de  place 
qu  un  maris^e  ne  relevait  guère  sa  dignité. 

Elle  ne  tenait  pas,  d'ailleurs,  beaucoup  plus  de 
place  dans  les  autres  contrées  de  la  Grèce. 

Athènes  n'était  pas,  en  effet,  la  seule  ville  qui  fît 
des  épiclères  une  annexe  de  l'héritage  et  appelât  les 
parents  les  plus  proches  k  recueillir  à  la  fois  le  tout. 

S'inspirant  peut-être  de  ses  lois,  alors  qu'elle  avait 
l'hégémonie ,  d'autres  cités  et  états  grecs  avaient 
établi  un  droit  semblable.  Les  épiclères  y  étaient 
également  attribuées  par  sentences  —  sans  être  con- 
sultées en  rien  —  à  ceux  que  Ion  jugeait  venir  en  pre- 
mier rang  dans  les  successeurs  du  défunt.  La  preuve 
testimoniale^ —  avec  l'incertitude  et  les  contradictions 
qui  peuvent  en  résulter  —  y  était ,  du  reste ,  égale- 
ment '  prépondérante  en  tout  ce  qui  touchait  l'his- 
toire des  familles ,  les  alliances  et  les  parentés.  Par  suite 
donc,  naturellement,  dans  une  revendication  d'hé- 
ritage avec  épiclère,  ceux  qui  voyaient  leurs  compé- 
titeurs l'emporter  sur  eux  pouvaient  prétendre  qu'on 
leur  avait  fait  injustice  en  le  sachant  bien ,  par  inimitié. 

Une  guerre  acharnée  n'eut  pas  d'autre  cause,  à 
ce  que  prétend  Aristote  au  livre  v  de  sa  Politique. 
Le  représentant,  le  consul,  ainsi  qu'on  dirait  au- 
jourd'hui, d'Athènes,  ^pé^vns  rris  vrSXecjs,  à  Mity- 
lène,  Mitylénien  de  race,  du  nom  de  Dixandre, 
n'avait  pas  pu  faire  reconnaître  les  droits  de  ses 
fils  sur  l'héritage  d'un  nommé  Timarque  et  sur 
les  filles  de  ce  Timarque  qui,  en  qualité  d'épiclères, 

vu.  1 2 

IMtBIHCKIK    ■ATIOXALR. 


178  MARS-AVRIL   1906. 

devaient  suivre  cet  héritage.  11  se  crut  lésé,  et  il 
parut  croire  qae  sa  situation  de  représentant  at- 
titré d'Athènes  avait  indisposé  les  esprits  contre 
lui.  G  était  une  injure  faite  à  TEtat  qui  lavait  choisi 
pour  proxène.  Les  Athéniens,  excités  par  lui,  en- 
trèrent en  campagne  et  Mitylène  finit  par  être  prise 
par  Pachis,  un  de  leurs  généraux.  Os  y  tenaient 
encore  garnison  quand,  dans  la  aS""  année  de  la 
guerre  du  Péloponèse ,  à  ce  que  rapporte  Xénophon 
dans  son  histoire  grecque,  Gallistrate,  général  lacédé- 
monien,  s'étant  emparé  de  cette  ville  de  vive  force, 
vendit  comme  esclaves  les  gamisaires  athéniens*  Peu 
après,  Gonon  reprit  Mitylène,  et  il  y  était  assiégé  par 
Gallistrate  lorsquç  fut  livrée,  par  la  flotte  quon  en- 
voyait à  son  secours ,  la  fameuse  bataille  des  Arginuses. 

—  Mais  je  me  laisse  entraîner  trop  loin.  Ge  n  est 
pas  le  lieu  de  raconter  toutes  les  conséquence^  éloi- 
gnées de  cette  guerre  de  Mitylène,  née  à  Toocasion 
dune  épiclère;  ni  comment  Ly sandre  établit  dans 
cette  ville,  suivant  le  système  général  des  Spartiates 
pour  tous  les  États  soumis  par  eux,  un  gouverne- 
ment décemviral ,  ni  comment  elle  fut  le  théâtre  des 
derniers  exploits  de  Thrasybule. 

Revenons-en  au  droit  athénien  sur  le  mariage  et 
sur  les  femmes. 

Quand,  après  l'avoir  étudié  dans  les  plaidoyers 

—  c'est-à-dire  dans  les  plus  certains  des  documents 
contemporains,  —  on  en  vient  à  lire  le  traité  des 
Lois  de  Platon ,  on  est  frappé  de  voir  à  quel  point 
le  philosophe,  dans  sa  conception  tout  artificidle. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  179 

avait  su  refléter  l'esprit  des  lois  de  Soion  et  des 
autres  lois  de  la  démocratie  athénienne.  C  est  en 
cda  que  Cicéron  Ta  merveilleusement  imité  dans 
son  propre  traité  des  lois  —  bien  que  leurs  con- 
ceptions, dans  tous  les  détails,  soient  absolument 
dissemblables.  Lun  et  Tautre,  ils  ont  pris  pour 
bases  les  vieilles  lois  de  leur  pays  et,  dans  leurs 
innovations  mêmes,  ils  en  tiennent  le  plus  grand 
compte.  Aussi  leurs  œuvres  ont-elles  une  haute  im- 
portance, chacune  pour  Thistoire  d'un  droit  natio- 
nal. Elles  ont  leur  place  dans  un  milieu  et  dans  un 
temps  déterminés.  Victor  Cousin  lavait  du  reste 
déjà  soupçonné  et  indiqué,  dans  sa  préface  du 
traité  des  Lois  de  Platon. 

Platon  fait  parler  un  Athénien  vivant  sous  une 
démocratie  libre  et  puissante  encore ,  mais  déjà  bien 
déchue.  11  n'a  en  vue  que  la  cité  grecque,  égalitaire, 
étroite  et  fermée.  Ses  rêves  sont  semblables  à  ceux 
de  la  plupart  des  législateurs  de  ces  petites  répu- 
bliques. Ses  souvenirs  sont  ici  de  droit  athénien. 
Lorsque,  par  exemple,  il  veut  qu'on  excuse  le  mari, 
le  père,  le  frère  ou  le  fils  qui  tuent  l'honune  surpris 
avec  sa  femme,  sa  fille,  sa  sœur  ou  sa  mère,  il  ne 
fait  là  que  reproduire  les  dispositions  principales  de 
la  loi  de  Dracon  sur  les  excuses  du  meurtre,  — 
encore  en  vigueur  de  son  temps.  11  se  montre  aussi 
imprégné  de  droit  athénien  lorsqu'il  traite  du  xôpios 
de  la  jeune  fille,  de  son  mariage  par  ëxSoms,  de 
l'hérédité  assurée  par  l'adoption,  etc.* 

Cicéron,  lui,  a  soin  de  mettre  en  scène  un  noble 


180  MARS-AVRIL   1906. 

Romain  d'une  époque  où  Rome  était  devenue  sans 
rivale  pour  ia  domination  du  monde.  11  légifère  en 
songeant  au  monde  à  absorber  dans  le  nom  romain. 
Mais  il  se  garde  bien  de  faire  table  rase  des  tradi- 
tions et  des  lois  des  Quintes.  Dans  ce  livre  —  qui 
nous  est  parvenu  malheureusement  mutilé  —  il 
cite  fréquemment  les  lois  des  XII  Tables;  et  il  a 
soin  de  faire  remarquer  qu'en  formulant  certaines 
règles,  notamment  en  ce  qui  concerne  le  droit  reli- 
gieux, il  a  conservé,  pour  le  fond,  sans  modification 
notable,  ce  qui  existait  alors  à  Rome.  Cependant, 
tout  en  s  appuyant  sur  les  lois  romaines ,  Cicéron , 
voyant  dans  le  monde  une  annexe  de  Rome,  se 
rappelle  en  même  temps  celles  des  peuples  nom- 
breux dont  le  prêteur  pérégrin  avait  dû  tenir 
compte  pour  appliquer  le  droit  des  gens,  suivant 
l'expression  en  usage. 

Platon,  au  contraire,  ne  sort  pas  des  cités 
grecques.  En  méditant  sur  les  lois  d'Athènes ,  il  en 
rapproche  exclusivement  celles  des  hommes  qui 
organisèrent — dans  quelque  autre  démocratie  —  un 
gouvernement  analogue  :  les  lois  égalitaires  du  vieux 
législateur  de  Corinthe,  Phidon;  celles  du  Corin- 
thien Philolaûs,  portées  à  Thèbes,  etc.;  lois  mention- 
nées par  Aristote ,  fixant  les  limites  étroites  entre  les- 
quelles pouvait  osciller  la  fortune  de  chacun;  dé- 
terminant le  nombre  des  maisons,  celui  de^  citoyens, 
les  moyens  d'assurer  ce  nombre,  d'activer  ou  de 
ralentir  la  prolifération,  de  manière  à  maintenir 
toujours  le  cadre,  tel  qu'il  était  à  jamais  fixé.  Dans 


LA  FEJVIME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  181 

ces  combinaisons  artiticielles ,  la  communauté  deve- 
nait le  régulateur  et  le  maître  de  chaque  individu  dans 
tous  ses  actes. 

Chez  les  Spartiates,  les  lois  de  Lycurgue,  aux- 
quelles nous  avons  fait  allusion ,  faisaient  également 
litière  des  sentiments  individuels  dans  Tîntérêt  de  la 
communauté,  oblitérant  même  ce  que  l'homme 
a  de  plus  précieux;  la  conscience;  ordonnant  le  vol 
et  le  meurtre  comme  exercice  préparatoire  en  vue 
de  la  guerre;  enlevant  la  pudeur  aux  femmes 
dans  leurs  gymnases,  dans  leurs  casernes  où  les 
maris  ne  les  visitaient  que  par  accident  et  où  les 
magistrats  pouvaient  intervenir  de  la  façon  qui 
nous  paraît  la  plus  révoltante  du  monde.  L'idée 
qui  domine  dans  toutes  ces  lois,  celle  qui  les 
explique  et  les  exigeait  en  quelque  sorte,  c'est  celle 
de  la  communauté  pensant,  possédant,  agissant, 
voulant,  ayant  vie  complète  et  se  substituant  partout 
à  l'homme. 

Platon  a  su  s'en  rendre  compte  en  véritable  juris- 
consulte :  et,  par  une  formule  saisissante,  il  a  fait 
ressortir  l'esprit  de  toutes  les  vieilles  législations  des 
cités  et  surtout  des  démocraties  grecques.  SeiJement , 
il  faut  suivre  sa  pensée  dans  ses  développements 
successifs,  pour  la  pénétrer  sans  méprise  et  pour 
interpréter  dans  leur  vrai  sens  les  expressions  dont 
il  se  sert. 

Tandis  que,  dans  la  République,  où  il  s'est  inspiré 
des  lois  de  Sparte ,  il  veut  —  comme  dans  cette 
ville —  au  moins  pour  la  classe  des  guerriers,  un 


182  MARS-AVRIL   1906. 

réel  communisme ,  une  mise  en  commun ,  un  partage 
en  jouissance  de  tout,  —  dans  ie  traité  des  Lois, 
au  contraire,  où  il  prend  pour  base  la  législation 
athénienne,  le  mot  commun  ne  signifie  plus  qu*ap- 
partenantàla  communauté,  sous  le  pouvoir  de  la 
communauté,  et  non  livré  à  1  usage  de  tous.  La 
communauté,  c'est  un  être  à  part,  formé  par  l'en- 
semble  des  citoyens,  mais  prenant  personnalité,  pos- 
sédant ses  biens  et  ses  droits,  en  dehors  des  biens 
et  des  droits  individuels. 

Dé  même  qua  Rome,  le  pater  fajmUas,^évi-  in- 
vesti de  toutes  les  capacités,  de  tous  les  pouvoirs 
dans  Ia/ami7ia7maître  de  ses  enfants  et  de  ses  e^ 
claves,  comme  de  ses  biens  meubles  et  immeubles, 
pouvjait  assigner  à  lun  d'eux  —  sans  en  perdre  la 
possession  ou  la  libre  disposition  si  la  fantaisie  lui 
prenait  d'en  disposer,  —  une  partie  de  ses  biens  à 
titre  de  pécule,  de  même  la  communauté  grecque 
du  traité  des  Lois  —  sans  en  perdre  le  domiaimn 
compris  dans  toutes  ses  conséquences  plus  ou  moins 
éloignées  —  livrait  à  chaque  individu  une  partie  de 
ses  biens  à  titre  de  quasi-pécule. 

Quand  donc  Platon  dit  que  les  femmes  sont  com- 
munes, les  enfants  communs,  il  faut  se  donner  la 
peine  de  voir  un  peu  plus  loin  ce  qu'il  entend  par 
ces  expressions. 

Ce  qu'il  veut  dire,  c'est  que  la  communauté  ne 
perd  jamais  ses  droits  sur  les  femmes  et  sur  les  en- 
fants. Elle  pourrait  marier  elle-même  les  jeunes 
filles  ;  et  si  elle  laisse  ce  soin  au  père  ou  au  xtiptos. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  183 

c  est  par  une  sorte  de  délégation ,  qui  n'empêche  ni 
la  surveillance,  ni  Tintervention  en  cas  de  besoin; 
Les  femmes  —  dans  les  Lois  de  Platon,  comme 
à  Athènes  ~  ont  des  époux  qui  les  possèdent  lé- 
gitimement et  les  gouvernent.  Seulement,  quand 
Tintérêt  de  la  communauté ,  de  la  conservation  des 
familles,  etc.,  veut  qu'on  les  reprenne  à  ces  époux, 
pour  les  donner  à  d autres,  il  ny  a  pas  à  hésiter; 
elles  sont  biens  de  communauté ,  dont  la  communauté 
dispose.  De  même,  tout  enfant  né  en  mariage  a  un 
père  désigné.  Mais  si ,  dans  l'intérêt  de  la  commu- 
nauté, il  vaut  mieux  qu'il  soit  attribué  à  un  autre 
père—  pour  que  celui-ci  ait  un  successeur,  qu'une 
maison  ne  reste  pas  vide,  que  le  cadre  soit  au  com- 
plet—  cette  attribution  se  fera  en  vertu  du  pouvoir  de 
maître  appartenant  à  la  communauté.  Entre  toutes 
les  paternités ,  naturelles  ou  non ,  reconnues  par  la 
loi,  il  ne  sera  pas  fait  de  différence,  puisque  le  père, 
par  rapport  au  fils,  n'est  que  le  délégué  de  la  com- 
munauté. 

Non!  Platon,  dans  le  traité  des  Lois,  n a.  rien 
édicté  de  plus  monstrueux  que  les  lois  d'Athènes  — - 
dont  nous  ne  pouvons  exposer  ici  les  applications  les 
plus  choquantes  —  connues  de  nous  par  les  récits  des 
orateurs.  Au  contraire,  il  a  présenté  la  théorie  la 
plus  savante  pour  faire  excuser  par  un  principe  ce 
qui  nous  révolte  dans  celles-ci. 

Même  en  ce  qui  regarde  les  biens ,  dans  la  Répu- 
blique d'Athènes ,  ne  voit-on  pas  invoquer  sans  cesse 
l'intérêt  public  :  à  propos  d'une  attribution  d'héri- 


184  MAKS.AVRIL   1906. 

tage,  dune  succession  légitime  ou  teslainentaire, 
d'une  permutation  de  patrimoine  demandée  par  qui 
doit  subir,  au  profit  de  la  communauté,  des  appels 
de  fonds  trop  considérables,  parce  quil  est  classé 
parmi  les  riches  ? 

«Tu  me  payeras  cela  cruellement,  dit  le  déma- 
gogue Gléon,  dans  les  Chevaliers  d'Aristophane,  à 
un  charcutier  qui  Tinsulte;  tu  seras  écrasé  sous  les 
contributions  :  car  je  trouverai  bien  le  moyen  de  te 
faire  inscrire  au  nombre  des  riches!  » 

En  pareil  cas,  même  lorsqu'il  s'agît,  ce  qui  n'est 
pas  rare ,  d'une  confiscation  poursuivie  par  un  syco- 
phante,  les  avocats  font  toujours  ressortir  les  sommes 
dépensées  pour  la  communauté,  les  avantages  que 
la  communauté  pourra  retirer  de  l'usage  des  biens 
laissés  à  celui  qui  les  possède,  ou,  au  contraire,  soit 
transférés  à  un  autre  qui  les  demande ,  soit  rentrant 
dans  la  masse  de  la  communauté. 

Les  fonds  de  terre  abandonnés  à  la  possession  in- 
dividuelle ne  constituent  pas  des  domaines  dont  le 
maître  ait  le  droit  d'abuser.  Ce  /usatatendi— qui  en 
droit  romain  caractérise  la  propriété  et  la  distingue 
de  l'usufruit  simple  —  la  communauté ,  dans  la  cité 
grecque,  ne  le  concède  jamais  à  personne.  C'est  elle 
qui  fixe,  par  des  règlements,  la  ^manière  dont  le  sol 
doit  être  cultivé;  et,  dans  un  texte  du  Corpus  inscrifh 
tionnm  atticarum ,  on  voit  des  inspecteurs  spéciaux 
vérifier,  chaque  année  deux  fois,  la  manière  dont 
ces  règlements  sont  appliqués  dans  chaque  ferme. 

L'acquéreur  n'en  peut  faire  disparaître  un  oliviei', 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  185 

un  plant  de  vigne,  etc.  Il  nen  peut  couper  même  un 
tronc  sec,  sans  tomber  sous  le  coup  des  lois  qui 
édictent  contre  lui  les  peines  les  plus  graves. 

Mais  nous  aurons  Toccasion  de  revenir  sur  tout 
ceci  dans  un  autre  travail  et  nous  nen  avons  dit 
quelques  mots  que  pour  faire  entrevoir  comment, 
le  principe  de  Haton  une  fois  bien  saisi,  le  droit 
athénien  devient  un  système  où  chaque  détail  prend 
sa  place. 

Si  l'héritage  ne  passe  point  aux  fdles ,  c'est  que  ce 
n  est  pas  un  héritage,  proprement  dit,  mais  la  conti- 
nuation d'une  délégation  qui  ne  peut  revenir  qu'à 
des  hommes.  Cette  délégation,  la  communauté  l'a, 
pour  ainsi  dire,  assurée  d'avance  au  fils  agréé  déjà 
par  elle  pour  être  le  continuateur  de  son  père.  Nous 
disons  «  agréé  par  elle  ».  En  efifet,  en  droit  athénien , 
il  faut  que  le  père  présente  son  fils  à  la  phratrie  et  la 
fasse  voter  sur  son  admission.  La  phratrie  pouvait 
repousser  cet  enfant  qu'on  lui  proposait,  ne  pas  le 
reconnaître  pour  un  fils  légitime;  et,  même  quand 
elle  l'avait  admis,  le  peuple  — représenté  par  la 
grande  assemblée  de  cinq  cents  héliastes  tirés  au 
sort  —  pouvait  encore  refuser  ce  fils  à  ce  père. 

Aussi  quand  on  a ,  sans  opposition ,  définitivement 
inscrit  ce  fils  sur  les  registres  et  de  la  phratrie  et  du 
dème,  est-ce  le  cas  unique  où  les  héritages  ne  sont 
pas  soumis  à  jugement ,  ne  sont  pas  èitlSixot  c'est-à- 
dire  «  à  adjuger  »  ;  où  ils  passent  directement  du  mort 
à  celui  qui  lui  succède,  sans  que  la  communauté  ait 
à  intervenir  par  aucim  de  ses  représentants. 


186  MARS-AVRIL   1906. 

Au  contraire,  à  défaut  de  fds,  quil  y  ait  ou  non 
des  épiclères ,  il  faut  une  formelle  attribution  pour  in- 
vestir des  biens  quelque  autre  homme  appelé  à  sup» 
porter  les  charges  à  son  tour. 

La  communauté  primait  tout  dans  ces  petites  cités 
grecques  où  souvent  une  guerre  malheureuse  abou* 
tissait  à  l'esclavage  pour  Tensemble  des  individus^. 
On  n  avait  rien  qui  ne  fût  détruit  le  jour  où  la 
communauté  était  atteinte  dans  son  existence.  L'in- 
dividu, en  tant  qu'appartenant  à  l'espèce  humaine, 
n'avait  aucun  droit  reconnu.  H  ne  peut  y  avoir  de 
droits  de  l'homme  indépendants  des  droits  de  la 
communauté  quand  la  communauté  seule  protè^ 
contre  l'imminence  de  l'esclavage.  Le  salut  public 
est  alors  la  loi  suprême  ;  et  les  droits  de  la  commu- 
nauté deviennent  d'alitant  plus  absorbants  que  la 
cité  est  à  la  fois  plus  petite  et  plus  belliqueuse.  Tout 
y  doit  être  calcidé  pour  l'attaque  et  pour  la  défense, 
pour  ime  classe  prépondérante  qui,  s  exerçant  à  l'art 
de  la  guerre,  en  fait  son  étude  exclusive  et  «e  veut 
que  de  bons  soldats.  En  elTet,  à  tous  les  instants  ^ 
pose  la  question  d'existence.  Tel  fut  le  cas  de  Sparte 
dont  la  théorie  se  trouve  dans  la  République  de  Haton. 

Athènes,  ville  plus  vaste,  plus  florissante,  plus 
avancée  au  point  de  vue  intellectuel,  ne  poussa  ja- 
mais aussi  loin  l'annihilation  individuelle  ;  et,  à 
mesure  que  son  importance  militaire  devint  moins 
grande,  les  applications  tyranniques  de  ces  principes 
de  despotisme  collectiviste  s'y  firent  de  moins  en 
moins  sentir. 


LA  FEMME   DANS   L'ANTIQUITÉ.  187 

Quand  Alexandre  eut  soumis  les  Barbares  contre 
lesquels  les  Grecs  étaient  en  lutte ,  quand ,  en  présence 
des  nouvelles  monarchies  qui  étaient  sorties  de  cette 
conquête,  les  villes  grecques,  cessant  d aspirer  iso- 
lément à  rhégénionie,  songèrent  d  abord  a  se  grou- 
per au  moyen  de  fédérations  égalitaires,  dans  cha- 
cune d'elles,  la  communauté  primitive  lut  rejetée  au 
second  plan  par  une  nouvelle  communauté ,  celle  de 
la  ligue,  et  ce  quelle  y  perdit  de  terrain  fut  autant 
de  gagné  pour  les  individus. 

Bientôt  d'ailleurs  la  paix  romaine  devait  enlever 
toute  raison  d'êti'e  au  système  de  concentration  des 
forces  actives  dans  les  minuscules  démocraties 
grecques. 

Mais  la  transformation  des  mœurs  ne  devait  pas 
tarder  jusque-là.  Déjà,  bien  peu  de  temps  après  les 
victoires  d'Alexandre ,  dans  les  comédies  de  l'Athé- 
nien Ménandre,  comme  dans  les  écrits  d'Aristote 
le  Macédonien,  le  mot  épiclère  se  présente  avec 
un  sens  tout  à  fait  nouveau  :  il  signifie  bien  cette 
fois  et  signifiera  désormais  une  héritière  propre- 
ment dite,  comme  les  lexiques  le  traduisent,  traduc- 
tion critiquée  avec  tant  de  raison  quand  il  s'agit  des 
plaidoyers  d'Isée,  de  Lysias,  de  Démosthène,  etc. 
Maintenant,  l'héritage  appartient  bien  à  celle  qui, 
jusqu'alors,  en  faisait  partie  en  quelque  sorte  comme 
un  accessoire  surajouté. 

Pour  opérer  cette  révolution,  il  avait  suffi  d'ac- 
corder un  peu  de  libre  arbitre  à  cette  épiclère ,  de 
lui  permettre  de  repousser  l'homme  qui,  d'après  les 


188  MARS-AVRIL  1906. 

liens  de  parenté ,  la  réclamait,  elle  et  ses  biens,  de 
ne  pas  borner  son  recours  contre  le  mari  imposé  à 
la  licence  accordée  par  Solon  quand  il  n'avait  pas 
d  autre  but  que  de  conserver  les  héritages  dans  les 
familles. 

C'était  venu  graduellement;  et  la  galanterie  des 
archontes    avait  peut-être  influé   beaucoup  sur  ce- 
résultat  ,  comme  la  galanterie  des  prêteurs  sur  la  situa- 
tion des  femmes  à  Rome. 

Vous  vous  rappelez  sans  doute  combien  Cicéron 
plaisantait  agréablement  sur  ce  quêtait  devenue,  à 
Rome,  la  tutelle  des  femmes,  quand  les  magistrats, 
en  intervenant,  en  vertu  de  leur  imperium,  avec  les 
pouvoirs  souverains  du  peuple,  pour  leur  désigner 
un  tuteur,  eurent  pris  Thabitude  de  choisir  les 
tuteurs  mêmes  qu'elles  leur  indiquaient,  et  de  les 
changer  toutes  les  fois  qu'elles  le  désiraient. 

Les  magistrats  athéniens  qui ,  de  leur  côté ,  inter- 
venaient dans  les  familles,  qui  pouvaient  rompre 
une  adoption,  rompre  un  mariage,  au  nom  du 
peuple ,  sur  la  requête  des  intéressés ,  s'inspirèrent 
bientôt  davantage  du  droit  des  gens  que  de  ceux  des 
lois  athéniennes  :  et  l'affranchissement  des  femmes 
fut  en  très  grande  partie  leur  œuvre. 

Le  fait  est  que,  dans  les  comédies  de  Ménandre, 
les  épiclères  sont,  par  excellence,  des  femmes  riches, 
dominant  leurs  maris  du  haut  de  leur  richesse,  des 
héritières,  ayant  leurs  biens  à  elles  et  faisant  souvent 
cruellement  sentir  à  leurs  maris  pauvres  le  poids 
lourd  du  joug  supporté  pour  la  possession  d'une  dot 


LA   FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  189 

relativement  considérable.  Il  en  était  exactement  de 
même  en  Italie,  du  temps  de  Caton  lancien,  quand 
celui-ci ,  pour  faire  cesser  cet  abus  contraire  au 
code  des  XII  Tables,  proposa  une  loi  dont  nous 
aurons  à  parler  en  traitant  de  la  femme  à  Rome. 

Pour  le  moment  restons  en  Grèce  et  notons,  pour 
fmir,  que,  même  dans  les  contrées  helléniques  qui 
ne  s'inspirèrent  pas  soit  d'Athènes,  soit  de  Sparte,  le 
même  mouvement  législatif,  tendant  à  l'abaissement 
de  la  femme,  se  remarque  partout  à  l'époque  classique. 

Dans  les  pays  du  nord  de  la  Grèce ,  nous  voyons 
que  la  femme  fut  soumise  à  un  système  de  tutelle 
perpétuelle,  et  que  quand  beaucoup  plus  tard  on 
la  fit  figurer  dans  les  actes,  à  titre  de  partie  contrac- 
tuelle, ce  ne  fut  jamais  sans  l'assistance  d'un  xvptos, 
d'un  homme  complétant  sa  personnalité  juridique  et 
portant  encore  par  rapport  à  elle  le  titre  de  maître, 
alors  même  qu'il  ne  jouait  même  plus  pour  elle  le 
rôle  de  tuteur. 

Mais  je  m'aperçois  que  j'anticipe  sur  les  événe- 
ments ,  et  j'en  reviens  à  Tordre  purement  historique 
du  droit  comparé ,  en  passant  de  Solon  à  son  imita- 
teur Amasis,  cet  ami  des  Grecs,  dont  nous  avons 
parlé  plus  haut. 


190  MARS-ÂVRlL   1900. 

III 

AMASIS  ET  SES  RÉFORMES 
RELATIVEMENT  À  LA  SITUATION  DE  LA  FEMME. 

Qu  Amasis  ait  connu  les  législations  grecques  sur 
la  femme,  cela  me  paraît  indéniable. 

Tout  en  s'en  inspirant  pour  rabaissement  de  celle 
qui,  jusque-là,  avait  été  en  Egypte  si  puissante,  il 
ne  voulut  pas  pourtant  faire  œuvre  de  plagiaire. 

A  ce  point  de  vue,  son  code ,  que  paraissent  avoir 
copié  plus  tard  les  décemvirs  romains,  bien  qu  in- 
spiré de  diverses  sources ,  a  une  originalité  incontes- 
table. 

L'objectif  était  lasservissement  de  la  femme.  Mais 
cet  asservissement  dut  avoir  une  base  volontaire. 
Pour  cela  Amasis  s'inspira  d'un  vieux  contrat  du  jus 
gentium,  d'origine  ninivite,  dont  mon  illustre  maître , 
Oppert ,  a  publié  un  excellent  exemple ,  et  sur  lequel 
nous  reviendrons  dans  la  suite.  Seulement  ce  ne 
furent  pas  les  parents  qui  vendirent  leur  fille,  ce 
fut  la  fille  elle-même  qui  se  vendit,  dans  ce  que  les 
Romains  ont  appelé  une  coemptio.  Par  le  même  pro- 
cédé de  la  mancipation  se  substituant  à  l'adrogation 
par  loi  autrefois  employée  en  Egypte,  on  se  pro- 
curait un  fils  adoptif,  absolument  comme  par  le 
même  procédé  on  acquérait  un  bœuf  ou  un  im- 
meuble. Bref,  comme  en  Chaldée  et  en  Assyrie, 
c'était  l'argent,  si  abhorré  jusque-là  par  les  législa- 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  191 

teuTs  égyptiens,  alors  qull  s  agissait  soit  de  ietat  des 
biens,  soit  de  l'état  des  personnes,  c était  l'argent, 
dis-je,  qui  devenait  contractuellement  la  base  de 
tout. 

Le  code  de  Soion  avait  également  proclamé  que 
le  contrat,  l'expression  de  la  volonté  libre,  faisait  la 
loi  entre  les  parties.  Mais  Sol  on  avait  enc-ore  réservé 
les  droits  de  la  famille  pour  les  propriétés  déclarées 
inaliénables,  tandis  que,  pour  Amasis,  rien  n'était 
mis  en  dehors  de  la  volonté  de  l'homme.  Je  dis  de 
l'homme,  car  aux  yeux  d' Amasis  la  femme  ne  devait 
pratiquement  compter  pour  rien,  sauf  quand  son 
consentement  primitif  était  lié  aune  abdication  d'elle- 
même  et  des  siens.  Celle  qui  se  vendait  à  son  époux 
vendait  en  même  temps  sa  progéniture  :  et  une  loi 
sévère  frappait  d'une  amende  arbitraire  ceux  qui  ré- 
clamaient, soit  parents,  soit  même  juges  voulant 
décider  autrement.  La  même  loi  s'appliquait,  du 
reste,  à  l'adoption  par  mancipation ,  à  la  mancipation 
du  débiteur,  devenant  un  nexus,  bref  à  toutes  les 
aliénations  quelconques,  aliénations  pour  argent 
jusque-là  interdites  en  droit  égyptien. 

Le  but  était  de  faire  du  mari,  du  père  de  famille, 
un  paier  familias  conçu  comme  on  le  concevra  plus 
tard  à  Rome  lors  des  Xll  Tables  :  c'est-à  dire  Un 
maître  despotique  possédant  tout  et  réglant  tout. 

C'était  le  chef-d'œuvre  de  l'égoïsme  masculin ,  du 
possesseur  de  la  force,  encore  plus  féroce  qu'en 
Grèce ,  puisqu'en  Grèce ,  du  moins ,  les  fils  étaient 
traités  en  hommes  libres. 


192  MAHS-AVRIL   1906. 

Mais ,  pour  arriver  à  ce  résultat,  il  fallait  lutter,  car 
dans  la  vallée  du  Nil  on  avait  affaire  à  forte  partie  : 
les  temples  et  un  corps  sacerdotal  puissamment  or- 
ganisé. 

La  plus  grosse  difficulté  consistait  donc,  non  à 
faire  un  code ,  mais  à  laïciser  le  droit. 

Cela  ne  se  fit  pas  en  im  jour. 

Jusque-là  les  prêtres  étaient  à  la  fois  les  législateurs 
et  les  juges.  Les  législateurs ,  puisque ,  même  après  le 
code  des  contrats  deBocchoris,  tout  avait  été  remanié 
sous  leur  influence  par  une  dynastie  prétendant  des- 
cendre des  prêtres- rois  de  la  vingt -et- unième;  les 
juges ,  puisque  les  contrats  individuels  qu  avait  per- 
mis le  réformateur,  tout  limités  aux  arrangements 
in tra-familiaux  qu  ils  étaient  devenus,  devaient  en- 
core ,  pour  être  légaux ,  être  soumis  à  lapprobation 
du  prêtre  d'Amon ,  prêtre  du  roi ,  chargé  de  dire  le 
droit  ;  et  puisque  les  procès  résidtant  soit  de  ces  actes , 
soit  d'autres  litiges,  étaient  décidés  à  Thèbes  par  les 
juges  prêtres  d'Amon ,  et ,  dans  la  cour  d'appel ,  par 
les  trente  juges  élus  dans  les  trois  plus  grands  sanc- 
tuaires de  rÉgypte.  On  ne  s'étonnera  pas  après  cela  si 
Amasis  commença  par  enlever  sa  juridiction  au  prêtre 
d'Amon,  prêtre  du  roi,  qui  n eut  plus  à  intervenir 
dahs  les  contrats ,  mais  seulement  dans  la  cérémonie 
du  mariage  religieux,  et  si,  dune  autre  part,  il  frappa 
plus  tard  les  juges  eux-mêmes  des  amendes  arbi- 
traires dont  nous  avons  parlé ,  dans  le  cas  où  ils  ren- 
daient des  arrêts,  dans  les  litiges,  autrement  qu*il  le 
voulait. 


LA   FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  193 

Mais  cela  ne  suffisait  pas  encore.  Il  fallait ,  autant 
que  possible,  ôter  aux  prêtres  tout  prétexte  d'inter- 
venir dans  les  unions  matrimoniales,  car,  d  après  les 
anciens  formulaires,  ils  réglaient  Tétat  des  personnes 
d'une  manière  bien  différente  de  celle  que  rêvait  le 
roi.  Nous  avons  dit  que  le  principe  adopté  par  lui, 
comme  par  Solon,  était  que  la  volonté  des  parties  déci- 
dait de  tout.  On  devait  donc  à  tout  prix  ôter  aux 
prêtres  leur  influence.  Pour  cela  le  moyen  était  bien 
simple  :  dune  part,  proclamer  Imutili té  de  toute 
cérémonie  religieuse  ou  même  civile  pour  établir  la 
légitimité  du  mariage;  d'une  autre  part,  charger  des 
censeurs  laïques  du  service  des  constatations. 

C'était  une  nouvelle  révolution,  cette  fois  sur  le 
terrain  administratif.  En  effet,  ainsi  que  la  noté 
d ailleurs  Hérodote,  le  temple  principal  du  nome 
avait  jusque-là  centralisé  toutes  les  indications  rela- 
tives soit  aux  terres ,  soit  aux  gens.  Nous  nommons 
les  terres  d'abord ,  car  c'étaient  les  terres  auxquelles 
les  gens  du  nome  étaient  attachés  et  non ,  comme 
maintenant  dfiez  nous,  les  terres  qui  étaient  atta- 
chées aux  gens. 

Le  registre  officiel  des  terres,  le  journal  ou.  herit^ 
était  encore  soigneusement  tenu  à  jour  sous  les 
Ethiopiens.  Toutes  les  mutations  d  usage  y  étaient 
soigneusement  indiquées ,  ainsi  que  dans  le  registre 
officiel  institué  par  le  nouveau  code  allemand  et  fai- 
sant seule  preuve.  Mais  on  y  joignait  aussi  Tétat  des 
familles,  les  unions,  les  naissances,  etc.,  ainsi  que 
dans  notre  état  civil  actuel ,  mais  avec  cette  différence 
VII.  i3 


turmiirair   iitrioi*i.r.. 


194  MÂHS-AVRIL   1906. 

que,  comme  les  personnes  étaient  liée^»  à  ieur 
nome,  cet  état  civil  faisait  dénombrement  de  la 
population. 

Âmasis  changea  tout  cda.  Les  registres  des  t^nj^es 
perdirent  tout  caractère  officiel.  Ils  n  eurent  plus 
d effets  quau  point  de  vue  des  liturgies  religieuses, 
et  il  fut  ordonné  que,  tous^les  cinq  ans,  un  censeur 
laïque  viendrait  dans  le  palais ,  le  hat,  ou  la  grande 
maison  de  chaque  district,  peut-être  même  de 
chaque  bourgade,  inventorier  la  population  en  no- 
tant la  situation  exacte  des  membres  des  diverses 
familles. 

G  est  lors  du  cens  quinquennal  que ,  par  suite  de 
leur  déclaration ,  les  ingénus ,  devenus  des  neai  en  con 
séquence  d'une  dette  ou  de  tout  autre  engagement 
volontaire,  reprenaient  leur  situation  primitive,  à 
moins  d'une  renonciation  formelle  de  leur  part,  — 
nous  en  avons  des  exemples. 

G  est  lors  du  cens  quinquennal  que  les  mariages, 
condus  par  la  seule  volonté  des  parties  et  compor- 
tant dès  lors  tous  leurs  efiets  légaux  pour  les  enfants, 
etc. ,  étaient  officiellement  constatés  à  ia  suite  dWe 
question  analogue  à  celle  que  posera  plus  tard  le 
censeur  romain  :  Hahesneexanimi  tnisententiauxormi, 
Uberoram  procreand(frum  caasa?  Nous  en  avons  aussi 
des  exemples. 

Évidemment  le  délai  de  cinq  ans  fixé  ainsi  par 
Amasis  pour  le  cens  avait  été  inspiré ,  non  par  aucune 
loi  grecque  (car  il  n'en  existe  aucune  analogue) ,  mais 
par  ie jubilé  septennal  de  la  loi  de  Moïse,  qui,  en 


LA  FEMME   DANS   L'ANTIQUITÉ.  195 

ce  cpii  touche  les  nexi  de  race  ingénue,  produisait 
des  effets  identiques  à  ceux  du  code  d'Amasis  et 
analogues  à  ceux  que  produisait,  dans  le  code  de 
Hammourabi,  non  un  cycle  officiel  fixe,  mais  le 
terme  de  quatre  ans  depuis  la  vente.  Notons  d'ailleurs 
que  le  législateur  égyptien  avait  fortement  agrandi 
et  transformé  le  cadre  légal  mosaïque  en  ce  qui  touche 
fétat  des  personnes.  Notons  aussi  que  Imstitution 
nouvelle  ne  venait  (comme  les  dispositions  de  Ham- 
mourabi sur  le  délai  de  quatre  ans  dont  bénéficiaient 
les  nexi)  rien  changer  à  Tétat  des  biens  immeubles, 
ce  que  faisait,  au  contraire,  le  jubilé  septennal  mo- 
saïque, et  ce  que  ferait  plus  tard  en  Egypte  une  loi 
d*Amyrtée  et  de  Mautrut  essayant  d*en  revenir,  par 
des  moyens  détournés ,  au  vieux  principe  de  copro- 
priété familiale.  Pour  Amasîs ,  en  effet,  la  propriété 
foncière  était  devenue  pleinement  individuelle  et  ses 
aliénations,  effectuées  par  un  simple  contrat,  étaient 
définitives.  L'état  civil  intermittent,  et  validant ,  d'ail- 
leurs ,  les  faits  accomplis  dans  fintervalle ,  était  donc 
réglé  tout  à  fait  à  part,  à  la  différence  de  ce  qui 
se  pratiquait  autrefois. 

En  ce  qm  touche  la  femme ,  elle  avait  encore  la 
latitude  de  pouvoir,  pour  son  union  religieuse, 
s'adresser  au  prêtre  d'Amon  et  du  roi.  Mais  cette 
cérémonie  était  inutile  au  point  de  vue  civil ,  et  la 
déclaration  au  censeur  comptait  seide. 

C'est  ce  que  nous  voyons  dans  un  acte  de  l'an  1 2 
d'Amasis  et  dont  le  formulaire  est  semblable  à  celui 
de  Psammétique  II,  que  nous  avons  reproduit  dans 

i3. 


196  MARS-AVRIL    1906. 

la  partie  précédente;  sauf  une  phrase  surajoutée  fort 
significative.  Le  voici  : 

«An  12,  méchir,  5  du  roi  Ahmès;  —  à  lui  vie! 
santé! force! 

«  En  ce  jour,  entra  dans  le  temple  le  choachyte 
Téos ,  fils  du  gardien  Ekhepratuf ,  vers  la  femme  Hatu- 
set,  fiUe  de  Petuèsé,  laquelle  lui  plut  en  épouse,  en 
femme  établie  en  conjonction,  en  mère  apportant 
les  droits  de  famille  à  leur  filiation,  en  épouse  depuis 
le  jour  de  facte. 

«  Pour  le  bien  dont  il  a  dit  :  «  Je  le  lui  donnerai  », 
elle  la  reçu  en  mains,  cette  femme,  tout  terrain  en 
part  établie.  Le  prêtre  d'Amon ,  prêtre  du  roi  floris- 
sant, à  qui  Amon  a  donné  la  puissance,  lui  a  dit  : 
«  Elst-ce  que  tu  l'aimeras  en  femme  établie  en  conjonc- 
«tion,en  mère  transmettant  les  droits  de  famille, 
«  ô  mon  frère?  » 

«  Lequel  répond  :  «  Moi,  je  lui  transmets  par  don  de 
<c  donation,  leur  transmission,  lapport de  ces  choses, 
«  dans  le  plan  d'amour  dans  lequel  je  Taime.  Si,  au 
«  contraire ,  j  aime  une  autre  femme  qu  elle ,  à  f  instant 
«  de  cette  vilenie,  où  Ton  me  trouvera  avec  une  auti^ 
«  femme,  moi,  je  lui  donne  à  elle  (à  ma  femme),  mon 
«  terrain  et  rétablissement  de  part  qui  est  écrit  plus 
«  haut,  à  l'instant,  devant  toute  vilenie  au  monde  de 
«  ce  genre! 

«  Tous  les  biens  que  je  ferai  être  (que  j'acquerrai) 
«  par  transmission  ou  par  hérédité  dans  les  biens  de 
«  père  et  de  mère  seront  à  mes  enfants  que  j'engen- 


LA  FEMME   DANS  L'ANTIQUITÉ.  197 

«  drerai  et  que  cette  femme  enfantera ,  comme  épouse 
«  depuis  Tan  1 2,  5  méchir  ci-dessus  (la  date  mention- 
«  née  dans  le  protocole),  jusqua  la  fin  dé  magénéra- 
tt  tîon  d'épouse  que  cette  femme  fera.  » 

Tout  ceci,  est  identique  à  ce  que  nous  connaissons 
déjà  d'après  les  documents  de  la  dynastie  précédente. 
Mais  ensuite  on  Ht  cette  addition ,  se  référant  à  Fobli- 
gation  de  la  déclaration  lors  du  cens  quinquennal , 
trois  ans  après ,  ce  qui  n'empêchait  pas  les  enfants  nés 
dans  l'intervalle  d'être  légitimes  : 

«  En  l'an  1 5  du  roi  Ahmès ,  à  qui ,  vie  !  santé  !  force  ! 
je  dirai  ceci  dans  la  grande  maison.  » 

Deux  prophètes  et  plusieurs  témoins  signent  à  cet 
acte,  essentiellement  différent  comme  style  des  con* 
trats  contemporains  du  règne  d'Amasis ,  parce  que , 
suivant  les  anciennes  coutumes,  il  était  rédigé  dans 
le  sanctuaire.  Mais  c'était  la  déclaration  faite  au 
censeur  qui  comptait  seule  pour  la  constatation  du 
Hen  conjugal  —  d'autant  plus  qu'elle  se  référait  tou- 
jours à  un  fait  accompli.  Or,  dans  une  loi  spéciale, 
faisant  dès  lors  partie  de  la  législation  égyptienne,  et 
que  le  Corpus  juris  des  Romains  cite ,  à  ce  titre , 
parce  que  ce  genre  de  lois  était  entré  dans  le  droit 
coutumier  régional ,  Amasis  avait  déclaré  que  toute 
union  constatée  par  écrit,  mais  qui  n'avait  pas  été 
suivie,  ou  était  censée  n'avoir  pas  été  suivie  de  la 
consommation  physique  du  mariage,  était  nulle. 
On  pouvait,  en  tout  état  de  cause,  prétendre  la  chose 


198  MAKS-AVRIL    1906. 

quand  on  n avait  en  main  que  lacté  religieux  de 
mariage,  toujours  antérieur  à  cette  consommation. 
11  n  en  était  pas  de  même  pour  la  déclaration  au 
censeur  contenant  Taveu  formel  du  chef  de  la  fa- 
mille, et  répondant  à  une  question  très  précise,  alors 
même  qu'aucun  enfant  n'était  encore  né. 

C'était  là,  en  définitive,  une  machine  de  guerre  très 
efficace  contre  le  mariage  religieux.  Aussi  ne  faut-il 
pas  s'étonner  si ,  peu  à  peu ,  il  tomba  en  désuétude 
et  ne  fut  bientôt  plus  conservé  qu'en  vue  des  sacer- 
doces —  absolument  comme  cela  se  pratiqua  plus 
tard  à  Rome  pour  le  mariage  par  confarreatio.  ^ 

Le  roi  poussait  d'ailleurs  très  énergiquement  vers 
un  autre  mode  d'union  qu'il  protégeait,  nous  l'avons 
vu,  comme  d'ailleurs  tous  les  autres  usages  de  la 
mancipation,  par  des  lois  et  des  clauses  pénales  très 
sévères. 

Encore  ici,  nous  constatons,  pour  l'origine,  un 
emprunt  fait  au.  jus  gentium. 

En  Chaldée  (comme  en  Egypte,  comme  en  Grèce, 
comme  généralement  dans  tous  les  pays  antiques) ,  on 
commença  par  la  propriété  de  la  race  et  en  dessous 
d'elle  par  la  propriété  de  la  famille.  Quand  ensuite, 
avec  certains  consentements,  on  admit  certaines 
aliénations  pour  payer  les  dettes  ou  subvenir  à  des 
besoins  pressants,  ces  aliénations  furent  tempo- 
raires. Le  retrait  lignager  fut  de  règle ,  et  nous  le 
voyons  d'abord  d'un  fréquent  emploi;  puis  il  cessa 

^  Aniyrtée  et  Mautriit  le  réintroduisirent  plus  tard  en  Egypte, 
nous  l'avons  vu. 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  lî>9 

d'être  d'usage  habituel  :  et  la  vente  définitive  s'intro- 
duisit. Mais,  même  aux  basses  époques,  du  temps  de 
Nabuchodonosor,  le  contemporain  et  le  patron 
d'Amasis,  et  du  temps  de  Nabonid,  lantiobrèse,  la 
cession  temporaire  de  Tusage  contre  largent ,  : —  ori- 
gine première  de  l'idée  de  vente,  —  continua  à  être 
très  largement  employée.  On  pourra  consulter  à  ce 
sujet  le  chapitre  intitidé  «  antichrèse, location ,  gage  », 
dans  le  supplément  babylonien  de  mes  Obligations 
en  droit  comparé. 

Elle  remontait  très  haut,  cette  antichrèse  chal- 
déenne.  On  la  trouve  dans  les  vieux  bihngues  de  la 
bibliothèque  d'Assurbanipal ,  remontant  aux  origines 
mêmes  du  droit  chaldéen^ 

«  n  a  établi  l'équivalence  entre  sa  maison  et  de 
l'argent;  il  a  établi  Téquîvalence  entre  son  champ  et 
de  l'argent;  il  a  établi  l'équivalence  entre  son  esclave 
et  de  l'argent;  il  a  établi  l'équivalence  entre  sa  ser- 
vante et  de  l'argent.  .  .Quand  il  rapportera  l'argent, 
il  rentrera  dans  sa  maison  ;  quand  il  rapportera  l'ar- 
gent, il  sera  remis  en  possession  de  son  champ; 
quand  il  rapportera  l'argent,  etc.  .  .  » 

Je  l'ai  dit  ailleurs,  il  est  impossible  de  mieux  ré- 
sumer le  droit  qui  ressort  de  tout  l'ensemble  des 
actes  de  Warka  :  et,  dans  les  transformations  néces- 
saires qu'a  éprouvées  la  législation  de  la  Babylonie, 
on  sent  toujours  l'antique  empreinte. 

^  Voir  mon  livre  intitulé  :  La  propriété  en  droit  comparé  ^  p,  a6 
et  suivantes. 


200  MARS-AVRIL   1906. 

En  ce  qui  touche  la  femme ,  elle  en  subit  le  contre- 
coup. La  servante  esténumérée  parmi  les  biens  sou- 
mis à  lantichrèse  et  par  suite  à  la  vente.  Or,  la  ser- 
vante devint  souvent  épouse ,  même  dans  le  droit 
mosaïque ,  fils  du  droit  chaldéen ,  —  et  f  épouse  née 
libre  devint  servante  dans  le  mariage  par  coemptio. 
Nous  avons  dit  que  ce  pas,  que  les  Bab^oniens  ne 
voulurent  jamais  franchir  ^ ,  Tétait  déjà  chez  les 
Ninivites  et  que  Ton  y  vendit  Tépouse  aussi  bien 
que  le  champ  ou  la  maison. 

Cette  conception  secondaire  étant  inconnue  aux 
fondateurs  de  la  civilisation  chaldéenne,  quoi  qu'en 
aient  dit  certains  spécialistes ,  cités  encore  tout  der- 
nièrement par  le  professeur  Cuq,  et  qui  veulent  voir 
dans  le  tirhatu  une  transformation  du  prix  dachat 
de  la  femme.  Nous  avons  démontré  plus  haut  que 
cette  opinion  (dérivée  de  celle  que  nous  avions,  depuis 
longtemps ,  exprimée  à  propos  du  sep  ou  don  nuptial , 
usité  dans  certains  mariages  égyptiens,  certainement 
sortis  de  fancienne  coemptio  égyptienne)  était  abso- 
lument fausse  en  Ghaldée  pour  le  tirhatu.  A  fin- 
verse  de  M.  Cuq^,  nous  croyons  même  que  la  cœmp- 

^  Les  Babyloniens  purent  avoir  une  concubine  ou  des  servantes 
maîti^ses ,  mais  Thomme  n*y  épousa  jamais  une  servante  ou  une 
femmô  achetée  par  coemptio, 

^  Dans  la  lecture  qu'il  a  faite  à  l'Académie  des  Inscriptions,  le 
vendredi  34  marsigoS,  une  discussion  sW  engagée  à  ce  sujet  avec 
M.  Oppert  :  et  M.  Cuq  a  été  obligé  de  renoncer  à  ses  condusions. 
Bien  qu  ayant  assisté  à  mes  lectures  du  Congrès  de  Thistoire  du 
droit  en  1900,  M.  le  Professeur  Cuq  semblait,  d'ailleurs,  vouloir 
ijçnorer  mes  découvertes  (tout  autant  que  cd!es  de  mon  frère  dans 
le  droit  babylonien,  dont  il  parlait,  sans  en  bien  connaître  l'en- 


LA  FEMME   DANS   L'ANTIQUITÉ.  201 

tio,  loin  d'être  une  forme  de  mariage  en  usage  chez 
les  peuples  primitifs,  nest,  dans  toute  Tanliquité 
connue,  quun  abus  de  période  secondaire. 

Mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  qu'à  Ninive, 
pendant  la  période  de  brutalité  sauvage  de  l'empire 
assyrien ,  elle  était  d'un  fréquent  usage.  Dans  un  acte 
inédit  de  Londres,  copié  par  mon  frère  à  Londres, 
et  qui  est  daté  de  l'éponymie  de  Sennachérib,  roi 
d'Assyrie,  nous  voyons  ainsi  une  femme  acheter, 
pour  une  mine  d'argent,  prix  complètement  payé , 
une  autre  femme  qu'elle  destine  à  son  fils  et  qu'elle 
s'est  fait  céder  ana  adsaati,  comme  épouse.  Le  for- 
mulaire de  ce  fragment  est  du  reste  fort  analogue  à 
celui  d'un  autre  acte ,  beaucoup  mieux  conservé ,  que 
mon  savant  maître  Oppert  a  publié  dans  la  partie 
surajoutée  à  la  thèse  de  mon  élève  Paturet  et  que 
nous  avons  déjà  visé  plus  haut.  En  voici  le  texte 
accompagnant  les  cachets  des  parties  : 

«Cachet  de  Nabu-rikta-usur,  fds  d'Akhardise,  le 

Haséen ,  qui  assiste  Ardu-Istar ,  dans  la  ville 

Cachet  de  Tebitaï,  son  fils,  Cachet  de  Silim-Bin, 
idem,  maîtres  de  leur  [sic)  fille  vendue  qui  est  Tavas- 
hasina,  fille  de  Nabu-rikta-usur. 

semble).  En  ce  qui  touche  la  vente  par  coemptio  dont  il  ne  voulait 
faire  qu'une  institution  des  peuples  sauvages,  j*ai  dû  lui  rappeler 
aussi  la  coemptio  égyptienne  du  temps  d'Âmasis,  qu^il  oubliait  de 
parti  pris.  Quant  à  la  coemptio  romaine ,  dont  il  a  essayé  de  se 
débarrasser,  ses  assertions  étaient  tout  aussi  inexactes  ;  nous  revien- 
drons là-dessus.  Pour  tout  le  reste  de  sa  communication  relative  au 
mariage  babylonien,  il  se  bornait  à  répéter  et  à  commenter  ce  que 
M.  Oppert,  nous-même  et  d'autres  savants,  nous  avions  dit. 


202  MARS-AVRIL    1906. 

«  Et  Ta  acquise,  la  femme  Nikht-eqarrau  (Nitocris) 
pour  18  drachmes  d argent  (67  fr.  5o).  Elle  la  ache- 
tée pour  son  fiis  Siha  (Tachos);  elle  sera  la  femme 
de  Siha. 

«  Le  prix  a  été  définitivement  fixé. 

«  Qui  que  ce  soit,  dans  un  avenir  quelconque ,  con- 
testera :  soit  Nabu-rikta-usur ,  soit  ses  fils  et  ses  petits- 
fils,  soit  ses  frères  ou  les  frères  de  ses  frères,  soit 
quelqu  un  des  siens ,  soit  son  ayant  droit ,  et  qui  vou- 
dra faire  annuler  le  marché  contre  Nitocris  ou  fun 
des  fils  ou  ses  petits-fils ,  payera  dix  mines  d'argent 
(2,2  5o  fr.).  Il  aura  réclamé  en  justice  et  néanmoins 
il  n'acquerra  pas  la  chose. 

«  Sahpi-mayu,  le  marin ,  Bel-sum-idin ,  Gis  deYu- 
danani,Rimtavat,  fils  d'Até  le  kapar:  voilà  les  trois 
répondants  de  la  femme  pour  le  liement  des  mains  ^e 
mariage)  et  pour  l'intérêt  du  nantissement.  ELarmeom 
lui  aussi  est  répondant  (pour  gai'antir  facquéreuse). 

«  En  présence  d' Akhardise ,  de  ...  Nepiqalanti- 
kar,  de  Mulhumhepu ,  de  Halbaa,  de  (cinq  noms 
manquent),  d'Ululaï. 

«  Le  premier  élul  de  Tannée  Assur-sadu-sagil. 
«  Par-devant  Nur-Samas,  Puthu(an)païli,  Até,  Nabu 
idin-akhé,  président.  » 

Ce  contrat  est  de  la  grande  époque  assyrienne. 

Il  est  presque  contemporain  d'un  contrat  égyptien 
de  l'an  1  o  de  Shabaka  que  j'ai  publié  dans  mon  Prém , 
p.  2 4 '2  et  suiv.  Ce  contrat  offre  du  reste,  avec  lui  et 


LA   FEMME   DANS  L'ANTIQUITE.  203 

les  autres  contrats  assyriens  de  ce  type,  les  plus  grandes 
analogies  de  formulaire,  en  ce  qui  concerne  les  actes 
parallèles  de  celui  qui  aliène  et  de  celui  qui  acquiert, 
en  ce  qui  concerne  la  clause  relative  aux  cautions ,  etc. 

Mais,  dans  les  actes  égyptiens  de  cette  époque, 
tous  réduits  d'ailleurs  à  être  des  arrangements  intra- 
familiaux  par  voie  d'échange,  avec  exclusion  d'un 
prix  en  argent,  il  ne  pouvait  être  question  que  da- 
liénations  de  biens  immeubles  et  non  de  personnes 
libres  et  ingénues,  ce  que  Bocchoris  avait  interdit 
formellement  dans  son  code.  La  vente  par  coemptio 
était  donc  aussi  impossible  que  la  vente  des  nexi  et 
que  ladoption per  aes et  libram  ou  par  mancipation 
dont  nous  parle  Suétone,  comme  certains  textes 
égyptiens. 

Tout  cela  ne  lut  introduit  que  par  Amasîs ,  d'après 
un  jus  gentium  qu'il  connaissait  d'autant  mieux  que  les 
Egyptiens  emmenés  captifs  à  Ninive  par  Assurbani- 
pal  s'en  étaient  servis ,  nous  le  voyons  par  le  document 
même  que  nous  venons  de  reproduire,  puisque  c'est 
une  Egyptienne,  Nitocris,  qui  y  achète,  pour  son  fils 
au  norn  également  parfaitement  égyptien,  Tachos, 
la  fille  ninivite  qui  doit  devenir  l'épouse  de  celui-ci. 
Ajoutons  que  les  textes  chaldéens  et  égyptiens ,  aussi 
bien  que  les  prophètes  hébreux,  l'historien  Josèphe , 
etc.,  nous  ont  prouvé,  ce  que  nous  avons  essayé  de 
bien  démontrer  dans  un  autre  travail,  qu'Amasis 
était  devenu  roi  comme  client  de  Nabuchodonosor, 
qui  a  fait  en  Egypte  deux  expéditions  successives. 
Comme  Bocchoris  et  plus  que  Bocchoris,  ce  nou- 


204  MARS-AVRIL   1906. 

veau  réformateur  était  donc  un  admirateur  et  un 
imitateur  des  Orientaux,  parmi  lesquels  ii  choi- 
sissait ses  modèles.  Mais  son  imitation,  nous  Tavons 
dit,  fut  très  savante:  et  elle  s  appliqua  autant  aux 
institutions  des  Grecs,  dont,  en  dehors  même  de 
la  colonie  de  Naucratis,  le  roi  s'était  entouré,  qu'à 
celles  de  ses  bons  amis  les  Orientaux.  On  peut  aflir- 
mer  qu  en  tout  ce  qui  touche  l'organisation  des  effets 
légaux  de  la  mancipation  et  du  cens,  imaginé  par 
lui,  ce  fut  un  véritable  chef-d'œuvre,  que  n'eurent 
plus  qu'à  copier  les  décemvirs. 

Mais  il  est  temps  d'en  venir  au  formulaire  de  l'acte 
de  coemptio,  tel  qu'il  fut  introduit  dans  le  droit  égyp- 
tien. Le  voici  : 

«  L'an  tant,  tel  mois  et  tel  quantième  du  roi.  .  . 

«  La  femme  une  telle,  fdle  d'un  tel,  dit  à  un  tel, 
fils  d'un  tel  : 

«  Tu  as  donné  —  et  mon  cœur  est  satisfait  — 
mon  argent  pour  me  faire  à  toi  servante  (pour  deve- 
nir ta  servante).  Moi  je  suis  à  ton  service. 

«  Point  à  pouvoir  homme  quelconque  du  monde 
(personne  au  monde  ne  pourra)  m'écarter  de  ton 
service.  Je  ne  pourrai  y  échapper. 

«  Je  ferai  être  à  toi,  en  outre ,  jusqu'à  argent  quel- 
conque ,  totalité  de  mes  biens  au  monde  :  et  mes  en- 
fants que  j'enfanterai  et  totalité  de  ce  que  je  possède 
et  les  choses  que  je  ferai  être  (que  j'acquerrai)  et 
mes  vêtements  qui  sont  sur  mon  dos,  depuis  telle 
date  (la  date  de  l'acte)  jusqu'à  jamais  et  pour  toujours. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  205 

«  Celui  qui  viendra  à  toi  (l'inquiéter)  à  cause  de  moi 
en  disant  :  «  Ce  n'est  pas  ta  servante  encore  » ,  de- 
puis père,  mère,  frère,  sœur,  fils,  fiiie,  hir,hirt,  jus- 
qu'à grande  assemblée  de  justice  ou  moi-même ,  il 
te  donnera,  celui-là,  argent  quelconque,  blé  quel- 
conque qui  plairont  à  ton  cœur.  En  ta  servitude 
sera  ta  servante  encore.  Et  mes  enfants  tu  seras  sur 
eux  en  tout  lieu  où  tu  les  trouveras. 

«  Adjuré  soit  A  mon  !  Adjuré  soit  le  roi  ! 

«  Point  n  a  à  te  servir  servante  autre  :  ne  prends 
pas  servante  quelconque  en  outre.  11  n  y  a  point  à 
dire  :  «  11  me  plaît  de  faire  en  toute  similitude  que 
«  ci-dessus.  »  Il  nya  point  à  m' écarter,  par  cette  simi- 
litude de  ces  choses.  Il  n  y  a  point  à  dire  que  tu 
prends  femme  pour  le  service  de  ton  lit  dans  lequel 
tu  es. 

«  A  écrit  un  tel ,  etc.  » 

Il  faut  remarquer  que  cette  aliénation  est  faite 
par  la  femme  elle-même  et  non  par  les  parents  de 
la  jeune  fille  comme  celle  que  négocia  Nitocris.  On 
s'adresse  également  au  fiancé  et  non  à  ses  parents. 
De  plus,  la  partie  acceptante  na  pas  à  intervenir 
comme  à  Tépoque  assyrienne  et  éthiopienne.  En  effet , 
dans  le  nouveau  droit  égyptien,  tel  qu'il  était  promul- 
gué par  Amasis,  les  actes  n  étaient  plus  bipartites 
dans  leurs  formes,  à  la  façon  de  leurs  prototypes 
chaldéens  et  plus  tard  des  cessions  gréco-macédo 
niennes.  Le  vendeur  seul  parlait  :  et  comme  la  vente 


206  MARS-AVRIL   1906. 

était  toujours  faite  au  comptant,  1  acheteur  n'avait 
qu'à  payer. 

Toutes  ces  règles,  et  même  toute  la  première 
partie  des  formules  que  nous  avons  reproduites ,  on 
les  retrouve  également  dans  les  actes  d  adoption  par 
mancipation ,  et  jusque  dans  les  mancipations  d'im- 
meubles. Toujours  alors  la  clause  pénale  contre  les 
tiers  évicteurs  est  à  taux  arbitraire  au  gré  du  preneur, 
au  lieu  d'être  fixée  d'avance  et  de  iie  concerner 
que  le  vendeur  seul.  En  eflPet,  une  loi  d'Amasis  dont 
nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  parler,  loi  ayant 
pour  but  de  protéger  des  contrats  introduits  par  lui 
et  qui  répugnaient  aux  usages  reçus ,  avait  introduit 
obligatoirement  cette  sanction,  que  n'auraient  pu 
fixer  les  parties ,  telles  que  celles  qui  interviennent 
dans  l'acte  de  Nitocris. 

Dans  l'espèce  du  mariage  par  coemptio,  le  mari, 
recevant  la  manus  sur  sa  femme ,  se  trouvait  donc  ga- 
ranti au  même  titre  que  les  acheteurs  égyptiens  <»dî- 
naires.  Mai»  Id  pauvre  épouse  ne  l'était  en  aucune 
façon.  Son  époux  ne  pouvait  acter  à  son  égard  par  un 
contrat  parallèle  pour  lui  assurer  cette  monogamie 
à  laquelle  les  Egyptiennes  tenaient  tant  et  qui  était 
si  bien  protégée  par  le  formulante  de  l'acte  religieux 
de  mariage.  En  effet,  réduite  à  la  condition  d'es- 
clave, elle  devenait  incapable  d'être,  à  n'importe 
quel  degré ,  partie  civile.  C'est  pourquoi ,  une  fois 
l'aliénation  sans  condition,  seule  légale,  alors  effec- 
tuée ,  la  fiancée ,  dans  la  seconde  partie  de  l'écrit  de 
coemptio,   est-elle  oWigée  d'avoir  recours,  non  au 


LA   FEMME   DANS   l/ANTIQUITE.  207 

droit  civil,  mais  au  droit  sacré,  par  une  adjuration 
aux  dieux. 

Misérable  ressource  en  vérité  et  qui  montre  com- 
bien la  femme  était  déchue  dans  cette  Egypte  qui  lui 
avait  fait  autrefois  la  part  si  grande  et  si  belle  1 

Il  ne  parait  pas  qu'il  y  ait  eu,  du  reste,  à  cette 
époque,  d'autres  actes  authentiques  faisant  preuve,  par 
écrit,  du  début  de  l'union  conjugale  que  le  vieil  acte 
public  du  mariage  religieux ,  dépouillé  dès  lors  de  son 
caractère  oflBciel  d'acte  de  Tétat  ciAâl,  et  que  le  contrat 
privé  de  coemptio.  Le  contrat  dotal  n'existait  certaine- 
ment pas  encore,  à  l'imitation  du  droit  chaldéen,  tel 
qu'il  se  pratiquait  à  cette  époque  à  Babylone;  car,  en 
donnant  à  la  femme  une  personnalité  inquiétante,  il 
aurait  été  à  l'encontre  de  toute  la  législation  d'Amasis , 
ayant  pour  but  d'imiter  les  Grecs  et  particulièrement 
Solon,  hostile,  nous  l'avons  va  aussi,  aux  dots,  dans 
l'abaissement  auquel  il  voulait  semblablement  la 
réduire. 

Mais  dans  les  mariages  qui,  plus  tard  à  Rome,  de- 
puis les  XII  Tables,  devaient  avoir  pour  seule  con- 
statation légale  et  officielle  le  cens  quinquennal,  on 
devait  faire  la  triple  distinction  des  unions:  i"*  par 
une  confarreatio  y  privée  aussi  de  ses  anciens  effets 
légaux ,  en  ce  qui  touche ,  soit  l'égalité  du  Gains  avec 
la  GaiUy  soit  la  copropriété  des  biens,  dont  témoigne 
Denys  d'Halicarnasse,  comme  nos  documents  relatifs 
aux  mariages  sacrée  égyptiens  ;  q°  parla  coemptio,  dont 
l'essence  était  de  soumettre  la  femme  à  l'homme, 
possédant  h  mamu,  puisqu'il  possédait  la  femme 


208  MARS-AVRIL   1906. 

elle-même;  3°  par  1*0505,  c esl-à-dire par i usucapion , 
prescription  annuelle  de  la  femme,  acquise  ainsi 
comme  les  autres  biens ,  quand  elle  n  avait  pas  eu  la 
précaution  d'employer  le  trinoctium,  en  découchant 
trois  nuits. 

Le  nouveau  code  des  décemvirs  devait,  dans  ce 
dernier  cas  aussi,  donner  la  manas  au  mari,  dont  la 
déclaration  faisait,  d'ailleurs,  preuve  lors  du  cens 
quinquennal. 

Tout  ceci  me  paraît  évidemment  emprunté  au  code 
d'Amasis,  qui  n  avait  dû  reconnaître,  lui  aussi,  que 
ces  trois  formes,  non  pas  de  mariage,  car  les  deux 
premières  sont  les  seules  qu'on  puisse  traiter  ainsi, 
mais  de  modalités  pour  acquérir  la  puissance  mari- 
tale. Quant  au  mariage,  le  cens  quinquennal  seul 
le  constatait  d'une  façon  tout  à  fait  officielle  et 
tout  à  fait  exempte  de  préjugés ,  puisqu'en  Egypte 
comme  à  Rome,  les  enfants,  même  nés  d'unions 
libres,  étaient  légitimes,  si  le  père,  au  moment  de 
cette  union ,  avait  bien  eu  ce  but. 

Nous  aurons  bientôt  l'occasion  de  voir  que,  dans 
les  deux  pays,  à  une  époque  plus  secondaire,  ces 
unions  libres,  laissant  aux  femmes  leur  liberté  civile, 
devinrent  les  mariages  les  plus  en  usage ,  —  ce  qui 
n'avait  pas  été  du  tout  le  but  cherché  ou  même  prévu 
par  Amasis  et  par  les  décemvirs ,  partisans  déclarés 
de  l'omnipotence  maritale  ou  virile. 

Evidemment,  dans  l'origine,  ils  comptaient  que 
les  maris  feraient  rechercher  par  les  gendarmes  les 
femmes  voulant  user  du  trinoctium.  Il  n*y  a  guère  de 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  209 

doute  qua  Rome,  sous  Tempire  du  vrai  droit  civii, 
alors  que  le  pater  familias  usait  volontiers  de  son 
droit  de  vie  et  de  mort  sur  sa  femme  et  sur  ses  enfants , 
comme  sur  ses  esclaves ,  il  devait  en  être  ainsi.  Mais ,  en 
Egypte ,  les  mœurs  étaient  beaucoup  plus  douces  et 
elles  devaient,  bien  plus  tôt  qu'à  Rome,  faire  tomber 
en  désuétude  les  mesures  trop  brutales  de  la  légis- 
lation qu'avait  rêvée  Amasis. 

Cette  législation  pourtant  resta  longtemps  en 
usage ,  au  moins  en  apparence ,  protégée  qu'elle  était 
par  les  lois  pénales  que  nous  avons  décrites. 

En  ce  qui  touche  le  cens  quinquennal  et  ses  effets 
relatifs  au  mariage,  nous  pouvons  le  constater,  en 
Egypte,  au  moins  jusqu'à  l'époque  des  décemvirs 
romains.  Ceux-ci  l'adoptèrent,  ainsi  que  beaucoup 
d'autres  articles  du  code  d' Amasis ,  après  une  mission 
dans  les  différents  pays  grecs  que  nous  ont  décrite 
les  historiens  latins  et  qui  avait  pour  but  de  cher- 
cher des  modèles  pour  la  législation  qu'ils  rêvaient. 
Aussi  peut-il  être  intéressant  de  relever  ici  quelques- 
uns  des  jalons  historiques  qui  attestent  la  continuité 
des  traditions  légales. 

En  l'an  9  de  Darius,  correspondant  à  l'an  2 36 
deNabonassar  et  à  l'an  60  d' Amasis,  année  de  cens 
quinquennal,  qui  a  commencé  en  l'an  5  d'Amasis, 
nous  avons  ainsi  cet  extrait  du  registre  du  censeur, 
authentifié  par  les  greffiers  royaux  : 

a  An  9,  épiphi,  du  roi  Darius.  Le  choachyte  Pete- 
nofré  hotep,   fils   de  Nesamen  hotep,  ayant  pour 

vu.  i4 

lUrmlMEMB    lATIOaAtB. 


210  MARS-AVRÏL   1906. 

mère  Seiteirbon ,  dit  à  ia  femme  Tahei ,  fille  d'Un- 
nofré,  dont  la  mère  est  Khasuosor  : 

«  Je  Vai  établie  pom*  femme.  Je  n'ai  aticime  pà^ 
«  rolé  à  t  opposer  à  ce  sujet.  Toute  chose  au  monde 
«  relativement  à  mon  faire  à  toi  mari  (c  est-à-dire  à 
«  cet  état  de  mari  que  j'ai  par  rapport  à  toi),  je  te 
«  l'abandonne  depuis  le  jour  ci-dessus  à  jamais.  » 

«A  écrit  (un  tel), 
A  écrit  Pethorsuten  nt  pa, 
Petuamenapî,  fils  de  Pnofré, 
Penekht,  fdsd'Ahemudja.  » 

Notons  que,  dans  le  langage  juridique  du  temps 
(nous  aurons  Tocoasion  de  lé  prouver  dans  la  suite), 
rétablissement  pour  femme  désignait  la  consomma-- 
tion  physique  dû  mariage.  Or,  cet  établissement  pour 
femme  est  mis  ici  au  passé,  tandis  que,  dans  les 
contrats  de  mariage  faits  d'avance,  en  vue  de f Union, 
il  est  toujours  mis  au  futur. 

Ce  dont  il  est  ici  question,  c'est  donc  bien  cette 
déclaration  faite  après  coup  au  censeur,  lors  du  cens 
quinquennal  et  qui  était  prévue  comme  obligatoire 
dans  l'acte  de  J'an  12  d'Amasis,  spécifiant  d'ailleurs 
que  les  rapports  conjugaux  commenceraient  à 
partir  de  Tan  12  avec  leurs  conséquences  relatives 
à  la  légîtiniité  des  enfants. 

Tout  ceci  est  attesté  par  la  signature  de  cinq  fonc- 
tionnaires, au  bas  du  document,  comme  dans  toutes 
les  pièces  officielles,  tandis  que,  dans  les  céntrats 
privés,  les  noms  des  témoins  sont  écrits  au  revers. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  211 

En  Tan  3  3  d'Artaxerxès ,  correspondant  à  Tan  3 1 6 
de  Nabonassar  et  à  l'an  i  ko  d'Amasis ,  année  du  cens 
quinquennal,  nous  trouvons  un  extrait  du  même 
genre  : 

«An  33,  épiphi,  du  roi  Artaxerxès,  le  choachyte 
de  Içi  nécropole  occidentale  Petirum,  fils  d*Amen 
hotep,  dont  la  mère  est  Seteirban,  dit  à  la  femme 
Taba,  fille  du  choachyte  de  la  nécropole  occidentale 
de  Thèbes,  Ounnofré,  dont  la  mère  est  Khasuèsé  : 

a  Je  Vai  établie  pour  femme.  En  ce  jour,  je  n*ai 
«  plus  aucune  parole  au  monde  à  t'objecter  à  ce 
«  sujet.  C'est  moi  qui  donne  à  toi  le  faire  à  toi  mari 
«  en  tout  lieu  où  tu  iras.  Personne  n  a  à  en  connaître 
«  depuis  le  jour  ci-dessus.  » 

Ceci  est  encore  attesté  par  cinq  fonctionnaires. 

Quand  il  en  exista,  les  contrats  de  mariage  rela- 
tifs aux  biens ,  et  faits  soit  avant  l'union ,  soit  long- 
temps après,  sont  aussi  différents  de  ces  déclarations, 
lors  du  cens ,  que  les  deux  actes ,  seuls  d'abord  au- 
thentiques ,  de  mariage  par  coemptio  ou  par  confar- 
reatio  (nous  nous  servons  ici  du  terme  romain  pour 
désigner  le  mariage  religieux  et  cela  d'autant  plus 
qu'une  communion  nous  paraît  avoir  clos  la  céré- 
monie, comme  à  Rome). 

Mais  ce  n'est  pas  encore  le  moment  de  parler  de 
ces  contrats  de  mariage  relatifs  aux  biens  qui  se 
référaient  à  une  nouvelle  transformation  du  droit. 

De  l'Egypte,  nous  passerons  donc,  dans  ce  mo- 
ment ,  à  Rome.  C'est  d'autant  plus  naturel  au  point 

a. 


212  MARS-AVRIL   1906. 

de  vue  chronologique,  que  le  dernier  exennple  qui 
nous  soit  parvenu  du  cens  quinquennal,  c'est-à-dire 
lextrait  de  l'an  33  d'Artaxerxès ,  correspondant  à 
Tan  3 1 6  de  Nabonassar,  43 1  av.  J.-C. ,  est  postérieur 
de  2 G  ans  à  la  proclamation  du  code  des  XII  Tables 
de  Fan  ASi  av.  J.-C,  tandis  que,  nous  lavons  vu, 
celle-ci  est  postérieure  de  plus  de  i  20  ans  à  la  légis- 
lation d'Amasis  et  de  plus  de  160  ans  à  celle  de 
Solon,  à  laquelle  les  décemvirs  firent  aussi  de  larges 
emprunts.  Toutes  ces  lois  font  évidemment  série. 


IV 
LES  DÉCEMVIRS  ET  LA  FEMME. 

Nous  ne  voulons  pas  nous  prévaloir  de  l'axiome 
«  Post  hoc ,  ergo  propter  hoc  ».  Non  !  nos  raisons  sont 
plus  sérieuses  et  nous  les  avons  longuement  déve- 
loppées lors  du  Congrès  de  l'histoire  du  droit  de  1 900, 
dans  V Intermédiaire  des  curieux  et  dans  notre  livre 
intitulé  :  Les  rapports  historiques  et  légaux  des  Qui" 
rites  et  des  Egyptiens  depuis  la  fondation  de  Rome 
jusqu'aux  emprunts  faits  par  les  décemvirs  au  code 
d'Amasis^. 

Lai  discussion  sérieuse  des  faits  nous  paraît  ap- 
puyer d'une  façon  incontestable  nos  conclusions. 
Mais  enfin  le  «post  hoc»  est  certain,  alors  même 
qu  on  n'admettrait  pas  le  «  propter  hoc  ».  Je  suis  résolu 

Ml  a  été  édité  par  Maisonneuve. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  213 

à  m'en  contenter  aujourd'hui,  dans  cette  histoire  de 
la  femme,  qui  ne  nous  permet  pas  de  longs  dévelop- 
pements étrangers  à  ce  sujet  spécial." 

Sur  ce  terrain ,  d  ailleurs ,  Tanalogie  est  frappante 
entre  les  institutions  d'Amasis  et  celles  des  dëcemvirs 
ou,  si  Ton  préfère,  celles  que  nous  trouvons  depuis 
cette  époque  à  Rome.  Dans  les  deux  législations,  le 
mariage  sacré  se  trouve  complètement  transformé. 
Il  na  plus  d'importance,  plus  de  valeur  au  point 
de  vue  civil.  C'est  la  réponse  faite  à  cette  question 
du  censeur  lors  du  cens  quinquennal  :  Habesne  ex 
animi  tai  sententia  axorerriy  liberornm  procreandorum 
causa?  qui  décide  de  tout.  La  manus  du  mari  rem- 
place l'égalité  entre  les  deux  sexes,  telle  qu'elle 
était  si  énergiquement  rendue  par  la  vieille  formule  : 
ubi  tu  Gains  et  ego  Gaia,  «où  tu  es  le  maître,  je 
suis,  moi  aussi,  la  maîtresse»,  dans  des  conditions 
identiques. 

Il  n'y  a  pas  de  doute  que ,  pour  les  vieux  compa- 
gnons de  Romulus,  pour  les  vieux  citoyens  dont 
Numa  a  été  le  législateur,  pour  le  popalus  distribué 
en  gentes  ou  phratries  et  tout  différent  de  la  plebs,  c'est- 
à-dire  des  étrangers  domiciliés,  que  les  Athéniens 
appelaient  les  métèques  et  pour  lesquels  avait  été  in- 
stitué le  praetor  peregrinus  à  côté  du  praetor  urbis,  le 
mariage  sacré  par  confarreatio  était  primitivement 
le  seul  en  usage.  Ce  mariage  sacré ,  symbolisé  par  une 
commimion  des  époux ,  et  qui  les  unifiait  tellement 
qu'il  fallut  plus  tard  une  sorte  de  cérémonie  funèbre, 
la  diffareatioy  pour  les  disjoindre,  idée  dont  lapossi- 


214  MARS-AVRIL  1006. 

bilité  n'était  même  pas  admise  par  les  vieux  Romains; 
ce  mariage  sacré,  dis-je,  comportait,  selon  Taffirma^ 
tion  formelle  de  Denys  d'Halicamasse ,  la  commu- 
nauté de  biens  entre  les  époux.  Il  en  fut  tout  autre- 
ment après  la  retraite  de  la  plebs  ou  des  métèques  sur 
le  mont  Aventin  et  la  révolution  qui  avait  pris  pour 
devise  :  aequanda  libertcLs.  Au  nom  de  ce  principe 
d'égtdité,  on  appliq[ua  au  mariage  par  confarreatio , 
devenu  facultatif  et  qui  fut  surtout  conservé  par  les 
familles  aspirant  aux  vieux  sacerdoce,  les  règles 
propres  au  mariage  par  coemptio  et  particulièrement 
la  manas ,  c  est-à-dire  le  pouvoir  despotique  du  mari 
sur  sa  femme. 

Ce  mariage  était,  d ailleurs,  le  seul  que  put  bien 
comprendre  la  plebs  des  métèques,  les  vainqueurs  du 
jour.  C'étaient  les  quirites,  les  hommes  de  la  lance, 
ne  croyant  bien  à  eux,  nous  dit  Gains,  que  ce  qu'ils 
avaient  acquis  par  cette  lance  :  ce  qui  leur  fit  même 
donner  le  nom  de  inancipatio ,  manu  captio  «  prise  avec 
la  main  » ,  lacquisition  per  des  et  libram  avec  prix  en- 
tièrement payé  d  avance,  qu'ils  avaient  empruntée, 
comme  la  plus  grande  partie  de  la  loi  des  XII  Tables 
(excepté  la  part  prise  à  Solon ,  etc.)  au  code  d'Amasis. 
Il  va  sans  dire  que  la  ma/iiw,  sortie  de  l'idée  de  co- 
emptio y  et  étendue  déjà  abusivement  à  la  confarreatio, 
fut  appliquée  également  aux  mariages  sans  cérémo- 
nies initiales ,  par  simple  usage  [asus)  et  que  validait 
légalement  seule  la  question  faite  par  le  censeur  et 
dont  nous  avons  parlé  précédemment. 

Au  fond,  ce  mariage  per  usam  était  une  consé- 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  S15 

quenoe  naturelle  de  la  brutalité  de  la  plebs  romaine 
—  brutalité  qu'à  un  degré  plus  ou  moins  accentué 
nous  retrouvons  hélas  1  chess  toutes  les  plèbes  dans 
les  moments  de  révolution ,  surtout  si  cette  révolur 
tion,  toute  puissante  au  dedans,  devient  guerrière 
et  victorieuse  au  dehors.  Le  Quirite  qui  ne  croyait 
bien  à  lui  que  ce  qu'il  avait  pris  avec  sa  lance,  mb 
hasta^  ^t  qui,  même  dans  sa  patrie,  avait  établi  le 
principe  de  YasuGopion  par  un  usage  d'un  an  des  hé-, 
redites,  etc.,  trouvait  tout  naturel  dusuoaper  sa 
femme  comme  le  bien  d  autrui.  Ce  bien  d'autrui  ne 
pouvait  pas  résister  à  sa  main  violente.  Il  en  était 
souvent  de  même  pour  celle  dont  il  voulait  faire  sa 
femme  :  la  légende  des  Sabines  en  fait  foi;  et,  une 
fois  prise,  il  lui  était  bien  difficile  de  s  échapper, 
même  pour  découcher  trois  nuits. 

Notons  d'ailleurs  que,  comme  en  Egypte,  sous  le 
code  d'Anoasis,  lors  du  cens  quinquennal,  le  censeur 
ne  la  faisait  pas  venir  pour  la  consulter.  Le  mari 
seul  était  interrogé  et  il  répondait  ce  qu'il  voulait.  Il 
lui  était  même  &cile  de  dire  que  cette  femme  qu'il 
détenait,  ce  n'était  pas  pour  en  avoir  des  enfants, 
mais  à  titre  de  concubine. 

Seuls  désormais  les  hommes  comptaient,  seuls  ils 
étaient  écoutés  par  le  magistrat,  comme  par  exemple 
l'ingénu  qui ,  lors  du  cens  quinquennal,  faisait  valoir 
ses  droits  d'homme  libre,  après  avoir  été  réduit 
à  l'état  de  nexas  pour  payer  ses  dettes,  et  par  suite 
d'une  vente ,  et  cela  à  Rome  aussi  bien  qu'en  Egypte. 
Quant  à  la  femme ,  en  tutelle  perpétuelle,  soit  de  son 


216  MARS-AVRIL   1906. 

père,  soit  de  ses  frères,  soit  de  son  mari,  elle  devait 
être  sans  doute  réclamée  par  eux  en  cas  pareil ,  sans 
avoir  personnellement  rien  à  dire.  Si  Tingénu  ou  Kn- 
génue  avait  encore  son  père,  il  ou  elle  retombait 
sous  sa  puissance.  Ce  n'était  qu'au  bout  de  trois 
mancipations  successives,  suivies  d affranchissement, 
que  le  fils  —r-  et  le  fils  seul  — •  se  trouvait  émancipé. 

A  Rome,  après  les  XII  Tables,  comme  en  Egypte 
depuis  Amasis,  s'était  aussi  introduit,  et  cela  très  tôt 
sans  doute ,  l'adoption  par  mancipatio,  per  aes  et  libram, 
dont  usait  encore  Auguste  pour  un  de  ses  petits-fils , 
au  dire  de  Suétone,  tandis  qu'il  adoptait  l'autre  par 
adrogation ,  c'est-à-dire  par  une  loi  curiate  —  genre 
d'adoption  en  usage  en  Egypte  avant  Amasis.  Mais 
l'adoption  ne  paraît  pas  avoir  été  employée  pour  les 
filles  sous  l'empire  du  code  des  décemvirs. 

Au  point  de  l'état  des  biens,  la  loi  desXU  Tables, 
suivant  en  cela  l'exemple  d' Amasis,  n'avait  pas,  comme 
la  loi  de  Solon ,  enlevé  à  la  femme  sa  part  d'héritage 
dans  les  biens  du  père,  quand  elle  se  trouvait  en 
concours  avec  des  frères,  mais  elle  l'avait  placée 
en  perpétuelle  tutelle  ^ 

Tant  que  le  père  vivait,  la  question  n'avait  pas  à 
se  soulever  puisque  le  pater  familias  romain  était, 
comme  le  pater  familias  égyptien  rêvé  par  Amasis, 
un  despote  ayant  tout  pouvoir,  et  même  droit  de  vie 
et  de  mort  sur  ses  fils  comme  sur  ses  filles. 

Mais  quand  il  mourait,  tandis  que  ses  fils  deve- 

^  Pour  toutes  ces  questions,  voir  mon  ouvrage  intitulé  :  La  pro- 
priété, p.  2  24  et  suiv. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  217 

naient  à  leur  tour  des  despotes,  maîtres  sans  con- 
trôle, possédant  chacun  sa  famille  dont  il  était  paier 
familiaSy  les  filles,  ayant  reçu  leur  part,  ne  pouvaient 
disposer  de  rien  sans  Xaactoriias  de  leurs  firères,  et 
sous  cette  tutelle  familiale  —  très  efficace  alors ,  — 
elles  ne  jouissaient  pas  du  moindre  atome  de  libre 
arbitre.  i 

Quand  elles  se  mariaient,  c'était,  nous  l'avons  vu, 
sous  un  des  modes  qui  les  mettaient  à  l'instant 
même  sous  la  puissance  despotique  de  leurs  maris , 
puissance  si  grande,  si  abusive,  que,  s'il  faut  en 
croire  le  censeur  Caton ,  les  vieux  Romains  —  ces 
sages  ancêtres  dont  il  admire  tant  les  mœurs,  — 
mettaient  aussitôt  leurs  femmes  à  mort  s'ils  s'aperce- 
vaient par  leur  haleine  qu'elles  avaient  bu  un  peu  de 
vin.  Eh  bien!  le  censeur  Caton  lui-même ,  dans  le 
discours  prononcé  à  l'occasion  de  la  loi  Voconia,  en 
se  plaignant  amèrement  de  la  décadence  de  son 
siècle,  nous  trace,  des  femmes  héritières  telles  qu'on 
les  voyait  alors  à  Rome,  un  tableau  analogue  à  celui 
du  comique  Ménandre  pour  l'ancienne   épiclère^ 

^  A  Athènes ,  il  y  eut  à  ce  sujet  des  hauts  et  des  bas  pour  ainsi 
dire.  Nous  avons  plus  haut  décrit  ce  qu'était  à  ce  point  de  vue  ]a 
législation  solonienne.  Mais,  déjà  du  temps  de  la  première  hégé- 
monie de  cette  ville ,  quand  les  Athéniens  avaient  pour  sujets ,  sous 
le  nom  d'alliés  «  la  plupart  des  autres  peuples  de  la  Grèce,  quand 
les  étrangers  y  affluaient  en  nombre  immense,  quand  un  de  ces 
étrangers,  le  métèque  Aristophane  y  faisait  jouer  ses  inimitables 
comédies ,  Tesprit  public  tendait  à  s*écarter  un  peu  de  Tesprit  des 
lois  de  Solon. 

Puis  vinrent  les  désastres. 

Sparte,  la  brutale,  après  avoir  habilement  excité  toutes   les  ja- 


218  MARS-AVRIL   1906. 

devenue  rhéritière  greccjue  de  son  temps,  flçst  ia. 
maîtresse  dç  la  maison.  Elle  tient  le  mari  sous  son 

lousies,  toutes  les  envies  basses  contre  la  superbe  ville  d'Athènes  < 
devenue  la  plus  belle,  la  plus  riche,  la  plus  brillante,  à  toiis 
les  points  de  vue,  de  toutes  les  cités  du  monde,  Tisola,  sou* 
leva  contre  elle  ceux  mêmes  qui  lui  devaient  d*étre  libres,  la  vaia^ 
quit  à  divers  reprises  au  inilieu  des  péripéties  d'une  résiataiice 
héroïque,  puis  après  un  siège  où  la  famine  avait  joué  le  rôle  prin-  ' 
cipal,  d'après  le  récit  de  Lysias  qui  était  alors  dans  la  vîUe,  et 
enfin  lui  imposa  la  capitulation  la  plus  douloureuse. 

Quand  les  Athéniens  se  ressaisirent,  quand  le  gouvernement  im< 
posé  par  l'ennemi  eut  été  renversé,  quand  la  garnison  étrangère 
eut  abandonné  l'Acropole,  quand  les  patriotes,  revenant  pat  le  Pi- 
rée,  eurent  rétabli  la  démocratie,  la  première  choae  qu'on  fit,  ee 
fut  de  proclamer  à  nouveau  les  lois  de  Solon.  On  abolissait  tout 
ce  qui  s'était  fait  dans  l'intervalle.  On  en  avait  assez  pour  le  mo- 
ment d'un  panhellénisme  qui  avait  abouti  à  de  teUes  déceptions: 
On  voulait  redevenir  Athéniens ,  Athéniens  purs.  Et  dans  les  dames, 
dans  les  différents  bourgs  dépendant  d'Athènes,  dans  les  différents 
quartiers  dé  cette  ville,  toutes  les  listes  de  citoyens  furent  revisées 
avec  soin.  Ceux  (ju'on  en  rayait  confime  n-étant  pas  de  race  athé- 
nienne  et  comme  n'ayant  pas  été  créés  Athéniens  par  décret  du 
peuple  —  après  le  vote  des  gens  de  leur  quartiers  qui  les  excluait, 
—  pouvaient  en  appeler  devant  le  grand  jury  des  hélîastes.  Mais, 
s'ils  échouaient  dans  ce  pi^ès,  on  les  vendait  aussitôt  comme  esclaves:' 
tant  on  tenait  à  se  débarrasser  de  toute .  cette  masse  d'étrangers , 
frères  de  ces  alliés ,  de  ces  protégés  de  la  veille ,  si  ingrats  aux  jours 
des  défaites ,  qui,  dans  la  période  précédente  de  bienveillance  univer- 
selle, s'étaient  glissés  un  peu  partout,  usurpant  tous  les  privilèges^ 
les  droits  civils  et  politiques  des  citoyens. 

Dans  ces  conditions ,  il  est  évident  que  ia  femme  devait  retomber 
sous  la  dépendance  la  plus  étroite.  Et,  en  effet,  c'est  à  cette  époque 
que  se  rapportent  les  témoignages  les  plus  certains,  les  plus  ex- 
plicites sur  l'application  effective  des  lois  de  Soion  dans  toute  leur 
rigueur. 

Un  peu  plus  tard,  déjà  vers  la  fin  de  la  seconde  hégémonie, 
certains  plaidoyers  des  grands  orateurs  nous  laissent  une  impres- 
sion tout  autre.  Les  lois  de  Solon  existent  encore.  Mais  dans  la 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  219 

joug.  Elle  lui  fait  faire  ce  quelle  veut,  tant  il  a  peur 
qu  elle  ne  divorce  et  qu  elle  n'emport€j  son  argent. 

Cela  s  est  fait  malgré  les  lois,  malgré  cette  loi, 
dont  j'ai  déjà  parlé,  qui  donne  au  mari,  après  im  an, 
lusucapion ,  la  prise  de  maîtrise  sur  sa  femme  par 
possession  ininterrompue,  si  pendant  ce. laps  d'une 
an^ée  elle  n'a  pas  couché  dehors  trois  nuits  de 
suite.  S'il  avait  jamais  obtenu  cela  pendant  un  an, 
il  devenait  par  ce  fait  même,  nous  lavons  vu,  non 
seulement  le  maître  absolu  de  sa  femme  —  ce  qui 
lui  importait  plus  ou  moins,  —  mais  à  jamais  le  do- 
minas, le  propriétaire  de  ses  biens.  C'était  lui  qui 
était  l'héritier  de  son  héritage,  et  le  lendemain  il 
pouvait,  si  cela  lui  plaisait,  se  débarrasser  de  sa 
femme  par  une  mancipation,  par  une  vente  fictive 
pour,  un  sou  de  cuivre  dont  on  frappait  une  balance. 

Eh  bien!  Rome  était  devenue  une  des  villes  où 
les  femmes  riches  avaient  habituellement  le  plus  de 
liberté  —  trop  de  liberté  souvent  peut-être. 

On  voit  combien  est  puissant  l'exemple  des  peuples 
voisins  et  quelle  influence  il  exerce  par  les  mœurs  et 
l'esprit  public.  En  effet,  un  nouveau  courant  légsd 

pratique  on  tient  plus  de  compte  de  la  femme.  Cest  elle  qui  est 
devenue  la  question  principale.  L'héritage  n'est  plus  que  l'acces- 
soire,  tandis  qu  autrefois  Tépiclère  était  l'accessoire  de  l'héritage. 

Encore  un  peu  et  cette  épiclère  sera  la  riche  héritière  des  co- 
médies de  Ménandre,  maîtresse  de  la  maison,  dominant  son  mari 
par  la  crainte  d'une  rupture,  ayant  le  divorce  facile  et  emportant. 
ses  biens  avec  elle. 

C'est  le  nouveau  mouvement  juridique  contre  lequel  voulut 
réagir  à  Rome  la  loi  Voconia ,  comme  nous  le  disons  dans  le  texte 
au-dessous  duquel  est  placée  cette  note. 


220  MARS-AVRIL   1906. 

S  était  produit ,  analogue  comme  épanouissement  à 
celui  qui  avait  abaissé  la  femme,  courant  dont  nous 
pouvons  percevoir  les  effets  aussi  bien  en  Egypte 
quen  Babyionie  et  quen  Grèce.  C'est  en  Egypte, 
par  esprit  de  réaction  contre  le  code  d'Amasis,  si 
contraire  aux  vieilles  traditions,  quil  s  accentua  le 
plus,  si  même  ce  ne  fut  pas  là  qu'il  prit  son  origine, 
ainsi  que  j'ai  tendance  à  le  croire.  C'est  donc  en 
Egypte  que  nous  allons  l'étudier  encore. 


LE  DERNIER  CODE  ÉGYPTIEN 
ET  LA  FEMME. 

Si  le  mouvement  qui  allait  aboutir  dans  tout  le 
monde  civilisé  antique  à  relever  la  situation  de  la 
femme  fut  égyptien  d'origine  —  fondé  qu'il  était 
sur  la  vieille  morale  toute  de  charité  ou  de  protection 
des  faibles,  tant  en  honneur  à  toute  époque  dans 
la  vallée  du  Nil,  et  sur  les  traditions  primitives 
mieux  conservées  dans  les  mœurs ,  —  il  faut  bien  re- 
connaître que  les  prétextes  qu'on  employa  pour  arri- 
ver à  ce  résultat,  en  Egypte  même,  furent  souvent 
asiatiques. 

Il  y  eut,  à  ce  point  de  vue,  choc  en  retour;  car 
continuels  furent  les  rapports  entre  l'Egypte  de  la 
XVIII*  dynastie,  d'une  part,  et,  d'une  autre  part,  l'Asie, 
la  Chaldée,  le  Naharain,  dont  les  rois  occupent  tant 
de  place  dans  la  correspondance  d'Aménophis  IV  et 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITE.  221 

qui,  bien  peu  de  temps  auparavant,  sous  la  XVIP  dy- 
nastie, avait  été  lune  des  conquêtes  des  grands 
monarques  égyptiens,  tels  que  Thoutmès  III,  vain- 
queur de  Babel  et  des  pays  circon voisins.  Puis  encore, 
après  la  XVIIP  dynastie ,  les  Ramessides  et  les  She- 
shonkides  —  Ramsès  II,  Sésostris  et  Sheshonk  P'  sur- 
tout —  recommencèrent  des  exploits  analogues ,  soit 
à  regard  des  Chetas  ou  Hétéens ,  qui  avaient  eu  leur 
heure  d'hégémonie  orientale,  soit  contre  les  autres 
peuples  asiatiques  que  dominèrent  bientôt  les  ter- 
ribles rois  d'Assur,  envahissant  TEgypte  même. 

Cette  ère  de  guerres  réciproques  fut  généralement 
peu  favorable,  je  ne  dis  pas  au  développement,  mais 
au  maintien  complet  de  la  civilisation  —  toujours 
pacifique  d'allure.  Elle  eut  cependant  ses  effets  utiles 
en  faisant  se  bien  connaître  des  peuples  également 
éclairés  alors.  Au  moment  de  la  décadence  de 
l'Empire  des  successeurs  d'Assurbanipal ,  TEgypte 
fit ,  avec  Babylone  et  les  Mèdes ,  partie  de  la  confédé- 
ration des  vaincus  de  la  veille ,  qui ,  arrivant  par  les 
routes  mêmes  qu'avaient  établies  leurs  oppresseurs, 
en  finirent  avec  eux  en  détruisant  Ninive. 

C'était  du  temps  de  la  seconde  dynastie  ammo- 
nienne,  qui  avait  succédéà  la  première  branche  des 
pharaons  éthiopiens. 

La  femme  jouissait  en  Egypte  de  cette  situation 
priviligiée,  de  cette  prépondérance  qui  devait  encore 
tant  choquer  Solon  pendant  les  dix  ans  que,  selon 
Aristote,  il  passa  à  Naucratis.  Mais  l'impression  ne  fut 
évidemment  pas  la  même  pour  les  Babyloniens,  chez 


222  MARS-AVRIL   1006. 

lesquels  Hammourabi  avait  cependant  autrefois  tant 
abaissé  la  femme;  car  une  multitude  de  preuves,  dont 
je  ne  puis  donner  ici  rémunération  trop  détaillée, 
m  ont  fait  voir  des  emprunts  directs  des  Babyloniens 
de  cette  époque  au  droit  égyptien.  Je  citerai  seule- 
ment :  1*^  la  mention  des  contrats  de  mariage  inter- 
disant de  mépriser  sa  femme  ou  d'en  prendre  une 
autre ,  sous  peine  d  une  grosse  clause  pénale;  a*"  la  fa- 
culté, de  plus  en  plus  grande,  donnée  à  la  femme 
d*agir  en  communauté,  même  pour  les  aliénations 
d'immeubles ,  avec  son  mari ,  et  la  liberté  plus  éten* 
due  déjà  décrite  précédemment  par  nous  et  qui  lui 
fut  accordée. 

Nous  avons  dit  qu'Amasis  était  une  créature  de 
Nabuchodonosor,  et  qu'à  son  tour  il  s'inspira  en  partie 
de  ce  qui ,  dans  les  droits  orientaux ,  restait  encore 
dans  le  sens  de  rabaissement  de  la  femme,  comme  il 
s'inspira  —  encore  plus  il  est  vrai  —  de  son  modèle 
grec  contemporain  Solon. 

Ce  fut  sous  Amasis  que  la  guerre  fut  déclarée 
entre  l'Egypte  et  la  Perse,  qui  avait  succédé  à  Baby- 
ione  et  à  la  Médie  dans  l'hégémonie  orientale.  Gam- 
byse  l'emporta  et  mit  à  mort  Psammétique  lU.  H  ne 
changea  rien  au  code  alors  en  vigueur,  tel  que  l'avait 
proclamé  l'assemblée  nationale  convoquée  par  Ama- 
sis —  la  chronique  démotique  elle-même  a  soin  de 
nous  le  dire.  Mais  les  mœurs  commencèrent  à  réagir 
contre  les  lois  —  surtout  quand  on  n'eut  plus  afiaire 
à  la  volonté  de  fer  du  réformateur  et  au  prétoire 
formé  par  lui. 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  223 

C'est  à  ce  moment  que,  pour  en  revenir  presque 
aux  vieilles  coutumes  d'entente  familiale  et  cTëgalité 
des  deux  sexes,  on  saisit  tous  les  prétextes  :  même 
ceux  qui  étaient  tirés  de  ia  législation  propre  aux  en- 
vahisseurs. 

Un  de  ces  prétextes  fut  celui  que  fournissait  Tar- 
tiçle  du  code  de  Han^mourabi  qui  était  relatif  à  la 
reconnaissance  des  enfants  naturels  faite  par  le  père 
par  acte  authentique,  avec  la  formule:  «Vous  êtes 
parmi  mes  enfants  »,  ce  qui  leur  donnait  le  droit  de 
partager  avec  les  fils  légitimes. 

Eh  bien!  nous  voyons,  dès  le  commencement  du 
règne  de  Darius,  un  Egyptien  procéder  absolument 
de  même. 

Voici  lacté  en  question. 

«  L'an  5 ,  athyr,  du  roi  Darius. 

«  Le  choachyte  de  la  nécropole  Psénèse ,  fils  de 
Herirem,  dont  la  mère  est]Beneuteh,  dit  à  la  femme 
Ruru,  fille  du  choachyte  de  la  nécropole  Psénèse  -— 
laquelle  a. pour  mère  Tsenhor  : 

«  Toi ,  tu  es  la  compagne  de  partage  de  mes  en- 
«  fants  que  j'ai  engendrés,  de  ceux  que  j'engendrerai , 
«  pour  moi,  pour  totî^lité  des  choses  qui  sont  à  moi  et 
«  de  celles  que  je  ferai  être  (de  tous  mes  biens  présents 
«  et  à  venir)  :  maisons,  terres  cultivées,  esclaves,  ar- 
«  gent ,  airain ,  étoffes ,  bœufs ,  ânes ,  bestiaux,  contrats 
«  quelconques ,  totalité  de  biens  au  monde.  A  toi  ime 
«  part  de  ces  choses  —  à  toi  en  plus  de  mes  enfants 
«  qui  seront  à  jamais  —  ainsi  que  pour  mes  liturgies 


224  MARS-AVRIL   1906. 

«  dans  le  hat  de  la  montagne.  Â  toi  aussi  une  part  de 
«  ces  choses.  » 

L'enfant  ainsi  reconnu  par  un  contrat  dujas  gen- 
tiam  et  associé  aux  enfants  légitimes  antérieurs,  on 
songea  à  reconnaître  également,  et  cela  aussi  par  un 
contrat  imité  de  ceux  dujas  gentium,  celle  qui  jusque 
là  n'avait  été  qu'une  concubine,  gardant  comme 
telle,  sans  aucune  manas,  toute  son  indépendance. 
On  écrivît  donc ,  sur  la  même  feuille  de  papyrus, 
un  acte  dans  ce  but ,  acte  certainement  inspiré  par 
les  contrats  dotaux  constituant  un  nudannu  versé  au 
mari  par  la  femme,  et  qui  étaient  si  usités  en  Baby- 
ionie  sous  le  règne  de  Darius;  seulement  le  nudannu 
en  question  n'est  point  une  dot,  puisqu'il  est  donné 
bien  longtemps  après  «  l'établissement  pour  femme  », 
c'est-à-dire,  selon  l'esprit  du  code  d'Amasis,  après  la 
consommation  physique  de  l'union.  C'est  une  cré- 
ance comparable  aux  créances  babyloniennes,  por- 
tant intérêts  fixés  d'avance,  pesant  sur  [ina  eli)  le 
débiteur,  créance  dont  l'origine  est  d'ailleurs  ici 
toute  psychique,  reposant  imiquement  sur  le  pré- 
judice fait  à  la  femme  qu'on  a  rendue  mère. 

Voici  le  contrat  en  question  tout  à  fait  distinct  de 
l'autre,  bien  que  réuni  matériellement  : 

«  Au  5  athyr  du  roi  Darius. 

«  Le  choachyte  de  la  nécropole  Psénèse,  fils  de  He- 
rirem,  dont  la  mère  est  Beneuteh,  dit  à  la  femme 
Tsenhor,  fille  du  coachyte  Nesmin,  dont  la  mère 
est  Ruru  : 


LA  FEMME   DANS  L'ANTIQUITÉ.  225 

«  Tu  mas  donné  trois  argenteus  du  temple  de 
«  Ptah . . .  quand  je  t  ai  établie  comme  «  femme  ». 

«  Que  je  te  méprise  (c  est-à-dire  si  je  te  répudie), 
«  moi  je  te  donnerai  en  argenteus  fondus  du  temple 
«  de  Ptah  que  tu  m  as  donnés  et  qui  sont  indiqués 
«  plus  haut. 

«Prélève  le  tiers  de  la  totalité  des  biens  que  je 
«ferai  être  (que  j'acquerrai).  En  les  recevant  que 
«je  te  les  donne.  » 

Le  tiers  des  acquêts  ou  des  revenus  en  question 
remplaçait  l'intérêt  de  la  somme  qui  était  censée 
prêtée.  Aussi  la  trouvons-nous  plus  tard,  dans  les 
actes  analogues  qui  ne  cessèrent  plus  désormais 
d'être  en  usage  en  Egypte ,  et  cela  très  tardivement 
jusqu'à  l'époque  romaine,  fréquemment  remplacée 
par  une  pension  alimentaire  à  payer  annuellement 
ou  mensuellement  en  partie  en  argent ,  en  partie  en 
nature  (blé,  huile,  etc.).  11  était  naturel  en  effet  de 
nourrir  la  femme  à  laquelle  on  avait  imposé  des 
charges  nouvelles  et  qu'on  avait  rendue  incapable 
d'un  travail  continu. 

Au  fond,  c'était  l'union  libre  qui  l'emportait,  tant 
sur  le  vieux  mariage  religieux  que  sur  le  mariage 
civil  réglé  par  Amasis  tout  à  l'avantage  du  mari  et 
qui  réduisait  la  femme  en  servitude ,  en  tout  état  de 
cause,  soit  qu'il  ait  été  contracté  par  coemptio,  par 
confarreatio  ou  par  usus.  Cet  usus  entraînant  la  ma- 
nus,  les  femmes  n'en  voulaient  plus.  Elles  ne  repous- 
saient pas  Viisus  autrement  compris  et  qui  les  rendait 


iinrikir.  xiTiniii 


220  MARS-AVRIL   1906. 

mères.  Mais,  comme  les  Romaines,  elles  savaient  se 
servir  de  quelque  trinoctium.  Par  suite,  elles  avaient 
eu  soin  de  refuser  la  déclaration  au  censeur,  décla- 
ration qui  aurait  constaté  la  prise  en  mains  du 
mari.  Elles  préféraient,  je  le  répète,  nêtre  que  con- 
cubines, puisque  la  loi  d'Amasis  ne  donnait  plus 
aucun  privilège  à  la  chaste  épouse  et  qu'elle  portait 
même  expressément,  d'après  le  témoignage  de  Dio- 
dore ,  confirmé  par  les  documents  contemporains , 
que  les  enfants,  quels  quils  fussent,  même  nés  de 
lesclave,  étaient  légitimes  et  avaient  des  droits 
égaux  à  ceux  nés  dans  le  mariage  s'ils  avaient  été 
reconnus. 

Le  code  de  Hammourabi  avait  autrefois,  dans  les 
articles  iSy,  i44,  i45,  etc.,  fait  de  la  sugeiim  ou 
concubine,  quelque  chose  d'intermédiaire  entre 
Yassata  ou  épouse  et  la  simple  maîtresse  de  ren- 
contre (ce  que  les  Romains  firent  égalemefit  plus 
tard  pour  la  concubina).  C'était  devenu  une  sorte 
d'épouse  de  seconde  catégorie  —  à  ce  point  que  le 
même  mot  sous  la  forme  shegal  {b^^  ^) ,  plur.  shegalai 
[nb^v) ,  est  traduit  par  axor  dans  le  livre  chaldaïque 
de  Daniel  (5,  2;  3,  28),  En  hébreu,  le  mot  cor- 
respondant à  sugetim  est  pilegesh  (c^.J^B«-  uroÛlXaÇ), 

^  Au  pluriel  avec  Taffixe  de  la  3*  pers.  DP/^C^,  et  avec  Taff.  de 
la  3*  ^Pv^lS?.  Les  ialmndistes  ont  encore  grossi  la  forme  en 
n^lv^^.  On  attribue  7^^  «concubina»,  k  la  racine  v^JÛ  tcon- 

T    V  -     T 

cubuitcura  muliere ,  compressit eam  »  (Deuléronome,  98,  3o;l8a{e, 
1 3 ,   1 6  ;  Zacharie ,  1 4  ,  ^  1  ). 


LA  FEMME   DANS  L'ANTIQUITÉ.  227 

qui  dans  la  Genèse  (35,  aa),  dans  Ézéchiel  (q3, 
2"»),  etc.,  est  traduit  tantôt  par  concubina,  tantôt 
par  pellex. 

Les  Rabbins,  s  inspirant  d'une  loi  chaldéenne 
qu'on  retrouve  également  dans  le  code  de  Hammou- 
rabi ,  citée  précédemment  par  nous ,  ont  fait  une  dis- 
tinction bien  simple  entre  l'épouse  et  la  concu- 
bine/laûfta  biketoubah  pilegesh  bila  ketoubah  [n^Vin 
n^^n:^  nh^  ^^bs  na^npn)  «  Tépouse  est  avec  un  con- 
trat dotal,  la  concubine  sans  contrat  dotal  »^. 

^  li  faut  remarquer  que  la  première  forme  du  mariage  hébreu 
est  celle  dont  le  symbole  était  le  17)12  ou  don  nuptial  comparable 
au  Sep  du  droit  égyptien  secondaire  (voir  Genèse,  34,  n;  Exode, 
22,  i6^  I  Sam.,  i8,  2  5).  Gesenius  fait  à  ce  sujet  une  très  judi- 
cieuse constatation;  c'est  que  inD  est  tout  à  fait  di£Pérent  comme 

sens  de  Tarabe  L^  désignant,  non  pas  le  don  nuptial  fait  par  le 
mari ,  mais  la  dot  constituée  par  les  parents  de  la  femme  (  alors 
que  ,^^0k4o  désigne  le  don  nuptial).  Evidemment,  comme  le  éep, 
le  mohar  est  la  trace  d'une  très  ancienne  coemptio,  bien  qu'il  ne 
faille  pas  voir  dans  inD  (dont  Tunique  sens  est  celui  de  festinavit 
en  dehors  de  celui  de  «  constituer  un  don  nuptial  »)  un  adoucissement 
de  intD  IDtD  avec  la  valeur  de  émit  iixorem.  Mais  c'était  une  forme 
usée ,  comme  le  iep  lui-même ,  et  dont  Torigine  doit  être  cherchée 
ailleurs,  peut-être  en  Assyrie  ou  dans  un  pays  qui,  comme  laPhé- 
nicie  «  le  pays  d'arrière  » ,  ne  nous  a  pas  laissé  ses  archives.  Ce  qui 
est  certain ,  c'est  que  les  textes  déjà  cités  ne  prouvent  pas  que  les 
parents  qui  mariaient  la  fille  gardaient  Targent.  Dans  le  droit  rab- 
binique  le  mohar,  comme  le  Sep  dans  le  droit  égyptien ,  est  donné  à 
la  femme  elle-même  pour  sa  virginité  (quelque  chose  d'analogue 
à  ce  que  nous  trouverons  eu  Egypte  sous  Darius).  Selden  [Uxor 
hebraîca ,  p.  96  )  a  reproduit  le  formulaire  du  contrat  de  mariage  par 
simple  mokar  dont  le  taux  est  toujours  fixé  à  200  drachmes  ou 
100  sekels.  Comnie  en  Egypte  aussi ,  on  trouve  (Selden ,  ibidem , 
p.  119)  un  formulaire  intitulé  n!}in3n  DD1tD  «  type  de  &eton6a •,  et 
d'après  lequel  le  mohar  ou  don  nuptial  était  associé  :  1°  à  la  dot 


228  MARS-AVRIL   1906. 

On  pourrait  dire  exactement  le  contraire  en 
Egypte.  La  concubine  était  celle  qui  se  prévalait  d'un 
contrat  dotal  emprunté  au  jus  gentiam.  L'épouse 
était  celle  qui  n'avait  pas  de  contrat  dotal. 

Ajoutons-le  d'ailleurs,  si  le  mariage  par  créance 
nuptiale  continua  toujours  à  être  employé  toutes  les 
fois  qu'il  s'agissait  de  valider  un  mariage  déjà,  ac- 
compli matériellement,  et  de  légitimer  des  enfants 
déjà  nés  (on  prit  seulement  l'habitude  de  réunir  en 
un  seul  les  deux  actes  primitifs),  le  contrat  propre- 
ment dotal,  constatant,  avant  l'établissement  pour 


X^^ll^  nedounia,  2°  à  la  pension  alimentaire,  pouvant  chez  les  Juifs 
se  payer  en  tout  lieu ,  puisque  les  domiciles  des  époux  pouvaient  être 
distincls,  comme  dans  le  droit  égyptien  d*époque  secondaire,  mais 
absolument  obligatoire,  puisque  dans  les  deux  droits  le  mari  de\ait 
subvenir  à  lentretien  de  sa  femme  ;  3**  à  Thypothèque  générale  sur 
les  biens  du  mari ,  hypothèque  prévue  aussi  en  Egypte ,  mais  dont  les 
rabbins  savaient  fort  bien  annuler  les  effets  (  voir  mon  livre  sur  la 
Propriété,  p.  a3o).  Cet  écrit  de  ketoubah,  écrit  en  chalda!que,  est 
pourtant  chaldéen  d*origine.  Le  nedounia  a  exactement  la  valeur 
du  niu£unna babylonien  d'époque  secondaire ,  dans  le  sens  de  dot,  et 
na  d'ailleurs  pas  d'autre  origine  philologique,  comme  le  p3Ç*P 
ou  K^3l^P  pignvu  des  rabbins,  dont  mon  frère  a  indiqué  aussi 
Torigine  dans  le  maskanu  «  gage  •  des  Babyloniens  de  même  pénode , 
pour  la  première  fois  compris  et  identifié  par  lui.  Peut-être  est-ce 
aussi  à  une  influence  babylonienne  qu'il  faut  attribuer  l'origine  du 
libellum  repndii  riH^'ID  "ÎDD  du  chapitre  a^,  i,  du  Deutéronome 
—  livre  très  postérieur  à  l'Ëxode  —  libellum  repudii  sans  cesse  men- 
tionné à  l'époque  des  prophètes ,  et  qui  n'est  accordé  qu'à  l'homme 
(sauf  l'exception  des  femmes  impubères;  v.  Selden,  p.  ici).  Encore 
aujourd'hui,  à  Paris,  une  Juive  autrichienne  s'est  vu  refuser  le  droit 
de  divorce ,  par  cette  raison ,  d'après  son  statut  personnel.  En  ce  qui 
touche  le  mari ,  xvptos  de  sa  femme  chez  les  Juifs ,  voir  aussi  mon 
livre  sur  la  Propriété»  p.  q  Q9.  —  En  somme ,  en  dépit  des  formulaires 


LA  FEMME  DANS   L*ANTIQUITÉ.  229 

femme ,  l'apport  réel  de  Tépouse ,  ne  fut  emprunté , 
sous  la  forme  chaldéenne,  que  beaucoup  plus  tardi- 
vement surtout  à  Memphis  et  dans  la  Basse  Egypte. 
Comme  Je  mariage  par  créance  nuptiale,  dont  il 
était  issu,  il  comportait  également,  soit  la  part  de 
commimauté  du  tiers  dans  les  acquêts ,  soit  la  pen- 
sion alimentaire  —  et  généralement  toutes  les  for- 
mules dont  lusage  s'était  introduit  pour  le  contrat 
primitif,  avec  quelques  additions  dont  nous  aurons 
à  reparler. 

La  communauté  du  tiers  dans  les  acquêts  se  re- 
trouve également,  d ailleurs,  mais  retournée,  dans 
un  contrat  daté  de  Darius  et  qui  a  également  pour 
but  de  constater  un  mariage ,  cette  fois  avant  Tunion 
charnelle. 

Ce  contrat  nest  pas  emprunté  au  jus  gentinm, 
mais  dérive  de  celui  qu'Amasis  avait  lui-même  établi 
dans  son  code,  c est-à-dire  de  la  coemptio.  Seulement, 
au  lieu  de  se  vendre  elle-même,  la  femme  ne  vend 
plus  à  son  mari  que  le  neb  himt,  c'est-à-dire  le 
droit  de  maîtrise  de  femme  qu'il  doit  exercer  sur 
elle.  On  peut  donc  comparer  cette  vente  à  une  vente 
d'usage.  Qu'on  me  permette  de  citer  ici  ce  que  je 
disais  à  propos  de  cet  acte  dans  mon  Précis  de  droit 
égyptien  y  p.  5/45  et  suivantes,  après  Favoir  enseigné 
depuis  bien  des  années  dans  mon  cours  de  l'Ecole 
du  Louvre  : 

(les  contrats  de  mariage ,  tout  différait  entre  le  droit  égyptien ,  même 
d'époque  secondaire,  et  le  droit  rabbinique,  qui  lui  a  pourtant  tant 
emprunté,  comme  au  droit  chaldéen,  et  d'ailleurs  au  droit  grec. 


230  MARS-AVHIL    1906. 

«  Nous  avons  déjà  vu  des  actes  dans  lesquels  le 
mari  pariait  et  s  engageait  envers  sa  femme.  Nous 
en  avons  vu  dans  lesquels  il  assurait  à  sa  femme  un 
tiers  dans  ses  acquêts.  Ici ,  dans  un  contrat  daté  de 
Tan  3o  du  roi  Darius,  ce  n'est  pas  le  mari  qui  prend 
la  parole  ;  c'est  au  contraire  la  femme ,  comme  dans 
le  mariage  par  coemptio ,  écrit  sur  une  assiette  sous  le 
règne  du  Bis  d'Amasis. 

«  11  est  vrai  que  la  nouvelle  épouse,  en  Tan 3o  de 
Darius,  ne  déclare  pas  avoir  reçu  le  prix  même 
de  sa  liberté  et  ne  se  livre  pas  à  son  mari  à  titre 
d'esclave,  en  lui  livrant,  en  même  temps,  ses  biens 
présents  et  futurs  et  jusqu'aux  vêtements  qu'elle  a 
ou  aura  sur  son  dos ,  ainsi  que  ses  enfants  à  naître. 
Tout  cela  aussi  est  passé  de  mode.  La  femme  est  rede- 
venue l'égale  du  mari.  Elle  conserve  dans  le  mariage 

—  alors  même  que  ce  mariage  a  eu  pour  base  une 
sorte  de  mancipation ,  le  versement  par  le  mari 
d'une  somme  d'argent  comme  s'il  achetait  sa  femme 

—  elle  conserve,  dis-je,même  alors,  sa  liberté  d'ac- 
tion absolue ,  son  individualité  civile  indépendante , 
tous  les  droits  qu'elle  aurait  si  elle  ne  se  vendait 
pas. 

«  La  domination  du  mari  est  peut-être  ce  qui  a 
dure  le  moins  longtemps  de  toutes  les  œuvres  légis- 
latives dAmasis.  De  cette  maîtrise  conjugale,  du 
pouvoir  du  chef  de  famille  sur  sa  femme ,  le  nom 
seul  se  conserve  dans  la  forme  de  mancipation  ma- 
trimoniale que  nous  avons  ici. 

«La  femme,  dans  notre  acte  comme  dans  Taçte 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  231 

de  coemptio  imaginé  sous  Amasis ,  déclare  avoir  reçu 
une  somme  d'argent  à  titre  de  prix  de  quelque  ohose. 
Mais  ce  quelque  chose,  ce  n'est  pas  elle-même, 
cest  le  titre  tout  honoraire  de  neb,  de  maître,  de 
seigneur,  qu  elle  cède  en  qualité  d'épouse  à  celui  qui 
deviendra  son  mari  : 

«  Tu  m  as  prise  pour  femme  aujourd'hui ,  dit-elle. 
«  Tu  m'as  donné  un  kati  fondu  de  la  double  maison 
<c  de  vie  pour  mon  neb  himet  (c'est  à-dire  pour  le  droit 
«de  maîtrise  d'un  mari  sur  sa  femme)  en  t'établis- 
«  sant  mari  ». 

«  Mais  ce  droit  du  mari  sur  sa  femme ,  ce  neb 
himet  ne  ressemble  guère  à  ce  qu'il  était  sous  Ama- 
sis. En  effet,  la  nouvelle  épouse  peut  abandonner 
son  époux  quand  elle  voudra  : 

«  Que  je  te  méprise,  dit-elle  dans  cette  prévision, 
«que  j'aime  pour  moi  un  autre  homme  que  toi, 
«  c'est  moi  qui  te  donnerai  9  katis  fondus  d'argent  de 
«  la  double  maison  de  vie ,  en  plus  de  ce  kati  que  tu 
«  m'as  donné  pour  mon  neb  himet  ci-dessus.  » 

«  Ainsi  l'amende  pour  l'infidélité  de  la  femme , 
pour  la  répudiation  qu'elle  ferait  par  caprice,  sera 
dix  fois  plus  forte  que  la  très  petite  somme  par 
laquelle  le  mari  achète  son  droit  de  neb  himet,  son 
droit  de  maîtrise.  Il  est  vrai  que  ce  droit  de  maî- 
trise était  si  peu  de  chose  que  franchement  il  ne 
valait  pas  davantage. 

«  Comme  dans  beaucoup  de  nos  anciens  contrats 
de  mariage,  Ja  partie  qui  porte  la  parole,  assure  à 


232  MARS-AVRIL   1905. 

Tautre  une  part  déterminée  de  communauté  dans 
ses  biens  : 

«J'abandonnerai  pour  toi,  dit  la  femme  dans  la 
ftdernièi*e  clause  du  contrat,  le  tiers  de  totalité  de 
K  biens  quelconques  au  monde  que  je  ferai  être;  sans 
«  alléguer  aucun  acte,  aucune  parole  au  monde  ». 

[La  suite  au  prochain  cahier.) 


CULTE  DES  ROIS  PRÉHISTORIQUES  D'ABYDOS.    233 


LE  CULTE 

DES 

ROIS  PRÉHISTORIQUES   D'ABYDOS 

SOUS  L'ANCIEN  EMPIRE  ÉGYPTIEN. 

PAR 

M.  E.  AMÉLINEAU. 


L'un  des  plus  grands  étonnements  des  dix  der- 
nières années ,  dans  le  clan  peu  nombreax  des  Égyp- 
tologues ,  a  été  causé  par  lapparition  soudaine  à  la 
réalité  historique  de  rois  qu'on  s'était  doucement 
habitué  à  regarder  comme  des  êtres  chimériques, 
n'ayant  aucun  droit  à  revendiquer  dans  l'histoire 
scientifique  et  qu'on  devait  traiter  comme  des  êtres  . 
vaporeux  qu'il  suffisait  d'un  souffle  pour  faire 
évanouir  dans  l'air.  Quand,  dans  la  séance  du 
a 9  mai  1896,  j'annonçai  à  l'Académie  des  Inscrip- 
tions et  Belles-Lettres,  que  je  croyais  avoir  retrouvé 
les  rois  dont  je  parle,  il  n'y  eut  guère  que  des  signes 
de  surprise  significatifs ,  et  je  vois  encore  un  acadé- 
micien que  la  mort  vient,  hélas!  d'emporter,  lever 
les  bras  au  ciel  pour  le  prendre  à  témoin  de  ma 
témérité.  Cette  témérité,  comme  celle  de  l'agneau, 
ne  devait  pas  tarder  à  être  châtiée.  Quand  le  châti- 
ment eut  été  longuement  expliqué,  il  ne  me  resta 


234  MARS-AVRIL   1906. 

plus  guère  qu!'d  courber  le  dos  sous  le  flot ...  et  à 
continuer  mes  découvertes.  C'est  ce  que  je  fis  pen- 
dant deux  années ,  et  c'est  ce  que  fit ,  après  moi , 
M.  FI.  Pétrie ,  sans  réussir  à  trouver  des  noms  de 
rois  nouveaux  autrement  que  dans  son  imagination. 
Ayant  retrouvé  les  rois  que  j  avais  fait  sortir  à  la 
lumière,  il  admit  que  certains  d'entre  eux  avaient 
précédé  toute  histoire,  c  est-à-dire  avaient  vécu  avant 
Menés,  qu'on  les  nomme  préhistoriques  ou  qu'on  les 
désigne  sous  le  nom  de  rois  antéhistoriques.  Moins 
téméraire  que  je  ne  l'avais  été,  il  n'admettait  que 
trois  ou  quatre  de  ces  rois.  Depuis,  la  question  a  fait 
son  chemin. 

Jusqu'à  présent  on  s'est  contenté  d'argumenter 
avec  des  raisons  plus  ou  moins  convaincantes  prises 
de  la  question  même  en  litige,  je  veux  dire  des 
documents  fournis  par  les  fouilles  d'Abydos,  car, 
sauf  le  monument  connu  sous  le  nom  de  Pierre  de 
Païenne,  et  sauf  aussi  la  stèle  célèbre  de  Schera, 
aucun  autre  document  n'a  été  versé  aux  débats.  Par 
une  malencontreuse  aventure,  ces  deux  documents 
n'étaient  d'aucim  secours  et  ne  produisaient  aucune 
lumière  pour  éclairer  la  question  :  la  Pierre  de  Pa- 
lerme,  quelle  qu'en  soit  l'interprétation,  ne  men- 
tionne que  le  nom  de  Kha-Sekhemoui,  et  la  stèle  de 
Schera  ne  contient  que  le  nom  de  Perabsen  placé 
après  celui  d'un  roi  de  la  IP  dynastie,  Sent,  ce  qui  a 
paru  suffisant  pour  motiver  son  entrée  dans  cette 
dynastie  à  la  suite  de  ce  roi,  jusqu'au  jour  où  M.  FI. 
Pétrie  découvrit,  en  son  caprice,  de  nouvelles  raisons 


CULTE  DES  ROIS  PRÉHISTORIQUES  D'ABYDOS.     235 

qui  l'incitèrent  à  le  déplacer  pour  en  faire  le  dernier 
roi  de  cette  même  dynastie. 

Parmi  les  auteurs  qui,  ayant  droit  de  cité  en 
égyptologie,  se  sont  occupés  de  la  question  des  deux 
ou  trois  premières  dynasties  égyptiennes,  nul  ne 
s  est  donné  la  peine  de  chercher  si,  d'aventure,  les 
noms  de  certains  de  ces  rois  d'Abydos  n'auraient  pas 
survécu  dans  des  monuments  connus,  se  trouvant 
ou  pouvant  se  trouver  entre  les  mains  de  tout  Je 
monde,  servant  de  thème  aux  plus  doctes  leçons. 
Cependant  M.  Pierret ,  dans  les  leçons  qu'il  professe 
à  Y  École  du  Louvre  ^  a  expliqué  les  monuments  qui 
sont  en  question ,  mais  il  n'a  pas  su  les  reconnaître 
et  il  ne  le  pouvait  guère ,  puisque  la  publication  de 
ses  leçons  date  de  l'année  1890  et  que  les  do- 
cuments d'Abydos  n'ont  été  découverts  qu'en  l'an- 
née 1896. 

Les  monuments  dont  je  parle  sont  publiés  dans 
l'ouvrage  de  la  Commission  prussienne  connu  sous  le 
nom  de  Denkmàler  aus  Mgypten  und  jEthiopien, 
édités  sous  la  direction  du  grand  savant  qui  eut  nom 
Lepsius.  Je  les  ignorais  comme  tous  mes  autres 
confrères  en  égyptologie,  ne  possédant  pas  l'ouvrage, 
et,  quand  j'eus  pu  me  le  procurer,  pressé  que  j'étais 
de  courir  à  ce  qui  m'intéressait  tout  d'abord,  je 
m'absorbai  presque  tout  entier  en  d'autres  travaux  ; 
mais,  du  moment  que  je  dus  entrer  dans  la  lice,  me 
devant  à  moi-même  et  devant  aussi  à  mes  lecteurs 
d'être  armé  de  pied  en  cap  pour  affronter  les  combats 
auxquels  m'appelait  cette  discussion ,  et  de  plus  pour 


236  MARSAVRIL   1906. 

d'autres  études  que  j'ai  entreprises  et  que  j'espère 
mener  à  bonne  fin,  j  ai  voulu,  la  plume  à  la  main, 
chercher  tout  ce  qui  pouvait  me  servir  d'arme  dans 
la  discussion  afin  d'afiSrmer  et  de  prouver  mon  bon 
droit.  C'est  ainsi  que  j'ai  été  frappé  par  les  docu* 
ments  que  je  vais  faire  passer  sous  l'œil  du  lecteur, 

I 

De  la  IV*  jusqu'à  la  XP  dynastie ,  on  rencontre  firé- 
quemment  dans  les  tombeaux  de  cette  époque,  de 
grands  personnages,  ayant  rempli  de  hautes  chaînes 
à  la  cour  du  Pharaon  pendant  sa  vie  et  la  leur,  qui 
mettent  au  nombre  de  leurs  plus  glorieux  titres  celui 
de  "^  J.  On  traduit  d'ordinaire  ce  titre  par  prophète, 
parce  que  les  premiers  égyptologues,  l'ayant  trouvé 
et  n'en  sachant  pas  le  sens ,  ont  saisi  avec  empresse- 
ment l'application  qu'en  avaient  faite  les  Grecs  à  une 
série  de  prêtres  dénommés  par  eux  prophètes,  quoi- 
que leurs  fonctions  ne  semblent  se  rapporter  en  rien 
à  ce  qu'exigerait  l'étymologie  du  mot  grec.  Le  mot  "] 
se  traduisant  par  Dieu  et  le  mot  J  signifiant  serviteur 
et  esclave,  le  mot  d'origine  grecque  hiérodule  me 
semblerait  avoir  autrement  de  droit  à  traduire  l'ex- 
pression égyptienne  "^  J.  Cette  expression,  qui,  sous 
l'Ancien  Empire,  s'applique  aussi  bien  aux  o£Bciers 
attachés  au  culte  des  Dieux  proprement  dits  qu'à 
celui  des  rois ,  est  bien  plus  fréquente  dans  le  premier 
cas  que  dans  le  second.  Quand  il  s'agit  des  Dieux  ou 
des  personnes  auxquelles  on  accole  ce  qualificatif 


CULTE  DES  ROIS  PRÉHISTORIQUES  D'ABYDOS.     237 

Diea^,  on  le  trouve,  dans  les  Mastabas  de  Mariette 
et  dans  les  tomes  III  et  IV  des  Denkmàler  de  Lepsius , 
employé  environ  deux  cent  vingt  fois;  quand  il 5 agit 
au  contraire  des  rois  ou  des  pyramides  royales,  ce 
qui  pour  nous  revient  au  même ,  on  le  trouve  seule- 
ment une  centaine  de  fois.  Les  Dieux  qui  ont  des 
hiérodules  spécialement  attachés  à  leur  culte  sont 
indistinctement  :  Ekhnoum ,  Seb,  Safekh,  Jjt  ,  Hathor, 
^-j-^,  1|J,  Toiseau  Doscher,  lepervier  de  Ra,  les 
deux  Dieux  dans  khenti  her,  .  .  [[ffî ''''^  n  i  i  Ptah, 
Sokar,  Tanen,  le  Dad  vénérable,  Ra  dans  Rasche- 
pou,  Khenti-Aanoutef,  Emkhentou,  Ra  dans  le 
double  horizon,  Horkhentiour,  Ra  dans  le  lieu  de 
son  cœur,  c  est-à-dire  dans  les  temples  d'Héliopolis , 
Maït,  Kherbaqef  (celui  qui  est  sans  son  arbre  baq), 
Khentimiritef  (celui  qui  est  dans  ses  deux  yeux,  tra- 
duction ordinaire,  mais  qui  est  loin  de  me  paraître 
satisfaisante),  Thot,  le  Taureau  en  rut,  le  dieu  ^, 
Horus,  Anubis  dans  la  salle  divine,  Ra0O,  j^® 
©  n  (c'est-à-dire  Tépervier  de  Ra0  o),  Heqet,  la 
déesse  grenouille,  Renentou,  Nekhabit  ^  ,  Ra  dans 
I,  Anubis  dans  Scheset,  Hor- Anubis  dans  le  château 
de  Scheset ,  Ra  dans  Schephati ,  Horus  ouserkaou  (c  est- 
à-dire  Horus,  ou  mieux  Tépervier  riche  en  doubles), 
Senbet  dans  la  maison  de  Thot,  le  Dieu  grand, 
Khenti-Tanen  (celui  qui  est  dans  Tanen),  Khenti- 
emtef(?),  Hathor  dame  d*Ont,  Khentiemtotef  (celui 

*  Si  c'était  ici  la  place,  je  pourrais  démontrer  que  le  mot  | 
désigne  les  hommes  s'étant  acquittés  de  la  vie  et  parvenus  à  celte 
qualité  à  la  suite  d^avatars  non  encore  signalés. 


238  MARS-AVRIL   1906. 

qui  est  dans  sa  main),  son  Chacal,  Osiris,    4a#0^ 

(peut-être  le  bois  de  la  montagne  de  vérité,  c est-à- 
dire  les  arbres  qui  ombrageaient  les  tombes  de  la 
nécropole),  Hathor  dans  le  lieu  de  son  cœur  (c est-à- 
dire  dans  le  temple  d'Héliopolis),  Mehit,  Âpouaï- 
tou,  Anubis,  KJienti  Sap  (c'est-à-dire  Anubis  dans 
la  ville  de  Sap) ,  Neit  Touvreuse  de  chemins. 

Pour  les  rois  et  leurs  pyramides ,  on  trouve  men- 
tionnés :  Khoufou,  Ouserkaf,  Ranouser,  Ounas, 
Khafra,  Menkaoura,  Tépervier  Qa,  le  roi  Nebka, 
Arnoferkara,  Tépervier  Sekhem  et  Fépervier  Kheper, 
Sent ,  Perabsen  ;  parmi  les  pyramides  sont  nommés  : 
Isiou,  la  pyramide  de  Ranouser,  un  autre  endroit 
nommé  le  lieu  ^  n  P  î  ^  ^^  pyramide  de  Sahoura , 
la  pyramide  de  Noferkara ,  celle  d'Assa ,  celle  de  Ra- 
nofer,  celle  de  Teti,  celle  de  Dadkara,  celle  de 
Rameri,  celle  de  Menkaouhor  et  enfin  le  château 
du  double  dun  roi  Pepi,  auquel  était  attaché  un 
hiérodule  qui  se  dénommait  hiérodule  réel,  cest-à- 
dire  remplissant  réellement  les  fonctions  d'hiérodule, 
et  qui  se  distinguait  ainsi  de  ceux  qu'on  nommait 
hiérodules  à  la  suite  J  "]  ^  ^ . 

11  y  avait  donc  sous  l'Ancien  Empire,  et  j'entends 
par  là  de  la  IV*'  à  la  VP  dynastie ,  un  culte  établi  en 
Egypte  avec  im  clergé  spécialement  attaché  à  ce 
culte,  et  parmi  les  prêtres  en  relevant  —  il  y  a 
d'autres  fonctions  religieuses  s'y  rattachant,  notam- 
ment les  fj,  c'est-à-dire  les  purificateurs,  mot  qui 
plus  tard,  dans  son  évolution  séculaire,  a  fini  par 


CULTE  DES  ROIS  PRÉHISTORIQUES  D'ABYDOS.     239 

devenir  le  synonyme  de  prêtre  —  les  |  "].  Ce  culte 
s'adressait  aussi  bien  à  ceux  qu'on  est  convenu  d'ap- 
peler les  grands  dieux  de  l'Egypte ,  aux  dieux  locaux 
de  certains  centres  réputés ,  à  certaines  personnalités 
divines  qui  devaient  plus  tard  être  rangées  parmi  les 
génies  funéraires,  qu'à  des  êtres  réputés  inférieurs, 
le  taureau,  l'oiseau  Doscher,  l'épervier,  le  chacal, 
les  arbres,  ou  à  des  hommes  ayant  réellement  vécu, 
comme  les  Pharaons  des  I V ,  V®  et  VP  dynasties ,  ou 
aux  monuments  énormes  qu'ils  avaient  ou  qu'on 
avait  élevés  pendant  ce  même  laps  de  temps  pour 
leur  servir  de  tombeaux  après  que  la  vie  aurait  fait 
place  à  la  mort^  De  ce  fait,  je  pourrais  déjà  con- 
clure à  la  parité  de  condition  entre  les  Dieux  d  une 
part  et  les  morts  de  l'autre;  mais  il  faudrait  élargir 
la  démonstration  et  les  développements  seraient 
hors  du  sujet  que  je  veux  traiter. 

Pour  m'en  tenir  aux  noms  des  rois  des  IV%  V*  et 
VI*  dynasties,  je  dois  dire  qu'ils  sont  tous  écrits  dans 
l'ellipse  du  cartouche  si  connu  même  en  dehors  des 
égyptologues  de  métier.  Il  n'y  a  pas  d'exception  à 
cette  règle,  ou  du  moins  je  n'en  connais  pas;  on  fait 
même  plus  en  certains  cas  spéciaux,  on  allonge  dé- 
mesurément l'ellipse  pour  y  faire  entrer  tout  entier 
ce  qu'on  nomme  le  protocole  des  Pharaons.  Cet 
usage  s'est  conservé  jusqu'à  la  dernière  période  de 

*  Je  n'examine  pas  ici  s'il  y  avait  identité  complète  entre  le  Pha- 
raon et  sa  pyramide  dans  le  culte  qui  m'occupe,  et  par  conséquent 
entre  le  prêtre  du  Pharaon  et  celui  de  sa  pyramide.  Il  me  suffit  de 
constater  que  le  culte  des  pyramides  existait  avec  ses     |  I . 


240  MARS-AVRIL   1906 

Tempire  égyptien,  puisque  sous  les  Ptolémées  on 
trouve  un  monument  du  Sérapéum  de  M emphis  au 

nom  dun  prêtre  de  Menés,  (  j!!!!!!J  1,  et deM  2!  1  *•  De 

même  le  nom  du  roi  delà  IP  dynastie ,  Sent ,  est  écrit 

M^<^J  au  dedans  de  l'enroulement  ellipsoïdal 


dans  la  stèle  célèbre  de  Schera,  au  musée  du  Caire, 
stèle  qui  remonte  jusqu  a  la  III*  dynastie.  Aussi  ne 
serons-nous  pas  étonnés  que,  dans  les  dynasties  sub- 
séquentes ,  les  Pharaons  auxquels  sont  attribués  des 
hiérodules,  J"],  aient  leurs  noms  écrits  dans  un 
semblable  enroulement,  comme  Khéops,  Khafra, 
Menkara,  Assa,  Sahoura,  Ranouser,  etc.  Lliabitude 
en  était  si  bien  prise,  même  dès  les  plus  anciennes 
dynasties,  que  le  graveur  de  la  stèle  de  Schera,  ayant 
à  joindre  au  sacerdoce  de  Sent  celui  d  un  roi  plus 
ancien  à  mon  avis  et  dont  j'ai  eu  la  chance  de  trouver 
la  tombe  dans  mes  fouilles  d'Abydos,  Perabsen,  en  a 
fait  entrer  le  nom  dans  \m  semblable  enroulement 


r^  f-  1 A--^  1  ^  alors  que,  dans  les  très  nombreux  mo- 


numents sortis  de  son  tombeau,  ce  nom  se  trouve 
toujours  inscrit  dans  le  rectangle  dit  rectangle  da 
nom  de  double,  et  cela  sans,  aucune  exception.  H 
faut  conclure  de  ce  fait  que,  dès  la  III'  dynastie, 
on  s'était  habitué  à  écrire  les  noms  des  Pharaons 
qui  avaient  régné  sur  TEgypte  dans  l'enroulement 


*  E.  DE  RotJGÉ,  Mémoire  sur  les  monuments  qum  pemt 
aux  slv  premières  dynasties ,  p.  3o. 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.     241 

ellipsoïdal  qu'on  appelle  cartouche.  Quant  à  Perab- 
sen ,  nous  verrons  plus  tard  s'il  est  de  la  IP  dynastie 
ou  s'il  ne  faut  point  le  ranger  parmi  les  rois  ayant 
précédé  Mènes. 

II 

Parmi  les  noms  de  Pharaons  ainsi  dotés  de  prêtres 
hiérodules,  le  lecteur  aura  remarqué  les  trois  noms 
de  TépervierQa,  de  Tépervier  Kheper  et  de  l'éper- 
vier  Sekhem.  Ces  noms  se  trouvent  dans  les  Denk- 
màler  de  Lepsius,  deuxième  partie,  aux  planches  27, 
29,  ^8,  83  et  89.  A  la  planche  27,  première  men- 
tion du  roi  Qa ,  dont  Samnofer,  le  propriétaire  du 
tombeau,  était  J"]  ou  hiérodule.  Cette  mention  est 
ainsi  faite  j^  J^  |  J ,  et  le  culte  de  ce  Pharaon  est 
allié  à  celui  de  la  déesse  grenouille  |  j^^^  J  et  à 
celui  du  dieu  Arbre  dans  la  nécropole  \a|iJ^.  A 
la  planche  29,  dans  le  même  tombeau,  le  nom  de 
Tépervier  Qa  est  précédé  d  un  signe  ^  ^  jL^  1  »  ^' 
le  sacerdoce  de  ce  roi  est  accompagné  du  sacerdoce 
d*Anubis  et  des  deux  autres  précédents.  Dans  les  deux 
planches,  ces  divers  sacerdoces  sont  précédés  de  la 

cha^aei.i,avecl.diffé„„ce,r.Wfo«- 

c'est  à  la  planche  27  —  le  rectangle  a  la  porte  Q 
et  que  dans  l'autre  il  ne  l'a  pas ,  ce  qui  est  plus  favo- 
rable à  la  thèse  que  je  soutiendrai  plus  loin.  A  la 
planche  48,  la  mention,  par  deux  fois,  est  faite  de 

VII.  16 


242  MARS-AVRIL   1906. 

la  m^me  façon  avec  les  même»  divinités  }  ^^^  |« 
W#î'  ^\i^lî-  ^  '•  planche  83  «t  men- 
tionné un  hîérodule  de  Sekhem  f  |  f-  A  la  planche 
89  enfin,  nous  retrouvons  l'épervier  Qa  deux  fois 
mentionné  sous  cette  forme  ^^  ^1  \  »  '^  âgne  ^ 
suivant  Tépervier  au  lieu  de  le  précéder  comme  aux 
planches  39  et  48,  ce  qui,  surtout  si  Ton  ûdt  atten- 
tion à  son  absence  à  la  planche  27.  nous  permet  de 
condure  en  toute  sécurité  que  c'est  ud  signe  adven- 
tice,  ayant  sans  doute  sa  raison  détre,  mais  nulle- 
ment nécessaire  à  la  mention  de  f  épervier  Qa. 

\L  Pierret,  dans  1  explication  qu'il  a  donnée  des 
planches  de  Lepsius  aux  cours  qu*il  a  professés  au 
Louvre,  rencontrant  la  mention  de  Tépervier  Qa,  y 
a  cru  reconnaître  un  surnom  donné  au  dieu  Honis  ^. 
LVrreur  lui  était  permise .  quoique  la  comparaison 
do  ct^  titre  a>ec  celui  de  ^  1|[  eut  pu  fan  indiquer 
une  aulnî  explication  ;  ma»  aujoardlnii*  el  même 
dès  iî^96«  après  la  découverte  de  la  stèle  et  de  la 
toud>e  du  ivn  Q;i.  on  ne  peut  raisonnablement 
douter  q\i*î!  s  a4:isse  du  Pliaraon  qui  avait  nom  Qa. 
J*aî  en  oflet  ivm\>ntrt*  une  grande  stèle  de  granit 
jjris  au  nom  de  ^v  ivî .  on  double  exemjjaire  :  le  pre- 
mier, ivntonant  le  nom  et  la  maison  du  roi.  est  resté 
au  mu>e^  du  C«miv  ;  ht  second ,  constrtant  en  quelques 
fragments  où  Ton  jHHnait  cependant  lire  encore  le 
nom  du  l^araon .  a^  ait  oie  laissé  dans  Tan^  sud- 


CULTE  DES  ROI»  PRÉHISTORIQUES  D'ABYDOS.     243 

est  du  tombeau^  où  M^  Pétrie  n  a  pas  eu  grand'peine 
à  le  rencontrer,  ce  qui  lui  a  donné  lieu  d'enregistrer 
Tun  de  o6S  crimes  épouvantables  qaé  j'ai  cOnnnis 
en  si  grand  nombre  pendant  mes  fouilles  d'Abydûs. 


11  y  a  en  effet  identité  d'appellation  ; 


ffl 


«tV^- 


H  s*agît  bien  du  même  persotinage  ;  Ton  tie  petit  en 
douter,  malgré  toute  la  bonne  volonté  possible. 

Il  en  est  sans  doute  de  même  des  deax  autres, 
Sekhem  et  l'^pervîer  fcheper.  Le  fait  que  j'ai  trouvé 
dans  la  tombe  de  Perabsen  un  nom  de  rôi  ou  de 
double  du  roî  -^  je  n'examine  pas  ici  cette  question 
—  nommé  Sekhemab  ;  cet  autre  que  M.  Qulbdî ,  k 
Hiérakonpolis,  a  trouvé  un  autre  roi  du  nom  de 
Khâ-Sekhem  ;  enfin  ce  dernier  fait  que  M.  Quibell 
et  moi,  à  Hiérakonpolis  et  en  Abydos,  avons  trouvé 
le  nom  de  Kbâ-Sekhemoui ,  quil  attribue  à  un  roi 
pendant  que  j*en  fais  la  désignation  de  Set  et  de 
Horus^  tout  cet  ensemble  montre  bien,  je  Crois, 
que  le  tiom  de  Sekhem  peut  avoir  été  celui  d  un  roî 
préhistorique  ou  autre,  car  aux  dynasties  historiques 
il  n*esl  pas  rare  de  voir  plusieurs  rois  porter  le  même 
nom,  avec  quelque  addition  qui  empêche  de  les 
confondre.  Cette  conclusion  peut  auSsî  s'appliquer  a 
Tépervîer  Kheper;  mais  je  dois  dire  que  c*est  ici  le 
seul  exemple  de  ce  nom  âùttné  à  tm  rot,  quoiqu'il 

^  QoiBiLL,  Hiéraeo  n  polis ,  pi.  58-5^.  —  Ë.  AUbLinuau,  Les 
nouvelles  fouilles  d'Abjdas,  1 896- 1^9 7 «  p.  Soi^ 

lO. 


244  MARS-AVRIL   1906. 

y  ait  des  exemples  de  particidiers  nommés  Kheper 
ou  Khepra.  Cependant  la  présence  de  l'épervier 
dans  le  Q  et  devant  le  signe  qui  se  lit  kheper  est  à 
elle  seule  une  preuve  qu'il  y  eut  bien  \m  roi  ayant 
eu  ce  nom^  puisque  cet  épervier  ne  se  met  en 
Egypte  que  devant  les  noms  de  rois  à  toutes  les 
époques  ^  La  présence  de  ce  nom  dans  l'hiéroglyphe 
[~J  me  semble  une  preuve  de  plus  qu'il  s'agit  d'un 
nom  très  ancien ,  car  le  roi  Nebka ,  le  troisième  de 
la  IP  dynastie,  avait  une  sépulture  qui  s'appelait  le 
Château,  Q^.  A  plus  forte  raison,  si  le  signe  Q 
est  fautif  et  s'il  faut  lire  Q ,  le  rectangle  dans  lequel 
est  enfermé  le  nom  du  roi  Kheper  apporte  un  argu- 
ment de  plus  en  faveur  de  mon  raisonnement. 

III 

Mais  le  nom  Qa  est-il  le  seul  nom  que  portait  ce 
roi,  ou  bien  en  avait-il  d'autres?  En  d'autres  termes, 
ce  qu'on  appelle  le  protocole  des  rois  égyptiens 
était-il  déjà  connu?  Ce  protocole,  je  le  rappelle  ici 
pour  le  besoin  de  ma  démonstration,  contenait 
d'abord  le  nom  d'épervier  (c  est-à-dire  le  nom  de 
double),  le  nom  de  vautour  et  d'urœus  (ce  que 
l'on  nomme  depuis  quelque  temps  le  nom  de  nebii 
ou  des  deux  couronnes),  le  nom  d'épervier  d'or  ou 

^  Les  rois  de  Nubie  se  vantaient,  et  à  aussi  bon  droit  que  les 
éperviers  d*Égypte,  c'est-à-dire  les  Pharaons,  d*être  de  véritables 
épervicrs. 

*  Même  à  la  VI*  dynastie,  pour  l'un  des  Pépis  de  cette  époque, 
la  sépulture  royale  est  encore  désignée  par  le  nom  de  chAtean. 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D^ABYDOS.     245 

d'épervier  triomphant,  le  tout  suivi  de  la  désigna- 
tion de  roseau  du  midi  et  d'abeille  du  nord,  avec  le 
prénom  du  roi,  et  terminé  par  le  titre  officiel  de 
fils  de  Ra ,  avec  le  nom  officiel  du  roi.  Ce  protocole  se 
composait  donc  d'au  moins  cinq  désignations,  con- 
courant toutes  à  personnifier  le  même  roi;  mais  ce 
serait  se  tromper  que  de  croire  que ,  ainsi  résumé ,  il 
est  complet  et  que  les  rois  d'Egypte  l'ont  ainsi  com- 
plet, même  sous  cette  quintuple  forme,  à  toutes  les 
époques  de  l'histoire  pharaonique.  Tout  d'abord  il  y 
avait  une  série  de  noms  ou  de  qualificatifs  séparant 
les  trois  premiers  des  cinq  noms  que  je  viens  de  rap- 
peler, comme  taureau  vaillant,  etc.,  et  de  plus,  ce 
protocole  à  cinq  compartiments  eut,  comme  toute 
chose  ici-bas,  une  naissance  modeste;  il  grandit,  de- 
vint complet,  et  ne  fut  adopté  définitivement  qu*au 
cours  de  la  XII*  dynastie ^  Pendant  longtemps,  de 
la  IIP  à  la  VP  dynastie ,  le  nom  d'épervier,  le  nom 
de  vautour-urœus  et  même  les  premières  fois  qu  ap- 
paraît le  nom  d'épervier  sur  l'or,  nous  voyons  que , 
si  les  titres  sont  différents,  le  même  nom  qualificatif 
sert  pour  tous.  Ainsi  le  premier  que  nous  rencontrons 
avec  certitude  avec  un  protocole  multiple  est  un  roi 
de  la  m*  dynastie,  Djeser,  dont  longtemps  on  ne 
connut  que  le  nom  d'épervier  "]  ^  ^  il  a  pour  nom 
de  vautour-urœus  les  mêmes  signes,  et  l'on  n'a  pas 
encore  trouvé  son  nom  d'épervier  d'or,  s'il  en  eut 
jamais  un.  Après  lui  vient  Snefrou,  dont  les  noms 

^  Je  Tai  démontré  tout  au  long  dans  le  tome  V  de  mes  Nouvelles 
fouilles  d'Abydos,  1898-1899,  2*  partie,  p.  595-699. 


fA6  Uk%%^à%%ÎL  If  M. 

J'êpenirr.  de  Tautour-oraen»  sont  ^  ^  :  il  a  le 
titiY  d'epemer  d'or,  mais  «ans  nom  |f  tkulitr.  Ut 

m'^lD'^  Kh:ulVHi  :  .^^  -j^j^  j^-  mus  o^jOI  aprv!» 

r*:  d-riii-^r  titre.  Kluifra  a  poor  nom  «Tteerri^r  '^^i 
on  n'a  pa*  rnçor»=r  rencontré  son  nom  de  Taatoar- 

upjeoï.  mai»  il  a  U  titre  de  Vs^r  œ  qui  me  waàit 

étr-  un*f  %  ariante  de  "W  :  épamcr  dominatwor;  mû 

il  n  a  pa.^  ponr  cr  titr?  de  nom  puikidier  entrant 
dan*  !e  pr:?*o<':!'».  A  la  V*  druasde.  Ooserkaf  et  5»- 
Ynum  in*  un  n-m  d'épervier.  mais  on  n*a  pa»  «*«- 
f^TT*  rroii^4  l^ur^  ncms  de  Tautour-anTOs  et  Jéper- 
^-i^r    d  mînat-iir.    Ranooser.   le   VP  roi  de    cette 

d^i-na-i*:!* .  a  pjur  n:^m  d-^pervier  ■♦.  pour  oom  4* 
va'iV_r-ur7:U5  J^,  orr  qui  me  parait  qne  forme 
îri'.'.mpUt-   du   nom   pr:«:»^dent;  mais  au  titra  de 

jjy  il  n^  Went  «adjoindre  aucmi  nom  paniairii»!r. 
A  !i  Vi*  dvnAç»!**.  :•=■  Phara>n  Pépi  iT  a  poor  nom 

f-prr.:-:   i    \ .    p.îir   nom   de  vaatom'-m^Xftç. 

îàr/.  :*:  i    i  ^^  ri  Tinto:  |    i  ^  -  ^t  aucon  nom  parti- 

.i:>f  i  '  p«Ê:i'>icr  d  jminatêur  '^jl^-  ^n  socccueor 
M-:..:  jjêiii'^î  a  p:':ir  r^  jtii  d'epenier  {-$«  de  méipft 
[«•ju:  Tf  m  li^  'iuX'ur-urttu:».  et  ie  titre  d'épcnrior 

î.rnîr.i-.r  il  ■:?":  r».:!*:     i      \   .  ti^  qu:  me  parait,  non 

p.-!*  un-  ".-f^ra*.:-.^    î-  •l-:.Mmini:L:-n  nouTelle.  mais 
-L-  ''^ri^r::-  «ir?  :îtfrî  que  n-'-U.-  avon^  liU*  préce^ 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.     247 

demment  :  T\v,   jjk.  Pour  Pépî  II,  le  nom  d'éper- 

Yxer  et  celui  de  vautour-uroeus  sont  les  mêmes,  "]  Ç  ; 

le  titre  suivant,  L»,  na  pas  de  nqm  particufier, 

A  la  XI'  dynastie,  le  troisième  des  Mentouho^p  ^  le 
même  nom  d'épervier  et  de  vautour-urœus ,  **[  à  . 
sans  autre  titre;  son  successeur,  Mentouhôtep  IV.,  a 
le  même  nom  d*épervier  et  de  vautour-uroçus ,  31, 

et  le  titre  III ,  correspondant  à  celui  d'épervier  do- 
minateur, n'a  pas  de  nom  particulier;  de  même 
Mentouhô|;ep  V  et  Mentoiitiôtep  VI.  A  la  Xfl[*  dv^ 
nastie,  pour  les  deux  premiers  rois  Amenemhat  rLl 
et  Ousortesen  P",  les  noms  d'épervier,  de  vautour- 
urœus  et  d'épervier  d'or  sont  les  mémeb  '  /  fil  •*  ^ 
pour  le  premier  et  •^^•^  pour  le  aecond.  Amen* 
emhat  II  a  pour  noais  d'épervier  et  de  vautQur-urceus 

1^^^  et  son  nom  d'épervier  d'or  est  Ifjl^:  et, 

à  partir  du  successeur  de  ce  roi,  Ousortesen  II,  une 
révolution  s'accomplit  dans  le  protocole  :  à  chaque 
titre  correspond  un  qualificatif  particulier;  ainsi, 
pour  Ousortesen  II,  le  nom  d'épervier  est  ^,  le 
nom  de  vautour -urœus  est  P::^^\  et  le  .nom 
dépervier  sur  l'or  ||  ]  ;  dès  lors  l'usage  est  établi  et 
se  continuera  jusqu'à  la  fin  de  l'empire  égyptien, 
sans  aucune  exception. 

Ainsi,  si  nous  résumons  nos  renseignements,  nous 
voyons  tout  d'abord  qu'à  l'époque  historique  les 
noms  d'épervier  et  de  vautour-uroeus  sont  toujours 


248  MARS-AVRIL   1900. 

les  mêmes;  que  le  nom  d'épervier  d'or  n'a  pas  existé 
d'abord,  que  le  titre  s'est  timidement  ajouté  aux  deux 
précédents ,  puis  s'est  associé  d'abord  les  qualificatifs 
f  '  "1  »  1 1 1  '  1 1  '  p'sic^s  uniformément  avant  le  sym- 
bole Jk;  qu'au  commencement  de  la  XII*  dynastie 
le  nom  est  absolument  le  même  que  ceux  des  deux 
autres  titres  et  se  place  avant  le  symbole  d'abord, 
puis  après  dans  le  protocole  complet  enfermé  dans 
l'ellipse  du  cartouche  : 

Ce  sont  là  des  faits.  De  cette  constatation  on  pour- 
rait conclure  que,  toutes  les  fois  que  le  qualificatif 

n'accompagne  pas  le  symbole  '^,  c'est  parce  que 

ce  qualificatif  était  le  même  que  pour  les  noms 
d'épervier  et  de  vautour-urœus.  A  l'époque  historique , 
de  la  I**  à  la  XII*  dynastie,  le  protocole  se  composait 
donc  de  deux  ou  trois  noms ,  le  nom  d'ëpervîer-vau- 
tour-urœus  et  ce  qui  est  devenu  plus  tard  le  prénom 
du  roi,  en  attendant  que  Tadjonction  du  titre  7^ 
accompagnât  ce  que  nous  appelons  le  nom  du  Hia- 
raon  égyptien.  Si  l'on  n  a  pas  encore  retrouvé  l'un 
ou  l'autre  de  ces  trois  noms,  on  peut  toujours 
espérer  qu'un  heureux  hasard  rendra  ces  noms  à  la 
lumière,  comme  ce  fut  le  cas  pour  le  roi  Djeser,  de 
la  IIP  dynastie,  le  constructeur  de  la  pyramide  à 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.     249 

degrés  de  Saqqarah.  Ce  premier  point  est  donc  bien 
établi. 

Mais  ne  serait-ii  pas  possible  d  aller  plus  loin  et 
de  montrer  que  primitivement  les  rois  d*Egypte 
n'avaient  qu'un  seul  nom? 

Je  crois  que  cest  très  possible;  je  crois  même  en 
avoir  la  certitude,  et  je  vais  m  efforcer  de  la  faire 
partager  au  lecteur. 

Lorsque  M.  Maspero  écrivit  en  1896  le  premier 
de  ses  articles  au  sujet  de  mes  fouilles  d'Abydos,  il 
crut  pouvoir  railler  ce  que  j'avais  écrit  dans  ma  pre- 
mière brochure,  où  j'avais  déjà  entrevu  ce  que  je 
vais  faire  ressortir,  en  disant  :  0  Je  recommande  sur- 
tout aux  égyptologues  une  assez  longue  dissertation 
sur  les  noms  de  bannière  des  Pharaons ,  où  M.  Améli- 
neau,  faute  de  s'être  reporté  aux  documents  origi- 
naux, a  confondu  avec  ces  noms  mystiques,  qui 
sont  renfermés  dans  un  rectangle,  le  nom  et  le  car- 
touche de  quatre  barons  thébains  de  la  XI*  dynastie  : 
une  méprise  de  Brugsch-Bouriant  dans  le  Livre  des 
rois  lui  a  fait  identifier  Tépervier  qu'on  voit  au-dessus 
de  ce  rectangle  avec  le  titre  particulier  d'Horon, 
Horou  tapi,  qui  appartient  en  propre  à  ces  quatre 
personnages.  H  voit  là  une  preuve  qu'aux  temps  où 
il  se  place  le  double  du  mort  n'avait  pas  un  nom  dif- 
férent de  celui  de  la  personne,  par  suite  que  les  noms 
de  double  par  lui  signalés  sont  les  noms  réels  des  rois 
€[ui  les  portaient,  ce  qui  nous  rejetterait  dans  une 
antiquité  très  reculée;  c'est  toute  une  histoire  écha- 
faudée  à  grand  renfort  de  phrases,   et  sans  autre 


250  MARSAVRIL   1  QOÔ. 

appui  qu'une  faute  d'attention  ou  d'impression  dans 
un  livre  de  seconde  main  ^  » 

Je  demande  au  lecteur  de  placer  sous  ses  yeux 
les  paroles  qui  avaient  motivé  cette  critique  ;  n  Leis 
rois  dont  le  nom  est  gravé  dans  ces  bannières  ont  le 
titre  de  Horus;  mais  ce  titre  est-il  un  emblème,  un 
titré  réel,  et  le  nom  est-il  bien  celui  d'un  persout 
nage?  Ce  n'est  pas  un  emblème,  c'est  un  titre  réd, 
et  le  nom  est  peut-être  celui  d'un  personnage»  Je  tais 
le  prouver  de  mon  mieux.  On  a  dit  que  le  titre  de 
Horus  ne  se  trouvait  jamais  seul;  il  me  semble  ce^ 
pendant  qu'il  y  a  des  exemples  célèbres ,  même  à 
des  époques  beaucoup  plus  rapprochées  de  nous, 
même  sous  cette  XP  dynastie  dont  il  a  été  si  souvent 
question  dans  ces  dernières  pages.  —  «  Le  premier 
«  des  princes  fondateurs  de  la  XP  dynastie  dont  nous 
«  sachions  le  nom,  Entef  ^^  n'avait  pas  droit  au  car- 
«  touche  :  il  était  simplement  noble  {erpâ),  sans  plus 
«  de  titres  que  les  autres  grandes  familles  égyptiennes. 
«  Son  tils  Montouhotpou  I*",  tout  en  prenant  le  cajv 
«  touche,  n'est  encore  qu'un  souverain  partiel,  chef 
«  des  pays  du  sud,  sous  la  suzeraineté  des  rois  légi-» 
«  tiraes.  Trois  générations  après  lui ,  Entouf  IV  rompît 
«le  dernier  vasselage  et  se  fit  appeler  le  Dieu  bon, 
«maître  des  deux  pays 2.»  ^^  Qui  parie  ainsi P 
M.  Maspero,  Par  conséquent  on  peut  trouver,  avec  le 

^  Revue  critique  d'histoire  et  de  littérature»  1897,  8  février,  n'^t 

*  Maspkro,  Histoire  ancienne  des  peuples  de  VOri<tnt,  \*  édition, 
p.  91-95. 


CULTE  DES  ROIS  PREfflSTORIQUES  D  ABYDOS.     251 

nom  de  Horus ,  le  nom  véritable  porté  parle  prince  et , 
de  fait,  les  quatre  premiers  rois  de  la  XI*  dynastie, 
sans  compter  le  fondateur,  qui  a  simplement  le  titre 
d'erpà,  ont  le  titre  de  Horus  et  leur  nom  est  inscrit 
dans  le  cartouche  :  ce  sont  Mentouhôtep  I*'  et  trois 
Antef  ^  »  Il  me  semble  que  ces  paroles  ne  prouvent 
pas  que  j'aie  confondu  quoi  que  ce  soit,  ni  que  je 
me  sois  servi  dun  ouvrage  de  seconde  main,  et  par 
conséquent  que  je  ne  mç  sois  pas  reporté  aux  docu- 
ments originaux.  Et  cependant| je  ne  lavais  pas  fait, 
et  si  M.  Maspero  le  savait^  c est  que  je  le  lui  avais 
dit  moi-même.  Depuis  1 896 ,  je  me  suis  procuré  ces 
documents  originaux  :  nulle  part  il  ny  a  mention 
du  Horou  tapi  dont  a  parié  JVf.  Maspero,  et  cette 
mention  y  eût-elle  été  faite  que,  je  dois  le  dire  en 
toute  franchise,  je  n aurais  pas  abandonné  mon  opi- 
nion. Tout  d'abord,  dans  cette  XP  dynastie,  je  trouve 
un  prénom  de  roi,  ceiui  d'Antef-ââ,  renfermé  dans 
le  même  cartouche  aveo  son  nom  d'épervier,  et  il  est 
surmonté  du  titre  de  roi  du  midi  et  du  nord  :  +  ^^ 

(?f \^V^â)"^^\'^^J'  ^^  ^^  montre  au  moins 
que  ce  nom  pouvait  entrer  dans  le  cartouche  au 
même  titre  que  le  prénom  du  roi  et  être  précédé  de 
^  ^ ,  titre  impliquant  la  royauté  sur  toute  TEgypte. 
D'ailleurs  ce  nom  d'épervier  ne  devait  pas  nécessai- 
rement s'écrire  dans  le  rectangle  figurant  son  château; 
on  le  trouve  aussi  écrit  tout  seul,  comme  ce  devint 

^  E.  Amélineau,  Les  nouvelles  fonilles  d'Ahydos,  Angers,  Burdin, 

p.  4.. 


252 


MARS-AVRIL    1906. 


une  coutume  sous  les  dynasties  suivantes,  Xll*, 
XVIP,  XVIIP,  XIX^  etc. ,  dans  les  protocoles  comme 
dans  les  stèles  royales.  Si  nous  voulons  remonter 
plus  haut,  nous  trouverons  que,  sous  la  VI*  dy- 
nastie, le  nom  du  roi  Pépi  I*'  est  écrit  : 


ou  simplement  : 


Il  en  est  de  même  sous  la  VP  dynastie,  où  le  nom 
de  Ranouser  est  enfermé  dans  le  même  rectangle  avec 
son  nom  d  epervier  : 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.     253 

ce  qui  suffisait  amplement  à  le  différencier  de  ses 
confrères,  soit  en  cette  vie,  soit  en  l'autre ^  On  com- 
mence déjà  à  voir  dans  ces  divers  cas  que  la  partie 
importante  du  nom  était,  non  pas  le  nom  ou  prénom 
du  roi ,  mais  son  nom  d'épervier.  Ce  nom  est  d'abord 
mis  le  premier  et  nous  avons  vu  quon  l'employait 
tout  seul;  de  plus,  quand  on  commença  de  distin- 
guer les  divers  noms  du  protocole  royal,  on  donna 
au  prénom  du  roi  la  même  forme  à  peu  près  qu'au 
nom  d'épervier  :  ainsi,  à  la  XP  dynastie,  l'un  des 
Mentouhôtep ,   ayant  pour  nom  d'épervier  ^,  a 

pour  prénom  ^ ;  l'avant-dernier  des  rois  de  ce 

nom,  qui  avait  pour  nom  d'épervier  _#_,  a  pour 
prénom  ^|;  le  dernier,  dont  jusqu'à  mes  fouilles 
d'Abydos  on  ignorait  le  prénom ,  a  pour  nom  d'éper- 
vier p  ^  ^  et  pour  prénom  ®  P  ^  |J. 

Mais  je  n'en  suis  pas  réduit  à  ces  raisons  par  à 
peu  près,  quoiqu'elles  me  semblent  un  reste  de  la 
coutume  primitive;  je  peux  apporter  à  ma  cause  des 
arguments  probants.  Lorsqu'on  découvrit  le  nom  de 
Perabsen  dans  la  stèle  de  Scheri ,  ce  nom  était  écrit 


dans  le  cartouche  (  ^  f  p  ^--^    ;  quand  je  le  recueillis 


à  des  centaines  d'exemplaires ,  je  ne  le  trouvai  pas 
une  seule  fois  écrit  dans  un  cartouche,  mais  toujours 


dans  le  rectangle 


tX 


.  Il  est  vrai  que  ce  nom 


^  Tous  ces  protocoles,  ainsi  que  ceux  qui  précèdent,  sont  pris 
du  Kônigsbnch  de  Lepsius,  pi.  V-Xïl,  et  du  Livre  des  rois  publié 
par  MM.  E.  Rrugsch  et  Rouriant,  p.  4-19. 


254  MARS-AVRIL   1900. 

n  était  pas  donné  comme  un  nom  d'épervier^  mais 
comme  un  nom  de  ^,  laniniai  typhonien;  maïs 
personne  n  a  hésité  à  reconnaître  un  roi,  D'aiiieurs 
ii  est  qualifié  de^  ^^^^  En  outre  le  musée  du  Caire, 
le  musée  Guimet,  le  musée  de  Bcaiin^  ie  musée  àt 
Bruxelles  et  les  musées  d'Angleterre  et  d'Amérique , 
ayant  eu  part  aux  résultats  des  fouilles  faîtes  par 
M.  Pétrie,  possèdent  aussi  k  un  grand  nûnjbre 
d'exemplaires  le  nom  du  roi  Qa  écrit  simplement 
V 

.J  ;   mais  à  côté  de  ce  premier  nom  qui  semMe 


n'être  qu'un  nom  d'épervier,  nous  avons  les  titres  de 
^ift  et  de  ^i;^  avec  le  nom  ^^.  c'estrà-dire  :  t 
^^^ji»  ce  qui  veut  dire  fort  clairement  :  le 
roi  de  la  Haute  et  Basse  Egypte,  le  VaUtOUf  de  la 
Haute  Egypte  et  iTJrœus  de  la  Basse  Egypte  Qa^. 
Dans  le  premier  volume  de  mes  Nvuvelle$  fouilles 
d'Ahydos  j'ai  dû  m'en  tenir  à  un  seul  exemplaire,  et 
le  musée  Guimet  possède  les  autres;  M.  Pétrie  en  a 
publié  dix  exemplaires  dont  deux  seulement  con- 
tiennent le  nom  d'épervier  Qa^  et  les  huit  autres 
donnent  invariablemeait  les  titres  deTJfe  j  tv  ^,. 
Qa^  est  donc  bien  le  nom  d'épervier,  le  nom  de 
vautour-uroBus  et  le  nom  de  royauté  du  roi  Qâ ,  il  n'y 

1  Fl.  Pétrie,  tlie  royal  tombs  of  ihe  first  dynasty,  U,  pi.  XXD, 
n»  190. 

^  £.  Amkliskau,  Nouvelles  fouilles  d:Ahydùi,  I,  pi.  VDI;  — 
H.  Pbtrib,  Tomhs  of  the  first  djnSLstp  II,  pL  VIU.  n°'  3,  6,  eil, 
pi.  VIll,  1-3,  910,  lî? ,  }/i  ;  pL  IX,  a,  3,  6,  7,  9,  10  et  is. 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.    255 

a  pa»  à  en  douter,  comme  aussi  Perabsen  est  le  nom 
d'animai  typhonien  et  le  nom  de  royauté  du  Pharaon 
Perabsen  pour  lequel  on  n'a  pas  encore  découvert 
le  titre  de  vautour-urœus.  Il  en  était  de  même  du 
roi  ou  des  rois  Khâ^ekhemoui ,  suit  qu'il  y  ait  un 
roi  de  ce  nom,  comme  les  autres  égyptologues  le 
disent ,  soit  que  sous  ce  nom  on  désigne  Set  et  Horus , 
comme  je  le  crois  toujours.  Le  fait  est  que  le  nom 
de  ce  roi,  ou  de  ces  rois»  ^•'f  f  ^  ®*^  surmonté  des 
deux  symboles,  Tépervier  et  Tanimal  typhonien, 
^  jy ,  et  que  dans  d'autres  exemples  il  est  précédé 
des  titres  de  4;  ^  et  de  ^  ^  sans  que  le  nom 
change.  La  manière  dont  sont  disposés  les  signes  de 
l'inscription  est  intéressante  et  digne  d'être  notée, 
car  à  elle  seule  elle  fournirait  un  argument  en  faveur 
de  la  thèse  que  je  soutiens .  ^  Ife  ^  j^  48»"^  m. 
-Jt-^;  les  deux  éperviers  indiquant  que  les  deux 
Sekhemoui  sont  des  Dieux  sont  affrontés,  de  même 
aussi  le  vautour  et  l'urœus  et  il  est  bien  probable 
que  le  roseau  et  l'abeille  doivent  Tétre  de  même.  En 
tout  cas  les  Sekhemoui  n  ont  qu'un  seul  qualificatif 
pour  noms  d*épervîer  et  d*animal  typhonien,  de 
vautour-urœus  et  de  royauté  sur  l'Egypte  entière. 
Ce  nom  je  le  traduis  ainsi  :  V apparition  des  deux 
Sekhemoui  cesse  dans  le  tombeau;  en  mot  à  mot  :  Le 
lever  rayonnant  des  deux  dieux  SekhemoUi  se  couche 
en  lui  (le  tombeau)  ^ 

^  Cette  traduction  me  semble  meilleure  que  celle  <{ue  j'avalB 
d'abord  donnée  :  ont  apparu  les  devuB  Dieux  comhaUdnï  avec  les  deux 


256  MARS-AVRIL   1006. 

Pour  conclure  ce  paragraphe,  je  dirai  donc  que 
pour  certains  rois  d'Abydos,  pour  tous  ceux  dont 
nous  avons  les  trois  noms  d'épervier,  de  vautour- 
urœus  et  de  royauté,  ces  noms  répondant  à  un 
triple  titre  sont  les  mêmes  pour  chacun  de  ces  titres, 
c  est-à-dire  qu  a  ce  triple  titre  ne  répond  qu*un  seul 
nom,  le  nom  d'épervier.  Je  suis  donc  en  droit 
de  tirer  cette  conclusion  :  primitivement  les  rois 
d^Ëgypte  n  avaient  qu*un  nom.  Quand  on  aura  trouvé 
des  exemples  montrant  qu'à  partir  de  la  XII*  dynastie , 
ou  même  de  la  I"*,  un  roi  est  désigné  par  son  naai 
depenner  avec  les  titres  de  vautour -urœus  et  de 
Souten-\et  (ou  Souten-Qab),  alors  ma  conclusion 
sera  infirmée,  mais  alors  seulement;  jusque-là  ccst 
moi  qui  suis  en  possession,  et  je  le  serai  sans  doute 
longtemps  encore. 


IV 

Les  conclusions  qui  précèdent  sont  de  la  plus 
haute  importance,  car,  si  les  Pharaons  qui  portaient 
les  noms  que  je  viens  de  signaler  n  en  avaient  qu'un 
tout  d'abord,  il  est  complètement  impossible  d'iden- 
tifier ces  rois  avec  lun  quelconque  des  rois  appar- 
tenant aux  dynasties  historiques,  et  c'est  là  que  la 
crainte  exprimée  plus  haut  par  M.  Maspero  :  «  ce 

ause-tite  Sekhem  ,  repos  ici,  car  il  nV  a  qa*ane  seule  phrase.  Les 
mots  41^  et  _!.  sont  consacrés  à  toutes  les  époques  de  rhîstoire 
égyptienne  pour  exprimer  le  le\pr  et  le  coucher  an  soleil  an 
on  compare  ici  les  clieu\  Sekhemoui. 


CULTE  DES  KOlS  PRÉHISTORIQUES  D'ABYDOS.       257 

qui  nous  rejetterait  dans  une  antiquité  très  reculée  » 
est  complètement  justifiée.  Ces  noms  nous  indiquent 
en  effet  une  période  touchant  à  une  antiquité  bien 
plus  reculée  que  ne  pouvaient  être  la  IP  et  même  la 
I"*  des  dynasties  égyptiennes.  Ainsi  quand  M.  Pétrie 
identifie  le  roi  Qa  avec  Qebeh,  le  dernier  roi  de  la 
I"*  dynastie  selon  la  liste  d'Abydos;  quand  il  identifie 
le  roi  Den  avec  Hesepti,  le  sixième  roi.de  la  même 
dynastie  selon  la  même  liste,  le  roi  ^^  dont  on  ne 
sait  encore  lire  sûrement  le  nom,  et  qu'il  dénomme 
indûment  Zer-ta,  avec  le  roi  Teta,  le  deuxième  de  la 
I"*  dynastie;  quand  il  ne  craint  pas  d'identifier  les 
deux  Sekhemoui  ou  Khâ-Sekhemoui  avec  Djadja, 
le  dernier  roi  de  la  IP  dynastie,  etc.,  il  s'arroge  un 
droit  qu'il  n'a  pas,  il  va  même  contre  toutes  les 
données  scientifiques  qu'il  eût  pu  amasser  à  loisir, 
s'il  s'était  donné  la  peine  d'étudier  les  monuments 
qu'il  avait  entre  les  mains.  Les  rois  de  la  I**  dynastie 
n'ont  rien  à  faire  avec  les  rois  antéhistoriques ,  quoi 
qu'il  en  ait  cru.  Il  est  vrai  que  pour  deux  cas ,  pour 
le  roi  qu'il  appelle  Den-Setoui  et  Azab-Merbapa ,  il 
s'est  appuyé  sur  des  monuments  qui  semblent  lui 
donner  raison  tout  d'abord.  Le  premier  de  ces  mo- 
numents est  un  bouchon  avec  un  sceau  de  nature 
tout  à  fait  particulière.  Il  contient  d'abord  fépervier 

A. 


sur  le  rectangle 


,  puis  le  nom  du  roi  Merbapa  ; 


^  }fe  *çc  ^ ,  et  M.  Pétrie  en  a  conclu  que  c'est  le  même 
roi  qui  a  pour  nom  d'épervier  Ad,  ,  ,  (je  lirais  vo- 


17 

turaiariiK  «m 


258  MARS-AVRIL  190IL 

iontîers  Ad-arep)  et  pour  nom  de  royauté  Merbapa 
ou  Merbapen,  comme  dit  la  table  d*AbydoB.  Fort 
heureusement  il  est  une  autre  explication,  à  savoir 
que  le  roi  Merbapa  fit  des  offrandes  au  tombeau  du 
roi  Adarep.  Cette  explication  que  j  u  déjà  donnée  * 
est  corroborée  par  ce  fait  :  dans  d  autres  monuments 
du  même  genre,  le  nom  du  donateur  est  écrit  der- 
rière le  nom  du  Pbaraon,  puis  le  nom  du  Pharac» 
et  le  nom  du  donateur,  ainsi  de  suite  ^  Pour  le 


roi  Den 


H 


,  le  nom  du  dédicateur  de  la  planchette 

dlvoire  est  un  fonctionnaire  pour  la  Basse  Egypte, 
Hemaka.  Le  nom  du  roi  Merbapa  est  donc  d'après 
les  monuments  ie  donateur  des  offrandes»  et  il  en 
avait  donné  en  si  grande  quantité  qu'on  lui  avait 
résen  é  des  chambres  entières.  Si  réeUement  il  avait 
été  le  même  que  ie  roi  Adarep  ou  Azab,  conune  Ton 
voudra,  comment  aurais-je  pu  trouver  le  nom  de  ce 
roi  sur  un  \  ase  en  schiste  ardoisier  au  fond  de  f uAe 
des  nombreuses  chambres  du  tombeau  des  Khâ- 
Sekhemoui  ',  que  M.  Pétrie  place  d'office  à  la  fin  de 
la  II*  dynastie?  Poser  ainsi  la  question,  c'est  la  ré- 
soudre, car  enfin  il  n'est  pas  naturel  qu'un  roi  ayant 
\  écu  environ  deux  ou  trois  cents  ans  avant  un  autre 

^  E.  Amélineau,  Les   nouvelles  fouilles  dAhyâos,  III-IV,  1897- 
i>>r)8,  2*  partie,  p.  692. 

'  Fi.  PiTAB,   TAr  raya/  iowïbi  ofthefirst  éyMtiy.  1,  pL  XXfll, 
n"  39. 

'  £.  ÀMKLiTiEAU,  Les    nouvelles  JottilUs   d^Afydos,  i8Q0*lf97« 
p.  i7i.Ce«l  au  fond  de  la  rhambre  87  que  je  fai  trouvé, 
que  j<*  Tai  Dob^ 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.       35Q 

roi  ait  pu  lui  faire  des  offrandes.  La  même  réponse 
suffira  pour  ruiner  l'identification  du  roi  Semenptah , 
le  septième  de  la  I'*  dynastie  avec  le  roi  que  M.  Pétrie 
lit  Mersekha ,  au  lieu  d  avouer  tout  simplement  qu  il 
ne  sait  pas  le  lire. 

Jusqu'ici  les  divers  savants  qui  ont  traité  la  question 
des  rois  d'Abydos  n'ont  pas  voulu  tenir  compte  du 
culte  des  ancêtres  qui  joua  cependant  un  si  grand 
rôle  en  Egypte;  il  faudra  cependant  bien  en  arriver 
tôt  ou  tard  à  en  avoir  souci.  J'ai  eu  la  chance  de 
trouver  dans  mes  fouilles  de  la  seconde  amiée  les 
noms  des  rois  qui  sont  inscrits  sur  l'épaule  d'une 
statue  du  musée  du  Caire,  laquelle  portait  le  n°  i 
au  musée  de  Gizeh;  M.  Pétrie  les  a  retrouvés  après 
moi^.  La  statue  passe  pour  avoir  été  trouvée  à 
Memphis^  et  rien  ne  l'infirme.  Au  cours  de  l'année 
j  90a ,  M.  Maspero  fit  exécuter  des  fouilles  autour  de 
la  pyramide  d'Ounas ,  et  sous  les  tombes  au  niveau 
de  cette  pyramide  on  en  trouva  d'autres  antérieures , 
et  dans  ces  tombes  des  vases  bouchés  et  scellés  au 
nom  des  deux  rois  Hotep-Sekhemoui  et  Ra-neb, 
précisément  deux  des  noms  inscrits  sur  la  statue  n°  1 
du  Caire.  Et  pour  l'un  des  deux  rois  dont  le  nom 
d'épervier  est  bien  Hotep-Sekhemoui,  le  nom  de 
royauté  et  de  vautour-urœus  est  donné,  et  ce  nom 
c'est  le  même  que  le  nom  d'épervier,  abrégé  en  _i- 

^  E.  Amblinsau,  Les  nouvelles  foailles  d'Abjdos,  1896-1897, 
pi.  XXJ,  n*"  6  et  7;  —  FL  Pkthib,  The  royal  tombs  of  thefirst 
dynasiy,  II,  pi.  VIU,  n"*  i,  8,  19. 

^  Catalocfue  du  musée  de  Gizeh ,  n°  i . 


260  MARS-AVRIL  1906. 

au  lieu  de  FI,  et  M.  Maspero  lui-même  l'admet^. 
Or,  je  le  demande ,  comment  se  fait-il  que  les  noms 
de  ces  rois  aient  pu  être  trouvés  à  la  fois  à  Abydos 
d  abord  et  ensuite  à  Memphis?  Les  tombeaux  de  ces 
rois  ne  pouvaient  pas  être  à  la  fois  à  Memphis  et  à 
Abydos.  Et  si  j'ai  trouvé  les  noms  de  ces  rois  dans  le 
tombeau  de  Set  et  Horus  ou  des  deux  Sekhemoui, 
c'est  qu'apparemment  ils  avaient  fait  des  offrandes 
aux  Sekhemoui  ou  au  roi  Khà-Sekhemoui.  Je  n'ai 
pas  besoin  d'insister  sur  la  nouvelle  confirmation  que 
la  découverte  de  M.  Maspero  apporte  à  ma  thèse. 
Enfin  les  monuments  d' Abydos  nous  renseignent 
explicitement  sur  l'époque  à  laquelle  nous  devons 
placer  ces  rois  qui  sont  tout  à  coup  montés  au  jour. 
Pour  le  roi  Qa  en  particulier,  on  accole  à  son  nom 
la  mention  qu'il  était  un  j\^.  Le  signe  que  je  lis  j 
est  ainsi  fait  ^ ,  ce  qui  à  première  vue  semblerait 
donner  une  autre  lecture;  mais  quand,  sur  la  même 
planche  du  premier  volume  de  M.  Pétrie  sur  les 
tombes  royales  de  la  F*  dynastie,  où  il  se  trouve  au 
n**  29,  on  le  rapproche  d'un  passage  tout  à  fait 
parallèle  où  il  est  fait  j  et  est  accolé  au  même  signe 
1||j^,  il  me  semble  impossible  de  ne  pas  reconnaître 
exactement  le  même  signe  ^  V-  2,  car  tous  les  deux  sont 
suivis  du  même  traîneau.  Les  tablettes  sur  lesquelles 

^  Bulletin  de  l'Institut  Égyptien,  avril  1902,  p.  io5-ii6.  — 
tTun  Hotpou-Sakhmoui  abrégé  en  Hotpou»,  p.  110. 

*  Ces  signes  se  trouvent  sur  deux  tablettes  en  ivoire  dont  Tune 
est  dédiée  à  lepervier  Qa  (le  n"  29),  et  l'autre  (le  n"  a6),  Test  à 
un  roi  dont  j*ignore  le  nom. 


COLTK  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.       261 

ces  signes  se  trouvent  sont  dune  explication  fort 
difficile;  rien  nen  a  été  tiré  jusqu'à  présent  et  leur 
intelligence  demandera  encore  beaucoup  de  temps 
et  de  patientes  recherches;  mais  il  me  semble  indu^ 
bitable  qu'elles  commencent  toutes  les  deux  par 
j^.  M.  Pétrie,  à  propos  de  la  seconde,  a  conclu, 
de  la  présence  des  signes  ^  ^  *  ^H  affrontés  à 

Tépervier  Qa ,  que  le  roi  Qa  avait  poiu*  nom  de  royauté 
Sert;  s'il  avait  fait  attention  aux  autres  tablettes  que 

lui-même  a  publiées ,  il  aurait  vu  que  les  signes    7 

y  sont  remplacés  par  d'autres  sans  que  le  nom  du  roi 
Qa  change,  et  que,  par  conséquent  il  n'y  a  nulle 
sûreté  à  nommer  Qa-sen ,  comme  il  l'a  fait ,  le  Pha- 
raon Qa^  La  seule  conclusion  qu'il  soit  licite  de 
tirer  de  ces  deux  documents ,  c'est  que  le  roi  Qa  était 
un  j\^.  Nous  retrouvons  ainsi  tout  à  coup  sur  des 
monuments  authentiques,  ajant  appartenu  à  des 
rois  qui  ont  réellement  régné,  l'appellation  qualifi- 
cative de  Schesou  Hor  que  le  papyrus  de  Turin  et 
d'autres  monuments  donnent  aux  dynasties  ayant 
précédé  Menés  et  que  Manéthon  appelait  les  Mânes, 
N/xye?.  «  Des  personnages  humains  plus  anciens  que 
Menés  sont  cités  dans  le  fragment  du  papyrus  de 
Turin  qui  résume  ces  temps  divins.  Leur  nom  se  lit 
\^  i  1 P  ^  ^  âl  •  HorSesu.  Je  le  trouve  également 
clans  une  inscription  de  Toutmès  P'  comme  le  terme 

^  FL  Pétrie,  The  royal  tombs  ofthefirst  dynastyA,  pK  XII,  n"'  1 
et2,et  pî.XVIl,  n*»'  26eta7îet  II,  pi.  VIII,  n**  3,  et  pi.  XII,  n"  6. 


202  MARS-AVRIL  1006. 

de  la  plus  haute  antiquité  connue  :  ^  ^  JP  ^  -^  J*«  » 
Ces  paroles  du  grand  restaurateur  des  études  ^;ypto* 
logiques,  Ë.  de  Rougé^  me  tiendront  lieu  de  conclu- 
sion; la  seule  différence  qu'il  y  ait  entre  les  textes 
des  documents  archaïques  et  ceux  que  cite  Ë.  de 
Rougé,  cest  qua  1  époque  où  les  premiers  furent 
sculptés  dans  ilvoire  Técriture  ne  faisait  que  naître, 
tandis  qu  a  Tépoque  de  la  XIX*  ou  XX'  dynastie  et  à 
celle  où  fut  gravée  la  stèle  de  Tombos  sous  Tothmès  1*, 
récriture  était  stéréotypée  et  la  loi  de  majesté  régis- 
sait le  groupe  \^  j  ]  P  ^  v^  j . 


Il  me  faut  revenir  à  présent  aux  inscriptions  des 
Denkmàler  qui  font  le  sujet  de  ce  mémoire,  car  il 
reste  encore  deux  points  qui  doivent  être  expliqués. 

Le  premier  a  trait  au  signe  ^  qui  se  trouve  placé 
soit  avant,  soit  après  le  signe  1||j^,  ^  1||j^  ou  j^Y  ^® 
signe  est  très  embarrassant,  parce  qu'il  est  très  rare, 
n  existant  que  dans  les  endroits  cités  et  dans  les  textes 
des  Pyramides.  H  semble  tout  d  abord  quon  doive 
le  rapprocher  du  signe  fort  connu  \  et  que  ce  n  en 
est  quune  variante  épigraphique  ;  mais  si  Ton  veut 
appliquer  les  sons  reconnus  à  ce  signe,  soit  qu'on  le 
lise  -^-"^ï  "^^^^  ^^  !œ'  ^^  s  aperçoit  bien  vite 
qu  aucun  sens  ne  peut  s'appliquer  à  i'épervier  avant 
ou  après  lequel  il  est  placé.  Si  l'on  se  tourne  vers  les 

^  K.  De  RoUGB,  Mémoire  sur  leê  monuments  qu'on  pêUt  atùibuer 
(iu,T  six  premières  dynusties,  p.  12,  note  1. 


CULTE  DES  ROIS  PRÉfflSTORIQUES  D'ABYiX)S.       365 

mots  dans  lesquels  entre  ce  signe  "j,  soit  comme 
syliabique^  soit  comme  détefminatif»  on  voit  qu'il 
entre  dans  un  mot  A  \  i  qui  est  sans  doute  le  métne 
que  le  nom  du  roi  Qa ,  que  je  lis  Qa  pour  en  donner 
une  lecture,  car  il  se  peut  très  bien  que  le  signe  ««-^ 
doive  se  lire  autrement,  par  exemple  comwie  un 
idéogramme.  Ce  mot  ^"j  se  retrouve  dans  les  textes 
des  Pyramides  et  M.  Maspero  la  traduit  par  lancer, 
ce  qui  pourrait  très  bien  s'appliquer  au  Dieu  Hôrui* , 
s'il  s'agissait  du  Dieu  Horus;  mais  il  ne  s'agit  pas 
de  lui,  puisque  dans  deux  autres  cas  îl  s'agît  d'un 
roi  Sekhem  et  d'un  roi  Kheper,  comme  le  montre 

péremptoirement  l'expression  ïh  le  château  (ici  le 

tombeau)  de  fépervier  Kheper.  Dft  même,  le  mot 
nègre  s'écrit  )  p  \\  quelquefois ,  et  oe  serait  si  favorable 
à  une  opinion  qui  m'est  chère,  à  savoir  que  les 
Kgyptiens  sont  venus  de  l'intérieur  de  l'Afrique,  que 
ce  serait  trop  beau  dt  peu  vraisemblable  :  je  la  laisse 
donc  de  côté.  Les  textes  des  Pyramides  contiennent 
aussi  fréquemment  un  mot  ^  ^  ayant  pour  déter- 
minatif  le  signe  qui  m'occupe;  M.  Maspero  a  rendu 
oe  mot  par  séparer,  oe  qui  ne  me  paraît  pas  non  plus 
expliquer  ce  signe  dans  ^  ^.  Il  reste  une  autre  expli* 
cation  qui  n'a  aucune  chance  d*êtré  admise,  c'est  que 
le  signe  ^  serait  le  même  que  ] ,  sans  la  partie  mé- 
diane :  le  scribe  n'aurait  pas  pu  lire  le  signe  hléra* 

'  Cette  idée  m'a  été  suggérée  par  M.  Lefébure  dans  une  iettre, 
fiinsi  que  pour  le  mot  ]  H  \\  . 


264  MARS-AVRIL   1005. 

tique  archaïque  et  l'aurait  transcrit  par  ^,  ce  qui 
donnerait  exactrrment  le  J  ^  et  ce  qui  exj^queraît 
la  place  du  signe  soit  avant,  soit  après  le  nom  de 
Tépervier,  selon  lemploi  ou  le  rejet  de  la  loi  de  ma- 
jesté. Je  suis  donc  obligé  de  laisser  ce  signe  sans 
explication  plausible,  et  j*espère  que  fun  de  mes 
collègues  sera  plus  heureux  que  moi. 

Il  reste  encore  à  expliquer,  non  plus  un  signe, 
mais  un  groupe  tout  entier  qui  se  trouve  souvent  à 
toutes  les  époques  de  lliistoire  de  TÉgypte,  depuis 
Tépoque  antéhistorique  d*Âbydos  jusqu'aux  temps 
ptolémaïques  ou  romains.  Cest  le  groupe  j[  ^.  On 
en  a  donné  déjà  plusieurs  explications  qui,  toutes, 
sont  différentes  les  unes  des  autres;  je  ne  citerai  ici 
que  celle  de  M.  Erman  qui  traduit  ce  titre  par  le  pre- 
mier sous  le  roi,  cest-à<dire  le  premier  personnage 
de  rÉgypte  après  le  roi,  le  plus  grand  des  offiders 
civils,  militaires  et  religieux ^  M.  Maspero,  dans  son 
étude  sur  la  Carrière  administrative  de  deux  grands 
fonctionnaires  égyptiens,  traduit  ce  titre  par  le  pre- 
mier de  la  chambre  royale,  mais  il  explique  ensuite 
que  le  sens  attribué  par  M.  Erman  à  cette  expression 
peut  .«•e  soutenir  et  qu  il  ne  donne  son  interprétation 
qu  a  titre  de  conjecture  ^.  M.  Erman  regarde  comme 
le  mot  le  plus  important  de  cette  expression  le  mot 
#,  tep,  et  range  ces  mots  dans  Tordre  suivant #/D  4^; 
je  me  permettrai  de  les  ranger  dans  un  ordre  on 
peu  différent  et  de  les  lire  comme  il  suit  :  /n#4^, 

'  ERMA5,  JEgypten  nnd  AUgyptischet  Lehen,  I,  p.  \^k* 

^  Maspero,  op.  rit,,  p.  a 66,  dans  U^s  Etudet  égypiiennês,  9*  vol* 


OULTE  DES  ROIS  PRÉHISTORIQUES  D'ABYDOS.       265 

cest-à-dire  :  avec  la  tête  royale,  ou  sous  la  tête  royale, 
et  d  y  reconnaître  celui  qui  était  chargé  de  porter  la 
tête  da  roi  dans  les  cérémonies  publiques  primitives. 
Je  ne  prétends  pas  que  ce  sens  soit  a  priori  plus 
juste  que  celui  admis  par  mes  devanciers,  mais  je 
demande  à  exposer  les  raisons  qui  me  semblent  mi- 
liter en  faveur  de  cette  interprétation,  après  avoir 
averti  qu'elle  ne  m'est  pas  uniquement  personnelle, 
car  M.  Lefébure  y  est  arrivé  de  son  côté  dans  des 
études  parallèles  et  m'a  donné  toute  permission  de 
faire  connaître  cette  manière  de  voir  *.  Je  me  bornerai 
toutefois  à  signaler  les  arguments  que  je  trouve 
probants,  laissant  à  M.  Lefébure  le  soin  d'exposer 
tout  au  long ,  car  ils  sont  nombreux ,  les  textes  et  les 
représentations  qui  l'ont  amené  à  cette  interpréta- 
tion, ainsi  que  ses  arguments  personnels,  que  je  ne 
connais  pas. 

Quiconque  a  étudié  tant  soit  peu  les  détails  du 
culte  égyptien  aura  observé  que  fort  souvent  dans  les 
temples  égyptiens  le  double  du  roi  est  précédé  d'une 
longue  hampe  au  sommet  de  laquelle  se  trouve  le 
buste  du  roi.  Hampe  et  buste  sont  tenus  par  des 
mains  sortant  du  rectangle  qui  contient  le  nom 
d'épervier  du  roi  ainsi  désigné  et  derrière  lequel  se 
trouve  la  conjuration  magique  assurant  au  roi  que 
iejlaide  de  vie  ne  s'éteindra  pas  en  lui.  Au-dessus  du 
buste  se  lit  cette  légende  •  iUf  fflfiActl'  ^'^^^'^ 
dire  :  le  ka  (double)  royal  vivant  dans  la  caisse.  Le 

*  Dans  une  leUre  datée  du  26  décembre  igoS. 


206  MARS- AVRIL  1000. 

mot  ^  ^  est  très  connu  :  c  est  odui  qu*on  emploie 
pour  désigner  les  coffres,  les  sarcophages  dans  les- 
quels on  dépose  les  corps  des  défunts;  il  est  alon 
déterminé  par  le  signe  tsjcpii  est  le  tombeau  même.  Ce 
sarcophage  était  probablement  fait  en  bois  de  larbre 
nommé  '^*-J\^^V^'  '^^  ^®  dernier  sens  ne  peut 
rappliquer,  mais  celui  de  coffre,  de  cAosse s*aj^ique 
meneilleusement,  châsse  pour  envelopper  le  crine« 
et  elle  avait  sans  doute  la  forme  d*un  busie  comme 
le  montre  la  représentation.  Où  était  placée  cette 
châsse?  Un  autre  texte  nous  1  apprend,  car  sur  une 
représentation  analogue  également  du  temps  du  roi 

Thotmès  II.  on  lit  :  i^f  V^fllfi-Â  J-^Jl- 
^.  C  est-à-dire  :  le  double  royal  vivant  du  maître  des 
terres  dans  la  châsse  dans  la  DdU  Ce  mot  ^^  a  un 
double  sens  :  il  signifie  ce  qu'on  nonune  ordinaire- 
ment très  mal  à  propos  ï hémisphère  it^érieur,  ou 
Tenfer,  puis  il  sert  aussi  à  nommer  une  partie  ^pédale 
(le  la  demeure  royale  dont  le  temple  nétait  quun 
exemplaire  plus  riche  destiné  aux  rois  s'étant  acquittés 
de  la  vie  terrestre  après  avoir  rendu  de  très  grands 
services  à  1  Kg^-pte ,  comme  je  fai  déjà  démontré  ^. 
Si  l'on  veut  remonter  à  lorigine  de  cette  coutume, 
il  faut  la  prendre  matériellement  et  dire  que  primi- 
tivement cétait  le  crâne  du  roi  que  Ton  conservait 
dans  cette  châsse ,  tout  comme  Ton  consen-ait  le  crâne 
(fOsiris  dans  une  châsse  quelque  peu  difi^érente, 
mais  dont  la  forme  et  la  d*^stination  avaient  beaucoup 

-  K.  AiiELi^EAi'.  Histoire  g^n'-rnh  de  la  sépalturt  ei  des  fmmê- 
vdlU*  en  E'jvpte,  I.  p.  37  et  *ui*. 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.       267 

d'analogie  avec  remblèmequi  nous  occupe.  En  effet, 
si  Ton  prend  les  textes  qui  semblent  les  plus  anciens 
queTEgypte  nous  ait  conservés,  on  voit,  par  exemple 
dans  le  sarcophage  de  Hor-hotep,  lequel  date  de  la 
XP  dynastie  mais  qui  nous  a  conservé  des  textes  que 
Ion  retrouve  dans  les  Pyramides ,  qu  il  y  est  fait  men- 
tion d  un  chapitre  singulier  :  «  Chapitre  pour  que  ne 
lui  soit  point  arrachée  la  tête  de  quelqu'un  ^  »  On  y 
lit  à  deux  reprises  différentes  :  «  Je  suis  le  Grand,  fds 
du  Feu ,  celui  à  qui  Von  rend  sa  tête  après  l'avoir  coupée; 
qu'on  enlève  sa  tête  à  qui  on  Ta  coupée  (sans)  qu'on 

m'enlève  ma  tête  après  l'avoir'  tranchée  »  ^  ^  J^ 

^0^ JP^,;^^^^.  Ces  paroles  nous  mettent  évidem- 

'  U  teite  imprimé  porte  ^'i^^l^Z-lia^C!'  """'* 
tout  le  chapitre  ne  parle  que  de  la  tête  Jîi.  D*où  il  me  semble  im- 
possible que  le  texte  eût  •#• ,  à  moins  d*une  faute.  —  Mémoires  de  la 
mission  archéologique  française  du  Caire,  I,  fasc.  ii,  Trois  années 
de  fouilles,  par  M.  Maspero,  p.  iSg. 

*  Mémoires  de  la  mission  archéologique  française  du  Caire,  l, 
fasc.  Il,  p.  169,  1.  367-368,  370-371. 


268  MARS-AVRIL   1906. 

ment  en  face  d  une  époque  à  laquelle  on  divisait  les 
corps  en  morceaux,  comme  Set  découpa  le  corps 
d'Osiris.  Ce  quil  y  a  d'intéressant,  cest  que  cette 
coutume  s'est  probablement  conservée  jusqua 
l'époque  où  l'Egypte  était  habitée,  car  dans  leurs 
fouilles  de  Neggadeh  et  de  Ballas,  MM.  Pétrie  et 
Quibell  l'ont  trouvée  encore  existante  et  le  crâne 
était  mis  à  part  sur  une  brique^;  mais  à  l'époque 
des  rois  d'Abydos  cette  coutume  avait  disparu,  car, 
dans  tous  les  tombeaux  où  j'ai  trouvé  des  squelettes, 
et  il  y  en  avait  dans  presque  tous,  ces  squelettes 
étaient  encore  enfermés  dans  des  cercueils  en  bois 
de  cèdre,  ou  l'avaient  été,  puisque,  le  cercueil  ayant 
disparu  pour  une  cause  ou  pour  une  autre,  on  voyait 
encore  les  traces  qu'il  avait  laissées  sur  les  murs  près 
desquels  il  se  trouvait,  traces  fort  apparentes  qui 
m'ont  maintes  fois  permis  de  mesurer  la  longueur, 
la  largeur  et  la  hauteur  du  cercueil.  Je  dois  cepen- 
dant dire  que  l'un  des  deux  squelettes  trouvés  dans  la 
tombe  de  Set  et  de  Horus,  ou  des  Khâ-Sekhemoui 
avait  les  os  dispersés  et  que  le  crâne  était  absent. 

Ce  qu'il  y  a  de  plus  intéressant  encore  c'est  que 
dans  le  premier  tiers  du  xix*  siècle  la  coutume  existait 
toujours  en  Afrique ,  car,  dans  la  relation  de  leur  aven- 
tureux voyage  dans  la  boucle  du  Niger,  les  frères 
Lànder,  gens  très  simples,  mais  très  curieux  et  ayant 
eu  de  fort  bons  yeux ,  ce  qui  est  important  quand  on 
veut  voir,  racontent  au  sujet  d'un  certain  Adouly, 

^  FI.  Pétrie,  Nœgada  and  Ballas,  p.  19- 3 5,  Si. 


CULTE  DES  ROIS  PREHISTORIQUES  D'ABYDOS.      269 

roi  de  Badagny,  que  «  craignant  les  suites  de  ses 
revers ,  Adouiy ,  qui  avait  tendrement  aimé  son  père 
et  qui  en  chérissait  ia  mémoire  autant  que  sa  propre 
vie,  mû  dun  sentiment  filial  qui  n  est  pas  rare  parmi 
les  sauvages ,  déterra  la  tête  du  vieux  roi  et  l'emporta 
avec  lui  dans  sa  fuite ,  afin  qu  il  ne  pût  lui  être  fait 
aucune  insulte  pendant  son  absence.  Le  corps  du 
chef  avait  été  envoyé  à  Bénin ,  comme  ceux  de  ses 
ancêtres,  pour  orner  avec  les  ossements  le  temple 
sacré  de  ce  lieu,  c'est  im  ancien  usage,  religieuse- 
ment observé  par  les  naturels  de  Lagos  ^  »  11  n  y  a 
donc  pas  moyen  de  douter  que,  depuis  des  temps 
immémoriaux  jusqu'au  xix*  siècle,  la  coutume  de  sé- 
parer la  tête  du  reste  du  cadavre  s'est  maintenue  en 
Afrique;  nous  ne  pouvons  donc  guère  nous  étonner 
de  la  retrouver  en  Egypte  sous  une  forme  mitigée  et 
de  voir  que  la  tête  du  roi  d'Egypte  était  une  aorte  de 
palladium  pour  les  temples,  tout  comme  les  osse- 
ments des  rois  du  Lagos  étaient  conservés  pour  l'or- 
nement des  temples  de  Bénin  :  c'est  la  même  idée 
(|ui  a  traversé  les  siècles. 

Je  dois  encore  ajouter  ici  une  particularité  qui 
fera  mieux  ressortir  ce  que  j'avance.  Il  s'est  rencontré 
dans  les  constructions  faites  par  les  rois  de  la 
XVIIP  dynastie  au  cours  de  leurs  conquêtes  en 
Nubie,  que  certains  rois  de  cette  dynastie  rebâtirent 
des  temples  primitivement  construits  par  des  Pha- 

^  Richard  et  John  Lander,  Journal  d'une  expédition  entreprise 
dans  le  but  d'explorer  le  cours  et  l'embouchure  du  Niger,  II,  p.  io4- 
io5,  trad.  française. 


270  MARS-AVRIL   1906. 

raons  de  la  XIP  :  ce  fut  en  particulier  le  cas  pour 
Thotmès  III  qui  reconstruisit  à  Semneh  le  temple 
bâti  tout  d  abord  par  Ousortesen  III.  Or,  il  se  ren- 
contre que  le  doahle  du  roi  Thoutmès  III  est  repré- 
senté dans  ce  temple  ^  pendant  que  le  roi  lui-même 
est  représenté  casqué,  armé  du  bâton  et  du  casse- 
tétc ,  d  au  milieu  des  doubles  de  tous  les  vivants  comme 

RaétemeHement:^wp|}tJtJfH>iri®2 
^;  et  sur  la  même  paroi  Est  (partie  extérieure),  assis 
sous  un  édicule  en  forme  de  dais  est  le  roi  Ousor- 
tesen III  lui-même,  ayant  en  arrière  son  doahle  et 
derrière  le  double  le  nom  d'épervier  renfermé  dans 
un  rectangle  et  porté  sur  la  tête  du  roi  qui  tient  à  la 
main  la  hampe  au  sommet  de  laquelle  est  le  buste 
d  un  roi ,  c  est-à-dire  la  châsse  dans  laquelle  est  l'en- 
fermé ou  censé  renfermé  le  crâne  d'Ousortesen  III. 
Ce  buste  est  surmonté  de  Tinscription  suivante  :  ^i^ 

^OrDÂnO^-n^l®  ^^^^^  ^y^  vivant  dans 
la  châsse  dans  la  Daït^. 

Pour  en  finir  avec  Thistoire  de  ce  doahle,  c'est 
ainsi  que  Ramsès  III  est  représenté  à  Medinet-Habou 
ayant  la  même  inscription  au-dessus  du  buste;  quà 
1  époque  ptolémaïque  Philippe  Arrhidée,  Ptolé- 
mée  XII  Dionysos  sont  représentés  de  la  sorte;  de 
même  aussi  César,  Auguste,  Tibère,  Caiigula  et 
Vespasien  pour  ne  citer  que  ceux-là'.  La  légende 
qui  accompagne  la  représentation  de  la  ohâsse  est 

^  LtPsius,  Denkmàler,  III,  Abth.  pi.  5i. 

^  Ihùl.  IV,  pi.  3,  5i,  52,  53,  54,  69,  70,  74.  76  et  Si. 


CULTE  DES  ROIS  PRÉHISTORIQUES  D'ABYDOS.       271 

toujours  la  même,  elle  ne  présente  pour  les  derniers 
empereurs  romains  que  des  changements  peu  im- 
portants. La  fonction  de  +  ^ ,  que  nous  retrouvons 
en  Egypte  sous  les  Romains,  avant  Imvasion  du 
Christianisme,  existait  dès  les  plus  anciens  temps, 
dès  le  temps  des  tombes  d'Abydos ,  car  le  roi  Sekhem- 
ab,  dont  le  nom  a  été  retrouvé  dans  le  tombeau 
de  Perabsen ,  avait  un  ^^  ^  ^|  ,J]^ ,  et  il  y  en  avait 
probablement  aussi  un  autre  sous  le  règne  des 
Sekhemoui  ou  de  Khâ-Sekhemoui  ^. 

Elst'Ce  à  dire  que  je  préconise  la  croyance  d  après 
laquelle  les  crânes  des  rois  que  j  ai  cités  auraient  été 
conservés  dans  une  châsse  placée  dans  les  temples 
égyptiens?  Nullement,  et  il  serait  trop  facile  de  me 
convaincre  de  folie.  On  a  retrouvé  la  momie  de 
Ramsès  III  et  elle  n était  point  acéphale;  de  même 
les  empereurs  romains  n  ont  pas  légué,  que  je  sache, 
leurs  crânes  pour  être  enchâssés  dans  les  temples 
égyptiens.  Mais  la  coutume  primitive  s'était  modifiée 
à  travers  les  siècles;  de  matérielle  elle  était  devenue 
symbolique,  et  Ton  portait  toujours  dans  les  pro- 
cessions religieuses  les  doubles  des  rois,  comme  on 
avait  porté  jadis  les  crânes  des  ancêtres.  Il  existe 
une  bonne  preuve  de  ces  porte-crânes  dsius  la  stèle 
C.  i5  du  Louvre  où  non  seulement  Ton  voit  porté 
sur  une  barque  le  chef  d'Osiris,  mais  encore  trois 
autres  têtes  au  sommet  des  hampes,  au  milieu 
des  autres  enseignes  portées  dans    la   cérémonie, 

'  FI.  Pétrie,  The  royal  toinbs  of  the  first  dynasty»  II,  pi.  XXI, 
n"  i65,elpl.  XXIII,  n**  169.         * 


272  MARS-AVRIL   1906. 

et  1  une  de  ces  dernières  têtes  a  exactement  la  forme 
d  un  buste ,  c'est-à-dire  d'une  châsse  k  forme  de  buste^ 
Cette  charge  eut  de  nombreux  titulaires ,  car  sous 
la  V*  et  la  VP  dynastie  on  trouve  au  moins  26  de  ces 
titulaires  rien  que  dans  Touvrage  de  Mariette  sur  les 
Mastabas  et  dans  les  Denkmàler  de  Lepsius,  sans 
compter  ceux  que  nous  ignorons.  Elle  existait  dès  les 
temps  antéhîstorîques  et  c'est  en  ces  temps-là  surtout 
qu'on  doit  prendre  f  expression  j[^  au  pied  de  la 
lettre;  elle  se  modifia  sans  doute,  peut-être  dès  l'An- 
cien Empire,  probablement  sous  le  Moyen  Empire, 
certainement  sous  le  Nouvel  Empire,  mais  elle  dura 
tout  l'empire  égyptien. 

Je  crois  avoir  expliqué  maintenant  tout  ce  qui 
faisait  le  sujet  de  ce  mémoire  et  avoir  montré  que  le 
nom  d'un  roi  d'Abydos  se  retrouvait  sous  l'Ancien 
Empire,  avec  deux  autres  noms  de  Pharaons  ignorés 
jusqu'à  présent,  mais  indiscutables,  et  dont  l'un, 
Kheper,  avait  un  fonctionnaire  remplissant  la  charge 
si  curieuse  de  porte-chef  dans  les  cérémonies  pu- 
bliques après  sa  mort. 

Ghâteaudun,  31  mars  1906. 
1  Gayet,  Stèles  de  la  XIV  dynaslie,  a*  fasc  pi.  LIV. 


LETTRE   INÉDITE   DE  J.-B.  TAVERNIER.      273 

UNE   LETTRE   INÉDITE 
DU  VOYAGEUR  J.-B.  TAVERNIER 

(1664), 

PUBLIÉE  ET  COMMENTÉE 

PAR  LE  D*  E.-T.  IIAMT, 

MEMBRE  DE  L*IIISTITUT. 


Les  lettres  autographes  du  grand  voyageur  en 
Orient,  Jean-Baptiste  Tavernier,  sont  extrêmement 
rares,  quoiqu'il  ait  prolongé  sa  longue  existence 
jusqu'à  lage  de  quatre-vingt-quatre  ans,  et  son  l)is- 
torien,  M.  Charles  Joret,  n'en  a  pu  donner  aucune 
dans  le  gros  volume  qu'il  lui  a  consacré  en  1886  ^ 
Plus  heureux  que  ce  savant  confrère,  M.  le  vicomte 
de  Grouchy  a  découvert  et  copié  dans  la  célèbre 
collection  de  feu  M.  Brenot,  aujourd'hui  dispersée, 
la  lettre  fort  intéressante  qu'on  va  lire  et  qui  fut 
écrite  par  Tavernier,  pendant  son  séjour  à  Smyme 
en  1 664 ,  au  premier  président  Lamoignon,  son  pro- 
tecteur. 


^  Ch,  JoRËT,  Jean-Baptiste  Tavernier,  écuyer,  baron  d'Aubonnc, 
chambellan  du  Grand  Electeur,  Paris,  Pion,  1886,  1  vol.  in-S*  de 
\-4i3  p.  — -  On  trouve  seulement  dan»  ce  volume,  en  tête  de^ 
pièces  justiGcatives ,  deux  lettres  originales  écrites  aux  Saumaise 
par  Melchior  Tavernier,  le  frère  aîné  de  Jean'Bapti3te. 

VII.  1 8 

lii»aiMr.aiK  «atiosalc. 


il\  MARS.AVAIL  1006. 

Tavernier  était  alors  engagé  dans  son  sixième 
voyage  en  Orient.  H  y  avait  trente-six  ans  déjà  qu'il 
parcourait  le  inonde,  et  il  avait  successivement  visité 
la  Turquie  et  la  Perse,  l'empire  Mogol  et  le  royaume 
de  Golconde ,  Java ,  le  Cap ,  etc.  Il  avait  pris  femme  en 
1 662  et,  dès  Tannée  suivante,  il  se  mettait  encore  une 
fois  en  route,  à  l'âge  de  cinquante-huit  ans,  pour  la 
longue  exploration  de  cinq  années  qui  devait  ouvrir  au 
commerce  national  la  route  de  la  Perae  et  de  l'Inde  ^. 

Parti  de  Paris,  le  îiy  novembre  i663,  avec  son 
neveu  Pierre,  enfant  de  treize  ans,  un  chirurgien, 
huit  serNiteurs  de  diverses  professions,  orfèvre,  hor- 
loger, etc.,  et  une  magnifique  cai^îson,  fl  s'embar- 
quait à  Marseille  le  10  janvier  166&,  et»  après  un 
certain  nombre  d ^incidents  de  toute  nature,  il  entrait 
le  a  ^  avril  suivant  dans  le  port  de  Smyme. 

Tavernier  resta  à  Smyme  soixant&<iil  jours  ^; 
que  fit-il  pendant  ce  long  espace  de  temps»  se 
demande  M.  Joret  P  Tavernier  ne  nous  le  dit  point;  h 
seul  renseignement  qu'il  donne,  c'est  qu'il  alla  loger 
chez  un  Français ,  dont  l'hôtel  se  trouvait  au  haut  de  la 
rue  des  Francs  «ainsi  nommée,  parce  que  tonales 
Francs,  c  est4-dire  les  Européens  y  demeuroîent  *•  B 
parie  aussi  dun  «  furieux  tremblement  de  terre  qui  -se 
fit  si  bien  sentir  »  que  son  jeune  neveu  «  tomba  de  son 


^  Les  six  voyages  de  M,  JeeM-Bapiitte  Tavernier,  £ci^er.  haron 
(TAnboHue,  tn  Turqaie,  en  Ptrtê  et  amx  Indes,  etc.  NauY.  édil.. 
Rouen,  1713,  in-ia  ,T.  I.,p.348  et  suiv.  —  Cf.  Gk.  Joret«  op.  cit., 
p.  i64.  109. 

^  Id.,  ihid,,  p.  169. 


LETTRE  INÉDITE  DE  J.-B.  TAVERNIER.  275 

lit  »  et  qu'il  s'en  fallut  peu  qu'il  en  fît  autant  lui- 
même  »^  Encore  cet  événement  est- il  postérieur 
à  la  date  de  la  lettre  à  Lamoignon  que  Ton  va  lire 
et  qui  n'y  fait  aucune  allusion  ! 

Le  voyageur  a  rassemblé,  par  contre,  toutes  les 
nouvelles  vraies  ou  fausses  qu'apportaient  à  Smyrne 
les  navires  et  les  caravanes,  depuis  les  crimes 
attribués  à  Si-Daracha,  le  prince  Mogol  qu'il  nomme 
Cicfarîas  Jusqu'aux  désertions  qui  affaiblissent  l'armée 
turque  de  Belgrade^;  depuis  le  rassemblement  de 
la  flotte  des  Vénitiens  à  Milo  ^  jusqu'à  la  campagne 
entreprise  par  le  Shah  de  Perse  contre  les  Uzbegs, 
ses  turbulents  voisins*.  Le  reste  est  une  suite  de 
turqueries  qui  courent  depuis  longtemps  dans  les 
écrits  relatifs  à  l'Orient  ',  mais  qui  n'en  semblent  pas 
moins  intéressants  pour  cela  à  Lamoignon  et  à  son 
entourage. 

Un  mois  plus  tard ,  le  lundi  9  juin ,  Tavernier  quit- 
tera Smyrne  avec  une  caravane  de  six  cents  chameaux 
et  d'autant  de  gens  à  cheval,  s'enfonçant  dans  Tinté- 
rieur  pour  gagner  Erivan,  Tauris ,  Ispahan  et  Delhi. 

'  Les  six  voyages,  etc.,  éd.  cit.,  p.  363. 

2  Cf.  Gaz,,  i66à ,  p.  723-724. 

'  On  peut  saivre  toute  cette  campagne  des  Vénitiens  dans  les 
numéros  extraordinaires  de  la  Gazette^  contenant  l^,  lettres  d' Un 
Gentilhomme  de  la  République  (n°  88,  etc.). 

^  Cf.  Lettre  de  Lalain  à  De  Lionne  du  1 8  mars  1 665 ,  ap.  Estai 
de  la  Perse  en  i660 ,  par  le  P.  Haphaèl  du  Mans,  éd.  Ch.  Schefer, 
Paris,  1890,  în-8",  p.  307. 

*.  Cf.  De  la  Répabliifue  des  Turcs  et,  là  oà  F  occasion  s  offrira,  de 
meurs  et  loy  de  tous  Muiiamédistes»  Poitiers,  Ë.  de  Marnef,  i56o, 
in-4°,  p.  2  ,  17,  etc. ,  de  la  tierce  partie. 


276  MARS-AVRIL   1906, 

Voici  sa  lettre  à  Lamoignon  : 

Monseigneur, 

Je  croy  que  vous  agréerez  que  je  vous  rende  compte  de 
ce  que  je  déjà  fait  de  mon  voyage  et  qu  aurez  la  bonté  de  me 
donner  un  quart  d'heure  de  vostre  loisir  pour  voir  ce  que 
je  vous  en  escris.  Le  jeudi ,  sur  le  soir,  ad'  avril ,  nous  somme 
arivés  en  sette  ville ,  ajf  anl  demeuré  en  mère  depuis  Livoume 
jusque  hissy,  sans  toucher  aucune  terre.  Ma  femme  *  aura 
l'honneur  de  vous  présenter  la  relation  des  routes  que  nous 
avons  faites  jour  par  jour.  Je  vous  dire ,  Monseigneur,  pour 
nouvelles,  on  connoist  icy  à  la  mine  des  Turcs  que  leurs 
affaires  vont  mal  avec  TEmpereur,  car  ils  ne  sont  pas  si  in- 
solents que  de  coutume;  tous  les  jours,  le  grand  vizir  envoie 
Courier  sur  Courier,  au  grand  Seigneur  qui  est  à  Adrînople, 
pour  avoir  des  troupes  et  voudroit  qu  il  vînt  lui  mesme  à 
Belgrade  afin  de  tenir  en  bride  les  soldatz  qui  tous  les  jours 
se  débandent*.  On  doute  fort  s'il  se  pourra  résoudre  à  ce 
voyage ,  car  il  n'a  point  d'argent  et  dans  Constantinople  et 
plusieurs  autre  ville  de  son  empire ,  on  euse  de  grande  tirannie 
envers  le  peuple ,  aussi  bien  envers  les  Turcs  que  les  crestiens , 

^  Madeleine  Goisse,  fille  de  Jean  Goisse,  joaillier,  et  d'Elitaheth 
Pitton  «Jean  Goisse,  dit  M.  Ch.  Joret,  était  parent  par  la  femme 
du  frère  de  Jean-Baptiste  Tavernier,  Mdchior,  lequel  avait  épousé 
une  demoiselle  Pitton;  il  devait  donc  évidemment  être  connu  du 
célèbre  voyageur;  d'ailleurs  celui-ci  qui,  dans  ses  courses  en  Orient, 
s'était,  d'une  manière  toute  spéciale,  occupé  du  commerce  des 
pierres  précieuses . . .  devait  avoir  eu  des  relations  avec  plus  d*un 
joaillier. . .  >  [op,  cit.t  p.  161-162). 

*  •  Sa  Hautesse ,  écrit  à  la  Gazette  le  Genùlhonune  de  la  BéfM' 
blûfue,  (n**  88 ,  p.  734  )  a  esté  long  temps  en  disposition  de  se  rendre 
à  Bellegrade,  pour  inspirer  par  sa  présence  plus  de  vigœar  et  de 
courage  à  ses  Troupes  :  et  mesme  on  y  avoit  déjà  préparé  le  serrail, 
tant  pour  Elle  que  pour  ses  Femmes.  Mais  depuis  Elle  a  changé 
de  résolution ,  à  cause  de  différentes  Factions  tant  a  Constantinople 
qu'ailleurs  auxquelles  sa  cruauté  a  donné  lieu,  t 


LETTRE  INÉDITE  DE  J.-B.  TAVERNIER.      277 

mes  pour  tout  cela ,  ils  n*ont  trouvé  gaire.  Néantmolns ,  s*il  faut 
qu'il  mène  une  armée  à  Belgrade  ;  il  faut  qu'il  trouve  g 
à  lO  millions  devant  que  de  sortir  d'Adrinople,  car  c'est 
la  coutume  que  quand  le  Seigneur  sort  d'une  ville  où  il  y  a 
un  siège  Impérial  pour  aller  den  une  où  il  ny  en  a  point,  il 
doit  payer,  devant  que  de  partir,  à  chaque  cavalier  cinquante 
mil  aspres  qui  font  cinquante  piastres  et  à  chaque  fantassin , 
trois  mil,  qui  font  trente  piastres.  Et  pour  son  honneur,  il 
ne  peut  aller  trouver  son  grand  vizir  qu'il  n*ayt  pour  le  moins 
70  à  80  mil  hommes.  C'est  pourquoy  que  depuis  quelque 
tems,  les  grans  seigneurs,  quand  ils  sortent  de  G)nstan- 
tinople,  ne  vont  qu'à  Adrinople,  à  Burse,  Monasir^  ou 
Smyrne ,  où  il  y  a  serrail  qui  est  la  marque  du  siège  Impé- 
rial. Tous  les  gens  de  gaire*  avois  ordre  sous  paine  de  la 
vie  de  se  trouver,  pour  le  i5  d'avril  au  rendez  vous,  mes  la 
plus  grande  partie  s'en  sont  fuys  aus  montagnes ,  et  ne  veule 
point  s'y  trouver  ce  cpii  a  tellement  irrité  le  grand  Seigneur 
qu'il  a  anvoié  plusieurs  commissaires  d'un  costé  et  d'autre. 
Et  autant  qu'ils  en  peuvent  atraper,  il  les  font  mourir,  c'est 
ce  qui  fait  qu'à  prësant  on  voit  peu  de  canaille  den  les  villes. 

11  n'y  a  que  une  heure  qu  [est  arrivé]  un  vaisseau  venant 
de  Sisille^  [qui]  a  touché  dan  l'île  de  Milo,  où  il  a  veu 
l'armée  vénisienne  ,  composée  de  six  galéasses  et  vingt  cinq 
galères  dans  le  port,  où  elle  attend  son  général  avec  un 
renfort.  Tous  leurs  soldats  sont  françois ,  savoyards  et  alle- 
ments.  Mais  eux  et  leurs  chiourmes  sont  fort  mal  nourris, 
le  biscuit  est  si  noir  qu'il  parroît  de  la  terre ,  cela  fait  que 
ces  pauvres  gens  semble  des  desterrés*. 

Nous  avons  nouvelles  touttes  récente  de  Perse  que  les 
Usbecqs  *  ayant  depuis  longtems  fort  incommodé  le  Roy  de 

^  Andrinople ,  Brousse ,  M onastir. 
•  Guerre. 
'  Sicile. 

^  Voir  les  correspondances  déjà  citf^es ,  envoyées  de  Venise  à  la 
Gazette, 

^  llzbeg  ou  Euzbeg ,  peuple  turc ,  qui  constitue  encore  aujourd'hui 


278  MARS-AVRIL   1906. 

Perse  en  luy  enlevant  souvent  son  peuple,  il  s'est  résolu 
d*y  aller  eiî  personne ,  mes  ce  cpii  a  beaucoup  contribué  à 
lui  faire  entreprendre  ce  voyage  c'est  cpie  les  Molla  de  là 
cour,  qui  y  sont  les  astrologues ,  avcnent  prédit  qu'il  arriveroit 
bientôt  une  grande  mortalité  en  Hispaham.  Mes  par  la  grâce 
de  Dieu,  le  tems  est  passé,  sen  que  Ton  s'en  aye  aperçu.  Des 
Indes,  la  caravane  qui  est  venue  depuis  peu,  nous  aprins 
que  le  grand  mogol ,  qui  est  Gdarius  *,  tient  tousiours  son 
père  en  prison ,  et  pour  vivre  en  repos,  ne  c'est  pas  contenté 
de  faire  couper  la  teste  à  tous  ces  frères,  il  a  aussi  fait  mou- 
rir sa  sœur  qui  estoit  le  Dieu  du  père,  car  s'estoit  sa  fille  et 
sa  femme ,  à  ce  ion  dit  :  il  est  vray  que  du  tems  qu'il  régoit 
elle  commandoit  tout. 

Monseigneur, 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur 
J.  Tavernier. 

De  Smyme,  ce  lo  may  1664. 

Monseigneur,  depuis  ma  lettre  escritte,  il  est  venu  une 
mauvaise  nouvelle  pour  les  pauvres  chrestiens  du  pays ,  tant 
grecs  que  arméniens,  qu'un  bâcha  doit  venir  pour  enlever 


le  fond  de  la  population  pastorale  de  la  Bouiharie ,  du  Ferghanab 
et  du  Turkestan  afghan. 

«Je  ne  manquerai  pas  de  vous  informer,  écrit  De  Lalain  à 
De  Lionne,  de  ce  que  j'aurai  appris  qui  se  sera  passé  entre  les 
Persiens  et  les  Uzsbegs;  mais  l'opinion  commune  n*est  pas  qu'il  se 
doive  répandre  beaucoup  de  sang  dans  cette  guerre,  la  coutume 
de  ces  derniers  n'étant  que  de  faire  des  courses,  quand  ib  le 
peuvent  avec  avantage  et  non  pas  de  se  mettre  en  campagne  quand 
ils  ravent  qu'on  les  cherche  ou  qu'on  les  attend.»  (Estât  de  la 
Perse,  etc.,  éd.  cit. ,  p.  307.) 

*  Si-l)aracha,  fils  aîné  de  Chah  Gehan-Guir.  C'étaient  de  faux 
bruits  dont  se  faisait  ainsi  l'écho  notre  voyageur.  Voir  le  chap.  xn 
(hi  tome  II  de  ses  Voyages  des  Indes  [Suite  des  Voyages  de  M,  Jean- 
Baptiste  Tavernier,  etc.,  1. 111, p.  279  et  suiv.,  Rouen,  17U ,  in-8*). 


LETTRE  INÉDITE   DE  J.-B.  TAVERNIER.     575 

les  enfans  de  tribut.  Il  y  a  bien  55  ans  que  cela  ne  s'étoit 
fait,  en  ces  quartiers,  ce  qui  fait  croire  à  plusieurs  quil 
manque  de  gens  pour  commander  un  jour,  car  ces  enfans  sont 
mis  dans  des  serrailz  où  on  les  fait  aprendre  à  lire  et  à  écrire 
et  ce  qui  est  de  la  loy.  Puis ,  selon  leur  génie ,  soit  pour  la 
guerre ,  soit  pour  la  police ,  on  leur  fait  appi*endrtt  et  c'est 
d'eux  que  d  ordinaire  on  en  fait  des  cappitaine  ou  autres 
conmiandans  '. 

On  lit  au  dos  de  la  lettre  : 
Monsieur  le  premier  Président  à  Paris . 

J  ai  déjà  dît  que  c  est  de  Lamoignon  qu'il  est  ici 
question.  Chrétien-François  de  Lamoignon  protégeait 
Tavernier  et  c  est  son  intervention  qui  décida  quelque 
temps  après  le  retour  du  voyageur,  en  1 669  ou  1 670 , 
Samuel  Ghappuzeau  à  lui  prêter  sa  plume  pour  rédiger 
ses  Six  Voyages.  «  Quelque  répugnance  que  j'eusse 
pour  bien  des  raisons ,  disait  ce  dernier  dans  un  pam- 
phlet fort  rare  que  M,  Jorel  mentionne ,  à  faire  ce  qu'il 
vouloit,  de  quoy  plusieurs  de  mes  amis  ont  été  té- 
moins, il  trouva  enfin  moyen  de  m  y  engager  par  une 
force  supérieure.  Il  employa  pour  cela  le  crédit  de  Mon- 
sieur le  Premier  Président  de  Lamoignon  qui  ayant 
parié  au  Roy  de  cette  affaire ,  à  ce  qu  il  me  fit  entendre , 
me  dit  que  sa  Majesté  désiroit  de  voiries  Voyages  de 
Tavernier  et  que  celuy-ci  ne  pouvant  donner  d'autre 
homme  que  moy,  dont  il  pût  s'accommoder  pour  ce 
travail,  il  ne  falloit  pas  le  reculer  davantage. 

'  Voir  la  Tierce  partie  îles  Orientales  histoires  de  (luiHaume  Poste! , 
cosmopolite. 


280  MAHS-AVRIL    1906. 

«  M.  de  Lamoignon  et  M.  de  Baville ,  son  fils ,  ajoute 
Chappuzeau,  non  sans  quelque  animosité  «  aimoient 
à  Tentendre  hâbler  de  ses  voîages,  et  le  premier 
étant  d ailleurs  curieux  de  médailles,  il  en  avoit 
reçu  un  bon  nombre  de  Taveniier,  comme  celuy-cy 
me  la  souvent  dit,  ce  qui  Tobligeoit  par  reconnais- 
sance à  prendre  ses  intérêts.  » 

M.  Joret  ne  pouvait  pas  savoir,  quand  il  reprodui- 
sait ce  texte,  que  notre  voyageur  avait  entretenu  une 
correspondance,  dont  le  fonds  fait  passer  la  forme, 
avec  le  futur  Académicien  auquel  il  racontait  plus 
tard ,  pour  son  plus  grand  plaisir,  ses  souvenirs  de 
voyages  à  travers  le  monde  orientale 

Cf.  Cb.  JoRST,  op,  cît., p.  335-339. 


MONUMENTS  EPIGRAPfflQUES  ARAMEENS.         281 

NOTES 

SUR 

QUELQUES  MONUMENTS  ÉPIGRAPHIQUES 

ARAMÉENS, 
PAR 

M.  J,-B.  CHABOT, 


I 

SUR  UNE  MOSAÏQUE  AVEC  INSCRIPTION  SYRIAQUE 
TROUVÉE  X  ÉDESSB  ^ 

Le  Fr.  Raphaël  de  Ninîve,  missionnaire  de  Tordre 
des  Capucins ,  en  résidence  à  Orfa ,  l'ancienne  Edesse, 
a  eu  l'ingénieuse  idée  de  publier  un  album  de  pho- 
tographies prises  par  lui ,  et  représentant  les  vues  de 
différents  points  de  la- Mésopotamie  (Edesse,  Nisibe, 
Dara,  Harran,  etc.)  2.  Parmi  ces  photographies  il  en 
est  une  qui  reproduit  une  mosaïque  portant  une 
inscription  syriaque.  Dans  l'album ,  elle  est  accom- 
pagnée de  cette  légende  :  «  Tombeau  d'Eftoha ,  fils 
d'Azmo,  roi  d'Edesse.  »  Cette  interprétation,  qui  a 

^  Communication  faite  à  TAcadémie  des  Inscriptions  et  Belles- 
lettres,  séance  du  3o  mars  1906. 

*  Albwn  de  la  Mission  de  Mésopotamie  et  d'Arménie,  confiée  aux 
FF,  MM,  Capucins  de  la  province  de  Lyon,  (  Procure  des  Missions , 
1  ^  ,  rue  des  Tourelles ,  Lyon.  ) 


282  MARS-AVRIL   1906. 

sans  doute  été  donnée  au  Fr.  Raphaël  par  un  Syrien 
peu  versé  dans  la  paléographie,  doit  être  modifiée 
comme  je  le  dirai  plus  loin. 

N'ayant  aucun  renseignement  sur  cette  mosaïque, 
j'écrivis  au  Fr.  Raphaël,  qui  se  trouve  actuellement 
à  Lyon.  En  réponse  à  mes  questions ,  il  m'a  adressé  la 
note  suivante  : 

«  Cette  mosaïque  a  été  découverte  en  1 90 1 ,  à  l'oc- 
casion de  la  construction  d'un  khan ,  en  dehors  des 
murs  de  la  ville,  tout  près  de  la  porte  de  Samosate 
[Bab  Samsât)^.  Elle  occupe  tout  le  pavement  d'une 
grotte  souterraine,  à  4  mètres  environ  au-dessous  du 
sol.  Cette  grotte  a  environ  4  mètres  de  longueur  sur 
3  mètres  de  largeur.  Autour  de  la  grotte,  il  y  a  de 
grosses  pierres  taillées,  de  la  longueur  d'un  homme. 
La  mosaïque  est  en  couleur.  Le  bruit  court  qu'avec  la 
mosaïque  on  aurait  découvert  divers  objets  précieux, 
mais  personne  n'a  de  renseignements  précis  à  ce 
sujet.  Après  la  découverte,  le  gouvernement  essaya 
de  faire  enlever  la  mosaïque  pour  la  transporter  à 
Constantinople ;  mais  l'opération  n'a  pas  réussi,  et 
la  mosaïque  a  été  en  grande  partie  endommagée. 
Le  gouvernement  fit  alors  murer  la  grotte.  Cet  le 
grotte  se  trouve  aujourd'hui  à  peu  près  au  milieu  de 
la  cour  du  khan.  » 

La  mosaïque  est  partagée  en  trois  zones;  celle  du 

I  Celte  porte  est  au  N.-O.  de  la  ville.  Pour  la  topographie 
d'Edesse,  voir  Sachau,  Reise  in  Syrien  und  Mesojwtamiea,  p.  193 
et  suiv.  (Leipzig,  i883.) 


MONUMENTS  ÉPIGRAPHIQUES  ARAMÉENS.         J83 

fond  et  celle  du  milieu  sont  divisées  en  deux  cases, 
et  dans  chacune  de  ces  cases  est  représenté  le  buste 
dun  personnage;  la  première  zone,  la  plus  rappro- 
chée de  rentrée ,  est  partagée  en  trois  cases  ;  à  droite 
et  à  gauche  sont  des  bustes  analogues  à  ceux  des 
cases  supérieures,  au  milieu  se  trouve  Tinscription 
syriaque.  Elle  se  compose  de  huit  lignes  verticales, 
et  est  ainsi  libellée  : 

X^\X^       Ego 

x^  ^o  ^^A1^     Aftôhd , 

a*rO"V^^^^*Vi3  Jilius  Garma , 

oVaTS  AA   dX^viSJ^ki.  fecidomam 

X^  \<n  X^  sr\ \^>  aetemitatis  hanc , 

»V*^\  O  A  mihi  etfiliis  meis 

o\roaj\j  dX'VjAo  etheredibus  meis  y  in  dies 

X^  zn  \^.  aetemitatis. 

Les  deux  premières  lignes  se  lisent  sans  difficulté. 
Le  nom  propre  i^q^^^kT  se  rencontre  d  une  ma- 
nière certaine  pour  la  première  fois  dans  Tépigraphie 
araméenne.  On  n'en  connaît  pas  d'exemple  dans  la 
littérature  syriaque.  Il  semble  qu'on  doive  le  rattacher 
à  la  racine  nriD,  «  ouvrir  »,  qui  a  fourni  en  nabatéen 
le  nom  propre  nnDî<  [CI, S.,  Il,  206,  207),  ar. 

j^!.  Toutefois,  d'autres  hypothèses  sur  letymologie 
de  ce  nom  sont  encore  possibles. 


284  MARS-AVRIL   1906. 

Je  lis  le  nom  du  père  oso-S.^^ ,  et  non  pas  ojso\:w. 
comme  il  a  été  lu.  Les  lettres  .^et  .^  se  confondent 
assez  facilement  dans  Técriture  cursive;  mais  un 
examen  attentif  de  la  mosaïque  ne  permet  pas  ici 
cette  confusion;  la  position  de  la  première  lettre  du 
nom  est  très  différente  de  celle  du  .^  dans  les  mots 
Vxnrr^w,  et  r^=7>\^.  De  plus,  la  racine  Ot:^  n existe 
pas  en  araméen;  tandis  que  "îtD")3i  est  très  fréquent 
dans  Tonomastique  araméenne  [CL S.,  Il,  694, 
790,  etc.);  gr.  To[p(io§  (Waddington,  îi5i3);  c'est 
1  abrégé  (élément  verbal)  d'un  nom  théophore.  A 
Edesse  même,  nous  le  trouvons  dans  le  nom  bien 
connu  D'i:\C?tDC^  {^a(x4fiyépa(xos)^. 

XD^jy  n-^n  tt  demeure  d'éternité  »  est  le  terme  tech- 
nique des  inscriptions  palmyréniennes  pour  désigner 
un  tombeau.  On  ne  peut  conclure  de  cette  formule 
que  le  tombeau  est  d'origine  païenne,  car  elle  est 
employée  à  Édesse  même,  dans  une  inscription 
chrétienne  datée  du  mois  d'octobre  498  de  notre 
ère^. 

La  lecture  de  la  7*  ligne,  la  seule  qui  présente 
quelque  difficulté  à  cause  de  la  ligature  des  lettres, 
est  absolument  certaine.  On  doit  couper  ainsi  : 
yV\\jAo  «  et  pour  mes  héritiers  » ,  r<im\>^  XzTaaA 
«  pour  les  jours  d'éternité  »  c'est-à-dire  «  à  perpétuité  •. 
yVxAj  est  un  pluriel  régidier  avec  le  suffixe  de  là 

^  Sacbau,  Edessenische  Inschriften,  n"  3.  Z.  D.  Af.  G.,  XXXVI, 
p.  i58. 

'  Sachau,  n°  h  ,  op.  ciu»  p.  169. 


MONUMENTS  ÉPIGRAPHIQUES  ARAMÉENS.  285 
1  "  pers.  du  sing. ,  Vvmiu  est  une  forme  féminine 
d apparence,  de  l'état  construit  du  pluriel  du  mot 
•jpo»,  forme  qui  s*emploie  concurremment  avec  la 
forme  mascidine  >ma» . 

En  dehors  de  cette  dédicace,  chaque  buste  est 
accompagné  d'une  courte  inscription  donnant  le 
nom  du  personnage.  Le  premier  en  haut,  à  droite, 
est  celui  du  propriétaire  du  tombeau  :  «  Aftôhd  ,fls  de 
Garmou.  »  Le  buste  qui  est  au-dessous  représente 
«  Garmou  » ,  sans  doute  le  père  du  précédent.  Au- 
dessous  de  Garmou  est  un  buste  de  femme  dont  le 
nom  semble  écrit,  à  première  vue,  i^<nAV\;  mais 
un  examen  minutieux  de  la  photographie  montre  les 
traces  dune  ou  deux  lettres  qui  précédaient  le  V\,  de 
sorte  que  le  nom  est  incomplet  au  commencement. 
11  y  a  beaucoup  de  vraisemblance  que  ce  nom  soit 
i^cnAVvmi^  Amatallah  «  servante   d'Allah  ».  On    a 

trouvé  à  Edesse  ^  un  nom  de  femme  xjznjcmyi^,  qui 
est  transcrit  en  grec  Aixa(7(Tdfxrj$ ,  évidemment  pour 
AfÀdOdafÂV^;  cest  cette  forme  qui  nous  fournit  l'éty- 
mologie  du  nom  syriaque,  modifié  par  l'assimilation 
du  V\  avec  la  lettre  suivante  ;  x.=OL5cmi^  est  pour 
*-::73L3t.iiV3r>i^«  servante  de  Sames  ». 

Le  premier  buste  de  gauche,  en  haut,  représente 
une  femme  nommée  omcoc  Soainou,  nom  d'une 
étymologie  douteuse ,  dont  je  ne  connais  pas  d'autre 
exemple. 

^  Sachâu,  11''  1,  op.  cit,»  p.  i46. 


286  MARS-AVRIL   1006. 

Au-dessous,  est  un  homme  jeune  nommé  eu^ff^ 
'Asoa.  Ce  nom  peut  être  rattaché  à  la  racine  NDKqui 
signifie  «•  soigner,  guérir  ».  Il  est  à  rapprocher  du  na* 
batéenWX(C./.  5.  ,11,499, 1 12^,  1 4a  9).  L'échange 
des  lettres  DeXV  n'a  rien  de  surprenant;  nous  en 
avons  des  exemples  en  palmyrénien  où  la  même  per- 
sonne est  appelée  XDJ  et  XC?J ,  et  en  nahatéen  où  le 
même  nom  est  écrit  VBi^  et  rs-îD  (G.  /.  5. ,  II,  1 663 , 
2079). 

Enfm ,  la  femme  dont  le  huste  occupe  le  bas  de 
la  mosaïque,  à  gauche,  portait  le  nom  très  répandu 
de  XtAx.  SalmaL 

A  propos  de  fécriture  de  l'inscription ,  on  doit 
noter  les  particularités  suivantes  :  la  disposition  ver- 
ticale des  lignes,  disposition  connue  par  d'autres 
exemples  épigraphiques  (le  baptistère  de  Dehhès 
[VoGiJÉ ,  Syr.  centr.; Inscript. ,  pi.  38] ,  les  restes  de  Tîn- 
scription  syriaque  de  Siloé ,  signadée  par  M.  Clermont- 
Ganneau)  ';  l'absence  totale  de  points  diacritiques 
pour  les  lettres  â  et  ^;  la  forme  particidière  du  o 
qui  se  rapproche  de  la  forme  palmyrënienne;  l'abr 
sence  de  règle  fixe  dans  la  liaison  ou  la  séparation 
des  lettres.  Ce  dernier  caractère  tient  peut-être  à 
Tinhabileté  de  Touvrier,  de  même  que  la  répétition 
du  A  devant  VvjC3,  à  la  l\''  ligne,  à  moins  que  le  se- 
cond trait  ne  soit  un  défaut  de  la  mosaïque. 


^  Tont  récemment  M.   Littmann  en  a  fait   connaîtrt  d*a 

exemples  :  Part  IV  oj  the  publications  of  an  american  archmological 
expédition  to  Syria  in  i 899-1900.  Semitic  Inscriptions  (Princeton, 
190/1).  Inscr.  syr.  n°*  /| ,  5,  0,  7,  1/1 ,  i5. 


MONUMENTS  EPIGRAPfflQUES  ARAMEENS.         287 

L orthographe  des  noms,  dont  trois  sur  six  sont 
terminés  par  ie  waw,  à  la  manière  nabatéenne, 
mérite  aussi  d*être  prise  en  considération.  Nous 
savons  d'ailleurs  par  les  inscriptions  de  M.  Sachau 
[op.  supra  cit.)  que  cette  forme  était  fréquente  à 
Ëdesse  :  <v%\"n ,  (  Mav  W,  gén.)  ^  q'\\jl  (  ^péSov ,  gén .) , 
cu^,  etc.  Il  semble  donc  bien  que  nous  ayons  là 
un  caractère  qui  n'était  pas  particulier  à  l'ono- 
mastique nabatéenne,  mais  à  tout  un  groupe  ara- 
méen^  On  peut  en  tirer  un  argument  de  plus  pour 
contester  Topinion  de  M.  Nôldeke  qui  considère  les 
Nabatéens  comme  des  Arabes  se  servant  de  Técriture 
araméenne  comme  d'une  écriture  en  quelque  sorte 
épigraphique  et  monumentale. 

L'âge  de  la  mosaïque  ne  peut  être  fixé  que  très 
approximativement.  Les  caractères  épigraphiques 
ne  permettent  pas  d'en  déterminer  la  date  avec 
précision.  On  peut  dire  seulement  avec  probabilité 
qu'elle  appartient  à  la  seconde  moitié  du  troisième 
siècle  de  notre  ère  ^, 

J'avais  espéré  un  instant  pouvoir  préciser  davan- 
tage en  comparant  une  autre  inscription  d'Edesse 

^  On  rencontre  aussi  celte  terminaison  assez  fréquemment  en 
palmyrénîen  :  ID^pD,  IDvD,  ^2^D^  etc. 

^  Quand  je  communiquai  cette  noie  à  rAcadémie  des  Inscrip- 
tions, M.  Clermont-Ganneau  fit  observer  que  la  plupart  des  mo- 
saïques trouvées  dans  la  région  de  TEuphrate  doivent  être  attribuées 
an  in*  siècle,  et  même  au  commencement  du  siècle;  Tune  d*dles 
porte  sa  date.  Les  lettres  0A<I>  qu'on  avait  prises  pour  un  nom 
propre  doivent  en  réalité  se  lire  0AO=539  (des  Séleucides), 
2a8  de  notre  ère. 


288  MARSAVRIL    1906. 

OÙ  se  trouve  ie  nom  d'Aftôhà.  Cette  inscription ,  en 
partie  mutilée,  est  gravée  sur  une  des  deux  colonnes 
antiques  qui  se  dressent  encore  aujourd'hui  dans  les 
ruines  de  la  citadelle.  Elle  a  été  copiée  et  traduite 
par  M.  Sachau  {op.  cit.,  n"  a).  J'en  ai  pris  moi- 
même  une  photographie  en  1897;  ^^*®  photogra- 
phie permet  de  rectifier  légèrement  la  lecture  du 
premier  éditeur.  Je  lis  ainsi  le  texte  : 

i^ôVvÀi^  1^1^    Ego  AJtôï^â, 

\rD|?S#ai    N ,JHius 

V    . 

i\'vr3i^l[x:soi)Iac"f\rD    Bar  Semés  ,feci 
i<^<n  i^â\-.^i^    colamnam  hanc 

€nisn\^^'\  is^J^Â'^i^o    et  stataam  qaae  saper   eam 

(est) 

V\\r3  r^V\^\no  XjtAjcX     rff  Salmat  reginae ,  JiKae 
T^rxsa,"vÀ  âxxTTd    Mana  p 


^P.  yVv-v^     

Les  différences  entre  ma  lecture  et  celle  de  M.  Sa- 
chau portent  sur  les  points  suivants  :  à  la  l'aligne, 
je  lis  distinctement  le  nom  propre  i^m<i^;v^y^,  lec- 
ture garantie  par  Tinscription  de  la  mosaïque;  — 
la  2""  lettre  de  la  s""  ligne  est  un  o  et  non  un  <n; 
c'est  le  commencement  d'un  nom  honorifique  ou 
d'un  nom  de  fonction;  —  à  la  3*  ligne,  je  dis- 
tingue les  restes  d'un  t?  mutilé,  ce  qui  permet  de 
rétablir   un    nom   bien   connu  xj30JLr\r^  (Sachau, 

n°  6);  c'est  le  nom  du  père  de  cet  Aftôhâ,  qui  est 


MONUMENTS  ÉPIGRÂPHIQUES  ARAMÉENS.        289 

par  conséquent  différent  de  celui  de  la  mosaïque; 
—  enfin  la  première  lettre  de  la  5"  ligne  est  aussi 
un  ô  et  non  un  <n.  Pour  le  reste  de  Tinscription , 
dans  la  partie  mutilée ,  on  ne  peut  rien  conjecturer 
de  certain. 

M.  Sacliau  a  établi  que  cette  colonne  avait  dû 
être  édifiée  entre  les  années  206,  date  de  la  con- 
struction du  palais  d*Abgar  VIII  à  l'emplacement  de 
la  citadelle  actuelle,  et  2 1 6 ,  date  de  la  fin  du  règne 
de  Ma^nou  IX,  dernier  roi  d'Edesse.  Notre  mosaïque 
paraît  un  peu  plus  jeune  d'après  la  forme  des  carac- 
tères, notamment  du  ac  etdu  <n. 

Le  costume  des  personnages  représentés  dans  la 
mosaïque,  et  spécialement  la  coiffure,  méritent  de 
fixer  l'attention.  Les  femmes  ont  la  tête  couverte  d'un 
voile,  comme  beaucoup  de  bustes  palmyréniens ; 
les  hommes  sont  coiffés  d'une  sorte  de  bonnet 
pointu  dont  le  sommet  est  rabattu  tantôt  à  droite 
tantôt  à  gauche.  Renan  a  jadis  parlé  de  cette  coif- 
fure dans  un  article  du  Journal  asiatique,  où  il  pu- 
blia, en  i883,  «Deux  monuments  épigraphiques 
d'Edesse  »  ^  :  une  sculpture  dont  M.  S.  Reinach 
lui  avait  communiqué  la  photographie ,  et  le  dessin 
d'une  mosaïque,  avec  inscription,  rapporté  par 
M.  Clermont-Ganneau.  Il  en  conclut  que  la  dispo- 
sition de  coiffure  appelée  xpcôëvXos  (ou  x6pv(x€o$) 
par  les  Grecs  était  une  mode  à  Edesse.  «  Ce  sont 
bien,  dit-il,  les  cheveux  qui,  rebroussés  de  gauche  à 

'  Jonrn.  iu.,  VIIÎ  séi».,  t.  I,  p.  a 46  (févr.-mars  i883). 
VIT.  19 

twritiMrftir  ii«Tio^%i.r. 


âOO  MARS^AVRIL  1005. 

droite,  forment  le  crobyle  qui*  d«n$la{^otO{|;raphie 
de  M.  Reinaoh,  peut  être  pris  pour  un  bonnet  • 
Notre  mosaïque  montre  «  au  contraire,  de  la  façon  la 
plus  évidente  que,  quelle  que  soit  la  disposition  des 
cheveux,  ceux-ci  étaient  néanmoins  recouverts  d'un 
bonnet, 

La  mosaïque  est  trop  grossière  pour  qu  on  puisse 
insister  sur  les  autres  détails  du  vêtement;  il  devait 
ressembler,  à  peu  de  chose  près,  au  vêtement  des 
palmyréxûens,  tel  quil  nous  est  connu  par  les  bustes 
funéraires. 


II 

SUR  UNE  INSCRIPTION  SYRIAQUE  DIT  SINAÏ. 

M«  Levy  de  Breslau  a  pubiié  en  1860  une  petite 
inscription  de  cinq  lignes,  qu'il  qudy£e  da  ailiiubcfc 
[Z.  D.M.  G.  »  t.  XIV).  La  oopia  reproduite  dans  m 
planche  (tab.  li  >  n*"  LVI)  est  empruntée  à  un  ouvrage 
assez  rare,  publié  à  Saint-Pétersbourg  en  1&&7  par 
rarcbimandrite  russe  Porphyrios  Uspensky  ^ 


^  Col  ouvrage  porte  pour  UVre  BoçmotEk  sepnçmJMWKJA»  l 
CaKaû ,  c*est-à  dire  :  L'Orient  chrâlien ,  l'E^pte  et  h  Sinaî,  —  U  ne 
sera  pas  inutâe,  à  ce  propos,  de  donner  ici  des  ÎBdîcatîons  Inbfio- 
grapkiqnes  exactes  sur  ka  dififôreols  owtnfgm  et  rTftiiiBamliilB 
Porpk^rio»  relatifs  au  SinaÂ^  Cet  auteur  Et.  cm  &9âo,  aftpxwnitr 
voyage  dont  il  publia  la  relation  à  S*  Pétersboorg  en  1^56  sous  ce 
titre  :  Uepeoe  nymemecmeîe  eb  cuHaûciciû  MOHOcmuph  n  tSâS  2ochr, 
iii-8*,  pw  S&i.  Cet  ontrage  ne  cooliant  aucttaa  iaacripftiMu  "—-  Vm 
second  volume  donne  le  récit  d'un  autre  voyage  accompli  en  i85o; 
il  parut  à  S^  Pétersbourg»  aussi  en  i&56l,  et  a  ptmr  titre  :  Bmopoe 


292  MARS-AVRIL   1906. 

OU  sept  ^  J  en  ai  rencontré  deux  autres  dans  le  cabi- 
net de  M,  le  secrétaire  perpétuel  de  TAcadémie  des 
Inscriptions,  et  Tun  de  ceux-ci  est  précisément  celui 
de  notre  inscription  syriaque.  A  Taide  de  ce  moulage, 
j  ai  pu  lire  le  texte  qui  est  ainsi  conçu  : 

rdbaArd»  +    +  0  Dieu, 
^'8^3^,^^  As^    Qocui    aie  pitié  de  tes  serviteurs 


\or%<v%    Sahlon  et  Sa*d 
^^^ÂoiL^oo'VrDô    et. ....... 

+  rdik^^  aXts  ^3o    de  Béled ,  pécheurs  i 

L'inscription  est  donc'  Tœuvre  de  trois  pèlerins 
syriens  qui  visitaient  les  lieux  saints  du  Sinaï.  Ils 
étaient  originaires  d'un  lieu  nommé  Béled,  ou  Balad, 
peut-être  de  la  ville  de  ce  nom  située  sur  le  Tigre, 
au  nord  de  Mossoul. 

Les  deux  premiers  noms  ne  sont  pas  inconnus 
dans  l'onomastique  syriaque.  Nous  trouvons  un 
certain  «^^aiosLûo  \:d  \ijo4,  au  x*  siècle  (Wright, 

Cat  of  syr.  ms.,  p.  aSs);  ^vâb.fio  (arabe  *yim)  est  un 
nom  très  fréquent. 

La  lecture  du  troisième  est  un  peu  douteuse. 
Entre  la  4*  et  la  5*  lettre,  on  a  intercalé  un  petit 
»  très  distinct.  Je  croirais  volontiers  qu'il  est  des- 
tiné à  corriger  la  lettre  suivante  qui  a  l'aspect  un 

^  Ils   sont  reproduits  dans  le  Corpus  înser,  Sem,,  II,  tofkiel, 
pi.  CVI. 


MONUMENTS  ÉPIGRAPHIQUES  ARAMÉENS.         293 
peu  confus    d'un  .^3.   Le  nom  serait   alors  à  lire 
^.^SoaLSOAra ,  quelque  chose  comme  Barmahrân. 
Le  dernier  mot  i<?V.\^v\  doit    évidemment    être 

lu  au  pluriel. 

La  date  de  Tinscription  ne  peut  être  fixée  d  après 
récriture.  Elle  n'est  pas  d'une  haute  antiquité. 

III 

DIX  INSCRIPTIONS  PALMYRENIENNES. 

M.  Emile  Bertone  m'a  communiqué  une  série 
de  photographies  prises  par  lui  à  Copenhague ,  à  la 
fin  de  l'année  1901,  et  représentant  des  monuments 
palmyréniens  qui  se  trouvent  dans  la  collection  de 
M.  Jacobsen,  à  Ny-Carlsberg.  Quelques-uns  des  mo- 
numents photographiés  par  M.  Bertone  sont  entrés 
dans  cette  collection  depuis  la  publication  du  cata- 
logue de  M.  Simonsen^  Je  donne  ici  l'interprétation 
de  ceux  qui  portent  des  inscriptions,  en  faisant 
précéder  chacun  d'eux  de  la  description  rédigée  par 
M.  Bertone  lui-même. 

1 .  «  Buste  de  femme  dont  le  costume  modeste  contraste 
avec  la  richesse  habituelle  des  portraits  de  palmyrénîennes. 
Ses  cheveux  séparés  en  bandeaux  horizontaux  forment 
touffes  sur  les  oreilles  et  paraissent  de  chaque  côté  du  cou 
en  mèches  ondulées.  Uhimation ,  qui  drape  les  épaules  et  la 
poitrine ,  couvre  le  sonmiet  de  la  tète.  Aucun  bijou. 

Le  buste,  qui  ne  comprend ,  pas  les  bras  est  entouré  d*une 

^  Sculptures  et  inscriptions  de  Palmyre,  1889. 


294 


MARS-AVRIL   lOOÔ. 


large  et  riche  couronne,  compotée  de  feuiUage,  de  firuiti  et 
de  rubans;  elle  passe  derrière  la  tête  à  hauteur  du  cou  et 
donne  un  aspect  particidier  au  monument.  C*est  le  seul  de  la 
collection  qui  smt  représenté  ainsi.  Au-dessus  de  la  eouronne , 
le  bas-relief  est  encadré  d'une  moulure  en  creuiL  Pierre  cal- 
caire. Hauteur,  o  m.  62;  largeur,  o  m.  47*»  (E.  Bbrtonb.) 
L'inscription  est  gravée  de  chaque  côté  de  la  tête  : 


ic/^\ahhic 

i^^^^y, 

iCi\y^ViV  ^^vll 

v.ySx^}i^^^:^ 

—»J}V  >\i\> 

v}i^  ai^a 

;;y-^3 

Kjna  nnK 

Kin  Van 

Knnai  na 

«nVu  ma 

GCGG  row 

K^iat  13 

XXXVII 

Helas  1  Hadd. 

femme  de  Ber'â, 

fittedeBoM. 

fU 

de  ZaUatâ, 

fih  de  Zabdelâ, 

Année  MO 

+  57 

xin  est,  je  crois,  un  nom  nouveau  en  palmyré- 
nien.  —  Les  lectures  xVl3T  et  î<nvi3T  avec  x  à  la  fin, 
sont  garanties  par  un  excellent  moulage  que  j'ai  sous 
les  yeux.  —  437*=  i  a6  après  J.-C. 

2 .  «  Fragment  de  statue  provenant  d'un  sarcophage.  Ce  bas- 
relief  représente  un  homme  couché  et  appuyé  sur  le  coude 
gauche.  La  main  gauche, ornée  d'une  bague,  tient  un  vase  k 
anses  et  à  pied  sur  lequel  sont  des  cannelures  obliques.  La 
main  droite,  appuyée  sur  le  genou  droit  qui  est  légèreioent  plié. 


MONUMENTS  ÉPI6RAPHIQUES  ARAMËENS.        195 

tient  une  branche  de  laurier  avec  ses  firuitt.  La  tunica  dont  est 
vêtu  le  personnage  e«t  agrémentée  de  bandes  brodées  où 
courent  des  rinceaux  bien  et  régulièrement  dessinés  ;  une  gar- 
niture semblable  se  voit  au  bas  des  mancheà,  on  y  a  ajouté 
un  rang  de  perles  en  bordure.  Le  visage  est  ftssez  jeanê,  im- 
berbe. Les  cheveux  sont  cachés  par  une  petite  ealotte  et  par 
le  modius  ceint  d*uiie  couronne  de  laurier  ayant  pour  agrafe 
un  petit  buste  semblable  au  portrait  lui-même.  Sur  lepaule 
droite,  fibule  circulaire.  Dans  le  champ,  à  hauteur  de  la  tète 
et  au-dessus  du  genou  droit,  est  une  tête  de  hyène  tenant 
dans  la  gueule  un  gros  anneau  qui  pend.  Une  bande  d'oves 
surmonte  le  bas-relief;  au-dessus  règne  un  bandeau  sur  le- 
quel est  gravée  Tinscription.  Ce  fragment  «  d*une  exécution 
très  soignée,  est  en  pierre  calcaire;  il  est  très  bien  conservé, 
le  nei  seul  du  personnage  est  un  peu  cassé  à  l'extrémité. 
Hauteur,  o  m.  76;  laideur,  o  m.  8i«»(£.  Bbrtoni.) 

LVIII  t\y^       '•a:;^  h^iT\  nn  y^tith  ni  id*?û 

. . .  ldaKkott,JHs  de  LimmaKJih  de  Ifannahel  A'bai  (?). 
Année  58. 

Un  morceau  de  rinsoription  a  disparu  à  droite. 
Il  est  impossible  de  savoir  si  13^d  est  le  nom  du 
personnage  figuré  dans  le  bas-relief,  ou  le  nom  de 
son  ascendant. 

?33n  «  misertus  est  Bel  ».  Ce  nom  est  nouveau  en 
pahnyrénien.  D  y  a  après  ie  ^  un  petit  espace  qui 
paraît  marquer  la  coupe  du  mot.  —  Comp.  le  nab. 
'jNan ,  gr.  Arw^^os. 

*>3yK,  ou  peut-être  à  la  rigueur  lavMi  la  dernière 


290  MARS-AVRIL   1900. 

lettre  n'étant  pas  très  distincte;  ce  nom  ou  surnom 
parait  se  rattacher  à  la  racine  Msy  «densus,  spissus 
fuit  ».  Nous  connaissons  déjà  en  paimyrénien  le  nom 
pr.  K3y  (Vogué,  p.  86,  loa). 

Les  chiffres  qui  suivent  le  mot  r)W ,  sont  â  lire 
JJjy  ""^33  (—58).  11  est  possible  qu'on  doive  y 
reconnaître  Tâge  du  défunt;  cependant  il  est  plus 
probable  que  nous  avons  la  date  du  monument  avec 
omission  du  chi£Gre  marquant  les  centaines. 

3.  ■  Fragment  de  bas-relief  provenant  d*iin  sarcophage, 
d*un  grand  piédestal  ou  d'une  décoration  murale.  Il  repré- 
sente une  femme  asi^ise  dans  un  fauteuil  capitonné  ou  mar- 
queté ,  comme  l'indiquent  les  losanges  qui  le  couvrent.  EDe 
est  simplement  coiffée  du  bandeau,  du  turban,  et  de  la 
palla,  et  n'a  d'autres  parures  qu'une  fibule  sur  Tépaule 
gauche  et  des  pendants  d'oreilles  en  forme  de  grappes  de 
raisin.  Elle  est  vêtue  de  la  stola,  du  péplum  et  de  lapnfla. 
Sa  main  droite,  levée  à  hauteur  du  visage,  retient  lapnfla^ 
la  gauche  repose  sur  les  genoux,  un  pan  de  ce  vêtement 
entre  les  doigts.  Les  pieds  manquent.  —  Le  bii-rdief  était 
entouré  d'un  cadre  d'oves ,  qui  subsiste  sur  le  côté  gauche  et 
en  haut.  Au-dessus,  un  bandeau  sur  lequd  est  gravée  l'in- 
scription. Cet  intéressant  fragment,  d'un  joli  ensemble, 
parait  appartenir  au  même  monument  que  le  précédent 
Pierre  calcaire.  Hauteur,  o  m.  8o;  largeur,  o  m.  5o.  »  (E.  B.) 

nnnx  ^tr^t  p'»n  i3  pyotr  [n^ia ] 

.  .  .deSimSon,  fibde  Hairan,  (jiU  de)  pSJsj,  sa  femme, 
11  est  presque  certain  que  Tinscription  fait  suite 


MONUMENTS  ÉPIGRAPHIQUES  ARAMÉENS.        297 

à  la  précédente.  Mais,  il  manque  un  morceau  entre 
les  deux  fragments.  Le  portrait  est  donc  celui  de  la 
femme  du  personnage  représenté  à  desni  couché; 
le  nom  de  cette  femme  a  disparu.  Siméon  est  pro- 
bablement le  nom  de  son  père. 

^c^iiD  ou  ^c^iiD  est  un  nom  nouveau,  dont  Téty- 
mologie  m'est  inconnue  ^ 

4.  ■  Bas-relief  représentant  un  adolescent  debout,  vêtu 
d*un  chiton  et  d  un  péplum.  Dans  la  main  droite  il  tient  la 
tige  d*une  grappe  de  raisin  qui  tombe  sur  le  péplum.  L*objet 
c|u*il  tenait  dans  Tautre  main  est  trop  détérioré  pour  qu*on 
puisse  bien  le  reconnaître ,  mais  il  me  semble  que  c'était  un 
oiseau ,  emblème  que  l*on  voit  souvent  avec  la  grappe  de  rai- 
sin entre  les  mains  des  enfants.  Les  pieds  sont  chaussés.  Ce 
bas-relief  est  bien  conservé  ;  il  est  en  pierre  calcaire ,  et  me- 
sure o  m.  4^  xo  m.  a4-»  (1^*  B.) 

Au-dessus  et  à  côté  de  Tépaule  gauche  est  gravée  cette 
inscription  : 

^iUH  ^3n  Helasl 

^ia^'Ki  ^3-)U  Nourhel, 

jiojri  M^  [«X]îD>n  -)3  fiUde  Taim[ça], 

ai>ji  '•^HD  {fis  de)  MatnaL 

Cette  sculpture  provient  évidemment  du  tombeau 
dont  la  dédicace  (datée  de  Tan  406  =  95)  a  été 
publiée  par  M.  Clermont^Ganneau ,  Étades  d'arch. 

^  M.  Blochet  me  suggère  le  rapprochement  avec  le  nom  pehlvi 
Firdoiui,  en  persan  (^«9^^.  Je  ne  sais  pas  jusqu^à  quel  point  la  date 
de  notre  inscription  permet  d'y  insister.  D'autant  plus  que  nous  ne 
savons  pas  exactement  si  le  mot  est  employé  ici  comme  nom  propre 
ou  comme  surnom. 


398  MARS-AVRIL   1006. 

or.,  t.  U,  p.  55.  On  y  rencontre  les  mêmes  noms. 
Par  suite,  le  nom  de  notre  3*  ligne,  dont  les  deux 
dernières  lettres ,  dissimulées  par  la  sculpture,  n*ap- 
paraissent  pas  sur  la  photographie,  doit  6tre  sûre- 
ment lu  î<stD'»n  ;  et  "^iPO  doit  être  considéré  comone 
le*  père  de  ce  dernier. 

5.  «Buste  d*homme  barbu,  à  chevelure  boudée,  dont  le 
caractère  est  plutôt  levantin  ou  alexandrin  que  palmyréoien. 
La  main  droite  sort  des  plis  de  Vhimation  et  reposé  sur  la 
poitrine;  la  gauche  tient  le  liber  :  un  anneau  orna  le  petit 
doigt  de  cette  main.  L*iris  est  teinté  en  noir.  Ce  portrait 
est  bien  dessiné  et  peut  être  placé  parmi  \m  meillèars 
bustes  d*hommes  barbus  et  sans  coiffiire  de  cette  collection. 
Bas-relief  en  pierre  calcaire.  Hauteur,  o  m.  5o;  lar- 
geur, o  m.  3e..  (E.  B.)  ; 

De  chaque  côté  de  la  tête  se  trouve  une.  inscrip- 
tion; mais  lune  délies  appartenait  à  un  autre. buste 
qui  devait  être  à  côté  de  celui-ci. 

L'inscription  de  droite  se  lit  sans  difficulté  : 

Yedndjhde 
Moqîmu,  {Jils  de)  Kalbu, 
Hélas! 

La  cassure  a  enlevé  quelques  lettres.  La  restitu- 
tion des  noms  propres  bien  connus  ^ayn^  et  ip^ptD 
n'est  pas  douteuse.  —  La  dernière  lettre  de  la  a*  ligne 


MONUMENTS  EPIGRAPHIQUES  ARAMEENS.        IWi 

ne  parait  ni  sur  la  photographie  ni  sur  le  moulage. 

li  faut  lire  n^D  ou  peut-être  '»n^D.  Ce  nom,  n^D 
«  canîs  »,  est  assez  fréquent  en  nabatéen;  mais  il  ne 
s'est  pas  encore  rencontré ,  je  crois,  en  palmyrénien. 

L'inscription  de  gauche  est  plus  difficile  à  lire, 
parce  que  la  pierre  a  souffert  davantage.  Elle  est 
ainsi  libellée  : 

'Xii^jJi  13^0         Malikou^ 

\S  2^*^  .  '^U         '?K>[n]  in       fis  de  Hayel 
V^y  h^^  Hélas! 

ID^D,  lecture  à  peu  près  certaine;  la  dernière 
lettre  pourrait  toutefois  être  im  >  au  lieu  d  un  ^ .  — 
Dans  ^K^^n ,  excellente  forme  de  nom  propre ,  la  pre- 
mière lettre  n*estpas  certaine  sur  la  pierre.  Il  semble 
que  le  lapicide  ait  négligé  le  jambage  de  droite  et 
ait  joint  celui  de  gauche  au  ^  de  "13 .  Mais ,  comme 
les  trois  lettres  suivantes  sont  certaines ,  il  parait  diffi- 
cile de  proposer  une  autre  restitution. 

Le  dernier  mot  est  positivement  écrit  ^3^,  et  non 
'?3n ,  ainsi  que  j'ai  pu  m'en  assurer  sur  \m  moulage. 

Je  dois  encore  à  M.  Bertone  la  communication 
d'un  Catalogne  d'antiquités  qui  ont  été  vendues  aux 
enchères,  à  Paris,  les  2  et  3  mars  igoS.  Parmi  ces 
antiquités  se  trouvaient  quatre  bustes  palmyréniens. 
Leur  description  est  accompagnée  d'une  reproduc- 
tion photofypique  à  très  petite  échelle /à  l'aide  de 


300  MARSAVRIL   1906. 

laquelle  j*ai  pu  néanmoins  déchiffrer  ce  qui  suit  : 

6.  «  Haut  relief  en*calcaire  représentant  un  hooune  à  mi- 
corps;  barbu,  les  cheveux  relevés  et  ondulés;  drapé  dans 
une  ehlamyde  retenue  par  la  main  droite ,  la  main  gauche 
posée  sur  la  poitrine.  Inscription  palmyrénienne  en  quatre 
lignes,  gravée  sur  le  fond.  Hauteur,  o  m.  6o;  largeur, 
G  m.  45.  » 

N*  153  du  Catalogue  de  vente.  Ce  buste  a  été  acquis 
pour  une  collection  américaine. 

L'inscription  gravée  à  droite  de  la  tète  se  lit  ainsi  : 


'aaK 

San 

Hélas! 

iCi-ii^ 

K3'<Jn 

Htmtnâ. 

iCi^iK  ^a 

KJ'»3n  na 

fis  de  Hantnà. 

rt^-»  i^KY 

p^>  K5» 

'Oggâ  iBQ 

L'inscription  est  très  nette,  et  la  lecture  maté- 
rielle en  est  certaine  à  Texception  des  deux  dernières 
lettres. 

Kiun,  comp.  Rép.  d'épigr.  sém.,  xf*  ^'j'j^  ij^^li 
ne  peut  y  avoir  ici  aucun  doute  sur  la  lecture  du  ^. 

Le  dernier  mot  paraît  être  un  surnom  ;  peut-être 
Jlavas  (?),  de  la  racine  araméenne  p'ïV  La  seconde 
lettre  est  i  ou  n ,  la  dernière  est  bien  plutôt  un  W  (p) 
qu'un  ji  (d).  11  est  possible,  mais  peu  probable, 
qu'une  dernière  lettre  se  trouve  dissimulée  par  la 
sculpture. 

7.  «Haut  relief  en  pierre  calcaire  représentant  un  homme 
à  mi-corps;  barbu,  les  cheveux  relevés;  il  est  vêtu  d*une ehla- 
myde dont  un  pan  est  rejeté  sur  l'épaule  gauche ,  laissant  la 


MONUMENTS  ÉPIGRAPHIQUES  ARAMÉENS.         301 

main  droite  découverte;  la  main  gauche  est  ramenée  contre 
la  poitrine.  Hauteur,  o  m.  60  ;  largeur,  o  m.  45.  » 

N°  1 54  du  Catalogue.  Ce  buste  a  été  acheté  pour  une  col- 
lection américaine. 

A  gauche  de  la  tète  : 

M^    0j^<\0  niW  Yark,ai,fiUâs 

ÎC\>.  K«rW  Neia[?). 

,  ,  Oji .  DC>]''p[0]  Moqîmou 

L'inscription  reproduite  à  une  très  petite  échelle 
est  dune  lecture  difficile.  La  i**  ligne  est  très  dis- 
tincte. Au  commencement  de  la  seconde,  le  nom 
HV^  est  très  probable,  bien  qua  première  vue  le  Y/ 
paraisse  lié  avec  un  y  :  \y.  11  n  est  pas  sûr  que  le 
nom  soit  suivi  d'autres  caractères.  —  Je  restitue 
la  3*  ligne  :  [io]''P[d]  par  conjecture;  c'est  la  lecture 
qui  me  paraît  la  plus  probable.  Toutefois  [l3]''p[y] 
n'est  pas  impossible. 

8.  «Haut  relief  en  pierre  calcaire,  représentant  un  jeune 
homme  à  mi-corps  drapé  dans  une  chlamyde  dont  il  tient  les 
plis  de  la  main  droite.  La  main  gauche  porte  un  fruit.  La 
tète  est  frisée,  la  figure  imberbe.  Hauteur,  o  m.  47; 
largeur,  o  m.  4o.  » 

N°  i55  du  Catalogue;  acheté  pour  une  collection  amé- 


^ui  lie. 

A  droite  de  la  tète  : 

'aai^ 

bn 

Hélas  l 

•    •    • 

Km  13 

fils  de  Nesa, 

\>\>K 

»»n 

{fils  de)  Hasas. 

302 


MARS-AVRIL  1006. 


La  seconde  ligne  D*est  pts  iisibie  sur  la  reprodoo- 
tion.  Elle  renferme  te  nom  propre  du  défont,  cpri 
paraît  commencer  par  im  n. 

Une  inscription  bilingue  honorifique,  datée  de 
l'an  ai  de  J.-C. ,  publiée  par  Euting,  Epigr.  Mis- 
celL,  n^  102,  mentionne  on  certain  Wtz  "D  wn. 
[Rép.  d'épigr.  sém,,  n*  &&i.)  Ktr^  y  est  transcrit 
Neo-de  (gén.)»  et  ^vn  À.aéaw  (gén.). 

9.  •  Buste  de  jeiiiie  homme,  imberlM,  emSé  dvne  katite 
couronne  ronde  (sorte  de  modk»),  dnpé  dans  mit  dbl»- 
niyde  retenue  sur  Tépaule  droite  par  une  iibiile  circulake* 
Haut  relief  en  marbre  blanc.  Hauteur,  o  m.  5o;  lar- 
geur, o  m.  4o.  » 

N*  i56  do  CotaJogoe,  Acqun  par  If.  fknie  Berlenei. 


A  gvnche  de  la  ièie  ou 

[fit: 

-»A^'> 

X    av 

Jb«ri7' 

i^i^kM  ))Y 

|1J33  vu 

d*lMn; 

—^}}}  i\i\> 

CGC  r\w 

aiw«e3(W 

)))-»33 

LUI 

+  43. 

A  droite  r 

^ai\ 

bn 

Hélas  1 

Vj^Vyo^o 

"wri* 

ïtâTM. 

awxhx  ^ 

apyny  la 

fils  de 'AUaqah . 

^va/oM.o 

^avT» 

(fiU  de)  YedtM. 

a«X3^X 

apyny 

{/thie)'Ate'aqab. 

vjrty 

npy 

(fb  de)'Aqiboa. 

Tous   les  noms    de    rinscription   sont  connus, 


MONUMENTS  ÉPIGRAPHIQDES  ARAMÉENS.        303 

excepté  Je  dernier,  up3>,  qui  est  à  rapprocher  de 
iO'*p3^,  cf.  Journ.  as.^  avr.  1901;  Rép.  d'épigr.  sém.^ 
n*  160. 

La  désignation  du  joxir  du  mois  dans  ies  dates  est 
rare  en  palmyrénien.  Ici,  les  cbifires  qui  luarquent 
les  unités  ne  sont  pas  absolumeot  certains. 

Kanoun  353  =  nov.  4i  après  J.-C. 

10.  Inscription  copiée  par  moi-même,  à  Damas,  au  mois 
de  juin  iSgS,  dans  une  maison  particulière.  —  A  droite 
d'un  buste  d'homme.  Les  lettres  sont  parfaitement  gravées 
et  du  type  reproduit  ici  par  les  caractères  typographiques , 
sauf  le  lamed  final  qui  est  du  type  cursif ,  et  formé  d'une 
tige  droite  munie  d'un  crochet  à  son  extrémité  supérieure. 


'>a'>aK 

"•aian 

Ifabtbt. 

i^w  ^a 

Kv:  ^^ 

Jils  de  Nesa, 

ia^ax 

phs 

{fils  de)'Olban. 

\jai^ 

•jan 

Hélas! 

Cette  inscription  appartient  évidemment  à  la 
même  famille  que  celles  qui  ont  été  publiées  par 
le  P.  Ronzevalle,  et  qui  sont  reproduites  dans  le  Rép. 
d'épigr.  sém.,  n"  44.  Elles  accompagnent  les  bustes 
géminés  de  jeunes  gens,  et  se  lisent  : 

B  :  ^3n  p'jy  NDi  ■)n  Kpnn. 

Notre  copie  confirme  très  distinctement  la  lecture 
du  nom  p^v,  que  le  P.  Ronzevalle  a  rapproché  du 


304  MARS-AVRIL   1906. 

nom  biblique p3^3^  ^3K  (II  Sam. ,  xuii ,  3 1)  et  M. Cler- 
mont-Ganneau  du  nabatéen  13^3^  et  du  grec  OXSapof 
(Wadd.,  Qiio,  2111).  —  A  noter  le  changement 
d'orthographe  du  nom  KD:  =  HV2 ,  qui  s'était  d'ail- 
leurs déjà  rencontré  sous  ces  deux  formes,  comme 
nous  l'avons  dit  plus  haut. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  305 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SEANCE  DU  9  MARS  1906.  ^ 

La  séance  est  ouverte  à  à  heures  trois  quarts  sous  la  pré- 
sidence de  M.  Barbier  db  Meynard. 

Étaient  présents  : 

MM.  Senart,  vice-président;  Allotte   de   la  Fuye,  Bas- 

MADJIAN,    BOURDAIS,     BOUVÀT,    CaBATON,    CÀRRÀ    DE  VaUX, 

J.-B.  Chabot,  de  Charencey,  Combe,  Degourdemanche , 
DussAUD,  RubensDuvAL,  FAÏTLOvitcu,  Farjenel,  Finot, 
Gaudefroy-Dbmombynes,  Grimault,  Guimet,  Halévy, 
Clément  Huart,  Ismaïl  Hàmet,  .Sylvain  Lévi,  Manceaux- 
Demiau  ,  '  Magler  ,  Margais  ,  Mayêr  -  Lambert,  Meillet  , 
Revillout;  DE  Saussure,  Sghwab,  Vissièrb,  membres; 
ChA VANNES,  5CcrA(iirc. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  g  février  est  lu  et 
adopté <■:':■. 

Après  la  lecture  du  procès-verbal  M.  le  Président  prend 
la  parole  en  ces  termes  : 

Messieurs  , 

Aujourd'hui  encore  j'ai  à  constater  un  vide  cruel 
que  la  mort  a  fait  dans  nos  rangs.  Elle  vient  de  nous 
enlever  un  de  nos  confrères  les  plus  anciens  et  les 
plus  dévoués  au  bon  renom  et  à  la  prospérité  de 
notre  société.  Edouard  Specht  a  succombé,  il  y  a 
huit  jours,  à  la  suite  d'une  courte  maladie. 

Tll.  20 

tMVaillRB»    lATtOIAtl. 


506  .     /M116-AïVWfc;lEW»/:jM/ 

Par  la  volonté  dû  dêfùhf,riiïôttéSté^'j^         par 
delà  la  vie ,  aucun  discours  n  a  été  prononcé  sur  sa 

derniers  adieux  et  les  regrets  de  la  société  qu  il  a  si 
bien  servie  pendant  de  kmgues  années. 

Specht ,  que  la  destinée  vient  de  frapper  à  peine 
au  seuil  de  la  'vieillesse  i*  apipâï¥ehàît  à  la  Société 
a&iatiquQ  depuis  quar^tçj  §Ln^,.;a,pepdant<,plu5ide 
vingt  années,  en  qualité  de: ti*éaonerv  il  U^vintm 
finances  avec  une  vigilante  sollicitu4e.>Si'jU»g^;pfipn- 
tiait  parcimonieux .  po.ijr  ça  qui'il  aj)pe?^a^^ 
penses  del\ixo  — r,  çt  iious,nôA,'(ai^po^.gîafre^y7-Tn^ 
revandie,  il  était  d'une  libéraJilé'sans  JnniMpbuir 
tout  ce  (|ui  pouvait  contribuer  'àii^plri^hs'èêiié^ 
études.  Lui-même  y  paftîcip^  f\àr  tîirife  cèl^ol^lîç^^ 
mesuré^ ,  qui  ne.  Iiyr?ii(.  rîén  à  fj^vei;jtlu;Ç|jBt  qÇJÎJtJ» 
march(^  prqdâate  était  4'autali]^t•piuâ'j^»|tifié^^q;mJf 
terrain  exploré  par  lui  était  alors  à  pekie^léfiridiébi'!) 
.  L*histoii:e,da  bouddhisme  A^m  «e^  .irçLaitiions  ayec 
la  Chine  attira  de  bonne  heure  sa  curiosité.So*i»âa 
direct^Q  de  SrtaLni9ia&  Julien  et. dei  P^Mthîop  iHwift  il 
sut  concilier  fantagonisme,  il  «adoDnà'HYeolMraeu^ 
à  fétude  de  la  langue  chinoise ,  convaincu  que  dans 
ce  vaste  amas  de  traductions  et  de  rtlài!i6rii  aes  pè- 
lerins dbincm^  qui  signalèrent  iesrpramidriirèi^  de 
notre  ère  et  en  particnlier  le  iv^-  sièdé^:  Mc^cadÉôn^t 
dmestknab^es  renseignements  sur  ie^poteéuiel^^lm 
oëntralei  Son  espoir  ne  fîit  pa»  déçu.  Ea  ]88Sv^î) 
publia  dans  notre  Journal-'uh  preinler  essM^d^après 
les  historien^ «chinois.^  Par  un  examereiappKofoipdidcB 


NOU VELUES  BTrMÈLAWGES.  «Oî 

tedm'  chinois  et  fiônseïrits,  il  rôiissit  à  débrouiller  le 
chdo» dé ïethndgraphie  asiatique  mi  i^  siècle dfel'ère 
chrétîentie'et  signsdft  fes  profondes'  dilTéreiices  d'ori- 
gine et  de  mbeafs  (jui  sépèii^iept  ie^'dau  ttîht^s 
pr^ndéfantës  dans  riiîstoire  de»  TAsie  eenWade^à 
cette 'époque*'  •  '  "  •  ••-•  •  ".:.^/r:.;;*î  '! 

'  Dans  un  mémoire  qu'il'  nous  ddnpa  eh  t-^  go  il 
siit ,  grâce  à  l'ëtude  compai'ée  des  documents  <M^ 
nois  et  des  înseriptions  indo-scytheâ ,  firer  «^vec  oert 
tihidela  date  die  la'conquéle  de  riïîdë*par  te^^Yué- 
tdiî.'Ge  tïeèt ,  il'«st -vrai ,  ^e  la  prémièris partie df'uâ 
tt^rHV  auqiael  il  s'étsât  oèndacré  dépùîi  dé  longôès 
bnpées;  Mais'  tdut  récehânent  j'àtaiii  obtenu-  de  lai 
la  promesse  qu'il  le  continuerait  tsrt^Jë' sais-  qu'iJ  y 
travaillait  dans  ces  dernières  semaines:, il  est  donc 
permis  d'espérer  qupi  la  suite  de  son  enquête  scienti- 
nque  se  retrouvera  dan»  ses  papiers  et  né  sera  pas 
perdue  pour  nous.  ,  .    ,  :  - 

En  1899,  Sp/ôcht  nous  compiuniqua  Sjon  es&ai 
(ïe  lecture  d*une  légende  scytnique  qui  avait  4té.  si- 
gnalée sur  uûe  monnaie  d'argent  de  l'époque  indp- 
sa^sanide.  Enfin  sa  dernière  contribution  au  recueil 
de  la  Société  est  un  mémoire  sur  Une  série  de  mon-; 
naies  auxquelles  jusque-là  on  avait  attribué  une 
proventooe  toùranienne  et  que  notre 'confrère  iap- 
peia  arVeo  plus  de  précisioti  sindo^ephtalite;  Gettef 
étude  rédigée  avec  le  soin  et  la  prudente  rés;^pver 
qu'il  apportait  à  >  tous  ses  travaùi  fournit  de  préeîecn:'' 
matériaux  à  l'histoire  de  la  vaiiée  de  l'Indus  avR? 
premiers- siècles  de  notre  ère.  »   .        ^  r 


308  MARS-AVRIL   1906. 

Exempt  par  sa  situation  de  fortane  des  préoc- 
cupations de  la  vie  quotidienne;  et  né  cultivant  la 
science  que  pour,  les  satisfactions  intellectuelles 
qu*dle  procure,  Spècht  accepta  de  faire  un  cours 
libre  de  sanscrit-chinois  à  TEcole  des  hautes  études. 
Il  finaugura  en  1891  et  Ta  poursuivi  avec  une  méri- 
toire assiduité  jusqu'aux  derniers  jours  de  sa  vie.  H  y 
eut,  comme  élèves  et  comme  coUabôratéurs,,  de 
jeimes  savants  qui  sont  devenus  des  maîtres  et  aV^e 
lesquels  il  put  rechercher  dans  les  documents  indi- 
gènes les  plus  sûrs,  notamment  dans  le  Tripitaka 
chinois ,  Téclaircissement  des  hauts  problèmes  d  eth- 
nographie et  d'histoire  qui  furent  le  but  principal 
de  ses  investigations. 

Telle  fut,  Messieurs,  la  carrière  scientifique  du 
confrère  que  nous  regrettons  :  douce,  paisible,  peu 
soucieuse  de  renommée  et  d'éclat.  Mais  les'  résultats 
qu  elle  a  produits  garderont  leur  place  dans  l'orien- 
talisme français,  de  même  que  l'homme  revivra 
dans  le  cœur  de  ceux  qui  l'ont  connu  plus  intime- 
ment, confrère  serviable,  dévoué,  donnant  aux 
travaux  autant  qu'aux  intérêts  matériels  de  notre 
Société  le  meilleur  de  son  temps. 

Je  ne  doute  pas  qu'un  de  ses  anciens  collabora- 
teurs ne  tienne  à  rappeler  bientôt,  et  avec  la  com- 
pétence qui  me  manque,  les  services  qu'Edouard 
Specht  a  rendus  à  l'histoire  du  bouddhisme  chinois 
et  à  la  numismatique  de  l'Extrême-Orient.  Aujour- 
d'hui je  dois  me  borner  à  adresser,   en  notre  nom 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  309 

à  tous,  à  la  mémoire  de  ce  confrère  estimé  nos 
adieux  les  plus  sympathiques  et  Thommage  d  une 
gratitude  que  le  temps  n  efFacera  pas. 

Est  reçu  membre  de  la  Société  : 

M.  Mohammed  ben  Cheneb,  professem*  k  la  Médersa 
d'Alger,  chargé  dune  conférence  à  TÉcole  supé- 
rieure des  Lettres  d* Alger,  présenté  par  MM.  Basset 
et  Gaudefroy-Démbmhynes. 

M.  HuART,  membre  de  la  Commission  des  fonds ,  est  nom- 
mé trésorier,  en  remplacement  de  M.  Specht,  décédé.  Il  lui 
est  donné  pouvoir  de  déposer  et  retirer  les  fonds  en  compte 
courant,  signer  toutes  pièces  et  tous  chèques  au  nom  et 
comme  mandataire  de  la  Conunission  des  fonds. 

M.  DE  Charencey  est  nommé  membre  de  la  Commission 
des  fonds,  en  remplacement  de  M.  Specht,  décédé. 

M.  Meillet,  professeur  au.ÇoHège  de  France,  est  nommé 
membre  du  Conseil,  en  remplacement  de  M.  Huart  (qui  est, 
en  qualité  de  membre  de  la  Commission  des  fonds,  membre 
de  droit  du  Conseil). 

M.  Gaudefroy-Demombynes,  secrétaire  de  l'Ecole  des 
Langues  orientales  vivantes,  est  nommé  membre  du  Conseil, 
en  remplacement  de  M.  de  Charencey,  nommé  membre  de 
la  Commission  des  fonds. 

M.  GuiMET  présente  un  exemplaire  de  son  mémoire  in- 
titulé :Le  diea  aux  bourgeons, 

M.  Tabbé  Chabot  dépose,  en  ajoutant  quelques  observa- 
tions, une  brochure  de  M.  A.  Mingana  intitulée  :  Réponse 
à  M.  Vabhé  Chabot  à  propos  de  la  chronique  de  Barhadh- 
bsabba, 

M.  IsMAËL  Hamet  présente  un  exemplaire  de  son  livre  sur 
les  Musulmans  français  du  nord  de  l'Afrique. 


310  MAHS-AYRIL  '100§.        » 

M.  FA^iBNEL  étudie,  d'apr^l  ie  TaTUng  kouei  ti^Bitief^ 
v}Xes  dn  ,^and  sacrifice  offert  âu  Ciel  p^  i  empereur,  ^f| 
Chine.  ;  .    :    . . . 

M.  Sylvain  Lévi  décrit  un  manuscrit  du  Sùtrâlamkâra 
qu'il  a  eu  la  bonne  fortune  d©  piïuyoiçîfaira  copier  w  N^^; 
cet  ouycage  a  dû  être  composé  enjre,  4^0  et  5 20  ^ de  l'ère 
chrétienne  par  Asahga;  il  renferme  un  exposé  ^«temalîqae 
de  la  .doctrine  du  Mahâyâna.  Iji^  Sylvain  Lévi  a  pu  rectifier 
les  incorrections  du  manuscrit  népalais  en  se  §ervant  de  la 
version  chinoise  faite  en  Tan  5âo  de  notre  ère  par  Pra- 
bhàkeramitra  ;  il  publiera  prochainement  et  inidàirk'  ce 
teinté  qui  était  resté  jusqu'ici  inconnu  des  indianiftet;-     •  'ni 

'  M.  Hàlévy  eludie  quelques  niôts  'séihitîqués  ét'éïjpliâui 
Yiotâriirtient  le  nom  (Je  Gennesaret,  donné  aii  lac  de  Tîbï?- 
riade,  comme  signifiant  «jardin  de  oésbstrîs».  •  '  '  ~ 

'  M.  DE  Charence^  présenté  une  observation  iur 'dn  mot 
basque  dont  il  croit  pouvoir  étabfii^  rbrigîrié  befbèfel  '"   '  " ' 

•  'Là  «éance  e^t  levée  à  6  heures  un  quart.  '  '  '  •  ^'• 


•;  >'iJ«i  '(Il 


OUVRAGES  6fFERTS  X  LA  SpClélé.        ..  '  !*  .^^^ 

,      .  PAa  L«g  ^UTsu«6  I  ;/ 

Annétte  s.  Beverioge  ,  Tifee  Haydartéad  CadéàDof'éké^Bk' 
'6flr-iV«ma( Extrait).  —  London,  1906;  in-8".  •       •i-'j  -    •    •• 

Colonel  G.  E.  Gerini,  llistorical  Rett-ospect  ofJmikciyl&n 
Idand  (Extrait).  —  S.  1,  (Bangkok),  igpS;  ia-8°.      . ,   -.r 

Kanhiya  Lal  Tï^ivk-ïiii,  Shiksha-Darpam  [K  Manualof 
Education).  —  Bankipore,  1905;  iri-18. 
'    Julien  Vtn SON 4  L'Inde  et  le  Mahométisme  (Extrait).  —*15.  1. 
n.  d.;'in-8*.  .    ■         '     ^  .•      î 

TÀici(*n  BorvAT,  Monsieur  Jourdan,  le  botaniste  parisien 
dans  le  Karahâgh ,  et  le  derviche  Mèst  'AU  Chah,  célèbre  ma jf- 
çjen;  çpi^édie  ep  4  actes  de  MînzÀ  Fèth^al}  ÂKHÙ^infÂDB , 
fraduile  du  turc  aiéfu  —  Paris,  199.6;  in-iS*  .  .  '.   ...i. 


NOUVfiLCËSnErp/MfiliANGES.  311 

Dr.  Alfred  \VlBDEMAN:^;il/iiini»:a/s  HéilmUel  (<Ëxtndt)V  - 

Éusèbe  Vassel,  La  Littérature  populaire  des  Israélites. ttàm^ 
?ieRi;v>^*  foflo-  -r-;Rfiwîsv.|.9oft;\itt-f8^   >\-.vr;\  -•..^v  r.Ao  :-).;r>:\ 
IsMAÊL    Hamet,   Les    MuiiUmtmi  JmLÇêMiAda  Mord-ldlb 

A.  MiNGANA ,  Réponse  à  M.  Vahhé  J.-B,  Chabot  A  f/te^f^de 
la  Chronique  it,BawhidkhsMà\  —  S.  Ii5tu<i*i.l%8%  xV?  .A 
E.  GuiMET,  Le  dieu  aux  bourgeons  (Extrait).  S.  1.  n.  d., 

'^]e\lédreê[Beviéw;  V\  »5v'i l .  ♦^^'Seouâî ^1^4 ;  în-8*» i 
Polybiblion,  février  1906,  parties  ILttéraire  «t  teAnîcpeL 
--i*  Pâtis.-, 'tgôfi't  in-Bf^  ■\->  ••.■«•  r,w-,  A  ,  '  •  ■.•.  ••  ^ .:        = .  1  .  * ■  • ,'  > 

/4  nthropos ,  revue  internatioiiale  d^tlmolQ^e  éi  de  liagiàihr 
4iqtu^,  l>Vi  »'^-  Sai^uifgrvigo6v  Ift-Ô-V  v.  ••  "■•  ;;.^  -./.  .J 
.  èJRàrv^fBthiopfcédam  icrij^ùtei^  ocadentàlsi  ineè^i'^séeuh 
^xVé;\adx^;,.càraiaey\Q...hB(iQAti,^  6.  J-  <Vol.  -IH,..Pi-»Betri 
PAwi,  S-sf.1,  JÏMfairfa^/W«^fcp,libèï:ITI.etxIV.  -  Rom», 
.i©a6vin?^?.,^-i.:4  .1'-?;^  -iMi-i  ..V.-....'  •  :.  ^■^■•vv^>^. 
./.Ui-D,  BABNEti;;  Some^aymgsjhm  UfHudikads^  ^  London, 
1905;  pet.  in-8°.  '    :•      '  •  > 

.^itsdùiftfù^ikèbrmsche  BibbliàgvdpMe;JK:^\6»  r-  Emnk- 
.ftiPfc  â.i  Mv,  igoB.;  in-8%. ..s,  •..  ;       ■.    i  •   .  : '"    î       •'  ;.  •;   : 
The  Adyar  Library  Report  for  i 905. -v-  Madrés,  1908; 

Orientalische  Bibliographie,   XVIII,   3.  —   Berlin,  1906; 
in-8^  .  ,  .,     ,      ..;,  . 

-  v^-»^  :-'.-. y       •-•  ^  ^--^  PAUtA-SoCÎÉti:  "  •■  ■■•-         •:.         -ï.  ' 

:,  Ji^uHetiu'  de  ,lHmtitikt  égyptiefi,  année  1.904.».  f«^»  3»6«  — 
Le  Caire,  1904-1905;  in-8".         .      =:         .z*  .       .?  '       .y^.. 


312  MAHS-AVaiL   1906. 

7  Bessarione,  fasc.  87.  —  Roma,  1906;  in-S*. 

The  Geographical  Journal,  XXYil,  3.  —  London,  1906: 
in-8'. 

Rendîconti  deUa  Reale  Accademia  dei  lAncei,  série  quinta, 
XIV,  7-8.  —  Roma,  i9o5;in-8*. 

Bulletin  de  littérature  ecclésiastique,  février  1906.—  Paris, 
i9o6;m-8*.  '  \     ' 

La  Géographie,  XIII,  a.  —  Paris,  1906;  in-8*. 

Par  le  Miiostere  de  l'Instruction  puruqub  bt  dis  Braux-Arts  s 

Délégation  en  Perse,  Mémoires,  Tome  VIU.  Recherches  ar- 
chéologiques, 3'  série.  —  Paris,  igoB;  in-4*. 

K.-F.  Karjalainen,  Zur  ostjakischen  Lautgeschichte ,  I. 
—  Helsingfors ,  1 904  ;  m-8*. 

Tore  ToRBiORNSSON ,  Die  gemeinslavische  Liquidmetatkese ^ 
II.  —  Upsala,  1908;  m-8*. 

G.-F.  Ternling  ,  Fôrsta  Kapitlet  af  Misnatraktaten  Pireke 
Abote.  —  Upsala ,  1 904  ;  in-8*.  ... 

E.  Andersson,  Ausgewàhlte  Bemerkungen  àher  den  hohai- 
irischen Dialekt  im Pentateuch  koptisch,  —  Upsala,  190^;  in-8*. 

Gustaf  Karlberg,  Den  lànga  historiska  Inskr^Uni  Ram- 
ses  III  :  s  .  Tempel  i  MédineUHahn,  —  Upsala,  1906;  in-ia. 

Journal  des  Savants,  février  1906.  —  Paris,  1906;  iii-4*. 

Bulletin  de  correspondance  hellénique,  XXX,  i-a.  -^  Paris, 
1906,  in-8°. 

Bibliothèque  de  V École  des  hautes  études,  i54*  fasc., 
2*  partie  :  L.  Serbat,  Les  Assemblées  du  clergé  de  France^ 
Paris,  1906;  in-8°. 

Archives  marocaines,  VI,  3-4.  —  Paris,  1906,  in-8*. 

Par  la  Bibliothèque  nationale  : 

Catalogue  raisonné  des  manuscrits  éthiopiens  appartenant  à 
Antoine  d'Ahbadie.  —  Paris,  1859;  ^"^"4". 

Catalogue  des  manuscrits  mexicains  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. —  Paris,  1899;  i^"S°« 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  313 

Ë.  Bloghet,  Catalogue  des  manascrils  persans  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  tome  I".  —  Paris,  1906;  in-8*. 

Par  LlIicnrERsiTB  d'Oipord  : 

G.  H.  PoPK,  A  Handhook  of  the  ordinary  Dialect  of  the 
TamU  Language,  seventh  édition.  Part  V.  —  Oxford,  1906; 
in-8*. 

—  A  Cateckism  of  Tamil  Grammar,  n*  a.  —  Oxford, 
1905,  pet.  in-8\ 

Par  la  «  Bibliotbca  nazionale  centrale  »  de  Florence  : 

Bollettino  délie  pubhlicazioni  italiane  ricevuie  per  diritto  di 
stampa,Tïvan,  6a.  —  Firenze,  1906;  in-S*. 

Par  le  Gouyernement  Indien  : 

Seshagiri  Sastri  and  M.  Rangagharya  ,  A  Descriptive 
Catalogue  of  Sanskrit  Manuscripts  in  the  Government  Orien- 
tal Manu  scripts  Lihrary,  Madras,  I,  3.  —  Madras,  1906; 
in^*. 

Par  L*UNiYERsrrÉ  Saint-Joseph,  à  Beyrouth  : 
Al-Machriq,   IX,  3-4-  —  Beyrouth,  1906;  in-8*. 


ANNEXE  AU   PROCES- VER  BAL. 
(Séance  du  9  mars  1906.) 

UN  MOT  BASQUE  D'ORIGINE  BERB&RE. 

Dans  de  précédentes  communications,  nous  nous  sommes 
efforcé  d'établir  combien  sont  rares  les  cas  d'emprunts  faits 
directement  par  le  basque  aux  idiomes  sémitiques  (phéni> 


'■'      -  I  /  r 


314  HARS-AYUIIi  IftOU» 

cieii  atuci  Jbâaa  qu  arabe).  ▲  peine  «YOti»A#ufl  àîtpiin^erer 
deux  ou  trais.- Tous  les  autres?,  à  peu  |irès  mm.\vsi^9fHj^ 
aucune ,  ont  eu  lieu  par  l'intermédiaire  de  Tespagnol. 

Moins  fréquents  eucore  seraient ^ mds  diopte,  les  emprunts 
du  basque  aux  dialectes  chamitiqoes,  du  moins  à  partir  du 
moyen  &ge.  En  voici  un  pouitant  que  ndus  crd^fttîîs -pbiM>ir 
signaler.  "  ■'     ■\     ■:■'■  '■'-  *-'-«''"^ 

Dans  son  grand  dictionnaire  trilingue  (espagnol-baM|te«i^ 
lâtîn"^,  Larramendi  cite  alkanéora  comilie  délJiîg|iiÀt  tue 
chemise  d'homme  chez  les  habitants  du  Guipiâfcofli',<.et'<C!4* 
par  opposition  à  kamisa,  kamisea,  ou  même  en  dialecte  bas- 
navamn,  mHmthor,  rfvqui  détigoeraienl  spéddemcofe  une 
chemise  de  femme. 

On  ne  nbus  accusera  pas,  esjperdQs-)e,  d^uné' excessive 
témérité ,  si  nous  croyons  retrouver  dans  cet  alkànJù^  qd*on 
chercherait  vainement  à  expliquer  par  le  nëo-latin ,  le  ger- 
manique ou  le  celtique ,  simplement  lé  ihâghrébin  ^«xiS  on 
jfy^^s^  ga^dwra^  guiuiour^  et  an  pluôel  gtunfu^r^  ç^\é»^^  la 
JiMS,  par.Mr.Marçellin  Beaussier  {DicfM0Mqir9pivltiq9^^^^[j^ 
y^^llfUIV,4t^ger,  187 1)  etpar  i autf^ur auonjme^n  VçtÇfJkf.M^ 
parle  dans  les  pays  barbaresqaes  (Paris  et  Limoges,  i8^]} 
Ce  terme  très  usité  au  Maghreb  ne  se  retrouve  point  en  arabe 
oriental,  encore'  moins  dans  la  lângiiè  classique,  ce  qui 
semble  bien  juiliter  en  faveur,  d'une,  origine  berbéR^io^l  ka- 
bvle  à  lui  attribuer. 

Le  gandoar  ou  gandoura,  ii^iis  dit  M.  Beaussier,  est  «une 
longue  et  large  blouse  sans  manche ,  en  laine  fine  ou  étoffe 
de  coton  que  portent  les  Maures  ••  j^BuftODs  qu^il  est  géné- 
ralement de  couleur  blanche ,  ce  qui  le  rend  d  un  emploi 
plus  confortable  dans  les  régions  chaudes  du  Maroc  et  de 
r  Algérie. 

Les  Basques ,  sans  doute ,  furent  frappés  de  surprise  à  la 
vue  de  ce  costumé  porté  par  les  conquérants  musulmans  de 
TEspagne,  presque  tous  kabyles  d  origine,  jet  qi^irapp^flait 
effeciivçtmQnt assez  une  chemise.  liien  4'étonQ4ba|«ptr-4Kii|f , 
à  <^  qu'ils  aient  tire  de  s>on  nom  «celui  d^leur  v^twifll^ 


NOtJV^LiLf:&iK>T  MÉLAf^GES.  315 

pirates  '  scantiÎQ^firès  qUâiiûèrent' lft<  ragiim^  l>«pbài*esiqiië'  dû 

En  tout  cas ,  le  fiéùxe  «|2  dVz^As/i^arcKi'noti^vccoaii^wftoiM 
l'article  arabe,  démontre  clairement  que  le  terme  a  été 
transmis  àUJè  triohtëgnards  pyrénéens  par  l'intermédiaire  de 
gens  dont  l'arabe  était ,  pour  hrmoins ,  devenu  l'idiome  usuel. 

La  mutation  de  la  gutturale  douce  en  forte  chez  les  Basques 
ne  doit  pas  trop  ijpj»^  é^pner.^  Optrcf,  raç  Içs  lois  de  permu- 
tation phonétique  ne  sont  pas  toujours  très  rigoureusement 

o^jf^i^çe*.  4%"^;^!*^®^^*.  f4i9P^  étra^^gèr^*  rpi^  reucp^tre 
quelquefois,  bien  que  d'up^e  /ff^  .^ss.Ç;5  ,jp*jégi}Jièpe,,  Iç  a 
primitif  devenant  un  k  ou  kh  en  Ëuskarien.  Citons  par 
exemple  kotera  «  gouttière  ».  —  aker,  ra  ouiaMdriirfii»boiic  », 
du  ijieux  ffaulqjs  ^^o-f,  m^is  avec  l'afîjoiirtlon  d'im^iipale 
er.  somme  toute,  plutôt  euphonique.  —  Bekhaîn,  a  «sour- 
eu»,  hïL.uqaoa  super  aculumn,  .de  pebi  «ocumâK  et  qcan 
^  SMper  ».  —  dohakabe.  a  «malheureux  » ,  ktt.  »  sina  dono,  sine 
gTsdia  ».,.  de  dohain  «  donum  •  et  oaot; ,  pnvatu ,  etc.  , . 

iNous  n hésitons  pas,  maigre  la  dinorence  de  sensi,  a  re- 
connaître encore  ce  même  mot  gàndotira  dans  le  jji^^^  gah- 
Aun  éfM,  pbiië  >  l^rGhês^kiré  rdes  ,mpU  iftpagnQls  et  ■.  poi^ais 
empruntés  à  V arabe  (J}fixy  et;ËiigeliQaii^4i3*i  édit*,  Vam  pX 
Leyde ,  1 869  )  et  qui  devient  aandul  dans  certaines  provinces 
de  l'Espagne.  Inconnu,  riobs  dit-oni^  aiik'fe!dqiiéi^  def  àfabe 
savèknt ,  1  il  -.  est  \ttk  yigueuk!.  «  aussi  bien  (partai  ;left  i^sf^ans 
du, Maroc .ei;  dËgypte  que  parmi  l^ft  chrétiens >de  Malte,  de 
Grenade  et  de*  >Viïénceiiv  S^n/cpie  3liri0n  fteiïde  gandour 
par  o^rave.»,  ce  sflbs^tantif  reyèt  d'ordinaire  un  sen^  visible- 
ment péjoratif^ il  ,e^t  synonyme  de  «bellâtre,  freluquet  »  et, 
par  extension  «  entrémetteur,  proxénète».  Son  féminin  gan- 
doura possède ,  du  reste ,  à  peu  près  la  même  valeur. 

:  ,Q^e  le  nooi  d!i|n  vétem^t  aijL  fini  pai?  i*appliquer  >  h. .une 
certaine  onlégorie  de  per30BAe»j  cela i|i«, .sembler  paA.dJtffîçJle 
àicOmprendre.  Eet-Qe .  que  so»s ,1e.  premier  En^ij»;. io\^\<çfi 
ipû  oIél«xt  pas  militaire  ne' se  Irouyaitfpas  giiaitUiédu  tit)^4e 


316  MARS-AVRIL  1906. 

pékm  /  à  cause  des  étoffes  d'origine  chinoise  dont  s*habillaient 
les  civils?  Ràppelons-nous  égalemeiit  les  chapeaux  et  les  hùà- 
mis,  ces  deux  partis  politiques  qui  se  disputaient  le  pouvoir 
en  Suède ,  pendant  le  cours  du  XYiii"  siècle.   V. 

De  Chabkngbt. 


SEANCE  DU  6  AVRIL  1906. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Metnard. 

Etaient  présents  : 

MM.  Allotte  de  la  Fuye,  Basmadjian,  Bourdais,  Bou- 
VAT,  Carra  de  Vaux,  J.-B.  Chabot,  de  Charengbt,  Combe, 
Demiau,  Dussaud,  R.  Duval,  Faïtlovitch,  Faribnbl, 
Fevret,  Finot,  Gaudefroy-Demombynes,  Graffin,  Q. 
HuART,  Ismaël  Hamet,  Sylvain  Lévi,  Isidore  LivY,  W.  Mab- 
çAis,  Revilloijt,  ViNSON,  membres. 

Lecture  est  donnée  du  procès-veii)aI  de  la  séance  du 
9  mars  1 906  ;  la  rédaction  en  est  adoptée. 

Sont  reçus  membres  de  la  Société  : 

MM.  Marcel  CuiNET,  vice-consul,  interprète  de  Tambas- 
sade  de  France  à  Constantinople,  présenté  par 
MM.  Barbier  de  Meynard  et  Vilbert. 

Georges  Coedès,  boulevard  de  Courcelles,  83,  à 
Paris  (viir),  présenté  par  MM.  Sylvain  Lévî  et 
Finot. 

M.Carra  DE  Vaux  lit  une  étude  sur  la  littérature  arabe 
chrétienne  dans  laquelle  il  passe  en  revue  les  différents  tra- 
vaux consacrés  à  cette  littérature ,  notamment  ceux  de  ITJni* 
versité  catholique  de  Beyrouth.  Il  fait  ensuite  connaître  à  la 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  317 

Société  le  plan  du  Corpus  qu*il  se  propose  de  publier  avec 
M.  Tabbé  J.-B.  Chabot. 

M.  Cl.  HuART  fait  quelques  remarques  à  propos  dlbn  El- 
Mokaffa\ 

M.  YiNSON  retrace  la  carrière  du  P.  Beschi ,  missionnaire 
dans  rinde,<  où  il  arriva  en  1711  et  mourut  en  1747.  H 
examine  les  légendes  qui  se  sont  formées  autour  de  son  nom 
et  fait  la  critique  de  sa  rédaction  tamoule  du  Gourou  Para- 
marta ,  ainsi  que  des  diverses  traductions  qui  en  ont  été  faites. 

M.  le  capitaine  Demiau  lit  une  étude  sur  la  sémantique 
du  lait  et  du  beurre  dans  les  langues  chamitiques. 

M.  Revillout  approuve  les  conclusions  de  M.  le  capitaine 
Demiau. 

Avant^de  lever  la  séance,  M.  le  Pr^sidext  annonce  que 
l'impression  du  fascicule  de  janvier-février,  est  terminée.  Ce 
fascicule  va  être  très  prochainement  distribué. 

La  séance  est  levée  à  5  heures  trois  quarts. 

OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOCIETE. 

Par  les  auteurs  : 

PoPESGU-CiOGANEL  (Gheorghc),  Ghîalistan.  ,  .  traducere 
libéra,  —  Ploesti,  1906;  in -8°. 

W.  GoLÉNiSGHEFF ,  Le  Pupyras  n"  1115  de  V Ermitage 
impérial  de  Saint-Pétershoarg  (Extrait).  —  Paris,  1906;  gr. 
in-8'. 

R.  Du  VAL,  Notice  sar  la  Rhétorique  d'Antoine  de  Tagrit 
(Extrait).  — Giessen,  1906;  in-8*. 

Par  les  ËDrrEORS  : 

Revue  critique jio^Sinnée,  n"  9-12.  —  Paris,  1906;  in-8'. 
The  Korea  Review,  V,  1 2  ;  VI,  1 .  —  Séoul,  1906-06 ;  în-S**. 


318  '^  M ARS^AYRI  L  1  ^MJ    O  / 

Polybiitim,'  partie  littéràife •  et  ptt:tie-teehii|qde(«J 
1906.  — Paris,  1906;  in-S".  ••  •'    i      ^    »  î>''uU'\  .1/ 

.  ,jR.-f*  .WiLKiNSON,  Malay  Beliefs,  —  London  ||^d  JLeid|Bii , 
i9oè;ïn-â°.  '     '       '"  ?  '" 

Berne  archéologique,  janvier-février  1906.  —  Paris',  1^00; 

Mémoires  de  la  Spciété  de  JAngaistique,  XIII    (iii^tides 

mémbres);^XlY|  1.  --^Paris,  igqS-iQopiJn-o^  ' :   ,    -'  I    k 

Journal  of  the  Ànthropologîcal  Society  oj  Bombay^  Vu,  5. 

■;*-t-B0fHbay,y905?Wl»8'.-'î  =  -.   *•■;'    //rM-.-M;;:.-   •.;:(•.  i?î..::;î  M 

Bulletin  de  l'Institut  égyptien,  4'  série,  n"  6,  fasc.  i«»5|y-U. 
L^ÇaJre^i^Qo^,  ij^:iB^.     :    ;y     ..^^^^^  .î  ...:.:  iJ^Uuyf 

.  Journal  oj  the  À  meriçari  Orien tali  J^aciety^ ._  .X^VÎji. ..ff .,  -77 
New-Haven,  iQo!5>î  in-d*.  ...  i    \. 

Analecta   Bollandiana,    XXV,    I.     —    Bmxellis,   1906; 

Académie  des  Inscriptions  et  Belles- Lettres,  Comptes  rendus 
des  séances ,  nQv^emhre^déoeinJbre  i^^oS.  -:—  .X(^(^  ^^  mhj^^hh 
1857-1900  dressée  par  IVf.  G.  Ledos.  —  Paris,  1905-1906; 

in-8^  .    ..•...:;.    .....     :J\ 

The  Impérial  and  A^&iatic  Quarterh  Review,  Apfil  1 906,.  — 
London,  1906^;  in-8*.  '.^       '     .    '\^^,  ,,. 

Cjiornflle  délia,  Società  Asiaticd  îtal&ana,  vol.  XYIÏL-— 
Roma,  Pirenze»Torino,  1906;  in-8*,  ,  .'. 

Le  Giohe^  tome  XLVl  Êùlleiin,  n°   i.  —  Cenève,'  loièiël 

m-8\  ,      -  «    .    .  -^     »   /  rii     ï 

Tne  Geographicaï  Journal ,  XXlyiI,  i,  —  t^naon^ioofi; 

Atti  délia  R,  Accademia  dei  Lincei.  Série  Quinta.  Nothne, 
Il ,  8-9.  —  Roma,  1906;  in-4". 

IkiUetin  de  Utiérature  ecclésiasti^me,;  mars  i^â;'"-^  Pfina. 
J506;  in-fS*».  :•     »      '  .'  . —  »■  •%-v,A  MV 


NOUYBLIiE^.  ET/  MJBUi/NGES.  31^ 

Bulletin  des  séances  de  la  Société  philologique ,  tome  III.  — 
Paris,  1906;  in-8°.,;.,  !        ,    r       ^'•^.^■ 

Par  le  Ministère  de  l  Instruction  publique  et  des  Beaux-Arts  : 

Journal  des  Sqiiàiits,  oiars  1906.  -;-,  Fans,  1906  ;  in-4*'. 
.  Nouvelles  Archives  des  Missîçns.scîfmtifiQuésetlîiïeraîrés, 
Xm,  2.  —  Pans,  iûo5;  in-8*. 

.  ï».,.;    s-  :-.H   .    i  ;,'  j;.,  .      ■;.  .;,.;.   :^    \,    .-    ^  .^   \    ;.,.   .^^  ;,y 

Par  le  Gouvernement  indien  : 

^i''i4itflii«^îldmàii5(rstioft  fUpovtofthe  FoK^DêpêrJLeml^itfof 
the^'HéutraS:  Presidekcy,,  i^ai-k^hti  -^    Madmst,:?  19061 

Epigrapkià  indicÊi,  YIH',  3.  4.-  'Çdbàttas^  «906  ;>iiié8'.v,;  ;f  ; 

în»::".:    ;r    «m      Pja  L'UniYIilftiarÉVÛ^OilQrrsfr  ::.':.  -    fi;,    i;.,. 

Dubois  and  de  éEÀucHAMP*  Hindu' Sfanhèfs ,  t^usiorÀs  àhâ 
Cérémonies,  Third  Edition.  —  Oxford ,  1906  j  petît*  îii'-^.  '^'• 

Pa'r  l'a  «  BiBLtOTÈCA  NAziôNALB  CKJïTRALeV  i)E  Ï*L^  !   ' 

■Ai-.:  »v    '^t.iri    ,,::,   U}     :\y^'.'.       >f  t.:   -.,;•:..*.  "i    ;..     .  ■  ^V.»>"-.-:'/ 

<  '  ^^Hekiino  ddie  pmbblioÊtzkmi .  ikdiamritêf^Êie  ^0r  diriUo.  4i 
ÈibUothecà  ïndîca,  fasc.  lîaS-ijSÔ.*  r—  Càîdittaf,'i'<i'ôSi 

«?'?/. r.-:-    ^    ■:-}."       !        !•-.•'■    m'.  »•  .;  y    .  «,'     ttiij.  :■■•;.;.-•.:.•  ;r 
'V.fifr  :,       ,PARjU'UwVBR&l'i;i  Si^OT406JM?JBj  À  J^BYRQUi:»^  '.  V.  .ru  V  - 

':'!    >-v  ^-^  r.  :.•    :•.    •        .,>•;.•    •      .!.    u     iî-,    ;.^   ■}■:■■.]  F.    >. 


tl  .  ' , 


320  MARS-AVRIL   1906. 

NOTE  SUR  LES  ETUDES 
DE  LITTÉRATURE  ARABE  CHRETIENNE. 

I.  Cette  note  a  surtout  pour  but  de  signaler  un  inven- 
taire des  œuvres  de  la  littérature  arabe  chrétienne,  que  nous 
avons  préparé,  M.  J.-B.  Chabot  et  moi,  en  vue  de  Torgani- 
sation  du  Corpus  des  auteurs  chrétiens  orientaux. 

Il  y  a  quelques  années,  au  Congrès  d'Histoire  des  reli- 
gions de  1900,  voyant  la  littérature  arabe  chrétienne  un 
peu  délaissée7j*avais  demandé  au  Congrès  d'émettre.le  Vœu 
qu*un  tel  inventaire  fut  fait /afin  que  Ton  sût  au  moins  ce 
que  cette  littérature  contenait ,  et  que  Ton  pût  lui  faire  sa 
juste  place  dans  le  champ  de  Témidition  orientale. 

Depuis  lors  —  sans  que  je  veuUle  me  flatter  que  ce 
soit  en  conséquehce  de  ce  vœu,'— ^  tout  un  mouvement 
s*est  produit  dans  cet  ordre  d*études.  Et  voici  Tindication  de 
quelques  ouvrages  récents.  ....       .',.,, 

lî.  La  littérature  arabe  chrétienne  jusqu*â  Tépoque  des 
Croisades  \  par  Georges  Graf,  1906 ,  est  une  étude  très  inté- 
ressante. Ce  n*est  pas  exactement  Tin ventaire  ,q<ie  nous 
avions  réclamé;  cest  plutôt  une  histoire  de  cette  littérature ^ 
d'ailleurs  très  documentée. 

La  première  partie  est  consacrée  à  la  littérature  dite  ano* 
nyme,  comprenant  des  traductions  de  TAncien  et  du  Non- 
veau  Testament,  dont  les  auteurs  sont  presque  toujours 
ignorés ,  ainsi  que  des  Vies  de  Saints.  L'auteur  a  cru  devoir 
distinguer  dans  cette  production  deux  groupes  :' on  groupe 
palestinien  et  un  groupe  syrien  ;  le  groupe  palestinien  ayant 
son  centre  au  sud  de  la  Palestine, au  monastère  de  S.  Saba, 
à  3  heures  au  sud-est  de  Jérusalem ,  et  au  monastère  du 
Sinaï ,  —  et  le  groupe  syrien  comprenant  les  villes  et  les  cou- 

*  Die  christlich-arabische  Literatnr  bis  znr  Jrânhischen  Zeit,  eine 
litterar  historische  Skizze,  von  Dr.  Georg  Graf,  Freiburg,  iqoS. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       321 

vents  du  Nord.  On  peut  remarquer  que  celte  division  dé- 
pend en  réalité  de  la  culture  des  lettres  syriaques  et  de 
l'organisation  monastique.  11  n*eùt  pas  été  possible  d*en 
fonder  une  sur  la  répartition  des  populations  arabes  chré- 
tiennes dans  les  contrées  orientales,  d'après  laquelle  on 
trouve  à  Tépoque  des  origines  de  Tlslam ,  des  Arabes  chré- 
tiens dans  la  région  de  Hirah  au  nord -est  de  TArabie, 
d'autres  à  la  frontière  de  Syrie  chez  les  Gassanides,  d'autres 
en  Arabie,  sur  différents  points  du  Yémen,  à  Nedjrân,  et 
du  côté  dû  golfe  persique  dans  le  pays  de  Katar  \ 

Au  reste ,  la  division  employée  par  M.  Graf  ne  parait  pas 
avoir  un  intérêt  majeur  ;  nous  ne  l'utiliserons  pas  dans  notre 
inventaire. 

La  seconde  partie  de  l'ouvrage  de  M.  Graf  est  consacrée  à 
une  série  d'auteurs,  exactement  18,  dont  les  plus  connus 
sont  :  Théodore  Abou  Rorrah,  Eutychius,  Sévère  ibn  el-Mo- 
kaffa',  évéque  d'Ëchmounaïn ,  qu'il  ne  faut  pas  confondre 
avec  ibn-el-Mokaffa*,  le  traducteur  de  Kallla  et  Dimna, 
Jahya ,  fils  d'Adi ,  et  le  syrien  nestorien  Elie  de  Nisibe  qui 
écrivit  également  en  syriaque  et  en  arabe,  ir  est  souvent 
difficile  de  se  procurer  des  renseignements  sur  les  vies  de 
ces  auteurs;  nous  n'avons  pas  pour  la  littérature^ arabe  chré- 
tienne de  grande  collection  biographique  comme  celles  que 
nous  avons  pour  la  littérature  musulmane.  Nous  sommes 
obligés  de  chercher  des  renseignements  dans  les  auteurs 
d'histœres  générales ,  et  dans  les  écrits  mêmes  des  auteurs 
étudiés,  quand  par  hasard  ils  en  contiennent;  l'ancien  cata- 
logue du  Vatican,  de  Mai,  a  groupé  déjà  pas  mal  d'indica- 
tions de  ce  genre. 

m.  Je  viens  de  dire  que  nous  n'avons  pas  de  grand  ou- 
vrage bibliographique  pour  les  auteurs  arabes  chrétiens. 
Nous  avons  cependant  un  morceau  assez  important  d'Abou  1- 

^  Voir  la  mention  de  cette  dernière  colonie  chrétienne  dans  les 
Synodes  Nestoriens ,  éd.  et  trad.  J.-B.  Chabot,  p.  48o. 

VII.  ai 

tHrBIMr.KH    ■ATIOIIALB. 


322  M\RS-ÂVR1L   1906. 

Barakàt,  écrivain  daxiv*  siècle  (mort  i363  Ch.)  qui,  dans  le 
chapitre  vu  dune  encyclopédie  théologique  intitulée  «La 
lampe  des  ténèbres  ■ ,  nous  a  donné  un  catalogue  de  la  litté- 
rature arabe  chrétienne  qu'il  pouvait  connaître.  Ce  catalogue 
a  été  édité  et  traduit  par  W.  Riedel  S  190a.  La  partie  bio- 
graphique y  est  nidle;  la  partie  bibliographique  est  très  ap- 
préciable. L*anteur  a  pourtant  mêlé  aux  écrivains  propre- 
ment arabes  des  Pères  grecs  et  des  auteurs  syriens  traduits 
en  arabe.  En  défalquant  ces  déments  étrangers,  le  nombre 
des  auteurs  arabes  mentionnés  n'est  guère  de  |rius  d'une 
vingtaine;  en  dehors  des  noms  célèbres  que  nous  indiquions 
précédemment ,  on  y  trouve  ceux  d'Els-Safi  et  d*Ibn  el-'Ass&l. 

IV.  L'étude  de  la  littérature  arabe  chrétienne  a  été  culti- 
vée-en- Orient  autour  du  centre  formé  par  l'Université  de  Bey- 
routh. Depuis  longtemps  les  savants  de  Beyrouth  se  sont 
préoccupés  de  faire  au  christianisme  sa  pwt  dans  la  littéra- 
ture arabe.  On  connaît  leun  travaux  sur  les  poètes,  et  l'on 
sait  comment  ils  ont  étudié  ceux  d  entre  eux  qui  furent  sûre- 
ment chrétiens,  et  conunent  ils  en  ont  revendiqué  pour  le 
christianisme  plusieurs  qui  le  furent  d'une  fwjon  mokas  cer- 
taine. 

Leurs  travaux  en  ce  sens  ont  été  favorisés  par  la  fondation 
de  leur  revue  Al-Machriq,  Cette  revue  qui  en  est,  en  1906, 
a  sa  neuvième  année,  a  fait,  dès  le  début,  une  aaseï  large 
place  aux  recherches  sur  la  littérature  arabe  chrétienne. 
C'est  ainsi  qu'elle  publiait  en  1903,  de  Malonf,  une  édition 
du  traité  De  Deo  ano  et  trino,  écrit  en  arabe  par  ÉUe  de 
Nisibe;  en  igoSyde  L.  Cheïkho,  un  traité  inédit  attribué 
à  Aristote,  traduit  par  le  chrétien  jacobite  Ibn  Zora'a  (mort 
398  H.);  en  i^oà,  du  même,  des  traités  pkilosorphiques 
de  Paul  de  Sidon  ou  Paul  le  Moine;  en  190^»  de  C  Eddé, 
La  logique  d'ibn  el-'Assal;  en   1906,  du  P.  L.  Gheïkho,  la 

*  Der  Katalog  der  christlichen  Sckriften  in  oro^ifcAer  Spraeke 
von  AbnI-BarahAt,  éd.  et  trad.  Wilheim  Riedel,  190s,  Gôttînges. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  323 

légende  arabe  de  saint  Aleids ,  etc.  ;  sans  parler  des  rensei- 
gnements donnés  dans  la  Revue  sur  la  belle  collection  de 
manuscrits  arabes  de  TUniversité. 

V.  A  la  même  période  d'études  (1900-1906)  appartient 
la  publication  d'un  ouvrage  qui  serait  le  plus  ancien  docu- 
ment de  la  littérature  arabe  chrétienne,  les  Homélies  de 
Théodore  Abou  Korrah,  évêque  de.Harran,  écrivain  du 
viii"  siècle  de  Tère  chrétienne  \ 

VI.  Le  plan  du  Corpus  des  auteurs  chrétiens  orientaux 
comprend  naturellement  la  publication  des  auteurs  arabes 
chrétiens,  tant  historiens  que  théologiens.  Cette  publication 
se  trouve  avoir  commencé  par  des  historiens;  ce  sont  eux, 
d'ailleurs,  qui  avaient  attiré  dès  l'abord  l'attention  des 
savants,  puisque  Eutychius  est  connu  depuis  Pococke,  qui 
travaillait  vers  1700,  et  que  l'étude  d'EIl-Makin  nous  fait 
remonter  à  une  époque  très  haute  dans  l'histoire  de  l'éru- 
dition orientale,  son  Historia  Saracenica  ayant  été  éditée 
et  traduite  par  Erpénius  en  1625.  Quant  à  l'histoire  des 
Patriarches  d'Alexandrie,  de  Sévère  d'Echmouneïn ,  elle  a 
été  déjà  exploitée  depuis  longtemps  par  Renaudot. 

Les  éditeurs  du  Corpus  ont  commencé  à  publier  une  édi- 
tion complète  des  Patriarclies  d'Alexandrie  ;  ils  ont  préparé 
une  nouvelle  édition  d'Eutychius  dont  le  premier  volume  va 
bientôt  paraître,  d'après  des  manuscrits  meilleurs  et  plus 
complets  que  celui  de  Pococke,  plus  corrects  notamment  en 
ce  qui  concerne  les  listes  des  patriarches  des  divers  sièges  ;  à 
cette  édition  sera  joint  le  supplément  encore  inédit  de  Jean 
d'Antioche. 

VII.  L'œuvre  du  Corpus  nécessitait  l'inventaire  que  j'avais 
réclamé  dès  1900.  Cet  inventaire,  nous  l'avons  préparé  de 

^  Majâmir  Thâoudouros  Abi  Korrah,  éd.  et  trad.  ' Constantin 
BAchA,  Beyrouth,  190/1.  —  Citons  encore  :  Die  arabischen  Bibel- 
iiber-setzungen ,  par  Paul  Kahle,  Leipzig,  1904. 


324  MARS-AVRIL   1906. 

façon  qu'il  puisse  rendre  les  mêmes  services  qae  celui  de 
Brockelmann  rend  dans  les  études  musulmanes;  nous 
apporterons  tout  ie  soin  possible  à  la  rédaction  des  notes  bio- 
graphiques et  bibliographiques.  Voici  quel  en  serait  le  plan  ; 
ce  plan  pourrait  être  retouché  d'après  les  observations  et  les 
avis  des  savants  compétents. 

I 

APOCRYPHA.  LITURGIGA.  GANONIGA. 

A.  Apocrypha  sacra.  —  (  Nous  considëroos  comme  teites  bibliques 
tous  ceux  qui  sont  contenus  dans  le  canon  de  la  Vulgate.) 

1°  Ancien  Testament  :  a.  Textes  pseudo-épigraphiqaes;  6.  Récits 
et  histoires  concernant  TA.  T. 

2°  Nouveau  Testament  :  a.  Textes  ;  (.  Histoires  et  récits  concer- 
nant le  Christ. 

3**  Textes  et  récits  concernant  :  a.  Les  Anges;  (.  La  Vierge 
Marie;  c.  Les  Apôtres  et  les  disciples;  d,  La  Croix. 

B.  LitvLr(jica.  —  Anaphores  et  Rituels  :  i*  Sdon  le  riteja- 
cobite;  2**  Selon  le  rite  mdkite. 

Appendix  :  Prières  (apocryphes  et  superstitieuses]. 

C.  Canonica.  —  i*  Généralités.  Histoires  des  Condles;  a*  Ca- 
nons dits  apostoliques;  3**  Canons  des  Conciles;  4*  Canons  et  règles 
attribués  à  divers  personnages;  5°  Canons  des  empereurs;  6**  Traités 
de  droit  canonique. 

II 

EXEGETIGA.  THEOLOGIGA. 

A.  Tliéoloyiens  Grecs  (dont  les  œuvres  ont  été  traduites  eo 
arabe,  par  ex.  :  Basile,  Grégoire  de  Nysse,  Chrysostome,  etc.). 

B.  Théologiens  syriens,  traduits  du  syriaque  (comme  Bar  Saiibi, 
Kphrem ,  Jacques  de  Saroug ,  etc.  ] ,  ou  ayant  écrit  en  arabe  (  AbouH- 
Faradj,  Elias  deNisibe,  etc). 

C.  Théologiens  arabes. 

Dans  chacune  de  ces  catégories  les  auteurs  sont  classés  par  ordre 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  325 

alphabétique,    sans    distinction   des   sectes   auxquelles   ils  appar- 
tiennent (jacobites,  nestoriens,  melkites). 

D.  Ouvrages  anonymes,  —  i"  Commentaires  sur  TA.  et  le  N.  T.; 
2"  Traités  de  théologie  dogmatique.  Professions  de  foi;  3"  Traités 
de  morale.  Homélies;  4**  Controverses  et  théologie  polémique. 


III 

HISTORIGA.  HAGIOGRÂPHIGA. 

A.  Histoire.  —  1"  Chroniques  et  Histoires  générales;  a*  His- 
toires particulières.  Description  des  villes  et  des  Lieux  saints. 

B.  Hagiographie,  —  i**  S^naxaires  et  collections  de  vies  de  saints; 
2°  Vies  des  martyrs  et  des  saints;  3*  Histoires  et  récits  concernant 
la  vie  monastique  :  a.  Apophtegmata  ;  b.  Collections  d^histoires 
ascétiques;  c.  Récits  et  anecdotes  isolés. 

B"*"  Carra  de  Vaux. 


BIBLIOGRAPHIE. 


NOUVELLES  BIBLIOGRAPHIQUES. 

Sous  le  titre  suivant  :  Les  Préceptes  du  Behaisme  (Paris, 
Ernest  Leroux,  1906,  in- 18,  x-'j2  pages.  Prix:  2  fr.  5o), 
MM.  Hippolyte  Dreyfus  et  Mirza  Habib-Ullah  Chirazi 
donnent  la  traduction  de  quelques  textes  beliaïs  recueillis 
dans  les  communautés  hindoues  et  dont  voici  l'énuméra- 
tion  :  Les  Ornements  —  Les  Paroles  du  Paradis  —  Les  Splen- 
deurs —  Les  Révélations,  Ils  sont  précédés  de  la  curieuse 
lettre  qu'écrivit  Beha-Ullah  au  sultan  Abdul  Aziz  après  son 
arrivée  à  Saint-Jean  d'Acre  dans  lautomne  de  1868.  Dans 
l'introduction ,  les  traducteurs  combattent  lopinion  d'après 


326  MAHS-AVRIL   1906. 

laquelle  le  behaïsme  se  rattacherait  à  la  secte  des  Horoûfis. 
L  accueil  fait  aux  nombreuses  publications  qui,  depuis 
quelques  années,  ont  été  consacrées  aux  religions  du  Bab 
et  de  Beha-Ullah  nous  font  bien  augurer  du  succès  de  cette 
intéressante  plaquette. 

M.  Ch.  René-Leglerc  faisait  dernièrement  lithographier 
à  Médéah  une  carte  du  Maroc  avec  légende  en  arabe, 
qui  ne  saurait  manquer  d*étre  appréciée  par  les  indigènes 
de  TAfrique  du  Nord.  En  même  temps  il  publiait  une 
intéressante  étude  sur  un  sujet  qui,  bien  que  plein  d'ac- 
tualité, était  encore  peu  connu  :  L* Armée  marocaine  (Al- 
ger, Léon,  1905,  in-8",  29  pages  avec  carte.  —  Extrait  du 
Bulletin  de  la  Société  de  Géographie  d'Alger  et  de  V Afrique 
du  Nord), 

M.  A.  Raox,  professeur  au  lycée  de  Constantine,  nous  envoie 
La  Moallaka  de  Zohaïr,  suivie  de  la  Lâmiyya  d'Ihn  El  Ouardi 
et  de  quelques  poésies  extraites  du  Divan  de  'Ali  hen  Ahi  Tâlib 
(Alger,  Adolphe  Jourdan,  1906,  in-S").  Les  textes  arabes 
de  ces  poèmes,  entièrement  vocalises,  sont  accompagnés 
d'un  commentaire  arabe  et  d'une  traduction  française. 

Les  Leipziger  Semitische  Studien,  publiés  par  MM.  A.  Fis- 
cher et  H.  Zimmem  à  la  librairie  J.  C.  Hinrichs,  de  Leip- 
zig ,  viennent  de  s'enricliir  de  deux  fascicules  dus  à  M.  Hans 
Stumme  ,  Tarabisant  bien  connu.  Tous  les  deux  sont  consa- 
crés à  la  littérature  maltaise.  Ce  sont  d*abord  des  Maltesiscke 
Studien,  eine  Sammlung  prosaischer  und  poetischer  Texte  in 
maltesischer  Spiache  nehst  Erlàuterungen  (1904»  în-8*, 
124  pages.  Prix:  4  marks),  puis  des  Maltesiscke  Màrcken, 
Gedichte  und  RàtseV  in  dentcher  Uehersetzung  (1904  in -8*, 
XVI- io3  pages.  Prix  :  3  m.  5o). 

La  librairie  Victor  LecofFre  donnait,  il  y  a  qudques  mois, 
dans  sa  Bibliothèque  de  l'enseignement  de  l'histoire  eeeUsias'' 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  327 

tùjue,  un  remarquable  travail  duR.P.J.  Parooire  ils'È^ise 
byzantine  de  527  à  8U1  [  1906,  in-12,  xc-4o5  pages.  Prix' 5 
3  fr.  5o)  excellent  résumé  de  tout  ce  que  nous  connaissoni 
sur  ce  sujet.  Bien  diflérent  de  cet  ouvrage  est  le  dernier 
volume  qu'elle  a  édité  :  Chez  les  ennemis  d'Israël  :  Amoiy 
rhêens.  Philistins,  de  M.  labbé  Antoine  Dard  (1906,  in>'i6, 
333  pages  avec  figures  et  cartes  hors  texte.  Prix  :  3  fr.5o); 
C*csl  un  journal  de  voyage  en  Palestine  dans  lequel  Tauteur 
nous  retrace  avec  un  talent  réel  la  situation  actuelle  de  ce 
pays  et  Thistoire  de  ses  luttes  passées. 

Un  livre  fort  curieux  et  dune  lecture  captivante,  c'élt 
celui  que  le  D'  Binbt-Sanglé  ,  professeur  à  TEcole  de  psycho^ 
logie«  vient  de  faire  paraître  dans  la  Bibliothèque  de  cette 
école  sous  le  titre  suivant.:  Les  Prophètes  juifs,  étude  de  psy- 
chologie morbide  (Des  origines  à  Elie)  [Paris,  Dujarrie  et  €'% 
1905,  in- 18,  324  pages.  Prix  :  3  fr.  5o]. 

M.  Martin  Lbwin  vient  de  donner  une  utile  contribation 
aux  études  syriaques  par  son  édition  critique  des  gloses  de 
Théodore  Bar  Kôni  sur  les  chapitres  xii-l  de  la  Genèse 
(  Die  Scolien  des  Theodor  Bar  Kânî  zur  Patriarchengeschichte 
(Genesis  xij-l),  heraasgegeben  und  mit  einer  Einleitung  uni 
Anmerkangen  versehen,  Berlin,  Mayer  und  Mûller,  1906, 
in-S",  xxxvii-35  pages). 

Nous  recevons  le  premier  fascicule  d'un  important  ouvrage 
de  M.  MoritzSteinschneider,  Die  Geschichtslitteratur  der  Juden 
in  Druckwerken  und  Handschriften  (  Frankfurt  a.  M. ,  Kaufi- 
mann,  1906,  in-8°,  190  pages.  Prix  :  6  marks).  Ce  fascicule 
est  consacré  à  la  bibliographie  des  ouvrages  en  langue  hé- 
braïque; nous  espérons  que  les  autres  suivront  rapidement. 
Rapprochons  de  cet  ouvrage  La  Littérature  populaire  des 
Israélites  tunisiens  de  M.  Eusèbe  Vassel,  dont  le  premier 
fascicule,  comprenant  les  pages  6-96,  a  paru  récemment 
(Paris,  Ernest  Leroux,  1906,  in-8°.  Prix  :  a  fr«5o). 


328  MARS-AVRIL   1906. 

Traduit  dans  toutes  les  langues  de  TËurope,  le  Code  de 
Hammourabi  de  Têtre  en  persan,  et  le  journal  Tèrbiyit 
de  Téhéran  publie  cette  nouvelle  version  depuis  quelques 
mois.  Rappelons,  à  ce  propos,  que  ce  fut  M.K.-J.  Basmadjian 
qui,  il  y  a  une  dizaine  d'annés,  introduisit  rassyriologie  en 
Turquie  avec  sa  brochure  Atoârî  vè  Kaldânilèrè  makhsoâs 
khatt-i  mîkht  ( Constantinople ,  Bibliothèque  de  TÂst,  i3ia, 
in- 16  de  27  pages). 

Sept  traductions  différentes  du  Chapitre  sur  les  vies 
des  saints  anachorètes  avaient  été  publiées.  Aujourd'hui 
M.  Tabbé  F.  Nau  nous  en  donne  le  texte  grec  original  précédé 
d'une  savante  introduction  et  suivi  de  deux  appendices 
(  Le  Chapitre  sar  les  saints  anachorètes  et  les  sources  de  la  vie 
de  5.  Paul  de  Thèbes  [Extrait  de  la  Revue  de  l'Orient  chrétien]. 
Paris,  Alphonse  Picard  et  fds,  1906,  in-8',  3i  pages). 

Le  British  Muséum  vient  d'éditer,  avec  un  luxe  véritable- 
ment remarquable ,  un  recueil  de  textes  coptes  et  grecs  de 
l'époque  chrétienne  relevés  dans  cet  établissement  par  l'un 
des  conservateurs,  M.  R.  Hall  {Coptic  and  Greek  Texts  af 
the  Christian  Period  from  ostraka,  stelae,  etc,  in  the  British 
Muséum,  London,  1906,  in-folio,  xi-159  pages  avec 
101  planches).  Reproduits  en  fac-similé  et  en  caractères 
d'impression ,  les  nombreux  textes  contenus  dans  ce  beau 
volume  sont  accompagnés  d'une  traduction  anglaise. 

Lucien  Bouvat. 


The  private  diàry  of  Ananda  Ranga  pillai,  dubash  to  J. 
F.  Dupleix . .  .  Translated  from  the  tamil  and  edited  by  Sir 
J.-F.  Pricb  and  K.  Rangosari.  Vol.  I.  Madras,  Gov.  Press,  1905. 
—  In-8°,  xlij-445  pages  et  un  portrait. 

Le  2 1  novembre  1 844  débarquait  à  Pondichéry  un  jeune 
commissaire  de  la  marine ,  Edouard  Ariel ,  qui  avait  suivi  les 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  329 

cours  d*Eug.  Burnouf  à  Paris  et  qui  avait  demandé  à  être 
envoyé  dans  l'Inde  pour  y  continuer  ses  études.  11  ne  tarda 
pas  à  apprendre  à  fond  et  le  sanskrit  et  le  tamoul;  il  réunit 
bientôt  une  fort  belle  collection  de  livres  et  de  manuscrits. 
Au  cours  de  ses  recherches,  il  découvrit,  dans  une  maison  de 
la  ville  noire,  de  très  importants  documents,  fort  intéres- 
sants pour  rhistoire  des  Français  dans  Tlnde,  qu'il  fit  copier. 
Cette  copie ,  conservée  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, à  Paris,  forme  seize  volumes  grand  in-folio.  Onze  de 
ces  volumes  (n"  lài  à  i54)  ^  contiennent  le  journal  d*Anan- 
darangappoullé ,  courtier,  c'est-à-dire  agent  général,  de  la 
Compagnie  des  Indes,  qui  embrasse  une  période  de  25  ans, 
de  1736  à  1761.  C'est  l'époque  la  plus  importante  de  l'his- 
toire moderne  de  l'Inde. 

Un  autre  jeune  fonctionnaire  de  Pondichéry,  M.  Arthur 
Gallois  Montbrun,  signala  ce  journal  dans  une  petite  bro- 
chure qu'il  publia  en  1847.  En  1^70»  à  l'occasion  de  l'érec- 
tion de  la  statue  de  Dupleix  à  Pondichéry,  M.  F.-N.  Laude, 
Procureur  Général,  fit  paraître  des  extraits  de  ce  journal  re- 
latifs au  siège  de  17^8,  traduits  en  français  par  ses  ordres  : 
mais  cette  traduction  est  assez  médiocre  et  incomplète. 
En  1889,  j'en  ai  traduit  quelques  passages  dans  un  volume 
publié  par  l'Ecole  des  langues  orientales  à  l'occasion  du 
Congrès  des  Orientalistes  de  Stockolm;  en  189^,  j'ai  publié 
un  volimie  intitulé  Les  Français  dans  V Inde,  qui  contient  la  tra- 
duction de  plusieurs  morceaux  du  journal,  de  1786  à  17^8. 
J'ai  donné  un  spécimen  du  texte  dans  mon  Manuel  de  la 
langue  tamoule  publié  en  1908.  On  trouve  de  tout  dans  ce 
journal  :  des  histoires  de  famille ,  des  cancans ,  des  conversa- 
tions ,  des  observations ,  des  détails  de  conmierce ,  etc. 

Aujourd'hui ,  le  gouvernement  anglais  a  prescrit  la  publi- 

^  En  1 900 ,  un  nouveau  volume  fat  découvert  à  Pondichéry  et 
une  copie  en  fut  envoyée  par  les  soins  de  M.  A.  Bourgoin ,  conser- 
vateur des  Archives  de  l'Inde  française,  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale, où  eile  a  reçu  le  n°  i54  bis. 


330  l^ARS-AVRIL   1906. 

cation  compiète  de  ce  mémorial  et  le  premier  volume  de 
cette  traduction  vient  de  paraitre. 

Le  volume  est  fort  élégamment  imprimé ,  avec  des  som- 
maires en  marges,  un  index  alphabétique  à  la  fin,  une  table 
analytique  des  chapitres  entre  lesquels  on  a  divisé  le  jooF^ 
nal ,  une  fort  intéressante  introduction  et  deux  appendices. 
En  regard  du  titre  est  la  i^eproduction  photographique 
d*un  portrait  -^  œuvre  évidemment  d'un  artiste  médiocre 
—  conservé  dans  la  famille  d'AnandarangappouUé.  La 
traduction  m*a  paru  exacte  et  fidèle;  elle  est  édairée  de 
temps  en  temps  par  quelques  notes  discrètes.  Mais  j*ai  pu 
constater  que  la  copie  de  Paris,  exécutée  il  y  a  déjà  cîn* 
quante  ou  soixante  ans  sur  des  originaux  mieux  conservé», 
pourrait  combler  certaines  lacunes  de  la  copie  dont  s'est 
servi  M.  Price. 

Le  premier  appendice  traite  du  nom  Maçukkarei  par  le* 
quel  Tauteur  désigne  Bourbon  et  Maurice  ;  M.  Price  adopte 
ma  traduction  •  Mascareigne  »  ;  c'est  que,  à  Tépoque,  .on 
disait ,  en  parlant  de  ces  deux  îles  :  «  les  Mascareignes  t  où 
simplement  «lesiles»;  Mascareigne  était  d'ailleurs  le  nom 
primitif  de  Bourbon. 

M.  Price  paraît  désireux  de  savoir  quelle  est  exactement 
la  consistance  de  la  copie  Ariel  (Bibliothèque  nationale). 
Après  l'addition  du  ms.  supplémentaire  n**  1 54.  hû  qui  «  été 
copié  par  les  soins  de  M.  A.  Bourgoin,  conservateur  de  ia 
Bibliothèque  de  Pondichéry,  sur  un  registre  nouveau  dé- 
couvert en  1900,  le  manuscrit  va  du  6  septembre  1736 
au  13  juillet  1761  \  et  présente  les  lacunes  suivantes  :  du 
S)  5  novembre  1748  au  a  4  juin  1749^  du  20  décembre  17&O 
au  i5  avril  1761,  du  7  mars  au  a3  avril  175a,  du  10  dér 
cembre  17 53  au  5  septembre  1754,  du  a 3  septembre  1758 
au  4  janvier  1759  et  du  12  mars  au  9  avril  1759. 

Julien  VwîJOH. 

^  ÂnandarangappouHé  mourut  ic  la  janvier  1761,  trois  jours 

avant  ia  capitulation  de  Pondichéry. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  331 

M.-A.  Stein.  —  Report  of  Arciimological  Survey  work  in  tue 
NortH'Western  Frontier  Province  and  Balvchistan  ,  for 
the  period  from  January  2**,  1904»  to  March  3i*\  1906. 
Peshawar,  1906;  in-fol.  56  pages. 

Le  D*^  M.-A.  Stein,  dont  l'activité  méthodique  sufTit  à  toutes 
les  tâches,  a  joint  récemment  aux  fonctions  d'inspecteur 
général  de  renseignement,  qu'il  exerçait  auparavant,  celles 
Ôl  Archœological  Surveyor,  Nul  assurément  n'était  mieux  qua- 
lifié que  ce  sagace  et  heureux  explorateur  pour  rechercher, 
sur  le  sol  du  Gandhâra  et  de  l'Udyâna ,  les  restes  de  cette 
antique  culture  buddhique  dont  il  a  su  retrouver  les  vestiges 
jusque  dans  les  sables  du  Turkestan.  Le  présent  rapport,  qui 
contient  la  relation  des  tournées  effectuées  par  M.  Stein 
pendant  l'année  1  god  >  nous  apporte  déjà  des  résultats  pleins 
d*intérét  sur  les  antiquités  du  district  de  Kohat,  du  Mahaban 
et  du  Baluchistan. 

Kohat  est  un  district  situé  sur  la  frontière  afghane,  entre 
ceux  de  Peshawar  au  nord  et  de  Bannu  au  sud.  Ces  deux 
derniers  forment  le  bassin  de  la  rivière  Kurram,  une  des 
plus  anciennement  connues  parmi  les  rivières  de  l'Inde,  car 
elle  est  mentionnée ,  sous  le  nom  de  Kramu  dans  la  nadîstuti, 
RV. ,  X,  76.  Cette  région  lut  traversée,  au  v*  et  au  vu*  siècle, 
par  les  pèlerins  chinois  Fa-hian  et  Hiuan-tsang.  Fa-hian, 
partant  de  Hai-lo  (Hidda,  5  m.  S.  de  Jalalabad),  sur  la 
frontière  du  pays  de  Nagara  (Nangrahar),  franchit  les  Petites 
Montagnes  neigeuses  (le  Safed-Koh)  et  arriva  au  royaume 
de  Lo-i  (haute  vallée  du  Kurram) ,  où  habitaient  3ooo  moines 
étudiant  les  deux  Yânas.  De  ià  il  descendit  vers  le  Sud  et 
arriva  au  pays  de  Po-na  (Banna)  qui  comptait  à  peu  près 
autant  de  moines,  mais  tous  adhérents  du  Hînayàna  ^ 

Hiuan-lsang,  retournant  de  l'Inde  vers  Kabul  et  la  Chine, 
passa  à  Lan-po  (  sk.  Lampaka  =  Laghman  ) ,  d'où  il  marcha 
i5  jours  vers  le  Sud  jusqu'à  Fa-la-na  (Bannu).  Ce  pays  était 

^  Fa-hian,  trad.  Legge,  p.  36  et  suiv. 


332  MARS-AVHIL   1906. 

sous  la  dépendance  du  Kapiça;  il  était  limitrophe,  à  TGaest, 
du  Ki-kiang-na  (le  Kikan  des  Arabes),  région  montagneuse 
habitée  par  des  tribus  indépendantes  (=  Waziristan).  La 
route  suivie  par  le  pèlerin  était  la  grande  route  qui  joignait 
la  région  de  Kabul  au  cours  moyen  de  Tlndus  :  elle  traversait 
le  Safed-Koh  et  suivait  la  vallée  du  Kurram  jusqu^à  son 
confluent  avec  Tlndus.  Quant  à  la  capitale  du  pays  de  FaAa-na, 
M.  Slein  croit  en  retrouver  la  trace  à  Akra,  7  m.  S.  S.  O.  de 
Bannu,  où  de  nombreux  monticules  paraissent  témoigner  de 
Texistence  dune  ancienne  cité.  Cette  hypothèse  devra  être 
vérifiée  par  des  fouilles,  car  il  ne  reste  sur  le  sol  aucun  vestige 
caractéristique. 

11  n'en  est  pas  de  même  à  Kaiirkot.  Sur  un  platean  isolé 
du  Kliasor  Range,  qui  domine  le  confluent  du  Kurram  avec 
rindus,  se  trouvent  les  ruines  d'une  ancienne  forteresse, 
consistant  principalement  en  un  mur  bastionné  qui  fait  le 
tour  du  plateau.  La  surface  délimitée  par  ce  mur  parait  être 
d  une  vingtaine  d'hectares.  La  maçonnerie  est  d'nne  curieuse 
diversité  :  tantôt  des  pierres  de  dimensions  énormes,  gros- 
sièrement épannelées  vers  Textérieur,  mais  de  formes  et  de 
dimensions  irrégulières ,  sont  empilées  les  unes  sur  les  autres, 
les  interstices  étant  comblés  par  des  cailloux  (type  très 
commun  dans  le  Gandhâra  et  TUdyâna);  tantôt  les  pierres, 
de  dimensions  inégales,  sont  taillées  de  manière  à  former 
des  assises  horizontales ,  les  plus  grandes  formant  la  base  des 
murs,  les  plus  petites  le  parapet;  tantôt  enfin  un  noyau  de 
moellons  est  revêtu  de  deux  parements  de  grès  soigneusement 
appareillés.  Dans  cette  enceinte  se  trouvent  les  ruines  de 
quatre  petits  sanctuaires  et  d  une  maison  d'habitation  à  deux 
étages  ;  un  cinquième  temple  est  à  l'extérieur  du  fort ,  sur  le 
bord  de  la  rivière. 

(]es  constructions  paraissent  dater  du  viii'  au  x*  siècle;  elles 
ne  portent  aucune  trace  d'occupation  musulmane. 

Dans  le  district  de  Hazara ,  M.  Stetn  a  fait  une  curieuse 
oliscrvation  concernant  le  rocher  de  Mansehra,  qui  porte  une 
inscription  d*Açoka.  Le  choix  de  ce  site  parait  d'abord  étrange. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  333 

car  les  environs  sont  déserts.  Mais  au  pied  du  rocher  passe 
un  vieux  sentier  qui  conduit  de  Mansehra  au  tïrtha  de  Breri 
(5  m.  N.  0.  de  Mansehra) ,  où  on  se  rend  en  pèlerinage  pour 
vénérer  un  grand  rocher  qui  est  une  forme  naturelle  (sva- 
yainbhû)  de  Durgâ  (Breri  =  Bhattarikâ,  i.  e.  Durgâ).  La 
présence  de  l'inscription  sur  le  chemin  d'un  pèlerinage  sans 
doute  fort  ancien  s'explique  facilement;  c'est  ainsi  que  les 
édits  sur  roc  de  Junagadh  sont  sur  la  route  des  sanctuaires 
du  mont  Girnar. 

Nous  arrivons  au  chapitre  le  plus  curieux  du  rapport  de 
M.  Stein  :  l'exploration  du  Mahahan.  On  donne  ce  nom  au 
massif  montagneux  qui  s'enfonce  comme  un  coin  dans  la 
frontière  indienne,  entre  les  districts  de  Peshawar  et  de 
Hazara,  et  qui  domine  la  rive  droite  de  l'indus,  en  face  d'Ab- 
bottabad.  Il  ne  jouissait  que  d'une  notoriété  modeste  lorsque, 
en  1 848 ,  le  général  Abbott  crut  y  retrouver  le  roc  fortifié 
d'Aornos  qui  fut  assiégé  et  pris  par  Alexandre.  En  Angleterre , 
tout  ce  qui  touche  de  près  ou  de  loin  à  la  Grèce  est  assuré 
d'une  célébrité  immédiate  :  le  Mahaban  devint  donc  célèbre, 
en  attendant  le  jour  oii  le  D"^  Stein  devait  le  dépouiller  de  son 
auréole  classique.  La  chose  s'est  faite  très  simplement.  Abbott 
avait  regardé  le  Mahaban  de  fort  loin  :  comme  il  n'en  pouvait 
distinguer  les  détails,  il  s'était  facilement  persuadé  que  le 
site  répondait  exactement  aux  descriptions  des  historiens 
d'Alexandre.  Il  se  plaisait  notamment  à  y  voir  —  in  his  mind's 
eye  —  un  grand  plateau  abondamment  arrosé.  Or  quand 
M.  Stein,  après  de  laborieuses  négociations  avec  les  tribus, 
réussit  à  mettre  le  pied  sur  le  prétendu  Aornos ,  que  vit-il  ? 
Au  point  d'intersection  de  quatre  longues  arêtes  rocheuses, 
une  petite  terrasse  d'environ  i3o-i3o  mètres  de  long  sur 
25-6o  mètres  de  large.  L'escorte  n'y  était  pas  à  l'aise ,  d'autant 
que  la  source  d'eau  pure  promise  par  Arrien  était  aussi  invi- 
sible que  les  terres  arablei4dont  ia  culture,  selon  le  même 
auteur,  exigeait  le  travail  d'un  millier  d'hommes.  En  somme, 
la  question  que  M.  Vincent  Smith,  dans  sa  récente  Histoire  de 
VInde,  considérait  comme  «defmitely  setlled»,  Test  en  effet, 


334  MARS-AVRIL   1906. 

mais  dans  le  sens  négatif  :  le  M ahaban  n'est  pas  TÂornos.  Sar 
([uel  rocher  se  posera  désormais  ce  nom  flottant?  M.  Stdn 
n'est  pas  éloigné  de  croire  que  le  fameux  siège  n*a  eu  lieu 
que  dans  le  pays  chimérique  où  Alexandre  accomplit  tant  de 
miraculeuses  prouesses.  C'est  peut-être  pousser  on  peu  loin 
le  scepticisme.  Sur  un  autre  point  encore ,  M.  Stein  tient  un 
langage  inquiétant.  On  sait  cpie  la  région  de  Peshawar  a 
fourni  a  Tépigraphie  un  assez  grand  nombre  d'inscriptions 
en  caractères  inconnus.  Suivant  les  renseignements  donnés 
par  leurs  inventeurs,  les  unes  provenaient  du  Mahaban,  les 
autres  du  Buner.  Or  M.  Stein  a  été  au  Buner  et  au  M  ahaban, 
sans  pouvoir  trouver  nulle  part  la  moindre  trace,  le  moindre 
souvenir  de  ces  inscriptions.  Un  émule  d'Islam  Akhun  aorait-ii 
été  à  l'œuvre  de  ce  côté  ? 

La  seconde  découverte  de  M.  Stein  est  la  localisation  du 
stiipa  du  «Don  du  corps».  Il  y  avait  dans  l'Inde  du  Nord 
«  quatre  grands  stupas  »  marquant  respectivement  les  endroits 
où  le  Bodhisattva  avait  donné  par  charité  un  morceau  de  sa 
chair,  ses  yeux,  sa  tète  et  son  corps.  Le  stûpa  do  Don  de  ia 
tête  était  à  Taksaçilâ  (Shah-ki-Dheri ,  près  Peshawar);  celui 
du  Don  des  yeux  a  été  localisé  par  M.  Foucher  à  Poskaravati, 
aujourd'hui  Charsadda  (BEFËO.,  I,  Sâg);  celui  do  Don  é& 
la  chair,  par  M.  Stein ,  à  Girarai  (Buner).  Restait  le  quatrième, 
que  Cunningham  plaçait  à  Manikyâla,  près  de  RawalpindL 
Pour  des  raisons  que  nous  ne  pouvons  examiner  en  détafl, 
mais  qui  paraissent  probantes ,  il  faudrait  le  chercher  sur  le 
mont  Banj ,  au  sud  de  la  chaîne  principale  du  Mahaban, 

Nous  ne  suivrons  pas  le  D'  Stein  dans  son  voyage  aux 
ruines  d'Asgram  (probablement  VAsigramma  de  Ptolémée) 
et  dans  le  Baluchistan.  Nous  en  avons  dit  assez  pour  montrer 
que  le  travail  archéologique  est  vigoureusement  poussé  sur 
ia  frontière  du  Nord-Ouest.  Nous  faisons  des  voeux  pofnr 
(}u  une  œuvre  aussi  bien  commencée  ne  soit  pas  arrêtée  par 
le  manque  de  temps  ou  de  ressources.  Le  monde  savant 
aurait  une  grande  joie  à  apprendre  que  le  Gouvernement 
de  rinde  a  donné  au  D' Stein  les  moyens  de  fouiller  un  grand 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  335 

site  historique,  tel  que  ceîui  de  la  vieille  Taksaçilâ.  11  est 
presque  sûr  que  des  trésors  scientifiques  dorment  là  à  portée 
de  la  main.  Lord  Curzon  avait  un  goût  peut-être  excessif 
pour  les  restaurations  :  puisse ,  sous  le  nouveau  règne ,  la 
pioche  hériter  de  la  faveur  dont  la  truelle  hënéficiait  sous 
Tancien  ! 

Ajoutons  que  le  point  de  vue  archéologique  n'est  pas  le 
seul  qui  ait  retenu  Tattention  du  D'  Stein.  11  s*e»t  préoccupé 
aussi  de  réunir  des  matériaux  pour  la  géographie  ancienne 
de  rinde  du  Nord,  qui  est  sa  part  contrihutive  au  Grundriss 
der  indo-arischen  Philologie,  On  apprendra  avec  satisfaction 
que  le  Grandriss  n'est  pas  mort  et  enterré,  comme  on  avait 
pu  le  craindre,  mais  qu'il  est  simplement  tombé  dans  une 
léthargie  dont  il  ne  serait  pas  impossible  qu'il  se  réveillât 
dans  un  avenir  plus  ou  moins  éloigné.  Du  vivant  de  Bûhler, 
il  en  parut  4  ou  5  fascicules  par  an  ;  après  sa  mort ,  un  ou  deux  ; 
depuis  quatre  ans  il  n'en  parait  plus  du  tout.  L'héritage 
d'Alexandre  est  lourd  sans  doute  :  il  semble  cependant 
qu'avec  quelques  e£Ports  on  parviendrait  à  achever  l'œuvre 
que  sa  mort  a  interrompue. 

L.   FiNOT. 


Orientalische  Studien  Theodor  Nôldeke  zum  siebzigstcn 
Geburtstag  {2  Màrz  1906)  geividmet  von  Freunden  und  Sckûlcrn 
und  in  ihrem  Aujtrag  keraiisgegcben  von  Cari  Bezold.  Mit  dem  Bild- 
niss  Th.  Nôldeke  s ,  einer  Tafel  und  zwôlf  Abbildangen.  2  Bande. 
Veriag  von  Aifred  Tôpelmann,  Giessen,  1906.  (Druck  von 
W.  DruguHn  in  Leipzig.) 

A  l'occasion  du  soixante-dixième  anniversaire  de  M.  Nôl- 
deke, un  grand  nombre  de  ses  amis  et  anciens  élèves  lui 
ont  présenté  un  recueil  de  mémoires  qui  dans  leur  ensemble 
sont  l'image  du  vaste  domaine  de  la  science  littéraire  où  ce 
savant  règne  en  maître  d'une  autorité  non  contestée.  Je 
suis  un  des  quatre-vingt-six  contribuants  et  je  n'oserais  en- 


336  MARS-AVRIL  ig06. 

treprendre  de  rendre  compte  du  livre,  si  je  ne  devais  ajou- 
ter en  touU^  humilité  :  quorum  pan  exiguafài. 

Le  recueil  commence  par  un  catcdogue  des  écrits  de 
M.  Nôldeke,  dressé  par  M.  Kuhn,  et  qui  embrasse  aussi  ses 
critiques  d'ouvrages  d'autres  auteurs.  Le  totcd  s^élève  au 
chiffre  respectacle  de  56 &  numéros,  et  encore  M.  Kuhn 
m'écrit  qu'il  n*est  pas  complet. 

Les  essais  de  la  première  partie  (p.  i-46i)  ont  tous  rap- 
port à  la  langue ,  la  littérature,  la  religion  et  l'histoire  des 
Arabes.  Ils  débutent  par  le  mien  qui  contient  une  hypo- 
thèse sur  la  vocation  du  Prophète.  M.  Buhl  a  soumis  à  un 
examen  critique  excellent  les  traditions  sur  les  préliminaires 
de  la  bataille  de  Bedr,  et  celles  sur  l'émigration  des  Musid- 
mans  en  Abyssin ie.  M.  Nicholson  décrit  le  fragment  d*une 
biographie  de  Mohammed  par  al  Mottawwil  (v*  siècle  de 
THég.  )  (jui  n'a  pas  encore  été  consulté  par  les  savants  euro- 
péens et  dont  le  seul  manuscrit  connu  se  trouve  dans  sa 
bibliothèque.  M.  Fischer  tâche  de  démontrer  que  les  versets 
7  et  8  de  la  sourate  loi  sont  une  interpolation  exégétique 
et  non  pas  des  paroles  coraniques  mal  placées»  M.  Geyer 
traite  des  vers  anciens  où  la  vitesse  de  la  chamelle  est  attri- 
buée à  sa  frayeur,  causée  par  un  chat  qui  s*est  attaché  à  ses 
lianes ,  doublé  parfois  d'un  co(|  ou  d'un  porc.  11  croit  qu'on  ne 
saurait  penser  à  ces  animaux  mêmes,  mais  qu'ils  figurent 
des  êtres  démoniaques, des  djinn.  M.  Schulthess  a  fourni  un 
très  bon  mémoire  sur  ie  poète  ancien  Omaya  ibn  abi'ç-Çait 
et  l'authenticité  des  vers  qu'on  lui  attribue.  Ce  poète  était 
hanif,  terme  ({ue  M.  Schulthess  considère  comme  étant 
arabe,  non  pas  emprunté  à  l'araméen,  et  signifiant  séces- 
sioniste.  L'auteur  pense  que  ce  poète  devait  ses  connais- 
sances bibli((ues  aux  Juifs  du  Yémen.  M.  Houtsma  fûgnaie 
une  version  poéticjue  du  Kalila  wa  Dimna  par  Ibn  al-Hab- 
bâriya  (t  r>o4  de  THég.)  qu'on  croyait  perdue,  mais  qui 
s'est  retrouvée  en  Inde,  où  elle  a  été  lithographiée  en  1900 
à  Bombay.  M.  Snouck  Hurgronje  communique  une  qa^Sda 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  55*3 

d\in  poète  du  Hadramôt  avec  traduetion  et  notes.  M.  Broc- 
kelmann  a  recueilli  les  fragments  du  livre  de  Mohammed 
ibn  Sallâm  al-Djomahi  (  f  aSi  )  snr  les  poètes.  M.  Lyidl  pu- 
blie un  extrait  du  Commentaire  d*Ibn  al-AnbirI  sur  les 
Mofaddallyàt  dont  il  prépare  une  édition.  Cet  extrait  con- 
tient le  récit  de   la  bataille  d*al-Kolâb  '  par  Ibn  al-KelbL 
M.  G.  Rothstein  a  trouvé  dans  le  livre  de  Shiboshtl  (i  Sgo) 
sur  les  monastères  un  épisode  intéressant  sur  les  Tâhirides 
dont  il  donne  un  aperçu.  M.  Barthold  souniet  à  un  examen 
critique  tout  ce    qu'on   sait   sur  les  premières  années  de 
Ya'qoub  le  premier  prince  SaSaride.  M.    Derenbourg  re* 
dresse  un  passage  tronqué  du  Fakhrî ,  en  insérant  un  en-tète 
qui  manque  dans  le  manuscrit.  M.  Max  van  Berchem  donne 
une  édition  sommaire  des  inscriptions  de  Tatâbek  Loulou  de 
Mossoul.  M.  Torrey  publie  d'après  le  manuscrit  de  Paris 
un  petit  traité   d'Ibn  Barrï  (+  58a)   sur  les  locutions  vi- 
cieuses, et  M.  Brûnnow  le  traité  d*Ibn  F&ris  (i  596)  stir 
Taliitération  en  arabe.  M.  Mez  parie  de  quelques  classes  de 
verbes  trilitères  de  formation  secondaire ,  conune  ceux  com- 
mençant  par  un  5  et  qui  ont  été  dérivés  de  la  1  o*  forme  ou 
bien  d  une  forme  saj^al,  d'autres  commençant  par  un  k  qui 
ont  été  formés  de  la  A*  forme ,  etc.  M.  Reckendorf  traite  de 
l'emploi  du  participe  en  arabe.  M.  Friedlânder  fait  ressortir 
les  hautes  qualités  du  «Livre  des  religions  et  des  sectes» 
par  Ibn  Hazm  et  en  analyse  la  c(Hnposition.  M.  de  Boer  ex- 
pose la  polémique  d'ai-Kindî  contre  le  dogme  de  la  Trinité. 
M.  Cheikho  publie  un  petit  traité  rdigieux  et  philosophique 
de  Honein.  M.  Fraenkel  décrit  en  détail  le  droit  d'asile  ches 
les  Arabes.  M.  Goldziher  fournit  une  étude  intéressante  sur 
les  éléments   magiques  de  la  prière  musulmane.  M.  Becker 
donne  un  article  remarquable  sur  l'usage  dumjm^r  (chaire) 
aux  premiers  temps  de  l'islamisme.  M.  Juynboll  sWcupe  de 
la   signification  primitive  du  mot  *amm   (oncle  paternel). 
M.  Macdonald  publie  l'Histoire  du  pécheur  et  du  djinnî 
d'après  le  manuscrit  des  Mille  et  une  Nuits  emjdoyé  par 
Galland.  M.  Rhodokanakis  décrit  trois  manuscrits  de  Çons- 

vu.  a  3 


338  MARS-AVRIL   ig06. 

tantînople.  M.  Eating  dessine  et  décrit  la  seUe  de  chameau 
des  Bédouins.  M.  Yahuda  donne  on  recueil  de  proverlNis 
baghdadiens  avec  traduction  et  explication.  M.  Schwdij 
fait  k  description  de  certaines  coutumes  superstitieuses  qu*3 
a  observées  au  Caire.  M.  Marçais  paile  de  reuphémisme  et 
Tantiphrase  dans  les  dialectes  arabes  d* Algérie.  M.  Basset 
a  pris  pour  sujet  de  son  article  les  mots  arabes  passés  en 
berbère.  M.  Stumme  donne  un  spécimen  d*un  poème  géogra- 
phique en  shilhi  de  &di  Hammou,  Berbère  qui  vécut  au 
XVII*  siècle.  M.  Grimme  croit  avoir  découvert  Texistence  de 
la  doctrine  du  «Logos»,  à  part  de  la  doctrine  chrétienne, 
en  Arabie  méridionale  et  en  trouve  des  traces  dans  le 
G>ran. 

La  seconde  partie  du  recueil  commence  par  une  commu- 
nication de  M.  Braun  sur  des  textes  syriens  qui  ont  rapport 
au  premier  synode  de  Constantinople.  M.  Duval  donne 
une  notice  sur  la  Rhétorique  d*Antoine  de  Tagrit.  M.  Chabot 
décrit  un  ouvrage  syriaque  d'origine  nesUxienne  intitidé 
Le  Jardin  des  Délices,  et  qui  explique  le  texte  des  leçons  des 
Dimanches  et  Fêtes  du  cycle  liturgique  annuel.  M.  Zetlerstéen 
publie  un  dialogue  en  vers  entre  le  diaUe  et  la  pécheresse 
dans  le  dialecte  araméen  appelé  fellihî.  M.  Landauer  donne 
des  notes  critiques  sur  Tédition  de  Lagarde  du  Targnm  des 
Lamentations.  M.  Gaster  traite  des  accents  dans  le  Penta- 
teuque  samaritain  et  de  la  division  en  sections.  M.  Lidxbar- 
ski  explique  les  noms  d*ange  mandéens  Uthra  et  Mdakha. 
M.  Lôw  a  dressé  une  liste  très  utile  des  noms  des  potsaons 
en  araméen.  M.  Hjelt  a  compilé  les  noms  de  plante  qui  se 
trouvent  dans  le  Hexaêmeron  de  Jacques  d*£desse.  M.  Bevan 
examine  Torigine  du  verbe  araméen  kalles  «  louer  ».  M.  J.-W. 
Rothstein  insère  un  Spécimen  criticam  sur  le  texte  hânnâqiie 
de  Jésus  Sirah;  M.  Ginzberg  donne  des  notes  eiqdicatÎTes  sur 
te  même  texte.  M.  Stade  reconstruit  la  forme  poétique  dn 
psaume  xl.  M.  Witton  Davies  présente  des  notes  critiqiiét 
et  explicatives  sur  divers  psaumes.  M.  Budde  ^g^min^  le 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  33^ 

système  de  vocalisation  hébraïque  de  l'école  de  Tibérias. 
M.  Nowack  s'occupe  de  la  question  toujours  brûlante  de 
savoir  si  la  littérature  hébraïque  a  connu  un  mètre  et  quel 
en  est  le  caractère.  Sa  réponse  à  la  première  question  est 
affirmative  et  il  croit  que  ce  mètre  se  basait  sur  l'accent. 
M.  Ëerdmans  traite  de  la  fête  israélite  des  mazzoth  (pain 
azyme)  qu'il  considère  comme  étant  originellement  indépen- 
dante de  la  fête  de  Pâques.  M.  Marti  trace  le  tableau  des 
événements  du  temps  suprême  selon  l'Ancien  Testament. 
M.  Sellin  étudie  la  question  très  discutée  de  l'ephod  des 
prêtres  israélites  qu'il  croit  avoir  été  toujours  une  espèce 
de  tablier.  M.  Westphal  étudie  la  signification  originelle  de 
l'expression  «armée  céleste»  chez  les  Hébreux.  M.  Baudissin 
tâche  d'éclaircir  la  question  de  l'identification  du  dieu  phé- 
nicien Esmoun  avec  Esculape.  M.  Seybold  explique  les  mots 
hébreux  herîth  «  alliance  » ,  rôsk  keleh  «  tête  de  chien  »  et  rôsh 
hamôr  «  tête  d'àne  ».  M.  Moore  démontre  que  par  le  yotèret  de 
la  foi  dans  le  sacrifice  il  faut  entendre  le  «Lobus  caudatus». 
M.  Kautzsch  expose  les  raisons  pour  lesquelles  on  a  attribué 
à  tort  à  l'influence  de  l'araméen  le  doublement  du  premier 
radical  des  verbes  mediœ  geminatœ  en  hébreu.  M.  D.-H: 
MûUer  parle  des  substantifs  verbaux  et  en  donne  des  exemples 
en  mahrï  et  en  soqotrî.  M.  Barth  signale  les  changements 
que  les  mots  subissent  par  suite  de  leur  accouplement  avec 
d'autres  mots.  M.  Toy  a  intitulé  son  mémoire  :  La  conception 
sémitique  d'ane  loi  absolue.  Il  entend  par  là  la  loi  divine 
comme  elle  a  été  révélée  à  Moïse  et  à  Mohammed. 

M.  Soltau  s'occupe  des  légendes  sur  saint  Pierre  dans  les 
Actes  des  Apôtres  et  de  la  composition  de  cet  écrit.  M.  Niese 
a  pris  pour  sujet  de  son  mémoire  la  lettre  du  consid  Gains 
Fannius  à  l'archonte  de  Kos  en  faveur  d'une  ambassade  de* 
Juifs,  qui  se  trouve  dans  le  i4*  livre  de  VArcliéologie  de 
Josèphe.  Il  démontre  que  cette  lettre  a  été  donnée  en  161/0 
avant  J.-C.  et  que  l'ambassade  est  celle  qui  partit  pour  Rome 
après  la  victoire  de  Judas  le  Maccabé  sur  Nicanor.  M.  Neumann 
parle  des  causes  de  la  persécution  des  chrétiens  par  Decius 


340  MAI-JUIN  1906. 

le  temple,  puis  les  questions  et  les  réponses  qui  s'en- 
suivaient. Dans  la  iégisiation  d'Amasis,  c  était  — 
ainsi  que  dans  la  législation  romaine  —  le  verse- 
ment, réel  ou  fictif,  d'un  prix  convenu,  représenté 
par  un  poids  du  métal  formant  le  numéraire. 

«  Dans  notre  acte ,  cette  mancipation  a  encore  les 
mêmes  conséquences  qu  elle  avait  du  temps  d'Âma- 
sis.  Elle  constitue  la  cérémonie  de  ia  prise  pour 
femme  et  cest  ce  qu  indique  la  phrase  :  «  Tu  m'as 
«prise  pour  femme  aujourd'hui,  tu  mas  donné  un 
«  kati  fondu  de  la  double  maison  de  vie  pour  mon 
«  neb  himet  en  t'établissant  mon  mari.  »  Mais  ce 
prix  versé  par  le  mari  pour  son  droit  de  maîtrise 
n'est  encore  ici  considéré  que  comme  un  apport 
matrimonial,  remboursable  dans  certains  cas,  du 
moment  où  ie  mari  n  acquiert  plus  sur  sa  femme 
les  droits  de  quasi -propriété  que  lui  permettaient 
d'acquérir  les  lois  d'Âmasis.  Par  cela  même ,  le  mari 
devient  le  créancier  de  sa  femme;  et  o'èst  oette-ci 
qui  doit  parier  comme  le  fait  toujours  un  débiteur. 

«  D'après  les  principes  légaux  du  code  de  Boo- 
choris ,  rien  de  plus  logique  que  cette  première  dé- 
rivation d'une  législation  transitoire  dont  certaines 
formes  subsistaient  encore,  alors  que  le  fond  s'en 
allait,  emporté  par  la  réaction  des  mœurs  publiques. 

«  Plus  tard  on  ne  voulut  plus  admettre  que  ce  fut 
la  femme  qui  s'obligeât  comme  débitrice  envers  son 
mari,  tout  en  trouvant  bon  que  le  mari  versât  à  sa 
nouvelle  épouse  une  somme  d'argent  pour  son  neh 
himet  Une  des  formes  les  plus  fréquentes  dos  ooa- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  341 

sur  son  livre  «  Zoroaster  the  Propketn.  M.  Horn  a  recueilli  tous 
les  passages  du  Shahnameh  où  sont  décrits  la  pointe  et  la 
fin  du  jour,  le  midi ,  le  soir,  la  nuit ,  le  lever  et  le  coucher 
de  la  lune.  M.  Jacob  décrit  le  cabaret,  le  vin  et  toul  ce  qui 
y  appartient  d'après  les  Gazels  de  Hâfiz.  M.  Hùbschmann 
propose  une  nouvelle  étymologie  du  mot  grec  xteis.  M.  Giese 
traduit  deux  épisodes  d'un  roman  turc  de  Hûsën  Rahmi,  qui 
peignent  la  vie  populaire  à  Constantinople.  Le  dernier  article 
est  celui  de  M.  Spiegelberg  qui  examine  ce  que  les  monuments 
araméens  de  la  période  persane  trouvés  en  Egypte  nous 
apprennent  sur  la  langue  égyptienne. 

J'ai  fait  cet  exposé  sommaire  du  contenu  de  ce  recueil 
pour  donner  une  idée  de  sa  richesse.  11  est  tout  naturel  que 
toutes  les  pièces  n'aient  pas  la  même  importance,  mais  il 
n'y  en  a  pas ,  ou  presque  pas ,  qui  soient  dépourvues  d'intérêt , 
et  celles  qu'on  peut  considérer  comme  des  bijoux  ne  sont 
pas  rares.  Ensemble  elles  forment  un  monument  digne  de 
l'illustre  savant  en  l'honneur  duquel  il  a  été  élevé. 

M.  Bezold  a  bien  voulu  se  charger  de  la  correspondance 
et  de  la  rédaction  et  il  s'est  acquitté  de  cette  tâche  à  merveille. 
Ensuite  il  a  doublé  la  valeur  pratique  du  recueil  par  deux 
index,  l'un  des  noms  propres,  l'autre  des  mots  expliqués. 
L'exécution  typographique  fait  grand  honneur  à  MM.  Tôpel- 
mann  à  Giessen,  et  Baensch,  de  la  maison  Drugulin,  à 
Leipzig.  Le  portrait  de  M.  Nôldeke  est  très  réussi. 
Leide,  avril  1906. 

M.  J.  DE  GOEJE. 


KunuKn-ENGiisn  dictwnary.  Part  L  By  Rev.  FercL  Hahn,  Ev.  luth. 
Mission,  Chota-Nagpore.  Calcntta,  Bengal  Secrétariat  Press, 
1903,  in-8°,  (iv)-i84  pages. 

Ce  livre ,  qui  fait  suite  à  l'excellente  grammaire  du  même 
auteur,  devra  rendre  de  grands  services  en  contribuant  à 


342  MARS-AVRIL  1906. 

faire  connaître  1  une  des  langues  dravîdiennes  les  plus  inté- 
ressantes et  les  moins  connues.  Les  mots  sont  en  majorité 
dravidiens, comme  il  est  naturel,  mais  il  y  en  a  un  nombre 
important  dont  Torigine  parait  difficile  à  établir;  on  trouve 
aussi,  mais  moins  souvent  qu  on  ne  s  y  serait  attendu,  des 
expressions  empruntées  aux  langues  gaudiennes  environ- 
nantes :  Hindi,  Bengali,  Urlya.  L'auteur  a  droit  à  tous  les 
remerciments  et  à  toutes  les  félicitations. 

Julien  ViNSON. 


KaLIN ATH  MaKHBRJI.  POPULAR  BINDU  ASTRONOMY.  Part  I.  —  Cd- 

cutta,  igoS. 
Le  même.  Atlas  of uindu  Astronomy,  —  Calcutta,  1901. 

Depuis  plus  d'un  siècle  on  étudie  lastronomie  indone.  Les 
grands  traités  indigènes,  entre  autres  le  Sârya-Siddkânta , 
ont  été  publiés  et  traduits.  On  sait  par  quelles  étapes  cette 
science  a  passé ,  et  il  a  été  possible  d  en  écrire  Thistoire.  Wus 
d'une  question  est  cependant  controversée,  par  exemple 
celle  des  origines  du  zodiaque  lunaire. 

M.  Kalinatb  Mukherji  ne  s'est  pas  proposé  de  résoudre  de 
tels  problèmes.  Il  a  voulu  écrire  un  livre  accessible  an  grand 
public  lettré  et  donner  de  Tastronomie  indoue  une  elposi- 
tion  «  populaire  ».  Ces  modestes  prétentions  ne  Tont  pas  em- 
pêché de  composer  un  ouvrage  à  la  fois  utile  et  scientifique. 
Les  rapprochements  variés  dont  il  a  su  Tenrichir  témoignent 
même  d'une  solide  érudition. 

La  première  partie  de  cet  ouvrage  traite  des  constellations 
et  des  naksatras  ou  astérismes  lunaires.  On  sait  quel  rôle  im- 
portant ont  joué  et  jouent  encore  dans  Tlnde  ces  nakçatras. 
Dès  la  période  védique ,  ils  servirent  de  base  an  calendrier. 
Ils  constituèrent  un  zodiaque  de  37  figures  avec  chacune  des- 
quelles la  pleine  lune  peut  entrer  en  conjonction.  Ces  asté- 
rismes sont  décrits  avec  beaucoup  de  soin  dans  le  livre  de 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  343 

M .  Kalinath  Mukherji.  Ils  sont  en  outre  l'objet  d  une  notice 
dont  les  éléments  sont  empruntés  à  la  littérature  sanskrite , 
en  particulier  aux  Védas  et  aux  Purânas. 

A  ce  titre  d*ailleurs,  toute  Tintroduction  est  dun  vif  inté- 
rêt. C'est  un  chapitre  très  nourri  de  citations,  où  l'auteur 
montre  l'origine  astronomique  d'un  grand  nombre  de  mythes 
indous.  Parmi  les  dix  exemples  réunis,  le  premier  surtout 
est  instructif;  il  s'agit  de  la  voie  lactée  et  des  différentes 
conceptions  que  s'en  firent  les  sages  védiques. 

L'atlas  par  lequel  M.  Kalinath  Mukherji  inaugura  ses 
publications  a  pour  objet  d'illustrer  les  descriptions  fournies 
par  la  Popular  hinda  Astronomy.  Toutefois  c'est  un  ouvrage 
qui  se  suffit  à  lui-même.  Il  comprend  en  effet  une  introduc- 
tion dans  laquelle  les  étoiles  de  chaque  partie  de  la  sphère 
céleste  sont  systématiquement  classées  et  leurs  caractères 
brièvement  indiqués. 

L*atlas  comprend  lo  planches.  Les  six  premières  repré- 
sentent la  sphère  céleste  et  les  constellations  qui  la  com- 
posent. Les  quatre  autres  expliquent  les  phénomènes  astro- 
nomiques, jour  et  nuit,  saisons,  éclipses,  etc.  11  faut  louer  la 
finesse  et  la  beauté  de  ces  planches.  Entres  toutes,  la  cin- 
quième mérite  un  éloge  sans  réserve.  Elle  consiste  dans  la 
carte  du  ciel  avec  représentation  figurée  des  constellations. 
C'est  une  véritable  œuvre  d'art  qu'il  sera  di£5cile  de  surpasser. 

A.  GUÉRINOT. 


344  MARS-AVRIL  1906. 

RECUEIL  D'ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE, 

PUBLIÉ  PAR  M.  GLERMONT-GANNEAU. 
(paris,  S.  LEROUX.) 

TOME  vir,  LIVRAISONS  8-1 5.  (Octobre  igoS-Mars  1906.) 

SOMMAIRE. 

S  10.  l-ne  inscription  néo-punique  datée  du  proconsulat  de  L.  Ae- 
lius  Lamia  (planche  I).  [Suite  et  fin.]  —  S  11 .  La  relation 
de  voyage  de  Benjamin  deTudèle.  —  S  12.  Le  pMerioage 
de  Louis  de  Rochechouart  —  S  13,  Fiches  et  I^ottUes  : 
L*inscription  punique  C,  L  S,,  1,  n"*  293;  Inscriptions 
judéo-grecques  d^Alexandrie;  Anses  d'amphores  estam- 
pillées découvertes  à  Carthage.  —  S  14.  L'Horacleion  de 
Rahbat-Ammon  Phikddphie  et  la  déesse  Aateria.  — • 
S  15.  Une  nouvelle  inscription  nahatéenne  de  Bostra.  — 
S  16.  Une  qkazzia  romaine  contre  les  Agriophages.  — 
S  17.  La  fête  de  l'empereur  Hadrien  à  Pidmyre.  — 
S  18.  Le  iâdj'ddr  Imrou*l-Qais  et  la  royauté  gén^le  des 
Arabes.  —  S  19.  Le  dieu  Echmoun.  —  S  20.  Infcrip- 
tions  gi*ecques  de  Pdestiiîe.  —  S  21.  Nouvellea  in- 
scriptions latines  et  grecques  du  Haurân.  —  S  22,  Inscrîp 
tion  samaritaine  de  Gaza  et  inscriptions  grecques  aa 
Bersahée.  —  S  23.  Les  Comptes  rendus  de  TAcadteie  des 
inscriptions  et  belles-lettres.  —  S  24.  Fiehei  et  Natulm  : 
Inscription  grecque  Wadd.  n**  22 10;  Le  dieu  Ethaos;  Le 
«priDcc  héritier»  en  phénicien  et  en  hébreu;  aSSiSos^  Le 
mcmorion;  Le  comte  Patricius;  Gérard,  de  TOrdre  de 
THôpital,  évéque  de  Balanée  de  Syrie;  Histoire  d*Égypte, 
de  Maqrîzi;  Deux  projets  de  croisades  des  zm*  et  zi?* 
siècles.  —  S  25.  Le  sirr  sanctifié.  —  S  26.  La  Province 
d'Arabie.  —  S  27.  Inscription  grecque  de  Esdoûd.  — 
S  28.  L'expédition  américaine  dans  la  Syrie  centrale.  — 
S  29.  Inscriptions  de  la  Haute  Syrie  et  de  Mésopotamie. 
—  S  30.  Fiches  et  Notules  :  Le  comte  Anthimos,  gouver- 
neur d'Arabie;  Inscription  byzantine  de  Sinope;  L*édit 
d'Agrippa  II;  Abdalgas  et  Olbanès;  L'ostrakon  araméen 
Cowley.  (  A  suivre,) 


Le  gératU  : 

RuBENs  Dotal. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

MAI-JUIN  1906. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ 

(SECONDE  PARTIE). 


PAR 

M.  E.  REVILLOUT. 

(suite  et  fin  ^) 


«  Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  que  nous  sommes 
ici,  par  excellence,  dans  une  époque  de  transition. 
On  avait  des  réminiscences  de  ce  qui  s'était  fait 
avant  qu'Amasis  n'essayât  de  changer  les  bases  de  la 
société  égyptienne  ;  on  avait  des  réminiscences  de  ce 
qui  s'était  fait  sous  Amasis  ou  au  commencement  du 
règne  de  Darius;  et  on  combinait  cela  souvent  d'une 
façon  bien  singulière. 

«  Notre  contrat  tient  à  la  fois  de  i  acte  civil  et  du 
contrat  qui,  précédant  cet  acte  de  l'état  civil,  était 
relatif  aux  biens. 

«  Comme  les  actes  de  l'état  civil ,  il  constate  la  céré- 
monie qui  lie  le  lien  conjugal.  Dans  la  législation 
archaïque  c'était  la  rencontre  des  deux  parties  dans 

*  Voit*  les  numéros  de  janvier-février  1906,  p.  57*101,  et  mars* 
avril  1906,  p,  161-233. 

VII.  a  3 

tlirUlUaU    ■ATIOIALB. 


348  MAI-JUIN  1906. 

«  J'abandonnerai  pour  toi  le  tiers  de  la  totalité  de 
«  biens  quelconques  que  je  ferai  être,  sans  allouer 
«  aucun  acte ,  aucune  parole  au  monde.  • 

«  Le  tout  est  attesté  par  un  notaire  et  quatre  té- 
moins. » 

Nous  rayons  vu  dans  fextrait  du  livre  que  nous 
venons  de  citer,  de  même  que  le  contrat  de  mariage 
par  créance  nuptiale  fut,  d*une  part,  iodéGniment 
conservé ,  quand  dans  des  unions  qu*on  authentifiait 
des  enfants  étaient  déjà  nés,  et,  d'une  autre  part, 
dans  le  cas  contraire ,  devint  forigine  égyptienne  du 
contrat  proprement  dotal;  — de  même  le  contrat  par 
vente  du  neb  himet  devint  à  son  tour  Forigiiie  du 
contrat  égyptien  par  don  nuptial ,  qu*on  a  voulu,  bien 
il  tort,  comparer  au  \-ieux  tirhata  babylonien.  Le  tir- 
hatu  de  Hammourabi  n*est  nullement  un  don  nuptial 
fait  à  la  femme,  en  dépit  du  nom  de  nadmum  qu*on 
lui  donne  quelquefois  :  c'est  un  capital  de  garantie 
pour  le  serikta.  Il  ne  faut  pas,  par  conséquent. 
comme  on  fa  fait,  fui  appliquer  ce  que  nous  avions 
dit  pour  le  shep  et  y  voir  la  trace  permanente  d*une 
untique  coemptio ,  —  ce  qui  est  incontestablement 
>Tai  pour  le  don  nuptial  égyptien. 

Reproduisons  ici  le  formulaire  d'uade  cescontrats 
par  don  nuptial,  que  nous  possédons  en  grand 
nombre  pour  une  époque  bien  postérieure  :  le  temps 
des  Ptolémées. 

«  L'an  2  1 ,  épiphi ,  du  roi  Ptoiémée,  fils  de  Ptolé- 
niée  et  dWrsinoé,  les  deux  frères;  CaUistos,  fils  de 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  349 

Phiiistion,  étant  prêtre  d'Alexandre  et  des  dieux  frères 
et  des  dieux  Évergètes,  Bérénice,  fille  de  Sosipatre, 
étant  canephore  devant  Arsinoé  Philadelphe. 

«  Le  Grec  Mêlas,  fils  d'Apollonius,  dont  la  mère 
est  Chati,  dit  à  la  femme  Tsetbast,  fille  de  Ptolémée, 
dont  la  mère  est  Tsetamen  : 

«Je  tai  prise  pour  femme.  Je  tai  donné  un  ar- 
«  genteus  {outen) ,  en  sekels  5 ,  un  argenteus  en  tout 
«  pour  ton  don  nuptial  [shep  en  himet,  mot  à  mot  :  ca- 
«  deati  de  femme). 

«  Je  t'établirai  comme  femme.  Si  je  te  méprise,  si 
«  je  cherche  une  autre  femme  que  toi ,  je  te  donnerai 
«  a  argentei,  en  sekels  (statères)  10,2  argentei  en 
«  tout,  en  dehors  de  l'argenteus  ci -dessus  cpie  je 
«  t'ai  donné  pour  ton  don  nuptial,  —  ce  qui  fait  3 
«  argentei ,  en  sekels  1 5 ,  3  argentei  en  tout. 

«  Ton  fils  aine ,  mon  fils  aîné ,  sera  le  maître  de 
«  tous  mes  biens  présents  et  de  ceux  que  j'acquerrai. 

«  Que  je  te  donne  le  tiers  de  tous  mes  biens  pré- 
«  sents  et  de  ceux  que  j'acquerrai ...» 

Ce  contrat  contient  les  mêmes  éléments  (pie 
celui  de  Darius  dérivé  de  l'antique  coemptio  et  relatif 
à  l'achat  du  neb  himet.  L'argent  du  neb  himet  est  devenu 
le  shep  en  himet  «  don  de  femme  ».  Quant  à  toutes  les 
autres  clauses ,  elles  sont  retournées,  car,  dans  l'inter- 
valle, était  intervenu  le  code  des  dynasties  natio- 
nales révoltées  contre  les  Perses,  et  qui  avait  très 
écpiitablement  réglé  l'état  des  choses  résultant  des 
nouvelles  coutumes. 


350  MAI-JUIN   1906. 

D après  ce  code,  la  puissance  maritale  était 
d  ailleurs  définitivement  abolie.  G  était  le  mari  qui 
toujours  était  obligé  d'entretenir  sa  fenmie,  et  par 
conséquent  de  lui  payer  le  tiers  que  la  femme  ver- 
sait après  Tachât  du  neb  himeL  C'était  lui  qui  devait 
aussi  dédommager  la  femme  en  cas  de  divorce.  Enfin 
un  article  surajouté  spécifiait  les  droits  des  enfants 
-*-  représentés  par  le  fils  aîné  —  dstns  rhérédité  du 
père,  absolument  comme  dans  Tanden  mariage 
religieux,  comparable  à  la  confarreatio  romaine. 

La  transformation  d'un  prix  d'achat  - —  mâme 
d'usage  de  la  femme  —  en  cadeau  de  femme  i  l'oc- 
casion de  ses  noces,  était  capitale.  Elle  remettait  les 
choses  il  un  point  dé  vue  plus  acceptable.  Aussi  lo 
don  nuptial  se  généralisa-t-il  pour  beaucoup  dépeuples 
voisins  de  l'Egypte.  En  Arabie,  il  devint  de  règle  et 
fiit  adopté  plus  tard  par  Mahomet.  Il  est  encore  de 
coutume  chez  les  Arabes ,  et  le  taux  minimum  fixé  par 
le  droit  musulman  suit  à  peu  près  la  moyenne  des 
anciens  tarifs  égyptiens,  telle  quelle  résulte  des  oon* 
trats  de  mariage ptolémaïques.  Ce  qui  prouve  d'ailleurs 
que  ce  n'était  pas  là  un  emprunt  aux  usages  sémi- 
tiques, mais  bien  au  droit  égyptien  secondaire,  c'est 
qu'on  ne  trouve  rien  de  tel  en  Chaldée ,  je  l'ai  déjà 
dit  à  propos  du  tirliata. 

Quant  au  tiers  des  acquêts ,  fourni  d'abord  sous 
Darius  annuellement,  tantôt  par  le  mari,  s'il  s'agis- 
sait d'un  mariage  par  créance  nuptiale,  tantôt  paria 
femme,  s'il  s'agissait  d'un  mariage  dérivé  de  l'antique 
coeniplio,  il  s'échangeait  souvent,  d'après  le  nouveau 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  351 

code  —  et  cela  dans  les  deux  cas  —  avec  une  pen- 
sion alimentaire  au  profit  de  la  femme. 

Je  vais  encore  citer,  au  hasard,  un  contrat  de 
shep  en  himet  appartenant  à  ce  type. 

«  An  1  4,  épiphi ,  du  roi  Harmachis,  vivant  toujours, 
aimant  Isis,  aimant  Amonrasouknt,  le  dieu  grand. 

«  Le  changeur,  habitant  de  Thèbes,  Petimaut,  fils 
de  Pabast,  dont  la  mère  est  Tsetub,  dit  à  la  femme 
Tbal ,  fdle  de  Paret,  dont  la  mère  est  Tsetimouth  : 

«  Je  t  ai  prise  pour  femme.  Je  t  ai  donné  a  argentei , 
«en  sekels  lo,  a  argentei  en  tout,  pour  ton  don 
(c  (nuptial)  de  femme. 

«  Que  je  te  donne  36  artabes  de  blé ,  les  deux  tiers 
«  a4i  36  artabes  de  blé  en  tout;  plus  a  argentei 
«  (outen)  et  4  dixièmes  (katis);  en  sekels  (statères)  1 2, 
«  a  argentei  et  4  dixièmes  en  tout;  plus  la  xfiSs 
a  d'huile  de  sésame,  i  a  )(qvs  d'huile  de  x/x<,  ce  qui 
«  fait  a  4  x^*'*  de  liquide ,  pour  ta  pension  d  une  année. 
«  Que  je  te  donne  cela  par  année  quelconque,  C  est 
M  toi  qui  prends  puissance  d  exiger  le  payement  de  ta 
«  pension,  qui  sera  à  ma  charge.  Que  je  te  donne  cela, 

«  Que  les  enfants  que  tu  engendreras  soient  les 
a  maîtres  de  la  totalité  des  biens  qui  sont  à  moi  et 
«  que  je  posséderai, 

«Je  t'établirai  pour  femme.  Que  je  te  dédaigne, 
«  que  je  cherche  une  autre  femme  que  toi ,  je  te  ferai 
«  10  argentei,  en  sekels  5o,  lo  argentei  en  tout, 
«  en  dehors  de  tes  a  argentei  ci-dessus ,  que  je  t'ai 
«donnés  pour  ton  don  nuptial  de  femme,  ce  qui 


352  MAl-JUJN  1906. 

«  complète  i  s  argentcî ,  en  sekels  60 ,  1  a  argentei 
«  en  tout .  sans  all^[uer  aucune  pièce,  aucune  parole 
t  au  inonde  avec  toi.  • 

De  manas,  il  n  était  plus  du  tout  question  dans 
ce  mariage,  dérivé  pourtant  de  lantique  coemptio. 
IjSl  manus  avait  été  définitivement  abolie  dans  le 
code  promulgué  par  les  rois  nationaux  révoltés 
contre  les  Perses,  en  même  temps,  du  reste,  que  le 
cens  quinquennal  qui  n'avait  plus  d'objet  légal. 

En  effet ,  toutes  les  aliénations,  réelles  ou  fictives, 
des  personnes  ingénues  avaient  été  supprimées — et 
cola  en  vertu  de  la  loi  de  Bocchoris  qu'a  citée  Dîodore 
de  Sicile  et  qu  on  promulgua  de  nouveau. 

Plus  de  nexi,  par  conséquent,  pouvant  réclamer 
leur  liberté  au  cens  quinquennal. 

La  constatation  des  mariages  était,  d'autre  part. 
laissée  aux  notaires  officiels  rédigeant  les  contrats 
de  mariage,  toujours  désormais  à  base  pécuniaire 
comme  dans  la  loi  chaldéenne  de  HammouraliS. 
Seulement  la  base  pécuniaire  pouvait  être  Constatée, 
soit  comme  versée  par  le  mari ,  soit  comme  versée 
par  la  femme.  Les  registres  de  Tétat  civil  et  ceux  du 
ypa^(ov  n'étaient  plus  des  livres  intermittents ,  maïs 
ils  étaient  tenus  à  jour  et,  paraît-il,  en  même  temps, 
soit  par  les  basilicogrammates  et  leurs  subordonnés, 
soit  par  les  biérogrammates.  En  cela  encore ,  on  «e 
rapprochait  de  l'ancien  régime,  celui  de  la  hêrit, 
usité  sous  les  dynasties  animoniennes,  mais  avec  beau- 
coup moins  de  simplicité  et  d'unité. 


LA  FEMME  DANS  LANTIQUITÉ.  353 

Le  mariage,  basé  désormais  suri  union  libre,  dont 
les  contrats  de  mariage  n'étaient  quun  commence- 
ment de  preuve  par  écrit,  ne  changeait  quoi  que  ce 
fût  à  la  situation  delà  femme,  pas  plus  qu'à  celte  du 
mari ,  et  ne  transformait  en  rien  l'état  civil  propre- 
ment dit:  état  civil  réduit  aux  naissances  et  aux  décès, 
dont  on  donnait  officiellement  des  certificats. 

Quant  aux  naissances ,  elles  n'étaient  plus  jamais 
entachées  de  la  marque  de  bâtardise ,  ainsi  que  l'ont 
fort  bien  dit  les  Grecs,  et  comme  le  prouvent  les 
documents  contemporains;  il  n'y  avait  plus  de  bâ- 
tards, plus  de  véOoi,  mais  seulement  des  gens  sans 
père,  des  inùLTopes,  et  encore  pouvaient-ils,  sur  le 
tard,  avoir  un  père,  par  une  reconnaissance  faite 
après  coup,  par  exemple  par  un  sankh,  c'est-à-dire 
par  un  mariage  par  créance  nuptiale. 

Disons-le  d'ailleurs ,  ce  sankh  était  par  le  nom  assi- 
milé aux  créances  ordinaires,  qui  s'appelaient  égale- 
ment sankh.  Seulement  c'étaient  des  créances  qui ,  à 
côté  des  mes ,  ou  des  enfants  de  l'argent  (  m  hcg  usura) 
qu'on  stipulait,  avaient  déjà  produit  des  mes  ou  des 
enfants  [hixc^ puer)  du  débiteur  et  de  la  créancière. 

Voici ,  pris  au  hasard ,  un  exemple  de  ces  contrats , 
imités  (avec  transformations )  de  cdui  de  l'an  5  de 
Darius  dont  nous  avons  parlé  précéden)ment  : 

«  L'an  1 3,  mésoré,  du  roi  Ptolémée,  le  dieu  Philo- 
pator  Philadelphe,  et  des  prêtres  des  rois  qui  sont 
inscrits  à  Raçoti  (Alexandrie). 

*  Les  deux  mots  s'écrivent  de  même  en  démotique ,  sauf  le  dé- 
terminatif  de  l'argent  surajouté  pour  le  mot  MHCe  usura. 


3M  MAI-JUIN   1900. 

tt  L  archentaphiaste  Hereius,  fils  de  Pètesé,  dont 
la  mère  est  Tetoua.  dit  à  la  femme  Tsetamen,  fiUe 
de  Petosor,  dont  la  mère  e^t  Tetoua  : 

«Tu  m*as  donné,  et  mon  cceur  en  est  satisfait, 
"  a  1  argentei  fondus,  du  temple  de  Ptah,  ou  ao  ar- 
«  gentei  plus  5/6 ,  i/io,  i/3o,  i/6o,  i/6o,  ai  argen- 
«  tel  fondus,  du  temple  de  Ptah,  en  tout ,  pour  ton 
«  sankk  (ta  créance). 

«  L  archentaphiaste  Pète^,  fils  de  Hereius,  mon 
u  fils  aîné,  ton  iils  aine,  et  Thomme  du  même  rang, 
«  Petosor,  fils  de  Hereîus,  mon  fils,  ton  fils,  les  deux, 
u  mes  enfants ,  tes  enfants,  que  tu  m*as  engendrés,  et 
«  les  autres  enfants  que  tu  m*engendreras  seront  les 
«  maîtres  de  tous  mes  biens  présents  et  à  venir. 

«Quoje  te  donne  36  mesures  d'olyre,  dont  les 
K  deux  tiers  font  2^,36  mesures  d'olyre  en  tout,  plus 
«  2  ai'gentei  et  4  katis  fondus  du  temple  dePtah,  ou 
«  I  argenteus  et  4  katis  plus  5/6,  i/io,  i/3o,  i/6o, 
«  i/6o,  2  argentei  et  !i  katîs  en  tout  pour  ta  pension 
H  alimentaire  par  an ,  au  liea  que  ta  vaudras.  C'est  à  toi 
M  qu'il  appartient  d'exiger  le  payement  de  ta  pension 
n  al  imentaire  qui  sera  h  ma  charge.  Que  je  te  donne  cfda. 

«  La  totalité  de  mes  biens  présents  et  à  venir  est 
a  en  garantie  hypothécaire  de  ton  sankh  d-dessos.  A 
«  ton  temps  que  tu  le  désireras ,  je  te  le  donnerai.  Je  ne 
M  puis  faire  de  serment  à  fencontre  de  toi ,  en  dehors 
«  du  lieu  où  Ton  en  juge.  » 

On  a  pu  remarquer  l'expression  relative  à  la  pen- 
sion alimentaire  à  payer  à  la  femme,  au  lieu  oà  elle 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  355 

le  voudra.  L'union  libre  ainsi  comprise  ne  compor- 
tait plus  en  effet  de  domicile  conjugal.  Chacun  restait 
chez  soi.  Seulement  la  loi,  nous  lavons  dit,  consi- 
dérant rétat  d'infériorité  dans  lequel  la  grossesse  et 
la  maternité  mettaient  la  femme,  obligeait  à  la 
nourrir  celui  qui  l'avait  rendue  mère  ou  qui,  disons- 
le,  devait  la  rendre  mère,  car  ceci  était  désormais 
commun  à  tous  les  régimes  matrimoniaux. 

Il  paraît  d  ailleurs  que  cette  obligation  incombait 
au  père  même,  quand  il  n'avait  pas  du  tout  l'inten- 
tion de  contracter  ainsi  mariage  :  prescription  légale 
qui,  en  définitive,  était  juste  et  pourrait  être  avanta- 
geusement imitée  par  les  peuples  modernes.  Aussi 
le  solitaire  saint  Macaire ,  faussement  accusé  d'avoir 
rendu  mère  une  fille  du  bourg  voisin,  fut -il  obligé, 
par  les  habitants,  de  la  nourrir  par  son  travail, 
et  cela  jusqu'au  moment  où  ia  fille ,  près  de  mourir 
au  moment  de  ses  couches,  avoua  avoir  calomnié 
le  saint  homme. 

C'est  là  une  des  très  nombreuses  coutume»  juri- 
diqiies  relatives  au  mariage,  au  quasi-mariage,  à  la 
séduction ,  etc.,  que  nous  voyons  encore  pratiquée  en 
Egypte  à  l'époque  chrétienne  —^  comme  elle  l'était 
déjà  dans  le  droit  égyptien  classique,  ainsi  que  l'éta- 
blit la  saisie-arrêt  exercée,  sous  les  Ptolémées,  par  le 
père  d'une  jeune  fille  contre  celui  qui  l'avait  séduite. 
La  pension  alimentaire  est  dans  ce  cas  remplacée  par 
la  livraison  de  tout  le  fonds  actuel  de  la  boutique , 
par  tous  les  esclaves  du  commerçant  en  question, 
qui  est  obligé  de  reconnaître  pour  sa  femme  celle 


356  MAI-JUIN  lOOG. 

dont  il  devra  rester  séparé,  sans  se  prévaloir  jamais 
de  son  titre  de  mari. 

Pour  en  revenii^  à  Tabsence  du  domicile  conjugal 
que  nous  constatons  toujours  dans  le  formulaire  des 
actes  de  sankh,  à  propos  de  la  pension  alimentaire, 
nous  la  constatons  aussi  dans  les  régimes  dotaux  qui 
en  sont  sortis,  et  même  dans  les  régimes  mixtes,  par 
don  nuptial  et  par  dot,  bref,  toutes  les  fois  que  la 
femme  est  censée  avoir  apporté  quelque  chose  à  son 
mari. 

Dans  le  contrat  par  sankh  on  semble  considérer 
comme  impossible  le  mépris  de  la  femme  par  son 
séducteur,  la  répudiation  ou  la  prise  d*une  autre 
femme.  Au  lieu  de  spécifier  une  amende  pour  ce  cas, 
on  parait  n  admettre  que  le  divorce  provenant  de  la 
volonté  de  la  femme.  Le  mari  spécifie  :  «  Je  ne  puis 
te  dire  :  «  Reçois  ton  sankh  ci-dessus.  Au  temps  où 
«  tu  le  voudras ,  je  te  le  donnerai.  »  En  d  autres  termes , 
la  liquidation  provenant  de  la  dissolution  du  ma- 
riage ne  peut  exister  qu'à  ta  volonté.  C'est  au  fond 
la  même  chose  que  ce  que  porte,  nous  le  verrons, 
Tacte  dotal ,  quand  le  mari  dit  :  «  Je  t'établirai  pour 
femme  ;  à  partir  de  ce  jour,  c  est  toi  qui  t  en  iras  seule 
de  toi-même.  Je  te  donnerai  fai^nt  de  ta  dot  dans 
le  délai  de  3o  jours  quand  je  t'établirai  pour  femme 
ou  bien  si  tu  t'en  vas  de  toi-même.  » 

La  mention  «  si  tu  t'en  vas  »  n'exclut  d*ailieurs 
pas,  nous  lavons  fait  remarquer,  pour  la  femme,  la 
faculté  de  se  faire  payer  sa  pension  alimentaire  au 
lieu  où  elle  voudra. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  357 

Cette  clause  du  domicile  séparé  possible ,  comme 
la  clause  connexe  donnant  à  la  femme  uniquement 
le  droit  de  rompre  définitivement  lunion,  ne  se 
retrouve  pas  dans  le  contrat  par  don  nuptial ,  où  le 
mari  seul  est  censé  avoir  apporté  quelque  chose. 
Mais  alors  il  s'oblige  à  payer  une  forte  amende  dans 
le  cas  où  il  provoquerait  lui-même  le  divorce. 

Les  deux  hypothèses  du  départ  du  mari  ou  du 
départ  de  la  femme  sont  au  contraire  mentionnées 
dans  les  contrats  mixtes,  contenant  d'abord  les  for- 
mules de  Tunion  pardon  nuptial,  y  compris  celle 
relative  à  l'abandon  de  la  femme,  puis  la  mention 
d'un  trousseau  en  nature  remis  par  celle-ci  et  estimé 
en  aident,  et  enfin  une  sorte  de  post-scriptum  por- 
tant :  «  J'ai  reçu  ces  objets  de  ta  main.  Us  sont  au 
complet  sans  aucun  reliquat.  Mon  cœur  en  est  satis- 
fait. Si  tu  restes  à  Tintérieur,  tu  restes  avec  euiC;  si  tu 
t'en  vas  dehors,  tu  t'en  iras  avec  eux.  Je  t'établirai 
comme  femme;  mais  si  tu  veux  t'en  aller  dehors,  je 
te  donnerai  tes  biens  de  femme  énumérés  ci-dessus 
mais  en  argent ,  comme  il  est  écrit  ci-desàus.  »  Celle 
formule  était  parallèle  à  celle  qui  plus  haut  portait  : 
«  Si  je  te  méprise,  si  j'aime  une  autre  femme  que 
toi,  je  te  donnerai  tant.  » 

Citons  ici  deux  exemples  de  ces  xleux  diverses 
sortes  de  contrats.  Commençons  par  l'acte  dotal, 
surtout  usité   à  Memphis. 

«L'an  5o,  paophi,  des  rois  Ptolémée  et  Cleo- 
pâtre  sa  femme ,  les  dieux  Evergètes ,  etc. 


358  MAI-JUIN  1906. 

«  L  archentaphiaste  Petesis,  fils  de  Ghonouphîs, 
dit  à  sa  femme  Tetoua,  fille  de  farchentaphiaste 
Téos,  dont  la  mère  est  Tetimouth  : 

«Je  t*ai  prise  pour  femme.  Tu  m'as  donné,  et 
«  mon  cœur  en  est  satisfait,  j5o  ai^entei  (outen)  ou 
«  sekels  (statère^)  8750,  en  argentei  750  en  tout,  ce 
«  qui  fait  deux  kerker  (talents),  plus  1 5o  argentei,  en 
«  argent  dont  f  équivalent  est  de  i&  pour  1/1  o  (kâtb} 
«d'argenteus  (outen)  dargent  (c'est-à-dire  i5ooo 
«  drachmes  de  cuivre  ou  2  talents  de  cuivre  plus  3oo 
«  drachmes^  ).  Je  les  ai  reçus  de  ta  main.  Mon  coeur  en 
«  est  satisfait.  Ils  sont  au  complet  sans  aucun  reliquat. 

«  Je  t'établirai  pour  femme.  A  partir  du  jour  ci- 
«  dessus,  c^est  toi  qui  t'en  iras  seule  de  toi-même.  Je 
«  te  donnerai  les  760  argentei  ci-dessus  dans  le  dtiai 
«de  3o  jours  (mot  à  mot  :  un  jour  dans  les 
«  3o  jours),  quand  je  t'établirai  pour  femme,  ou  bien 
«  quand  tu  t'en  iras  de  toi-même  (mot  à  mot  :  au 
«  temps  de  rétablissement  pour  femme  que  je  ferai, 
«  au  temps  de  t'en  aller  seule  de  toi-même  que  tu 
«  feras),  si  je  ne  te  donne  pas  les  760  argentei  cî- 
«  dessus  dems  les  3  o  jours. 

«  Je  donnerai  aussi  4  chenices  d'olyre  par  jour, 
«  un  )(pvs  d'huile  de  tekem  ou  nixt  et  un  ;^ofc  d^liuile 
«  fine  (de  sésame)  par  mois ,  plus  7  argentei  5/i  o ,  en 
«  sekels  87  et  demi,  7  argentei  5/i  o  en  tout,  en  airain 
«  dont  l'équivalence  est  de  26  pour  2/1  o  (d'argenteus 

^  Ce  contrat  est  de  l'époque  de  1  étalon  de  cuivre,  «accédant  k 
Tantique  étalon  d'argent ,  avec  la  proportion  de  1  à  iso  comme 
valeur. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  35r9 

«  d'argent,  ceàt-à-dire  1 5o  drachmes  de  cuivre),  pour 
«ton  argent  de  poche  par  mois  (ce  qui  fait 
«  1800  drachmes  par  an).  Tu  toucheras  de  plus 
«  !îoo  argentei,  en  sekeis  tétradrachmes  1000, 
«  200  argentei  en  tout,  en  airain  dont  Téquivaienoe 
«e«t  de  2  à  pour  2/10  d'argenteus  d  argent  (cest-à- 
«  dire  4ooo  drachmes  de  cuivre)  pour  ton  argent  de 
«  toilette  d'une  année ,  au  lieu  que  tu  voudras.  C'est 
«  toi  qui  prends  puissance  d'exiger  le  payement  de 
«ton  orge,  de  ton  huile,  de  ton  argent  de  poche, 
«  de  ton  argent  de  toilette,  qui  seront  à  ma  charge. 
«  Que  je  te  donne  tout  ce  que  je  possède  et  tout 
«  ce  que  j*acquerrai  en  hypothèque  nuptiale  (mot  à 
«  mot  :  en  gage  de  femme)  au  nom  du  droit  résultant 
«  de  récrit  ci-dessus.  Je  ne  puis  te  dire  :  «  Je  t'ai  donné 
«  l'argent  de  l'écrit  ci-dessus  en  ta  main  (c'est-à-dire 
«  de  la  main  à  la  main  en  dehors  de  la  façon  fixée  par 
«le contrat )^  » 

Notons-le,  l'hypothèque  générale  de  la  femme,  que 
nous  avons  déjà  vue  dans  les  sankh  matrimoniaux , 
comme  idi  dans  nos  actes  dotaux,  n'existe  que  très 
exceptionnellement  (pour  garantir  la  pension)  dans 
un  contrat  par  don  nuptial ,  fait  en  vue  d'une  liqui- 
dation. Elle  ne  se  rencontre  même  pas^  en  dépit  du 
trousseau  apporté  par  la  femme,  dans  les  contrats 
mixtes  dont  nous    avons  déjà  parlé   et  dont  nous 

^  En  post-scripium  la  mèfe  du  futur  mari  adhère  à  ce  contrat, 
ce  qui  permet  de  ne  pas  tenir  compte  de  sa  propre  hypothèque 
nuptiale  sur  les  biens  héréditaires  hypothéqués  par  son  fils  —  du 
moins  en  te  qui  cotitenie  les  droits  résultant  du  cofitf«t  actuel. 


360  MAI-JUIN   1906. 

allons  donner  un  exemple  (contemporain  du  double 
étalon  d^argent  et  de  cuivre,  et  de  provenaDce  thé- 
baine).  D  est  vrai  que  la  tirpaÇi^^  remplace  ici  l'hypo- 
thèque comme  dans  les  actes  gréco-égyptiens  de 
cette  époque. 

«  An  1 Q  ,  9  choïak,  du  roi  Ptolémée,  fils  de  Pto- 
lémée  et  de  Cléopâtre,  les  dieux  Épiphanes,  etc. 

«L'orfèvre  Psemin,  fils  de  Psechnum,  dont  la 
mère  est  Reri ,  dit  à  la  femme  Ta .  . ,  dont  la  mère  est 
Tsemaut  : 

«  Je  t'ai  prise  pour  femme.  Je  t'ai  donné  i  o  argen- 
cc  tei  (d'argent),  en  sekels  5o,  lo  argentei  d'argent 
«  (200  drachmes  d'argent)  en  tout,  pour  ton  don  de 
«  femme. 

«Que  je  te  donne  18  cor  de  blé,  leur  moitié  est 
«9,18  cor  en  tout,  36  argentei  outen,  en  sekels  1 80, 
«  36  argentei  en  tout,  en  airain  dont  l'équivalence 
«  est  de  'i/i  argentei  outen  pour  a/io  (a  katis)  d'ar- 
«genteus  d'argent  (ySo  drachmes  de  cuivre)  pour 
«  ton  argent  de  plaisir),  60  argentei,  en  sekels  3oo, 
«  60  argentei  en  tout ,  en  airain ,  dont  l'équivalence  est 
«de  ik  pour  i/io  d'argenteus  d'argent;  la  hin$ 
<<  d'huile  iine  de  sésame  et  1  a  hins  d'huile  de  tehem 
«  ou  x/xi ,  ce  qui  fait  a  k  hins  de  liquide  par  année. 
«  Que  je  te  donne  cela  par  année  quelconque.  C'est 
«  toi  qui  pi*ends  puissance  pour  le  payement  de  ta 
«  pension  qui  sera  à  ma  charge  pour  une  année.  Que 
«  je  te  donne  c^  choses. 

*  \J exécution  parée,  comme  on  (lisait  en  \ieiu  droit  firança^. 


LA  FEMME   DANS  L'ANrriQUITÉ.  âôt 

«Ton  fils  aîné,  mon  fils  aîné,  parmi  les  enfants 
«  que  tu  m'engendreras,  et  les  autres  enfants  que  tu 
«  m'engendreras  seront  les  maîtres  de  tous,  les 'biens 
«  qui  sont  à  moi  et  de  ceux  que  je  ferai  être  (qbe 
«j  acquerrai). 

«  Description  des  biens  de  femme  que  tu  as  appor- 
«  tés  à  ma  maison  avec  toi  :  un  vêtement  metich,  ci 
M  argentei  20;  un  autre  vêtement  menchf  ci  argentei 
«  10  ;  une  tunique,  ci  argentei  5o  ;  une  autre  tunique, 
«ci  argentei  26;  un  manteau,  ci  argentei  ào;  des 
«  parfums,  ci  argentei  1 5o;  un  plat,  ci  argentei  10; 
«  une  marmite  d'airain ,  ci  argentei  1 5  ;  un  vase  à 
«  onguents,  ci  argentei  5;  une  aiguille  à  collyre,  ci 
«  argentei  1  o  ;  un  miroir,  ci  argentei  1 5  ;  un  ^^n  udja 
«  (porte- bonheur)  faisant  aureus  i/3,  1/8;  un  anneau 
«  cachet,  argent  3  katis;  un  collier,  4  katis  d'arçent; 
«ce  qui  fait  au  total  35o  argentei,  •  i  ySo  sekels, 
«  35o  argentei  en  tout,  en  airain  dont  lequivalence 
«  est  de  2li  pour  2/1  o  d'argenteus  d'argent 
«  (7000  drachmes  ou  1  talent  et  1000  drachmes  de 
«  cuivre)  ;  plus  en  argent  un  total  de  y  katis  (ou  7/1  o 
«  d'argenteus  outen);  en  or  i/3,  1/8  d'aureus;  pour  le 
«  prix  de  tes  biens  de  femme  que  tu  as  apportés  à  ma 
«  maison  avec  toi.  J'ai  reçu  ces  objets  de  ta  main.  Ils 
«  sont  au  complet  sans  aucun  reliquat;  mon  cœur  en 
«  est  satisfait.  Si  tu  es  dedans  (si  tu  restes  dans  la  mai- 
«  son) ,  tu  resteras  avec  eux;  si  tu  es  dehors  (si  tu  sors 
«  de  la  maison) ,  tu  es  dehors  avec  eux.  Tu  es  pour  eux 
«  une  créancière,  moi  je  suis  pour  eux  débiteur. 

«  Je  t'établirai  pour  femme.  Si  je  te  méprise  ^  si  je 


IMI-BIHralB    lATIOSALB. 


361  MAI-JUIN    190Ô. 

«pr^uls  une  autre  femme  que  toi,  je  te  donnerai 
«  Soargentei,  en  sekels  qSo,  ci  5o  argentei  d'argmt 
«  (i  ooo  drachmes  d aident),  en  dehors  du  payement 
«  de  ta  pension  alimentaire  et  de  tes  biens  ds  femme 
«  (de  ton  trousseau).  Si  tu  veux  t*en  aller,  toi-même, 
N  je  te  donnerai  les  biens  ci-dessus ,  mais  le  prix  en 
«  argent  comme  il  est  écrit  ci-dessus ,  en  dehors  du  soi- 
«  dément  de  ta  pension.  C'est  toi  qui  prends  puissance 
«  pour  largent  de  ces  choses ,  sans  qu^il  y  ait  à  alléguer 
«  acte  quelconque,  pièce  qudconque  avec  toi«  • 

Parfois  on  ajoute  que  le  mari  ne  pourra  imposer 
à  sa  femme  un  serment  sur  la  réalité  des  apports. 
Dans  les  actes  de  s€mkh  il  était  de  règle  de  dire  qu^il 
n'en  pourrait  prêter  lui-même. 

Cette  question  du  serment  nous  amène  à  cdie  des 
liquidations  judiciaires,  faisant  suite  aux  contrats 
matrimoniaux. 

Ce  chapitre  du  droit  est  très  développé  dans  cette 
période  juridique  égyptienne. 

La  faiblesse  originaire  de  la  femme  était  devenue 
la  cause  de  la  plus  tyrannique  des  puissances. 

La  transformation  s'était  faite  d'ailleurs  tout  natu- 
rellement. 

Du  moment  que,  dans  le  contrat  de  samkh,  par 
exemple,  la  femme  était  assimilée  à  un  créancier 
ordinaire,  elle  pouvait,  comme  celui-ci,  user  de  ses 
droits,  à  la  rigueur  en  exécutant  son  délntenr. 

Cette  exécution ,  d'abord  exceptionnelle  et  que 
nous  ne  trouvons  pas  du  tout  à  la  suite  du  contrat 


LA  FEMME  DAI^S"  L'ANTIQUITÉ.  303 

desanhhy  sous  Darius,  par  exemple,  et  même  encore 
sous  Philippe  Arrhidée ,  s'était  peu  à  peu  généralisée 
et  elle  était  devenue  de  règle  à  l'époque  ptolémaïque. 

On  avait  même  pris  la  coutume  de  rédiger  un 
écrit  poar  argent  ou  de  vente  sur  la  totalité  des  biens 
du  mari  (hypothéqués  dans  Tacte  de  sankh)  è  la 
même  date  que  cet  acte  de  sankh. 

Nous  avons  cité  plus  haut  le  contrat  de  sankh 
rédigé  le  129  mésoré  de  Tan  i3  du  roi  Ptolémée 
Philopator  Philadelphe  par  Hereius ,  fils  de  Pètesé ,  à 
la  femme  Tsetamen ,  fille  de  Petosor.  Eh  bien  !  en  ce 
même  joxu*,  le  même  mari  cédait  également  à  cette 
femme  tous  ses  biens. 

«L'an  i3,  mésoré  29,  du  roi  Ptolémée  Philo- 
pator Philadelphe ,  sous  les  prêtres  des  rois  qui  sont 
inscrit»  à  R^coti. 

« L archentaphiaste  Hereius,  fds  de  Pètesé,  dont 
la  mère  est  Tetoua ,  dit  à  la  femme  Tsetamen ,  fille 
de  Petosor,  dont  la  mère  est  Tetoua  : 

«Tu  m'as  donné,  et  mon  cœur  en  est  satisfait, 
«  l'argent  de  la  totsditédes  biens  qui  m'appartiennent 
«  et  que  je  posséderai  à  lavenir  :  maisons,  champs, 
t(Oureh  {^tXo)  tSttoi)  kema  (terrain  de  joncs),  biens 
«  d'appartement,  or,  argent,  cuivre,  obligations  quel- 
«  conques,  paroles  d'homme  ou  de  femme,  tout  au 
«  monde.  A  toi  appartiennent  tous  les  écrits  que 
«Ton  a  faits  h  ce  sujet,  tous  les  écrits  que  l'on  m'a 
«  faits  et  tous  les  écrits  dont  je  justifierai,  lis  sont 
«  à  toi,  ainsi  que  le  droit  en  résultant. 

24. 


364  MAI-JUIN  1906 

«  A  toi  îiussi  ce  dont  j'aurai  à  justifier,  c'est-à-dire 
«ie  serment  et  l'établissement  sur  pied  que  Ton 
n  fera  pour  toi  dans  le  lieu  de  justice  au  nom  du 
«  droit  de  l'écrit  ci-dessus  que  je  t'ai  fait.  Tu  m'obli- 
«  géras,  en  outre,  au  droit  de  l'écrit  de  sankh  de 
«  2  1  argentei  que  je  t'ai  fait  au  temps  et  jour  ci- 
«  dessus  (à  la  même  date  que  le  présent  acte)  :  ce  qui 
«  fait  deux  écrits.  » 

Tout  ceci  était  devenu  absolument  de  formule 
dans  tous  les  mariages  de  ce  genre.  La  femme  se 
trouvait  ainsi  propriétaire  des  biens  de  son  mari  qui 
en  gardait  seulement  la  jouissance,  car  il  fallait  un 
second  (ou  plutôt  un  troisième)  contrat,  un  écrit 
de  cession  pour  donner  l'usage  immédiate 

Le  parallélisme  absolu  des  écrits  de  sankh  et  de 
vente  dans  les  mariages  après  séduction  est  d'ailleurs 
attesté  par  les  œuvres  littéraires  aussi  bien  que  psu: 
les  documents  juridiques  de  cette  époque.  Le  roman 
de  Setna  nous  en  offre  un  bon  exemple.  Notons-le 
d'ailleurs,  dans  ce  cas ,  comme  dans  l'acte  daté  de 
Philippe  Arrhidée,  que  nous  avons  déjà  cité  plus 
haut,  à  propos  du  sankh  isolé  de  l'écrit  pour  argent, 
la  séduction,  soit  effectuée ,  soit  projetée,  n'avait  pas 
encore  produit  tous  ses  effets.  Aucun  enfant  n*était 
déjà  né. 

Dans  l'acte  de  l'an  8  de  Philippe  Arrhidée,  le  tra- 

'  Dans  toutes  les  ventes  Técrit  de  cession  était  aatsi  indispen- 
sable que  i*écrit  pour  argent  ou  de  reçu  du  prix  pour  conférer  œt 
usage  à  l'acheteur.  Mais  dans  les  ventes  rédks  il  se  faisait  au 
même  instant. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  365 

vaiiïeur  Horbek,  saisi  par  le  père  delà  jeune  fille  sur 
le  fait  de  la  séduction  effectuée ,  consent  au  mariage 
et  lui  dit  ^  : 

«  Tu  m*as  donné  6  argentei  du  temple  de  Ptah... 
pour  le  sankh  de  la  femme  Djimmoou,  ta  fille,  dont 

*  C'est  un  tuteur,  proche  parent  sans  doute,  qui  joue  le  même 
rôle  et  se  présente  comme  créancier  hypothécaire  d'un  sankh  nup- 
tial dans  un  procès  grec  reproduit  par  le  papyrus  XIII  de  Turin  et 
que  j'ai  rétabli  et  commenté  dans  ma  Revue  égjptologiqne.  Dans 
ce  cas,  d'ailleurs,  comme  dans  celui  du  contrat  de  Philippe  Arrhidée , 
le  contrat  de  sankh  n'avait  pas  été  accompagné  de  l'écrit  pour 
argent,  ce  qui  forçait  à  une  liquidation  judiciaire.  C'était  en  effet 
resté  la  coutume,  quand  un  tiers  était  intervenu  au  moment  d'une 
séduction.  La  liquidation  amiable  par  écrit  pour  argent  n'était  pas 
possible  et  Ton  ne  pouvait  pas  avoir  recours  à  deux  actes  parallèles 
dont  un,  au  moins,  n'aurait  pu  être  adressé  à  la  même  personne. 
Voici  le  procès  en  question  : 

«  L'an  34 1  le  5  tybi ,  à  Memphis  du  nome  Memphite. 

i  Délibération  des  juges  du  palais. 

«Alexandre,  fils  d'Alexandre,  le  philométorien ,  Héraclides,  fils 
d'Héraclide ,  l'homme  de  loi ,  et  Sogénès ,  fils  de  Sogénès ,  sont  en 
conseil  jugeant  les  affaires  du  roi ,  celles  du  fisc  et  celles  des  parti- 
culiers. 

«Ayant  pris  place  comme  demandeur,  Chonouphis,  fils  de  Pétè- 
sis,  et  celui  qui  avait  été  cité,  Psammeus,  n'ayant  pas  obéi  à  la 
citation  (n'ayant  pas  comparu],  Chonouphis,  par  l'original  d'une 
requête  remise  par  lui ,  a  déclaré  qu'il  avait  prêté  au  prévenu ,  par 
un  contrat  alimentaire,  lequel  avait  été  transcrit  au  greffe, 
cinq  cents  drachmes  d'argent,  en  faveur  de  la  femme  Tavé,  sur- 
nommée Asclépias  —  afin  qu'il  fût  fourni  par  an  à  cette  femme 
6o  mesures  d'olyre  et  72  drachmes  d'argent  —  et  que  la  femme 
de  Psammeus , Tavé,  ayant  donné  son  assentiment,  ainsi  que  leur  fils 
commun  Zmanrès,  tous  les  biens  de  Psammeus  étaient  hypothé- 
qués par  ie  droit  du  contrat.  D'après  cela,  Chonouphis  demanda 
qu'on  lui  remit  les  susdites  cinq  cents  drachmes  d  argent,  ainsi  que 
celles  qui  représentaient  les  intérêts  de  quatre  ans:  2 do  mesures 
dolyre  au  taux  de  2  drachmes  d'argent  par  mesure,  c'est-à-dire  au 


3Ô6  MAI-JUIN   190ft. 

la  mère  est  Djetenpun.  Que  je  te  donné  tant  dé 
mesures  tfolyre  et  5/io  dargenteus  (5  katis)  du 
temple  de  Ptah,  pour  sa  pension  alimeintaire  par 
année,  aii  lieu  que  tu  voudras.  C  est  à  toi  à  exiger  ie 
payement  de  sa  pension  alimentaire  qui  sera  à  ma 
charge.  Que  je  te  donne  tous  mes  biens  présents  et 
à  venir  en  garantie  hypothécaire  de  son  sankh. 

total  1968  drachmes  d*argent,  et  en  outre,  pour  les  frais  et  dé- 
pens, 5  talents  de  cuivre,  afin  que,  si  Psammeus  ne  comparaissait 
pas ,  il  fut  mandé  au  ^pdxTCûp  tôSv  (evtxSv,  de  poursuivre  jusqu'à 
plein  achèvement  la  perception  des  sommes  susmentionnées. 

«  Le  contenu  de  la  requête  était  venu  à  la  connaissance  de  Psam- 
meus ,  puisquMl  en  avait  reçu  publiquement  copie  par  le  ministère 
(le  rhypi^rète  Héraclide ,  fils  d'Isidore.  Cependant  Taflaire  Chonou- 
pliis-Psammeus  s'étant  présentée  à  Taudience,  et  antérieurement 
et  le  2  du  mois  susmentionné,  Psammeus  avait  également  fait 
défaut.  Il  avait  donc  été  cité  par  Thypérète,  qui  ravait  sommé  de 
comparaître  au  tribunal  pour  Tinstruction  de  Taffidre  -*-  tans 
quoi  on  donnerait  raison  à  Chonouphis. 

«Conformément  donc  à  ces  premières  décisions,  et  peosioit noot 
on  tenir  à  l'avis  le  plus  approprié  aux  faits  de  la  cause  et  qui  en  est 
la  conséquence ,  nous  déclarons  qu'il  a  été  donné  raison  à  la  partie 
présente  et  nous  ordonnons  au  'opcUreûp  tap  SevixAv  de  poursuivre 
jusqu'à  plein  achèvement  la  perception  des  articles  rédamés, 

«  Plaise  au  roi  ! 

« —  Qu'on  montre  le  jugement  à  Artémidore. 

•  —  Moi,  Artémidore,  j'ai  vu  le, . . 

«  —  Au  'opéxTvp  tSv  ^eviH&v  à  Memphia  :  ci-joint  la  copie  de 
l'arrêt  on  question.  Qu'il  fasse  comme  il  a  été  jugé. 

«L'an  34,  le  5  tybi.» 

Au  revers  :  «An  ^pdxrap  tvv  (evixâv,  à  Memphis.» 

On  voit,  que  dans  l'acte  de  snnhk,  origine  de  oe  JngeiAent,  la 
i'emme  et  le  fils  du  débiteur  avaient  figuré ,  en  qualité  de  qaasi-co- 
débiteurs ,  comme  consentant  à  l'acte  que  Chonouphis  avait  fait 
rédiger,  à  leur  bénéfice  en  définitive. 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  367 

«  Je  ne  puis  faire  de  serment  à  {'encontre  de  toi. 
Qu*il  soit  à  faire,  tu  ie  feras  dans  ie  lieu  de  justice.  » 

Dans  le  roman  de  Setna  la  séduction  était  seule- 
ment projetée  et  discutée.  Nous  avons  affaire  à  un 
véritable  marchandage  et  bien  entendu  au  plus  haut 
taux  possible,  c est-à-dire  avec  l'écrit  pour  argent 
transmettant  à  la  fille  la  propriété  de  tous  les  biens 
de  Tamoureux ,  comme  cela  se  pratiquait  quand 
Tenfant,  cause  légale  réelle  de  cette  transmission, 
était  déjà  né. 

«  Il  arriva  un  jour  que  Setna,  se  promenant  dans 
le  dromos  de  Ptah,  aperçut  une  femme  extrêmement 
belle,  qui  n avait  pas  sa  pareille  en  beauté,  et  qui 
était  couverte  d'espèces  d'or  en  quantité.  Des  jeunes 
filles  raccompagnaient,  ainsi  que  cinquante-<ieux 
hommes  de  service  qui  lui  étaient  assignés. 

«  Quand  Setna  la  vit,  il  ne  sut  plus  le  lieu  du 
monde  où  il  était.  Il  appela  son  page  et  lui  dit  : 

«  Va  au  plus  vite  au  lieu  où  est  cette  femme,  et 
«  sache  comment  elle  s  appdle.  » 

«  Le  page  ne  tarda  pas  à  aller  au  lieu  où  était  la 
la  femme.  11  appela  la  femme  servante  qui  marchait 
après  elle.  Il  l'interrogea  en  lui  disant  :  «  Qui  est 
«  cette  personne?  j»  Elle  lui  dit  :  «  C'est  Tabubu,  ia 
«  fille  du  prophète  delà  déesse Bast,  dame  d'Ankhta, 
«qui  vient  ici  pour  adorer  devant  Ptah,  le  dieu 
«  grand.  » 

«Le  jeune  homme  retourna  vers  Setna.  Il  lui 
raconta  ce  qu'elle  avait  dit. 


368  MAI-JUIN   1906. 

«  Setna  reprit  :  «  Va  dire  à  la  jeune  fille  :  «  Setna 
«  Kh«aeniuas,  fils  du  roi  Rausenna  (Ramsès  II),  ni*»i' 
«  voie  te  dire  :  «  Je  te  donnerai  dix  pièces  d'or  pour 
«  passer  une  heure  avec  toi.  Sinon  tu  as  annonce  de 
«  violence.  Je  l'accomplirai  à  ton  égard.  Je  te  ferai 
H  emmener  dans  un  lieu  caché  où  tu  n'es  connue  de 
«  persf^nne.  » 

«  Le  jeune  homme  retourna  vers  le  lieu  dans 
lequel  était  Tahubu.  H  appela  la  jeune  servante.  D 
lui  paHa.  EHc  répondit  rudement  comme  si  c'était 
un  blasphème  qu*il  avait  dit. 

«  Tabubu  dit  au  jeune  homme  :  i  Gesse  de  parier 
«  à  cette  sotte  fille.  Viens  parler  avec  moi.  »  Il  lui 
dit  :  «  Je  te  donnerai  dix  pièces  d  or  pour  passer  tme 
«  heure  avex  Setna  Khaemuas ,  le  fils  du  roi  Rausenna. 
K  Sinon  tu  as  annonce  de  violence.  Et  puis  il  te  fera 
«  faire  encore  ceci  :  il  te  fera  emmener  vers  un  lieu 
«  caché  dans  lequel  personne  ne  te  connaît.  » 

«  Tabubu  répondit  :  «  Va!  je  dis  ceci  à  Setna  : 
M  Moi,  je  suis  sainte.  Je  ne  suis  pas  une  personne  du 
«  commun.  Est-ce  que,  si  tu  veux  faire  ce  que  tu  dé 
M  sires  avec  moi,  tu  n'iras  pas  au  temple  de  Bast, 
«  dans  ma  maison?  il  y  a  tous  les  préparatifs  néces- 
M  sa  ires  pour  que  tu  fasses  ce  que  tu  désires  avec 
M  moi ,  sans  que  personne  au  monde  ne  me  recoii- 
«  naisse,  car  je  ne  parle  à  aucune  femme  dans  la 
«  rue  ». 

«  Le  jeune  homme  retourna  vers  Setna.  Il  lui  ra- 
conta tout  ce  qu'elle  avait  dit.  il  dit,  ce  qui  est 
juste  :  «  I  lonte  à  quiconque  est  auprès  de  Setna  !  » 


LA  FEMME   DANS  L'ANTIQUITÉ.  369 

«  Setna  fit  amener  une  barque.  Il  y  monta.  H  ne 
tarda  pas  d'arriver  au  temple  de  Bast.  11  se  dirigea  à 
loccîdent  du  terrain  et  vit  une  maison  bien  bâtie, 
entourée  d'un  mur  et  au  nord  de  laquelle  se  trouvait 
un  jardin.  Il  y  avait  un  péristyle  devant  la  porte. 
Setna  demanda  :  «  Cette  maison ,  à  qui  est-elle  ?»  On 
lui  dit  :  «  Cest  la  maison  de  Tabubu.  »  Setjia  entra  à 
Tinlérieur  de  l'enceinte;  il  se  dirigea  vers  le  pavillon 
du  jardin. 

«  On  en  avertit  Tabubu.  Elle  prit  la  main  de  Setna. 
Elle  lui  dit  :  «  Jure  de  respecter  la  maison  du  pro- 
«  phète  de  la  déesse  Bast  à  laquelle  tu  es  parvenu. 
«  Cela  me  sera  très  agréable.  Viens  avec  moi.  » 

«  Setna  monta  par  Tescalier  de  la  maison  avec 
Tabubu  pour  faire  une  reconnaissance  de  l'apparte- 
ment supérieur  de  la  maison.  Il  était  bien  propre, 
peint  de  couleurs  variées ,  et  son  intérieur  était  in- 
crusté de  lapis  et  de  turquoises  véritables.  Il  y  avait 
aussi  un  grand  nombre  de  lits  couverts  d'étoffes  de 
byssus.  Des  coupes  d'or  étaient  suspendues  dans  la 
chambre  des  purifications.  Ils  remplirent  de  vin  une 
coupe  d'or;  ils  la  donnèrent  à  Setna. 

«  Tabubu  lui  dit  :  «  Qu'il  te  plaise  de  faire  ton 
«  repas.  »  Il  répondit  :  «  Ce  n'est  pas  ce  que  je  te 
«  demande.  »  On  mit  au  feu  la  nourriture.  On  ap- 
porta de  l'huile  parfumée ,  comme  c'est  la  coutume 
royale. 

«  Setna  passa  un  jour  heureux  avec  Tabubu,  mais 
il  ne  vit  pas  encore  sa  figure.  Il  dit  donc  à  Tabubu  : 
«  Finissons  ce  pourquoi  nous  sommes  venus  ici.  » 


370  MAI-JUIN    1900. 

«  Elle  lui  dit  :  «  Tu  y  arriveras.  Ta  maison  esk  cdle 
«  où  tu  es.  Est-ce  que,  si  tu  veux  faire  ce  que  tu  dé- 
H  sires  avec  moi ,  tu  ne  feras  pas  un  écrit  de  Bonkh  (de 
«créance)  et  un  écrit  pour  argent  (de  mancipation) 
«  sur  ia  totalité  des  biens  qui  t'appartiennent?  » 

«  11  lui  dit  :  «  Qu  on  amène  le  scribe  de  la  maison 
tt  d'enseignement.  »  On  lamena  à  Tinstant.  Il  lui  fit 
faire,  en  faveur  de  Tabubu,  un  écrit  de  tankh  et 
un  écrit  pour  argent  sur  la  totalité  des  biens  qui  lui 
appartenaient  ». 

Je  passe  rapidement  sur  une  scène  de  séduction 
dans  laquelle  Tabubu ,  usant  de  ses  charmes  qa*dle 
laissa  entrevoir  à  travers  une  gaie  transparente,  ob- 
tint de  Setna  de  faire  d'abord  adhérer  ses  enfimts 
aux  actes  consentis  par  lui  (usage  dont  nous  avons  des 
preuves  fréquentes  à  l'époque  ptolémaaque),  pois, 
bientôt  de  s'en  débarrasser  plus  effectivement  — 
toujours,  disait-elle  au  prince,  «afin  qu*ils  n entre • 
prennent  pas  de  disputer  avec  mes  enfants  sur  tes 
biens  ». 

Certes,  Tabubu  voulait,  ainsi  que  le  porte  un 
vieux  chant  d'amour  hiératique,  «  devenir  maîtresse 
de  ses  biens  en  qualité  d'épouse»;  mais  elle  allait 
bien  vite  en  besogne,  et  d'ailleurs  les  enfants  dont 
elle  pariait  étaient  loin  d'être  déjà  nés  **-  ce  qm 
ne  lui  donnait  pas,  je  le  répète,  les  droits  complets 
des  autres  femmes  mariées  par  sankh,  à  Tépoque  de 
Darius,  aussi  bien  qu'à  celle  des  Lagides. 

Notons-le,  du  reste,  ce  désir  de  devenir  wudbresâe 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  371 

des  biens  du  mari  en  qualité  d'épouse  s'était  alors  géné- 
ralisé pour  îes  femmes  égyptiennes,  quel  que  fût 
leur  régime  matrimonial.  Nous  le  retrouvons  même 
quand  la  femme  n'avait  à  exercer  aucun  droit  ré- 
trospectif, quand ,  par  exemple ,  il  s'agissait  d'une  prise 
pour  femme  spécifiée  par  un  contrat  antérieur  k 
rétablissement  pour  femme,  c'est-à-dire  aux  rapports 
conjugaux  —  même  quand  pour  cet  établissement 
comme  femme,  on  ne  constatait  ou  on  ne  suppo- 
sait aucun  apport  pécuniaire  de  la  future  épouse, 
apport  pécuniaire  dont  les  intérêts  ou  le  non- 
payement  à  jour  fixe  auraient  été  l'origine  d  une 
dette  légitime.  La  liquidation  des  biens  du  mari  se 
produisait  encore,  dans  ces  conditions,  après  un 
des  contrats  par  don  nuptial,  et,  pour  cela,  on 
trouvait  facilement  des  prétextes. 

Après  un  contrat  de  ^anWi,  la  pension  alimentaire , 
servant  d'intérêts  au  taux  de  la  créance,  était  sou- 
vent par  son  non-payement  —  le  papyrus  grec  XIII 
de  Turin  cité  plus  haut  en  note  le  prouve  —  l'oc- 
casion d'une  telle  liquidation.  Dans  les  actes  par  don 
nuptial ,  cette  pension  ne  se  rattachait  en  rien  à  un 
apport  fait  par  la  femme;  mais  elle  n'en  subsistait 
pas  moins  comme  obligation  imposée  par  la  nouvelle 
législation  que  nous  avons  décrite.  Pourquoi  donc 
ne  pas  considérer  cette  obligation  comme  point  de 
départ  possible  d'un  véritable  Sdvetov?  C'est  ce  qu'on 
fit  dans  plusieurs  contrats  que  nous  avons  sous  les 
yeux.  Je  citerai ,  par  exemple ,  la  série  qui  concerne 
Patma  et  son  épouse  Taketem. 


372  MAI-JUIN   1906. 

En  Tan  33  ,  choïak,  du  roi  Ptolémée  Philaddphe , 
Patma  rédigea  un  contrat  de  shep  ou  «  don  nuptial  » 
avec  une  pension  alimentaire  assez  forte.  Sauf  ce  dé- 
tail ,  il  suit  ie  formulaire  habituel.  Mais  il  y  ajoute  une 
hypothèque  générale  garantissant  toutes  les  paroles 
du  contrat,  et  ia  remise  des  titres  de  propriétés  qu*il 
possède.  Trois  ans  après,  Tan  36,  méchir,  du  roi 
Pbiladeiphe,  il  reconnaît,  par  suite  du  non-paye- 
ment d  une  partie  de  la  pension ,  une  dette  de  3  ai^en- 
tei,  i5  sekels,  ou  6o  drachmes  d  argent,  qu'il  s'en- 
gage à  payer  ti'ois  ans  après,  en  Tan  39,  le  3o  mé- 
chir. Ce  capital ,  par  suite  de  l'intérêt  légal  de  3o  0/0 , 
sera  alors  presque  doublé ,  ce  qui  ne  pouvait  être  dé- 
passé sans  règlement,  d'après  la  loi  de  Bocchoris.  Si, 
au  moment  du  terme,  la  créance  n'est  pas  soldée, 
Patma  s'engage  à  considérer  tous  ses  biens  comme 
vendus.  Trois  ans  après,  en  l'an  a  d'E vergeté  I*, 
Patma  s'exécute  et  rédige  un  écrit  pour  argent  et  un 
écrit  de  cession  sur  la  totalité  de  ses  biens,  c  est-à  dire 
qu'il  abandonne  non  seulement  la  nue  propriété  de 
son  héritage,  comme  le  faisaient  les  maris  memphites 
dont  l'union  avait  eu  pour  origine  un  sankh,  mais 
la  jouissance  actuelle  elle-même. 

C'est  une  coutume  que  nous  trouvons  «dors  habi- 
tuelle à  Thèbes.  Beaucoup  d'actes  de  ce  genre 
nous  sont  parvenus,  et  nous  y  voyons  souvent 
ajouter,  comme  dans  un  acte  de  l'an  3  d'Mexandre 
ie  Grand,  après  les  formules  de  l'acte  de  cession, 
cette  clause  vraiment  touchante  :  «  Désormais  c  est 
toi  qui  prendras  soin  de  moi  pendant  ma  vie;  et  si  je 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  373 

meurs,  cest  toi  qui  prendras  soin  de  ma  sépulture^ 
et  de  mon  monument  funéraire.  » 

Heureux  encore ,  le  pauvre  mari ,  si  sa  femme  vou- 
lait bien  se  souvenir  de  lui.  Nous  en  connaissons  qui . 
comme  Nephoris,  d'après  la  requête  de  ses  propres 
fdles ,  ont  abandonné  ceux  qui  leur  avaient  tout  donné 
pour  courir  après  de  nouveaux  amants,  quelque  sol- 
dat de  passage,  par  exemple,  tandis  que  leur  misé- 
rable conjoint  mourait  de  la  plus  triste  des  manières. 

C'est  là  une  exception ,  je  le  veux  bien  ;  mais  ce  qui 
ne  Test  pas ,  c  est  le  rôle  infime  qu'a  l'homme  pendant 
cette  période  de  la  civilisation  égyptienne. 

Déjà  Hérodote,  1.  II,  ch.  35,  disait  (dans  la  vieille 
traduction  de  Salliat)  :  «  Les  Égyptiens  donque,  avec 
la  faveur  du  ciel ,  qui  leur  est  autre  qu'a  tous  hommes , 
et  avec  leur  rivière,  qui  est  d'autre  nature  que  toute 
autre,  se  sont  étably  loin  et  coutumes  contraires  à 
celles  dont  use  le  demeurant  des  hommes  entre  les- 
([uelles  ceste-cy  est ,  que  les  femmes  conduisant  tout 
le  train  de  leurs  trafiques  et  marchandises  et  tiennent 
les  '  tavernes  et  cabarets ,  tandis  que  les  hommes 
demeurent  assis  dans  leurs  maisons  à  tistre.  » 

Alyvirltot  olfxa  tÇ  oôpav^  r<p  Karà  ar^éas  è6tfri  ère" 
poifjf)  xaï  T<jj  zjotoliâÇ  ^licnv  iWoirjv  ^ape)(Ofxév(f)  iî  oi 
dtXXoi  -oroTaf/o/,  rà  eoXXà  vrdvra  ifinaXiv  roîa-i  ctXkoicri 

^  Deméme«  dans  le  papyrus  2^29  bis  du  Louvre  contenant  un 
supplément  de  donation  fait  par  Pchelchons  à  sa  femme  Neschons , 
nous  retrouvons  la  même  formule,  avec  un  conseil  donné  aux 
enfants  de  ne  pas  disputer  à  ce  sujet.  Les  textes  de  ce  genre  sont 
très  communs. 


374  MAI-JUIN   1906. 

ivOpcû^oicrt  éa1rf(ravro  0ed  re  xaï  v6(âovs*  iv  Tofcri  ai 
jciiv  yvva7xes  dyopd'Cova-i  kûÙ  xanmXmiovcri  '  ol  Se  ipipesy 
narfoÏMOUt  iivrti,  ûC^a^uovcn. 

De  même  Sophocle,  dans  son  Œdipe  à  Cobnne, 
vers  337  à  34 1 ,  nous  parle  de  ces  hommes,  quî,  au 
lieu  d'agir  virilement,  sont  assis  à  la  maison  et  s'oc- 
cupent Ix  tisser,  tandis  que  leurs  épouses  pourvoient 
à  leurs  besoins  : 

Ù  ^cùfT^éKsivûJ  To7s  iv  AlyM^  viyuois 
<t>i<Tiv  xarstxaa-ôévTe,  xal  ^lov  Tpo^és. 
Ëxe?  yàp  ol  yj^v  ipaevee  xarà  (rléyas 
&oixoS(Tiv  laloupyovtnss  '  al  Se  crévvofjm 
Ti^oj  ^lov  Tpo^sTa  'Cfopcrivova^dBi. 

C'est  pourquoi  aussi  Diodore  de  Sicile ,  1. 1 ,  ch.  2  7, 
2  ,  nous  dit  que  «  parmi  les  particuliers  le. pouvoir  est 
donné  à  la  femme  sur  le  mari  et  que,  dans  les 
contrats  de  mariage,  les  maris  promettent  de  se 
soumettre  en  tout  à  la  puissance  de  leurs  femmes  : 

Ka)  zsapà  to7s  iSioirais  aupteieiv  rijv  yvvauxa 
7*ivSp6sj  èv  Tfi  Tris  ^ufpoixbs  crvyypa^p  "apOfToyuokxh- 
yovTCûv  T&v  yafiovvTCûV  aitama  isfeiOapyvftreiv  rfi   ya^ 

Le  témoignage  d'Hérodote,  qui  écrivait  en  45 1 
pendant  la  seconde  partie  du  règne  d'Artaxerxès  lon- 
gue-main ,  un  peu  après  les  glorieuses  révoltes  des  rois 
égyptiens  Khabash  et  Amyrtée ,  et  vingt  ans  avant  la 
loi  des  XII  Tables,  est  surtout  très  curieux;  car  il 
nous  prouve  que,  dès  cette  époque, le coded'Amasis, 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  373 

qu imitèrent  les  décemvirs  romains,  n était  plus,  en 
ce  qui  concerne  la  femme,  pratiqué  que  pour  la 
forme  en  Egypte;  ce  que  nous  avons  déjà  constaté 
précédemment.  La  toute  puissance  de  Tbomme  avait 
déjà  fait  place,  dans  la  réalité  des  choses,  à  la  toute 
puissance  de  la  femme.  C'est  ce  qui  am?e  facilement 
quand  on  rompt  Téquilibre.  D  un  excès  on  passe  à 
lautre,  suitout  quand  on  a  voulu  réagir  contre  des 
mœurs  publiques  depuis  longtemps  traditionnelles 
et  invétérées.  La  vérité  était  1  égalité  des  deux  sexes 
d'après  le  code  Ammonien,  immédiatement  avant 
Amasis.  La  tyrannie  de  la  femme  est  aussi  illogique 
et  même  bien  davantage  que  la  tyrannie  de  Tbomme. 
Du  temps  de  la  seconde  hégémonie  persane  en 
Egypte,  c est-à-dire  postérieurement  à  la  promulga- 
tion de  la  nouvelle  législation  des  dynasties  nationales 
révoltées  contre  les  Perses,  le  mou\emQni  féminUte , 
que  nous  avons  déjà  constaté  du  temps  de  la  pre- 
mière, c  est-à-dire  tf  Hérodote,  s  est  encore  accentué. 
Ce  n est  plus  seulement  la  femme  mariée  que  Ion 
protège,  cest  encore  la  fille  et  la  sœur.  Tandis  que 
sous  les  Ammoniens  eux-mêmes ,  le  hir,  le  chef  de  la 
famille,  était  toujours  un  homme,  d  après  le  nou- 
veau code,  ce  chef,  cet  aîné,  xvpioff  peut  être  une 
femme.  Nous  possédons  un  contrat  de  fan  a ,  athyr, 
de  Darius  Codoman ,  le  roi  que  vainquit  Alexandre , 
qui  est  très  intéressant  à  ce  point  de  vue.  Il  porte  : 

«  La  femme  Isis ,  fille  de  Ha ,  dont  la  mère  est  Nes- 
borpkhrat,  dit  au  choacbyte  d'Amenapi  de  roocident 


376  MAI-JUIN  1906. 

de  Thèbes  Petamenapi ,  fiis  de  Nesmin,  dont  la  mère 
est  Isirashi  : 

«Je  t'abandonne  les  droits  siu*  les  maisons,  les 
«  terrains  nus ,  tous  les  biens  au  monde ,  droits  appar- 
«  tenant  au  pastophore  d*Amenapi  de  Toccident  de 
«  Thèbes ,  Ha ,  fils  de  Pchelchons ,  dont  la  mère  est 
«  Nesnebhathor,  mon  père,  le  frère  cadet  de  Nesmin , 
«  fils  de  Pchelchons ,  ton  père.  Je  n  ai  plus  aucun  droit 
«  d'action  pour  jugement,  de  serment  et  d'adjuration 
«judiciaire,  de  parole  quelconque  a  te  faire.  Depuis 
«  le  jour  ci-dessus ,  celui  qui  viendra  à  toi  pour  t'în- 
«  ([uiéter,  pour  part  de  maisons ,  de  terrains  nus  de 
«  totalité  des  biens  au  monde  appartenant  à  Ha ,  fils 
«  de  Pchelchons ,  mon  père,  celui,  dis-je,  qui  viendra 
«  parmi  les  enfants  mâles,  les  enfants  femelles,  qui- 
«  conque  au  monde  provenant  de  Ha ,  fils  de  Pchel- 
«  chons,  mon  père,  je  le  ferai  s'éloigner  de  toi.  Si  je 
«  ne  le  fais  pas  s  éloigner  de  bonne  volonté,  je  le  ferai 
«  s'éloigner  de  force.  Je  t'obligerai  de  mon  côté  au 
«  droit  de  l'écrit  que  tu  m'as  fait  l'an  2 ,  athyr,  du  roi 
«  Darius  (la  même  date  que  celle  qui  est  inscrite  dans 
«  le  protocole  de  ce  document) ,  sur  le  ttpooaiXiop  et  le 
«  pavillon  qui  est  derrière ,  et  sur  le  terrain  qui  est  sur 
«  le  pavillon  et  dont  la  porte  s'ouvre  sur  le  sol.  Tu  m'as 
«  donné  écrit  sur  ces  choses  pour  ma  part  de  maison 
«  de  terrain  nu  et  de  biens  quelconques,  et  pour  la 
«  part  de  maison  et  de  terrain  nu  de  Pchelchons,  fils 
«  de  Ha,  de  la  femme  Muamenra,  fille  de  Ha,  de  la 
«  femme  Tamin ,  fille  de  Ha ,  et  de  la  femme  Tanofré , 
«  fille  de  Ha  —  ce  qui  complète  cinq  parts  dans  lei- 


LA   FEMME  DANS  LANTIQUITÉ.  377 

«  maisons,  les  terrains  nus  de  Ha  fils  de  Pchelchons, 
«  notre  père.  Je  n'ai  plus  aucune  parole  au  monde 
«  (aucune  réclamation)  sur  toi  depuis  le  jour  ci-dsssus. 
«  Que  je  ferme  la  porte  qui  ouvre  à  lorient  de  la 
«  maison ,  que  je  m  ouvre  une  porte  au  sud  de  la  rue 
«  du  roi.  » 

Ici ,  cette  fille  ayant  un  frère  légèrement  plus  jeune , 
sans  compter  des  sœurs ,  use  de  tous  les  droits ,  fort 
étendus,  que  le  code  égyptien  assurait  à  Taîné,  xv- 
pios,  non  pas  dans  son  propre  intérêt,  mais  pour  pro- 
téger l'hérédité  commune  à  sa  branche.  Elle  échange 
cette  hérédité  avec  celle  de  son  cousin ,  Taîné ,  xupios 
d'une  autre  branche ,  ou  plutôt  elle  partage  le  bien 
commun,  par  cessions  parallèles  en  interdisant 
désormais  à  ses  frères  comme  à  ses  sœurs  de  jamais 
réclamer  contre  ce  qu'elle  a  fait  comme  magistrat 
fiimilial.  Le  pouvoir  quelle  revendique  ne  lui  est  donc 
pas  donné  par  un  contrat  librement  consenti,  comme 
celui  dont  il  est  question  dans  les  contrats  de  mariage , 
mais  il  lui  vient  de  la  loi  même ,  c  est-à-dire  du  nou- 
veau code ,  en  cela  en  opposition  avec  celui  d'Amasis. 
On  peut  donc  affirmer  qu'il  y  a  eu  là  une  réaction 
violente,  une  véritable  révolution  juridique —  comme 
sur  beaucoup  d'autres  points  d'ailleurs. 


vil.  2.) 

laraiHraii  >Anoati.r. 


378  MAI-JUIN   1906. 

VI 

LES  MACÉDONIENS  EN  EGYPTE 

ET  LA  FEMME. 

Nous  en  sommes  arrivés  à  lapogée  de»  droits  de 
la  femme,  limite  extrême  qui  ne  pouvait  vraiment 
plus  être  dépassée*  Il  faut  maintenant  que  nous  di- 
sions qudques  mots  des  modiâcations  que  les  do- 
minations grecques  et  romaines  introduisirent,  en 
Egypte,  dans  le  code  des  dynasties  nationales —  tou- 
jours, bien  entendu,  en  ce  qui  touche  la  femme* 

Quand  les  compagnons  d'Alexandre  conquirent 
sur  les  Perses  f  Egypte  (  où  ils  furent  accueiUii  d'abord 
comme  des  sauveurs),  ils  eurent  smn  de  laisser  sub- 
sister, à  côté  de  la  leur,  la  législation  du  pays»  La 
distinction  decesdeux  lois  parallèles  est  encore  nette- 
ment spécifiée  sous  les  enfants  d'Épipkane  par  un 
passage  du  procès  contenu  dans  le  papyrus  I  de 
Turin,  dont  j  ai  fait  voir  la  parfaite  exactitude* 

Or,  pour  la  femme ,  ces  deux  lois  étaient  easen- 
tiellement  différentes. 

Les  Macédoniens  mettaient  la  femme  en  tntdie 
perpétuelle,  en  hii  adj(rignant  un  xiptof  pour  tous 
les  actes  importants,  ainsi  que  le  prouvent  une  nuàr^ 
lilude  de  papyrus.  lis  durent  donc  trouver  excessi& 
les  droits  accordés  à  la  femme  en  Egypte. 

En  ce  qui  concerne  les  régimes  matrimoniaux 
issus  de  la  libre  volonté  des  parties ,  ils  ne  voulurent 
et  ne  purent  rien  y  toucher.  Mais ,  tout  en  laissant  aux 


LA  FEMlitfc  l)Af«IS  L'ANTIQUITÉ.  379 

Égyptiens  lelifs  lois  et  leurs  coutumes  ^  les  monarques 
se  Crurent  permis  de  foire,  par  décrets  ou  'mpôalay^ 
(i&ffA,  Certaines  modifiCËtious  au  code  égyptien,  qui 
rendaient  moins  choquante  Fantinomie.  La  première 
en  date  de  teê  ttlodificatiotis  fut  cdie  par  laquelle  on 
sUppriitia  la  soBfur  ainée,  xàpêût,  pour  ne  plus  ad- 
mettre qu'un  frère  aîné^  képiCfs.  Cette  modificatioh 
dut  avoir  lieti  dès  le  début  de  la  conquête,  car, 
depuis  Alexandre^  nous  n'avons  plus  jamais  dacte 
analogue  k  Celui  de  Darius  Gddotnan.  La  seconde 
mddification  fut  bdatîcoup  jAm  tardire.  Elle  ne  re- 
monte qu'à  Ptolénlée  Phîlopator-  Ce  roi,  si  ami  des 
femmes,  dont  il  fut  ftoûrent  le  très  huml^  esclave, 
trouva  pourtant  que  la  femme  mariée  égyptienne 
avait  trop  d'indépendance^  Il  rendit  un  mpàt/làyiioL 
exigeant  le  Cônsentctoiént  An  mari  à  tous  les  actes 
aCccrmpli*  par  sa  femme. 

Jusqu'à  tei,  sotts  Al^andre,  Philippe  Arrhidée, 
Alexandre  II,  Ptdémée  Soter,  Ptolémée  Phila- 
dèlphe,  Ptolémée  Évergète,  et  même  dans  ie  ooni- 
mênCement  an  régime  de  Philopator,  les  contrats 
nous  montrent  les  femmes  mariées  actant  avec  la 
plus  grande  îndë^ndance ,  san^i  l'assistanœ  de  qui- 
conque. EHesf  vendent,  achètewt^  empruntent,  sans 
que  leur  mari  *ii  k  s'en  méier.  Ce  titre  de  «  mari  n,  de 
fcd,  n'intervient  nulle  part,  même  quand  ies 
fetortïes  mariées  traitent  d'ttne  affaire  de  ce  genre 
afvec  letff  Conjdnt  —  ce  ^û\m  font  absoinmmt 
comme  **H  ^'agi^^it  d'un  étranger .^  A  partir  du 
epéôOâtyfiii  de  Philopator,  au  contraire,  il  n'en  est 

25. 


380  MAI.JUIN   1906. 

plus  ainsi.  Après  l'acte  rédigé  par  sa  femme,  & 
regard  d'un  étranger  par  exemple,  le  mari,  à  ce 
titre  expressément  allégué.,  intervient  pour  dire  qu'il 
y  consent. 

Cette  loi  continua  toujours  à  être  pratiquée  en 
Egypte ,  môme  à  Tépoque  romaine  et  lorsque  les 
Egyptiens  eurent  reçu  le  titre  de  citoyens  romains 
—  c'est-à-dire  quand  le  corpus  jaris  donnait  aux 
femmes  un  tuteur  autre  que  leur  mari.  Les  con- 
trats coptes  de  la  plus  basse  époque,  aussi  bien  que 
les  contrats  grecs,  nous  montrent  encore  la  néces- 
sité du  consentement  marital, tel  que  le  code  Napo- 
léon devait  l'exiger  plus  tard,  malgré  l'opposition  du 
consul  Gambacérès. 

Notons-le  d'ailleurs ,  si ,  sur  ce  point,  le  droit  grec 
exerça  une  véritable  influence  sur  le  droit  égyptien, 
le  contraire  se  produisit  également.  Même  dans  les 
actes  grecs  rédigés  pour  les  conquérants,  en  vertu 
du  droit  macédonien ,  le  xupio^  des  femmes  ne  devint 
plus  qu'une  affaire  de  style.  En  fait,  la  Grecque 
jouissait  en  Egypte  d'une  liberté  aussi  grande  que 
l'Egyptienne. 

Les  contrats  grecs  relatifs  à  la  fenune  se  firent 
aussi  habituellement  suivant  des  modèles  égyp- 
tiens :  ce  qui  n'avait  rien  de  contraire  au  droit, 
puisqu'en  définitive ,  dans  les  questions  qui  n*étaient 
pas  réglées  par  la  législation,  le  contrat,  ce  que 
les  Egyptiens  nommaient  l'acte  libre,  faisait  la  loi 
entre  les  parties ,  et  cela  aussi  bien  d'après  les  codes 
grecs ,  comme  celui  de  Solon ,  que  d'après  celui  de 


LA  FEMME  DANS   L'ANTIQUITÉ.  381 

Bocchoris.  Or,  tout  naturellement,  c'était  le  plus 
grand  nombre  dont  les  coutumes  prévalaient. 

Nous  ne  possédons ,  et  cela  à  l'époque  ptolémaïque , 
qu'un  seul  contrat  de  mariage  gréco-macédonien  pur. 

Comme  les  contrats  gréco-macédoniens  d^dwtf" 
^pôÛTiSy  emptio-venditio ,  et  d'emprunt-prêt  que  nous 
possédons,  il  est  complètement  bilatéral,  au  lieu 
d'être  unilatéral  dans  sa  forme,  ainsi  que  cela  se 
pratiquait  pour  tous  les  actes  égyptiens. 

Bien  entendu  aussi,  suivant  l'usage  général  des 
Grecs,  il  se  rapporte  au  régime  dotal  pur.  Mal- 
heureusement une  lacune  nous  en  a  enlevé  le  com- 
mencement relatif  à  l'oflTre  et  à  l'acceptation  du 
mariage,  à  l'apport  et  au  chiffre  de  la  dot,  etc. 

Les  autres  clauses ,  encore  subsistantes ,  se  réfèrent , 
soit  à  la  vie  conjugale  basée  sur  une  communauté 
réelle,  et  non  —  comme  cela  se  pratiquait  alors  en 
Egypte  —  sur  une  union  libre ,  avec  domiciles  sépa- 
rés possibles,  etc.,  soit  à  la  rupture  prévue  de  cette 
vie  conjugale. 

Bien  entendu,  il  ne  peut,  dans  ce  régime  fort 
simple,  être  question  d'une  pension  alimentaire, 
mais  simplement  de  l'entretien  convenable  de  la 
femme  par  le  mari  : 

«  Menécrate  fournira  à  Arsinoé  toutes  les  choses 
nécessaires  à  son  entretien,  selon  sa  fortune,  ainsi 
que  les  vêtements  et  tout  ce  qui  convient  à  ime  femme 
mariée. 

M  II  ne  sera  pas  permis  à  Menécrate  d'introduire 


382  MAI-JUIN   1006. 

dans  la  maison  une  femme  {yvpeuxa) ,  ni  d  entretenir 
une  concubine  (tvoXXoiej/v),  ni  d  avoir  des  enfantsdu 
vivant  d*Arsinoé,  ni  d^habiter  une  autre  maison  que 
celle  dont  Arsinoé  est  maîtresse  avec  lui,  ni  de  la 
chasser,  ni  de  Tinsulter,  ni  de  ia  maltraiter,  ni 
(raliéner  aucun  bien ,  sans  qu*Ârsinoé  ait  souscrit  à 
la  garantie. 

«  S'il  est  démontré  qu*il  a  fait  Tune  de  ces  choses, 
ou  s'il  n  a  pas  fourni  les  choses  nécessaires  et  les 
vêtements,  etc.,  comme  il  a  été  écrit  plus  haut, 
Menécrate  payera  à  Arsinoé  sa  dot  et  Yhéniiotton  (la 
moitié  en  plus). 

«  Réciproquement ,  il  n  est  pas  permis  à  Arsinoé 
do  découcher  ou  de  s*absenter  un  jour  entier  hors 
de  ia  maison  de  Menécrate,  sans  que  Menécrate  le 
sache,  ni  de  s  unir  à  un  autre  homme,  ni  de  souiller 
la  maison  commune,  ni  de  ùàve  à  Menécrate 
(fuelcjue  chose  de  ce  qui  apporte  de  la  honte  à 
lui  homme.  Si  Arsinoé,  de  son  libre  arbitre,  veut  se 
séparer  do  lui,  Menécrate  la  renverra,  en  lui  payant 
simplement  sa  dot ,  dans  les  3o  jours  à  partir  de  la 
d(».mande.  S'il  ne  paye  pas  comme  il  est  écrit,  qu'il 
livre  Vhémiolion  en  plus  avec  la  dot. 

«Qu'ils  aient  santé!  Mais  si  lun  deux  souffre  la 
destinée^  commune  aux  hommes  et  meurt,  que  tout 
ce  qu'il  a  laissé  appartienne  au  survivant  et  aux 
enfants  qu  ils  auront  eus  ensemble.  S'ils  nont  pas  eu 
d'enfants  ensemble  ou  si  ceux  qu'ils  ont  eus  sont 
morts  avant  d'être  en  âge  adulte,  alors  que  les  deux 
époux  sont  encore  en  vie ,  ou  après  la  mort  de  l'un 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  383 

d  eux,  on  agira  de  la  façon  suivante  :  Si  c'est  Arsi- 
noé  qui  meurt  la  première,  Menécrate  versera  toute 
la  dot ...  à  sa  mère  (la  mère  d'Arsînoé)  si  elle  vit, 
ou  sinon  à  ceux  qui  représentent  Arsinoé.  S'il  ne  la 
paye  pas  comme  il  est  écrit  ci-dessus,  il  payera  de 
plus  la  moitié  en  plus (le  reste  manque).  » 

Ce  contrat  est  jusqu'ici  unique  en  son  genre. 
A  peine  en  retrouve-t-on  quelque  formule  de  dé- 
tail dans  d'autres  contrats  grecs  rédigés  à  Tépoque 
romaine,  d'après  le  type  égyptien.  Notons-le,  en  effet, 
dès  l'époque  ptolémaïque ,  c'étaient  les  actes  de  ce 
type  que  les  Grecs  employaient  de  préférence  —  et 
cek  en  grec  —  quand  il  s'agissait  du  mariage, 
tandis  qu'ils  avaient  soigneusement  conservé  les 
formules  macédoniennes  pour  la  vente,  le  prêt,  etc. 

Nous  citerons,  par  exemple,  cette  pièce  ptolé- 
maïque, qui  nous  donne  J'analyse  exacte  d'un  contrat 
dotal  du  genre  égyptien  (en  laissant  de  côté,  bien 
entendu,  les  clauses  périmées,  dont  l'exécution  n'im- 
portait pas  au  demandeur,  telle  que  la  pension  ali- 
mentaire ,  etc.  )  : 

«  A  Posidonius ,  chef  des  gardes  du  corps  et  stra- 
tège, de  la  part  de  Ptolémée,  fds  d'Amadocus, 
Thrace. 

«  Ma  mère  Asclépias  s'était  unie  à  un  certain  Isidore, 
du  bourg  de  Pitou ,  par  un  contrat  de  reconnaissance 
que  celui-ci  lui  donna  et  par  lequel  il  reconnaissait, 
entre  antres  choses,  avoir  reçu  d'elle  la  dot  (^epi»i/) 
de  2  talents  de  cuivre  apportés  par  elle ,  et  s'enga- 


.Wi  MAT-JUIN  1906. 

(jeait  à  régler  avec  elle  dans  V camée  de  cohabitation, 
Jusqiie-ià,  ils  devaient  avoir  avvowria  ensemble 
(omme  mari  et  femme,  elle,  Asclépias,  étant  mai- 
tresse  en  commun  des  biens.  S*il  ne  faisait  pas 
comme  cela  avait  été  écrit,  Isidore  devait  lui  rendre 
immédiatement  la  dot  avec  la  moitié  en  plus.  Mais, 
dans  TintervaUe,  Asclépias  étant  morte,  et  ses  biens 
me  revenant  à  moi,  puis  Isidore  étant  mort  aussi, 
certaines  gens  appelés  Ântibios,  Isidore,  Eudaiuios, 
se  précipitèrent  sur  ces  biens  quils  avaient  laissés  cl 
maintenant  encore ,  s  en  étant  emparés ,  les  possèdent, 
sans  me  rendre  la  dot,  etc.  » 

liC  reste  de  la  requête  nous  importe  peu  pour  le 
moment.  Il  nous  suffit  de  constater  que  ce  docu- 
ment, écrit  entre  Tan  a  5  et  Tan  36  de  Philometor, 
nous  montn»  l'emprunt  fait,  par  des  Grecs,  du  con- 
trat de  mariage  égyptien,  unilatéral  dans  sa  forme, 
ot  mentionnant,  après  la  dot,  la  clause  par  laquelle 
on  s\»ngageait  à  la  rendre  et  à  régler  avec  la  femme 
dans  Tannée  de  cohabitation. 

Dans  Ifs  contrats  de  sankh,  le  mari  disait  simple- 
ment qui!  rendrait  cette  créance  quand  la  femme  le 
voudrait,  et,  dans  les  contrats  de  prise  pour  femme 
niemphi  tes ,  qu'il  la  rendrait  dans  le  délai  de  3o  jours , 
soit  quand  il  établirait  sa  femme  comme  telle,  soit 
(|uand  elle  s  en  irait  d  elle-même.  Mais  la  suite  por- 
tait ,  à  propos  de  la  pension  alimentaire  :  «  Je  te  don- 
nerai ceci  ou  cela  pour  ta  nourriture,  ton  aident  de 
poche  ot  pour  ton  argent  de  toilette  d'une  année.  ■ 


LA  FEMME  DANS  L'ANTIQUITÉ.  385 

Dans  les  contrats  par  don  nuptial,  cette  formule 
relative  à  Tannée  de  la  pension,  ne  semblait  bien 
souvent  en  prévoir  qu  une ,  avec  continuation  pos- 
sible ,  ce  qui  m'avait  fait  penser  d'abord  à  une  sorte 
d'année  de  noviciat  matrimonial.  Depuis  j'ai  renoncé 
à  cette  hypothèse.  Mais  il  faut  avouer  que  le  contrat 
cité  par  Amadocus  était  bien  rédigé  dans  cet  esprit. 

Je  ne  donnerai  pas  en  détail  les  très  nombreux 
contrats  de  mariages  grecs  de  l'époque  romaine ,  qui 
nous  offrent  toutes  les  clauses  des  contrats  de  ma- 
riages égyptiens,  avec  pension  alimentaire,  etc.  Les 
curieux  pourront  en  lire  quelques-uns  dans  mon 
Précis.  Qu'il  me  suffise  de  dire  qu'à  côté  du  type 
dotal,  du  type  mixte  également  décrit  plus  haut 
et  comprenant  des  SSv^  ou  «  dons  nuptiaux  »  et  un 
tafpw/Çtt  dot  »,  on  trouve,  et  cela  très  souvent,  le  con- 
trat desankh  ou  de  créance  nuptiale,  appelé  en  grec 
contrat  de  dépôt,  ^apaOrfxn  ou  ^apoLxaTaOrfxti. 

Ce  contrat  était  surtout  en  usage  pour  les  soldats 
auxquels  la  loi  interdisait  de  se  marier  et  qui  avaient 
trouvé  commode  ce  mode  de  (rwoïKéciov. 

Sur  ce  point  la  jurisprudence  était  hésitante.  En 
l'an  2  G  d'Adrien ,  Gains  Juiianus  déclare  nul  ce  Sdvetov 
èx  ^apdvofjLOv  ydfiov  yevSfxevov.  En  l'an  20  de  Trajan , 
Lupus  dit  :  «  Nous  pensons  que  les  ^mapaxaTâBrlKcu  sont 
des  dots.  En  de  semblables  causes ,  je  ne  donne  pas  de 
juges  ;  car  il  n'est  pas  permis  à  un  soldat  de  se  ma- 
rier. Mais,  ajoute-t-il  à  la  demanderesse,  si  tu  ré- 
clames ta  dot,  tsrpoix»/,  je  donne  un  juge.  Je  penserai 
que  tu  as  été  persuadée  que  le  mariage  était  légal.  » 


390  MAI.JUIN    1906. 

Quant  au  contrat  basé  sur  le  seul  don  nuptial , 
sans  apports  vrais  ou  prétendus  de  la  femme ,  je  ne 
1  ai  pas  encore  trouvé  en  grec.  Il  parait  être  resté 
spécial  au  droit  égyptien  pur,  et  il  continua  à  être 
rédigé,  soit  pour  les  payens,  en  démotique,  soit 
pour  les  chrétiens,  en  copte.  En  copte,  nous  trou- 
vons également ,  et  cela  bien  après  la  conquête  mu- 
sulmane, les  contrats  mixtes  spédfiant  le  schaat 
(cyxxT)  ou  don  nuptial,  la  shedet  (u^eexex)  ou  dot 
de  la  femme,  et  la  rompe  en  ouom  (ponne  AoyuiH), 
année  de  nourriture  ou  pension  alimentaire. 

Notons  cependant ,  à  propos  de  la  pension  ali- 
mentaire ,  que  si  elle  continua  à  être  spédfiée  habi- 
tuellement dans  les  contrats  grecs  et  coptes,  c était 
complètement  illégal ,  depuis  Tédit  de  Caracola  éten- 
dant la  cité  romaine  à  tous  les  sujets  de  f  empire, 
(iordien  avait  écrit  formellement,  peu  de  temps 
après  cet  édit  de  Garacalla  (Dig.,  V,  xvi,  ii)  : 
«Sicut  cessât  petitio  quantitatis,  quam  de  suoma- 
ritus  uxori  in  menses  singulos  vel  annos  proprii 
usus  gratia  promittit,  ita  ex  ea  causa  nummi  soluti 
erogatique  non  dari  repetitionem  manifestum  est.  » 

Mais,  en  cela, la  coutume  l'emporta  sur  le  droit 
strict,  comme  en  ce  qui  concerne  lassistanoe  légale, 
le  quasi-tutelle  du  mari  sur  sa  femme,  instituée  par 
Philopator,  et  qui  ne  cessa  pas  d'être  pratiquée,  etc. 

Ces  coutumes  légales  ou,  en  d'autres  termes,  ces 
vieilles  lois  égyptiennes ,  étaient  soigneusement  con- 
servées en  Egypte,  en  ce  qui  touche  le  mariage,  sur 
tous  les  points,  avec  une  obstination  digne  de  re- 


LA  FEMME   DANS  L'ANTIQUITÉ.  387 

marque;  parfois  même  elles  devenaient  Torigine 
d'abus  graves. 

Il  en  fut  ainsi,  par  exemple,  pour  la  loi  d'Amasis, 
faisant  consister  le  mariage ,  en  dehors  de  toute  cé- 
rémonie, dans  sa  consommation  charnelle.  Cette 
petite  condition  de  la  consommation  du  mariage 
permettait  aux  Egyptiens  d  éluder  la  plupart  des  lois 
matrimoniales  des  empereurs.  Ainsi,  par  exemple, 
une  loi  de  Constantin  avait  interdit  de  contracter 
mariage  avec  Tëpouse  d  un  frère  mort.  Or  il  se  trou- 
vait que  les  Égyptiens,  d  après  leur  usage  local  sur 
la  façon  dont  il  fallait  entendre  le  mariage,  préten- 
dirent souvent  que  les  femmes  de  leurs  frères  *  étaient 
restées  intactes  après  la  mort  de  ceux-ci,  que,  par 
conséquent ,  ce  mariage ,  officiellement  et  publique- 
ment célébré,  n*était  pas  un  vrai  mariage,  et  qu'il 
leur  était  permis  de  ne  pas  en  tenir  compte. 

L'empereur  Zenon  voulut  couper  court  à  cet  abus, 
et  il  répondit  en  ces  termes  (Code,  liv.  V,  titre  v, 
1.  8)  :  a  Licet  quidam  Aegyptiorum  idcirco  mortuo- 
rum  fratrum  sibi  conjuges  matrimonio  copulaverint , 
quod  post  illorum  mortem  mansisse  virgines  dice- 
bantur,  arbitrati  scilicet  (quod  certis  legum  condi- 
toribus  placuit)  cum  corpore  non  convenirint, 
nuptias  non  videri  esse   contractas  ;   et  hujusmodi 

^  On  sait  d'ailleurs  que  les  Egyptiens  regardaient  comme  licites, 
je  dirai  plus,  normaux,  les  mariages  entre  frères  et  sœurs  (à  l'imi- 
tation de  celui  d'Osiris  et  dlsis).  Nous  en  avons  des  exem|^es  innom- 
brables à  toute  époque  jusqu'à  l'édit  de  Garacalla.  Ils  n'avaient  pas 
seulement  lieu  entre  enfants  du  même  père,  comme  à  Athènes,  mais 
entre  enfants  du  même  père  et  de  la  même  mère. 


^SS  MAI-JUIN  1906. 

ronnubia  tune  temporis  celebrata  firmata  sunt,  tamen 
praesenti  lege  sancimus ,  si  quac  hujusmodi  nuptiae 
contractae  fuerint,  eas  eanimque  contractores,  et 
ex  his  progenitos,  antiquorum  legum  tenon  subja 
cere,  nec  ad  exemplum  Aegyptiorum  (de  quibus 
supradiclum  est)  eas  videri  fuisse  firmas  vel  esse 
firmandas.  » 

li  me  serait  facile  de  montrer  la  permanence  ac- 
tuelle des  coutumes  égyptiennes  relatives  tant  au 
don  nuptial  qu*au  trousseau  de  la  femme,  distinct 
de  son  avoir  (meubles  et  immeubles)  ne  dépendant 
que  d'elle,  bien  quen  qualité  de  wiptos  le  mari  dût 
par  honneur  être  consulté,  d après  les  textes  légaux 
actuellement  en  vigueur  (art.  aa,  îi3,  71,  76  et 
titre  V,  chap.  v),  et  que  mon  ami,  M.  Attia  Wahby* 
a  bien  voulu  me  communiquer.  Rien  n'est  changé 
foncièrement  sous  ce  rapport  depuis  deux  mille  ans. 
Mais  cet  atavisme  juridique  n*est  pas  plus  étrange 
que  celui  qui  fait  conserver,  nous  a  dit  Oppert,  par 
les  chrétiens  des  environs  de  Mossoul,  Tancienne 
Ninive,  le  contrat  de  coemptio  ou  d  achat  de  la 
femme,  que  leurs  ancêtres  pratiquaient  au  temps 
d*Assourbanipal  ou  de  Sennacherib, 

Le  contrat  par  coemptio ,  introduit  par  Amasis,  et 
que  rÉgypte  donna  à  Rome ,  a  au  contraire  disparu 
en  Kgypte  même,  car  il  était  par  trop  contraire  aux 

*  M.  Attia  Wahby  qui,  à  coté  de  sa  traduction,  m*«  donné  le 
teite  arabe  de  tous  los  textes  légaux  et  de  lenr  commentaire  «ato- 
risé,  m*a  envoyé  aussi  les  déclarations  officielles  de  mariage  fniUss 
au  patriarchat  copte  et  de  très  curieux  procès  contemporains. 


LA   FEMME   DANS  L'ANTIQUITÉ.  389 

mœurs  publiques ,  très  douces  et  très  féministes.  Il 
est  toujours  permis  à  un  législateur  de  tout  changer 
pour  un  jour,  mais  ses  réformes  disparaissent,  si 
lame  du  peuple  n'en  veut  point. 

Certes  on  peut  la  corrompre ,  cette  âme  du  peuple. 
On  peut  lui  faire  abandonner  la  morale  stricte,  mais 
on  ne  peut  lui  imposer  longtemps  des  choses  qui 
répugnent  trop  à  sa  nature  et  à  son  tempérament 
ethnique. 

VII 
POST-SCRIPTUM. 

Il  nous  resterait  à  continuer  cette  histoire  de  la 
femme ,  tant  en  Orient  qu  en  Occident.  Peut-être 
le  ferons-nous  quelque  jour,  mais  actuellement  le 
temps  nous  manque. 

Et  cependant  il  serait  fort  intéressant  de  constater 
les  transformations  que  le  jus  gentium,  et  spéciale- 
ment celui  d'Egypte,  a  fait  subir  au  vieux  droit  civil 
romain ,  devant  aboutir  un  jour  à  ce  droit  écrit,  paral- 
lèle au  droit  coutumier,  et  contre  lequel  les  autem's 
du  code  civil  eurent  tant  à  lutter. 

La  lutte  fut  âpre,  surtout  pour  la  libre  admi- 
nistration des  paraphemaux  par  la  femme  mariée, 
sans  intervention  du  mari,  libre  administration  si 
analogue  à  ce  qui  existait  en  Egypte  avant  le  ta'p^- 
(rlayfJLa  de  Philopator. 

Bien  curieuse  aussi  serait  Tétude,  relativement  au 
mariage ,  des  usages  de  ces  Germains  et  de  ces  Bar- 


390  MAI-JUIN   1900. 

bares  de  tout  genre  qaî  envahirent  f  empire  romain , 
emportant  avec  eux  leur  droit  coutumier,  devenu, 
en  partie  «  le  nôtres  Disons-le  d'ailleurs ,  oe  droit  cou- 
tumier  avait  des  analogies  frappantes  avec  les  plus 
YÎeux  des  droits  orientaux.  La  raison  en  est  bien 
simple.  Aucun  de  ces  législateurs,  modifiant  tout  à 
leur  fantaisie,  n'était  encore  intervenu i  et  les  institu- 
tions primitives  restaient  ce  qu*eUes  étaient. 

En  ce  qui  touche  la  femme ,  jouant  un  r^e  bien 
supérieur  à  celui  qu  elle  avait  dans  les  codes  dits 
classiques  de  l'antiquité  ^  comme  en  ce  qui  touche 
les  enfants ,  devant  avoir  parts  égales  dans  les  biens  de 
leurs  parents,  ce  droit  coutumier,  devenu  le  nôtre, 
se  rapprochait  singulièrement  de  Tétat  des  premières 
périodes  des  civilisations  primitives  de  la  Ghaldée, 
de.  TEgypte  (restée  à  ce  point  de  vue  le  plus  conser- 
vateur des  pays  antiques) ,  etc. 

li  ne  faudrait  pas  ouUiar  non  plus  Finflaence 
très  rédle  et  très  profonde  du  christianisnie  --^  sans 
pourtant  ^ejKagérer^  comme  le  font  quelques-uns, 


'  Lors  de  la  conversion  au  ctimfianisme  on  réagit  inéme  cfotite 
la  AflnatîM»  M»  indépendants  de  U  tmnmt  ê»  Egypte,  etf  ifiuipiiapt 
d'Atl«;urs  de»  iraditions  de  TAncien  TeatAmest*  Noos  citoieiia  ceUe 
rliarinante  page  de8  Gnomes  : 

«  Une  femme  est  aimée  de  Dieu  et  des  hommes  k  cause  dté  sa 
sagcMc  et  de  la  bonne  administraliMr  de  stf  naisea;  ccf  Ift  kMMMé 
vaine,  il  y  a  une  xt.'n^canre  qui  la  pouri«it« 

«  Orne-toi  pour  ton  mari  par  les  œuvres  dfe  tes  mama  et  jper  la 
sagesse  de  ta  bouche  :  les  saintes  appellent  leur  mari  mon  teigkear» 

«  N'aini<>  pas  à  tf  parrer,  ^  femme,  fMâis  atfai>Bu»lw  &é Mites i* 


LA  FEMME   DANS  L'ANTIQUITE.  391 

soutenant  que  le  christianisme  a  seul  donné  à  la 
femme  son  véritable  rôle ,  inconnu  à  toutes  les  nations 
antiques. 

belles  qui  sont  dans  \e  séptdcre.  Celles  mêmes  qui  gisent  sur  le  lit 
de  la  maladie,  la  beauté  cesse  en  elles. 

f  Orne  ton  âme  par  Taniour  de  Diea  et  donne  ton  cowr  à  la  pa- 
role de  Dieu.  £coote-le. 

«  Un  homme  sage  ne  s'attachera  pas  à  une  femme  insensée. 

«Mon  fils,  éloigne-toi  d'une  femme  qui  aime  la  parure;  car  ce 
sont  sigfiaax  d*adiiltére  qne  les  étalages  d^annetdx  et  de  ciocliettes. 

f  Ta  reconnattras  une  femme  qui  baii  le  péché  à  la  pureté  de 
son  visage;  quant  à  celle  qui  met  du  noir  à  ses  yeux,  elle  montre 
par  la  sa  futilité. 

«  Le  soin  da  corps  n*a  pas  besoin  de  ces  choses.  (Test  vanité  que 
de  les  perler*  A  quoi  sert  le  noir  de*  yeux?  On  gâte  une  beUe  image 
avec  la  fumée  des  lampes.  » 

Déjà ,  à  la  (in  du  premier  ou  au  commencement  du  second  siècle 
de  notre  ère ,  tm  chrétien  racbé ,  Pblbfbor,  dans  son  admiraMe  trmié 
de  morale,  montrait  pour  la  femme  égyptieuie,  si  libre  d'allure»  et 
si  autoritaire,  une  défiance  parfois  méritée,  en  lui  opposant  son 
idéaf  de  fa  femme  chrétienne  : 

f  Qoond  une  femme  te  frfolt ,  c*eft  un  mattre  qui  s'est  rétélé  en  elle. 

«  Une  femme  qui  n^aime  pa»  on  autre  par  une  liaison  amonreuse 
(mot  à  mot  :  par  une  cousinerie  masculine  de  femme)  est  nne  per- 
sonne sage. 

f  Elles  ne  aont  pas  nombretise»  le»  femmes  indifférentes  à  famour 
coupable  (mot  à  mot  :  molles  dans  ce  chemin  en  leur  Ame). 

«  Que  pour  elles ,  soit  un  bon  ordre  venant  de  Dieu  ! 

«  11  y  a  telle  femme  qui  remplit  sa  maison  d'approvisionnements 
sans  payer. 

«Il  y  a  telle  autre  qui  rend  Dieu  maître  de  son  intérieur  (de  tout 
ce  qui  la  regarde). 

«  Il  y  a  telle  autre  que  je  ferai  connaître  pour  le  déshonneur,  en 
qualité  de  femme  molle  et  sensuelle. 

<  Je  la  crains  celle-là ,  à  cause  de  la  crainte  que  j*ai  de  la  ruine.  » 

L auteur  d'un  autre  livre  de  morale, -copié  sous  les  Ptolémée^par 
le  reclus  du  Serapeum ,  Apollonius ,  disait  simplement  :  •  Ne  moleste 
pas  ta  femme.  Elle  entre  en  lutte.  Qu'elle  emporte  son  bien.  » 


392  MAI-JUIN   1906. 

Non  !  le  christiaDÎsine  n*a  pas  créé,  mais  îi  a  res- 
tauré la  situation  de  la  femme  d*après  les  vieilles 
traditions  primitives  oubliées  presque  partout. 

Il  n  en  est  pas  moins  vrai  que ,  sans  lui ,  ce  que 
nous  appelons  la  ci>îlisation  moderne  n'existerait  pas 
ou  aurait  revêtu  im  caractère  beaucoup  plus  égoïste. 

C'est  Jésus  qui ,  par  Tamour,  a  édairé  fâme  hu- 
maine. 

A  un  autre  point  de  vue,  bien  intéressante  aussi 
serait  l'étude  du  monde  arabe  et  surtout  des  modifi- 
cations quy  a  apportées  l'Islamisme,  que  M.  Buart 
appelle ,  avec  raison ,  une  hérésie  chrétienne.  Du  côté 
doctrinal ,  en  effet ,  ce  n'est  guère  autre  chose  qu'une 
espèce  de  nestorianisme  remplaçant  le  Christ  par 
Mahomet,  Paraclet  annoncé  par  lui,  prétendait-il. 
Mais  hérésie,  Tlslaniisme  le  (îit  aussi  et  surtout 
par  la  manière  dont  il  considéra  l'état  de  la  femme; 
et  peut-être  peut-on  mieux  expliquer  ainsi,  par  une 
réaction  nécessaire  contre  l'ennemi  religieux  hérédi- 
taire des  Croisés,  le  piédestal  sur  lequel  les  chevaliers 
francs  élevèrent  la  femme,  cette  reine  d'amour  —  si 
libre  parfois. 


YAKS  À.  393 

YAKSÂ, 

PAR 

M.  A.-M.  BOYER. 


M.  Geldner  a  consacré  à  l'étude  de  ce  terme  un 
des  articles  des  Vedische  Stadien,  III,  p.  126-1 43. 
On  trouvera  là,  p.  1  43,  rénumération  des  sens  quil 
lui  a  assignés,  et  je  la  reproduis  en  note^  Je  crois, 
pour  ma  part ,  que  yaksà  exprime  simplement  une 
forme  (visible  de  fait  ou  conçue  comme  telle)  propre 
Il  étonner  le  regard ,  et  que  son  interprétation ,  sui- 
vant Toccurrence ,  par  «  fantôme  » ,  «  apparition  » , 
«  apparition  merveilleuse  » ,  «  forme  merveilleuse  » , 
«  merveille  » ,  explique  au  mieux  les  textes  et  suffit  à 
tous  les  cas^.  Parce  que,  au  contraire,  le  sens  dTiom- 

^  1.  -  a.  Erstaunen,  Verwunderung,  Neugierde.  -  b,  Wuiitler, 
Ràlsel.  —  2.  Wunder,  Kunststûck,  Zauber.  -  a.  Hexerei,  Zauberci. 
-  b,  Verzauberung ,  Verwandlung.  -  c»  Gaukeleî,  Blendwerk,  H* 
lusion.  -  d,  Wunderkraft,  VVunderkur,  Heiizauber. —  3.  Gegen- 
stand  der  Bewunderung  oder  Neugierde ,  Kuriositât  -^  a.  Wunder- 
tier.  -  b,  Schaustûck,  Fest,  (vulgo  Zauber).  -  c.  Naturwunder, 
wie  grosse  Baume  u.  s.  w» 

*  Yaksà,  dans  ie  sens  de  «  fantôme» ,  signifie  le  fantôme  pris  soit 
absolument ,  soit  relativement  à  un  possesseur  :  le  fantôme  de.  De 
même  yaksâ  est  employé  dans  le  sens  de  •  forme  mervéiUèusp  » 
absolument  ou  avec  un  génitif.  Dans  le  premier  cas,  il  signifie  nue 
forme  merveilleuse  prise  concrètement,  €*est-à-dire  un  objet  en 
tant  qu'offrant  (ou  imaginé  comme  offrant)  aq  regard  une  forme 

VII,  26 


394  MAI-JUIN   1906. 

mage  et  les  autres  connexes  à  celuî-là  ne  conviennent 
pas  à  tous  les  cas,  et  qu'il  serait,  d'autre  part,  gratuit 
de  supposer  un  second  terme  homonyme  d*un  pre- 
mier qui  à  lui  seul  suffit,  je  repousse  dans  sa 
totalité ,  comme  on  Ta  déjà  fait  d'ailleurs ,  l'interpré- 
tation indigène,  bien  que  ses  gloses  puissent  de  fait 
s'adapter  à  notre  terme  dans  certains  passages  védi- 
ques, et  que  le  qualificatif  yd^a,  en  particulier, 
qui  lui  est  peut-être  apparenté  et  sur  lequel  je  re- 
viendrai, donne  lieu,  en  faveur  du  sens  admis  par 
le  commentaire,  à  des  rapprochements  comme,  h 
côté  de  hdtà  pâvaha  yàksyah  (R.  V.,  VIII,  kg  [60], 
3)  :  agnih  pâvaM  ttfyah  (III,  'jy,  4),  Mdh  pdvakà 
tdyah  [Vil,  i5,  10),  Sdcih  pàvaka  vindyak (II,  7,  &}• 
JTessaierai  de  justifier  dans  une  revue  des  textes 
ce  que  j'ai  dît  du  sens  de  yaksâ. 

R.V.,lV,3,i3. 

nii  kàsya  yakfàrp.  sàdam  id  dlmré  gâ 
ma  vesàsya  praminatô  mipéti  \ 
ma  bhritar  agne  ànjjor  jrnAqi  ver 
ma  sàkhyur  dàksog/i  ripôr  bhufema  I 

Que  les  Aryas  de  l'Inde  redontassent  le  retour  des 


merveilleuse  :  «forme  merveilleuse!  est  idor»  éi[«îviiaii  à  tnflr- 
veiilei,  au  sens  où  j*ettieiids  ici  ce  mot  (avec  UmtafiHs  TâYMitage 
d'eiprimer  mieux  la  rdatioo  de  Tobjet  au  regard).  Dana  la  WK9md 
cas,  il  signifie  la  forme  merveilleuse  par  laqueik  fM  éln  ae  tt"^ 
fesie  (ou  est  supposé  se  manifestar)  à  la  vue.  Ce  lecaaé  cm  M  ae 
présentera  que  dans  Sat  Br.,  XI,  t,  3»  5  :  hMmmifmmuJmÉfmhté, 
à  c6té  du  f«ste  du  piemier  i /dl(|^  Moanti. 


tAKsA.    ^  305 

morts,  eusserit-Hs  été  parents  ou  amis,  est  indiqué 
parles  précautions  contre  ce  retour  que  sont  Certaines 
observances  funéraire»,  effacement  de  la  trace  des 
pas  sur  la  route  suivie  pso*  la  marche  funèbre,  pose 
d'une  pierre  sur  ce  même  chemin,  etc. ,  rites  qui  ont 
bien  sans  doute  pour  but  d'empêcher  la  mort  de 
poursuivre  les  vivants ,  mais  la  mort  concrétée  dans 
le  défunt,  en  qui  elle  s'est,  pour  ainsi  dire,  incarnée, 
t)  autre  part  on  connaît  le  rôle  d'Agni  comme  dé- 
fenseur contre  les  génies  nuisibles  (daiis  cet  hyrnhë 
même,  au  vers  suivant,  on  Tinvite  à  ^er  le  Raksas  : 
jahi  ràksah  etc.),  et  sa  protection  n'est  pas  moins 
efficace,  sans  doute,  contre  les  revenants.  Il  est  donc 
naturel  qu'il  lui  soit  demandé  d'écarter  tout  fantôme , 
fïk^ce  celui  d'un  amî.  C'est  le  sens  que  me  parait 
présenter  notre  texte. 

Je  vois  avec  Roth  un  adverbe  dans  huràs.  Admet- 
tant sa  dérivation  de  hvar^  je  lui  reoonnaia  le  sens 
de  «sinueusement»,  «tortueusement».  M.  Olden- 
berg,  traduisant  le  vers  en  question,  a  semblable^ 
ment  adopté  pour  rendre  ce  terme  «  on  a  crooked 
way  *  ».  Le  sens  de  notre  premier  pâda  sera  donc 
qu'Agni  ne  doit  janiab  aller  en  ligne  sinueuse  à 
n'importe  quel  fantôme,  ce  qui  veut  dire  qu'il  doit 
lui  courir  sus  tout  droit*  Je  traduis  : 

Ne  vas  jamais  par  voie  sinueuse  au  fantôme  dé  qui  qae  ce 
soit,  ni  d*un  voisin  travaillant  à  nous  perdre  ni  d'un  ami. 
Ne  (nous)  réclames  pas,  ô  Agni,  la  dette  d*un  frère  fourbe; 

*  Vedic  Hymns,  àTindex  et  p.  326.  Yakfà  est  rendii  par  «spîrit». 

26. 


396  MAI-JUIN  1906. 

que  nous  n^ayoDs  pas  à  souffrir  de  l*adresse  d'un  compagnon 
trompeur  I 

R.  V.,V,  70,4. 

ma  hàsyàdbhntakratà 
yàksàm  bhajemà  tanéblufi  \ 
ma  iésasâ  ma  tàruisà  H 

Ce  vers  est  une  prière  à  Mitra  et  Varuna,  et  je  le 
crois  encore  inspiré  par  la  crainte  des  reyenants  et 
du  mal  qu'Us  peuvent  causer.  M.  Oldenberg  a  pro- 
posé pour  le  quatrième  pâda  du  vers  précédemment 
étudié  une  correction  que  je  n'ai  pas  cru  devoir 
admettre,  et  suivant  laquelle  cUftya  se  trouve  diangé 
en  yak§A^,  Il  traduit  alors  :  «May  we  not  hâve  to 
suffer  under  the  spirit  which  avenges  »,  etc.  C'est  bien 
du  moins  dans  un  pareil  sens  qu'il  faut  entendre  ici 
la  relation  de  hhaj  et  de  yaksà.  Je  traduis  : 

Que  nous  n  ayons  à  souffrir,  à  merveilleusement  sages, 
de  la paii;  du  fantôme  de  qui  que  ce  soit,  ni  par  noos-mâmes , 
ni  dans  ceux  que  nous  laisserons  après  nous,  ni  dans  notre 
|N)Btërité  ! 

R.V.,  VU,  61,  5. 

àmûrà  visvà  vrsandv  imâ  vàm 
nà  ydsa  citràrp,  dàdrée  nà  yaksàm  \ 
drdhah  sacante  Anfiâjdnànârfi 
nà  vdqi  ninyAny  acite  abhûvan  i 

Comme  le  précédent,  ce  vers  est  adressé  à  Mitra 
et  Varuna. 

*    Vedie  Uymnt,  p.  33o. 


YAKSA.  3d7 

Bien  que  le  padapâtha  interprète  àmàrà  eiviivâ 
comme  duels ,  je  crois  plus  probable  qu'ils  se  rap- 
portent au  même  objet  que  imâh.  Du  reste  ce  point 
est  secondaire  dans  la  question  qui  nous  occupe. 
Quant  à  1  objet  auquel  se  rapporte  ÎTiidA,  et  ceci  est 
pour  nous  capital ,  je  ne  puis  le  regarder  avec  Sâyana 
comme  n  étant  pas  formellement  exprimé  dans  le 
vers  :  drdhah  semble  trop  indiqué  par  le  texte  lui- 
même.  Ces  Druhs,  comme  il  est  dit  au  troisième 
pâda,  suivent  les  iniquités  des  hommes;  mais,  de 
fait ,  leur  marche  est  invisible ,  elles  ne  se  manifestent 
sous  aucune  forme ,  qu  il  s'agisse  d'une  forme  brillante 
ou  même  de  celle  plus  obscure  d'un  fantôme;  c'est 
ce  qu'exprime  le  second  pâda.  Je  traduirai  donc, 
en  accord  pour  le  sens  général  avec  Berga%ne 
[Religion  védique,  III,  p.  igS)  : 

Toutes  ces  avisées,  vos  Drahs,  ô  mâles,  en  qui  n^apparait 
ni  forme  brillante  ni  fantôme,  suivent  les  iniquités  des 
hommes;  les  choses  secrètes  ne  vous  sont  pas  demeurées 
inconnues. 

R.V.,X,88,i3. 

vaisvànaràm  kavàyo  yajhiyâso 
'gnirn  devâ  ajanayann  ajuryàm  \ 
nàksatrarn  pratriàm  àminac  carimd 
yahsàsyMhyaksamtavisAmbphàntam  B 

L'astre  en  question  est  clairement  le  soleil,  qui 
est  une  des  formes  d'Agni.  Cet  astre  est  ici  qualifié 
deyaksâsyâdhyaksah,  surveillant  dnyàksA.  Sans  re- 


dM  MAI.JUIN   1006. 

courir  à  ce  fait  que  le  soleil  est  une  forme  d*Agni, 
d  où  nous  ne  cuvons  conclure  à  priori  qu'il  ait 
comme  celui-ci  pouvoir  contre  les  démons  et  génies 
malfaisants,  nous  savons  par  des  textes  positifs  qu*il 
possède  réellement  cette  puissance.  G*est  ainsi  qu'il 
est  dit,  A.  V. ,  VIII,  6 ,  que  dans  sa réycdution  il  les  fait 
disparaître  comme  fombre  (  8  )  ^  ;  qu'ils  ne  lui  résistent 
pas ,  alors  qu'il  émet  du  ciel  ses  rayons  bridants  (  i  a  )  ^; 
et  se  glissent  loin  de  lui,  comme  la  bru  loin  de  son 
beau-père  (a 4)^.  Et  nous  pouvons  bien  croire  que 
cette  même  puissance  du  soleil  s'étendait  encore  aux 
fantômes ,  qui  d'ailleurs  ont  toujours  préféré  la  nuit. 
Ceci  posé,  nous  ne  serons  pas  surpris  que  le  soleil 
qui  est  célébré  comme  voyant  toutes  choses,  qui 
embrasse  du  regard  toutes  les  races  (R.  V. ,  VII ,  6o , 
3)  ^  et  épie  tout  le  monde  mobile  {IV,  i3 ,  3)^,  ait, 
suivant  le  sens  du  terme  àdhyaksa ,  l'œil  sur  les  fan- 
tômes, pour  réprimer  leur  apparition  et  leurs  entre- 
prises tout  ie  jour.  Prenant  ici ya^ci  au  sens  collectif, 
je  traduis  : 

Les  sages  adorables,  les  dieux  (Hit  fait  Agni  Vai&vânara 
naître  Timpérissable ,  Tastre  antique  qui  ne  s*ëpiiise  pas,  qui 
marche,  haut  et  puissant  surveillant  du  monde  des  fantômes. 

*  chàyàin  iva  prà  tant  siiya^.  parikrimtuin  win^daU 
'  je  sàiyar[i  nâ  tltikmnta  âtâpantam  amum  divà^. 

^  yé  sûryât  parisàrpanti  sniisêva  ivàiuràd  âdhî, 

*  sâT[i  yô  yûthéva  jànimâni  caste. 
^  spÂéam  vUwuya  jégatah. 


R.V., 1,190,4. 

asyà  ilôko  divfyate  piihivyâm 
àtyo  nà  yaîjisad  yakfobhfd  vicetàh  \ 
mrgânâifi  nà  hetàyo  yànti  cemâ 
bfhaspàter  àhimâyà/l  ahhi  dyén  \\ 

Quelques  remarques  d'abord,  relatives  au  sens  de 
ce  texte. 

Il  y  est  question  du  sloka ,  du  chant  de  Brhaspati , 
et  ridée  de  ce  sloka  commande  tout  le  vers. 

U  faut  donc  comprendre  ilokaiiiymiisai,  le  premier 
de  ces  deux  termes  étant  sous-entendu.  Cette  inter- 
prétation est  du  reste  confirmée  par  ce  qui  est  dit 
au  vers  précédent  :  iWicaji  yarpsat  savitéva  prà  bàhâ. 
En  ceci  je  suis  d accord  avec  M.  Geldner  {op.  cit., 
p.i37). 

De  même  mrgândni  nà  hetdyah  se  rapporte  au 
sloka.  «  (Son  chant  est)  comme  les  javelines  destinées 
aux  bétes  ».  Pour  l'assimilation  de  la  parole  de  Brhas- 
pati à  une  arme  de  jet,  comparer  II,  24,  8  : 
«  De  ce  contemplateur  des  hommes  les  flèches  ont 
la  vue  juste ^  avec  lesquelles  il  tire,  qui  ont  pour 
place  loreiUe  »•  Mrgânâm  nà  hetàyaii  forme  une 
proposition  détachée;  on  peut  comparer  celles  du 

*  Littéralement  «  sont  justes  pour  voir  » ,  en  liant  âriâye  à  sàdhvth. 
Les  trois  derniers  termes  du  demi-vers,  nrcàksaso  driâye  kàrna- 
yonayah ,  sont  ainsi  raj^rtés  respectivemeot  mox  trois  premiers , 
tâsya  sâdhvtr  isavah,  Kàrnayondyak  contient  un  jeu  de  mots  sans 
doute  intentionnel  :  irotnndriymia  grâkyâ  mantrabhûtà  âkarnakrstâ 
va  hânàh  (  Sây.  ). 


hOO  MAI-JUIN  1906. 

infime  genre  de  1 ,  65 ,  6  :  diyo  nU^man  sàrgaprataktah 
sindhar  nà  ksàdah  kà  irp,  varéUe. 

Relativement  à  la  comparaison  Atyond^  M.  Geld- 
lier  me  semble  avoir  établi  de  la  façon  la  plus  pro- 
bable qu'elle  vise  le  hennissement  du  cheval  [ibid.]. 
Du  reste  le  Seigneur  de  la  prière  est  lui-même  appelé 
dans  un  passage  (X,  53 ,  9)  étaéa.  Mais,  par  contre, 
je  ne  suis  pas  convaincu  par  Texplication  que  le  même 
savant  a  donnée  de  abhi  dyàn  (0.  c,  p.  i38).  Le 
commentaire  du  Taitt.  Bràh.  sur  R.  V.,  I,  33,  11, 
reproduit  dans  H,  8,  3,  &  dudit  brâhmana,  glose  : 
abhi  dyûn  pratidinam.  De  fait  ahhi  est  une  des  pré- 
positions auxquelles  Pânini  reconnaît  une  valeur  dîs- 
tributive  (I,  4,  91).  L'expression  abhi  dyûn  prend 
ainsi  place  a  côté  à^àna  dyun,  avec  une  signification 
îmalogue.  Que  dans  le  texte  du  Rg  Veda  en  dernier 
lieu  allégué ,  savoir  1 ,  33 ,  1 1 ,  la  valeur  de  «  jour  »  ne 
puisse  convenir  à  dfyun,  ainsi  que  le  veut  M.  Geld- 
ner,  cest  ce  qu'il  me  parait  difficile  d*admettre. 
Ce  texte  dît  :  «  Conformément  à  son  propre  pou- 
voir les  eaux  coulèrent,  il  s'accrut  au  milieu  àe& 
(eaux  devenues)  navigables;  avec  un  cœur  propice 
Indra,  d'un  coup  très  vigoureux,  le  frappa  chaque 
jour*.  »  Celui  qu'Indra  a  frappé  est  sans  doute  le 
Dasyu  dont  il  est  question  dans  ce  qui  précède  :  cf. 
vers  4  ,  7,  9.  Si  Indra  peut ,  d'après  un  autre  passage, 

^  ânu  tvadhdm  aksarann  âpQ  tuyâr 

vardhata  mâdhya  à  nâvyànâm  |. 
sadhrîdnena  mànasà  tâm  indra 
ôjislkena  hànmanâhcuin  abhi  dyûn  ||. 


M 


YAKSA.  401 

conquérir  chaque  jour  les  eaux  :  vfsapatntr  apôjayd 
divé'dive  (VIII,  i5,  6),  pourquoi  né  pourrait-il  pas 
frapper  le  Dasyu  chaque  jour  ? 

Interprétant  de  la  même  façon  abhi  dyun  dans  le 
vers  qui  nous  occupe,  je  traduis  finalement  ce 
dernier  : 

Son  chant  va  impëtueusement  au  cieî  et  sur  la  terre; 
comme  un  cheval  qu*ii  (r)allonge  \  le  sage  qui  porte  une 
forme  merveilleuse;  on  dirait  des  javelines  destinées  aux 
bétes,  et  ces  (javelines)  de  Brhaspati  s'en  vont  à  qui  a  des 
prestiges  d'Ahi ,  chaque  jour. 

Je  dois  maintenant  justifier  l'interprétation  donnée 
de  yaksabhft  dans  cette  traduction. 

Il  ne  saurait  être  ici  question  des  richesses  que 
porte  comme  son  bien  [bharate)  Brhaspati  (cf.  II,  aA , 
9;  1 3).  Ce  trait  semble  assez  banale  et  lui  est  si  peu 
particulier  quil  est  attribué  en  termes  exclusifs  à 
Indra  ^.  Il  ne  semble  donc  pas  que  nous  ayons  là , 
à  regard  de  Brhaspati ,  la  matière  d  une  épithète  aussi 
spéciale  que  yaksabhft.  Ce  qui  est  particulier  à  ce 
dieu,  c'est  d'être  le  Seigneur  de  la  prière,  la  prière 
est  sa  fonction  propre,  et  cest  elle  aussi  qui  constitue 
la  forme  merveilleuse  dont  notre  vers  le  fait  porteur. 

On  sait  que  les  poètes  du  Rg  Veda  ont  souvent 
parié  de  Téclat  brillant  de  la  prière  ^;  Particulière- 
ment intéressants  sont,  dans  cet  ordre  d'idée,  les 

*  G*est-à-dire  :  «quii  prolonge  son  chant,  comme  un  cheval  son 
hennissement  !  » 

'  éko  dhânâ  bhcurate  âpratîtah  (V,  3^,  9). 

'  Voir  les  textes  indiqués  par  Bérgaigne,  Rel,  Véd,,  I,  p.  285. 


408  MAI-JOIN  1906. 

textes  relatifs  à  Brhaspati,  qu'il  s  agisse  de  la  prière 
même  de  ce  dieu ,  ou  de  celle  qu*il  inspire  on  qui 
se  rapporte  à  lui.  Je  ferai  d'abord  remarquer  qu'un 
passage  déjà  cité  (vers  3)  du  présent  hymne  met  en 
r^ard  le  sloka  de  ce  dieu  et  les  bras  de  Savitar  : 
((  Qu'il  allonge  son  chant  comme  Savitar  ses  braa.  » 
Or  les  bras  de  Savitar  (comme  autres  choses  enoore 
en  son  personnage)  sont  d'or  :  «  Ses  grands  bras  d'or 
déployés  ont  atteint  en  s'élevant  les  extrémités .  du 
ciel»  (VII,  45,  2,  cf.  VI,  71,  i;  5);  et  leur  mise  en 
regard  du  chant  de  Brhaspati  ne  peut  déjà  que 
favoriser  l'opinion  qu'on  considérait  ce  chant  comme 
une  forme  brillante.  Voici  des  témoignages  plus 
précis. 

«Brhaspati,  dès  que  né  d'une  grande  iumièra 
dans  le  ciel  suprême,  dieu  aux  sept  bouches,  né 
puissant ,  par  son  bruit ,  dieu  aux  sept  rayons ,  dispersa 
les  ténèbres  »  (IV,  5o,  Ix)^.  Les  sept  rayons  corres- 
pondent naturellement  aux  sept  bouches  :  le  bruit 
mentionné  indique  qu'ils  sont  les  prières.  Bergaigne 
(  Quarante  hymnes  du  R.  V,  1 P'  89)  traduit  saptâraimi^ 
par  «  à  sept  rênes  » ,  avec  la  note  «  pour  conduire  les 
sept  prières»  (n.  i4).  Gela  est  sans  doute,  tu  ie 
sens  propre  du  mot  roimi,  un  second  sens  entendu 
par  le  poète;  je  ne  crois  pas  que  ce  soit  le  sens 
obvie.  Employé  dans  un  texte  qui  parie  de  la  dia- 

^  bfh€upàtih  prathamàifi  jé^amâno 

mahô  jjrâtisah  paramé  vjàman  | 
sapiàiyai  iuvijâtô  ràvêna 
vi  tapiàraémir  adkamat  ténUâfisi  | 


YAKSÀ.  405 

persion  des  ténèbres  le  mot  semble  porter,  comme 
sens  direct,  celui  de  rayon. 

«  L  adorable  des  demeures  à  la  brillante  clameui*, 
invoquons  Tinviolable  Brhaspati  »  (VII,  97,  5)^. 

«  Aspergeant  de  douce  liqueur  la  matrice  du  jia, 
jetant  du  haut  du  ciel,  lui  chantre,  comme  un 
brandon ,  Brhaspati ,  arrachant  de  la  pierre  les  vaches , 
a,  pour  ainsi  dire,  fendu  avec  Teau  la  peau  de  la 
terre»  (X,  68,  4)^.  Cette  chose  qui  rappdle  un 
brandon,  jetée  qu'elle  est  par  le  chantre,  ne  peut 
être  que  son  hymne.  Il  est  vrai  que  arhà  possède 
dans  le  Rg  Yeda  d  autres  sens  que  celui  de  «  chant  » 
et  de  «  chantre  »  :  car,  en  ce  qui  concerne  la  valeur 
de  ce  mot,  je  crois  trop  exclusive  l'opinion  de 
Bergaigne*,  combattue  d  ailleurs  avec  succès  par 
M.  Pischel^,  dont  cependant  je  ne  puis  adopter  dans 
tous  ses  points  Tinterprétation  en  ce  qui  concerne 
les  textes  par  lui  cités  à  ce  sujet.  Mais  bien  que  arhà 
se  rencontre  dans  les  hymnes  avec  le  sens  de  «  lu- 
mière »  ou  même  peut-être  de  «  soleil  »,  il  n'est  guère 

*  iàeikrandarfi  yajatàip,  pastjfànàmi 
bfkaspàtim  antirvâncaii  kuvema  || 

^  âprufâyân  màdhuna  fiâsyayônim 

avaksipànn  arkà  ulkâm  iva  dyàh  | 
hfhaspàtir  nddhârann  âémano  gd 
hhimyâ  ndnéva  vi  tvàcam  bibheda  || 

'  Bergaigne,  après  avoir  dénié  à  arkâ  toute  autre  signiGcation 
que  celle  d'i hymne ■  et  de  •  chantre»  (RêL  Véd,»  I,p.  279,  n.),  ne 
lui  reconnaît  plus  que  celle  d'à  hymne»  dant  J,  A,,  1884,  II, 
p.  194. 

*  Ved,  Stnd.,  I,  p.  93  et  «liv. 


404  MAI-JUIN   1906. 

possibie  de  lui  reconnaître  une  pareille  valeur  dans 
le  vers  en  question  :  la  lumière,  en  efifet,  descend  du 
ciel,  mais  ne  jette  rien  de  là  qui  soit  météore  ou 
étincelle;  le  soleil  jette  du  ciel  sa  clarté,  mais  fassi^ 
milation  serait  peu  louangeuse,  qui  la  ferait  météore 
ou  brandon;  tandis  qu'il  y  a  toute  raison  d'admettre, 
par  contre ,  que  ]e  Seigneur  de  la  prière  émette  sous 
forme  ignée  son  hymne,  puisque  la  prière,  ainsi  que 
je  le  rappelais  plus  haut,  est  souvent  conçue  comme 
objet  brillant. 

Au  surplus  ce  même  hymne  X,  68,  évoque  un 
peu  plus  loin,  vers  6,  en  termes  explicites  Timage 
du  feu  pour  qualifier  les  chants  de  Brhaspati  : 
«  Lorsque  Brhaspati  eut  fendu  avec  des  hymnes  ar- 
dents comme  Agni  le  gîte  de  Vala  qui  éclatait  en  in- 
sultes, et  qu*il  dévora  (son  adversaire)  étreint  jwir  sa 
langue  (c.-à-d.  par  les  hymnes  chantés  par  sa  langue) 
comme  par  des  dents ,  il  fit  apparaître  les  trésors  de 
rouges  ^  »  Le  sens  d'hymne  donné  ici  à  arkà  se  justifie 
par  la  comparaison  avec  les  passages  suivants  relatife 
au  même  exploit  du  même  dieu  :  «  Il  fit  sortir  les 
vaches,  il  fendit  par  la  prière  [bràhmanà)  Vala» 
(II,  24,  3).  «  Lui,  avec  la  troupe  aux  bonnes  lou- 
anges, lui,  avec  la  troupe  qui  chante  des  vers,  û  a 
brisé  Vala,  le  réservoir,  par  son  bruit  [ràvena)» 
(IV,  5o,5). 

yadd  valâsja  pfyato  jàtnxfi  hhéd 
'  bfkatpâtir  agnitàpobhir  arkaUk  | 
dadbhir  nàjihvd  pdrivistam  âdad 
âvir  nididnr  akriwà  usriyànâm,  || 


YAKSA.  405 

Je  dois  ajouter  ici  une  observation  au  sujet  du 
vers  9  du  même  hymne  X,  68.  H  y  est  dit  de 
Brhaspati  :  sôsâm  avindat  sa  svàh  sa  agnim  sa  arkéna 
vi  babàdhe  tàmâriisi.  M.  Pischel  (Ved.  5é.,  I,  p.  26) 
nie  que,  dans  ce  texte,  arkà  ait  le  sens  dliymne,  et 
le  ramène  au  sens  de  lumière.  Je  ne  puis ,  pour  ma 
part,  me  ranger  à  cet  avis.  De  même  que  la  nature 
d'Agni  est  d'agir  par  sa  lumière  ardente,  celle  de 
Brhaspati,  qui  est  le  Seigneur  de  la  prière,  est  d'agir 
par  l'hymne.  Et  dans  le  fait ,  c  esl  couramment  par 
la  prière  que  nous  voyons  Brhaspati  accomplir  ses 
œuvres.  Nous  en  avons  eu  à  l'instant  des  exemples. 
J'ai  également  parlé  plus  haut  des  richesses  de  ce 
dieu  :  mais  c'est  par  la  prière  matt  (II,  a4,  9;  i3) 
qu'il  les  possède. 

D'ailleurs  un  texte  analogue  au  passage  en  discus- 
sion, le  vers  4  déjà  cité  de  l'hymne  IV,  5o,  déclare 
formellement  que  Brhaspati  a  dispersé  les  ténèbres 
par  son  bruit,  c'est-à-dire  par  le  bruit  de  ses  hymnes  : 
ràvena  vi  saptàrasmir  adhamat  tàmâqisi.  Et  qu'il 
s'agisse  là  réellement  non  d'un  bruit  accidentel  à 
l'œuvre,  mais  d'un  bruit  par  lequel  elle  s'opère,  se 
trouve  indiqué  par  l'insistance  que  met  cet  hymne  à 
accompagner  de  l'expression  ràvena  l'énoncé  des 
œuvres  de  Brhaspati.  S'il  a  dispersé  les  ténèbres 
ràvena,  U  a  aussi  étayé  les  extrémités  de  la  terre  ràvena 
(vers  1),  il  a,  comme  nous  l'avons  vu,  brisé. Vala 
ràvena  (vers  5);  ajoutons  que,  selon  ce  même  vers, 
c'est  à  grande  clameur,  kànikradat ,  qu'il  a  fait  sortir 
les  rouges.  Dans  le  texte  en  question,  X,  68,  9, 


40(J  MAI-JOIN   1906. 

nous  avons  donc  à  comprendre  d'une  façon  sem- 
blable que  Brhaspati  a  chassé  les  ténèbres  par  son 
hymne. 

Mais,  ceci  posé,  il  demeiire  possible  que,  dans 
ledit  texte ,  outre  le  sens  d'«  hymne  »,  qui  s  y  trou?e 
pour  arkà  le  sens  direct,  le  poète  ait  visé  aussi  cdai 
de  «  lumière  »,  et  employé  volontairement  un  mot  à 
double  entente,  amené  qu'il  était,  en  mentionnant 
le  triomphe  de  la  prière  du  dieu  sur  les  ténèbres,  à 
suggérer  }*idée  de  la  splendeur  de  celle-ci.  C'est  ainsi 
qu'à  propos  du  même  fait  nous  avom  vu  au  ren  IV, 
5o,  d  rappelé  par  fépithète  saptàraJmi  fédat  brffiMit 
decetteprièi'e.Sion  admet  que  dans  le  vers  X,  68,  9 
arkà  réalise  une  telle  intention ,  ce  texte  constituera 
un  témoignage  de  plus  du  caractère  lumineux  qui 
s  attache  à  la  parole  sacrée  de  Brhaspati. 

Il  est  naturel  que  nous  trouvions  marquée  d'un 
pareil  trait  la  prière  qu'inspire  ce  dieu  :  «  Je  te  jdace 
(dit  Brhaspati  à  Devâpi)  une  parole  brillante  dans 
la  bouche»  (X,  98,  2)*.  «I^ace-nous  une  parole 
brillante  dans  la  bouche,  ô  Brhaspati I»  (î6.,  3)*. 
De  même  celle  qui  se  rapporte  à  lui  : 

«  Le  fortifiant  de  prières  salutaires  tandis  qu'en 
son  séjour  il  rugit  comme  un  lion,. puissions-nous 
acclamer  comme  victorieux  Brhaspati,  le  mâle,  lors 
de  la  conquête  des  héros,  en  chaque  prise  de  butin; 

«  Alors  qu'il  a  conquis  le  butin.de  toutes  former, 

^  dàdhâmi  te  dyamâtùfi  vicam  âsàn, 

'  asmé  (Ihehi  (fywndtîin  vâcam  àiàn  hfkoipate. 


YAKSA.  407 

qu'il  est  monté  au  ciel,  aux  suprêmes  demeures,  — 
fortifiant  Brhaspati ,  le  mâle ,  portant ,  quoique  divers , 
la  lumière  dans  la  bouche  »  (X,  67,  9-10)^ 

H  est  bien  dair  que  cette  lumière  qu'on  porte 
dans  la  bouche  alors  qu  on  fortifie  Brhaspati  par  des 
prières  n  est  autre  que  la  prière  elle-même.  Sur  les 
lèvres  des  adorateurs  de  ce  dieu  Thymne  est  lumière, 
comme,  nous  lavons  vu,  sur  les  siennes,  rayon. 

C'est  dans  ce  rayon,  dans  cette  forme  brillante 
que  Brhaspati  porte  sur  ses  lèvres  et  peut  jeter 
comme  un  brandon,  qu'il  est  permis,  à  mon  avis, 
de  voir  \eyaksa ,  la  «  forme  merveilleuse  »  en  question. 
Yaksabhft,  quoi  qu'il  en  soit  différent  par  ]a  notion 
qu'il  exprime  immédiatement,  se  trouve  ainsi,  quant 
au  fond ,  analogue  à  aktliabhft ,  sdmabhft ,  de  Vil  ,33, 
1 4  :  là  ces  deux  épithètes  ne  se  rapportent  pas ,  il 
est  vrai,  à  Brhaspati,  mais  si  quelque  autre  être  peut 
se  trouver  conçu  comme  portant  la  prière,  à  fortiori 
ce  dieu.  B  est  juste  que  le  maître  du  brahman  porte 
le  brahman  :  car  c'est  bien  du  brahman  qu*il  est 
ici  question  ^  Rappdons-nous  d'ailleurs  qu'en  dehors 

*  tdifi  vaitlAijajito  matlbhih  éwàbhih 
siiphàm.  iva  ndaadataifi,  sadhàsthe  | 
hfhaspàtùjp.  vfsanarfi  iÈrasâiaa 
hhàre-hhare  dnu  madema  jisnàm  || 
j€dà  véjam  étanad  viévàrûpam 

d  dyàm  àruksad,  uttaràiii  sàdma  | 
hfhaspàtnji  vfsanaiii  vardhâjanto 
ndnâ  sânio  hihhrato  jyôtir  âsd  || 

*  C*esl  ce  qu'a  bien  va  M.  Geldner  [op.  cit. y  p.  137).  Seafement 
pour  lui  yaksà  ^  ici  formeliement  •  Zauberei  v. 


408  MÀI-JUIN  1906. 

du  Rg  Veda  on  retrouve  le  brahman  conçu  comine 
lumière,  et  même  alors  qu'il  est  devenu  le  brahman 
des  upanisads  ;  il  sufifira  de  mentionner  ici  deux  textes 
bien  connus  :  kim  svit  suryasamamjyàixji.  . .  brdhma 
shytisamamjyàtih  (  Vâj .  Samh. ,  XXUl ,  Ay-iS  )  ;  hiran- 
nwye  pare  koée  virajam  brahma  mfkalam  \  tac  chubhiiuii 
jyotisàifijyotis  tadyad  dtmavido  vidah  (Mund.  Up.,  II, 
'i ,  9).  Ajoutons  aussi  que  la  désignation  par  yaft|d  du 
brahman  n  est  pas  ici  un  fait  isolé  :  nous  le  verrons 
se  reproduire  dans  les  textes  que  nous  avons  à 
examiner;  dans  certains  même,  formellement. 

R.  V.,  VII,56,  16. 

àtyàso  nà  yé  mardtah  svànco 
yaksadfso  nà  sabhàyania  màryàït  \ 
té  harmyesthàli  éUavo  ni  iabhrà 
vatsâso  nà  prakrïlinah  payodhâh  | 

Max  MûUer,  qui.  rend  yaksadfio  nà  par  clike 
Yakshas»  [S.B.E.y  XXXII,  p.  Sy^),  admet  aussi, 
quoique  avec  réserve,  pour  yafoodri,  la  traduction 
«  appearing  as  ghosts  »  (16.,  p.  Syy).  Je  crob  que 
cette  dernière  traduction  approche  de  lexaclitude, 
seulement  il  ne  s'agit  pas  ici  d'apparition  effrayante  ou 
simplement  fantastique,  mais  d'«  apparition  merveil- 
leuse » ,  le  contexte  étant  laudatif.  Suivant  un  sens  que 
peut  prendre  dfê  en  composition ,  yaksadfi  signifiera 
ainsi  littéralement  :  «  qui  a  laspect  d une  apparition 
merveilleuse  »,  c est-à-dire,  en  somme,  merveilleuse- 
ment beau  (laccent  comme  dans  tàdfé^  etc.).  On 


YâKSÀ.  409 

peut,  si  Ton  veut,  rapprocher  la  présente  expression 
du  texte  du  Gobhiia  G.S.  :  yaksam  iva  caJcfusah  priyo 
vo  bhàyàsam^,  dont  il  sera  question  plus  loin,  et 
qui  concerne  un  jeune  homme,  comme  notre  terme 
des  jeunes  gens.  Toutefois,  ainsi  que  je  le  dirai,  le 
texte  du  sùtra  semble  contenir  une  intention  mys- 
tique. 

Je  traduis  : 

tEax  qui,  les  Manits  rapides  comme  des  coarsiera,  bril- 
lèrent comme  des  jeunes  hommes  à  f  aspect  d*apparition 
merveilleuse,  ils  sont  charmants  comme  de  jeunes  enfants 
qui  demeurent  encore  dans  la  maison ,  Mâtrâs  comme  des 
veaux  qui  tètent  encore  le  lait. 

Il  y  a  tout  lieu  d'admettre  que  yakfin  dérive  de 
yaksà;  et,  morphologiquement,  il  est  possible  que 
yàksya  en  provienne  aussi  par  le  suffixe  ya  avec 
transport  de  laccent  à  la  première  syllabe.  Nous 
ferons  donc  venir  ici  les  deux  textes  suivants. 


R.V.,  VII,  88,6. 

yà  àpir  nityo  varuna  priyàh  sàn 
tvàm  âgàmsi  krnàvat  sàkhd  te  \ 
ma  ta  énasvanto  yakfin  hhyema 
yandhi  smà  vipra  stavaté  vàrûtham  II 

La  prière  md.  .  .  yaksin  bhujema,  adressée  à  Va- 
runa, doit  être  rapprochée  de  celle  déjà  mentionnée 

'  Où  J^admets  que  caksu^ah  n*est  pas  régi  par  jaham, 
vn,  27 


410  MAI-JUIN   1906. 

ma  kà^ya.  ...  yaksàm  bhujenjia  (V,  7.0,  4),  adressée 
à  Mitra  et  Varuna.  La  similitude  d^eç  deux  formules 
rend  fort  probable  que  le  qualificatif  d'ailleurs  inso- 
lite yafoin  du  premier  texte,  qui  correspond  comme 
position  à  yaksàm  du  second ,  lui  correspond  aussi 
comme  sens.  Par  suite ,  yaksà  dans  V,  70 ,  4  étant 
«  fantôme  »,  jafom  sera  ici  «  maître  des  fantômes^  ». 
Remarquons  que  remploi  dans  le  présent  texte  de 
yaksin  au  lieu  de  yaksà  favorise  l'interprétation  que 
nous  avons  admise  dans  V,  70,  4 ,  pour  ce  dernier 
terme  :  on  ne  .pouvait  pas  demander  à  Varuna 
immortel  que  1  on  n  eût  pas  à  souflFrir  de  la  part  de 
son  fantôme.  Mais  on  pouvait  l'appeler  maître  des 
fantômes  en  vertu  de  cette  relation  spéciale  qu'il 
semble  dès  l'époque  du  Rg  Veda  avoir  eue  avec  la 
nuit^. 

Je  traduirai  donc  : 

Si  quelqu'un  de  tes  propres  aniis ,  ô  Varuna ,  quoiqu'il  te 
soit  cher,  vient  à  commettre  contre  toi  des  fautes ,  lai  ton 
compagnon ,  que  nous  n'ayons ,  coupables  à  tes  yeux ,  rien  à 
souffrir,  ô  maître  des  fantômes;  prêtre,  offre  au  chanteur 
d'hymnes  un  abri. 

R.V.,Vm,49(6o),3. 

àgne  kavir  vedhà  asi 
hàtdpâvakayàksyah  | 

^  Bergaigne  adoptait  :  «maître  des  Yaksas»  {Rel.  Véd,,  III, 
p.  194). 

*  Cf.  sui  ce  sujet  spécialement  Oldenberg  ,  Die  Religion  des  Veda , 
p.  192. 


YAKSA.  411 

mandrà  yùjisiho  adhvarésv  tdyo 
viprebhih  éakra  mànmabhih  \\ 

YàksyUf  comme  dérivé  de  yaksà,  pourra  signifier 
«  appartenant  au  monde  des  formes  merveilleuses  », 
c'est-à-dire  «  merveilleux  de  forme  ».  Ce  sens  se 
justifie-t-il  ici? 

En  parlant  au  début  de  Tinterprétation  indigène 
de  yàksya,  j'ai  comparé,  comme  étant  de  nature  à  la 
faire  valoir,  quelques  textes  à  celui  actuellement  en 
question.  11  est  donc  juste  d'en  citer  maintenant 
quelques  autres  favorables  à  l'interprétation  ci-dessus 
proposée.  Nous  trouvons  dit  d'Agni  ou  d'autres  : 
sàcih  pâvakô  àdbhuto  niàdhvd  yajnùm  mimiksati  (I, 
1 4  2  ,  3  )  ;  pàvasva  vrtrahantamokthébhir  anumàdyali  | 
sdcilipâvakà  àdbhutah  (IX,  2/1,  6);  sdcihpdvakà  ucy- 
ate  s6  àdbhutah  (VIII,  i3,  19);  formules  qui  font 
suivre  pâvakà  d'un  vocable,  àdbhuta,  de  sens  assez 
voisin  de  celui  que  nous  attribuons  à  yàksya.  Je 
n'insiste  pas,  d'ailleurs,  sur  ce  rapprochement,  qui 
ne  constitue  qu'une  réplique  à  un  autre  de  nature 
différente.  Mais  si  l'on  se  souvient  de  l'admiration 
dont  les  poètes  du  Rg  Veda  multiplient  les  témoi- 
gnages à  l'égard  de  la  forme  d'Agni ,  des  expressions 
par  lesquelles  ils  le  proclament  merveilleux,  telles 
que  àdbhuta  dont  il  vient  d'être  question ,  pànistha , 
darsatàj  vapasyà,  on  admettra,  je  pense,  que  le  sens 
proposé  pour  yàksya  ne  trouve  aucune  contradic- 
tion dans  l'emploi  dudit  terme  pour  qualifier  ce 
dieu  :  sa  dérivation  de  yaksà  n'étant  que  possible, 

37. 


412  MAI-JOIN  1906. 

nous  ne  pouvons  en  demander  davantage.    Notre 
vers  se  traduirait  donc  : 

Agni,  tu  es  le  sage,  l'adorateur,  le  hotar  merveilleux  de 
forme,  ô  purifiant,  le  ravissant,  le  meilleur  sacrificateur, 
celui  que  dans  les  cérémonies  sacrées  doivent  honorer  le» 
prêtres ,  ô  brillant ,  par  leurs  prières. 


A.V.,  V1II,9,  8;  25-26. 

8     yàm  pràcyutâm  ànuyajnâh  pracyâvanta 
upaththanta  upatisthamàndm  | 
yàsyâ  vraté  prasavé  yaksàm  éjati 
sa  viràd  rsayalj  paramé  vybman  \\ 

2  5      ko  nà  gadli  kà  ekarsih 
kim  u  dhâma  ka  âsisali  \ 
yaksàm  pjihivyàm  ekavfd 
ekartàh  katamà  mi  sàh  \\ 

26     éko  yaàr  éka  ekarsir 

ékam  dhâmaikadhâMsalj  | 
yaksàm pjthivyàm  ekavfd 
ekartùr  nàli  ricyate  \\ 

Ces  deux  derniers  vers  terminent  Thymne.  Il  est  à 
croire  que  dans  les  deux  passages  ci-dessus,  savoir,  le 
vers  8  dune  part,  les  vers  2  5- 26  de  l'autre ,  le  terme 
yaksà  est  pris  dans  un  sens  analogue ,  et  en  voici  la 
raison.  Que  Thymme  résulte  ou  non  d'une  compila- 
tion, les  questions  qui  composent  le  vers  26,  aux- 
quelles fait  réponse  le  vers  26,  paraissent,  dans  leur 


YAKSÀ.  413 

ensemble ,  suggérées  par  les  idées  répandues  dans  le 
texte  qui  les  précède.  Pour  le  mettre  en  évidence , 
prenons  une  à  une  chaque  question. 

kà  nà  gaàh.  Le  vers  i  parle  des  deux  veaux  de 
Virâj  :  vatsau  virâjali,  assimilée  à  une  vache  :  kata- 
réna  diigdhà.  Au  vers  2  nous  lisons  :  vatsàh  kâmadd' 
cfho  vimjah^  «  le  veau  de  Virâj ,  laquelle  donne  pour 
lait  tout  ce  qu'on  désire  »^  Au  vers  1 5  :  pùfica  vyàs- 
tlr  ànu  pàfica  clohâ  gàm  pàhcanâmnîm  rtàvà  'nu  pàfica 
«  il  y  a  cinq  traites  correspondant  aux  cinq  splen- 
deurs, il  y  a  cinq  saisons  correspondant  à  la  vache 
aux  cinq  noms  (c  est-à-dire  aux  cinq  noms  de  la 
vache)  »;  où  d'ailleurs  Virâj  est  encore  sans  doute  la 
vache,  comme  à  Virâj  aussi  se  réfèrent  les  cinq 
traites^,  car  tout  ceci  répond  aux  questions  que  pose 
à  son  sujet  le  vers  10.  Enfin  le  vers  2  4  s  exprime 
ainsi  :  kévaltndrdya  daduhé  hi  grsiir  vcisam  pvyusam 
prathamàm  dàhânâ  \  àthâtarpayac  catdras  caturdhà 
devân  manusyàn  àsurdn  ntà  ffm  «  car  ce  n  est  que 
pour  Indra  que  fut  traite  la  génisse,  tout  d'abord 
qu  elle  laissa  couler  la  grasse  liqueur  que  fut  son 
premier  lait;  ensuite  en  quatre  fois  elle  rassasia  les 
quatre  (groupes  suivants)  :  les  devas,  les  hommes, 
les  asuras  et  les  rsis  ».  Notons  que  de  nouveau  cette 
génisse  semble   être  Virâj,    dont  Indra  est  dit  le 


'  En  regardant  kâniaduijliah  comme  génitif  (à  lîàmadàgli), 
^  Du  reste  on  retrouve  ailleurs  ie  terme  doha  associé  formelle- 
ment à  Virâj  :  ainsi  plusieurs  Grliyasûtras    intro<luisent  dans  la 
cérémonie  de  l'argha  la  formule  virâjo  doho  'si,  par  ex.,  Hiran.  I, 
i3.  1  (éd.  Kirste). 


414  MAI-JUIN   1906. 

veau  au  vers  1 2  de  l'hymne  suivant  :  tàsyà  indro 
vatsà  âsît. 

kà  eharsih.  Notre  hymne  fait  à  plusieurs  reprises 
mention  des  rsis.  Au  vers  7  six  rsis  interrogent  Ka- 
syapa  :  sàt  tvâ  prchâma  fsayah  kasyapemé,  duquel  la 
réponse  suit,  et  qui,  ajouté  aux  six  questionneurs, 
complète  ici  sans  doute  le  groupe  des  sept  rsis.  Au 
vers  1  [\  :  agnisàmâv  adadhiir  yâ  iattyâsid  yajnàsya 
pahsAv  fsayah  kaipàyantah  «  les  rsis  constituèrent 
Agni  et  Soma  ailes  du  sacrifice  quand  ils  ordon- 
nèrent celle  qui  fut  la  quatrième  »^  Au  vers  2  3  : 
hliuan  saptà  saptadhâ  «pour  les  rsis,  sept  en  sept 
fois  »,  expressions  qui  semblent  encore  viser  le 
groupe  des  sept  rsis 2.  Au  vers  ai  les  rsis  sont  égale- 
ment cités ,  comme  nous  l'avons  vu  plus  haut. 

kim  u  (IMma.  II  est  dit  au  vers  1  o  en  parlant  de 
Virâj  :  kà  asyâ  dhâma  [prà  veda), 

kà  âiisah.  Il  nest  point  formellement  question 
dans  notre  hymne  de  «  vœux  »  ou  de  «  bénédictions  », 
c'est  la  seule  demande  du  vers  2  5  qui  semble  intro- 
duire» une  idée  toute  à  part  de  ce  qui  précède.  U 
faut  noter,  du  reste,  que  cest  peut-être  la  (piestion 


'  IjC  vers  finit  ainsi  :  (jÛYatrim  trisUibham  jàgatJm  anu.ftabhiian 
brhadarldm  yâjamânâyn  svàr  âbhàrantJm  •  la  gâyatrî,  la  trîstnbh, 
la  ja^atï,  l'anustuhh  au  grand  éclat,  qui  apporte  le  ciel  au  sacri- 
fiant». Il  est  possible  que  «celle  qui  fut  la  quatrième»  soit  dit  dîs- 
trihutivoment  de  chacun  des  mMres  ainsi  énumérés,  ceui-cî  étant 
dans  ce  ras  consid(>rés  comme  formant  un  groupe  de  qualm  (rf. 
Ind,  Sind.,  VIII,  p.  l'i],  et  chacun  étant  alors  le  quatrième  par 
rapport  aux  autres. 

*  (if.  aussi  vers  17  :  saptà  suparnâli  havâyo  ni  sedah. 


YAKSÀ.  415 

relative  au  dhâma  qui  amène  celle  relative  aux  âsi- 
sah  :  nous  retrouvons,  en  eflFet,  les  deux  mêmes 
termes  mis  en  rapport  dans  un  autre  vers  de  TAthar- 
va  Veda  :  ùpa  érésihà  na  âsiso  devàyor  dMmann  asthi- 
ran  (IV,  2  5,  7).       . 

yaksàm  prthivyâm  ekavfd  ekartdh  kalamà  nû  sàh. 
Nous  savons  qneyaksà  se  rett'ouve  au  vers  8.  — 'En 
face  de  ekavft  on  peut  citer  les  complexes  contenus 
dans  les  passages  suivants  :  yànim  krtvà  iribJidjam 
(vers  2);  kaihàm  gâyatrt  trivftam  vy  àpa  (vers  20), 
sans  parler  des  autres  noms  de  stomas  contenus  au 
même  vers  :  par  ailleurs  les  nombres  jouent  un 
grand  rôle  dans  notre  hymne. —  Il  est  enfin  au  cours 
de  rhymne  plusieurs  fois  question  des  saisons  :  au 
vers  1  o ,  on  parle  des  rtà  de  Virâj  ;  au  vers  1 5 ,  nous 
avons  vu  mentionner  les  «  cinq  saisons  »;  au  vers  1  7, 
on  demande  de  désigner  la  saison  qui,  entre  toutes, 
se  trouve  en  surplus  :  rtiiin  no  brûta  yàtamà  'tiriktah; 
finalement  au  vers  1  8  :  rtàvo  ha  saptà,  «  il  y  à  sept 
saisons  ». 

Cet  examen  me  semble  justifier  ce  que  je  disais  plus 
haut  des  deux  derniers  vers  26-26  de  notre  hymne. 
Dans  ces  vers  il  n  entre  presque  exclusivement  que 
des  notions  ou  déjà  énoncées,  ou  du  moins  appa- 
rentées à  d'autres  déjà  énoncées  dans  ceux  qui  les 
précèdent.  Il  y  a  dans  ce  fait  un  indice  réel  dune 
similitude  de  sens  de  yaksà  aux  vers  2  5-2  6  et  au 
vers  8.  Seulement  au  vers  8  yaksà  est  pris  en  géné- 
ral; il  est  particularisé,  au  contraire,  aux  vers  2  5 
2  6 ,  par  Taddition  du  qualificatif  ekavft  et  Tapposi- 


416  MAI-JUIN  1906. 

tion  de  ekajià.  Je  comprendrai  donc  qu'il  s'agit  dans 
le  premier  cas  du  «  monde  des  formes  merveil- 
leuses» en  général,  dun  certaine  «forme  merveil- 
leuse »  ou  «  merveille  »  dans  le  second.  Et  je  traduis  : 

8.  Celle  à  la  suite  de  laquelle,  si  elle  s*éloigne,  les  sacri- 
fices s'éloignent ,  s'approchent,  si  elle  s*approche  ;  celle  suivant 
la  loi  et  rimpuision  de  laquelle  se  meut  le  inonde  des 
formes  merveilleuses ,  celle-là  est  Yirâj ,  ô  rçis ,  dans  le  ciel 
suprême. 

2b.  Quel  est  donc  le  taureau?  Qui,  Tunique  rsi?  Quelle, 
la  demeure?  Quelles,  les  formules  de  bénédiction?  La 
forme  merveilleuse  une  sur  la  terre,  celui  qui  na  qu'une 
saison*,  quel  est-il  entre  toutes  choses? 

a6.  Unique  est  le  taureau;  unique.  Tunique  rsi;  unique, 
la  demeure  ;  en  un  seul  groupe  sont  les  formules  de  béné- 
diction ;  la  forme  merveilleuse  une  sur  la  terre ,  celui  qui  n*a 
qu'une  saison ,  n'a  rien  qni  le  dépasse. 

Les  remarques  suivantes  contribueront  à  édaircir 
et  justifier  cette  interprétation  de  yaksA  dans  les 
deux  passages  en  question. 

Vers  8  : 

A  côté  du  yaksà,  le  monde  des  formes  merveil- 
leuses, se  mouvant  suivant  la  loi  et  Timpidsion  de 
Virâj,  il  faut  signaler  le  bhûtà  et  le  bMtya,  le 
monde  des  choses  passées  et  celui  des  choses  futures, 
soumis  à  la  volonté  de  celle-ci ,  en  tant  il  est  vrai ,  qu^eile 

»  Comme  M.  Henry   {f^f  livres    VIII  et  IX  de  T Aîkana-Véêa , 
p.  39),  je  vois  dans  ekartà  un  composé  possessif.  L'accent  '< 
dans  apartii. 


YAKSÀ.  417 

est  identifiée  à  ia  mort  :  viràn  mrtydh  sâdhyândmadhi- 
râjà  babhâva  Uisya  bhûtàm  bhàvyam  vase  (A.  V.  IX,  i  o  , 
2  4  ).  La  conception  que  prête  au  vers  8  notre  interpré- 
tation de  yaksà  n'est  après  tout  qu  analogue  à  celle  ex- 
primée dans  ce  texte  ^  Quant  aux  entités  que  couvre 
ici  dans  sa  généralité  l'expression  de  «  monde  des 
formes  merveilleuses  » ,  sous  la  réserve  de  la  re- 
marque qui  va  suivre  elles  ne  sont  autre  chose  sans 
doute  que  tout  objet  apte  à  frapper  les  yeux  par  son 
éclat,  sa  beauté  ou  quelque  autre  qualité  singulière; 
et  tout  d'abord  Agni,  quoi  qu'il  soit  d'ailleurs  de 
Yéfithcie  yàksya ,  Sûrya,  Candramas  :  je  cite  à  des- 
sein ces  entités ,  car  ce  sont  elles  probablement  que 
représentent  les  veaux  de  Virâj  dont  il  est  parlé  au 
début  de  l'hymne  (vers  i  et   a)^,    auquel  cas,    se 

^  Quel  que  soille  sens  qu*ils  y  prennent,  il  est  à  propos  de 
noter  ici  qu'un  texte  du  Taitt.  Br.  (III,  ii,  i  i  et  suiv.),  que 
nous  étudierons  plus  loin ,  rapproche  le  ya^.va  et  le  bhûtà  :  visvajii 
yaksâm  visvam  bhûtâni  vis'vam  subhûtàm, 

*  D*accord  avec  M.  Henry  (  fjcs  livres  VIU  et  IX  de  l'Atharva' 
Véda.  p.  65)  je  crois  que,  du  moins  selon  toute  probabilité,  les 
deux  veaux  du  vers  i  sont  le  soleil  et  la  lune.  Pour  leur  lever  de 
la  mer,  cf.  A.  V. ,  XI ,  4 ,  2 1  :  salilàd  dhamsâ  uccàran ,  où  liarfisâh 
désigne  directement  le  soleil,  comme  l'indique  le  contexte,  et 
comme  aussi  le  comprend  Sâyana.  On  retrouve  d'ailleurs  au  vers 
\III ,  1 ,  33 ,  le  soleil  comme  veau  de  Virâj.  Les  trois  premiers  pâ- 
das  de  ce  vers  pourraient  à  la  vérité  permettre  de  penser  au  feu 
terrestre,  mais  le  quatrième,  qui  fait  du  veau  le  brabman, 
semble  indiquer  plutôt  le  soleil,  que  d'anciens  textes  identifient 
formellement  au  brabman  :  je  rappelerai  ici  :  tàd  yài  tàd  bnili- 
niaitàt  tàd  yàd  etàn  mândalarp,  tàpati  (Sat.  Br.,  VllI,  5,  3,  7); 
àdityo  brahmety  âdcsah  (Chând.  Up.,  IIÏ,  19,  1  ;  cf.  4);  et  le  com- 
mentaire du  même  Sat.  Br.  (  VII ,  4 ,  1 ,  1 4  ;  cf,  XIV,  i ,  3 ,  3  et  Kaus. 
Br. ,  VIII ,  4  )  sur  le  vers  bien  connu  :  bràhmajajnànàip,  prathanuiqi  pu- 


418  MAI-JUIN  1906. 

trouvant  avec  ceJJe-ci  en  relation  étroite,  elles  mé- 
ritent ,  de  ce  chef,  d'être  spécialement  mentionnées. 
J'annonçais  à  l'instant  une  remarque:  je  dois 
noter  en  effet  que  Temploi  du  verbe  ejati  semble 
restreindre  ici  l'amplitude   du   collectif  yaksà.   Ce 

ràstâd  vi  sîmatàh  suriico  vend  âvah  etc.,  qui  se  retrouve  dani 
presque  toutes  les  samhitâs  védiques;  vers  dans  lequd  il  est  à 
croire  que  puràstâd  désigne  Torient  (ainsi  queTentend  le  Sat.  Br.), 
sîmatàh,  la  ligne  qui  sépare  la  terre  du  cid,  c'est-à-dire  rhoriion, 
en  sorte  que  le  brahman  qui ,  dés  que  né  à  rorient,  manifeste  de 
l'horizon  ses  splendeurs,  semble  bien  de  fait  s'identifier  dans  ce 
texte  avec  le  soleil. 

Quant  au  vers  2  ,  je  crois  que  le  veau  y  désigne  plutôt  Agni  qne 
le  soleil.  Le  texte  porte  :  yô  àhrandayat  saliîàifi  makitvd  yàniifn 
hrtvâ  tribhàjaTp,  sàyànah  |  vatsàlt  liâniadàgho  viràjah  sa  gûhà  cakre  ia- 
nvàh  parûcaih.  Sans  doute,  on  trouve  (appliquée  au  sema)  la  com- 
paraison :  àkrân  dei'ô  nà  sàryah  c  tu  as  clamé  comme  le  diea  Sû- 
rya»  (R.V.,  IX,  64,  9);  le  soleil  est,  en  outre ,  symbolisé  par 
le  cheval  blanc,  comme  nous  aurons  occasion  de  le  rappder;  il 
est  conçu  parfois  comme  foudre  (cf.  Sat. Br.,  VI,  3,  3,  10;  Vil, 
?t,  2,  10);  on  peut  donc  dire  qu'il  fait  résonner  de  son  bruit  les 
eaux  célestes  ;  toutefois  Tensemble  du  vers  me  parait  convenir  plus 
parfaitement  à  Agni  sous  la  forme  d'éclair.  L'édair  tonne  avec  les 
nuées  :  divônà  ridynt  stanàYunty  ahhraih  (R.  V.,  IX,  87,  8);  on 
peut  dire  aussi  bien  qu'il  leur  fait  pousser  une  clameur.  Les  nuées, 
cVsl-à-dire  la  mer  céleste.  D  ordinaire  le  bruit  du  tonnerre  n'est 
perçu  qu'après  la  disparition  de  l'éclair,  alors  qu'il  semble  s'être 
enfoncé  et  comme  se  tenir  couché  dans  le  sein  des  nuages;  et,  ne 
reparaissant  pas ,  il  peut  aussi  sembler  s'être  caché  an  UÀn,  Nons 
avons  là  toute  la  substance  de  notre  vers  :  «  Lui  qui  fit  damer  la 
mer  par  sa  grandeur  alors  que,  ayant  fait  à  triple  paroi  la  matriee, 
il  était  là  couché,  le  veau  de  Virâj  qui  donne  pour  lait  tout  ce 
que  l'on  désire  a  caché  ses  corps  au  loin.  »  Le  plurid  tanvèk  rst 
usité  à  l'égard  d'Agni;  on  sait  aussi  qu'Agni  se  cache;  il  y  a  pent- 
étiT  dans  YÔnini  trihiu'ijam  un  souvenir  des  trois  jôni  où  il  siège 
lors  du  sacrifice  :  autant  de  particularités  qui  nous  reportent  vers 
ce  dieu. 


YAKSÀ.  419 

terme,  dans  le  cas  présent,  ne  vise  donc,  du  moins 
directement,  que  des  formes  mobiles  ou  réputées 
telles  :  mais  de  ce  genre  sont  justement  les  formes 
les  plus  propres  à  rentrer  sous  son  acception.  Rela- 
tivement à  Agni,  en  particulier,  et  seulement  à  le 
prendre  comme  feu  terrestre ,  on  se  souvient  de  tout 
ce  qui  est  dit  de  la  mobilité  de  ses  flammes  :  il  est , 
du  reste,  proprement  qualifié  de  éjat^y  de  même  que 
le  soleil  lest  implicitement  dans  R.  V.,  X,  3 7,  2. 
11  est  d'ailleurs  évident  que  tous  les  astres,  soumis 
quils  sont  au  mouvement  diurne,  peuvent  ici  faire 
partie  du  yafod;  sans  parler  de  tout  ce  qu'on  peut 
y  ajouter  iTaurore,  par  exemple,  que  la  conception 
védique  regarde  comme  mobile  et  dont  elle  loue 
nommément  les  bons  chemins^;  ou  le  soma,  si 
vanté  pour  sa  splendeur  et  Tagilité  de  ses  gouttes. 

Vers  26-26. 

Il  n'est  d'abord  nullement  évident  que  toutes  les 
questions  du  vers  28  se  rapportent  au  même  sujet. 
Quand  dans  la  Mait.  Sarnh.,  par  exemple,  se  pose 
la  série  d'interrogations  connue  :  kà  svid  âsït  pùrvà- 
ciitih  kirn  svid  âs'ul  brluid  vàyali  \  kà  svid  âsU  pilippilâ 
kâ  svid  dsit  pisangilâ  (III,  12,  19),  nous  voyons  par 
la  réponse  qu'il  s'agit  d'autant  d'objets  que  de  ques- 


'  Dans  la  devinette  qui  forme  le  vers  3o  de  R.  V.  ,1,  1G/4 
(=A.  V, ,  IX,  10,  8)  :  anâc  chaye  turdfjâtu  jJrâm  éjnd  dhruvàm 
màdhya  à  pastyanâin  |  jîvô  mrtdsya  carati  svadhâhliir  ùmartyo  mà- 
rtyenà  sàyonih.  Le  mot  est  manifestement  Agni. 

^  sugôtd  te  supàthâ  pân^atem  (R.  V. ,  VI,  64,  ^i). 


420  MAI-JUIN  1906. 

lions  :  dyadli,  àsvah,  àvih,  ràtrih.  Nous  n'avons  donc 
pas  à  supposer  ici  à  priori  que  notre  texte  vise  un 
seul  objet.  Nous  proposant  maintenant  de  rechercher 
quelle  est  la  forme  merveilleuse  dont  il  parle,  il 
nous  suffît,  par  conséquent,  de  nous  en  tenir  aux 
pâdas  qu'il  consacre  nuyahà.  La  solution  détermi- 
née, nous  pourrons  examiner  si  elle  s'applique  de 
plus  au  reste  du  texte  :  mais  sa  convenance  avec  lui 
ne  prouvera  pas  que  nous  ayons  rencontré  juste  re- 
lativement au  yaksà ,  pas  plus  que  sa  disconvenancc 
ne  saurait  nous  convaincre  d'erreur. 

Je  dirai  de  suite  que  je  crois  avec  M.  Henry  {Les 
livres  VIII  et  IX  de  l'Atliarva-Véda,  p.  71)  qu'il 
s'agit  du  soleil.  Il  n'est  pas  impossible,  du  reste, 
que  le  soleil  soit  ici  le  symbole  d'une  entité  plus 
métaphysique;  j'ai  noté  plus  haut  son  équivalence 
au  brahman.  Il  serait,  dans  ce  cas,  la  forme  visible 
sous  laquelle  est  représentée  cette  entité.  Mais  ce  que 
l'auteur  nous  a  décrit ,  c'est  cette  forme  prise  en  elle- 
même  :  avait-il  Tintention  de  lui  donner  une  valeur 
représentative,  nous  ne  pouvons  guère  le  décider. 

Remarquons  d'abord  que  la  question  portant  sur 
un  objet  à  trouver  «  sur  la  terre  »  il  est  naturel  de  le 
rechercher  dans  le  domaine  des  choses  physiques. 
A  répondre  par  le  soleil  nous  sommes  d'ailleurs 
dans  la  question  :  le  soleil  est  dit  forme  merveilleuse 
«  sur  la  terre  »  dans  le  sens  où  il  est  dit  briller  «  sur 
la  terre  »  prthivydrn  ràcase  (A.  V.,  XIII,  2  ,  3o).  Et 
c'est  sans  nul  doute  comme  brillant  sur  la  terre  qu'il 
y  est  une  forme  merveilleuse. 


YAK  s  A.  421 

Le  qualificatif  ekavft  doit  nous  retenir  quelque 
temps.  Au  quatrième  hymne  Rohita  il  se  trouve 
appliqué  à  une  divinité,  nommée  Savitar  au  pre- 
mier vers,  Mahendra  ensuite,  qui,  si  elle  n'est  pas 
le  soleil ,  est  du  moins  décrite  en  des  termes  ^  qui  la 
montrent  identifiée  avec  lui.  Je  m'en  tiens  à  ce 
dernier  fait,  estimant  quil  s'agit  là  réellement  sous 
le  nom  de  Savitar  et  de  Mahendra  dune  divinité 
transcendante  :  toujours  est-il  que  cette  divinité 
identifiée  au  soleil  reçoit  l'appellation  d'ekavft. 
Et  comme  elle  est  décrite  sous  les  traits  même 
du  soleil,  et  que  c'est  lui  qui  la  représente,  il 
reçoit  en  même  temps  la  susdite  appellation  ;  et  nous 
sommes  invités  par  là  même  à  la  lui  attribuer  dans 
nos  vers  2  5-2  6. 

Cette  conséquence  n'est  légitime  qu'autant  que 
l'identification  ci-dessus  affirmée  existe.  Pour  la 
mettre  en  évidence  parcourons  donc  les  vers  i  - 1 3 
du  quatrième  hymne  Uohitii. 

1 .  sa  eti  savita  svàr  divàs  pi'sthè  ^vacâkasat  || 

2 .  rasmibhir  nàbha  dbhriam  mahendra  ety  àvrtah  || 

Il  va  au  svar,  Savitar,  versant  sa  lumière  sur  le  dos  du 
ciel. 

A  la  nuée  chargée  de  (ses)  rayons  Mahendra  va  enve- 
loppé. 

^  Je  parle  du  texte  pris  en  lui-même;  et  c'est  ainsi  que  je  l'en- 
visagerai dans  ce  qui  suit,  sans  tirer  avantage  du  fait  que  cet 
hymne  est  regardé  comme  consacré  à  Rohita,  parce  que  ce  der- 
nier n'y  étant  pas  formellement  nommé,  on  pourrait  poser  la  ques- 
tion de  savoir  jusqu'à  quel  point  sont  d'accord  le  texte  même  et  le 
titre  qui  lui  est  attribué. 


422  MAI-JUIN   1906. 

Mahendra  est  Indra  avec  le  titre  de  grand,  qu'il 
reçut,  dit  la  légende  ^  en  raison  de  sa  victoire  sur 
Vrtra.  L'identification  du  soleil  et  d'Indra  se  re- 
trouve ailleurs  :  «  Que  lui ,  le  soleil ,  qu'autour  des 
larges  étendues  Indra  roule  comme  les  roues  de 
char»  (R.  V. ,  X,  89,  2)^.  «Indra  est  ce  soleil  là- 
bas  en  vérité,  les  joueurs  sont  les  rayons;  en  com- 
pagnie des  rayons  il  s'avance  pour  vaincre.  Les 
dieux  ne  distinguaient  pas  que  Vrtra  était  tué;  les 
Maruts,  joueurs,  se  jouèrent  sur  lui,  c'est  pour  cela 
qu'ils  sont  les  joueurs»  (Mait.  Samh.,  I,  10,  i6)', 
«  Indra  est  ce  soleil  là-bas  en  vérité  »  (Taitt.  Sacnh. , 
I,  7,  6,  3)'*.  «  Celui  qui  est  Indra,  c'est  ce  soleil  la- 
bas»  (Sat.  Br.,  VIII,  5,3,2)^  —  Il  va  enveloppé, 
sans  doute  par  l'espace  :  séfyasya  càksû  ràjasaity 
àvrtam{R.\.A.  164,  i4  =  A.V.,lX,'9,  ih). 

3.  sa  dhàtâ  sa  vidliartâ  sa  vàyur  nàbha  uchritam  \\ 
à'  sa  'ryamà  sa  vàrunah  sa  rudrâli  sa  mahâdevàff,  H 
5.     sô  agnili  sa  11  sàryali  sa  a  evâ  mahàyamâl^  \\ 

Ji  est  le  créateur,  il  est  le  porteur,  il  est  Vâyu,  la  haute 
nuée, 

Jl  est  Aryaman ,  il  est  Varuna,  i]  est  Rudra,  il  est  Ma- 
hâdeva , 

il  est  Agni,  il  est  Sûrya,  c'est  lui  qui  est  Mahâyama. 

*  Cf.  par  exemple  Taitt.  Saiph. ,  VI,  5,  5,  3. 

*  sa  sûryah  pàry  nrà  vàrài\\sy  vndro  vavrtyâd  râthyeva  ciUcri, 

^  (uaû  vd  âdityâ  indro  rasinâyah  hrîdâyah  sâkàip,  ras'mibhik  prà 
caratl  vijityai  dei'â  val  vrtrdm  hatàrp,  nd  vy  àjânaint  tai}i  montta^ 
krîddyô  'dliy  ahndams  td.miât  kvlddyalu 

*  asad  va  âdityd  indrah, 

^  dtha  ydli  sd  indro  *saû  xd  âditydL 


YAK  s  A.  423 

Rien  h  remarquer  sur  cette  muitiple  identifica- 
tion ;  ékain  sud  viprâ  bahudlià  vadanti  (R.  V. ,  I ,  i6li, 
46).  Par  ailleurs,  à  une  divinité  déjà  identifiée  au 
soleil  par  les  vers  i  et  i  appliquer  le  nom  de  Sû- 
rya  comme  par  hasard  parmi  la  masse  d'autres  déno- 
minations  divines  nest  pas  plus  étrange  que,  par 
exemple,  demander  à  Agni  d'amener  Mitra,  Varuna, 
Agni,  etc.  (R.  V. ,  VII,  89,  5).  Au  sui^lus  il  se 
peut  que  Tauteur  ait  compilé,  du  moins  partielle- 
ment, des  vers  faits  d  avance. 

6.  tàmvatsàûpatUthanlyèkaéïrsâno  yutàdàsa  || 

7.  pascal  prânca  a  tanvanti  yàd  udétivi  bhàsati  || 

Devant  lui  se  tiennent  en  adoration  les  veaux ,  dix  liés 
qui  n'ont  qu'une  seule  tête , 

De  l'occident  ils  s'étendent  vers  l'orient  :  quand  il  se 
lève  il  rayonne  au  loin. 

Ces  dix  veaux  semblent  être  les  dix  doigts  de 
l'adorateur  qui  adresse  au  soleil  levant  le  salut  de 
Tanjali.  Tous  les  détails  indiqués  da«s  notre  texte 
sont  vérifiés  dans  cette  hypothèse.  L'anjali  adressé  au 
soleil  est  un  rite  certainement  ancien  :  àdiiydyânja- 
lim  hrtvâ,  dit  le  Hir.  Gr.  S*  (1^6,  10).  Je  citerai 
aussi  le  texte  suivant,  bien  qu'il  ne  mentionne  pas 
le  soleil,  à  cause  de  ses  points  de  similitude  avec  le 
nôtre  :  paicàd  ayneh  prâncam  anjalim  karoti  (Par.  Gr. 
S.,III,  2,  8)1. 

*  Il  convient  de  remarquer  que  le  vers  1,  i64 ,  i4  du  R,  V.  cité 
plus  haut  à  propos  de  âvrtali  de  notre  vers  2  parle  encore  de  dâm 
yulitdh  qui  rappeWeni  le  yatà  dâsa  du  présent  texte.   Mais  ils  ont 


424  MAI-JUIN   1906. 

8.  tâsyaisâ  mâruto  ganàhi  sa  eti  éikydktiaff.  \\ 

C'est   à  lui  c[u*appartient  cette  troupe  des  Mamts;  il  va 
placé  dans  une  suspension. 

La  souveraineté  sur  les  Maruts  appartient  natu- 
rellement à  une  divinité  désignée  sous  le  nom  de 
Mahendra,  mais  nous  avons  vu  aussi,  à  propos  du 
vers  a ,  les  Maruts  identifiés  (sous  le  nom  de  krïdis) 
aux  rayons  du  soleil.  Quant  à  éihyâhrta}i ,  je  le  regarde 
avec  le  texte  pada  comme  égal  à  éikyà+kjiafji ,  et  je 
comprends  sikyàyàrn  kriah.  Sikyà  doit  être  sans 
doute  pris  dans  le  sens  de  êikyà  ou  dans  un  sens  ana 
logue.  Nous  sommes  alors  derechef  ramenés  au  soleil , 
que  le  R.  V.,  VII,  87,  5  assimile  à  une  balançoire  : 
gftso  ràjâ  vàrunas  cakra  eiàm  divi  preàkhàm  hiranyà- 
yam  subhé  Mm  (Sâyana  :  prefikham  dolàvad  digdvaya- 
sainsparsinam  etam  sûryam).  D'ailleurs,  le  soleil  étant 
une  forme  d'Agni,  peut-être  est-il  possible  devoir 
dans  le  fait  d  aller  sikyàkrtah  attribué  au  soleil  une 
allusion  à  la  marche  d'Agni  placé  sur  le  iil^à,  la  natte 
de  munja  suspendue  à  des  cordons  en  nombre  déter- 
miné, reliés  eux-mêmes  à  une  corde,  que  Ton 
trouve  employée  rituellement  pour  le  transport  du 
feu.  —  Pour  une  autre  interprétation,  voir  Henry, 
Les  Hymnes  Rohitas,  p.  18  et  82. 

9.  rasmibhir  nâbha  âbhrtam  mahendra  ety  ivrta^,  || 

10.  tâsyemé  nâva  kôsâ  vlstambhâ  navadhà  kitàl^  || 

11.  sa  prajàbhyo  vi  pasyati  yâc  caprânàtiyàc  canà\\ 

par  ra])port  au  soleil  un  autre  rôle  que  nos  dix  veaux ,  celui  de 
traîner  son  char  :  ils  semblent  donc  figurer  aussi  autre  chose. 


YAK  s  À.  425 

A  la  nuée  chargée  de  (ses)  rayons  Mahendra  va  enve- 
loppé. 

C'est  à  lui  qu'appartiennent  ces  neuf  cuves,  les  étais  en 
neuf  places  posés*. 

11  fait  acte  de  vision  pour  les  créatures ,  ce  qui  respire 
aussi  bien  que  ce  qui  ne  respire  pas. 

Prajàhhyah  est  datif  :  cf.  sa  sàrvasmai  vi  pasyati 
yàc  ca,  etc. ,  vers  19.  Faire  acte  de  vision  appartient 
au  soleil  qui,  dans  la  conception  védique,  est  souvent 
identifié  à  un  œil;  dire  quil  fait  cet  acte  pour  les 
créatures  n'est  qu'exprimer  une  conception  analogue 
a  celle  qui  le  regarde  comuie  l'œil  unique  de  ce  qui 
existe  :  suijo  bhùU'isyaikam  càksuli  (A.  V. ,  XIII,  1 ,  45 ). 

13.   tàm  idàtn  nigalam  sâhak  sa  esâ  éka  ekavfd  éka  evà  \\ 

En  lui  est  descendue  cette  force  ;  c'est  lui  le  seul  un ,  oui 
le  seul. 

J'adnmets ,  ainsi  que  M.  Henry  [Les  Hymnes  Roldtas , 
p.  52),  que  la  force  ici  en  question  est  celle  contenue 
dans  le  rite  célébré.  Les  brâhmanas  nous  offrent 
nombre  dexemples  de  l'influence  des  rites  sur  le 
soleil.  C'est  ainsi  qu'au  moyen  des  rites  les  dieux 
ont  transporté  ie  soleil  de  la  terre  au  ciel,  qu'ils 
l'y  ont  établi  et  fait  briller  (cf.  par  ex.  Taitt.  Samh. , 
VU,  3 ,  10,  1  ;  5).  C'est  grâce  au  rite  (de  l'Agnihotra) 
accompli  par  les  hommes  que  le  soleil  se  lève,  se 
dégageant  des  ténèbres  comme  un  serpent  de  sa 
peau  (Sat.  Br. ,  II,  3,  1,  5;  6).  Aussi  la  Maitrâyanî 

*  Neuf  cuves  :  trois  cieux ,  trois  terres ,  trois  espaci^s  intermé- 
diaires ;  à  chacune  de  ces  divisions  correspond  un  étai. 

vu.  28 

iMramr.itiit  iiATioiikLii. 


426  MAI-JUIN  1906. 

Saniliitâ  Tappelle  «  celui  que  par  Tobsei'vance  reli- 
gieuse fortifienlv  ceux  qui  la  pratiquent,  tous  tant 
quiis  sont,  dieux,  hommes  et  pères  »  (IV,  1 4  ,  1 4)  *. 

i3.  été  asmiii  devâ  ekavfto  bhavanti  || 
En  lui  ces  dieux  sont  un. 

Ce  vers  ne  fait  qu'exprimer  en  une  courte  formule 
ridée identîficatrice  détaillée  aux  vers  3,4,5. 

Puis  il  est  dit  :  klrtii  ca  yàéai  càmbhaJ  ca  nàbhai 
ca  brâhiiianavarcasàm  cânnam  cânnâdyam  ca  B  i  4  II 
yâ  etàm  devAm  ekavftam  véda  ||  1 5  II  «  La  renommée 

à  la  fois  et  la  gloire à  qui  sait  que  ce  dieu 

est  un  ».  La  suite  du  texte,  où  entrent  des  redites, 
n'apporte  aucune  lumière  nouvelle. 

De  la  discussion  du  précédent  passage  il  résulte , 
semble-t-il,  que  la  divinité  qualifiée  là  d'ehavft  y  est 
traitée  en  identifiée  au  soleil,  lequel,  en  vertu  du 
moins  de  cette  identification ,  se  trouve  ainsi  porter 
le  qualificatif  en  question.  Il  n'est  donc  que  juste, 
étant  conduits,  comme  je  fai  dit,  à  chercher  notre 
yaksci  dans  Tordre  des  choses  physiques,  que  nous 
pensions  à  le  reconnaître,  en  tant  que  ehavft,  dans 
le  soleil. 

Quant  à  eharld ,  M.  Henry  l'explique  conjectura- 
lement  par  le  manque  de  phases  du  soleil  [Les  livres 
VIII  et  IX  de  l'A.  V.y  p.  71).  J'admets,  pour  ma 

*  vratcna  yâm  vratino  vardhàyanii 

dei'à  maniisyàh  pitàras  ca  sdrve  | 
tâsyâdiiyàsya  prasavâin  manâmake 
yàs  ivjasà  pmthcunajà  vihhiti  || 


YAKSA.  427 

part,  que  ce  terme  exprime  simplement,  en  opposi- 
tion aux  divers  changements  produits  au  cours  de 
i  année  sur  la  terre ,  qui  nous  font  distinguer  plusieurs 
saisons ,  l'invariabilité  de  Taspect  du  soleil. 

Enfin  il  est  bien  clair  que  Ton  peut  dire  de  lui 
que  rien  ne  le  dépasse.  Et  c  est  justement  son  excel- 
lence dans  le  monde  visible  qui  motive  le  choix  qu  on 
fait  de  lui  pour  des  identifications  comme  celles  au 
brahman  et  à  Indra  déjà  mentionnées ,  pour  ne  parler 
que  de  celles-là. 

La  «  forme  merveilleuse  »  des  vers  26-26  est  donc 
selon  toute  vraisemblance  le  soleil.  Il  reste  à  examiner 
la  première  partie  de  ces  deux  vers  :  j  ai  dit  plus 
haut  ce  qu'il  fallait,  à  mon  avis,  lui  attacher  de 
valeur  dans  la  question  qui  nous  occupe.  Je  crois 
d'ailleurs  que  le  soleil  fournit  encore  une  solution 
possible  de  toutes  les  énigmes. 

Le  nom  de  gô  ne  saurait  guère  faire  difficulté. 
En  faveur  de  la  désignation  dans  notre  texte  du 
soleil  par  eharsi  j  apporterai  les  textes  suivants. 

Dans  l'hynme  XIII,  1 ,  de  TA.  V. ,  Rohita  qui  désigne , 
je  ne  dis  pas  exclusivement,  mais  en  première  ligne, 
le  soleil,  porte  le  nom  de  fsi  :  tàsmâd  [yajhâd]  dha 
jajiia  idàm  sàrvarn  yàt  kim  cedàm  viràcate  rôhitena 
fsinàbhrtani  \\  «  De  ce  sacrifice  est  né  cet  univers ,  et 
quoi  que  ce  soit  qui  apparaît  en  ce  monde,  apporté 
par  le  rsi  Rohita  »  (55).  On  peut  comparer  R.  V. ,  X, 
170,  II,  où  il  est  dit,  comme  il  semble,  de  Sûrya  : 
yéneinà  visvâ  bhdvanàny  âbhjtâ. 

Dans  la  Brh.  Ar.  Up. ,  on  lit  :  hiraamayena  pâtrem 

38. 


428  MAI-JUIN  1906. 

satyasydpibitarn  makhani  \  iat  tvam  pâscmn  apâvma 
satyadhai^mâya  àniaye  ||  pûsann  ékarse  yama  sùrya 
prdjàpatya  vyûlia  rasmîn  samûha  tejo  yat  te  ràpam 
kalydiiatamam  tai  te  pasyâmi  yo  'sâv  dsaa  purasah  so 
'liant  asmi  (V,  i5)  :  «Par  une  coupe  d'or  est  cou- 
verte la  face  de  la  vérité  :  toi,  Pùsan,  découvre- 
la  pour  celui  dont  la  loi  est  la  vérité,  afin  qu'il  la 
contemple I  Pùsan,  ekîirsi,  Yama,  Sûrya,  fils  de 
Prajâpali,  écarte  les  rayons,  contracte  la  splendeur! 
Ta  forme  la  plus  belle,  je  la  vois.Gelui  qui  est 
là-bas,  ce  purusa  de  là-bas,  je  suis  lui.»  Mani- 
festement, il  s  agit  là  du  purusa  qui  est  dans 
le  soleil,  purusa  présenté  d'abord  par  notre  texte 
comme  le  satya  (qui  peut  ici  être  le  brahman)^ 
recouvert  du  vase  d'or,  c'est-à-dire  du  disque 
brillant  du  soleil,  puis  comme  la  forme  la  plus 
belle  d'une  divinité  invoquée  sous  les  multiples 
dénominations  de  Pûsan ,  ekarsi ,  etc.  Maintenant  il 
parait  bien  que  la  divinité  qui  reçoit  ces  dénomina- 
tions parmi  lesquelles  se  trouve  celle  de  Sûrya  soit 
le  soleil  lui-même,  invité  à  écarter  ses  rayons  et  à 
découvrir  le  purusa.  Nous  avons  ici,  par  suite,  le 
nom  d' ekarsi  attribué  au  soleil ,  même  si  Ton  regarde 
dans  notre  texte  ekarse  comme  apposé  à  jm^an^ 
puisque  Pûsan  s'y  trouve  identique  au  soleil.  Da 
reste  que  le  soleil  l'eçoive  dans  ce  texte  le  nom  de 

'  Dans  la  même  upanisad  nous  lisons  :  satyaifi  ky  eva  brakma 
(V,  4;  cf.  V,  5,  i).  Cf.  Chûnd.  Up.  :  tajtya  ha  i>â  etcujra  brahmano 
nfima  sattiram  iti  (VllI,  3,  4);  Taitt.  Dp,:  satjtanjnânam  antMitan 
hralimu  yo  veda  (H,  i,  i);  etc. 


YAKSÀ.    -  429 

Pûsan  n  est  pas  un  fait  anormal  :  quoi  que  Ton  pense 
de  la  nature  originelle  de  cette  divinité,  que  je  n  ai 
pas  à  discuter  ici ,  il  demeure  que  plus  d  un  trait  la 
met  dès  le  Rg  Veda  en  relation  avec  le  soleil,  et  que 
nous  trouvons  son  nom  attribué  d'assez  bonne  heure 
à  celui-ci.  Quant  à  Tidentifi cation  ici  implicite  de 
Yama  au  soleil ,  elle  est  formellement  exprimée  dans 
le  texte  suivant  du  Sat.  Br.  :  esà  vai  yamô  yà  esà 
làpati[WS ^  1,3,4).  Pour  le  qualificatif  Prâjâpa- 
tya,  il  va  de  soi. 

La  Prâriâgnihotra  Upanisad  parlant  des  feux  qui 
sont  dans  Thomme  s'exprime  ainsi  :  sàijo  'gnir  nâma 
sûryamaiidalâkrtih  sahtsrarasmibhiii  parivrla  ckarsir 
bhâtvâ  mûrdhani  tisthati  «  Le  soleil ,  feu  assurément 
en  forme  de  disque  solaire,  entouré  de  mille  rayons, 
étant  devenu  Tekarsi,  se  tient  dans  la  tête  »  (2).  C'est- 
à-dire  que  le  soleil  est  identifié  à  ïekarsi.  Et  cest 
bien  ainsi  que  semble  le  comprendre  Nârâyana  qui , 
commentant  le  passage  suivant  du  premier  khanda 
de  la  même  upanisad  :  tûsnlm  ekâm  ekarsaujahoii, 
explique  :  ekarsâv  agnau  tadnâmni  sûiye. 

De  tout  ceci  semble  résulter  que  Yekarsi  de  nos 
vers  25-26  peut  fort  bien  être  le  soleil.  Dhâman, 
quen  l'absence  de  toute  indication  précise  je  ne 
traduis  que  conjecturalement  par  «  demeure  »,  peut, 
dans  ce  sens,  y  être  également  dit  de  lui.  Car 
renonciation,  dans  notre  texte,  de  ce  terme  sans 
addition  de  déterminatif  semble  alors  indiquer  qu'il 
s'agit  là  de  la  demeure  par  excellence,  la  demeure 
divine  qui  est  le  svarga  loka  :  siivargô  lokô  divyàm 


430  MAI-JUIN    1906. 

dhâma  (Taitt.  Samh.,  Il,  6,  7,  6);  or  ridentîlîcation 
du  svarga  loka  ou,  ce  qui  revient  au  même,  do 
devaloka  au  soleil  se  rencontre  çà  et  là  dans  les 
textes  védiques  :  asaà  va  àdiiyàh  svargô  hhâh  (Maît. 
SaiTih.,  III,  6,  1);  devaloko  va  àdityah  (Kaus.  Br., 
V,  7,);  asdd  khàla  va  àditydh  suvargô  lokàh  (Taitt, 
Àr. ,  V,  9 ,  11);  svargà  vai  lokàh  séryojyétir  nttanuim 
(Sat.  Br.,  XII,  9,  2,  8).  On  se  rappelle  aussi  que 
certains  vers  du  Rg  Veda  (cf.  X ,  107,  2  ;  1 ,  126,  6) 
donnent  une  demeure  solaire  aux  trépassés  qui  Tont 
méritée  par  leurs  œuvres. 

Reste  à  parler  des  formules  de  bénédiction  que 
Ton  déclare  réunies  en  un  seul  groupe.  Admis  que 
dans  le  passage  déjà  cité  de  TA.  V.  (IV,  25  ,  7)  : 
àpa  irésihà  na  âsiso  devàyor  dhâmann  asthiranfdhàman 
signifie  demeure ,  nous  avons  là  une  indication  pour 
finterprétation  de  notre  texte  :  de  même  que  là  les 
formules  de  bénédiction  sont  réunies  dans  la  demeure 
des  dieux  Savitar  et  Vâyu,  ici  nous  pouvons  com- 
prendre qu'elles  sont  en  un  seul  groupe  en  tant 
qu  elles  se  trouvent  toutes  ensemble  dans  le  soleil. 
Laissant  de  coté  les  textes  qui  mettent  en  relation 
plus  ou  moins  intime  les  mètres  et  le  soleil,  nous 
pouvons  en  noter,  en  effet,  qui  font  expressément 
de  celui-ci  le  lieu  des  paroles  et  en  particulier  des 
paroles  sacrées  :  «  en  vérité,  à  ce  soleil  qui  est  là-bas 
vont  toutes  les  paroles;  quand  il  se  lève,  elles  sont 
toutes  émises»  (Mait.  Samh.  III,  6,   lo)^  t  Celle 

anuh»  vd  âditYàm  sdirâ  vâro  (jarlianti  ta  udyati  sànSh  srjjrantê. 


YAK  s  À.  431 

qui  est  cette  Vâc,  cest  ce  soleil  de  là-bas les 

les  sont  le  disque Ce  qui  étant  ce  disque  luit 

ardemment,  c'est  le  Mahaduktha ,  c'est  les  rcs,  cest 
le  lieu  des  rcs  »  (Sat.  Br.  ,X,5,  i,/i;5;2,i)^ 
«  Ce  soleil,  en  vérité,  qui  est  ce  disque,  luit  ardem- 
ment; en  lui  sont  ces  rcs,  il  est  le  disque  des  rcs,  il 
est  le  lieu  des  rcs»  (Mahânâr.  Up.,  12,  2',  éd. 
G.  A.  Jacob)  ^.  Il  ne  répugne  dpnc  pas  que  les 
formules  de  bénédiction  se  trouvent  en  un  seul 
groupe  en  tant  que  réunies  dans  le  soleil. 

A.  V.,  X,  2,  32. 

L'hymne  X ,  2  se  termine  par  les  vers  suivants 
où  le  sens  de  «  forme  merveilleuse  »  s'applique  au 
mieux  à  yaksà  : 

29.  yàvai  tâm  hràhmano  védâmftenâvrtdTn  pûram  \ 
tàsmai  bràhma  ca  bràhmâs  ca  càhsuh  prànàm  prajâm 

àadnh  || 

30.  nà  vai  tâm  càksar  jahâti  nd  prânà  jaràsah  para  \ 
pùram  yà  hràhmano  véda  yàsyâh  pûrusa  ucyàte  || 

3 1 .  asiâcahrd  nàvadvârâ  devândm  pur  ayodhyà  \ 
tàsyâm  hiranyàyah  kàsah  svargà  jyàtisâvrtah  \\ 

3  2 .  tàsmin  hiranyàye  kàse  tryàre  tripratisthite  \ 
iâsmin  yàd  yaksàm  dtinanvàt  iàd  vai  brahmavido  vidah  \\ 

'  sa  yrt  sa  vâg  asau  sa  âdityàli jruindalam  evà  rcak 

yàd  etàn  màndalam  tàpati  lân  makàduktham  ta  fcah  sa  rcâm  lokàh, 

^  âdilyo  va  esa  etan  màndalam  tapati  tatra  iâ  rcas  tad  rcâm  man- 
dnlnm  sa  rcâm  lohah. 


432  MAI-JUIN  190C. 

33.  prabliràjamândm  hàrinîm  yàiasâ  sampànvftàm  \ 
pùram  hiranyàyim  bràhmâ  viveiâpcu*yitâm  | 

Je  traduis  : 

Celui ,  en  vérité ,  qui  connaît  cette  citadelle  du  brahman 
entourée  d*immortaiité ,  à  celui-là  et  le  brahman  et  ceux  qui 
^ont  au  brahman  donnent  la  vue ,  le  souffle ,  la  postérité. 

Ni  la  vue,  en  vérité,  ne  Tabandonne,  ni  le  souffle,  avant 
la  vieillesse,  celui  qui  connaît  la  citadelle  (pur)  du  brahman 
d'où  il  tire  le  nom  de  purusa. 

A  huit  roues,  à  neuf  portes  est  la  citadelle  det  dieux 
inexpugnable  ;  dans  celle-ci  est  un  coffre  d'or,  céleste ,  entouré 
de  lumière. 

Dans  ce  coffre  d'or,  à  trois  rais,  triplement  soutenu,  la 
forme  merveilleuse  animée  qui  est  dans  lui ,  en  vérité  ceux 
qui  connaissent  le  brahman  la  connaissent. 

Dans  la  rayonnante,  jaune,  tout  entourée  de  ^ire,  dans 
la  citadelle  d'or,  invincible ,  est  entré  le  brahman. 

Nous  avons  à  déterminer  quel  objet  couvre  cette 
expression  :  «  forme  merveilleuse  ».  Pour  M.  Geldner 
[op  cil.,  p.  l28)^  le  hàSa  est  le  cœur;  ieyakfà,  le 
brahman.  Pour  M.  Henry  [Les  livres  X,  XI  et  XII 
de  VA.  F. ,  p.  52  ,  53 )  le  kôsa  et  ]eyaks(i  sont  le  soleil. 
Il  faudrait  cependant  distinguer,  semble-t-il  :  car  le 
yaksâ  étant  renfermé  dans  le  kôSa,  ils  ne  peuvent 
guère  représenter  tous  les  deux  identiquement  la 
même  chose.  Pour  ma  part,  il  ne  me  parsdt  pas,  de 
fait,  qu'il  y  ait,  étant  donnée  la  teneur  du  texte,  h 
chercher  la  solution  de  notre  problème  ailleurs  que 


'  Cf.  aussi  ScHERMAN,  PhUosoph,  Hymn,,  p.  46  suiv.;  Dbdsss!I, 

Allq.  Gesch.  der  PhiL,  I,  i,  p.  370. 


YAK  s  A.  433 

du  côté  de  Thomme  ou  du  côté  du  ciel.  Nous  dis- 
cuterons successivement  ces  deux  modes  d'inter- 
prétation. 

Mais  d  abord  je  noterai  qu  à  mon  avis  c  est  bien 
la  citadelle  du  brahman  qu'entendent  décrire  les 
vers  3 1-33 ,  quoique  le  sujet  de  début  de  la  descrip- 
tion soit  devàndrn  j>uh,  non  bràhmanah  pâh,  car  tout 
le  passage  se  conclut  par  raflirmation  de  rétablisse- 
ment du  brahman  dans  la  pur  àparâjiiâ,  laquelle  se 
présente  comme  une  réplique  de  la  pur  ayodhyà  qui 
est  celle  des  dieux  ^  Ceci  ne  préjuge  en  rien  la  con- 
tinuité de  composition  de  ces  vers,  ou,  pour  parler 
de  tout  le  passage  cité,  des  vers  29-3*3  :  y  eût-il  là 
compilation,  on  ne  peut  affirmer,  en  quelque 
mésestime  qu  on  ait  les  hymnes  philosophiques  de 
TAtharva  Veda,  qu'elle  s'est  faite  complètement  au 
hasard ,  et  le  plus  sage  est ,  je  crois ,  de  prendre  comme 
rapporté  au  même  sujet  ce  qui  se  présente  comme 
tel.  Du  reste  les  vers  29 ,  3 1 ,  33  se  retrouvent  réunis 
(dans  l'ordre  suivant  3i,  29,  33)  dans  le  Taitt.  Ar. 
(I,  27,  2;  3;  4)  :  et  malgré  les  divergences  que  l'on 
note  dans  ce  dernier  texte  ^,  le  fait  de  cette  réunion 
répétée  constitue  du  moins  une  indication  en  faveur 
de  Fappartenance  de  nos  vers  au  même  cycle  d'idées. 

Ceci  posé,  je  viens  d'abord  à  l'interprétation  de 


^  Relativement  à  1  équivalence  de  la  pur  du  brahman  et  de  celle 
des  dieux  voir  d*ailleurs  plus  bas,  p.  443. 

*  En  particulier  brahmà  au  lieu  de  brâhmd  du  vers  33  de  TA.  V., 
et  rinterpolation  de  lokâh  au  dernier  pâda  du  vers  3i,  ainsi  : 
svargo  lokô  jjôtisàvrtah. 


434  MAI-JUIN  1906. 

notre  texte  comme  se  rapportant  h  lliomme,  d'après 
laquelle,  le  kàsa  est  le  cœur:  la  pur  du  brahman  qui 
le  renferme ,  l'homme  lui-même.  Une  pareille  con- 
ception est  entrée,  de  fait,  dans  la  pensée  hindoue, 
et  elle  s*affirme  en  même  temps  comme  suffisamment 
ancienne  :  on  se  souvient  du  texte  fameux  de  la 
Chând.  Lp.  relatif  au  petit  lotus  renfermé  dans  le 
brahniapura.  et  contenant  lui  même  un  petit  espace 
VIII,  1,  1  et  suiv.^'.  Mais  cette  conception  est-elle 
celle  de  notre  texte  ? 

11  est  certain  que  le  vers  3o  rapproche  de  la  par 
du  brahman  Thomme  en  déclarant  que  cest  d'elle 
quil  prend  son  nom.  Car  c'est  bien  l'homme  que 
désigne  dans  ci^  vers  le  mot  piimsa.  L'hymne  a  pour 
objet .  dans  son  ensemble ,  le  purusa.  La  plupart  des 
expressions  qui  dépeignent  ce  purusa  s'appliquent  à 
rhomme  réel;  quelques-unes,  au  contraire,  ne  con- 
viennent qu  au  punisa  mythique  dont  il  est  question 
R.  V..  X,  90  :cf.  A.  V.,  XIX,  6);  mais  pour  ce  qui 
concerne  IVmploi  do  piini^a  au  vers  3o,  ce  terme 
s*applique  naturellement  à  Thomme  réel,  à  qui  re- 
viennent les  avantages  que  procure  la  connaissance 
de  la  citadelle  du  brahman.  Mais  d'où  vient  ici  que 
rhomme  tire  son  nom  de  cette  pur  du  brahman  P 
Le  rédacteur  de  notre  texte  la  r^ardait-il  comme 
intrinsèque  à  rhomme  ;  ou  ne  concevait-il  entre  die 
et  rhomme  qu'une  relation  d'ordre  extérieur;  et 
n'avons-nous  pas  là ,  surtout ,  un  pur  jeu  d'étymologie  ? 
N'ayant ,  de  la  part  de  notre  texte ,  aucune  réponse 
directe  à  ces  cjuestions,  il  nous  reste  à  nous  référer 


YAK  s  A.  435 

à  la  description  de  la  citadelle  du  brahman,  telle 
qu'il  la  donne ,  et  à  voir  avant  tout,  si  elle  comporte 
l'équivalence  de  cette  citadelle  à  Thomme. 

D'abord,  c'est  donc  l'homme  qui,  dans  ce  cas, 
porte  l'appellation  de  devànâm  péh.  Le  passage  de 
la  Chànd.  Up.  rappelé  plus  haut  déclare  précisément 
que  l'espace  renfermé  dans  le  lotus  qui  est  dans  la 
demeure  du  brahman ,  c'est-à-dire  l'espace  renfermé 
dans  le  cœur  qui  est  dans  l'homme ,  contient  le  ciel 
et  la  terre,  et  toutes  choses  (VIII,  i ,  3  ).  II  suffit  de 
ce  souvenir  pour  justifier  l'attribution  à  l'homme  de 
la  susdite  appellation.  Notons  d'ailleurs  qu'il  y  a  dans 
l'Atharva  Veda  d'autres  exemples  d'objets  nommés 
demeure  des  dieux  :  la  maison  de  la  nouvelle  mariée , 
comme  il  semble,  dans  XIV,  i ,  64  ^;  dans  V,  q8  ,  les 
trois  métaux  qui  forment  l'amulette  (  i  o  ) ,  et  spécia- 
lement lun  deux,  l'or  :  pûram  devànâm  amftam  hi- 
ranyam  (i  i).  C'est  à  dessein  que  je  néglige,  dans  le 
cas  présent,  des  témoignages  aussi  expressifs  que 
ceux  d'A.  V. ,  XI,  8,  d'après  lesquels  les  dieux  sont 
entrés  dans  le  purusa  (i3  et  29),  les  divinités  y 
habitent  comme  les  vaches  dans  l'étable  (32 ),  sont 
entrées  dans  le  sarîra  (3o)  :  dans  cet  hymne,  en 
effet,  n'apparaît  pas  assez  immédiatement  la  part 
de  l'homme  réel. 

Les  deux  épithètes  nàvddvâra,  astâcakra  s'appli- 
quent à  l'homme  en  tant  que  corporel.  Pour  la 
première,  pas  de  difficulté  :  les  neuf  portes  senties 

•  anàvyâdhàm  deimpnrâm  prapàdya 

sivâ  syonà  patiloh'  vi  râja  j| 


436  MAI-JUIN  1906. 

neuf  orifices  du  corps.  Quant  à  astàcakra,  dans  son 
commentaire  sur  le  Taitt.  Ar.  où  se  retrouve,  comme 
jefaidit,  une  partie  de  notre  texte,  Sâyana,  qui  inter* 
prête  piir  par  sarlra,  explique  cette  épithète  ainsi  : 
cakravad  àvaranabhntds  tvagiisriimàmsamedosthirnaj' 
jàsukraajorùpâ  astaa  dhâtavo  ya^dh  seyam  astàcakra. 
Ainsi  les  huit  cakra  sont  les  huit  éléments  considérés 
comme  enveloppes  à  la  façon  de  cerdes.  D  après  son 
commentaire  sur  le  vers  22  de  A.  V. ,  XI,  4 ,  qui  con- 
tient le  même  terme ,  les  huit  cakra  sont  encore  les  huit 
éléments,  considérés  comme  roues  du  char  qui  est 
le  corps  :  te  'tra  rathdtmanà  vartianiyasya  iarirasya 
cakratvena  rûpyante.  Je  ne  discuterai  pas  ces  inter- 
prétations ,  et  retiens  seulement  d'elles  que  Ton  peut 
dire ,  en  ce  qui  concerne  notre  texte ,  que  Thomme 
est  astàcakra  parce  qu'il  possède  huit  éléments  cor- 
porels. Au  surplus,  si  nous  traduisons,  comme  je 
fai  fait,  astàcakra  par  «à  huit  roues»,  auquel  cas 
rhomme  qui  est  la  devàndrn  puli  se  trouve  implicite- 
ment assimilé  à  un  char,  sans  recourir  au  témoignage 
se  référant  directement  au  corps  tiré  par  Sâyana  de 
la  Katha  Up.  dans  son  commentaire  sur  A.  V.,  XI, 
4 ,  22,  ci-dessus  cité ,  nous  pouvons  justifier  cette 
assimilation  par  TAtharva  Veda  même  :  «Lève-toi, 
marche,  cours,  (devenu)  char  aux  bonnes  roues, 
aux  bonnes  jantes,  aux  bons  moyeux ,  tiens-toi  ferme 
debout  '  » ,  y  est-il  dit  au  patient  (IV,  12,  6). 

^  sa  lit  tistha  prélii  prâ  drava 

ràthah  sucahràh  supavih  snnàhhih  | 
pràti  tlsihordhvàh  {| 


YAK  s  À.  437 

Venons  au  qualificatif  ayodhyà.  Appliqué  ainsi  à 
l'homme ,  en  manière  d'attribut  caractéristique ,  il  sur- 
prend bien  quelque  peu.  On  peut  dire  que  l'homme 
reçoit  cette  épithète  en  tant  qu'elle  convient  à  l'âtman 
qui  est  en  lui ,  comme  il  recevait  les  deux  précédentes 
en  tant  qu'elles  conviennent  au  corps.  Et,  pour  n'avoir 
pas  à  y  revenir,  c'est  aussi  de  la  sorte  qu'on  pourrait 
expliquer  que  l'homme ,  ainsi  que  le  dit  de  la  citadelle 
du  brahman  le  vers  29,  est  entouré  d'immortalité. 

C'est  encore  en  vertu  de  l'âtman  qui  est  en  lui 
qu'au  vers  33  l'homme  sera  àparâjita,  comme  il  est 
ayodhyà;  et  entouré  de  gloire,  comme  il  l'est  d'im- 
mortalité ;  qu'il  aura  l'éclat  d'un  astre  et  de  l'or.  Car 
si ,  dans  les  textes  anciens  qui  nous  occupent  actuelle- 
ment, dépareilles  qualités  sont  attribuées  à  l'homme , 
il  n  est  d'usage  de  les  lui  accorder  que  comme  con- 
séquence d'une  science  ou  d'un  rite  dont  elles  sont 
le  prix  :  laissant  voir  ainsi  qu'on  les  conçoit  comme 
n'étant  pas  propres  à  l'homme  et  lui  venant  d'ailleurs  ; 
c'est  ainsi ,  pour  citer  un  exemple  entre  tant  d'autres , 
que  le  vers  26  d'A.  V.,  XI,  5  ,  nous  représente  sous 
une  même  image  la  splendeur  du  soleil  et  de  qui 
s'est  soumis  aux  pratiques  du  brahmacarya.  Mais 
dans  notre  texte  rien  de  tel  :  un  énoncé  pur  et  simple 
des  qualités  que  possède  la  demeure  où  l'on  dit 
qu'est  entré  le  brahman;  sans  qu'il  soit  suggéré  même 
qu'elle  les  possède  en  vertu  de  cette  entrée;  énumérées, 
en  un  mot,  comme  lui  étant  propres.  Il  ne  nous 
reste  qu'à  imaginer  qu'elles  sont  ainsi  dites  de  l'homme 
en  vertu  de  l'âtman. 


438  MAI-JUIN    1900. 

Maintenant,  il  faut  avouer  que  cette  appellation 
multiple  dans  notre  vers  33  de  rhomme  par  les  qua- 
lités de  latman  parait  bien  forcée,  et  qu'en  fin  de 
compte,  toute  la  brillante  description  contenue  là 
ne  semble  guère  lui  convenir.  On  pourrait,  il  est 
vrai,  se  souvenant  de  la  distinction  donnée  par  la 
Chând.  Up.  entre  le  brahmapura  (qui  est  Thomme) 
et  le  vrai  brahmapura  qui  est  Tâtman  (VIII,  i,  5), 
dire  quil  s'agit  au  vers  3i  du  premier,  au  vers  33 
du  second  ;  et  cette  explication  conviendrait  suffi- 
samment, en  effet,  aux  deux  vers  pris  à  part  l'un  de 
l'autre.  Seulement,  admise  cette  interprétation,  et 
toutes  les  autres  similaires  (celle,  par  exemple,  de 
la  pur  àparâjiiâ  par  le  cœur  lui-même)  dont  le  détail 
serait  fastidieux,  il  faut  renoncer  à. ne  voir  qu'un  seul 
et  même  objet  dans  la  pur  ayodhyà  qui  contient  le 
kàsa  et  la  pur  dparâjitâ  :  pour  moi  il  me  parait  plutôt, 
ainsi  que  je  1  ai  déjà  dit ,  que  ces  deux  expressions, 
réunies  dans  ce  passage  de  telle  sorte  que  la  seconde 
ne  semble  que  répéter  la  première,  ont  en  vue  un 
unique  objet. 

Le  premier  mode  d'interprétation  paraissant  ainsi 
défectueux,  arrêtons  là  son  examen,  et  venons  au 
second  qui  nous  permettra,  je  crois,  une  explication 
plus  satisfaisante  de  notre  texte. 

Une  demeure  désignée  par  le  même  terme  aparâr 
jita  et  en  relation  avec  le  brahman  nous  est,  comme 
on  sait,  connue  d'ailleurs,  et  elle  est  au  dd.  Arant 
de  parler  des  textes  ici  en  cause,  je  dois,  pour  les 


YAKSA.  439 

mettre  dans  toute  leur  valeur,  présenter  quelques 
brèves  observations 

Dans  les  bràhmanas,  l'homme  désire  se  fixer  fina- 
lement dans  le  svarga  loka,  qui  est  le  devaloka  : 
région  lumineuse,  plus  ou  moins  complexe,  située 
dans  les  hauteurs  de  l'espace.  Cependant  nous  y  voyons 
déjà  poindre  la  pensée  d'atteindre  le  brahman  et  de 
demeurer  avec  lui,  et  Ton  conçut  dès  lors  un  brah- 
maloka.  La  notion  du  brahmaloka  devait  s'affiner 
par  l'exercice  des  spéculations,  gagnant  désormais 
en  importance,  sur  le  brahman  lui-même:  il  n'en 
est  pas  moins  vrai  que  tout  d'abord  elle  ne  put  que 
ressembler  fort  à  celle  qu'on  se  formait  du  devaloka , 
dont  le  monde  du  brahman  ne  représentait  sans 
doute  guère  qu'im  aspect  nouveau  et  meilleur  ou 
un  étage  surajouté.  Et  naturellement  se  transportèrent 
au  monde  du  brahman  les  idées  qu  on  se  faisait  du 
monde  des  devas  :  or  dans  le  ciel  védique,  qui  ne 
consistait  nullement  dans  la  contemplation  de  la 
vérité  pure^  les  formes  matérielles,  imitées  de  ce 
monde,  ne  pouvaient  manquer.  Déplus,  le  monde 
du  brahman  étant  conçu  comme  le  couronnement 
du  monde  des  devas,  il  était  indiqué  qu'on  y  accédât 
par  le  chemin  qui  menait  chez  les  dieux ,  le  deva- 
yâna,  dont  la  notion  nous  apparaît  suffisamment 
définie,  quant  à  sa  substance,  dans  les  plus  vieilles 
upanisads. 


^  Sur  ce  [)oint  il  sulTil  de  renvoyer  à  Muir,  Sanscrit  tcxls,  V, 
p.  3o7  et  suiv. 


440  MAI-JUIN  1906. 

11  est  clair  qu  en  tout  ceci  les  détails  pouvaient  se 
diversifier  à  Tinfini  suivant  les  esprits  et  les  écoles , 
quil  pouvait  même  se  produire  sur  des  points  impor- 
tants des  opinions  divergentes;  mais  je  crois  qu*en 
somme  tel  fut  le  processus  doctrinal  :  je  crois  aussi 
que  le  premier  adhyâya  de  la  Kausïtaki  Up.  nous 
livre  au  sujet  du  brahmaloka  une  théorie  appartenant 
a  la  phase  que  je  viens  de  décrire. 

D'après  la  dite  upanisad  on  accède  donc  au  monde 
du  brahman  par  le  devayâna,  étant  devayânam  pan- 
thânam  âsddya.  Au-delà  du  monde  du  feu,  du  monde 
de  Vâyu,  etc.,  on  atteint  le  brahmaloka.  Indra  et 
Prajâpati^  les  Apsaras  même,  ont  leur  place  en  ce 
monde  suréminent.  Vers  le  nouveau  venu  qui  sy 
présente  celles-ci  accourent  au  nombre  de  cinq  cents, 
portant  en  leurs  mains  couronnes,  onguents,  etc., 
et  le  revêtent  de  la  parure  du  brahman.  C'est  ainsi 
paré  quil  s  avance  vers  le  brahman  lui-même, 
brahmaivâbhipraiti  ( I ,  k)^^-  Or  tout  le  long  de  sa 
marche  il  rencontre ,  et  notre  upanisad  les  énumère , 
un  certain  nombre  d'objets  remarquables  contenus 
dans  ce  monde  :  Tétang  Ara,  larbre  Ilya,  etc.,  et, 

'  Désignés  comme  portiers ,  mais  placés  en  même  temps,  par  la 
nomenclature  que  je  rappellerai  à  Tinstant  au  milieu  même  des 
objets  qui  se  trouvent  dans  le  monde  du  brahman. 

^  Et  c'est  devant  Brahman  qu*il  arrive;  ici  le  brahman  sous  la 
forme  personnelle  parce  qu'on  lui  prête  la  parole  :  toiii  brahmâ 
prcchati  ho  'siti  (I,  5).  Même  avec  la  leçon  :  taifi  6raAiiiâAa  ko 
*sîti,  l'interprétation  par  Brahman  demeure  encore  ceUe  qui  s'in- 
dique. On  peut  comparer  la  Ghând.  Up.  :  tad  dkaitad  brahmâ  pra- 
jâpataja  uvâca  (111,  1 1,  i  et  Vlll,  i5,  i). 


YAKSA.  kh\ 

parmi  tous,  celui  qui  nous  intéresse  ici,  le  palais 
Aparâjita,  apardjitam  àyatanam  (I,  5). 

Dont  nous  avons,  comme  on  sait,  une  réplique 
dans  la  Chând.  Up.  (VIII,  5,  3).  Il  nous  est  dit  là,  et 
ceci  appartient  clairement  au  courant  d'idées  d  où  pro- 
cède la  précédente  description,  qu'il  y  a  danslebrahma- 
loka  deux  mers.  Ara  et  Nya,  et  que  ce  brahmaloka 
est  dans  le  troisième  ciel  à  partir  d'ici-bas.  Et  là  se 
trouve  la  citadelle  du  brahman  Aparâjita  :  aparâjita 
pur  brahmanah.  Nous  avons  déjà  rencontré  l'étang 
Àra  et  ce  n'est  pas  la  seule  ressemblance  entre  la 
description  de  la  Kausïtaki  Up.  et  celle  de  la  Chândo- 
gya.  Ici  encore  se  trouve  un  arbre ,  de  nom  différent, 
il  est  vrai  :  c'est  un  figuier,  appelé  Somasavana.  Et  il 
paraît  bien  que  l'expression  prabhavimitam ,  qu'on 
peut  lire  prabhu  vimitam,  corresponde,  comme  on 
l'a  fait  remarquer  dès  longtemps  ^  au  vihha  pramUani , 
la  salle  Vibhu,  contenu  dans  fénumération  de  la 
Kausïtaki.  Du  reste ,  si  les  Apsaras  ne  sont  pas  ici 
mentionnées,  celui  qui  atteint  le  brahmaloka  n'y 
perd  rien  :  car  il  a  toute  liberté  dans  tous  les  mondes 
[ib.,  4),  et  parmi  les  mondes  dont  peut  jouir  après 
cette  vie  celui  qui  connaît  ici-bas  fâtman  (VIII,  i, 
6),  le  strïloka  n'est  pas  oublié  (VIII,  2,9). 

De  ces  citations,  jointes  aux  remarques  qui  les 
ont  précédées ,  nous  pouvons  conclure  à  une  vieille 
conception  plaçant  dans  le  monde  du  brahman, 
situé    dans  les   hauteurs  des  cieux,  une  demeure, 

^  Cf.  Ind.  Stud,y  1.  p.  397,  n.  3. 

vu.  29 


443  MAI-JUIN   1905. 

citadelle  ou  palais  ou  quoi  ce  soit  du  même  genre, 
désignée  par  le  terme  aparâjiia  ^.  Je  regarde  oomme 
bien  probable  que  la  citadelle  qualifiée  par  le  même 
ternu»  au  vers  33  de  notre  texte  n  est  autre  chose  que 
cette  même  demeure.  Et  quelle  se  trouve  être  à  la  fois 
Tinexpugnable  citadelle  des  devas  n  y  saurait  faire 
obstacle.  La  conception  du  brahmaloka  ne  se  forma 
pas,  ainsi  que  je  Tai  noté,  comme  celle  d'nn  monde 
séparé  du  svarga  loka  :  qu*il  en  soit  la  plus  haute 
cinip,  comme  parait  le  supposer  la  Kausîtaki  l-p., 
il  donne  place  cependant,  nous  lavons  \u^  non  pas 
seulement  à  des  dieux  suprêmes,  hidra  etPrajàpati. 
mais  aux  Apsaras;  la  Chând.  Up.  nous  parle  des 
dieux  qui  sf)nt  dans  le  brahmaloka  (VIII,  la.  6); 
la  Brh.  Ar.  L'p.  déclare  qu'il  y  a  trois  mondes,  celui 
des  hommes,  celui  des  Pères,  celui  des  devas,  et 
(pie  ce  dernier  est  le  meilleur,  ievaloko  vai  lokânàm 
sresthah  (  1 ,  5 ,  1 6  ) ,  regardant  ainsi ,  dans  ce  passage , 
le  inonde  du  brahman  comme  inclus  dans  oeluî  des 
devas.  Maintes  fois  d ailleurs,  dans  les  anciennes 
upanisads,  revient  la  pensée  d*aller  chei  les  dimix, 
d  atteindre  le  svarga  loka,  laquelle  atteste  que  1  on  a 
l'impression  de  trouver  les  dieux  dans  le  mcmde  du 
brahman  ''^.  Dans  ces  conditions,  c était  chose  fort 

^  Dont  U  cooceplion  a  pu  être  empruntée  aa  mande  apv^ùm 
d'Indra  (Kaus.  Br. ,  \X,  i  ). 

«  Ainsi  : 

kaus.  Up.,  U^  lï  :  sa  tad  tfacchati yatraUe  dmpm  tmt  ^riftym ymd 
lunrtâ  dnâs  lad  amrto  bliaiati  va  cvam  rtila. 

If'id.,  II,  i3  :  svanjâhl  lohân  kâmân  âpnnhi  [dit  le  fils  au  père 
dans  la  cérémonie  du  intâptilrh'am  saif^pnLdÂnBm).- 


YAK  s  A.  443 

naturelle  quil  advînt  que  la  citadelle  du  brahman 
fût  aussi  regardée  comme  citadelle  des  dieux. 

Nous  plaçons  ainsi  la  citadelle  du  brahman  et 
des  dieux  dans  le  ciel.  Qu'elle  soit  environnée  d'im- 
mortalité, rayonnante,  etc.,  ne  fait  pas  difficulté. 
Quant  aux  deux  épithètes  astâcakray  nàvadvâraf  il 
faut  convenir  qu'il  n'y  a  aucune  raison  de  rejeter  leur 
application  à  une  citadelle  céleste.  Que  cette  citadelle 
soit  conçue  comme  munie  de  roues ,  c'est-à-dire  ca- 
pable de  se  déplacer,  peut  provenir  de  cette  idée, 
vieille  dans  l'Inde ,  qu'une  des  qualités  de  la  béatitude 
consiste  à  se  mouvoir  au  gré  de  son  désir  :  le  Rg 
\  eda  compte  Yanukdmàm  càranam  parmi  les  sujets 
de  félicité  que  l'on  trouve  dans  le  ciel  (IX ,  i  1 3 ,  9). 
Que  les  dieux  jouissent  dudit  privilège  sans  quitter 
leur  citadelle,  qu'elle  ait  ainsi  quelque  chose  des  divins 
vimânas  qui  abondent  dans  la  littérature  plus  tardive, 
ne  peut,  je  crois,  soulever  d'invincible  objection. 
Quant  au  motif  cpii  a  fait  choisir  ici  un  composé 
formé  avec  asta  plutôt  qu'avec  tout  autre  nombre , 
2)eut-être  repose-t-il  sur  une  comparaison  d'ordre 
cosmique;  on  pourrait,  par  exemple,  penser  aux 
dis  comptées  au  nombre  de  huit,  mais  toute  conjec- 
ture sur  ce  point  reste  nécessairement  incertaine  : 
il  se  peut  aussi  d'ailleurs  qiiastàcakra  n'indique  ici 

Ait.  Up. ,  V,  /i  :  sa  etena  prajnenâtmanâsniâl  lokâd  utkramyâmus' 
mint  svarije  loke  sarvân  hâniâti  àptvâmrtah  samabhavat. 

Brli.  Ar.  Up. ,  I,  5 ,  i  t  yo  vai  tâm  aksitîrii  veda  so  'nnam  atti  pra- 
tïkena  |  sa  devân  apigacchati  sa  ûrjam  upajtvati  |{ 

Chând.  Up.,  VIII,  3,  3  et  5  :  ahar-ahar  va  evamvit  svaryarfi 
fnimm  cii. 

29- 


YAK  s  A.  445 

retrouvent  ces  deux  vers  explique  atharvanah  sirah 
par  etad  grantharûpam  :  il  n'y  a  pas  à  insister.  C  est 
une  interprétation  beaucoup  plus  sérieuse  que  celle 
admise  par  M.  Deussen  dans  Allg.  Gesch.  der  PhU. , 
I,  1,  p.  269  :  je  dois  dire,  toutefois,  qu'elle  n'en- 
traîne pas  ma  conviction.  En  tout  cas,  pour  lui,  le 
devakosà  est  la  tête  de  Thomme,  non  pas,  comme  il 
ladmet  pour  le  kàsa  en  question ,  le  cœur. 

Que  le  terme  kôéa  puisse  désigner  le  cœur,  cela 
est  incontestable  :  à  Tappui  de  quoi  je  ne  voudrais 
cependant  pas  citer  le  vers  bien  connu  de  la  Mund. 
Up.,  IL ,  2,  9  :  hiranmaye pare  kosè  virajarn  brahma 
niskalaniy  etc.,  parce  qu'il  ne  m'est  pas  démontré 
que  le  texte  entend  parler  là  du  cœur.  Mais,  d'autre 
part ,  rien  ne  s'oppose  à  ce  que  ce  même  terme  s'ap- 
plique au  soleil,  que  nous  avons  déjà  vu  figurer 
comme  pâtra  dans  Brh.  Àr.  Up. ,  V,  1 5  ;  de  la  même 
façon  qu'il  s'applique,  semble-t-il,  à  la  lune  (cf.  le 
commentaire  de  Sâyana)  dans  le  vers  III,  1 1,  4-5 
du  Taitt.  Àr.  *;  où  le  rapprochement  de  cette  seizième 
partie  [kalà)  désignée  comme  «  kosa  d'or  entouré  de 
l'espace  »  et  du  pied  [pàda)  du  saddhotar  semble  in- 
diquer qu'il  s'agit  d'une  kalâ  de  ce  pied,  de  même 
qu'il  est  question,  dans  la  Chând.  Up.,  IV,  5-8,  des 
quatre  kalâs  de  chacun  des  quatre  pieds  du  brah- 
man,  parmi  lesquelles,  justement,  sont  comptés  la 

*  suvàrnam  kôéam  râjasâ  jMrlvrtam  | 

devdnâm  vasudhdnîjn  viràjam  | 
amftcLsya  pûrnâip,  tdm  u  kaldm  vl  caksate  | 
pàdajfi  sàddhotVLT  nâ  hilâ  vivitse  \\ 


446  MAI-JUIN   1906. 

lune  et  le  soleil  (et  aussi  le  manas,  etc. ,  mais  non  le 
cœur). 

Je  crois  donc  vraiment*  probable  que  ie  hôia  qui 
se  trouve  dans  la  citadelle  des  dieux  et  du  brahman 
est  le  soleil.  Et  sans  doute  celui-ci,  que  l'on  a  iden- 
tifié au  brahman  lui-même,  a  bien  pu  être  aussi 
conçu  comme  placé  dans  le  monde  du  brahman.  U 
est  clair  que  cette  conception  ne  répond  pas  à 
nos  idées  cosmographiques;  il  suffit  toutefois  de 
remarquer  que,  dans  le  cas  présent,  la  position  du 
soleil  n'est  guère  plus  extraordinaire  que  cdiie,  par 
exemple,  que  lui  assigne  Ja  Brh.  Àr.  Up. ,  VI,  a  ,  1 5, 
en  le  plaçant  entre  le  monde  des  devas  et,  après  un 
intermédiaire,  les  mondes  du  brahman.  Quant  aux 
épithètes  du  kàêa,  celles  du  vers  3 1 ,  à  savoir  qu'il  est 
d'or,  céleste ,  entouré  de  lumière ,  s'appliquent  par- 
faitement au  soleil  :  reste  à  en  examiner  deux 
autres,  données  par  le  vers  Sa,  tryàra,  triprati'- 
sfhita, 

La  seconde  s'explique  assez  facilement.  On  se  sou- 
vient que  les  textes  védiques  nous  parlent  parfois  du 
soleil  comme  consolidé  ou  comme  solidement  établi. 
Ce  dernier  point  de  vue  se  trouve  en  particulier  exposé 
sous  différentes  formes  par  Sat.  Br. ,  X,  q  ,  4 , 3-6.  Or 
le  paragraphe  4  dudit  texte  déclare  que  ie  soleil  est 
prâtisthita  sur  les  quatre  régions  cardinales  et  les  trois 
inondes,  qui,  dans  ce  passage,  sont  dits  les  sept 
mondes  des  dieux:  [asâv  àdityàh)  saptàsa devalokéfu 
pràtislhitah  saptâ  vai  àevalokàs  cdtasro  diéas  tnfya  imé 
lolat  été  vai  saptâ  devalokâs  tésv  esà  pràtifthitali.  Nous 


YAK  s  A.  447 

pouvons  ainsi  croire  que  tripratisihita  se  réfère  au 
kàsa  soleil  comme  fondé  sur  les  trois  mondes. 

L  epithète  iryàra  trouvera  son  explication  dans  la 
relation  inverse.  Nous  lisons,  R.  V.,  I,  i6Zi,  i4, 
que  tous  les  mondes  ont  leur  point  d  attache  au  so- 
leil :  sàiyasya  càksà  ràjasaity  àvrtam  U'isminn  ârpità 
bhàvanâni  visvà.  Il  est  permis  de  penser  que  tryàra 
exprime  la  même  idée  :  le  soleil  a  trois  rais,  parce 
que  les  trois  mondes  s  y  attachent  comme  les  rais  au 
moyeu.  Ou  peut-être  encore  tryàra  doit-il  s'entendre 
des  trois  saisons  :  cest  ainsi  que  pei/icâra ,  qui  semble 
désigner  les  cinq  saisons,  exprime  un  attribut  so- 
laire dans  Taitt.  Ar.  ,111,  11,8  (où  prthd  est,  selon 
moi,  adverbe)  ipàncârarn  cakràrn  pari  vartate  prthà 
hiranyajyotih  sarirçuya  màdhye  «  J^a  roue  à  cinq  rais 
accomplit  sa  large  révolution ,  brillante  comme  lor, 
au  milieu  de  Tocéan  (céleste).  »     .  \ 

Quant  au  yaksà,  la  forme  merveilleuse  qui  est 
animée  et  se  trouve  dans  le  soleil ,  il  n  est  pas  difficile 
me  semble-t-il ,  de  la  désigner.  C'est  le  purusa  qu'il 
contient,  que  nous  apprenons  à  connaître  dès  les 
brâhmanas  (Cf.  Kaus.Br.,  VIH,  3;  î^at.  Br.,  VII, 
4 ,  1 ,  1 7  ;  X ,  5 ,  2 ,  passim) ,  '  et  dont  la  Chànd.  Up. , 
le  décrivant  (1,6,  6-7) ,  nous  dit  qu'il  est  d'or  jus- 
qu'au bout  des  ongles,  y  compris  la  barbe  et  la  che- 
velure. C'est  ce  même  purusa  que  nous  avons  vu 
recouvert  par  le  disque  brillant  du  soleil  qualifié  de 
vase  d'or  :  le  pâtra  de  Brh.  Ar.  Up. ,  V,  1  5 ,  est  ici 
un  kosa.  Et  qu'ici  encore  il  soit  possible  que  ce  pu- 
rusa représente  le  brahman,  représentation    dont 


448  MAI-JUIN   1906. 

ridée  semble  d'ailleurs  suilisamment  ancienne, 
comme  l'indique  le  passage  du  Kaus.  Br.  ci-dessus 
allégué ^  rien  ny  contredit,  semble-t-il;  et  je  ne 
voudrais  pas  le  nier. 

A.V.,X,  7,  38. 

mahàdyaksàm  bhdvanasya  màdhye 
tàpasi  krdntàm  salilàsya  pfsthé  \ 
tàsndm  chrayanteyà  u  hé  ca  devâ 
vrksàsya  skàndhah  parita  iva  sàkhàh  || 

C'est  au  skambha ,  Tétai ,  qu'est  consacré  l'hymne 
X ,  7 ,  lequel  est  regardé  comme  formant  un  tout 
avec  X,  8.  Dégagée  des  considérations  incidentes, 
la  notion  de  ce  skambha ,  telle  qu'elle  semble  résulter 
de  notre  hymne  (X,  8 ,  n'y  ajoute  rien ),  est  la  sui- 
vante. Le  skambha  est  le  soubassement  universel 
sur  lequel  repose  toute  chose  :  terre  ,  atmosphère . 
ciel,  et  le  temps,  et  les  astres,  et  les  dieux.  Non 
qu'il  soit  conçu  comme  un  support  extérieur  aux 
êtres  qu'il  soutient  :  il  est  en  eux,  au  contraire,  les 
ayant  pénétrés,  sans  qu'à  les  pénétrer,  toutefois,  il 
épuise  toute  son  étendue  (cf.  vers  8).  Mais,  d'autre 
part ,  de  même  qu'il  est  en  toute  être  comme  soutien , 
tout  être  est  aussi  en  lui  :  skambha  (padapâtha  : 
skambhé)  idàmvUvam  bhdvanain  â  vivesa  (35);  àsac 
ca  yàtra  sàc  càntah  (10).  Toutefois  il  n'est  pas  conçu 

*  yam  etam  âditye  purmam  redayanfe  sa  indrah  sa  prajâpatis  tad 
hrahma. 


YAK  s  A.  449 

comme  l'émetteur  de  Têtre  :  celui-ci  est  Prajâpati  dis- 
tingué du  skambha  au  vers  7,  où  ce  dieu  est  dit 
avoir  fondé  tous  les  mondes  sur  le  skambha;  au 
vers  8  où,  en  propres  termes,  est  attribuée  à  ce  dieu 
rémission  de  toutes  choses  ,  celles  d'en  haut,  celles 
d'en  bas,  celles  du  milieu,  dans  lesquelles  a  pénétré 
en  partie  le  skambha;  on  peut  ajouter  le  vers  4 1 ,  où 
le  Prajâpati  secret  [gûhyah  prajdpatih)  est  dit  celui 
qui  connaît  le  roseau  d'or,  image  du  shambha^ 
Mais  si  le  skambha  n'est  pas  l'auteur  de  l'imivers, 
il  est,  d'après  tout  ce  qui  précède,  le  principe  sur 
lequel  repose  l'existence  de  l'univers  et  qui ,  pour  lui 
soutenir  cette  existence,  le  pénètre  de  telle  sorte 
que  tout  ce  qui  le  compose  y  est  réciproquement 
plongé  et  contenu. 

Tout  ceci  regarde  le  monde  physique  :  mais  il 

*  Je  dois  reconnaître  cependant  qu'au  vers  1 7  il  est  dit  :  yô  véda 
parcLmesihinam  yàs  ca  véda  prajdpatim  |  jyesihài\i  yé  bràhmanam 
vidas  té  skambhàm  aniisâmviduh.  Ainsi  qui  connaît  Prajâpati  con- 
naît consécutivement  (c'est  le  sens  qui  me  semble  le  plus  exact) 
le  skambha.  Mais  je  dois  dire  aussi  qu'une  pareille  formule  n'éta- 
blit pas  inévitablement  l'identité  des  objets  connus,  c'est-à-dire 
pour  le  cas  présent ,  de  Prajâpati  et  du  skambha.  Je  ne  me  place 
pas  au  point  de  vue  logique,  de  ce  côté  c'est  assez  évident,  je 
parle  du  fait.  C'est  ainsi  que  dans  un  chapitre  de  la  Brh.  Âr.  Dp. , 
sur  lequel  j'aurai  à  revenir  plus  loin ,  il  est  dit  que  celui  qui  con- 
naît le  sûtra  et  l'antaryàmin  connaît  les  mondes  [sa  lokavit)^  les 
êtres  [sa  bhûtavit)  etc.,  mais  à  l'explication  il  se  trouve  que  le 
sûtra  est  Vâyu  et  que  l'antaryàmin  qui  est  Tàtman  est  différent  de 
chaque  chose  :  prthivyâ  antarah,  e'c.  (B.  A.  U.,  m,  7).  Parlant  t*ut 
à  l'heure  de  l'équivalence  du  skambha  aiajyesthâm  bràhma  je  n'ap- 
porterai donc  pas  en  témoignage  ce  vers  17,  d'autant  que  je  ne 
suis  nullement  sûr  que  dans  nos  deux  hymnes  brdhmana  et  bràh- 
man  soient  de  sens  identique. 


450  MAI-JDIN   1900. 

faut  s  attendre  à  ce  que  le  skambha  de  l'univers 
soit  aussi  celui  des  choses  religieuses  et  morales,  la 
liturgie,  lascétisme,  etc.,  et  il  en  est  en  efiet  ainsi. 

Quant  à  Tentité  couverte  par  ce  nom  d*étai,  il 
semble  bien  d'après  les  vers  82,  33, 34, 36,  cf.  ^4; 
cf.  X,  8 ,  1 ,  que  ce  soit  lejyesthàm  bràhma.  En  tout 
cas,  il  me  paraît  beaucoup  moins  certain  qu*à 
M.  Deussen  [Allg.  Gesch.  der  Phil,  I,  1,  p.  3i4) 
que  le  skambha  soit  réellement  1  atman  mentionné 
au  vers  final  (44)  de  X,  8.  Que  cette  longue  suite 
de  quatre-vingt-huit  vers  formée  par  les  deux  hymnes 
ait  voulu  réserver  pour  son  dernier  mot  le  vrai  nom 
de  Tétai,  cela  nest  pas  impossible  sans  doute  : 
mais  rien  ne  le  prouve,  et  il  est,  à  dire  le  moins, 
tout  aussi  possible  que  la  mention  de  i'âtman 
vienne  audit  vers  simplement  parce  que  le  pré- 
cédent (X,  8,  43)  a  parié  du  yàksàm  âtmanvdt  et 
que  ridée  d'âtmanvàt  a  amené  celle  de  ïâtmàn. 
Nous  aurons  à  revenir  sur  ce  vers  X,  8,  43. 

Pour  terminer  ce  qui  regarde  la  notion  du  skam- 
bha, je  ne  vois  pas,  pour  ma  part,  que  cet  hymne 
X,  7,  se  prête  à  une  conclusion  d'identité  du  skam- 
bha et  du  soleil  ;  ils  sont  même  distingués  formelle- 
ment ciu  vers  1  2  :  ydtrâgnis  candràmàfi  séryo  vâtas 
listhanty  ârpità  skambhàrn  tàm,  etc.  Notre  vers  38 
peut  sans  doute  s'entendre  du  soleil,  et  je  reviendrai 
sur  ce  point  tout  à  l'heure ,  mais  il  peut  aussi  sug- 
gérer l'image  d'une  colonne  qui  s'élève  sur  la  sur&ce 
de  l'océan  céleste ,  et  cette  interprétation  est  favo- 
risée par  la  seconde  njoilié  du  vers. 


YAKSA.  ^51 

Queie  vers,  par  ailleurs,  ait  pour  objet  le  skam- 
bha ,  résulte  de  sa  teneur  même ,  puisqu'il  s'agit  de  l'ap- 
pui des  dieux.  Le  yaksà  sera  donc  cejyesthàm  bràhma 
qu'est  le  skambha.  La  traduction  de  yaksà  par 
«  forme  merveilleuse  »  ou  «  merveille  »  se  justifie  ici 
par  la  description  même  que  donne  du  skambha 
notre  vers,  que  je  rends  comme  il  suit  : 

La  grande  merveille  au  mUieu  du  monde  s*est  élevée  au 
sein  d'un  éclat  brûlant  (ou  de  l'ascétisme,  cf.  36)  sur  le 
dos  de  Tocéan  (céleste);  les  dieux,  quels  qu'ils  soient,  s'y 
appuient,  comme  au  faîte  de  l'arbre,  tout  à  l'entour,  les 
branches. 

Ainsi  que  je  le  disais  plus  haut,  nous  pouvons 
entendre  que  le  skambha  est  conçu  là  comme  co- 
lonne ardente ,  de  même  qu'il  est  représenté  comme 
colonne  brillante  au  vers  4 1  qui  en  fait  un  roseau 
d'or  debout  sur  l'océan  :  vetasàm  hiraiiyàyani  tisthan- 
iam  salilé.  Il  faut  toutefois  reconnaître  que  dans  ces 
dernières  expressions  on  peut  voir  là  représentation 
du  skambha  sous  l'image  d' Agni  ou  du  soleil ,  sur- 
tout si  l'on  admet  avec  Sàyana  que  dans  le  vers  R.  V., 
IV,  58,  5,  dernier  pâda  :  hiraiiyàyo  vetasô  màdhya 
âsdm  (les  torrents  de  ghrta),  le  roseau  dor  est  Agni 
éclair  ou  Agni  soleils 

Et  maintenant,  en  ce  qui  concerne  le  soleil,  il  est 
clair  que  notre  vers, même  traduit  comme  ci-dessus, 
s'applique  fort  bien  à  lui  :  à  plus  forte  raison ,  si  l'on 
traduit  kram  par  «  cheminer  ».  Que  le  soleil  soit  au 

'  Noter  cependant  la  variante /m/(/Aje  ary/jé/i .  Vâj.  Samli.,  XIII, 
38;  Mail.  Samh.,  II,  7.  17. 


452  MAI-JUIN   1906. 

milieu  du  inonde  ne  fait  pas  difficulté  :  esà  imaà 
lokàv  àntarena  tapati. .  .  .  vyàdhve  hy  èsà  itdh,  dit  lé* 
Sat.  Br.,  IX,  2,  3,  i4-i5.  En  outre,  la  fonction 
d'étai  n'est  pas  étrangère  au  soleil  :  j'ai  eu  déjà  l'oc- 
casion de  citer  le  vers  du  Rg  Veda  (I,  16&,  i/i) 
d'après  lequel  tous  les  mondes  s*y  appuient,  et  dans 
le  même  recueil  il  est  proprement  qualifié  de  skam- 
bha  :  divâ  skambhàh  sàmitah  pâti  nàkam  «  dressé  en 
étai  du  ciel  il  garde  la  voûte  céleste»  (IV,  i3,  5). 
Nous  allons  voir  du  reste  en  traitant  du  vers  X ,  8  , 
1 5  ,  à  quel  point  cette  notion  d'étai  peut  se  rattacher 
au  soleil.  Cependant,  à  mon  avis,  la  composition 
du  présent  hymne  X,  7,  qui  serre  d'assez  près  son 
objet  principal  et  ne  semble  se  relâcher  que  vers  la 
fin ,  ne  nous  autoriserait  pas  à  supposer  ici  une  di- 
gression en  faveur  du  soleil.  Mais  ce  qui  est  possible 
c'est  que,  bien  que  le  skambha  soit,  comme  nous 
l'avons  vu,  tout  autre  chose  que  le  soleil,  nous 
ayons  dans  notre  vers  une  description  de  ce  skambha 
sous  les  traits  du  soleil-étai  ;  il  est  possible  même  que 
le  vers ,  composé  d'abord  en  l'honneur  du  soleil ,  ait 
été  introduit  tout  fait  dans  Thyume  pour  y  être  ap- 
pliqué au  skambha.  Dans  ces  conjonctures,  yak^ 
désignerait  directement  le  soleil,  indirectement  le 
skambha;  le  sens  du  terme  d'ailleurs  demeure  le 
même.  Et  la  supposition  que  tel  soit  ici  le  rôle  du 
terme  yaksà  est  à  son  tour  favorisée  par  le  fait  que 
si ,  au  vers  X ,  8 ,  1 5 ,  le  mahùd  yaksàm  hhàvanasya 
màdhye  (la  même  expression  que  dans  notre  vers 
X,  7,  38)  désigne  le  skambha,  il  ne  le  désigne  que 


YAK  s  À.  453 

de  cette  façon ,  c  est-à-dire  indirectement ,  et  se  réfère 
directement  au  soleil.  C'est  ce  que  nous  allons  main- 
tenant  exposer. 

A.V.,X,  8,  i5. 

duré  pûrnéna  vasati 

(làrà  ûnéna  hlyate  \ 

mahàd  yaksàm  bhdvanasya  mcidhye 

tàsmni  balim  râstrabhfto  bharanti  | 

J'ai  déjà  rappelé  que  Thymne  X,  8  est  regardé 
comme  également  consacré  au  skambha  et  faisant 
suite  au  précédent.  Il  importe  de  se  souvenir  toute- 
fois que  les  deux  hymnes  différent  notablement. 
Ij'hymneX,  8  ne  s'occupe  ouvertement  du  skam- 
bha que  dans  les  deux  premiers  vers ,  dont  le  pre- 
mier le  désigne  sous  l'appellation  àejyesthàm  biAhma. 
Suivent  quarante  et  un  vers  plus  ou  moins  énigma- 
tiques ,  suivis  eux-mêmes  du  vers  final  où  est  nom- 
mé l'âtman.  Dans  cette  série  de  quarante  et  un  vers, 
où  il  est  en  somme  fort  peu  question  d'étaiement, 
du  moins  d'une  façon  explicite,  il  semble  certain 
que  le  soleil  (avec  ses  connexes,  Agni,  l'aurore,  les 
divisions  du  temps)  joue  un  rôle  important,  pour  ne 
pas  dire  capital.  Et  même,  exception  faite  pour  le 
vers  1  1  ^  dans  tous  les  cas  où,  à  partir  du  vers  3 , 
il  s'agit  dune  fonction  quelconque  qui  rappelle  un  étai , 

*  Il  s*agit  dans  ce  vers  de  la  conjonction  de  Têtre  mobile  et 
de  rimmobile,  de  Tanimé  et  de  Tinanimé,  en  un  seul  être  que  rien 
ne  désigne  spécialement  comme  le  soleil. 


454  MAI-JUIN    1906. 

celui  auquel  se  trouve  attribuée  cette  fonction  est  dé- 
peint en  des  termes  qui  s'appliquent  au  mieux  au 
soleil ,  ou  du  moins  peuvent  fort  bien  s'appliquer  à 
lui  :  ce  que  j'essaierai  de  faire  voir  tout  à  iTieure, 
allant  droit  pour  l'instant  à  la  conclusion. 

En  insistant  sur  le  caractère  réaliste  de  notre 
hymne,  je  n'entends  nullement  nier  qu'il  pour- 
suive, au  cours  de  ses  énigmes  compilées,  Tidëe  de 
ce  jyesthàrn  brâhma  qui  étaie  le  monde  :  il  y  a  des 
signes  d'intention  mystique ,  au  contraire  ;  ainsi ,  au 
vers  \  Ix  qui  précède  immédiatement  celui  qui  fait 
l'objet  de  cette  discussion,  et  où  le* porteur  d*eau 
peut  fort  bien  être  encore  le  soleil ,  dont  le  Rg  Veda 
(X,  27,  21)  mentionne  le  pàfisa^,  il  est  déclaré  du 
dit  porteur  d'eau  que  tous  le  voient  par  les  yeux, 
mais  ([ue  tous  ne  le  perçoivent  pas  par  Tesprit.  Il 
n'en  est  pas  moins  vrai  que  nous  avons  parmi  ces 
vers  un  certain  nombre  de  petites  descriptions  qui 
ne  se  réfèrent  par  elles-mêmes  qu'à  des  choses  de 
l'ordre  naturel ,  et  n'atteignent  au  delà  que  par  Tin- 
tention  supposée  du  rédacteur.  C'est  le  cas  de  notre 
vers  qui  s'applique  directement  au  soleil. 

En  effet.  Comme  le  suggérait  avec  hésitation 
Ludwig  [der  Rigveda,  III,  p.  896),  conune  Tad- 
njet  entièrement  M.  Henry  [Les  livres  X,  XI  et  XII 


^  Cf.  les  eaux  lavec  lesquelles  est  le  soleil»  (H*V.,  I,  aS,  17); 
celles  iqui  sont  en  baut  dans  la  splendeur  du  soleil»  (III,  3S, 
3),  le  soleil  étant  censé  attirer  à  lui  Teau  quii  évapore;  aussi 
est-ce  lui  qui  dans  le  monde  de  là-bas  porte  le  pluie  :  sérjena  9a 
amûsminl  hlié  vf.slir  dlirtd  (Taitt.  Br.,  I,  7,  i,  i). 


YAK  s  À.  455 

de  VAtharva-Véday  p.  29),  il  semble  bien  que  le 
premier  demi- vers  fasse  allusion  à  la  lune  :  rien  du 
reste  ne  nous  contraint  de  prendre  là  pûrnà  au  sens 
strictement  astronomique.  11  est  simplement  opposé 
à  ûnày  dont  le  contraire,  dfiâna,  désigne  aussi  la 
lune  dans  un  vers  du  livre  VII  qui  vise  le  darsà 
(81,  3),  sans  doute  par  une  sorte  d'antiphrase  pro- 
pitiatoire. Le  second  pâda  exprime  bien  la  marche 
du  croissant  s'éloignant  du  soleil  :  c  est  par  l'abandon 
de  celui-ci  que  la  lune  commence  son  cours  :  tyajalo 
'rkatalani  iasinah  pascâd  avahmbate  yaihâ  saaklyam 
etc.  (Brhatsamhitâ,  IV,  3).  Il  est  vi^ai  que,  lors  du 
décours,  le  croissant  se  rapproche  au  contraire 
du  soleil;  mais  ce  serait  être  bien  rigoureux  que  de 
refuser  à  notre  vers  le  droit  de  ne  décrire  qu'une 
partie  du  phénomène,  celle  qui  du  reste  frappe, 
d'ordinaire ,  le  plus. 

Pour  l'expression  bhdvanasya  màdhye ,  je  renwoie  à 
ce  qui  a  été  dit  précédemment  à  propos  du  vers  X , 
7,  38.  Quant  au  dernier  pâda  il  signifie  l'hommage 
rendu  au  soleil  à  l'instar  d'un  roi.  Car  il  est  la  divine 
souveraineté ,  le  suzerain  de  tous  les  êtres  :  àdityo  vai 
daivam  ksatram  àditya  escun  bhûtdndm  adhipatili  (Ait. 
Br.,  XXXIV,  2,2).  Sans  doute  il  est  dit  du  skam- 
bha,  au  vers  39  de  l'hymne  précédent,  que  les 
dieux  lui  présentent  le  tribut'  :  yàsmai  devâh  sàdà  ha- 
lim  prayàchanti;  mais  nous  voyons  d'autre  part  qu'il 
y  a  autour  du  soleil  des  dieux  qui  sont  des  rûs- 
trabkftah^  les  siens  naturellement  :  yé  devà  râstra- 
bhfto  *bhito  yànli  suryam  (XIII,  1,  35);  et  pourquoi 


456  MAI-JUIN  1906. 

le  soleil  ne  recevrait-il  pas  le  tribut,  quand  il  est 
reçu,  sans  sortir  de  TAtharva  Veda,  par  la  terre 
(XII,  1,  62),  par  exemple,  ou  Agni(XI,  1,  6)? 

De  tout  ceci  je  conclus  que  notre  vers  vise  direc- 
tement le  soleil,  qui  est  ainsi  le  yaksà.  Quant  à  ien- 
tité  transcendante  qu  est  le  skambha ,  il  n'en  peut 
être  ici  question  qu'en  tant  que  le  soleil  est  censé  la 
figurer.  Je  traduis  : 

Elle  habite,  à  longue  distance,  avec  la  pleine  (lune], 
elle  est  abandonnée  à  longue  distance  par  la  (lune)  incom- 
plète, la  grande  merveille  au  milieu  du  monde  :  à  celle-ci 
les  l'eudataires  apportent  le  tribut. 

Notre  interprétation  trouve  un  appui  dans  le  fait 
que  nombre  des  vers  énigmatiques  du  présent  hymne 
peuvent  s'expliquer  par  le  soleil;  en  particidier 
comme  je  fai  dit,  ceux ,  sauf  la  restriction  faite  plus 
haut,  où  il  est  question  de  soutien  ou  de  support  : 
arrêtons-nous  maintenant  à  ces  derniers. 

Vers  3.  De  fait  il  ne  s'agit  guère  d'étalement  dans 
ce  vers;  je  le  cite  pourtant,  parce  qu'à  le  vouloir 
absolument,  on  pourrait  peut-être  en  soupçonner  ici 
l'idée.  Je  ne  vois  aucune  raison  de  refuser  pour  les 
tisràh  prajàh  et  les  anyàh  une  intei*prétation  telle  que 
celle  donnée  de  R.V. ,  VIII,  90  (101),  i4,  parle 
Sat  Br.  (II,  5,1,  i-4)  :  rien  ne  saurait  interdire  à 
notre  vers  de  faire  allusion  à  une  légende,  celle  que 
raconte  ce  brâhmana  ou  une  autre  analogue. 
Ainsi  donc ,  «  trois  groupes  de  créatures  dièrent  par 
delà  ;  les  autres  prirent  place  autour  de  la  lumière  ». 


YAK  s  A.  457 

La  lumière,  même  à  ne  pas  rendre  arkà  par  soleil, 
peut  fort  bien  signifier  ce  dernier  :  toutes  les  créa- 
tures sont  rangées  autour  de  lui ,  car  nous  avons  vu 
quil  est  au  milieu  du  monde.  Quil  soit  sublime, 
qu'il  mesure  fespace,  ne  fait  pas  difficulté.  Quant 
à  la  fin  du  vers  :  hÀrito  hÀrinlr  à  viveéa  «  le  jaune  a 
pénétré  les  (femelles)  jaunes  »,  j'adopte  encore  ici 
volontiers  une  interprétation  semblable  à  celle  du 
Sat.  Br.  (II,  5,1,  5)  au  sujet  de  R.  V.,  VIII,  90 
(101),  ili  (où  haritah  au  lieu  dehàrinih)  :  diso  vai 
haritah.  De  fait  le  soleil  pénètre  de  ses  rayons  les 
régions  de  l'espace.  Hàrita  peut  fort  bien  être  accep- 
té comme  appellation  du  soleil;  hàriiû,  pour  dési- 
gner les  régions  de  l'espace,  vient  de  soi-même,  une 
fois  qu'elles  sont  conçues  comme  les  femelles  du 
hàrita. 

Vers  G.  Avili  sàn  nihitam  gdhà.  L'opposition  est 
ici  simultanée  plutôt  que  successive  :  quoique  mani- 
feste, il  est  caché.  Le  soleil,  en  effet,  a  un  éclat  bril- 
lant et  un  éclat  noir  :  anantàm  anyàd  ràsaà  asya  pàjah 
krsaàm  anyàd  dharitah  sàm  bharanti  (R.V.,  I,  ii5, 
5  ).  Durant  le  jour  il  présente  à  la  terre  sa  face  bril- 
lante, au  ciel  sa  face  noire,  faisant  ici-bas  la  lumière, 
là-haut  l'obscurité;  visible  ici-bas,  invisible  là-haut  : 
inversement  durant  la  nuit  (cf.  Ait.  Br.,  XIV,  6, 
6-10).  Il  est  donc  à  la  fois  manifeste  et  caché.  Le 
reste  va  de  soi  :  le  soleil  peut  être  dit  vieux  sans 
doute,  encore  qu'il  soit  dit  ailleurs,  et  tout  aussi 
bien,  toujours  jeune;  c'est  un  grand  séjour,  car  il 
\u.  3o 


t    kAri*«AI.K. 


458  MAI-JUIN   1906. 

reçoit  les  morts  qui  méritèrent  dy  prendre  place,  et 
nous  l'avons  vu  identifier  au  séjour  des  dieux;  je 
n'ai  pas  à  revenir  sur  son  rôle  dappui. 

Vers  9.  La  coupe  dont  l'ouverture  est  horizontsde, 
dont  le  fond  est  en  haut  et  qui  contient  toute  sorte 
d'éclat,  s'explique  parfaitement  par  le  soleil  que  nous 
avons  déjà  vu  figurer  comme  pàtra  et  comme  hosa; 
pour  les  sept  rsis  qui  siègent  là  on  peut  comparer, 
R.V.,  X,  i5/i,  5,  les  rsis  qui,  sages  aux  mille 
voies,  gardent  le  soleil. 

Vers  i4  :  voir  p.  Zi54.  —  Vers  i8(=  XIII,  2,  38; 
3 ,  1 4)  :  l'assimilation  du  soleil  à  un  oiseau,  sa  vue 
universelle,  sont  trop  connues  poiu*  qu'il  y  ait  à  in- 
sister. 

Vers  19.  J'ai  déjà  parlé  de  l'identification  du  so- 
leil au  brahman  :  il  est  aussi  le  satya  :  satyàm  e§à  yà 
esà  tàpati  (Sat.  Br. ,  XIV,  1,  2,  22),  et  encore  le 
prâna  :  udyann  u  hhala  va  àdiiyaljL  sarvâni  Ihûtàni 
pranayaii  tasmâd  enam  prâna  ity  âcaksate  (Ait.  Br., 
XXV,  6,  3).  En  tant  que  comprenant  toutes  ces 
entités,  on  peut  dire  qu'il  luit  d'un  éclat  ardent  au 
moyen  de  la  vérité,  qu'il  regarde  au  moyen  du 
brahman  et  respire  au  moyen  du  souffle.  Il  semble 
bien  d'ailleurs  que  notre  vers  fasse  allusion  à  la 
triade  Sûrya,  Vâyu,  Agni,  dont  il  reconnaît  les  acti- 
vités dans  un  seul  être,  le  premier  d'après  notre 
explication. 

Vers   2/4.  S'agit-il  ici  d'étaiement?  Eln  tout  cas 


YAKSA.  459 

l'étayeur  serait  un  dieu  qui  brille,  devô  rocate,  et  le 
soleil  se  trouverait  dès  lors  prendre  rang  dans  la  ques- 
tion. De  fait  il  semble  que  ce  vers  obsciu*  puisse  s  in- 
terpréter de  lui.  On  peut  traduire  ainsi  :  «Cent, 
mille ,  dix  mille ,  cent  millions ,  une  foule  innom- 
brable s'est  posée  en  lui  comme  son  bien  propre  : 
ils  frappent  ceux  qui  portent  les  yeux  sur  ce  (bien) 
qui  lui  appartient  [tid  asya)-^  c'est  grâce  à  lui 
(ce  bien),  de  cette  manière,  que  ce  dieu  brille.  »  Et 
les  rayons  du  soleil,  considérés  comme  réunis  en 
son  disque  avant  leur  divergence,  seraient  le  mot  de 
l'énigme  :  ils  constituent  le  bien  propre  de  cet  astre , 
aveuglent  qui  les  regarde,  et  forment  sa  splendeur. 
—  Y  aurait-il  de  plus  ici  allusion  aux  âmes  des 
justes  dont  la  foule  va  former  les  rayons  du  soleil^? 

Vers  34.  Pour  l'intervention  de  la  mâyâ  divine  à 
propos  du  soleil,  on  peut  comparer  R.  V-,  V,  63, 
d;  X,  88,  6.  Le  soleil  peut  être  dit  fleur  des  eaux 
aussi  bien  qu'il  est  dit  lotus  :  «  Agni ,  en  vérité ,  est 
le  lotus  de  cette  ( terre )-ci;  Aditya,  de  ce  (ciel)  là- 
bas»  (âat.  Br.,  IV.  1,  5,  i6)^.  Nous  avons  dit  de 
même  plus  haut  qu'il  n'était  pas  impossible  que  le 
vetasa  d'or  de  X,  7,  /i  i ,  fût  métaphore  solaire^. 

*  Cf.  Sat.  Bp.  ,  1 ,  9 ,  3 ,  1  o  :  ya  c^a  tdpati  iàsya  yé  rasmàyas  té 
sukftah, 

^  agnir  evàsyai  puskaram  âdityà  'mûsyai, 

^  Ce  que  je  ne  rappelle  pas,  du  reste,  pour  suggérer  que  Tap^ 
pûspam  de  notre  textç  soit  le  vetasa.  Il  est  bien  dit,  Mait.  Samh., 
III  ,3,6;  Taitt.  Samh. ,  V,  4  ,  4 1  2  :  apârp,  va  état  pûspajji  yâd  veta^ 
sàh  :  mais  ce  n'est  là  qu'une  de  ces  formules  égalisantes  qui  pul 

3o. 


460  MAI-JUIN   1906. 

Vers  36.  Naturellement  celui  qui,  étant  le  por- 
teur, prend  pour  sa  part  le  ciel,  est  le  soleil,  mis  en 
énumération  qu'il  est  avec  celui  qui  se  revêt  de  la 
terre  :  Agni,  et  celui  qui  fait  le  tour  de  latmo- 
sphère  :  Vâyu. 

Vers  37-38.  «Qui  connaîtrait  le  cordon  tendu 
auquel  sont  enfilées  ces  créatures ,  qui  connaîtrait 
le  cordon  du  cordon,  connaîtrait  le  grand  brâh- 
mana.  —  Moi,  je  connais  le  cordon  tendu  au- 
quel sont  enfilées ,  etc.  »  On  lit  dans  le  Sat.  Br. 
que  le  soleil  enfile  les  mondes  à  un  cordon  : 
asâv  evà  tàd  àdityà  imAm  hkànt  sutre  samâvayate^ 
(VII,  3,2,  1 3).  Nous  pouvons  voir  dans  ce  cordon 
celui  que  mentionnent  nos  vers.  Le  cordon  est  Vâyu, 
d après  le  ^at.  Br.,  XIV,  6,  7  (Brh.  Àr.  Up.,  UI, 
7),  et  comme  il  ressort  également  du  même  aat. 
Br.  au  lieu  ci-dessus  cité.  Car  il  s'agit  là  du  cheval 
blanc  flairant  les  briques  «  naturellement  perforées  » 


iulent  dans  les  brâlimaiias  et  n'entendent  nullement  définir,  mais 
seulement  identifier;  en  d'autres  termes,  ce  texte  ne  restreint  nul- 
lement à  la  désignation  du  vetasa  Temploi  d^apàtii  pàspam,  pas 
plus  que  remploi  âHapâqi  yônih  ou  d''apâqi  rûpâm  n*eftt  restreint 
à  Tavakâ  par  ce  qui  est  dit  un  peu  plus  haut  au  même  paragraphe 
de  la  Mai  t.  Samh.  :  apàm  va  esàyôniryàd  àvakà;  apàm  va  etàdripâiii 
yàd  àvakâ.  De  fait,  quand  une  formule  d*oblation  qui  se  retrouve 
à  diverses  places  (cf.  Tàiid.  Br.,  1,  6,  8;Taitt.  Br.,  lO^V*  i4* 
3-3  ;  Làt.  Sr.  S.,  III,  3  ,  8]  s'exprime  ainsi  :  opôifi  jmspam  aty  ofa- 
dhviâm  rasah,  etc.,  ce  nest  pas  sans  doute  à  on  roaeaii  qa^dle 
prétend  assimiler  le  soma  ou  Tâjya,  et  ce  i^'est  pas  non  plot  dans 
ce  sens  que  l'interprète  le  commentaire  de  Sâyana. 
'  Sûyaiia  :  manivat  samâvayate  samyak  protân  haroti. 


YAK  s  A.  461 

[svayamâtmnâh) ,  lorsqu'on  construit  1  autel  d'Agni  : 
le  cheval  faisant  passer  son  souffle  dans  les  briques 
est  assimilé  au  soleil  faisant  passer  le  cordon  à  tra- 
vers les  mondes  ;  le  cordon  est  donc  mis  en  regard 
du  souffle,  et  rien  de  plus  juste  que  dy  voir  Vâyu. 
On  sait  d'ailleurs  que  le  cheval  blanc  est  une  figure 
authentique  du  soleil  :  déjà  le  Rg  Veda  nous  parie  du 
beau  cheval  blanc  qu'amène  l'aurore  *  ;  et  le  Sat.  Br. 
ne  manque  pas  au  lieu  cité  (VII,  3,  a,  i3,  cf.  lo; 
I  2  ;  i6)  d'affirmer  leur  équivalence,  et  y  revient  à 
d'autres  reprises^. 

Quand  au  cordon  du  cordon,  il  peut  désigner 
l'être  qui  soutient  le  cordon ,  comme  le  cordon  sou- 
tient les  mondes,  et  par  conséquent  le  soleil  qui 
tient  le  cordon  auquel  il  enfile. 

Ce  même  hymne  présente  de  nouveau  le  terme 
yaksà  au  vers  43,  dont  les  deux  derniers  pâdas  sont 
identiques  aux  deux  derniers  de  X ,  2  ,  32. 

A.V.,X,8,/i3. 

pnndànkajfi  nàvadvdram 
tribhir  gunébhir  âvrtam  \ 
tàsminyàiyaksàm  âtmanvàt 
iàd  vai  brahmavido  viduh  \\ 

M.  Geldner  traduit  les  deux  premiers  pâdas   : 


*  hetârn  nâjantî sudrsîkam  âsvam  (R.  V.,  VU,  77,  3). 

*  Je  renvoie,  pour  rindication  des  passages,  kind,  Stud,,  XIII, 
p.  247,  n.  3. 


462  MAI-JUIN    1906. 

«Die  neunthorige  Lotusblume,  die  von  den  dreî 
Gunas  umhùUt  ist  »  (  Ved.  St,  III,  p.  i  a8);  et  est  de 
l'opinion  que  le  pundàrîka  est  le  cœur,  pris  toute- 
fois, à  cause  de  Tépithète  nàvadvâra,  avec  le  corps 
qui  Tenveloppe  :  le  yaksà  est  le  brahman.  Et  sans 
doute  on  peut  entendre  le  texte  de  cette  façon;  sur- 
tout, car  autrement  on  ne  voit  pas  bien  pourquoi 
l'ensemble  du  cœur  et  du  corps  serait  dit  enveloppé 
des  trois  gunas ,  si  Ion  admet  avec  M.  Garbe  [die 
Sàinkhya  -  Philosophie  y  p.  i3)  que  dans  ce  vers  les 
trois  gunas  ne  sont  pas  ceux  du  Sâmkhya,  et  que 
Texpression  tribhir  gnnébhir  dvrtam  signifie  simple- 
ment, suivant  que  l'interprète,  et  tout  au  moins 
avec  beaucoup  de  vraisemblance,  le  dictionnaire  de 
Saint-Pétersbourg  (s.  V  guna,  b)  «triplement  enve- 
loppé» :  pour  M.  Garbe,  la  triple  enveloppe  se 
compose  de  la  peau,  des  ongles  et  du  système  pi- 
leux, qui  servent  de  couverture  au  corps  humain. 
Admise  cette  explication  des  deux  premiers  pâdas, 
qui  est  possible,  on  pourrait  aussi  entendre  par  le 
yaksà  ce  purusa  qui  brille  dans  le  cœur  :  hrdy  antar- 
jyotih  purusah  (Brh.  Ar.  Up. ,  IV,  3 ,  7).  En  tout  cas, 
désignant  ce  purusa  ou  directement  le  brahman,  il 
signifiera  toujours  une  forme  merveilleuse. 

Pour  ma  part,  à  parier  du  sens  primitif  du  texte, 
je  crois  plutôt  avec  M.  Henry  qu'ici  encore  nous 
avons  affaire  au  soleil,  auquel,  nous  Tavons  vu, 
notre  hymne  fait  de  fréquentes  allusions.  Cependant 
non  pas  au  soleil  uniquement. 

A  vrai  dire,  notre  vers  se  présente  comme  étroi- 


YAK  s  A.  463 

tement  lié  aux  vers  3 1  -3  2  de  Thymne  X ,  2  ;  et  il 
est  juste  d'adopter  ici  une  interprétation  en  rapport 
avec  celle  admise  là.  Nous  avons  là  ;  nàvadvârâ  devd- 
ndrn  pâh;  tàsydm.  .  kàsah.  .  jyàtisâvrlali  ;  tàsmin  yàd 
yaksàm  âtmanvàt  tàd  vai  brahmavido  vidnh.  Notre  vers 
8,43  résume  dans  le  pundàriha  la  citadelle  des  devas 
et  du  brahman  et  le  kosa-soleil.  Sans  quitter  nos 
anciens  textes,  ce  rôle  du  pundàriha  figurant  des 
objets  célestes  nous  est  connu  d'ailleurs  :  yàni  pundà- 
rlkâni  tâni  divà  rùpàm  tâni  nàhsatrânâm  rûpàm  (Sat. 
Br. ,  V,  à,  5,  ik);  et  nous  avons  déjà  vu  d'autre 
part  le  soleil  représenté  par  la  «  fleur  des  eaux  »,  le 
puskara,  peut-être  le  vetasa.  Nous  pouvons  donc 
admettre  que  le  pmdàfika  représente  ici  la  citadelle 
renfermant  le  soleil  -,  il  est  ainsi  nàvadvârâ.  Qu'il  soit 
triplement  entouré  se  laisse  facilement  expliquer  : 
car  nous  pouvons  estimer  sans  doute  que  cet  ensem- 
ble du  soleil  et  de  la  .citadelle  du  brahman  se  trouve 
favorisé  au  moins  autant  que  la  vache  du  brahmane 
qui  est  enveloppée  de  vérité,  de  beauté,  de  gloire  : 
satyénàvrtâ  iriyd  pràvriâ  yàsa^â  pàrivrtd  (A.  V.,  XII, 
5 ,  2  );  et  justement  l'hymne  X ,  a  fait  le  hàia  entouré 
de  lumière  (3i);  ce  qui  convient  aussi  bien  à  la 
citadelle  elle-même;  la  citadelle,  d'immortalité  (ag); 
de  gloire  (33).  Que  notre  vers  vise  de  fait  ces  trois 
enveloppes  ou  d'autres  du  même  genre,  ou  une 
seule  entourant  triplement,  peu  importe;  la  voie 
d'interprétation  reste  la  même. 

Quant  Siuyaksà,  la  forme  merveilleuse,  il  sera 
comme  pour  X,  q,  32,  le  brillant  purusa  qui  est 


464  MAI-JUIN  1906. 

dans  le  soleil,  ou  si  on  le  préfère,  cette  splendeur 
qui  est  le  brahman.  La  traduction  sera  : 

Le  lotus  h  neuf  portes,  triplement  entouré,  la  forme  mer- 
veiUeuse  animée  qui  est  dans  lui ,  en  vérité  ceux  qui  connais- 
sent le  brahman  la  connaissent. 

A.  V.,  XI,  2,  ^4. 

tûhhyam  âranyâh  paéàvo  mrgâ  vâne  hitâ 
harnsâh  suparnâh  iakanâ  vàyàrnsi  \ 
tdva  yaksAm  pcuiupate  apsv  ànUïs 
tdbhyarp,  hsaranti  divyà  àpo  vrdhé  || 

Ce  vers  est  adressé  à  Rudra  qui  y  porte  le  nom  de 
«  maître  des  troupeaux  ».  Au  point  de  vue  métrique 
vâne  paraîtrait  interpolé,  mais  la  comparaison  avec 
XII,  1,  àg,  suggère  plutôt  que  nous  avons  dans 
âranyâh  y  etc.  une  formule  toute  faite  mise  en  œuvre 
dans  le  vers  :  ce  qu'étant  admis.,  tdbhyam  ne  semble 
pas  régi  par  hitâh  qui  fait  partie  de  cette  formule. 
J'estime  que  tdva,  se  trouvant  en  regard  de  idbhyam 
du  premier  et  du  quatrième  pâda,  signifie  non  «  de 
toi  »  (ton  yahsd),  mais  «  à  toi  »  (appartient  le  yaksà). 
Je  traduirai  donc  : 

Pour  toi  sont  les  animaux  des  bois,  les  bètes  placées  dans 
la  forêt,  les  flamants,  les  oiseaux  de  proie,  les  grandi  oiseaux, 
les  petits  oiseaux;  à  toi  la  merveille,  ô  Paâupati,  (qui  est) 
au  sein  des  eaux;  pour  toi  coulent  les  eaux  célestes,  pour  te 
fortifier. 

Le  yaksd  est  inclus  dans  une  énumération  d'objets 
matériels  :  il  ny  a  guère  de  doute  qu'il  en  soit  un 


YAK  s  À.  465 

lui-même.  11  y  a  un  ordre  apparemment  voulu  dans 
cette  énumération ,  telle  que  la  présente  notre  vers  : 
d  abord  les  bêtes  qui  sont  sur  la  terre ,  puis  les  oiseaux 
qui  volent  dans  Tair,  ensuite  le  yaksà  qui  est  dans 
les  eaux  :  ces  eaux,  comme  il  semble,  sont  les  eaux 
célestes  qui  terminent  la  série  donnée  par  le  vers. 
Le  yaksà  peut  donc  être  le  soleil,  comme  l'admet  ici 
encore  M.  Henry  [Les  livres  X,  XI et  XII de  VAtharva- 
Véda,  p.  ikk)  :  pour  ma  part,  je  suis  porté  à  croire 
que  la  lune  est  plutôt  indiquée.  Pour  la  lune  apsv 
àntàh  pas  de  difficulté  :  on  peut  se  rappeler  R.  V. , 
I,  io5,  1  :  candràmd  apsv  àntdr  à  suparnô  dhâvate 
dm(=A.  V.,XVIII,  4, 89);  VIII,  71  (82),8:jô 
apsà  candràmd  iva  sàmaé  camusu  dàdpée.  Ma  raison 
d  admettre  qu'elle  se  trouve  désignée  ici ,  plutôt  que 
le  soleil,  est  que  le  yaksà  en  question  appartient 
à  Rudra. 

On  sait  qu'un  certain  nombre  des  attributs  exté- 
rieurs ou  physiques  de  Siva,  sans  parier  du  côté 
moral,  se  constate  de  bonne  heure,  les  mêmes  ou 
les  analogues,  dans  Rudra.  Siva  reçoit  l'appellation 
d'o habitant  des  montagnes»  girisa,  et  autres  du 
même  genre,  il  est  réputé  pour  la  disposition  en 
forme  de  kaparda  de  sa  chevelure,  il  a  trois  yeux, 
sa  gorge  est  de  couleur  bleu  noire,  il  est  vêtu  d'une 
peau  de  bête,  porte  à  la  main  le  pinâka,  est  accom- 
pagné des  ganas.  En  regard  de  ces  particularités,  je 
rappellerai  les  expressions  suivantes  appliquées  à 
Rudra  dans  le  chapitre  du  Satarudriya  du  Yajur  Veda , 
que  je  cite  d'après  la  Taitt.  Samh. ,  IV ,  5 , 1  et  suiv.  :  gi- 


'ir»fi  MAI-JUIN    1900. 

risâ  (  I  ,  2  ;  5 ,  i  )  et  autres  de  même  sorte  ^  ;  hapardia 
(i  ,  /i;  5,  i;  g,  i;  lO,  i;cf.R.  V.,  I,  1 1^,  i  et  5); 
sahasrâksà  (  i ,  3 ,  et  /i  ;  5 ,  i  ;  cf.  dans  notre  hymne 
incarne,  les  vers  3,  y,  17);  ntlagriva  (1,  3;  5,  1); 
lifttim  vàsànali  (  1  o ,  4  ;  cf.  hrttivâsah  dans  la  formule 
csâ  te  rnârn  hhàgàli  etc.,  1,  8,6,  a);  pindkam  bibhrat 
(10,  /i-5  ;  cf.  pinâkahasta ,  1 ,  8 ,  6 ,  a  ]  ;  ajoutons  sàhi- 
(jana  (Mai t.  Sanih. ,  II,  9,  10;  cf.  le  gânapaiya  de 
Kudra,  Vâj.  Samh.,  XI,  i5)  :  du  reste  on  sait  assez 
i\\w  Rudra  est  chef  de  bandes  :  cest  à  ses  associés 
que  va  une  bonne  partie  des  invocations  du  Sataru- 
(Iriya;  et  notre  hymne  même  adresse  aux  armées  de 
ce  (lieu  son  dernier  vers.  Sans  doute  il  n'y  a  pas 
('(juation  parfaite  entre  tous  ces  traits  de  Rudra  et 
ceux  sus-mentionnés  de  Siva  :  le  nombre  des  yeux, 
quoique  anormal  dans  les  deux  cas,  est  loin  d'être 
le  même^;  en  outre  je  dois  noter  qu'auprès  de  nÛa- 
(jiïva  (5,  1)  on  trouve  sitihàniha,  où  iiti,  bien 
entendu,  signifie  «blanc»  :  les  analogies  ou  ressem- 
blances demeurent  frappantes,  cependant.  Maînte- 
nîmt  nous  savons  que  d'assez  bonne  heure  Siva  nous 

^  (ir.  (jirir  val  rudrâsya  jonih  (Mail.  Samh.,  I,  10,  20).  Cette 
|)liras«\  corrcspondaiil  dans  le  texte  à  Tinvitation,  précédemment 
adressée  k  Rudra,  p<ir6  mûjavatâ  'tîhi,  montre  de  plus  que  la  Mait 
Suinh.  entendait  par  cette  dernière  formule  l'envoi  de  ce  dieu  à 
imc  région  montagneuse  comme  à  son  lieu  propre,  d'oii  il  est 
permis  d'inférer  chez  les  autres  samhitâs  la  même  conception 
dans  iVmploi  de  la  môme  formule,  interprétée  du  rerte  gënérale- 
nwnt  dans  un  sens  semhlahle. 

•^  C'est  l'interprétation  d'un  autre  qualificatif  do  Rudra  passé  i 
Si\a,  iryamhdha^  par  «à  trois  yeux»,  qui  paraît  avoir  fixé  à  trois 
])0ur  C(»  «Icrnier  leur  nombre. 


YAKS  A.  /i67 

est  dépeint  comme  portant  en  diadème  la  lune  sur 
sa  tête,  et  rien  n'établit  d'ailleurs  que  ce  trait  soit 
de  source  non  aryenne.  En  présence  des  analogies 
cjue  je  viens  de  rappeler,  et  qui  nous  montrent  les 
attributs  de  Siva  issus  pour  une  bonne  part  de  ceux 
de  Rudra,  il  est  donc  permis,  semble-t-il,  de  se 
demander  si  nous  n'avons  pas  dans  notre  texte  un 
témoignage  de  la  première  phase  d'une  conception 
qui ,  mettant  d'abord  Rudra  en  relation  avec  la  lune , 
aboutit  à  placer  celle-ci  sur  la  tête  de  Siva. 

Au  surplus,  il  est  peut-être  possible  d'indiquer 
comment  s'établit  cette  relation  de  la  lune  et  de 
Rudra.  On  sait  qu'il  en  existe  une,  ancienne,  sur 
laquelle  M.  Hillebrandt  a  justement  insisté  [Ved. 
Myth. ,  I ,  p.  3  53)  entre  Soma  et  Rudra  ou  les  Rudras. 
Le  Rg  Veda  présente  un  certain  nombre  de  couples 
de  divinités  :  Rudra  y  est  associé  sous  cette  forme  à 
Soma  seul,  dans  l'hymne VI,  7 4  qui  leur  est  consacré. 
Et  cette  association  est  aussi  rituelle  :  on  offre  le 
somâraudraé carnh  [saamâ°)  [cf.  Mait.  Samh.,  II,  1,  5 
et  6  ;  Taitt.  Samh.  ,11,  2  ,  10;  oat.  Br. ,  V,  3 ,  2  ,  1  ]. 
D'après  cela,  Soma  est  naturellement  au  nombre 
(les  divinités  qui  reçoivent  l'épithète  rudràvant  (cf.  A. 
V.,  XIX,  18,  3;  Mait.  Samh.,  II,  2,  6;  Taitt. 
Sainh.,  II,  2,  1 1,  6).  Dans  le  Satarudriya  se  trouve 
la  formule  d'hommage,  remarquable  à  cette  place  : 
nàmali  sàmdya  ca  radràya  ca  (cf.  Taitt.  Samh.,  IV, 
5,8,  1  ) ,  et  cette  invocation  à  Rudra  :  àndhasas  paie 
(cf.  ihid. ,  10,  1  ).  De  plus  nous  voyons  Soma  uni  aux 
Rudras  on  face  des  principaux  dieux  unis  à  d'autres 


468  MAI-JUIN    1906. 

groupes;  cela,  soit  dans  les  invocations  :  Ojfnî/i  pra- 
ihamô  vàsubhir  no  avyât  sômo  rudrébhir  abhi  rakfotu 
tinànâ  |  indro  maràdbhir  jiadhà  krnotv  àdityair  no 
vùrunah  sàm  sisâtu  (Taitt.  Samh.,  II,  i,  ii,  a;, cf. 
M  ait.  Samh. ,  IV,  12,  2  )  ;  soit  dans  la  légende  : 
devâh ....  caturdJià  *  vy  àhrâmann  agnir  vàsubhifi 
sàmo  vadrair  indro  maràdbhir  vâruna  âdityaiji  (Taitt. 
Saiiih.,  II,  2,  1 1,  5;  cf.  Mait.  Sainh.,  II,  2,  6;  lU. 

Maintenant,  quelque  opinion  que  Ion  tienne  au 
sujet  de  la  thèse  de  M.  Hillebrandt  sur  Tidentification 
de  la  lune  et  de  Soma  dans  le  Rg  Veda ,  il  est  indis> 
cutable  et  du  reste  admis  qu  il  existe  des  traces  d*une 
telle  identification  dans  les  parties  tardives  de  ce 
recueil  :  au  début  de  lliymne  X,  85  tout  au  moins. 
En  dehors  du  Rg  Veda  identification  est  maintes 
fois  formellement  exprimée  par  les  textes  védiques; 
pour  rappeler  quelques  exemples  :  somo  ma  devô 
muhcata  yàm  âhiis  candràmâ  iti  (A.  V.,  XI,  6,  7); 
sômo  vai  candrc'unâh  (Mait.  Samh.,  II,  1,  5);  sàmai, 
pûrnàmâsah  (Taitt.  Samh.,  II,  2,  10,  2);  sômo  vai 
candrâmâh  (Taitt.  Br.  ,1,4,  10,  ']];esAvai  sômo  ràjâ 
devânàm  ànnam  yàc  candrâmâh  (Sat.  Br. ,  II,  4,  4, 
i5),  etc.  Ainsi  Rudra  était  en  relation  spéciale  avec 
Soma ,  et  Soma  s'identifiait  avec  la  lune  :  une  relation 
put  donc  s'établir  tout  naturellement  entre  cette 
dernière  et  le  premier. 

*  Taitt  Samh.,  VI,  s  3,1:  pancadkd,  par  Taddition  de  hfhat- 
pâtir  vUvair  devalh^  sur  quoi  cf.  Sat.  Br.,  UI,  à*  9t  i« 


YAK  s  À.  469 

A.  V.,XI,6,  lo. 

divam  bràmo  nàksatrâni 
hhumirn  yaksâni  pàrvatân  \ 
samadrâ  nadyb  veèantâs 
té  no  nmiicantv  àmhasah  || 

Ce  vers  se  retrouve  Mait.  Samh.,  H,  7,  i3. 
M.  Henry  [op.  cit. ,  p.  1  1 8  et  1  55)  et  M.  Bioomfield 
[Hymns  of  the  Atharva-Weda,  p.  161)  regardent  ici 
yaksà  comme  un  nom  propre  :  il  s'agirait  des  Yaksas. 
M.  Geldner  [op.  cit.,  p.  1/12  suiv.)  pense  que  le 
terme  désigne  ici  les  «  Naturwunder  und  Naturschôn- 
heiten  ».  Mon  interprétation  s'accorde  fort  avec 
celle-cî. 

J'estime  en  effet,  pour  ma  part,  qu'il  n'y  a  aucune 
raison  de  chercher  à  yaksà  dans  notre  texte  un  autre 
sens  que  celui  de  «forme  merveilleuse,  merveille». 
Celles  dont  il  est  ici  question  étant  mentionnées 
après  bhàmi  semblent  dès  lors  se  rapporter  à  la  terre  : 
elles  ne  sont  pas  toutefois  nécessairement  confinées 
à  sa  surface ,  mais  peuvent  aussi  comprendre  la  lune 
qui  l'éclairé,  le  soleil  qui  l'illumine  (l'un  et  l'autre, 
nous  l'avons  admis,  sont  des  yaksà)  et  encore  tout 
ce  qui  dans  l'atmosphère  est  de  nature  à  émerveiller 
le  regard. 

C'est  dans  ce  sens  que  je  traduis  : 

^u  ciel  nous  adressons  Tin  vocation,  aux  constellations,  à 
la  terre,  aux  formes  merveilleuses,  aux  monts  :  les  océans  \ 
les  rivières,  les  étangs,  qu'ils  nous  délivrent  de  la  détresse  ! 

^  Morphologiquement,  on  pourrait  voir  dans  scanndrd  un  accu- 


470  MAI-JUIN  1906. 

V.  S.,  XXXIV,  2. 

yéna  kàrmâny  apàso  manlsino 
yajiié  krnvànti  vidàthesu  dhtrâh  \ 
yàd  apûrvàm  yaksàm  antàh  prajàndm 
tàn  me  mànali  Sivàsamkalpam  asta  \\ 

Ce  vers  fait  partie,  comme  on  sait,  de  Ja  Sivasani- 
kalpa  Upanîsad,  formée  des  six  premiers  vers  de 
Vâj.  Samh.,'xXXIV. 

Ici  le  yciksd  est  ie  manas,  qui  est  lejyôtisârp.  jyàtir 
ékam  (vers  i),  lejyôtir  antàr  ajnftamprajdsa  [yers  3). 
L'interprétation  de  yàksà  par  «forme  merveilleuse, 
merveille  »  ne  semble  donc  pas  soufiFrir  difficidié,  et 
je  traduis  ; 

Celui  par  qui,  actifs  et  rëilëchis,  les  sages  opèrent  les 
rites  lors  du  sacrifice,  lors  des  cérémonies  cnltaeiles;  qui  est 
la  merveille  sans  première  au  dedans  des  créatures;  qae  cet 
esprit ,  qui  est  mien ,  soit  favorablement  disposé  I 

T.  B. ,  III ,  11,  1 ,  i  suiv. 

ti'àyldàm  antàh\  vUvain  yaksdrn  viivajn  bhûtàqi 
visvam  sabhûtàin. 

Le  texte  du  Taitt.  Br. ,  111,  1 1,  i,  i-ai,  contit^nt 
les  mantras  relatifs  à  la  mise  en  place  des  vingt  et 

satif,  soit  pluriel  neutre  (cf.  R.  V.,  VI,  73  ,  3) ,  soit  dud.  ToutefoU 
ie  padapàtlia  a  :  samudrâh;  et  cf.  ie  troisième  pâda  du  vers  i5  qai 
présente,  dans  les  mômes  conditions,  le  nominatif.  Dans  la  Maît. 
Saiph.,  sumudrâik .  vesanlàn. 


YAKSÀ.  471 

une  briques  d'or  (ou  bien  pierres  dorées)  employées 
pour  le  nàciketacayana  :  à  chaque  brique  correspond 
un  inantra.  Chacune  d'elles  est  identifiée  respective- 
ment au  monde ,  au  tapas  etc. ,  et  dans  chaque  mantra 
revient  la  formule  ci-dessus,  sauf  la  modification 
subie  par  le  pronom  initiai ,  lorsqu'une  des  briques 
est  identifiée  à  une  dualité  ou  à  une  pluralité. 

Cette  formule,  à  la  fois  mystique  et  laudative, 
par  le  fait  même  qu  elle  est  laudative  laisse  fort  bien 
traduire  yaksà  par  «  forme  merveilleuse  »  ou  «  mer- 
veille »,  expressions  qui  ne  semblent  pas  déplacées  à 
côté  de  subhâtci  «  prospérité  ». 

Je  comprends  donc  : 

En  toi  est  cet  univers  :  toute  merveille,  tout  être,  toute 
prospérité. 

T.B.,m,  12,3,  1. 

pralhamajàm  devàrn  havisd  vidhema 
svayarnbhd  bràhma  paramàrn  tàpo  yàt  \ 
sa  evà  putràh  sa  pitâ  sa  mâtA 
tàpo  hayaksàrn  prathamàm  sàm  babhâva  H 

IjC  commentaire  nous  donne  ce  vers  comme  une 
yâjyâ  pour  Toffrande  du  caru  au  tapas.  Le  tapas  est 
le  dieu  premier-né  :  un  dieu  peut  être  traité  de 
«  forme  merveilleuse  »,  d'autant  que  ce  dieu  est  à  la 
fois  ici  le  svayarnbhd  bràhma ,  et  je  rappelle  que  nous 
avons  reconnu  le  brahman  comme  «  forme  merveil- 
leuse» dès  le  Rg  Veda  (R.  V.,  I,  1 90,  4).  Le  tapas 
étant  le  dieu  premier-né,  on  pourrait  comprendre 


472  MAI-JUIN  1906. 

aussi  qu  il  fut  la  première  «  apparition  »,  je  préfère 
toutefois  la  première  interprétation.  Ainsi  donc  : 

Honorons  par  Tofirande  le  dieu  premier-né  :  savoir,  le 
brahman  existant  par  lui-même ,  le  suprême  tapas.  C'est  loi 
le  fils;  lui,  le  père;  lui,  la  mère.  Le  tapas  vint  à  Tétre 
comme  la  première  forme  merveilleuse. 

S.  B. ,  XI,  2,  3,  5. 

té  haité  bràhmaiio  mahatt  yaksé  \  sa  yè  kaité  hràh- 
maiw  mahatt  yaksé  véda  mahàd  dhaivàyaksàni  bkavalL 

11  s  agit  du  nom  et  de  la  forme  :  le  nâman  et  le 
rûpa  sont  les  deux  grands  yaksâ  du  brahman.  Le 
brahman  sen  est  allé  à  lautre  côté  du  monde  ; 
bràhmaivà  pardrdhàm  agachat  [ibid.,  3);  et  c est  par 
le  nom  et  la  forme  qu'il  est  redescendu  dans  ces 
mondes -ci  :  dvâbhyàm  evd  pratyàvaid  râpéna  caivà 
nàmnâ  ca  [ibid).  Le  nom  et  la  forme  sont  donc  les 
deux  représentants  du  brahman  en  ce  monde  : 
comme  tels,  ils  j>euvent  être  qualifiés  de  formes 
mi^neilieuses  du  brahman ,  c'est-à-dire  par  lesquelles 
il  est  censé  se  manifester  au  regarda  Doù  la  tra- 
duction : 

Ce  sont  là  les  deux  grandes  formes  merveilleuses  du 
brahman.  Celui  qui  sait  que  ce  sont  là  les  deux  grandes 
formes  merveilleuses  du  brahman  devient  nne  grande 
forme  merveilleuse. 

*  Cf.  p.  393 ,  n.  3.  —  A  côté  de  la  prière  conçue  comme  c  ferme 
merveilleuse»  (cf.  ce  que  nous  avons  dit  aa  sa  jet  de  RV.,  I,  190, 
4)  on  ne  peut  n^fuser  nne  pareille  conception  pour  le  niman. 


YAK  s  A.  473 

G. B.,  I,  1,  i. 

brahma  ha  va  idam  agra  âsit  svayambhv^  ekam  eva 
tad  aiksata  mahad  vai  yaksam  tad  ekam  evàsmi  hantà- 
ham  mad  eva  manmàtram  dvifiyam  devarn  nirmimd^ 
iti. 

Mahad  vai  yaksam,  etc.,  a  été  traduit,  dubitati- 
vement, dans  l'introduction  de  Râjendralâia  Mitra  au 
Gop.  Br. ,  p.  12  :  «  I  alone  exîst  as  the  highly  ador- 
able »  ;  par  Bôhtlingk  [Ber. ,  p.  i  2  )  :  «  Dass  icb  dièses 
Einzige  bin,  ist  ja  eine  gewaltige  Spukerschei- 
nung  »;  par  M.  Geldner  [op.  cit,  p.  i3o)  :  «  Das  ist 
wahrhaftig  ein  grosses  Wunder,  ich  bin  ganz  allein 
dièse  Welt  ».  Je  crois,  pour  ma  part,  qu'au  point  de 
vue  de  la  construction,  la  traduction  donnée  par 
l'éditeur  hindou  est  la  plus  exacte.  Je  suis  d'avis ,  en 
effet,  que  nous  avons  ici  affaire  à  une  de  ces  phrases 
où  ta  se  réfère  à  un  membre  de  phrase  regardé 
comme  absolu,  qui  le  précède;  comme,  par 
exemple  :  àhah  sàntam  upâmsàm  \  tàm  râtraajahoti 
(Sat.  Br.,  IV,  1,  2,  i3);  cf.  Delbrûck,  Alt.  Synt, 
p.  2 1  5.  Je  rapporte  d'ailleurs  ekam  eva  à  tad.  Nous 
savons  que  le  brahman  est  une  «forme  merveil- 
leuse», et  je  n'insisterai  plus  désormais  sur  ce 
point. 

*  Correction  de  M.  Geldner  à  l'édition  de  la  Bibliotkeca  indica, 
op.  cit.,  p.  i3o;  n.  édition  :  svaj'an  tv  e",  avec  indication  de  la 
variante  svayambhaveham  de  trois  mss. 

*  Correction  de  Bôhtlingk  [Ber.  d,  hôn.  sàcJis,  Ges,  d,  Wiss,, 
1896,  I,  p»  12).  Edition  :  ninnama, 

VII.  3i 


mmiiRaiB  RATioii*t.K. 


474  MAI-JUIN   1906. 

La  traduction  sera  : 

En  vérité  au  commencement  l^univers  c'était  le  brahman, 
existant  par  soi-même ,  tout  seul.  Il  considéra  :  ■  Je  stds  une 
grande  forme  merveilleuse,  en  vérité,  toute  setde.  Allons I 
il  faut  que  je  tire  de  mûi-môme  un  second  dieu  pareil  à 
moi.» 

C'est-à-dire  une  autre  grande  forme  merveilleuse. 
Âiors  le  brahman  peine  et  s  échauffe ,  une  moiteur 
se  forme  sur  son  front,  et  il  s'écrie  : 

mahad  vai  yaksam  suvedam  avidâmahîti^ 

«Nous  avons  trouvé  à  peu  de  (rais  une  grande  forme  mer- 
leuse ,  en  vérité.  » 

B.Â.U.,  V,  4, 

sa  yo  haitan  mahad  yaksaqi  praihamajani  veda  sa- 
tyani  brahmetijayatîmânl  hkàhjita  in  nv  (isâv  asadya 
evain  etan  mahad  yah^aqi  prathamxgaqi  veda  saiyoMfi 
brahmeti. 

Celui  qui  sait  que  cette  grande  forme  merveilleuse  est  la 
première-née,  estimant  que  le  brahmnn  est  la  réalité,  con- 
quiert ces  mondes.  Peut-il  donc  être  vaincu  celui  qui  sait 
ainsi  que  cette  grande  forme  merveilleuse  est  la  première- 
née,  estimant  que  le  brahman  est  la  réalité  ? 

Au  point  de  vue  qui  nous  occupe ,  ce  texte  n'ap- 
pelle aucune  nouvelle  observation.  Il  en  est  de 
même  du  texte  suivant. 

^  Gorreclion  de  Whitney,  Grani.,  n°  848,  a«  Bohâingk  (^  e&., 
p.  i3]  propose  avidam  aham  iti.  Édition  :  a»id8maha  îfi» 


YAK  s  A.  475 

Ke.  U.,  m,  2  suiv.  (J.  U.B.,  IV,  20,  2  suiv.). 

tebhyo  ha  prâdîjir  babhâva  tan  na  vyajdnanta  Mm 
idam  yaksam  iti. 

n  s  agit  du  brahman  se  manifestant  aux  dieux  : 

Il  se  manifesta  à  eux;  ils  ne  le  reconnurent  pas  î  tQu est- 
ce  que  cette  forme  merveilleuse  ?  »,  dirent-ils. 

Le  terme  revient  dans  la  suite  du  texte  avec  le 
même  sens  :  il  s  agit  de  savoir  kim  etad  yaksam  et 
Ton  ignore  yod  etad  yaksam. 

K.S.,XCV,  1. 

atha  yatraitdni  yàksdni  drêyante  tad  yaihaitan  m/ir- 
katah  évdpado  vdyàsah  pnrnsarûpam  iti  tad  evam  déah- 
kyam  eva  hhavati. 

Nous  avons  affaire  dans  ce  texte  aux  mauvais 
présages  énoncés  en  seconde  place  au  paragraphe 
XCIII  lyaksesn. 

Ceux-ci  s  adressent  particulièrement  au  regard  : 
yakfâni  djiyante.  Parmi  eux  est  mentionné  le  paru- 
fampa.  La  suite  du  texte,  qui  reprend  le  markata^ 
le  ivâpada  et  le  vâyasa,  remplace  le  parasarâpa  par 
le  purasaraksasa.  D après  cela,  Têtre  à  forme  hu- 
maine en  question  est  un  homme-démon  :  doù  il 
semble  bien  que  nous  devions  comprendre  ici  par 
purasaràpa  «  un  (démon)  à  forme  humaine  1. 

Si  le  purasaràpa  est  tel ,  il  est  fort  croyable  que  le 

3i. 


476  MAI-JUIN  1906. 

singe ,  la  bête  féroce ,  ia  corneille  sont  aussi  des  êtres 
démoniaques  sous  les  formes  de  ces  animaux.  U  s^agit 
donc  de  démons  apparus  au  regard  sous  ces  aspects 
ou  d'autres  encore  (interprétation  non  rejetée  du 
reste  par  M.  Geldner,  op.  cit. ,  p.  i  4o)  et  le  sens  «  ap- 
parition M  convient  ainsi  parfaitement  à  notre  terme. 
Je  traduis  : 

Maintenant  quand  s  offrent  à  la  vue  ces  apparitions ,  par 
exemple ,  un  singe ,  une  béte  féroce ,  une  corneille ,  on  pu- 
rusarûpa ,  alors  il  y  a  les  mêmes  craintes  à  $ivoir. 

G.G.S.,m,/i,  28. 

àcâiyam  saparlsatkam  ahkyetyâcàryaparisadam  îft- 
sate  yaksam  iva  caksusah  priyo  vo  bhûyàsam  iti. 

Le  mantra  est  donné  par  le  Mantrabrâhmaça , 
1.,  7,  \li.  Dans  son  commentaire  à  ce  brâhmana, 
Satyavrata  Sâmasramin  rapporte  caksosafi  non  à 
yaksam,  mais  à  ce  qui  suit;  c'est  aussi  dans  ce  sens 
que  traduit  M.  Geldner  [op.  cit.,  p.  i4o),  et  c'est 
également  de  la  sorte  que  je  comprends.  Nous  avons 
vu  que  d'après  le  Sa  t.  Br.  (XI ,  2 ,  3,5)  c'est  une  fa- 
veur que  de  devenir  une  «  grande  forme  merveil* 
leuse  ».  Le  brahmacârin  souhaite  ici  à  son  tour  de 
paraître  comme  une  «  forme  merveilleuse  ».  On  con- 
çoit le  prix  attaché  à  la  réalisation  de  ce  désir;  le 
brahman ,  nous  l'avons  vu ,  étant  et  se  nommant  lui- 
même  «  grande  forme  merveilleuse  ».  Sans  doute  ie 
brahmacârin  récite  le  mantra  après  s'être  baigné, 
revêtu  de  vêtements  neufs,  paré,  et  couronné  d*une 


YAK  s  A.  477 

guirlande,  et  il  y  a  un  rapport  nettement  intention- 
nel entre  tout  cet  appareil  et  le  sens  du  mantra  : 
mais  il  est  bien  à  croire  que  celui-ci  renferme  aussi 
une  allusion  qui,  par-  delà  la  beauté  corporelle,  vise 
la  conformité  avec  le  brahman.  Je  traduis  : 

Etant  allé  au  maître  accompagné  de  son  entourage ,  il  re- 
garde l'entourage  du  maître ,  disant  :  puissé-je  être  aimable 
à  votre  vue  comme  une  forme  merveilleuse  ! 

J^arrête  ici  cette  étude.  Il  n  entre  pas  dans  mon 
dessein  d'examiner  les  rapports  du  yaksà  et  des 
Yaksas.  En  terminant  la  sienne ,  M.  Geldner  s'exprime 
ainsi  :  «yaksà  n.  gehôrt  zum  Wesen  der  Yaksas» 
(p.  1  43).  Le  genre  des  valeurs  que  nous  avons  attri- 
buées à  yaksà  ferait  cette  proposition  trop  ambi- 
tieuse sous  notre  plume.  Mais  on  conçoit  fort  bien 
cependant  que  ce  terme ,  tel  que  nous  Favons  com- 
pris, ait  pu  servir  à  former  le  nom  d'une  classe  de 
génies  de  la  nature  des  Yaksas ,  redoutés  et  beaux  : 
je  me  borne  pour  le  présent  à  constater  la  possibi:- 
lité  du  fait. 


NOTICE  SLR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       479 


NOTICE 

SUR  LES  MANUSCRITS  SYRIAQUES 

CONSERVÉS 

DANS  LA  BIBLIOTHÈQUE  DU  COUVENT  DES  CHALDEENS 

DE  NOTRE-DAME-DES-SEMENCES, 

PAR 

M^«  ADDAI  SCHER, 

ARCHEVéQDB   CHALD^EN  DE  S^BBT. 


A  neuf  heures  au  nord  de  Mossoul,  dans  la  mon- 
tagne de  Beith'Edri,  se  trouve  un  des  plus  anciens 
couvents  chaldéens ,  le  seul  qui  soit  habité  actuelle- 
ment par  des  moines.  Ce  couvent  a  été  fondé  vers 
la  fin  du  vi*  siècle,  par  Rabban  Hormezd,  disciple 
de  Rabban  Bar  'Edta^;  il  a  été  très  florissant  au 
x"  siècle^.  Vers  le  commencement  du  xv*  siècle, 
({uand  il  ne  resta  plus  de  chrétiens  à  Bagdad,  les 
patriarches  nestoriens  y  transportèrent  leur  rési- 
dence^. On  y  trouve  les  tombeaux   de   neuf  des 


*  Livre  de  la  ChcLsteté^  ï^*  89. 

*  Cf.  J.-B.  Chabot,  Histoire  de  Rabban  Youssef  Bonsnaya ,  Pari? 
1900,  chap.  1,  2,  3  et  suiv. 

^  Cependant  ils  habitaient  la  plupart  du  temps  le  village  d*Al- 
qoà. 


480  MAI-JUIN  1906. 

patriarches  qui  dirigèrent  l'Elise  nestorienne  depuis 
i5o4  jusqu'à  i8o4. 

A  la  fin  du  xviif  siècle,  le  couvent  était  aban- 
donné. Gabriel  Dambo  le  répara;  cet  homme  esti- 
mable, un  des  plus  riches  marchands  de  la  ville 
de  Mardin,  ayant  renoncé  à  ses  biens,  se  rendit 
en  1808  à  AlqoS,  dans  le  but  d'habiter  le  couvent; 
il  rencontra,  de  la  part  de  la  famille  patriarcale,  de 
très  grandes  difficultés ,  qu'il  surmonta  par  sa  patience 
et  sa  confiance  en  Dieu.  En  peu  de  temps,  il  eut  de 
nombreux  disciples  qui  suivirent  avec  lui  les  rè^es 
de  saint  Antoine  le  Grand. 

Dambo  fiit  massacré  en  i83a  par  les  soldats  de 
Mohammed  Pacha,  émir  kurde  de  Rawandouz, 
qui,  s'étant  révolté  contre  la  Porte,  avait  commencé 
à  piller  et   à  massacrera 

La  bibliothèque  du  couvent  de  R.  Hormetd  était 
riche  en  manuscrits  syriaques.  En  1828,  beaucoup 
de  ces  manuscrits  ont  été  pillés  et  déchirés  par 
Moussa  Pacha,  gouverneur  de  *Amédya,  qui  avait 
imité  Témir  de  Rawandouz  dans  sa  révolte  contre  la 
Turquie.  Quatorze  ans  après,  147  ouvrages  manu- 
scrits ou  imprimés ,  syriaques ,  arabes  et  latins,  furent 
pillés  et  déchirés  par  Ismaël  Pacha,  successeur  de 
Moussa  Pacha.  Aussi,  la  plupart  des  manuscrits 
de  la  bibliothèque  du  couvent  ont  été  acquis  depuis 
18/42.  Ils  ont  été  tous  transportés  au  couvent  de 
Nbtre-Dame-des-Semences  (i^Hàii.\-^  >V\\sa^  Y^'\*n) , 

*  Voir  la  note  finale  du  cod.  94. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       481 

bâti  en  1867  au  pied  de  ia  montagne,  à  une  heure 
au  sud-est  du  couvent  de  Rabban  Hormezd, 

En  visitant  cette  bibliothèque  en  1902,  nous 
avons  pris  des  notes  suffisantes  sur  chaque  manuscrit, 
sans  toutefois  noter  le  format  et  le  nombre  de  pages 
de  tous  les  volumes.  Nous  publions  maintenant  ia 
liste  de  ces  manuscrits.  Nous  n  avons  pas  cru  né- 
cessaire dy  ajouter  des  notes  bibliographiques, 
surtout  pour  les  ouvrages  dont  la  publication  est 
déjà  ancienne  et  qui  sont  bien  connus  de  tous  les 
Orientalistes. 

Pour  un  certain  nombre  de  manuscrits  qui  ont 
été  copiés  sur  ceux  de  la  bibliothèque  épiscopale 
de  Séert  nous  nous  bornons  à  renvoyer  au  catalogue 
de  cette  dernière  ^ 

I 

LIVRES  SAINTS. 

CoD.  1 .  —  Pentateuque  (rAunoi^^  i^i=îV\A  j ,  se- 
lon la  version  PSitta. 

Achevé  en  1 867  de  notre  ère ,  par  Rabban  Ibrahim  *Abbo , 
de  Kerkouk. 

CoD.  2.  —  Livre  des  Sessions  (ivica^v  i^zaitvâ. 
i^=iV\aro),  selon  la  version  dite  P§itta  ;  savoir  : 
Josué,  Juges,  Samuel,  Rois,  Prov.,  Ecclés. ,  Ruth, 
Cantique,  Job. 

*  Addai  Scher,  Catalogue  des  Mss,  syriaques  et  arabes  conservés 
dans  la  Bibliothèque  épiscopale  de  Séert,  Mossoul ,  1  goS. 


-j8i>  iMAl-JUlN  1906. 

Achevé  dans  le  couvent  de  Rabban  Honneid  en  1817  de 
notre  ère,  par  R.  Joseph  Aude,  devenu  plus  tard  patri- 
arche. 

CoD.  3.  — Mêmes  titre  et  contenu  que  le  cod.  a. 

Achevé  en  181g  de  notre  ère,  dans  le  couvent  de  Rabban 
Hormezd ,  par  Rabban  Isaac. 

CoD.  4.  —  Même  titre  que  le  cod.  a. 

Terminé  en  1828  de  notre  ère,  dans  le  couvent  de  Rab- 
ban Hormezd,  par  le  prêtre  Bernard,  de  Telképé. 

CoD.  5.  —  Même  titre  que  le  cod.  a. 

Terminé  en  1828  de  notre  ère ,  par  Siméon,  diacre.  —  Soit 
le  livre  de  Tobie ,  traduit  de  l'arabe  en  syriaque  par  Siméon 
Asmar,  de  Telképé,  en  1818  de  notre  ère. 

CoD.  6.  —  Livre  des  Prophètes  («i-siw^ 
rd.V.'^i-^),  selon  la  version  dite  Psitta;  savoir  :  Isaïe, 
Joël,  Amos,  Abdias,  Jonas,  Michée,  Nahum,  Haba- 
eue,  Sophonie,  Aggée,  Zacharie,  Malachie,  Jéré- 
mie.  Lamentations  de  Jorémie,  Ezéchiel  et  Daniel. 

Achevé  en  i854  de  notre  ère,  dans  le  viUage  de  Cardess, 
par  le  prêtre  David ,  fils  de  Jean ,  lils  de  Nisan ,  fils  de  Gorge, 
du  village  de  Barzané ,  dans  le  district  de  Zehbar. 

GoD.  7.  —  Même  ouvrage  que  le  cod.  6. 

Ecrit  en  1 8 1 8  de  notre  ère ,  dans  le  couvent  de  R.  Honneid  « 
par  Rabban  Etienne. 

CoD.  8.  —  Ancien  Testament,  contenant  les  deu- 
téro-canoniques  suivants  :  Machabées,  Paralip.,  E»* 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       483 

dras ,  Sagesse ,  Judith ,  Esther,  Suzanne  et  les  lettres 
de  Jérémîe  et  de  Baruch. 

Ecrit  en  1826  de  notre  ère,  dans  ie  couvent  de  R.  Hor- 
mezd,  par  ie  moine  Clémendos,  fils  de  Pétros,  de  Telképé. 

CoD.  9.  —  Nouveau  Testament,  d'après  la  ver- 
sion Héracléenne. 

Sans  date  ;  i  écriture  est  d*avant  le  xiii*  siècle. 

Volume  en  parchemin  ;  écriture  nestorienne  sauf  n  et  "S 
qui  sont  écrits  à  la  manière  des  Jacobites.  Elle  est  très  soi- 
gnée. Les  marges  sont  couvertes  de  mots  grecs. 

CoD.  10.  —  Nouveau  Testament,  d après  la  ver- 
sion dite  P§itta. 

Volume  en  parchemin;  le  premier  cahier  manque.  L  écri- 
ture est  en  stranguéli  et  très  bonne.  Achevé  en  i5ii  des 
Grecs  (1200),  696  des  Arabes,  dans  le  couvent  de  R.  Hor- 
mezd ,  par  Rabban  Isô*. 

CoD.  II.  —  Même  ouvrage  que  ie  précédent. 

Terminé  en  2028  des  Grecs  (1717),  à  Aiqos,  au  temps 
de  Mar  Elia ,  patriarche ,  par  le  prêtre  'Abdisô\  fils  du  prêtre 
Hadbesabba. 

CoD.  12.  —  Même  ouvrage  que  le  cod.  10. 

Achevé  en  iggS  des  Grecs  (1682),  à  Arâdén,  au  temps 
de  Mar  Elia,  patriarche,  par  Qouriaqos,  diacre,  fils  de  *Ai)d- 
isô*;  il  a   été    écrit  pour  ie  prêtre  Ewed  (tvoi^),  fils  du 

prêtre  Denha ,  du  village  de  Douré ,  dans  le  district  de  Beith 
Tannoura. 

Cod.  13.  —  Même  ouvrage  que  le  cod.  1  o. 
L'écriture  est  en  stranguéli;  elle  est  très  soignée.  On  y 


484  M\I-JU1N   1906. 

ti^ouve  quelques  ^^rands  dessins,  dun  goût  doateax,  par 
exemple,  Tentrée  triomphale  de  Jésus  à  Jénisdem.  ' 

Achevé  en  20o5  des  Grecs  (1694].  du  temps  de  Ifar 
Elia,  patriarche,  par  le  prêtre  Guiwarguîs,  fils  du  prêtre 
lâraël,  fds  du  prêtre  Hormezd,  fds  du  prêtre  Israël;  fl  a  été 
donné  au  couvent  de  R.  Hormezd  par  un  autre  prêtre  Gni- 
warguis  et  son  frère  Jean ,  fds  du  prêtre  Sahmàno. 

CoD.  14.  —  Même  titre  que  le  cod.  1  o. 
Suit  TÂpocalypse  de  saint  Jean  traduite  en  syriaque 
par  Saumo ,  prêtre ,  du  village  de  Pios. 

Saumo  vivait  dans  la  première  moitié  du  xvm*  siècle  ;  il  a 
écrit  un  poème  sur  la  peste  qui  dévasta  son  volage  en  lySS. 

CoD.  15.  —  Apocalypse  de  saint  Jean. 

Traduite  de  Tarabe  en  syriaque  par  le  prêtre  Saumo  de 
Pios.  Sans  date,  xviii'  siècle. 

CoD.  16.  —  x^  tr  »^ujo  ^^j\  %  \  y^ioi^^  i^sVi^ 

i^(vA2k.  «  Livre  du  saint  Evangile  partagé  en  leçonis 
pour  tous  les  dimanches  de  Tannée ,  les  fêtes  (deN.-S.) 
et  les  commémoraisons  (des  Saints),  selon  le:rite  du 
couvent  supérieur  (de  Mar  Gabriel  et  de  Mar  Abra- 
ham ,  aux  environs  de  Mossoul).  » 

Ecriture  en  stranguéli ,  très  soignée. 

Achevé  en  i883  des  Grecs  (iSya),  979  des  Arabes,  k 
Gazarta,  par  le  prêtre  Ataïa,  fiis  du  prêtre  Faradj  Maqd&aya, 
fds  du  diacre  Marqos ,  d*  Alqos  ;  écrit  sur  Tordre  du  patriarche 
Elia  pour  le  couvent  de  R.  Hormezd. 

Suit  une  note  qui  conunence  ainsi  :  •  Ce  livre  a  été  éerit 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       485 

et  copié  sur  i  autographe  de  notre  B.  Père ,  digne  du  Ciel , 
Mar  'Ëbedjésus ,  métrop.  de  Nisibe  et  d* Arménie ,  surnommé 
Bar  Brikha,  l'auteur  du  livre  des  Maqamat  (Paradis  d'Éden). 
11  avait  copié  ce  livre  en  1696  des  Grecs  (i285),  alors  qu'il 
était  évéque  de  Sigar  et  de  Beith  'Arbayé.  11  a  été  ensuite 
nommé  métropolitain  de  Nisibe  et  d'Arménie;  il  a  passé  de 
ce  monde  plein  de  misères  au  pays  de  vie  et  de  joie  les  pre- 
miers jours  de  novembre  i63o  d'Alexandre  (i3i8).  Que  le 
Christ  lui  accorde  du  repos  dans  son  royaume  des  cieux ,  et 
qu'il  nous  obtienne  le  pardon  par  ses  prières!  Amen. » 

CoD.  17.  —  Même  ouvrage  que  le  cod.  16. 

Ecriture  en  stranguéli,  très  soignée.  —  Achevé  en  i853 
(15^2)  à  Gazarta,  par  le  prêtre  *Ataïa,  fils  du  prêtre  Faradj , 
au  temps  de  Mar  Siméon,  patriarche,  et  de  Mar  Gabriel, 
évéque  de  Gazarta. 

Une  autre  note  déclare  que  le  livre  a  été  donné  au  cou- 
vent de  R.  Hormezd  par  Marie ,  religieuse  d'Arbèles ,  fille  du 
prêtre  Hormezd,  fils  de  Salomon. 

Une  dernière  note  dit  qu'il  a  été  copié  sur  l'autographe 
de  Mar  'Ëbedjésus,  métrop.  de  Nisibe. 

CoD.  18.  —  Même  ouvrage  que  le  cod.  1 6. 

Achevé  en  1910  (iSgg)  et  1006  des  Arabes,  dans  la  ville 
de  Gazarta,  par  *Abdelahad,  prêtre,  fils  du  prêtre  Joseph,  de 
la  famille  de  Beith  Athéli,  au  temps  de  Mar  Elia,  patriarche, 
et  de  Mar  Elia,  év.  métrop.,  originaire  de  Séert  et  adminis 
trateur  du  diocèse  de  Gazarta.  11  a  été  donné  par  le  prêtre 
Abraham  et  par  Gouria,  fils  de  Salomon,  pour  l'ég^se  de 
Saint-Georges,  dans  le  village  de  Dyok. 

CoD.  19.  — Même  ouvrage  que  ie  cod.  16. 

Achevé  en  2o33  (17221),  à  Alqôs,^par  Khausaba,  prêtre, 
fils  du  prêtre  Daniel,  fili  du  prêtre  Elia,  au  temps  de  Mar 


48Ô  MAI-JUIN  1906. 

ÉLia ,  patriarche ,  et  de  Mar  Hnanito'  (  it^kMrusttk  "^^^  )  i  U  il 
été  donné  à  l'église  de  Saint-Georg^es  de  Beith-Hendoyé  par 
Kanoon,  fils  du  prêtre  Matté,  dn  susdit  village. 


Il 

COMMENTAIRES  SUR  L'ÉCRITURE  SAINTE. 

CoD.  20.  —  mV\H-^-»\t\  t^XAA^^  i^!sVvÀ 
?uât\  rcllvrao^n  «  Livre  de  causes  des  Psaumes  du 


B.  David. 


» 


Ce  volume  est  divisé  en  deux  parties.  La  première 
renferme  :  i*  Le  traité  de  ^Ahob  Qatrâya  sur  les 
Psaumes.  —  2°  Le  traité  de  Nathniel ,  év.  de  Sahenor, 
sur  le  même  sujet.  —  3**  Psaume  de  David  quand  il 
lutta  contre  Goliath.  —  4°  DisputQ  contre  Origène  et 
ses  partisans. 

La  deuxième  partie ,  beaucoup  plus  longue ,  a  pour 
titre  :  Kf>ria\|-:\  i<rHa.mv.2o-:\  i^^niXi^^  K^aoboi 

r^â=7>\^  «  Eclaircissements  sur  le  livre  des  Psaumes 
de  David,  composé  par  Rabban  Denha,  docteur,  ou 
selon  d'autres,  par  Rabban  Grégoire,  moine  parfait, 
du  couvent  de  Gamré.  » 

Volume  de  1 8  centimètres  sur  1 3 ,  compose  de  3a  cahiers 
de  10  feuillets. 

Terminé  en  i884  de  notre  ère,  par  Issa,  fils  d*Isale,  du 
village  d'Aqror. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       487 

GoD.  21.  —  Même  ouvrage  que  le  précédent. 

Achevé  en  i8g3  de  notre  ère ,  pnr  Rabban  Isa!e  et  Etienne 
Raïs. 

COD.     22.     ^  \y<V  nr>  ^      t<^\  "TOtl    I^OKL^ 

v^jkS^oon  «  Eclaircissements  sur  les  mots  difficiles 
et  obscurs  qui  se  trouvent  dans  le  Pentateuque,  re- 
cueillis dans  les  commentaires  du  B.  Théodore  (de 
Mopsueste),  les  traditions  des  Syriens,  Mar  Aprem, 
Abraham  et  Jean  de  Beith  Rabban ,  Mar  Michaêl  et 
les  autres  docteurs.  » 

Copié  sur  un  manuscnt  de  Séert  (cod.  ai),  en  1887  de 
notre  ère. 

L*auteur  vivait  après  le  ix*  siècle ,  car  il  y  cite  Isô*dad , 
év.  de  Hdattha  (vers  85o).  Les  autres  écrivains  mentionnés 
dans  cet  ouvrage  sont  :  Narsaï,  Gabriel  Qalraya,  Aba  I*', 
Babaï  le  persan,  Ahob,  Aprahat,  Jacques  d'Edesse,  Théo- 
phile le  persan,  Soubhalmâràn ,  moine,  Daniel  Bar  Touba- 
nita  et  Iso*  barnoun ,  patriarche. 

CoD.   23.   —    :  r^V\^V-SA':\    r^LraX-a^-^    r^^cncL-i 

^^  v.rvjc.»  y\j:Tï  r^'isvjtLà'SiJty  i^Vv^v.^.'^  i^jlà\j930 
i^^^viiitv  T^âjajDAÀr^  t^\Q\m  «  Eclaircissements 
sur  le  Nouveau  Testament,  compilés  par  les  soins 
de  Mar  lsô*dad  de  Merw,  év.  de  Hdattha ,  tirés  de 


488  MAI-JUIN   1906. 

nombreux  livres  des  commentateurs  et  docteurs  de 
la  sainte  Église.  » 

Sans  date.  Ecriture  du  xvii'  siècle. 

CoD.  24.  —  Même  ouvrage  que  le  cod.  2 3. 

Suivent  :  i"*  Quelques  extraits  du  traité  d'Abra- 
ham de  Nathpar  sur  la  vie  ascétique.  —  a"  Quelques 
questions  avec  des  réponses  sur  TEvangile.  — 
3°  Quelques  fragments  du  livre  de  I§ôl>okht,  mé- 
trop.  de  Perse,  sur  Thexaméron.  —  4"  Capita  âi~ 
stincta  du  livre  des  questions  de  saint  Pierre  sur  les 
sacrements.  —  5"  Quelques  extraits  du  livre  de 
Mar 'AbdîSô  (Joseph  Hazzaya).  —  6**  Traité  sur  les 
étoiles  (i^\»oaLiA  i^sdSjc.),  extrait  du  livre  de  JSô*- 
barnoun,  qui  habitait  dans  le  désert.  —  7*  Abrégé 
de  lexphcation  des  offices  de  TÉglise,  par  ^Ëbedjésus 
de  Nisibe. 

Volume  de  38  cent,  sur  18,  composé  de  3a  cahiers  de 
10  feuillets. 

Achevé  en  2009  (1698),  à  Alqôs,  par  Homo,  prêtre,  fils 
du  prêtre  Daniel,  fils  du  prêtre  Elia,  au  temps  de  Mar  Oia, 
patriarche ,  et  de  Mar  Iso  yahb ,  métrop.  de  Mossoid.  Il  a  été 
donné  par  le  prêtre  Abraham  à  Téglise  de  Mar  Christophore 
dans  le  village  d'Edlep. 

CoD.  25.  —  rt^UicÀ^x.^  t<r\*o  xryA  Ydr>)^^ 
>'v:73  t^Lsci^vjaA  n^>^v.'^  :i^Ar3\':\  K^nriN^,  Ash. 
rdliâJÀ  \r3  ^mo»  «  Livre  d'archéologie  ou  histoire 
du  monde  temporaire  composé  par  saint  Jean  Bar 
Penkayé.  » 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      489: 

L'ouvrage  est  divisé  en  deux  sections  ;  la  première 
comprend  neuf  chapitres  et  la  deuxième  six.  Ils  ont 
pour  sujet  Thexaméron,  le  déluge,  Thistoire  du 
peuple  élu;  les  livres  inspirés,  leur  but,  la  doctrine 
quils  contiennent,  etc.;  l'erreur  des  Gentils,  la  Tri- 
nité, l'Incarnation,  la  Rédemption,  etc.  Les  deux 
derniers  chapitres  sont  consacrés  à  l'histoire;  ils 
parlent  de  la  prédication  des  Apôtres,  des  persécu- 
tions suscitées  par  Sapor  contre  l'Eglise,  du  roi 
Constantin,  des  rois  persans  et  romains,  du  concile 
d'Kphèse,  de  la  fin  du  royaume  des  Perses,  des 
rois  arabes  ;  il  s'arrête  aux  événements  qui  eurent  lieu 
en  67  des  Arabes  (686),  époque  à  laquelle  vivait 
l'auteur. 

Volume  de  3o  cent,  sur  20,  ayant  17  cahiers  de  10  feuil- 
lels. 

Terminé  en  1883  de  notre  ère,  dans  le  couvent  de  Uabban 
Hormezd ,  par  Guiwarguis ,  moine ,  Gis  de  Guéliana ,  du  village 
de  Taqia.  Copié  sur  un  ms.  de  la  bibliothèque  du  patriarcat 
chaidéen  de  Mossoui. 

CoD.  26.  —  n  i>^^t\  ,^^ajAoâb£oi^t\  rslraSjva. 

«  Livre  de  Scolies ,  composé  par  le  docteur  Théodore , 
du  pays  de  Kaskar.  » 

Copié  sur  un  manuscrit  de  Séert  (cod.  23),  en  i884  de 
notre  ère ,  par  Salomon  Adamo. 

Cod.    27.   —   w^çA^orC?^    i^SoKuti   i^^Vns^ 


490  MAI-JUIN  1906. 

v<^vT\if  ^*n  «  Livre  de  réclaircissement  de  rÉvangile 
de  saint  Jean ,  composé  par  Théodore  l'interprète.  » 

Écrit  en  20i5  (i'joi)y  à  Alqôi^,  an  temps  de  Ifar  ^ia, 
patriarche,  par  Guiwarguis,  prêtre,  fils  du  prêtre  Israël,  fils 
du  prêtre  Hormezd ,  fils  du  prêtre  Israël. 

CoD.  28.  —  r^-\a-ro\-so  •Kcno-i'^i  i^LaVv-jx 
'uotvtv  «  Eclaircissements  sur  les  Psaumes  de  David.  » 

Ce  livre,  dont  lauteur  ne  m'est  pas  connu,  est 
différent  de  celui  qui  est  contenu  dans  le  cod.  ao. 

Terminé  en  2020  (1709),  à  Telképé,  au  temps  de  Mar 
Elia,  patriarche,  par  Sabriso,  diacre,  fils  de  'Adymaîa;  il  a 
été  copié  à  la  demande  de  Khatoun  et  de  sa  mère  Setté ,  fille 
.du  prêtre  Ëiia ,  pour  le  couvent  de  Mar  Guiwargois  de  Beiifa 
Ouiré  (r^\»a.^^  Vvjcd). 

Cod.  29.  —  ^vxrxb^-^  t^"rv<Y)A*n  W^^  i^aVvsk 
^^^-»^Ha.^t\    i<'vf\,y^-n.\  «  Livre  du  Jardin   de 

Délices ,  composé  par  l'Interprète  des  Turcs.  » 

Ce  volume  renferme  des  commentaires  sur  toules 
les  leçons  de  l'Ecriture"  pour  tous  les  dimanches, 
fctes  et  commémoraisons  de  Tannée. 

Copié  sur  un  ms.  de  Séert  (n*  28);  il  est  complet,  tandis 
que  l'original  a,  depuis,  perdu  quelques  feuillets.  L'inter- 
prète des  Turcs  appartient  au  xni"  siècle,  car  il  cite  Sabriiô* 
Bar  Paulos  qui  vivait  au  commencement  du  xiii*  siècle ,  et  il 
est  cité  par  *Ebedjésus  de  Nisibe  qui  mourut  en  i3i8. 

Coi).  30.  —  A  »  -^  s,t\  rd\Hr^  S-ortf^  r^^sH^j^ 
i^A23i^  \rx\  «  Livre  du  Magasin  des  mystères 
composé  par  Barhebraeus.  » 

Cet  ouvrage  contient  des  commentaires  sur  TAnden  et  le 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       491 

Nouveau  Testament;  il  a  donné  lieu  à  de  nombreuses  publi- 
cations partielles.  (Voir  R.  Duval,  LitL  Syr,,  a*  éd.,  p.  80-81). 
Achevé  en  2022  (i-yi  i),  à  Alqôs,  par  Guiwarguis ,  prêtre, 
fils  du  prêtre  Israël. 

CoD.  31.  —  j.^^iA  rc?vsoi^DaA  r^=ai(Vâ..  Pre- 
mier tome  du  «  Livre  des  discours  métriques  de 
Narsaï  ». 

Ce  volume  contient  vingt-sept  i^AJSordso;  la  plu- 
part sont  des  homélies  exégétiques  et  des  interpré- 
tations sur  différents  versets  ou  passages  de  l'Ecriture 
sainte. 

Volume  formé  de  3o  cahiers  de  i  o  feuillets  de  3o  centi- 
mètres sur  21. 

Ecrit  en  2 190  (1879),  ^^^  ^®  couvent  de  R.  Hormezd,  par 
le  prêtre  Nicolas. 

GoD.  32.  —  Deuxième  tome  du  même  ouvrage. 

Ce  volume  contient  quarante-deux  r^Hjsoi^Da.  La 
plupart  de  ces  discours  ont  été  publiés  cette  année  à 
Mossoul  par  le  P.  Mingana. 

Volume  formé  de  38  cahiers  de  10  feuillets  de  3o  centi- 
mètres sur  2 1 . 

Achevé  en  1898  de  notre  ère,  dans  le  couvent  de  Notre- 
Dame  des  Semences,  par  R.  Pauios  Ejadan. 

CoD.  33.  —  oxrTXûû-ïv  ^o^osA  oovAx^  i^cncki 
^■v.v\aj  \.r3  tt>Q\^^  rdscijtja  r^^raSi^A  ^^AktX\ 
^cvjÀ  ^so':\  ^^^=300^  i<jtjjgjo    «  Eclaircissement    de 

32. 


492  MAI- JUIN   1906. 

TApocalypse  de  saint  Jean,  composé  par  Jean 
Etienne,  Jésuite,  traduit  du  latin  en  arabe  par 
Pierre,  prêtre,  fils  de  Jean  d'Alep,  et  traduit  de 
l'arabe  en  syriaque  par  le  prêlre  Saumo  de  Pios.  » 

Achevé  en  2107  (1796),  h  Tella-Zqipa,  par  Abraham, 
prêtre ,  fils  de  Marbéna. 

CoD.  34.  —  ^so'v  r^V\ca\r3t3o  AâN.'^i  t^Wio^i. 
y>  vv  fA  i>  \  i^?tj^r3kâ^^  :i^jLOi\  i^lro^\b^Q  Vvije.\a 
t^ATDje.  «  Poème  du  prêtre  Isaac  Sbednaya  sur  la 
Providence,  depuis  le  commencement  jusqu'à  pré- 
sent. » 

Achevé  en  1 888  de  notre  ère ,  dans  le  couvent  de  Notre- 
Dame  des  Semences,  par  Basile,  moine,  de  ^qlÂwa. 

Coi).  35.  —  ^i>^^-^  :rd£ôa»  WvAi^n  i^=ai)(vak 

«Livre  de  l'Hexaméron,  composé  par  Emmanuel, 
inlerprète  au  couvent  supérieur  (de  Mar  Gabriel  à 
Mossoul).  » 

Ce  livre  est  un  long  poème  en  28  chants;  le  se- 
cond chant  manque;  le  copiste  déclare  qu'il  faisait 
défaut  dans  le  volume  qu'il  transcrivait.  Les  seize 
premiers  chants  sont  sur  les  six  jours  de  la  Création  ; 
les  douze  derniers  sont  sur  les  prophéties,  la  venue 
du  Christ,  ses  miracles,  ses  paroles,  la  résurrection 
des  corps  et  le  bonheur  éternel.  Ce  volume  contient 
en,  outre  une  homélie  sur  le  baptême. 

Achevé  en  1876  de  notre  ère,  dans  le  couvent  de  R.  Hor- 
mezd. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.      493 

m 

THÉOLOGIE  ET  PHILOSOPHIE. 
GoD.    36.  —  y\snS  '^try\^,^  :  i<lx>H-s\  t^lraXi^ 

t^AA\  TKI    .^g  If.»   ^rS'Hn   1^\a':\^   1^^\aUa   r»^M>  ak,% 

v^VA*73  VxoA'v  i^oaAi^A  «  Liber  capitum ,  composé 
par  Isaac,  le  docteur  habile,  moine  du  couvent 
de  Rabban  Isô*,  sur  le  but  caché  de  la  Providence 
divine  en  ce  qui  concerne  les  êtres  raisonnables.  » 

L'ouvrage  est  divisé  en  dix  chapitres  ayant  pour 
sujet  des  questions  théologiques,  par  exemple  :  Les 
décrets  providentiels  de  Dieu  sont-ils  éternels  ou 
occasionnels?  Dieu  est-il  invariable  ou  non  dans  ses 
décrets?  Connaît-il  la  fin  des  démons  et  des  hommes 
impies?  Est-ce  par  amour  éternel  qu'il  a  créé  les 
créatures?  Jjes  hommes  sont-ils  créés  mortels  ou 
immortels?  Y  a-t-il  un  avantage  à  la  mortalité?  Le 
but  de  Dieu  est-il  le  même  dans  toutes  ses  différentes 
lois  ?  etc. 

Viennent  ensuite  un  discours  en  vers  de  sept  syl- 
labes, et  quelques  lettres  du  même  auteur  sur  le 
même  sujet.  Le  style  est  pur  et  très  élégant. 

Volume  de  1 7  centimètres  sur  1 1 ,  contenant  7  cahiers  de 
10  feuillets. 

Terminé  à  Alqôs  en  1 884  de  notre  ère ,  par  Tsa ,  diacre  ; 
je  n'ai  pu  savoir  sur  quel  manuscrit  il  a  été  copié. 

COD.    37.    ^     ^,    ^    ^    ^^"^     '^'^   Kf    "-l^tV— a. 


494  MAI-JUIN    1906. 

^^.m  ^J3^   T^jc^^ÀTTs  i^ae.\^  ^»^tv,â  z^jq-Ho^ 

\^jÂi<S  «^^oçvxVj'H  i^fAt>\*-i  ((  Livre  du  discours  sur 
la  divinité,  iliumanité  et  la  personne  de  cette  ado- 
rable union  qui  eut  lieu  pour  notre  salut,  composé 
et  divisé  en  chapitres  distincts  par  Rabban  Mar 
Babaï,  supérieur  du  grand  couvent  dans  Je  mont 
Ida,  sur  la  prière  des  frères  (moines),» 

L ouvrage  est  divisé  en  sept  sections;  chaque  sec- 
tion est  subdivisée  en  chapitres  ayant  pour  sujet  : 
la  foi;  la  nature  divine,  la  Trinité,  Tlncamation; 
pourquoi  Dieu  le  Verbe  s'est  uni  à  notre  humanité 
et  non  le  Père  ouTEsprit;  comment  il  faut  entendre 
rUnion  du  Verbe;  quand  elle  a  eu  lieu;  différence 
entre  rdiTxa»  et  r<lJSioJ\!^  ;  les  attributs  de  Notr^ 
Seigneur;  son  baptême,  sa  résurrection ,  etc. 

Ije  style  de  fauteur  est  pur  et  très  élégant. 

Volume  de  3o  centimètres  sur  19,  composé  de  16  cahiers 
de  10  feuillets. 

Copié  en  1888  de  notre  ère  sur  un  ancien  manuscrit  du 
village  de  *Eyel,  dans  le  pays  des  Nestoriens. 

CoD.    38.  —   r^Ai^-^.t\  %<<Vv  \  \  ^ra^  r^ijràxjsk 

«  Traités  sur  les  fêtes.  » 

Ce  volume  contient  treize  traités  sur  Noël ,  la  fétc 
(le  la  sainte  Vierge,  TKpiphanie ,  le  Carême,  le  Jeudi 
saint,  la  Passion,  la  Résurrection,  la  Toussaint, 
r Ascension,  la  descente  du  Saint-Esprit, le  Vendredi 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       495 

d'Or  (i*'  vendredi  de  Pentecôte)  et  les  Rogations. 
Les  traités  sur  Noël  et  TËpiphanie  ont  été  composés 
par  Thomas  d'Edesse  ;  ie  traité  sur  la  sainte  Vierge  par 
Michaëi  Badoqa;  un  des  deux  traités  sur  le  Carême 
par  Possi;  le  traité  sin™  la  Toussaint  par  I§aï;  les 
deux  traités  sur  le  Vendredi  d'Or  et  les  Rogations 
par  Hnânâ  d'Adiabène ,  et  les  autres  par  Qyoré.  La 
plupart  de  ces  traités  sont  divisés  en  chapitres. 

Copié  sur  le  manuscrit  8a  de  Sëert,  en  1887  de  notre  ère. 

COD.  39.  ^     %     '■\S,-:\    1^-Aa  \^nr>t\    1^.;Di(V.^ 

.^^oA  .^Tx^Kf  ^tlxjl  <ii:=)X^t\  «  Livre  de  la  Tour, 
du  prêtre  Sliba ,  fils  de  Jean ,  de  Mossoul ,  composé 
en  1643  des  Grecs  (iSSa).  >» 

Cet  ouvrage  est  en  arabe.  C'est  une  recension 
abrégée  du  Livre  de  la  Tour,  composé  par  Mari  bar 
Soleiman,  auteur  nestorien  du  xii*  siècle.  (Cf.  R.  Du- 
val,  Li«.^r.,  2'' éd.,  p.  2  10-2  i  1.) 

Volume  de  3o  centimètres  sur  2 1 ,  contenant  36  cahiers  de 
10  feuillets. 

Copié  en  1894  de  notre  ère,  sur  un  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque du  patriarcat  chaldéen  à  Mossoul. 

CoD.  40.  —  AxTxsw-sv  Kfi^K^v  1<^i^^\sfc.^  KtaXa. 
rdkj'KVv  cy)oi<r^  nrfc  %  \^\  «  Livre  des  Causes  des 
sacrements,  composé  par  Timothée  IL  » 

Assémani  a  donné  l'analyse  de  cet  ouvrage  (Bibi  or,, 
t.  m,  pars  1,  p.  567-580). 

Copié  sur  le  manuscrit  84  de  Séert. 


496  MAI-JUIN    1906. 

CoD.  41,  —  KfÂ'Vx.  A:^  Y<fitv*j\^\.3o^  ^^-^^ 

rdxV30'Ki<?:\o   Ktaoy^i  r^  \^  %\<\^^\^^sn    «  Livre   de 

]a  Perle,  sur  la  vérité  du  christianisme,  composé  par 
^Ebedjésus,  év.  deSigar,  devenu  ensuite  métrop.  de 
Nisibe  et  d* Arménie.  » 

Publié  par  Mai,  Script,  Vet.  nova  coUeclio,  t.  X.  —  Ms, 
sans  date.  Ecriture  du  xvi*  siècle. 

CoD.  42.  —  A^  rcfVvMic.ar7x:3  ^jcajk.^  K^sai^^ 

>T>>-o\  -Sra  ^loickj  «  Livre  en  vers ,  sur  la  foi  ortho- 
doxe, composé  par  Rabban  Jean  Bar  Zou^bi.  » 

Sans  date.  Ecriture  du  xvi*  siècle. 

CoD.  43.  —  KfVvjno.rj'sv-^  ^^^^^  «Livre  de 
TAbeille»,  composé  par  Salomon,  métrop.  de  Bas- 
sora. 

Achevé  en  1 88 1  de  notre  ère ,  dans  le  couvent  de  R.  Hor- 
mezd. 

GoD,  44.  —  r^i^jQ^-vso  r^X»v>x.so^  i^lia^iv^ 

r^j^n)r\  ^..i^ojA  -^pjuûdt\    «  Livre    du  Miroir  pur» 

composé  par  Joseph  II,  patriarche,  » 

Achevé  à  Barzâné,  en  1 865  de  notre  ère ,  par  le  prêtre 
Jacques,  fds  du  prêtre  Kanoun. 

CoD.   45.  —   r^  \^\\-A  i<l.=a^iv.^     a  Livre   des 

Rayons  »,  composé  par  Grégoire  Barhebraîus.  » 
Voir  Tnnalyse  dans  Assemani,  ^iW.  or..  H,  p.  297. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       497 

CoD.  46.  —  r^H-X^>r\  >r\\-V^>r\^  i<l=3^ 
«  Livre  du  Commerce  des  Commerces  » ,  composé 
par  Barhebraeus.  » 

Abrégé  de  Touvrage  intitulé  :  Crème  des  sciences 
(cod.  Ay). 

Suit  un  discours  de  Jean  Bar  Zou*bi ,  en  vers  de 
sept  syllabes,  sur  les  quatre  problèmes  de  la  philo- 
sophie   ;i<r  \   ^ni<r  .\  ^    •^i.^cL.SQn  \<!!\jy^x^Lm 

t^^n  r\*i  v=3^^wci\  ^x>&cljA  i^^Z73ti  t^jspxâ^ra 

Achevé  à  Diarbekir,  en  1825  de  notre  ère. 

Cod.  47.  — -  i^XsoiijA  V\orc^^  y<^Vvà  «  Livre 
de  la  Crème  des  sciences  »,  composé  par  Gr.  Barhe- 
braeus. » 

Cet  ouvrage  est  ime  vaste  encyclopédie  renfer- 
mant la  philosophie  péripatéticienne  tout  entière.  H 
est  divisé  en  trois  parties. 

Volume  formé  de  28  cahiers  de  10  feuillets,  de  3o  centi- 
mètres sur  23.  Terminé  dans  le  couvent  de  R.  Hormezd  en 
1818  de  notre  ère,  par  Joseph  Audo,  moine  (devenu  ensuite 
patriarche  ). 

Cod.  48.  —  a:^s^Xj':\n  KÎraX^  w  Livre  des  Dia- 
logues. » 

Cet  ouvrage  est  divisé  en  deux  parties  :  la  logique 
et  la  philosophie.  L  auteur  n  est  point  nommé. 

[Probablement  le  a*  livre  des  Dialogues  de  Jacques  de  Tagrit 
(oaaa.  va).  Comp.  Wright,  Cat,  of  syr,  mss,,  p.  ii65, 
n"  Dccccxvc;  (J,  B,  Chabot).] 


498  MAI.JUIN  1906. 

Au  milieu  du  livre  on  trouve  cette  note  :  «  Priez  pour  le 
faible  Joseph  II  (patriarche).» 

Achevé  à  Diarbekir,  en  iSsS  de  notre  ère,  par  les  frères 
(moines)  Etienne  et  Joannis,  au  temps  de  Joseph  V  et  de 
Tabbé  Gabriel ,  supérieur  du  couvent  de  R.  Hormexd. 

CoD.  49.  —  rsU^  \^  m  ti^n  r<Lj3!ix.^ 
oouiSo\\;n^o  i<^f>i>\^o\irtf^o  «  Livre  de  Tlsa- 
gogé,  des  Analytiques  et  des  Catégories.  » 

Ce  volume  contient  :  i**  Tlsagogé  de  Porphyre, 
traduite  par  Probus,  prêtre,  archidiacre  et  archiatre 
à  Antioche.  —  2"  I^a  dialectique  d'Aristote.  —  3°  Le 
traité  de  Sarguis ,  archiatre ,  stir  le  but  des  catégories 
dWristote.  —  4**  Lccrepi  ^p|Li»;i;e/a$d'Aristote,  traduit 
du  grec  en  syriaque  par  le  m^.me  Probus;  il  y  a 
quelques  lacunes  dans  ce  traité;  le  traducteur  y 
ajoute  souvent  un  commentaire. 

Sans  date.  Ecriture  du  xvn*  siècle. 

(]oD.  50.  —  Même  titre  et  même  contenu  que  lo 
précédent. 

Suivent  :  1  "  L'éclaircissement  abrégé  du  vrepï  ép- 
fiDv^lasj  composé  par  Paul  le  Persan,  et  traduit  du 
persan  en  syriaque  par  Sévère  Sabokht,  év.  de  Qen* 
nésrin.  —  2*"  Une  lettre  du  même  Sabokht,  adressée  à 
Yaunan ,  visiteur,  sur  la  logique  d'Aristote. 

Sans  date. 

CoD.  51.  —  ,  ^>*r>^7l^^.   ,\*\\  i^^Al^itlraVv^ 

i^.^^A^Vvr73  ^skAt^-^  r^n'Vse.'tv   «  Livre    commun    à 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       499 

tous  les  peuples  vivant  sous  le  Ciel,  dans  lequel  on 
enseigne  la  connaissance  de  ia  vérité,  » 

La  dernière  clausule  est  celle-ci  :  «  Fin  de  ce  livre 
de   Causa  Caasaram,  »  ^(Asw^  «iicn  rd*aà;v&  -^x^jt. 

Ouvrage  publié  par  Kayser.  —  Copié  en  i883  sur  le 
ms.  90  de  Séert. 

CoD.  52.  —  Ce  volume  contient  : 

1  °  Traité  sur  Thoname  considéré  comme  micro- 
cosme ,  composé  par  Michaël  Badôqa ,  docteur  et  in- 
terprète des  livres  divins.  —  2°  Discours  sur  la  philo- 
sophie première  de  la  théologie.  —  3°  Livre  des  Défi- 
nitions ,  composé  par  Michaël  Badôqa.  —  4**  Livre  de 
TEntretien  de  la  sagesse,  composé  par  Barhebraeus. 
—  5°  Les  dix  Catégories ,  par  Isô*bokht  de  Riwarda- 
siv.  —  6°  Grammaire  de  Mar  Elia,  patriarche,  qui  la 
composa  avant  d'être  évêque  de  Tirhan.  —  7"*  La 
cause  de  l'établissement  des  écoles,  composé  par 
Barhadbsabba  'Arbaya  ;  ce  traité  est  incomplet. 

Volume  composé  de  1 1  cahiers  de  10  feuillets,  de  qq  cen- 
timètres sur  16. 

Sans  date.  Ecriture  du  xv"  siècle. 


OUVRAGES  LITURGIQUES. 

CoD.    53.   —   KCjkcoA-si  r^lxfiuâj^  «  Ordre  des 

prêtres  »,  c'est-à-dire  Rituel. 


500  MAI-JUIN   1906. 

Ce  volume  contient  : 

1°  Prières  [orationes)  à  réciter  par  les  prêtres,  le 
matin  et  le  soir.  —  2°  La  messe  des  Apôtres.  — 
3°  Messe  de  Théodore  de  Mopsueste,  —  4**  Messe  de 
Nestorius.  —  S''  Rite  du  Baptême,  —  6**  Rite  de  la 
Pénitence.  —  y**  Bénédiction  de  Teau.  —  8°  Re- 
nouvellement du  Levain.  —  9"  Consécration  du 
calice.  —  1 0°  Prières  à  réciter  sur  la  fiancée ,  etc.  — 
1  1"  Bénédiction  des  rameaux  d'olivier.  —  1  a*  Rite 
pour  faire  prêter  serment.  —  1 3*  Consécration  de 
fautel  sans  Thuile. 

Volume  composé  de  19  cahiers  de  10  feuillets,  de  31  cen- 
timètres sur  1 5. 

Achevé  en  1 88g  (  1 678 ),  du  temps  de  Mar  Elia,  patriarche, 
et  do  Mar  Joseph,  mëtrop.  de  Gazarta;  il  fut  écrit  par  *Alaia, 
prêtre,  fiis  du  prêtre  Faradj,  pour  Salomon,  prêtre,  (ils 
de  Mano ,  du  village  Rahahi  f  situé  sur  le  Tigre ,  au  nord  de 
Gazarta. 

Une  dernière  note  est  ainsi  conçue  :  «  Ce  livre  fut  écrit 
dans  une  caverne  de  la  forêt  de  Mar  Jean  TEgyptien^  dans  le 
pays  de  Penk.  » 

CoD.  54.  —  Même  titre  et  même  contenu  que 
le  manuscrit  précédent ,  sauf  les  numéros  VI  et  sui- 
vants. Mais  on  trouve  ici  en  plus  :  1"  L'ordre  de  la 
Bénédiction  du  genre  humain  (du  mariage).  — 
2"  Huit  prières  (r^sôVvayi)  à  réciter  à  la  fin  de  la 
messe,  composées  par  'Kbedjésus  de  Nisibe. 

Achevé  en  1882  de  notre  ère,  par  *Isa,  fils  d*Isaïe. 

CoD.  55.  —  Même  titre  et  même  contenu  que 
le  ms.  53. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       501 

Suivent  plusieurs  r^sôVxcku  composés  par  *Ebcil- 
jésus  de  Nisibe,  les  prêtres  Israël,  Guiwarguis  et 
Damien  d'Alqôs. 

Achevé  en  i856  de  notre  ère,  par  ie  prêtre  Abraham 
Sekwana. 

GoD.  56.  —  Même  titre  et  même  contenu  que 
le  ms.  53. 

Suivent  :  i**  Avertissements  touchant  l'autel.  — 
2°  Quelques  prières  à  réciter  avant  et  après  le  repas. 
—  3°  Plusieurs  r^£ô)r\avi  composés  par  *Ebedjésus 
de  Nisibe,  'Abdîsô^  de  Gazarta,  et  le  prêtre  Israël. 

Terminé  en  2027  (1716),  à  Alqôs,  du  temps  de  Mar  Elia, 
patriarche,  par  Homo,  prêtre,  fils  du  prêtre  Daniel,  fds  du 
prêtre  Elia;  il  a  été  donné  par  le  prêtre  Joseph  pour  Téglise 
de  Notre-Dame  dans  le  village  de  Ilourdapna. 

CoD.  57.  —  Même  titre  et  même  contenu  que 
le  uis.  53. 

Suivent  les  prières  du  matin  pour  les  fêles ,  com- 
posées par  le  patriarche  Elia  III,  surnommé  Abou- 
halim,  et  plusieurs  r^sôVuiiA. 

Achevé  à  Mansouiya ,  par  Joseph,  prêtre,  fils  du  prêtre 
David.  —  Sans  date.  Ecriture  du  xvii*  siècle. 

CoD.  58.  —  KfiHKSx  r^fA  ^  \^  «Ordre  de  la 
Liturgie.  » 

Suit  le  livre  de  la  nourriture  des  prêtres  et  de  la 
préparation  à  la  messe.  Ouvrage  traduit  du  latin  en 
syriaque ,  en  1 7  9  5  de  notre  ère ,  par  le  prêtre  Joseph , 
fds  d'Abraham ,  de  *Ainkawa. 


!>0S  M  AI- JUIN  1900. 

CoD.  59.  —  Livre  de  pii^M  liturgiques  compre- 
nant :  i""  Le  Psautier;  a""  La  partie  du  Bréviaire 
appelée  nVvzDAO  •jpajoa. 

Achevé  en  ai5a  (i8ai),  à  Beridjya  de  Tehonma,  par 

Moïse ,  prêtre. 

CoD.  60.  —  Prières  appelées  ^Avra^o  yai^uy^. 

Terminé  en  2102  (1791),  à  Guessa  en  Tehouma,  situé 
tout  [très  du  couvent  de  Mar  Sunéon  bar  Çabba'é.  Ecrit  par 
llaydéni,  diacre,  fils  du  prêtre  Yabo,  fils  de  Moïse. 

GoD.  61.  —  KfÂ^uxuti  r<!siki^  «  Bréviaire.  » 

Ce  livre  contient  1  oiTice  des  dimanches  de  toute 
Tannée,  des  fêtes  mobiles  et  des  jours  du  Carême  et 
des  Rogations. 

A  la  fin  du  livre  se  trouve  le  calendrier  nestorien 
[r^\jL2DSfy  i<?!i\,\a^) ,  arrangé  par  le  prêtre  Israël 
d'Alqôs. 

Achevé  en  2016  (1706),  à  Alqôi,  par  Gniwargiiîs ,  prêtre, 

i ils  du  prêtre  Israël. 

CoD.  62.  —  Même  ouvrage  que  le  précédent. 

Achevé  en  202 6  (  1 7 1 5  ] ,  du  temps  de  Mar  ^a ,  patriarche , 
par  Guiwarguis,  prêtre,  fils  du  prêtre  Israël,  fils  da  prêtre 
Jiorinezd,  fils  du  prêtre  Israël;  il  a  été  donné  par  Dawonda, 
ch(;f  du  village  de  Cardess ,  pour  Téglise  de  Notre-Dame  da 
même  village. 

CoD.  63.  —  Même  titre  que  les  deux  précédenta. 

Terminé  en  20/(9  (1 738) ,  à  Alqôs ,  du  temps  de  Mar  Hia, 
par  le  prêtre  Joseph,  iils  du  prêtre  Gniwargaif,  fils  da 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       503 

prêtre  Israël;   il  a    été  donné  par  Azdyé,  fille  de  Sapar 
d'Aiqôs ,  pour  le  couvent  de  Rabban  Hormezd. 

CoD.  64.  —  i<!iHAOt\-:\o  Kf'^t^^n  i<r\V^«  Of- 
fice pour  les  fêtes  de  N.-S.  et  les  commémoraisons 
(des  saints).  » 

Ce  volume  renferme  les  offices  suivants  :  i**  Fête 
de  Noël.  —  a''  Commémoraison  delà  sainte  Vierge.  — 
y  Fête  de  TEpiphanie.  —  4°  Commémoraison  de 
saint  Jean-Baptiste,  —  S**  des  saints  Pierre  et  Paul, 
6**  de  saint  Etienne ,  —  y**  des  docteurs  Grecs,  —  8°  des 
docteurs  Syriens,  —  9**  de  l'Unité  de  Personne,  — 
1 0°  des  Défunts,  —  1  i**  des  Confesseurs,  —  1  2°  de 
saint  Georges,  —  1 3°  de  Smoni  et  de  ses  enfants.  — 
1  Ix"  Fête  de  l'Ascension.  —  1 5°  Commémoraison  de 
saint  Thomas ,  —  1 6°  de  saint  Cyriaque.  —  1  y"  Fête 
de  la  Transfiguration.  —  1 8°  Fête  de  la  Croix. 

Achevé  en  iqSS  (1672),  à  Alqôs,  par  le  prêtre  'Abdisô', 
lils  du  prêtre  Hormezd,  fils  du  prêtre  Israël.  Ecrit  sur  les 
oixlres  de  M ar  Eiia ,  patriarche ,  pour  le  couvent  de  R.  Hor- 
mezd. 

CoD.  65.  —  Même  titre  et  même  contenu  que  le 
précédent. 

Terminé  en  2087  (1 726 ) ,  à  Alqôs,  du  temps  de  Mar  Ella , 
par  Yalda,  fils  du  prêtre  Daniel,  fils  du  prêtre  Eiia,  fils  du 
prêtre  Daniel.  Il  a  été  donné  pour  Téglisede  S.  Christophore , 
par  Matté ,  Ibrahim  et  le  prêtre  Israël ,  du  village  de  Dezzé. 

CoD.  66.  —  i<r^tv-xA.-ro,xm  Kf^rxoA^^i  i<1idVv^ 


504  MAI-JUIN  1906. 

'Uk-rann  r^^'S  f\*i  ncLV^^"^  r^^ÙM^j^  «  Office 
complet  de  la  Gommémoraison  de  Mar  Siméon  bar 
Sabba'é,  composé  en  2 06 5  des  Grecs  {1  y 54),  parle 
prêtre  Warda ,  fils  de  I^azare,  du  village  de  Darband 
dans  le  pays  de  Tragawar.  » 

Achevé  en  3097  (  1786),  à  Beith  Daïwé,  dans  le  district 
de  Sapai,  au  temps  de  Mar  Siméon,  patriarche,  par  Djalalî, 
pr(>trc ,  fils  de  Khoso ,  fils  de  Hazzo. 

A  la  iîn  se  trouve  une  oraison  funèbre  (l^jcÂ^^so)  com- 
posée par  le  prêtre  Sapar  sur  la  mort  du  susdit  prêtre  Warda; 
celui-ci  mourut  en  3068  (1757),  frappé  par  le  choléra. 

CoD.  07.  —  AcLtLit^  Kaskoul;  partie  du  bréviaire 
contenant  TOfTice  pour  les  jours  de  la  semaine.  C'est 
un  extrait  du  grand  Houdra  (cod.  61). 

Ecrit  en  3089  (1738),  à  Alqôs,  au  temps  de  Mar  Eiia, 
par  Siméon,  prêtre,  ills  du  prêtre  Yalda,  fils  du  prêtre 
Daniel. 

Coi).    08.     —    i^.30uV5<*^'^  tdiaVvA    «  Livre 

d'Homélies.  » 

(le  volume  contient  A  2  k2sp3X5^^9  <lon^  ^9- ont 
été  composés  par  'Ebedjésus  de  Nisibe,  a  par 
Khamis,  et  un  par  *Abdîsô*  de  Gazarta. 

Suit  le  livre  des  chants  (i<r^iu\,a.M^i^a2kV2k)  pour 
tous  les  dimanches  et  les  fêtes  de  Tannée. 

Sans  date.  ?iCriture  du  xvi*  siècle. 

CoD.  09.  —  Même  ouvrage  que  le  cod.  précédent. 
Achevé  en  1 883  de  notre  ère ,  par  Elia,  moine  de  Saqlawa. 


IJÉ 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       505 
CoD.  70.  —    i^-sôVxoyitv  1^— liXx  '^   «Livre   de 
prières  à  réciter  à  la  fin  de  la  messe.  « 

Ce  volume  contient  i  g  rd£ô)r\ayi  dont  quelques- 
uns  sont  attribués  au  prêtre  Israël  d'Alqôs,  à  Mar 
'Abdisô'  de  Gazarta  ;  cinq  sont  en  karsouni  et  attribués 
à  Joseph  II,  patriarche,  et  au  prêtre  Kheder  de 
Mossoul. 

Les  i^=ô)r\avi  (conclusions),  qui  se  récitaient  au- 
trefois à  la  fin  de  la  messe,  sont  maintenant  tombés 
en  désuétude;  ils  sont  écrits  pour  la  plupart  en 
strophes  acrostiches  et  en  vers  de  douze  syllabes. 

Achevé  en  i8/i3  de  notre  ère,  par  Louis,  moine,  dans  le 
couvent  de  R.  Hormezd. 


CoD.  71.  —  vd»H.jL.u-ftn  i<rX,fc-\,n^ 
vdsciHjc   K  Ordre  de  la  cellule  pour  les  moines  no- 


Volume  composé  de  21  cahiers  de  10  feuillets,  mesurant 
20  centimètres  sur  li. 

^  Ce  volume  contient  :  1°  Office  des  vêpres,  de  la  nuit  et  des 
heures,  pour  tous  les  jours  de  la  semaine.  —  2°  Prières  avant  de 
se  coucher.  —  3°  Office  des  morts  pour  tous  les  jours  de  la  semaine. 
—  4"  Prières  à  réciter  avant  la  lecture  du  N.  T.  —  5°  Prières  de 
l'Itinéraire.  —  6"  Ordre  de  l'Alimentation  de  la  grâce.  —  7°  Prière 
à  réciter  avant  de  se  coucher,  composée  par  Elia  de  Nisibe.  — 
8"  Livre  des  vivants  et  des  morts  dont  on  lit  les  noms  aux  fêtes 
de  N.-S.  —  9°  Office  pour  les  moines  étrangers  et  solitaires, 
composé  par  Rabban  âoubhalisô*,  R.  Yalda  et  R.  Moïse,  le  fonda- 
teur du  couvent  de  Beilh  Sayaré.  —  10°  Prières  à  réciter  avant 
et  après  le  repas.  —  11"  Diverses  prières.  —  12"  Prières  avant  et 
après  la  Communion ,  etc. 

VII.  33 


506  MAI-JUIN   1906. 

Achevé  en  'j  1  'j8  (  18 1 7  ) ,  dans Téglise  de  Notre-Dame ,  aux 
environ»  du  village  de  Siador,  dans  le  pays  de  Tyaré ,  par 
llaydéni,  prêtre,  fils  du  prêtre  Yabo,  du  village  de  Gucssa. 

CoD.  72.  —  Même  ouvrage  que  le  précédent  ^ 
On  trouve  à  ia  suite  :  1*  Prières  du  matin  pour 
les  fêtes  de  N.-S. ,  composées  par  Elia  III,  patriarcho. 

—  2"  Discours  en  vers  de  douze  syllabes,  sur  ie 
jugement  dernier,  composé  par  Jacques  (de  Sa- 
roug?)  —  3°  Discours  en  vers  de  douze  syllabes 
sur  Mar  Samli,  composé  par  son  disciple  Brikhisô\ 

—  A°  Discours  en  vers  de  douze  syllabes  sur  Mar 
Yozadaq.  —  5**  Discours  en  vers  de  douze  syllabes 
sur  Mar  Denha,  patriarche  (publié  par  Chabot  et 
(ensuite  par  Bedjan).  —  6°  Discours  envers  de  douze 
syllabes  sur  ia  perfection ,  intitulé  i^jjX^^  rtfVsot^sa 
composé  par  Barhebraeus  et  augmenté  par  Khamis. 

Sans  date.  Ecriture  du  xiv"  siècle. 

CoD.    73.    —    rd'-kt^  ^  ^     r^\-^^     i^ituLA^ 


r^)r\cLA^  .raoVvo  .  *Tr>.  %  \    v\<\    *ni<r  r^  v  ^Xv  np^n 


i^iAïkJcnti  i<^Aif.  ((  Prières  du  matin  pour  les 
fêtes  (de  N.-S.),  composées  par  Mar  Élia  III,  pa- 
triarche, surnommé  Âbouhalim,  et  autres  prières 
|>our  les  dimanches,  les  commémoraisons,  les  ven- 

'  Dans  cet  exemplaire  manquent  les  numéros  9^  iu%  ii%  et  ia\ 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       507 

dredis  du  Carême  et  autres,  composées  par  Sallita 
de  Res^ayna.  » 

A  la  fin  se  trouve  l'ordre  de  la  procession  pour  ie 
jour  de  Pâques  (rd^iTa^o-rv  \^iX^^-a  r^cv>"\^). 

Achevé  en  1994  (i683),  à  Alqôs,  par  Yaida,  diacre;  il  a 
été  écrit  pour  Tég^ise  de  Karsawa. 

CoD.  74.  —  Même  titre  et  même  contenu  que  le 
précédent.  Suivent  quelques  hymnes  composées  par 
Gabriel  de  Mossoul,  Khamis,  Isaac  Sbednaya  et 
Isô'yahb  barMqadam. 

Sans  date.  Ecriture  du  xvi'  siècle. 
CoD.    75.    ^"^Vv.     9X=3^    KfSjJA^'^   ^^=3Vv^ 

«  Livre  de  Toffice  pour  les  défunts  séculiers.  » 

Suivent  les  rites  pour  les  enfants  et  pour  le  second 
et  le  troisième  jour  des  funérailles;  puis  les  KjcHnro 
pour  tous  les  ordres. 

Achevé  en  20^2  (lySi),  à  Alqôs,  au  temps  de  Mar  Elia, 
patriarche ,  par  Siméon  prêtre ,  fds  du  prêtre  Yalda ,  fils  du 
prêtre  Daniel;  il  a  été  donné  par  Hélène,  fille  de  Nisan, 
du  village  de  Dezzé ,  pour  Téglise  de  Mar  Christophore. 

CoD.  76.  —  rdraifvj^  Vv  k  ^or^  r^^  %  iox^a 
t^oi^k^  v^k^a^w-^  «  OflBce  pour  la  sépulture  des 
prêtres.  » 

C'est  le  complément  du  précédent. 

Achevé  en  2o35  (1724),  à  Alqôs,  du  temps  de  M  ar  fiia 
par  'Abdisô' ,  prêtre ,  fils  du  prêtre  Hadbsabba. 

33. 


508  MAI-JUIN   1906. 

CoD.  77.  —  Même  ouvrage. 

Achevé  en  1882  de  notre  ère,  par  Elias,  moine  de  Saq- 
lawa. 

GoD.  78.  —  Kf)(ui.^..=3'3i  r^^^jsmt^sfy-si  x^ry^i^ 
T^aiAi-si  «  Livre  d'homéiies  pour  les  Rogations  des 
Ninivites  »,  choisies  parmi  les  homélies  de  Mar 
Aprem  et  Mar  Narsai.  Cet  office  est  inséré  dans  le 
Brcvarium  Chaldaicam  (pars  1),  édité  par  P.  Bedjan. 

Achevé  en  1868  de  notre  ère,  dans  le  coavent  de  Notre 
Daine-des-Semences ,  par  Augustin ,  prêtre. 

Coi).    79.  —  i^WAx'Vi^  r^Vv9C.dbLac)r\'3i  t^omu 

i^i^cu  «  Exposition  de  tous  les  offices  de  TEglise,  et 

différentes  notices  sur  la  vie  de  N.-S.  et  sur  les  fêtes 
dominicales ,  par  un  ami  de  la  science.  » 

Voir  lanalyse  de  cet  ouvrage  dans  Assémani 
[B.O.y  III,  pars  i,  5i8-54o).  L auteur  est  Guiwar- 
guis  d'Arbèles. 

Achevé  en  1887  ^^  notre  ère,  par  Elias,  moine  de  Saq- 
law  a. 

CoD.  80.  —  •^^cnîrxo.ra  A^k.'^  i^\.:o«^-.SP9 
\<A^\<?=\  «  Poème  sur  la  grandeur  du  sacrifice  de  la 

messe.  » 

Ce  poème,  en  vers  de  douze  syllabes,  figure  sans 
nom  d'auteur  dans  plusieurs  manuscrits;  qudques- 


ffflÉtfi-.ifciii?^iri  i  ■ 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       509 

uns  Tattribuent  à  'Abdîsô'  de  'Elam  ;  d  autres ,  plus 
vraisemblablement,  à  Narsai.  Il  a  été  publié  }3armi 
les  homélies  de  Narsai,  par  le  P.  Mingana  [Narsai 
homiliœ,  Mausilii,  1906,  t.  I,  p.  270). 

CoD.  82.  —  r^Var3k«V\'^  r^ojjoci  i<1^JL!^ 
r^Vxo^-v—B'^a-m'^  Vv-x-â^civ^  «  Ordres  et  canons  de 
la  pénitence,  c'est-à-dire  de  la  confession.  » 

Ce  volume  traite  des  péchés,  de  la  contrition,  de 
la  confession,  des  règles  à  suivre  dans  l'application 
des  pénitences,   des  devoirs   du  confesseur,  etc. 

Volume  composé  de  9  cahiers  de  10  feuillets,  mesurant 
17  centimètres  sur  12. 

Achevé  en  2o58  (1747),  à  Alqôs,  du  temps  de  Mar  Elia, 
patriarche ,  par  Hanna ,  prêtre ,  fils  du  prêtre  Homo ,  fils  du 
prêtre  Daniel,  fils  du  prêtre  Elia. 

CoD.  82.  —  «  Uecueil  d'exposés  Uturgiques.  »  Il 
renferme  : 

1"  Poème  sur  la  grandeur  du  sacrifice  de  la  messe 
(cod.  80).  —  2"  Explication  des  offices  de  TEglise, 
composée  par  Abraham  bar  Lipéh.  —  3"*  Questions 
des  saints  Grégoire  et  Basile.  —  4°  Extraits  du 
chapitre  ix  du  livre  des  Scholîes  (cod.  26).  — 
5**  Extraits  du  livre  de  Guiwarguisv/rArbèles 
(cod.  79).  —  6**  Discours  en  vers  de  douze  syllabes 
de  Jean  bar  Zou*bi  sur  le  saint  sacrifice  de  la  messe. 
—  7**  Discours  du  même,  sur  l'origine  du  saint 
levain  et  des  saints  mystères.  —  8"  Extraits  du 
livre  des  Causes  des  sacrements,  composé  par  Timo- 
thée  II  (cod.  40). 


510  MAI-JUIN   1906. 

Volume  Ibmië  de  22  cahiers  de  10  feuillets,  mesurant 
3o  centimètres  sur  21.  Achevé  en  1894  de  notre  ère,  par 
Paulos ,  moine. 

CoD.    83.    —    rcrifVJC-3Ôje.V\  pLjt.€L^t\  ^  -^   ^ 

r^oÀ-^ci  «  Explication  des  offices  de  TEglise ,  par 
(jueslions  et  réponses,  composé  par  le  patriarche 
Joseph  II.  » 

Cet  ouvrage  est  divisé  en  cinq  sections;  il  traite 
(le  la  prière,  des  ordres,  des  offices,  du  saint  sacre- 
ment de  Taute]  et  du  baptême. 

Achevé  en  2io4  (179^),  à  Tella-Zqipa ,  par  Abraham, 
prêtre,  fils  de  Marbchnam. 

CoD.  84.  —  Même  ouvrage  que  le  précédent.  A 
la  fin  se  trouvent  deux  lettres  du  pape  Innocent 
adressées  à  Joseph  II,  patriarche,  en  1698,  et  tra- 
duites en  syriaque  par  le  destinataire  lui-même. 

CoD.  85.  —  Recueil  d'hymnes  de  Khamis  bar  Qar- 
dahé;  savoir  : 

1  °  Vingt  hymnes  sur  les  fêtes  de  N.-S. ,  ie  Carême , 
lunité  de  personne  et  le  jugement  dernier.  —  a" 
Poème  sur  le  ver  à  soie  et  sa  comparaison  avec 
rame.  —  3*"  Satire  sur  la  rusticité  des  Ârbéliens. 

—  /i°  Poésie  sur  la  louange  d\m  certain  écrivain. 

—  5°  Discours  métriques  sur  toutes  les  lettres 
(le  l'alphabet.  —  6"  Diverses  poésies  (r^-:b»SV\ 
iO(Uk3ê.coo-^)  :  a.  2  7  poésies  en  vers  de  douze  syllabes , 
sur  les  attributs  divins  el  la  sagesse;  b.   27  poésies 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  SYRIAQUES.       511 

contenant  autant  de  modèles  de  lettres  amoureuses; 
c.  l\lx  poésies  sur  la  sagesse;  d.  46  poésies  par  les- 
quelles se  connaît  lamour;  e.  Ix']  poésies  contenant 
des  conseils  touchant  les  choses  éternelles; 
/.  168  poésies  sur  divers  sujets  :  la  rose,  la  cire, 
le  silence,  Téventail,  etc.  —  7**  Trois  hymnes 
sur  le  mystère  plein  de  splendeur.  —  8°  Sur  la  sortie 
de  Tâme  du  corps.  —  9"  Deux  hymnes  sur  le  vin. 
—  10"  Hymne  du  prêtre  Halya(i<a\M)  sur  le 
vin. 

Sans  date.  Ecriture  du  xvii"  siècle. 

GoD.  86.  —  Recueil  d*hymnes  et  de  poèmes, 
i*"  Poème  de  Gabriel  de  Mossoul  sur  Sabrîsô', 
fondateur  du  couvent  de  Beith  Qôqa.  —  2**  18 
hymnes  de  Khamis  sur  la  pénitence  et  les  Rogations. 
3°  Hymne  du  prêtre  Sliba,  fils  du  prêtre  David, 
sur  les  Rogations.  —  4"  Huit  hymnes  de  Khamis 
sur  TA  vent,  Noël,  le  Jeudi  Saint,  Pâques,  l'As- 
cension et  la  Groix.  —  5°  Poème  de  Khamis  sur 
Isô'sabran,  martyr.  —  6"  Hymne  d'Isaac  Sbed- 
naya  sur  les  Rogations,  composée  en  lySi  des 
Grecs  (i/i/40).  —  7**  Deux  hymnes  du  même  sur 
saint  Georges  et  sur  la  Croix. 

Achevé  en    1868  de  notre  ère,  à  Alous,   par  Jacques, 
moine. 

GoD.    87.   —  GoUection  d'hymnes  de  Guiwar- 
guis  Warda. 

Ge  livre  contient  plus  de  1  20  hymnes  de  Warda.. 


512  MAI-JUIN   1906. 

sur  les  fêtes  de  N.-S.,  de  la  sainte  Vierge,  des  saints, 
tous  les  dimanches  de  Tannée,  les  Rogations,  le 
jeûne  et  la  pénitence,  etc.  Il  contient  encore 
quelques  autres  hymnes  dun  auteur  anonyme,  sur 
les  docteurs  syriens ,  sur  les  apôtres ,  sur  les  saints , 
sur  les  patriarches  nestoriens  depuis  Addai  jusqu*à 
Timothée  II,  etc.  Quelques  autres  hymnes  sont  attri- 
buées au  prêtre  Sliba  de  Mansourya ,  à  Salomon  do 
Bassorah,  Ix  Mari  bar  MSihaya,  etc. 

Achevé  à  Alqôs,  en  2o3i  (1720),  du  temps  de  Mar  ^a, 
par  Joseph ,  prêtre ,  fils  du  prêtre  Guiwarguis ,  fils  du  prêtre 
Israël ,  fils  du  prêtre  Hormezd  ;  il  a  été  donné  par  le  chef 
Dawouda  à  Téglise  de  Notre-Dame  de  Cardess  dans  le  dis- 
trict de  *Aqra. 

CoD.  88.  —  Même  contenu  que  le  cod.  87. 

Achevé  à  Telképé  en  iggS  (1682),  par  le  prêtre  Kando, 
iils  de  Hanna ,  fils  de  Khoidjaq  ;  ii  a  été  donné  à  Téglise  de 
llourdapna  par  le  prêtre  Joseph. 

CoD.  89.  —  Même  contenu  que  le  cod  86. 
Suivent  :  1°  Hymne  sur  la  pénitence,  composée 
par  le  prêtre  Israël  d'Alqô§,  en  190*1  (iSgi). 
—  2**  Neuf  hymnes  de  Warda  sur  la  pénitence. 

Sans  date. 

[La  suite  an  prochain  cahier.) 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  513 


NOUVELLES  ET  MELANGES. 


SEANCE  DU  11  MAI  1906. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie  sous  la  prési- 
dence de  M.  Barbier  de  Meynard. 

Etaient  présents  : 

MM.  Seka^t,  vice-président,  Allotte  de  la  Fuye,   Bas- 

MADJIAN,  BOURDAIS,  BoUVAT,  A.-M.  BoYER  ,   Ca BATON  ,  CaRRA 

DE  Vaux,  J.-B.  Chabot,  de  Charencey,  Coedès,  Decourde- 
manciie,  RubensDuvAL,  Dussaud,  Faïti.ovitcii,  Farjenel, 
FiNOT,  FossEY,  Gaudefroy-Demombynes,  Graffix  ,  Grenard  , 
Halévy,  V.  Henry,  Cl.  Huart,  Labourt,  Sylvain  Lévi  ,  Ma- 
cler,  Meillet,  Pelliot,  Revillout,  Schwab,  Tamamghef, 
Thureau-Daxgin,  membres;  Ciiavannes,  secrétaire. 

Le  procès- verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et  adopté. 

Le  président  donne  communication  d*une  lettre  par  la- 
quelle le  Comité  constitué  à  l'occasion  de  la  fondation  de 
Goejc  exprime  ses  remerciements  à  la  Société  pour  Tappui 
qu'elle  lui  a  prêté. 

Sont  reçus  membres  de  la  Société  : 

MM.  le  général  de  Beylié,' 26,  rue  Godot-de-Mauroi , 
Paris,  présenté  par  MM.  Finot  et  Pelliot. 
Henri  Galbrun,  11,  rue  de  Luynes,  présenté  par 
MM.  Fossey  et  Meillet. 

M.  Schwab  présente  un  livre  de  M.  A.  Fevret,  intitule  : 
Antiquités  égyptiennes ,  grecques  et  romaines  appartenant  à  A, 
Philip. 


514  MAI-JUIN  1906. 

i\I.  FiNOT  sipn^ale  la  découverte  faite  par  M.  Parmenticr 
près  du  temple  de  Pô  Nagar  (Ànnam)  d*uii  vase  de  cuivre 
portant  une  inscription  chame  de  1117  caka  =  iig5  A.  d. 

M.  DK  CiiABRNCBY  propose  d'expliquer  par  le  mot  turc^a- 
rahataq,  signifiant  «  cormoran  » ,  le  terme  d*argot  «  se  carapa- 
ter  ». 

M.  Basmadjian  rectifie  une  erreur  commise  par  les  histo- 
riens au  sujet  du  roi  de  la  Petite- Arménie  Lusignan ,  cin- 
quième du  nom. 

M.  Halkyy  discute  ia  théorie  de  M.  Boll  et  celle  de 
M.  Chavannes  concernant  le  cycle  des  douze  animaux  :  il  ex- 
pose les  raisons  pour  lesquelles  il  estime  que  ce  cjcLe  doit 
être  d'origine  égyptienne. 

W  Graffix  présente  le  fascicule  I  du  tome  IIl  de  la  Pa- 
irologia  orientalis  (Histoires  d*Ahoudemmeh  et  de  Marouta, 
par  F.  Nau). 

A  la  suite  d'observations  présentées  par  M.  Fosaey,  et 
après  une  discussion  à  laquelle  prennent  part  MM.  Barbier 
de  Meynard,  Senart,  Sylvain  Lévi,  Decourdemanche ,  la 
Société  décide  que  la  Commission  du  Journal  se  réunira 
dorénavant  une  fois  par  mois  et  statuera  sur  les  articles  qui 
seront  proposés  pour  être  insérés  dans  le  Journal. 

La  séance  est  levée  à  6  heures. 

OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOCIÉTÉ. 
Par  m.  lb  Président  : 
SiDi  Abou  Ali  El-Ghauthi  ben  Mohammed.  Traité  de 
musique  (on  arabe).  -  Alger,  1904;  in -8". 

Par  les  Auteurs  : 

Edouard  Ciia vannes.  Le  Cycle  des  douze  animaux  (Extrait). 
-  Leide,  1906;  in-S". 

A.  Mkillet.  L'éiai  actuel  des  études  de  linfjfuittiqae.  — 
S.  l.,i9o();in-8\ 

F.  Naii.  Patrologia  Orientalis,  III,  i.  Histoires d'Ahoademmêh 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  515 

et  de  Maroata,  suivies  du  Traité  d'Ahoudemmeh  sur  l'homme. 
-  Paris ,  s.  d:  ;  gr.  in-8". 

A.  Fkvret.  Antiquités  égyptiennes,  grecques  et  romaines 
appartenant  à  A,  Philip  et  à  divers  amateurs.  -  Paris,  igoS; 
in-8\ 

Par  les  Éditeurs  : 

Revue  critique,  4o*  année,  n"*  13-17.  "  P^rîs»  1906; 
in-8^ 

The  Korea  Rcview ,  VI,  2.  -  Séoul,  1906;  in-S**. 

Revue  archéologique,  mars -avril  1906.  -  Paris,  1906; 
in-8". 

Polyhiblion,  avril  1906  (partie  littéraire  et  pairie  tech- 
nique). —  Paris,  1906;  in-8*. 

Revue  biblique,  avril  1906.  -  Paris,  1906;  in-8*. 

The  American  Journal  of  Semitic  Languages  and  Literaturcs, 
XXll,  3.  -  Chicago  and  New- York,  1906;  in-8*. 

Bessarione ,  fasc.  88.  -  Roma ,  1 906  ;  in-8°. 

Atharva  Veda  Samhità,  translated. . .  by  William  Dwight 
Whiïney.  .  .  revised  by  Charles  Rockwell  Lanman.  -Cam- 
bridge, Mass.,  1906;  2  vol.  in-8*. 

César  Benattar  ,  El-Hadi  Sebaï,  Abdelaziz  Ettéai.bi. 
L'Esprit  libéral  du  Coran.  -  Paris ,  1 906  ;  in-8''. 

Oriens  Christianus ,  W-,  2.  -  Rome,  1904;  gr.  in^** 

Rev.  G.  U.  Pope.  A  Handbook  of  the  ordinary  Dialect  oj 
ihe  Tamil  Language.  Part.  IV:  -4 w  English-Tamil  Dictionary, 
Sevcnth  édition.  -  Oxford,  1906  ;  in-8°. 

The  Indian  Antiquary,  February  1906.  -  Bombay,  1906; 
in-/r. 

J)'  Samuel  Poznanskj.  Arabischer  Commentar  zum  Bûche 
der  Richter.  -  Frankfurt  a.  M.,  1906;  in-8". 

Par  la  Société  : 

Strails  Branch  of  the  Royal  Asiatic  Society.  Journal,  n°'  37- 
44.  -  Singapore,  1902-1906;  in-8°. 

Bataviaasch  Genootschap  van  Kansten  en     Wctemchappen, 


516  MAI-JUIN  1906. 

Tijdschrift,XLVm,  3-4.  —   Verhandelingen ,   LVI,  2-3.  - 
Batavia,  1906;  in-8*  et  in-/r. 

Revue  des  études  juives ,  n"  10a.  -  Paris,  1906;  in-8*. 

The  Journal  of  the  Royal  Asialic  Society^  April  1906.  - 
London ,  1 906  ;  in-8*. 

Bulletin  trimestriel  de  l'Académie  mjolqache,  III,  4*  -Tana- 
narive ,  1 904  ;  in-8°. 

Journal  of  the  China  Branch  of  the  Royal  Asiatic  Society, 
XXXIV,  1.  -  Shanghai,  1901-1902;  in-8*. 

The  Geographical  Journal,  XXVIÏ,  5.  -  London,  1906; 
in-8^ 

Bulletin  de  littérature  ecclésiastique,  avril  1906.  -  Paris, 
1906;  in-8°. 

O  Oriente  Portuguêz,  II,  11-12;  III,  1-2.  -  Nova  Goa, 
1905-1906;  in-8°. 

Iai  Géographie,  XI F,  3-4-  -  Paris,  1906;  in-8*. 

American  Journal  of  Archœlogy,  January-March  1906.- 
Norwood,  Mass.,  1906;  in -8*. 

Reule  Academia  dei  Lincei^  Rendiconti,  XIV,  9-10.  — 
Atti,  II,  20-12.  -  Roma,  1 906 ;  in-8°  et  in-4*. 

• 
Par  le  Ministère  de  lInstruction  publique  et  des  Beaux-Arts  : 

Adhéinard  Leglère.  L^s  Livres  sacrés  du  Cambodge,  i**  par- 
lie.  -  Paris,  1906;  in-8*. 

Revue  de  Vhistoire  des  religions,  fasc.  1 56 -167.  -  Paris, 
1 906- 1 906  ;  in-8°. 

Emile  GriMEX.  Conférences  faites  au  Mutée  Gaimet,  — 
Paris,  1906;  in- 18°. 

Journal  des  Savants,  avril  1906.  -  Paris,  1906;  in-4*. 

Bulletin  de  V Institut  finançais  d'archéologie  orientale,  IV,  a. 
-  Le  Caire ,  1 905  ;  in-4*. 

Bulletin  de  Correspondance  hellénique,  XXX,  3-5.  -  Paris, 
1906;  in-8'. 

Mémoires  de  l'Institut  français  d'archéologie  orientale. 
Tome  XIV  :  Fouilles  de  Qattach,  par  MM.  E.  Chassinat, 
IL  (iAiTiEiv  et  11.  PiBRRON.  -  LcCairc,  1906;  in-4*. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  517 

Par  le  Gouvernement  indien  î 

District  Gazetteers  of  the  United  Provinces,  Vol.  XLll  : 
Kheii,  by  H.-R.  Nevill.  —  VoL  XLIV  :  Ganda.  byH.-R. 
Nevill.  Allahabad  and  Naini  Ta! ,  igoS;  2  vol.  in-8". 

Madras  District  Gazetteers,  Statistical  Appendixfor  Karnool 
District.  -  Madras,  1906;  in-8°. 

Par  la  «  Bibliotega  Nazionale  Centrale  »  de  Florence  : 

BoUettino  délie  puhblicazioni  italiane  ricevate  per  diritto  di 
stanipa.  Indice  alfabetico  pel  igoS-igoG,  n°  64.  -  Firenze, 
1905-1906;  in-8°. 

Par  l'Université  Saint-Joseph,  a  Beyrouth  : 
Al-Machriq  ^IX!"  année ^  n"  7-9.  -  Beyrouth,  1906;  in-8", 


ANNEXE  AU  PROCès- VERBAL. 

(Séance  du  11  mai  1906.] 


UNE   TROUVAILLE  ARCHEOLOGIQUE 
AU  TEMPLE  DE   PÔ  NAGAR  À   NHATRANG  (aNNAm). 

L'ancien  Champa  avait  deux  grands  sanctuaires  nationaux: 
le  temple  de  Bhadreçvara,  à  Mï-so»n,  dans  le  Quang-nani 
(v"  siècle),  et  celui  de  Bhagavatï  ou  Pô  Nagar,  à  Nhatrang, 
dans  le  Khanh-hoa  (lin  du  viii'  ou  commencement  du 
ix*  siècle). 

L'invasion  annamite  fit  à  ces  deux  temples  un  sort  diffé- 
rent: le  premier,  après  un  pillage  en  règle,  fut  abandonné; 
l'autre  fut  adopté  par  les  envahisseurs,  qui  continuèrent  à 
offrir  à  la  statue  de  Pô  Nagar  les  hommages  qu'elle  recevait 
naguère  des  Chams;  il  est  encore  aujourd'hui  très  révéré  de 
la  population  annamite. 

Ce  monument  est  un  des  plus  beaux  spécimens  de  Tarchi- 


518  MAI-JUIN   1006. 

teclure  chame;  malheareusement  des  vices  de  construction 
ou  (les  tassements  de  terrain  en  ont  compromis  la  solidité  ; 
de  laides  lézardes  le  sillonnent  de  la  base  au  faite.  D  ya  trois 
ans  environ ,  les  Annamites  Justement  inquiets  de  ce  délabre- 
ment croissant,  demandèrent  rautorisatton  d*eSectuer  des 
réparations  qu'ils  étaient  manifestement  hors  d*état  de  mener 
à  bien.  En  leur  interdisant  d'exécuter  ce  travail,  nous  pre- 
nions rengagement  moral  d  y  procéder  nous-mêmes.  Les 
désirs  parfaitement  légitimes  de  la  population  indigène, 
non  moins  que  le  soin  bien  entendu  de  notre  domaine  archéo- 
logique, nous  en  faisaient  un  devoir.  11  fut  donc  décidé  que 
les  travaux  seraient  entrepris  aux  frais  du  Gouvernement 
général  sous  la  direction  de  TEcole  française  d'Extrême- 
Orient.  Nous  avions  par  bonheur  a  TEcole  Thonmie  le  mieux 
qualifié  pour  cette  tâche  délicate ,  M.  Parmentier,  qui  possé- 
dait une  connaissance  approfondie  des  monuments  chams 
et  avait  déjà  consacré  à  Pô  Nagar  même  une  excellente  mono- 
graphie. 

M.  Parmentier  vient  de  se  mettre  à  Tœuvre  et  les  premiers 
coups  de  pioche  ont  déjà  fait  sortir  de  terre  une  intéressante 
trouvaille.  Ce  sont  deux  vases  sacrés  :  Fun  est  une  coupe 
d'argent  en  forme  de  calice  de  fleur  à  cinq  pétales;  l'autre 
esl  un  simple  vase  de  cuivre,  de  matière  moins  précieuse 
que  le  premier,  mais  d*intérét  plus  sérieux,  car  il  porte, 
gravée  sur  le  pied,  une  inscription  chame,  ainû  conçue  : 

Pô  yân  pu  râja  bhagavanta  on  Çakrânta  arâà  Mandânijaya  vuk 
pak  yân  pu  nacjara  çakarâja  iiiJ, 

fl  Sa  Majesté  le  roi  auguste ,  sieur  Çakrânta ,  homme  de  Mandi- 
vijaya,  a  donné  [ce  vase]  à  la  déesse  Pu  Nagara,  en  çaka  11171 
{=1195  A.  D.). 

LHnscription  tombe  dans  cette  période  de  guerre  civile  et 
étrangère  qui  dura  32  ans  (iiia-iiil4  çaka)  et  durant 
laquelle  des  usurpateurs  établirent  en  différentes  régioni  du 
royaume  des  souverainetés  éphémères.  Il  est  probable  que  le 
donateur  du  vase  de  Nhatrang  était  un  de  cet  rob  impovisés. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  519 

En  effet ,  d'après  le  protocole  cham ,  les  noms  royaux  complets 
se  composent  de  trois  éléments:  i"  le  nom  de  sacre  (abhi- 
sekanâman) ,  terminé  en  varman  :  Indravarman,  Sûryavarman, 
etc.;  2°  le  nom  personnel,  précédé  dé  on  «sieur»  ou  de  cci 
«  prince  »  ;  3°  le  nom  de  fief  terminé  en  -vijaya  «  district  »  et 
précédé  de  arân  «  homme  »  \  Or  notre  personnage  porte  bien 
les  deux  derniers  noms,  mais  le  premier  est  remplacé  par 
hhagavanta,  qui  n'est  probablement  qu'un  qualificatif,  qui 
en  tout  cas  n'est  pas  un  nom  de  sacre.  Il  n'était  donc  pas 
sacré,  et  s'il  ne  Tétait  pas,  on  ne  peut  guère  voir  en  lui  le 
roi  légitime ,  mais  plutôt  un  des  nombreux  aventuriers  qui , 
à  celte  époque  troublée,  se  disputaient  la  couronne. 

Cette  découverte  est  encore  intéressante  en  ce  qu'elle 
fournit  un  document  de  date  certaine  pour  rhistoire  des  arts 
du  métal  au  Champa.  Les  objets  trouvés  jusqu'ici,  bronzes, 
vases  funéraires,  bijoux  ne  pouvaient  être  datés  qu'avec  une 
grande  incertitude  ;  celui-ci  donne  un  point  de  repère  très 
sûr. 

Enfin  cette  trouvaille  permet  d'espérer  que  d'autres  pièces 
du  trésor  du  temple,  enterrées  à  l'approche  des  années  an- 
namites, ne  tarderont  pas  à  revoir  le  jour.  Nous  souhaitons 
([ue  M.  Parmentier  retrouve  ici  les  succès  qui  ont  signalé  ses 
fouilles  de  Dong-du>o>ng  et  de  Mî-so>n.  Nous  sommes  en  tout 
cas  assurés  qu'il  y  apportera  la  même  habileté  technique  et 
la  même  conscience  scientifique. 

L.  FiNOT. 

'  Les  princes  portaient  apparemment   le   nom  du  district  qui 
constituait  leur  apanage  :   on  disait  «homme  de   Turai-vijaya» 
comme  nous  disons  «comte  de  Ponthieu|)  ou  «duc  de  Berri». 


520  MAI-JUIN  1906. 

ANNEXE  AU  PROCÈS-VÉRBAL. 
(Séance  du  ii  mai  1906.] 

LES  LUSIGNANS  DE  POITOU  AU   TRONE   DE  LA  PETITE  ARMENIE. 

En  1096  la  première  croisade  entra  en  Cîlicie. 

La  dynastie  arménienne  de  ce  pays  venait  à  peine  d*y 
être  formée ,  les  Arméniens  étant  gouvernés  par  des  princes 
indépendants. 

Le  pouvoir  était  alors  entre  les  mains  du  baron  Constan- 
tin (1 09 5-1 099  )  qui ,  à  cause  de  son  dévouement  pendant  les 
croisades  et  les  secours  qu*il  donna  aux  Croisés  pendant  le 
siège  d'Antîoche,  reçut  des  Francs  les  titres  de  «comtes  et 
de  «  marquis  ». 

Constantin  ne  refusa  pas  de  donner  sa  fille  en  mariage  à 
Josceiin  de  Courtenay ,  comte  d'Edesse  ;  et  son  frère  Thoros, 
accorda  volontiers  la  main  de  sa  fille  Arda,  à  Baudouin  de 
Boulogne,  frère  de  Godefroy  de  Bouillon. 

Et  ainsi  le  premier  lien  entre  les  Francs  et  les  Arméniens 
fut  établi. 

Les  Lusignans  de  Poitou ,  comme  toutes  les  noblesses  de 
l'Europe ,  prirent  part  aux  croisades.  Mais  il  faut  ajouter  que, 
même  avant  l'arrivée  des  Croisés,  un  des  Lusignans,  Robert, 
était  entré  en  Terre-Sainte  (en  1062)  pour  protéger,  contre 
les  attaques  des  Infidèles,  les  pèlerins  se  rendant  à  Jérusalem. 

En  1210,  Léon  1"  «  le  Magnifique  »,  premier  roi  de  la 
CiUcie  arménienne,  qui  avait  épousé,  en  1189,  la  princesse 
Isabeau  d'Anlioche  et  qui  avait  marié  sa  sœur  Doleta  ou 
Dalilaavec  Bertrand  de  Gil)elet,  épousa,  après  son  divorce, 
en  secondes  noces,  Sibylle,  fille  d*Amaury  de  Lusignan, 
roi  de  Chypre.  Le  fruit  de  cette  union  fut  une  fille  unique , 
Isabelle,  qui  hérita  du  trône  royal  et  épousa  un  Franc, 
Philippe  d*Antioche;  ce  dernier  recueillit  la  succession  du 
royaume  d'Arménie  (1222-1225),  en  régnant  avec  sa  femme. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  521 

Cette  union  franco-arménienne  fut  comdiidée  par  ie  fait 
quun  des  Lusignans,  Guy,  Ait  appelé  plus  tard  au  trône 
dWrménie  (i34a-i344).  Guy  élah  le  oe^rea  4e  Henri  II, 
roi  de  Chypre ,  et  le  fils  d^Anuroiy  de  Loagnaa. 

Le  second  prince  de  Lungwui  épà  oocnpa  k  trdae  d*Ar- 
ménie,  était  Tinfortané  Léon  Y,  appelé  par  erreur  Léon  VI, 
dernier  roi  d*Arménie,  mort  ii  Paris,  en  iS^S. 

Par  conséquent,  émx  et  aecdenient  deux  princes  Luri- 
gnans  ont  régné  en  Arménie,  et  non  cinq,  eonmie  on  pré- 
tend à  tort  jusqu'à  présent. 

L*faistorien  bien  connu ,  Etienne  de  Luaîgnan ,  dit  tlMU  ses 
ouvrages,  par  eiem[^e,  dans  son  Hi^eire  des  rûymKmes  de 
Jémsaleni,  Chypre,  Armhde,  etc.  (p.  Su*)  et  dans  sa  Des- 
cription  de  ffle  de  Chypre  (p.  ^oi"^ ,  qa*3  y  arait  en  Arménie 
cinq  rois  Lusignans,  qm  sent  : 

i""  Hugues  j  fils  d*Amaury  de  Lusignan,  seigneur  de  Tyr 
et  de  Sidon  ; 

2°  Jean,  fils  de  Hugues,  qui  abdiqua  et  entra  dans 
Tordre  des  Frandscains; 

S""  Léon,  neveu  de  }ean  et  fils  d*Amaury,  connétable 
d'Arménie; 

i^  Liuon  (Léon),  troisième  fils  de  Hugues,  c^est-à-dire 
frère  de  Jean  et  du  connétable  Amaury;  enfin 

5°  Léon,  le  dernier  roi  d'Arménie. 

Du  Cange^  conservant  le  même  nombre,  donne  une 
autre  généalogie^  : 

1**  Guy,  fils  d*Alméric  de  Lusignan; 

2*  Constant; 

3°  Constantin; 

4*  Drago,  et 

5"  Léon ,  le  dernier  roi  d'Arménie. 

Dulaurier  commit  la  même  erreur,  en  donnant,  conmie 
les  précédents,  cinq  rois*  : 

>  Familles  dOntr^mer,  édîL  Ray,  p.  i46-t54. 

^  i2ec.Croûai2e««Doc  Armén.,  t.l,p*  703*7 lé  et  p.  7^5 «note  3. 

Tii.  34 


522  MAl^JUIN   1906. 

1*  Juan-Constcuitin; 

2"  Guy,  frère  de  Juan  ; 

S""  Constantin ,  fils  de  Baudouin  ; 

4"  Pierre  1'^,  roi  de  Chypre ,  et 

5°  Léon,  le  dernier  roi  d* Arménie. 

Toutes  ces  erreurs  proviennent  de  ce  que  tous  ces  histo- 
riens, comme  Etienne  de  Lusignan,  Du  Gange,  Le  Labou- 
reur, MiUin,  Lenoir,  Dulaurier,  Lang^ois  et  bien  d'autres, 
lisent  dans  Tépitaphe  du  dernier  roi  d* Arménie  :  «  Léon  de 
Lusignan ,  quint  roy  latin  ».  —  Et  Dolaurier,  pour  appuyer 
sa  thèse,  ainsi  que  celle  de  ses  prédécesseurs,  parle  du  tes- 
tament de  ce  dernier  roi,  qui  aurait  été  écrit  ainsi  :  iLéon 
de  Lusignan ,  quint  roy  latin  du  royaume  d'Arménie  ^  ». 

Quoique  Etienne  de  Lusignan  soit  un  auteur  ancien». il 
est  curieux  de  constater  qu'il  ignore  les  faits  qui  se  sont 
passés  presque  à  son  époque.  Par  conséquent,  je  n*hésite 
point  à  dire  avec  Saint-Martin  qu'il  y  a  i  beaucoup  d'incer- 
titude» dans  ses  ouvrages'.  —  Cet  historien  raconte,  par 
exemple,  que  Léon  de  Lusignan  a  préparé  son  testament 
en  1 396  et  qu'il  est  mort  en  1 4o4  '-  Mais  nous  lisons  dans  Tépi- 
taphe  de  ce  roi  qu'il  est  mort  en  1 3g3  ;  d'autre  part  nous  sa- 
vons que  Léon  avait  préparé  son  testament  un  an  avant  sa  mort. 

Quant  à  Du  Cange ,  Dulaurier  et  d'autres  qui  se  basaient 
sur  l'épitaphe  et  sur  le  testament  de  Léon ,  ils  se  sont  cer- 
tainement trompés  ;  car  en  faisant  moi-même  des  recherches 
sm*  les  lieux,  je  n'ai  pas  trouvé  le  texte  rédigé  ainsi  :  t  Léon , 
quint  roy  latin  du  royaume  d'Arménie  » ,  avec  une  ponctua- 
tion après  «  Léon  » ,  ni  dans  son  épitaphe ,  ni  dans  son  testa- 
ment. Même  si  elle  existait,  d'après  ces  historiens,  Léon 
serait  le  sixième  roi  latin  d'Arménie ,  le  premier  ayant  été 

Philippe  d'Antioche. 

» 

^  DuLÂURiER,  op,  cit,,  p.  735,  n.  3. 

2  Cf.  Mém.  Acad.  Ins.  et  B.-L ,  i836,  vol.  XII,  p.  1^9. 

•''  Description»  etc.,  fol.  202'. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  523 

Voici  ce  que  dit  l*épitaphe  de  Léon  :  «Cy  gist  très  noble  et 
excellët  prince,  lyon  de  lizingne  quït  roy  lati  du  royaume 
darménie  qui  rédi  lame  a  dieu  a  paris  le  .xxix*.  jour  de 
nouêbre  lan  de  grâce  .  m .  ccc .  un .  et  xiii .  pries  pour  lui.  » 
Le  tombeau  de  Léon  se  trouve  actuellement  à  l'abbaye  de 
Saint-Denis,  parmi  les  tombeaux  des  rois  et  des  hommes 
illustres  de  France. 

Le  testament ,  ou  plutôt  la  copie  du  testament  de  Léon , 
conservée  aux  Archives  nationales  de  France  (LL.  i5o5), 
ne  dit  pas  que  Léon  était  le  cinquième  roi  latin  d'Arménie, 
mais  cet  acte  est  mentionné  ainsi  qu'il  suit  dans  un  inventaire 
provenant  des  Célestins  de  Paris  :  «  Testament  authentique 
du  bon  Roy  Léon  de  Lusignan  quint  roy  latin  du  Royaume 
d'Arménie  \  » 

On  voit  nettement  que  dans  aucun  document  Léon  n'est 
nommé  «Léon,  quint  roy  latin».  Cette  erreur  sera  aisément 
réparée,  si  nous  lisons  :  «Léon  de  Lusignan  quint,  roy  latin 
du  royaume  d'Arménie».  Ceci  est  indiscutable,  car  Thistoire 
d'Arménie  du  moyen  âge  nous  apprend  qu'il  y  eut  quatre 
Léon ,  rois  d'Arménie ,  avant  le  dernier  Léon  de  Lusignan  ; 
par  conséquent  celui-ci  est  bien  le  cinquième  du  nom,  — 
Dardel ,  qui  était  le  confesseur  de  Léon  V,  ne  cite ,  dans  sa 
Chronique  d'Arménie ,  que  deux  rois  Lusignans  en  Arménie  : 
ce  sont  Guy  et  son  neveu  Léon,  et  il  appelle  ce  dernier 
«Léon  V».  Je  dois  mentionner  aussi  que  M.  Gh.  KoUer, 
chargé  de  la  rédaction  du  tome  II  des  Documents  Arméniens 
du  Recueil  des  historiens  des  Croisades,  est  du  même  avis  que 
moi. 

Pour  compléter  mon  esquisse  sur  les  Lusignans  d'Armé- 
nie, je  présente  la  liste  généalogique  des  rois  de  la  Petite 
Arménie,  liste  qui  diffère  de  toutes  celles  dressées  jusqu'à 
présent.  Cette  liste  ne  comprend  que  les  princes  ayant 
occupé  le  trône  d'Arménie. 

'  Archives  Nat.,  Layette  A,  liasse  G*\ 


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MAI.JUIN  1906. 


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NOUVELLES  ET  MELANGES.  525 

BIBLIOGRAPHIE. 


M.  Ismaél  Hamet.  Les  Musulmans  français  du  nord  de  l'Afri- 
que, 1  vol.,  in- 12  de  3i6  pages  avec  deux  caries  (Paris,  1906  , 
librairie  Armand  Colin,  5  rue  de  Mézières). 

Dieu  sait  si  l'on  a  beaucoup  écrit  sur  T Algérie  depuis  ia 
conquête  de  i83o.  A  coup  sûr,  les  ouvrages  consacrés  à  notre 
colonie  africaine  suffiraient ,  à  eux  seuls ,  pour  former  une 
vaste  bibliothèque.  Le  livre  que  publie,  en  ce  moment, 
M.  Hamet,  nous  serait  une  preuve  qu'il  restait  fort  à  dire 
encore  et  que  le  sujet  ne  pouvait  passer  pour  épuisé. 

En  effet ,  africain  d'origine ,  musulman  de  religion  et  en 
même  temps  tout  dévoué  à  la  France  dont  il  est  devenu  le 
fds  adoptif ,  qu'il  sert  en  qualité  d'officier  interprète ,  notre 
auteur  se  trouvait  dans  les  conditions  les  meilleures  pour 
bien  juger  ses  compatriotes  d'Algérie ,  se  rendre  compte  de 
leurs  tendances  et  de  leurs  aspirations.  Aussi  son  livre  con- 
tribuera t-il ,  nous  osons  l'espérer,  à  dissiper  plus  d'un  pré- 
jugé et  parfaire,  pour  ainsi  dire ,  l'éducation  du  public  français. 

L'ouvrage  de  M.  Hamet  se  divise  en  trois  parties  intitulées  : 
M  Le  passé,  le  présent,  l'avenir  ».  Avec  lui,  nous  assistons  aux 
débuts ,  ainsi  qu'aux  progrès  de  la  civilisation  apportée  dans 
le  nord  de  l'Afrique  par  les  Carthaginois  d'abord ,  ensuite  par 
les  Romains.  Puis  vient  l'invasion  des  Vandales  dont  la 
puissance  éphémère  sera  bientôt  brisée  par  les  Byzantins. 
A  ceux-ci  ne  tardent  pas  d'ailleurs  à  succéder  les  Arabes. 
La  race  indigène ,  avec  sa  flexibilité  habituelle ,  accepte  tour 
à  tour  le  genre  de  vie  et  les  croyances  de  ces  vainqueurs 
successifs,  mais  tout  en  absorbant  ces  derniers,  grâce  à  sa 
supériorité  numérique. 

Nous  savons  peu  de  pages  plus  propres  à  piquer  la  curio- 
sité du  lecteur  que  celles  ou  l'auteur  fait  un  éloge,  somme 
toute  justifié  ,  de  l'esprit  de  tolérance  dont  furent  longtemps 


526  MAI -JUIN   100.6. 

preuve  les  Kiialifes  de  Cordoue  et  de  Bagdad.  Les  chrétiens 
d^ailleurs  en  bénéficièrent  non  moins  que  les  Juifs.  Bien 
souvent,  leur  politique  sur  ce  point  méritera  d*étre  citée 
comme  exemple  aux  puissances  occidentales.  Toutefois,  il 
ne  faut  pas  exagérer  et  nous  demandons  pardon  à  notre 
auteur  s*il  nous  semble,  sur  ce  point,  un  peu  porté  à  voir 
les  choses  en  beau. 

Les  Musulmans  montrèrent  souvent  des  tendances  véri- 
tablement libérales  dans  leurs  relations  avec  les  dissidents. 
Niera-t-on  que  cet  esprit  de  tolérance  ne  se  soit  trouvé  parfois 
renfermé  dans  d'assez  étroites  limites? 

M.  Hamet  cite  lui-môme  l'exemple  de  plusieurs  chrétiens 
d'Espagne  auxquels  un  esprit  trop  ardent  de  prosélytisme 
valut  la  couronne  du  martyre.  Avouons  que  leur  zèle  les  en- 
traînait bien  loin ,  puisqu'ils  allaient  prêcher  contre  Tlslam 
jusqu'à  la  porte  de  ses  temples.  Néanmoins,  le  châtiment 
semblera,  croyons-nous,  très  sévère  pour  de  simples  mani- 
festants et  qui  ne  nourrissaient,  à  coup  sûr,  aucun  désir  d*in- 
ventorier  dans  les  mosquées. 

M.  Hamet  passe  assez  rapidement  sur  la  question  des 
emprunts  faits  par  la  chrétienté  au  monde  de  Tldam,  pen^ 
dant  le  moyen  âge.  On  ne  saurait  contester  que,  pendant 
deux  ou  trois  siècles,  les  Arabes,  héritiers  de  la  culture 
grecque,  n'aient  joué  vis-à-vis  des  Occidentaux,  le  rôled*im- 
tiateurs,  du  moins  dans  le  domaine  scientifique.  Toutefois, 
nous  ne  ferons  pas  a  notre  auteur,  un  reproche  de  sa  briè- 
veté. S*il  avait  voulu  approfondir,  plus  en  détail,  chacune 
des  intéressantes  questions  par  lui  traitées,  quel  serait  le 
chapitre  de  son  ouvrage  qu'il  n'eût  fallut  transformer  en 
un  gros  volume? 

Ce  qui  concerne  l'administration  turque  en  Algérie  nous 
a  paru  aussi  complet  qu'on  peut  le  désirer,  mais  c*est  là 
un  point  de  nature  à  attirer  l'attention  des  émdits  de 
profession  plutôt  que  celle  du  public. 

Nous  ne  tiendrons  pas  le  même  langage  en  ce  qui  con- 
cerne   rétablissement    de    cette    féodalité    maraboutique. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       527 

laquelle  se  répand  dans  tout  le  Maghreb,  surtout  à  partir  du 
XII'  siècle.  Elle  constitue  un  des  phénomènes  historiques 
les  plus  curieux  à  étudier.  Ajoutons  que  Tinterdiction  du 
mariage  imposée  par  l'église  romaine  aux  clercs  fut  sans 
doute  ce  qui  contribua  le  plus  à  rendre  impossible  Tappari- 
tion  d'un  état  de  choses  analogue  en  Occident. 

Passons  maintenant  à  des  époques  plus  rapprochées  de 
nous.  M.  Hamet  n'hésite  pas  à  signaler  les  fautes ,  les  erreurs 
commises  par  nos  gouvernants  en  ce  qui  concerne  la  coloni- 
sation de  l'Algérie.  Mais  comment  ne  pas  lui  savoir  gré  de 
l'équité  de  ses  appréciations  et  de  la  bienveillance,  non 
imméritée  d'ailleurs ,  avec  laquelle  il  juge  la  nation  française 
prise  dans  un  ensemble  ?  A  coup  sûr,  en  dépil  de  leurs  travers 
et  de  leurs  faiblesses,  les  enfants  de  ces  vieux  Gaulois  si 
empressés,  nous  dit  Strabon,  à  prendre  en  main  ia  cause 
du  faible  et  de  l'opprimé,  se  signalèrent  toujours  par  leur 
génie  vraiment  sociable.  Plus  que  toutes  les  autres  nations, 
ils  surent  user  de  ménagements  vis-à-vis  des  races  inférieures 
que  la  victoire  soumettait  à  leur  domination ,  et  bien  rare- 
ment on  les  vit  rester  sourds  à  la  voix  de  l'humanité. 

C'est,  du  reste,  ce  dont  les  populations  algériennes  se 
sont  vite  rendu  compte.  Jouissant,  en  ce  qui  concerne 
la  pratique  de  leur  loi  religieuse,  d'une  liberté  que  bien 
d'autres  auraient  peut-être  sujet  de  leur  envier,  elles 
n'ont  pas  tardé  à  comprendre  les  avantages  découlant 
de  l'occupation  européenne.  La  justice  rendue  d'une  façon 
plus  impartiale,  la  sécurité  succédant  à  un  état  chronique 
de  troubles  et  d'anarchie ,  voilà  quels  en  furent  les  premiers 
fruits.  Comme  conséquences,  signalons  le  développement 
de  l'agriculture,  du  commerce  et  de  l'industrie,  les  indigènes 
s'initia  nt  petit  à  petit  aux  méthodes  scientifiques  les  plus 
avancées.  Les  preuves  les  plus  indéniables  de  progrès  accom- 
pli, ne  sont-ce  pas  tout  à  la  fois,  la  disparition  du  noma- 
disme dans  le  Tell,  ou  la  vie  agricole  tend  chaque  jour  davan- 
tage à  remplacer  l'existence  errante  du  pasteur,  et  l'accroisse- 
ment aussi  rapide  que  constant  de  la  population  ?  Le  nombre 


528  MAI-JUIN   1906. 

des  miisuimans  d'Algérie  ne  s'éieyait  pas  eniSSo  a  ^os  <le 
deux  millions  et  demi  d'âmes.  H  d^asse  aujourd'hui  quatre 
millions. 

Ausû ,  en  dépit  des  prédictions  d'écrivains  tant  soit  peu 
pessimistes ,  M.  Hamet  ne  désespère-t-3  pas  de  voir  dans  un 
temps  donné  la  fusion  la  plus  complète  s'établir  entre  nm- 
sulmans  et  chrétiens  d'Algérie.  Ce  jour-là,  on  ne  comptera 
flus  dans  notre  belle  colonie  au  sud  de  la  Méditerranée, 
que  des  Français  de  cœur  aussi  bien  que  de  langue. 

Nous  aurions  voulu  nous  pouvoir  étendre  davantage  sur 
un  livre  si  rempli  de  faits  et  d'aperçus  nouveaux,  mais  il 
faut  savoir  se  borner.  Un  vœu  du  moins,  avant  de  déposer  la 
plume.  L'ouvrage  sur  les  Musulmans  français  du  nord  de 
l'Afrique  semble  fort  de  nature  à  intéresser  chez  nous  un 
public  nombreux.  N'y  aurait-il  pas  lieu  de  souhaiter  qu'il 
fût  répandu  à  profusion ,  et  qu'un  exemplaire  puisse  en  être 
déposé  dans  la  plupart  de  nos  bibliothèques  de  province? 

DE  Charencet. 


M.  C.  Madrolle  a  étudié,  dans  la  Revue  iiido-chinoise  de 
janvier  et  février  1906,  les  groupes  thai  du  haut  Tonkin. 
(]e  travail,  intitulé  Les  T'ai  de  la  frontière  indo-chinoise,  est  à 
la  fois  historique  et  descriptif.  L'histoire  des  Nong,  en  parti- 
culier, est  traitée  avec  un  grand  détail.  Les  caractères  chinois 
sont  donnés  pour  tous  les  noms  propres. 


TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTENUES  DANS  LE  TOME  VII,  X»  SÉRIE. 


MÉMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

Pâget. 

Une  amulette  judéo-araméenne  (M.  Sghwaa] 5 

Une  version  nouvelle  de  la  Brhatkathâ  de  Gunâdhya  [M.  F. 
Lacôte)  . 19 

La  femme  dans  Tantiquité  (M.  E.  Retillout) 57 

Notice  sur  la  vie  et  les  œuvres  de  Dadîsè'  Qatraya  (M^  Add-ai 
Scher] i  o3 

La  femme  dans  l'antiquité  (M.  E.  Revillout).  [Suite] 161 

Le  culte  des  rois  préhistoriques  d'Abydos  (M.  £.  Amélineau  ].  3^3 
Une   lettre  inédite  du  voyageur  J.-B.  Tavemier  (D'  E.-T. 

Hamy) 273 

Note  sur  qudques  monuments  épi^aphiqnes  araméens  (M.  J.- 

B.  Chabot) 281 

La  femme  dans  l'antiquité  (E.  Revillout).  [Suite  et  fin.}. .  345 

Yaksâ  (A.-M.  Boyer) 393 

Notice  sur  les  manuscrits  syriaques  conservés  dans  la  biblio- 
thèque du  couvent  des  Chaldéens  de  Notre-Dame-des- 
Semences  (M^'  Addai  Scher) 479 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 

Procès-verbal  de  la  séance  du  13  janvier  1906 119 

Ouvrages  offerts  à  la  Société %.  120 

Procès-verbal  de  la  séance  du  9  février  1906 i33 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 126 

Annexe  au  procès-verbal  de  la  séance  du  9  février  1906  : 

Sur  une  glose  de  Bar  Bahloul  (J.-B.  Chabot.) 128 

Note  sur  l'inscription  de  Piprawa  (E.  Senart). i32 

Le  sens  du  mot  hébreu  içtjf  (P.  Joûon) 137 

Langues  dioscuriennes  et-médique  (C*'  de  Charencey).  ...  i^i 

Bibliographie  (janvier-février) i44 

The  Naka'id  of  Jarîr  and  al-Farazdak,  by  Anthony  Ashley 

Bevan    (Cl.    Huart).    —    Der   von   Himmel    gefallene    Bricf 


530  MAI-JUIN   1906. 

Christl,  von  Maxîmilian  Bittncr  (R.  D.).  —  Persian  historical 
texts,  vol.  111  (L.  Bodvat).  —  W.  Caland  et  V.  Henry  : 
L*Agnisloma  (A.  Gdémnot).  —  G.  Le  Strange  :  The  Lands 
of  the'Eastera  Caliphate.   Mesopotamia ,  Persia   and    Central 

Asia  (L.  Boovat) A.-W.  Ryder  :  The  litlle  day  Cart  (A. 

Gdbri!iot).  —  Nouvelles  bibliographiques  (L.  Boovat).  — 
Un  épitrope  royal  nabatéen  à  Milet  (Clbbhoht-Ganhbao). 

Procès-verbal  de  la  séance  du  9  mars  1906 3o5 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 3io 

Annexe  au   procès-verbal  de  la   séance  du  9  mars  1906  : 

Un  mot  basque  d'origine  berbère  (G^  de  Charengey).  . .  3i3 

Procès-verbal  de  la  séance  du  9  avril  1 906 3i6 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 317 

Note  sur  les  études  de  littérature  arabe  chrétienne  (B^  Carra 

DE  Vaux) 3ao 

Bibliographie  (mars-avril] 33  5 

Nouvelles  bibliographiques  (L.  Bodvat.)  —  The  private 
diary  of  Ananda  Ranga  Pillai ,  edited  by  Sir  J.  F.  Priée  and 
K.  nangosari  (J.  Vi!cso!i).  —  M.  A.  Stein  :  Report  of  ArchaBolo- 
gical  Survey  vrork  in  the  Norlh -Western  Frontier  Province 
and  Beluchistan  (L.  Fihot).  —  Orientalische  Studien  Theodor 
Noldeke  sum  siebâgsten  Geburtstag,  Veriag  von  A.  Tôpelmann 
(J.  DE  Goeje\  —  Kurukh-english  dîctionary.  Part  i,  by  Rev. 
F.  Uahn  (J.  Vinson).  —  Kalinath  Mukbeiji  :  Popular  hindu 
Astronomy.  Part  i;  et  Atlas  of  hindu  Astronomy  (A.  Gobrinot). 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1 1  mai  1 906 5i3 

I  Ouvrages  offerts  à  la  Société 5i4 

|i                                           Annexes  au  procès-verbal  de  la  séance  du  11  mai  1906  : 
Une  trouvaille   archéologique  au  temple  de  Pô  Nagar  à 
Nhatrang  (Annam)  [L.  Finot] 617 

Les  Lusignans  de  Poitou  au  trône  de  la  Petite  Arménie 

(K.  J.  Basmadjian) 5ao 

Bibliographie  (mai-juin) SaS 

M.    Ismaèl    Haraet   :   Les  Musulmans   français   du  nord   de 
rAfric[ue  (C^  ob  Charbrcby).  —  Les  Tai  delà  frontière indo- 
''  chinoise. 


Le  gérant  : 
RUBENS  DnvAL. 


JOURNAL  ASIA^Î^UE 

OU 

RECUEIL  DE  MÉMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  X  L'HISTOIHE,   X  LA  PHILOSOPHIE,   AUX  LANGUES 

ET  X  LA  LITTÉRATDRE  DES  PEUPLES  ORIENTAUX 

n  io iG i 

PAU  MM,  BAilMER  DE  MEÏWAnD ,  A.   BARTU 

n,     BASSET»     CHAYANNES,     CLEnMONT-GAWIfBAU 

DALÉVT,    UOEJDAS,  UASPEBO 

RUDË^S    DïTVAL  ,    E,  SESAHT,    ETC. 

ET   PUBLIÉ  PAR   LA   SOCIÉTÉ   ASIATIQUE 


DIXIÈME  SÉRIE 


TOME  VII 


N-  3  —  MAI-JLiIN  1906 


Tableau  dsfi  jours  de  aëancQ  poiir  l'annés  1906. 

Lps  léancrB  ont  ïïflu  le  second  vendredi  du  mais ,  ù  !i  hfjurc»  et  ârmiv  » 
3u  «îègc  de  Jii  Société ,  me  de  Seine,  u^  i. 

jiiriiLit. 

rriviJït. 

mitï. 

IVfilL. 

itit. 

itIN. 

lïILl.iPllT'^lcrT.'QCI. 

■  DT. 

Pie, 

12 

0 

0 

G 

11 

SéiDC* 

Vbcédcu. 

*J 

14 

BibOotixègue, 
L;ï   [jibilrtthr^rjue  de  là  Sûcïflét  rue  Je  Scioei  ti'  i,  eit  ouvrrle  ton*  Ica 
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PARIS 

ERNEST  LEHOUX,   ÉDITEUR 

Ll&RAlftE    DU  JIIJIISTànH  DE    U ï JIS T RO CT [ O ï    rCHLïgCK,    DE    LA  SOCLETR  ASlATrQIIR 
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ERNEST   LEROUX,    EDITEUR, 

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GioGtupaiË  D'Anou'LPMOi ,  texlu  oraba,  publié  par  ncinaud  el  «j^  Skftff^ 
lu  r  , ^àTr, 

BADJAT^AAifcitsi^  OU  til^einwlps  rois  du  Karhmir,  publli^e  tni  aattscrk  kI 
ïraduitt*  eu  frani^ii^,  pur  M.  Ttùytr.  3  voL  in-^**,  « , ,  ,  ^      ao  Ir. 

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ERNEST   LEROUX,   ÉDITEUR, 

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PAR  MOHAMMED  BEN  CHENEB. 
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LA  CATÉGORIE  DU  GENRE,  par  Raoul  de  la  GnvssiiiniE.  Cn  volume  in-i3 6  fr. 


TABLE 

DES  UATlknES  GONTSCHUES  DANS  CE  NUMÉHO* 


Lu  femme  dm^  Vnnitqinté  (M.  E.  EiiYir*Li»irr )*  [Suite  et  fin.]. ,..,..     3^ S 

V«k^â  (M,  A*'M.  Boîeb) ..,«.».«  b-* * .  -      3t|i 

Noiire  âiii'  lea  matiuscrits  R^r-îâiiti^»  e(mscrv«H  *tan*  là  |iïlilîot1ir<pio  tlu 
iouvent  des  Cha!ttéeiï!«  de  N  aire^Daitiie  tlt^  SffiiiumT«  (M'^  Âi>ii^i 
Scasa  ) , . ,.,.... 47^ 

Nouv^lLes  et  mélanges.  *  »  <>  *  ^  ,,  *  <  ,**,«**.»,..•*,.*  1 1  t  *  *  •  ^  *  *  *      !>i  3 

i'roe»J'^¥C'i'h^l  de  N  séance  du  m  mat  i*)oS>  -^  OuvragPH  offert*  &   \^ 
tSqci^tt^.  —  AnntMCs  ou  pro^^^erbai  de  la  ^éanc^  du  ii  mM'*  i^^G  l  Goe 

'  M«  Fii^r^r]^     -  Ijvè  liUiiguadâ   de  Pûitou    an  trfAhl^  de  la   PttttijikAnnétiiiT 


Bibliograpliie  - 


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CiiAncKCfv]*  —  Lcï  T'ai  de  b  frontière  îndo chin^ifc. 


Nota*  IjGs  ppr^tonncs  qui  désirent  devenir  mtfnhrer  tU  îa  S^cUté  tLsiati^tu* 
doivent  BiUesier  leur  (î'^mand^  au  Secrétaire  ou  à  un  roembfiî  au  ConâciL 

MM.  ks  Membre.^  de  la  Société  s'adressent,  pour  rac4|iiiUei«Br»t  thi  ktur 
L'otiHuiton  annuelle  (3o  fran<:si  par  an] ^  pour  le^  cûtisationi  û  w  (kno  ù'Ana 
une  fois  payé^}^  pour  lei  réclamntton»  qu  iU  auraient  a  faim«  punr  tcji  r^nsi^î* 
^uement^  et  ctiangeTnents  d^adrr^se,  et  pour  iWbat  de»  ouvrages  publtiâ»  pftr 
la  Société  au  pris^  fui  p<»ar  \qs  m^^mbrti,  directement  à  M*  l!ifiiii<tt  LKnoui» 
ruo  Bt>ïmp»rt«,  n*  a3. 

MM,  le*  Mfitîbrtis  reçoivent  U  Joitma!  a*ml^f/a^r  dîr«'cl(îment  de  la  Société* 

Le^  j»f['iH)nnc3  f|ui  no  nant  past  membre»  dii  la  Soi^J^Ué  et  f|ui  df^ireiU 
li'aliuutier  ail  Jimrnnl  anitt'ttpif  Aùlwnl  ^'nthniwr  i 

A  Pari»,  à  M.  Krnisst  Lungpv,  Lbraire  de  k  Sociélt%  tut  nûnapartCH,  n*  aB; 

A  Londres,  m  ^Î^Î.  Willi^^ï»  h  NoitôiTe,  n"  i4t  Henrjetta  etrftel  (C&vwjt* 
Gardeii  ). 

Li;  priii  tic  l'alvonnrmejtt  d'un  an  au  Journaî  aîiatifinê  e^^t  i 

Pour  ï^âriH,  î5  ftanrs;  pour  le*  départements,  57  fr*  âo  »  t?l  pour  rétnui^fert 
Ao  franc»^  Le  Joui'iial  parait  tout  leâ  deux  mùh. 


PAIIIS.  —  IMPRIMËKIE  TfATIO»ALB.